‹ L'art de vérifier les datesChapitre 60 sur 230 · CHILDÉRIC · texte numérisé non relu

CHILDÉRIC

63 1. Childéric , ou Hildéric , fils de Caribert, succéda à son père à l'âge de trois ou quatre ans, et mourut peu après d'une mort violente, dont quelques auteurs accusent le roi Dagobert , qui réunit aussitôt le royaume de Toulouse à ses états. Mais Amand, duc "des Gascons, et aïeul maternel de Boggis et de Bertrand , souleva les peuples de son département en leur faveur, et étendit ses courses, l'an 636 , dit Frédégaire, dans tout l'ancien royaume de Charibert. La ville de Poitiçrs , suivant le même auteur , porta la peine de la révolte des Gascons , dont elle avait embrassé le parti. Dagobert étant venu l'assiéger en 636, la prit et la fit démanteler. Ce coup d^ vigueur abattit la fierté des Gascons. Etant venus trouver Dagobert à Clichi , le duc à leur tête , ils le fléchirent par leurs soumissions. Amand fit , avec ce monarque , un traité qui assura l'Aquitaine à Boggis et Bertrand , à titre de duché héréditaire , sur lequel Dagobert ne se réserva que la souveraineté avec un tribut annuel. ( Voy. les ducs de Gascogne. )

BOGGIS ET BERTRAND, ducs héréditaires de Toulouse ET d'Aquitaine.

€87. Boggis et Bertrand, fils de Caribert^ entrèrent ea

ii54 eflRONOLOGIE «ISTORIQÎJE

possession des états de leur père, et en jouirent à titre de cîucJ de Toulouse et d'Aquitaine, sous la condition de foi et hommage à la couronne de France , et d'un tribut annuel. C'est là, dit D. Vaissète, le premier exemple de l'hérédité des fiefs dans la monarchie française, ou plutôt d'un apanage donné aux princes de la famille royale. Cet apanage fut possédé héréditairement jusqu'à la fin de la première race de nos rois par le fameux Eudes et les autres ducs d'Aquitaine, ses successeurs, qui descendaient tous de Caribert , roi de Toulouse. Le duché d'Aquitaine fut augmenté de beaucoup d'autres terres considérables , et du duché de Gascogne , dont Boggis et Bertrand héritèrent par la mort d'Amand , leur aïeul. Boggis, suivant la chronique de Sigebert , mourut l'an 688, laissant de sainte Ode , son épouse, d'une famille austrasienne, deux fils , Eudes, qui lui succéda , et Imitarius. Bertrand eut aussi de Phigberte, son épouse, un fils appelé Hubert, qui céda ses droits sur le duché d'Aquitaine à Eudes, pour se donner entièrement à Dieu. Hubert devint célèbre par sa sainteté : il fut disciple et ensuite successeur de saint Lambert, sur le siège de Maëstiicht, qu'il transféra à Liège, où il mourut l'an 727. ( Voy. les é\'êcjues de Liège. ) Son corps fut porté dans l'abbaye des Ardennes qui porte aujourd'hui son nom.

EUDES

688. Eudes ou Odon, appelé Lude , peut - être par une faute de copiste, dans la charte d'Alaon , succéda à son père Boggis, et à Bertrand, son oncle, vers le même tems , par la cession qu'Hubert , fils de Bertrand , lui fit de tous ses droits sur le duché d'Aquitaine. Le nom du duc Eudes est célèbre dans l'histoire par ses guerres contre les maires da palais, et par celles qu'il eut contre les Sarrasins. Ce duc posséda , tant par droit de succession , que par ses conquêtes , tout le Languedoc français, et régna en souverain sur les pays situés entre la Loire , l'Océan , les Pyrénées , la Septimanie et le Rhône, et même au-delà de ce fleuve. L'an 717, fcudes est reconnu pour souverain d'Aquitaine par le roi Chilpéric II , avec lequel il se ligue contre Charles Martel ; mais il est défait l'an 718, ou 719 , selon dom Bouquet , avec Chilpéric, qu'il mène en Aquitaine. L'an 719, ou 720, selon le même savant, il fait un traité avec Charles, et lui livre le roi Chilpéric. Les Sarrasins ayant fait irrruption en Aquitaine, l'an 721, Eiides marche contre eux, leur fait lever le siège de Toulouse, et les taille en pièces. Eudes ne se trouva pas également en forces , l'an 780 pour résister à Munuza, général de ces infidèles pour

DES ROIS FRA>-ÇAIS DE TOULOUSE ET d'aQUITAIÎîE. aaS

ï'cmir Abdt'-rame , et gouverneur de Catalogne , qui menaçait d'envalilr ses états. Il fut contraint d'acheter la paix de ce t)arhare et de lui donner en mariage Lampagie, sa fille et non pas sa femme (comme le dit un moderne), princesse d'une grande l)eau-lé. Munuza ne posséda pas long-tems cette épouse. L'an jii , Abderame, qui tenait sa cour a Cordoue , instruit d'une révolte qu'il médilait , vient l'attaquer avec toutes ses forces. Munuza, Tannée suivante , réduit à l'extrémité, se précipite du haut d'un rocher. La princesse Lampagie tombe entre les mains d'Abdérame, qui l'envoie à Damas pour entrer dans le sérail du calife. Cet émir des Sarrasins fait dans les Gaules une irruption qui est la quatrième , entre dans la Gascogne , force Bordeaux qu'il livre au pillage , passe la Dordogne, rencontre le duc Eudes, fond sur son armée, et en fait un si granil carnage, que, selon le témoignage d'Isidore de Bejà , auteur contemporain , il n'y a que Dieu s^-ul qui ait pu savoir le nombre de chrétiens qui périrent. Abdénme ponr-^ suit sa victoire, vient en brûlant, pillant, saccageant, jns- <}u'aux portes de Poitiers, où ( harles Martel que le dur Eudes avait appelé à son secours, l'arrête et le défait un samedi du mois d'octobre de l'an 7.H2. Abderame périt dans la bataille qu il ne faut pas confondre , comme font la plupart des historiens, avec celle fiue le duc Eudes gagna sur Zama devant Toulouse, l'an 721. « La réconciliation, dit D. V'aissèie qui » se fit avant la bataille de Poitiers, entre Eudes et Charles » Maitel , fut sans doute sincère et de bonne foi, et nous ne M voyons pas qu'elle ait été altéiée pendant le reste de leur vie.» Le duc Eudes mourut en v'^o , laissant de sa femme Valtrude ^ille du duc Walchigise, que le roi Charles le Chauve qualifie sa parente dans la charte d'Alaon , trois fils , Hunald ou Hunold, qui fut duc d'Aquitaine ou de Toulouse, Hatton à qui l'on présume que le Poitou échut en partage, et Rémislan. D. Vaissète a fait connaître le duc Eudes ^ qui n'avait pas encore été bien connu , et qu'on n'a regardé jusqu'à ce siècle que comme un aventurier , qui avait profilé des troubles du royaume pour s'emparer de l'Aquitaine. Ce prince fut enterré dans un monastère de lîle de Ré, qu'il avait fondé. Sa couronne fut tro.ivee,ran ly.^i , dans la même île, en creusant dans les ruines d'une maison bâtie sur celles de ce monastère. Elle était de cuivre doré, garnie de pierreries, dont la principale était «ne turquoise, avec des fleurons au nombre de quatre, qui représentaient des espèces de fleurs de lis , et autant de triangles renversés. {Voy. Montfàucon Munum. de la Monarc. Franc. t. IV, préf.) On ne sait sur quel fondement un moderne s'est avisé de donner Eudes pour un duc amovible. Il l'était si peu IX. .9

aaG CHRONOLOGIE historique"

que la plupart des historiens, tant nationaux qu'étrangers, luï ont donné même le titre île i*oi : titre que les chartes d'Aquitaine, dressées tle son tems, justifient, puisqu'elles sont datées des années de son règne. Une étiquette trouvée Tan 1279 « dans le tombeau de sainte Madelaine, à Vezelai, portait que le corps de la sainte y avait été transféré secrètement d'Aix , par la crainte des Sarrasins , sous le règne d'Odoin : c'est £ude^ qu'on a aussi nommé quelquefois Odoie.

HUNALD ou HUNOLD.

735. HUNALD , fds du duc Eudes et de Valtrude, lui succéda , non sans opposition de la part de Charles Martel , qui vint en Aquitaine pour lui disputer cet héritage. Les hostilités ne furent point durables. L'an 736, Hunald fait avec ce prince un traité par lequel Charles consent qu'il demeure paisible possesseur de l'Aquitaine, sous le titre de duc, à condition qu'il tiendra ses états à fui et hommage, de lui, de Carloman et de Pépin, ses enfants. L'an 741 , après la mort de Charles, Hunald , se croyant délivré du serment qu'il avait fait à Carloman et à Pepui , prend les armes contre eux. Les deux frère» étant entrés l'année suivante dans le Berri , ravagent le pays, et mettent le feu aux faubourgs de Bourges. Hunald est tellement effrayé de les voir sur ses terres, que, pour se mettre en sûreté , il passe la Garonne, et se retire en Gascogne. Après avoir désolé le Berri, Pépin et Carloman se jettent sur la partie de la Touraine située à la gauche de la Loire (celle partie était du domaine d'Hunald), prennent le château de Loches qu'ils détruisent, et emmènent prisonniers tous les habitants. Hunald fait. Tannée suivante, une ligue avec Odilon , duc de Bavière , contre les deux princes français. Tandis que ceuxci sont occupés à réprimer les Allemands et les Saxons qui étaient entrés dans cette ligue, il passe la Loire, et s'avance jusqu'à la ville de Chartres , qu'il brûle après l'avoir pillée. L'an 744 1 ou, selon D. Vaissète, 74S, réduit à demander la paix à ( arloraan et à Pépin , il s'engage à leur demeurer soumis en qualité de vassal. Peu de tems après , il invite son frère Hallon à venir à sa cour, promeltant avec serment de ne lui faire aucun mal. Hatton arrive , et son frère, dès qu'il le voil,se saisit de sa personne , et lui fait crever les yeux. Quelques jours après , touche de remords, il abdique la couronne ducale, prend l'habit religieux , dans h; monastère de l'ile de Bé , fondé , comme un l'a dit , par Eudes , son père, et laisse la principauté d'/Vqviilaine à son fils Waifre. lîunald, après avoir vécu vingt-trois ans dans ce monastère ^ en sortit l'an 7(38^

BIS ROIS FRANÇAIS DE TOULOUSE ET D'aOî^ITAINE. 227

après la mort de son fils Waifre , dans le dessein de rétablir «a maison dans la principauté d'Aquitaine. C'était alors Char- Icmagne et Carloman son frère , qui régnaient en France. Les deux monarques s'étant mis en campagne l'année suivante pour aller à la pousuite de ce rebelle, se brouillent sur la route et se séparent. Carloman s'en retourne avec ses troupes. Charlemagne continue sa marche, et arrive sur les bords de la Dor— dogne, près de son embouchure dans la Garonne. De là il envoie des ambassadeurs à Loup, duc de Gascogne, iils d'Hattori et neveu d'Hunald, pour le sommer de lui livrer son oncle qui s'était réfugié chez lui. Loup obéit, et remet Ilunald, avec sa femme qui l'avait rejoint, entre les mains de Charlemagne , qui les retint prisonniers. Hunald, au bout de quel-» ques années, obtient la permission de passer en Italie, sous prétexte d'aller finir ses jours à Rome, dans la profession monastique. Il n'y resta pas long-tems. S'étant retiré chez Didier, roi de Lombardie, il soutint avec lui le siège que Charlemagne, vint mettre, l'an 774» devant Pavie. Mais avant que la place fût prise, il y périt bous une grêle de pierres dont il fut assommé par le peuple, qu'il voulait détourner de se soumettre au monarque français.

WAIFRE , DUC HÉRÉDITAIRE.

745- Waifre, fils d'Hunald, règne sur toute l'Aquitaine et la Gascogne après la retraite de son père. L'an 750 , il ouvre un asile dans ses états à Grlppon, frère de Pépin, duc des Français. Pépin, l'année suivante; envoie des ambassadeurs à Waifre pour l'exhorter à lui remettre son frère. Waifre le refuse avec hauteur. Devenu roi de France, en 762, Pépin reçoit de Waifre un nouvel outrage , par le refus obstiné qu'il fait de reconnaître sa souveraineté : il dissimule ce double affront, et remet à en tirer vengeance, après la couquêle qu'il méditait de la septimanie sur les Sarrasins. L'an 7H0 , ayant réussi à r.onlraiiidre ces infidi^les de repasser les Pyrénées, il déclare la guerre au duc d'Aquitaine. Il entre dans la Touraine méridionale , dépendante de ce duché , et y répand la désolation. Waifie, n'osant tenir la campagne, demande la paix, et l'obtient sous la promesse (ju'il fit, avec serment, de satisfaire dans le plaid ou l'assemblée générale des états, à tous les griefs que le monarque avait contre lui. jMais loin de tenir cet engagement, il entre, à la tête d'une armée , des Tannée tiiivanle, dans l'Auluuois, qu'il parcouit le fer et la torche à la main jusqu'à Chà.ous - sur - Saône (et non pas Cavail-

.''aS CIÏRO:*OLOÛIE rtlStOFiïQTJÉ

Ion ) ,• dont il brûle les faubourgs ; après quoi il repasse la Loire, chargé d'un butin considérable. Pépin apprend ces nouvelles à Duren , au pays de Juliers, où il était occupé à tenir l'assemblée du champ de mai. Il part , accompagné des princes ses fils, dans la résolution de faire une guerre implacable à Waifre, et de ne point desarmer qu'il ne Teût dépouillé de ses états Arrive à ïroyes avec son armée, il prend sa route par l'Auxerrois, passe la i cire à ISevers, assu'ge et brûle le f^bâleau de Bourbon sur rAllier, entre de là dans l'Auvergne, dont il prend toutes les places fortes, et pousse ses courses jusqu'à l imoges où il termina son expédition. Au prinlems de l'aimee suivante, avant encore passé la Loire, il conduit M)n armée dans le Berri , s'empare de tous les châteaux voisins de la capitale, dont il se rend maître ensuite après un siège vigoureusemejjt soutenu, et termine la campagne par la prise du fort château de ÏIiou;irs en i^oilou , qu'il réduit en cendres. L'an 7'i-) ^ -Pepui , après avoir tenu l'assemblée du champ de mai, dans ia vdle de ISevers , se porte au-delà de ia Loire, avec toutes ses troupes. 11 traverse ensuite le Bourbonnais et l'Auvergne, s avance jusqu'à « ahors , d'où il étend ses courses juscju'à i.lmoges , et revint enfin vers le Berrl , brûlant , saccageant tout ce qu'il rencontre sur sa route. Arrivé prns d'îssou-^ dun , il y rencontre Waifre, qui lui piesente la bataille. L'mfortuné duc, malgré sa bravoure, est défait par la lâcheté des (gascons de son armée, qui plièrent au premier choc, et prirent la fuite ; il se sauve lui-même, non sans peine, avec le peu de troupes qui lui restaient. Se voyant alors sans ressources, il fait proposer la paix au vainqueur, qui la refuse. L'an 76S, il est encore battu, près de ÎSarbonne , par Pépin. H perd, dans la même année, Ammingue, ou Amanuge, comte de Poitiers, qui, faisant la guerre pour lui dans la Touraine , est tué dans une attaque, par les gens de Saint-Marlin. {AiinaL Meii. ) Pour comble de malheurs, M''aifre est abandonne par Remistan, son oncle, qui se joint à Pepln , et lui prèle serment de fidélité. Mais l'an 767, Kemistan quitte Pépin, et vient au secours de Waifre. Cette variation eut une issue? funeste. L'an 768, Remistan est pris et amené à Saintes, où était pour lors Pepln, qui le fait pendre comme criminel de lèze-majesté. Waifre est assassiné la même année dans le Périgord, la nuit du 2 juin ^ par quelques uns de ses domestiques, qui avaient promis à Pepln de l'en défaire. Ainsi périt le dernier duc héréditaire d'Aquitaine, de la famille tVlùides , qui descendait de la première race de nos rois , et l'Aquitaine fut tëvïnie à la couronne^ Waifre laissa ^ en mourant^ un fils appelé

DES ROIS FRA^'ÇAIS DE TOULOCfSE ET D'AQUÏTAIÏifE. iJSgp Loup, qu'il avail eu de la duchesse Adèle, son épouse, fille de I.oup, fjls d'Hatton, frère d'Hunald. Ce Loup ^ fils de Waifre, était à la tête des Gascons, qui surprirent et battirent, à Roncevaux , Tan 778, l'arrière-garde du roi Charles , qui revenait d'Espagne. Le roi , piqué de cet événement, donna de si bons ordres , que Loup fut pris et pendu ignominieusement. Il laissa deux fils, Adalric et Loup-Sanche, qui furent ducs des Gascons, Les modernes ont prétendu que VVaifre était enterré à Bordeaux , dans l'endroit où est aujourd'hui la Chartreuse. Mais le dernier historien de Bordeaux pense que le lieu de sa sépulture est plus vraisemblablement à l'abbaye de Saint-Martial de Limoges, autrefois Saint-Sauveur, qui le reconnaît pour son fondateur. ( Voy. les ducs de Gascogne.)

LOUIS LE DÉBONNAIRE, roi d'Aquitaine.

781. Louis, né l'an 778, à Casseneuil , dans l'Agenois, de Charlemagne et dflildegatde, fut déclaré, en venant au monde, roi d'Aquitaine, par son père, qui, l'ayant emmené dans l'automne de l'an 780, avec Pépin , son frère , à Rome, les fit sacrer l'un et l'autre le jour de Pâques de Tannée suivante , par le pape Adrien I. Louis fut ramené de Rome dans un berceau, comme il y était vraisemblablement arrivé, jusqu'à Orléans. D-e là il fut conduit la même année à Toulouse, pour y prendre possession de ses états , dont cette ville était la capitale. Son entrée eut plus d'éclat que son âge ne semblait le per- Tnettre. On lui fit, pour cette cérémonie, des armes et des habits de guerre proportionnés à sa taille ; on le mit, comme on put , à cheval , et ce fut dans cet appareil qu'il reçut les hommages des grands et du peuple. Le règne de Louis en Aquitaine, commence proprement à cette époque dans les chartes. Dès qu'il fut en âge de manier les rênes de l'état, il s'imagina devoir imposer au public par la magnificence et le faste. Mai» s'étant bientôt aperçu que son luxe était onéreux à ses peuples, il se reforma de lui-même, et trouva dans une exacte économie , les moyens de tenir toujours une cour brillante sans fouler ses sujets. Il avait dans ses états quatre palais qu'il habitait alternativement, Doué, sur les confins d'Anjou, Ebreuille, e.n Auvergne, Audiac, en Saintonge , et Casseneuil, dont on l-ienl de parler. Il épousa, l'an 798, du consentement de son père, liEKMEMGAliDE, fille du comte ou duc Ingeramnie. Louis lit, l'année suivante, ses premières armes contre les Sarrasin* d'Espagne, qui lui refusaient l'hommage qu'ils avaient fait 3 son père. Etant entre dans ce 4u'ou a de^^uis nommé la Cata-

i3o CnRONOLOC.IE HISTORIQUE

logrie , il fit le siège de I.érida, qu'il emporta au bout de quelques semaines, et dont il fit raser les murs, après avoir aban- <!onné la ville au pillage. Barcelonne , qu'il attaqua ensuite, l'occupa l'espace de deux ans, et ne se rendit , l'an 80 1 , qu'après avoir éprouvé toutes les horreurs de la famine. Louis donna le gouvernement de Barcelûnne, au comte Bérar ; et lui ayant laissé une bonne garnison pour s'y maintenir, il alla trouver à Aix-la-Chapelle, l'empereur , son père, qui le reçut avec une joie inexprimable. L'an 806 , nouvelle expédition de Louis en Espagne. Elle fijt terminée en une campagne , dont le fruit, après une vigoureuse défense, fut la prise de Pampelune. Louis, ayant passé les Pyrénées une troisième fois, au printems de l'an 809, entreprit le siège de Tortose, qu'il fut obligé de lever. Mais l'ayant repris en 81 1 , il se rendit maître de la place au bout de quarante jours d'attaque. (D. Vaissète.) L'an 8(4, à la nouvelle de la mort de Charlemagne , Louis se rend à Aix-la-Lhapelle pour recueillir sa succession , et envoie, sur la fin de l'année, Pépin, son fils, en Aquitaine |)our le remplacer, {f'^oy. Louis le Débonnaire parmi les e/n^ pcreurs et parmi les rois de France. )

PEPIN I", ROI d'Aquitaine.

L'an 81 4 , Pépin I*"". vient en Aquitaine pour la gouverner, C'esi de cette année 814 que Pepln comptait communément les années de son règne , quoiqu'il n'ait été reconnu solennellement roi que l'an 817 , dans la diète d'Aix-la-Chapelle. Du reste, sous ce nom d'Aquitaine , on ne doit pas entendre seulement les provinces situées au-delà de la Loire , mais encore l'Autunols , dans lequel était compris le Charolais et le Nivernais. La preuve se lire d'une charte de Pepln , datée du 3 des calendes de juillet , la vingt-cinquième année de son règne , par laquelle il donne à «on fidèle Hecrard , comte dAutun , le lieu de Perreci , et divers fonds de son territoire , le tout situé dans l'Antunois , (juasdem res juris nostrifjucc sunt silœ inpago Augustidunense in agro Patriciense , id est ipsa nUa Palricîacus , etc. Ji'an 822, Pepln épouse Ingeltrude ou Ingelberge , fille de Théodébert , ou Tictbert , comte de Madrie, entre Evreux, Vernon et la Seine, et sœur de Robert le Fort, suivant l'auteur de la Vie de saint Genou. 11 eut d'elle deux fils, Pepln, qui lui succéda , et Cbarles , qui fut relégué l'an 849 , par Charles le Chauve, son oncle, dans le monastère de Corbie , et obligé dembrasser la cléricature. Charles devint, l'an 856, archevêque de Mayence , et mournl l'an 861 Pépin eut encore

DES HOIS FRANÇAIS DE TOULOUSE ET D'aQUITAINE, a3l

deux filles qui étaient mariées , lorsqu'il mourut à Poitiers, le i3 décembre 838. L'époux de Tainée , nommée Mathilde , fut Gérard, comte d'Auvergne ( el non pas, comme le dit un moderne , Gérard de Koussillon , qu'il confond avec Gérard d'Auvergne.) L'autre fui alliée à Ratier, comte de Limoges. La mère de ces enfants mourut la même on née q\ie son époux , et fut inhumée à Sainte-Kadegonde de Poitiers. Les abbayes de Saint-Jean d'Angeli , de Saint-Cyprien de Poitiers et de iirantome , reconnaissent Pépin I". pour leur fondateur,

PEPIN II , ROI d'Aquitaine.

SSg. Pépin II, fils de Pépin I«^ était fort jeune lorsque son père mourut. Il fut proclamé roi , l'an 809, par quelques seigneurs d'Aquitaine , qui voulurent lui assurer la couronne dont ils prévoyaient que l empereur cherchait à le dépouiller pour en investir son fils Charles. Ebroin , évêque de Poitiers , voyant le tumulte qui s'élève en Aquitaine, va trouver l'empereur pour le prier de venir y rétablir la tranquillité. Louis indique une assemblée à Châlons-sur- Saône, où il mande les seigneurs d'Aquitaine. Il s'y rend avec l'impératrice Judith et son tiis Charles ; et après y avoir ré^lé à l'avantage de celui-ci tout ce qui concerne l'Aquitaine, il se rend à Clermont en Auvergne. Tous les seigneurs qui viennent lui rendre leurs hommages sont biens reçus, et congédiés honorablement, après avoir fait serment de fidélité à Charles. Mais ceux qui refusent de se soumettre à ce nouveau roi , sont arrêtés et punis par divers supplices. L'empereur envoie de-là Judith avec Charles à Poitiers, tandis qu'il va prendre le château deCartilat en Auvergne, où les mécontents s'étaient fortifiés. Après avoir passé quelques jours à Turenne , il arrive à Poitiers pour les fêtes de Noël. Pendant le séjour qu'il y fait jusqu'au Carême , il s'applique à calmer les mouvements des Aquitains , et laisse en partant Ju» dith et Charles , pour achever cet ouvrage. L'empereur Louis étant mort le 20 juin 840, le parti de Pépin se réveille à cette, nouvelle. Ce jeune prince s'avance vers Bourges , dans le dessein de s'en emparer , et d'enlever l'impératrice Judith. Le roi Charles y accourt, et met en fuite Pépin vers le mois d'août. L'an 843, Charles, le i3 mai, vient mettre le siège devant Toulouse, et le 20 juin suivant le lève pour aller s aboucher avec ses frères Lothaire et Louis à Verdun. Le résultat de cette entrevue devint funeste à Pépin. Ce prince , abandonné de Lothaire dont il avait embrassé le parti , et pour lequel il avait combattu à F'ontenai , se voit dépouillé de ses états par le partage qu'ils firent entre eux de la monarchie française. Il ne

perd pas néanmoins courage , et se prépare à une vigoureuse défense. Charles étant venu , le 1 1 mai 8^4 i reprendre le siège de Toulouse, Pépin après avoir battu un fléîachement de ses troupes , Toblige encore à se retirer vers la fin de juin suivant. L'an 845 , traité fait à vSaint-Benoît-sur-l.oirc , entre Charles et Pépin , par lequel Charles cède à son neveu toute l'Aquitaine , excepté le Poitou , la Saintonge et l'Angoumois, en se réservant néamoins la suzeraineté sur le reste. ( D. Vaissète. ) Pépin devint ainsi maître de ce royaume, dont il n'av^iit pu obtenir la possession tranquille depuis la mort de son père. L'Aquitaine fut alors partagée en deux duchés ou gouvernements, dont l'un était sous la domination de Pépin , et l'auire sous celle de Charles. Pépin ne jouit pas long-tems, de la paix , parce qu'il ne sut pas en faire usage pour le i)ien de ses sujets. La conduite licencieuse et tyrannique de ses ministres , autorisée par sa négligence, souleva contre lui tous les seigneurs du pays. Charles, son f)ncle , à leur invifaiion se transporte à Limoges l'an 848, et s'y fait couronner roi d'Aquitaine. L'année suivante, il se rend maître de Toulouse, et s'empare ensuite de la Septimanie. Pépin appelle à son secours Charles, son frère , que LotViaire retenait auprès de lui. Le jeune Charles s'évade de la cour de son oncle avec quelques seigneurs qu'il avait engagés à le suivre , et se hâte d'aller joindre son frère. Mais sur la route , il a le malheur de tomber dans une embuscade que Vivien, comte du Maine, lui avait dressée. On l'amené avec toute sa suite à Charles le Chauve , qui l'envoie au monastère de Corbie, après lui avoir fait déclarer solennellement dans l'église de Chartres , qu'il voulait de son plein gré et sans contrainte embrasser l'état ecclésiastique ; en conséquence de quoi les évêques présents lui avaient donné la tonsure. ( Hisf. fie Lang. tom. I, pag. 046.) Les Aquitains, peuple léger et inconstant , se lassèrent bientôt du gouvernement de Charles le Chauve. Pépin qui s'était tenu caché pendant qu'il était en Aquitaine , reparut après son départ , et vint à bout de regagner la noblesse qui , l'an 85o , le proclama de nouveau roi. Pour se mettre en garde contre son oncle, il fit venir en Aquitaine les ISormands qui prirent Toulouse , et livrèrent cette ville au pillage. Il fit alliance dans le même tems avec les Sarrasins d'Espagne. Ces infidèles s'élant embarques sur la Méditerrannée , firent une descente sur les côtes de la Septimanie, qu'ils ra\agèrent. Pépin s'aliéna par ces atrocités les cœurs de ceux qui l'avaient rétabli. L'an 85a, ils l'abandonnent pour rentrer sous la domination de Charles le Chauve. Il est livre par Sanche, ihic de Gascogne, à ce prince , qui l'ayant amené à Saint-Médjid , le fi-'il icNctir analgré lui de Ihabil monastique, et le

bES Rots FRANÇAIS DE TOULOUSE ET d'aqUITAINE. a33

laisse en partant sous bonne garde. Pepln fit une tentative pour sortir de sa retraite. Mais son dessein fut découvert , et deux religieux, convaincus d'y avoir trempé, furent désavoués par la communauté, dégratlés , puis envoyés en exil. On oblige le malheureux Pépin à faire un nouveau serment de fiileiité à Charles , et de promettre qu il vivra dans l'exacte observance dé la règle. Toujours portés à la révolte, les Aquitains , fan 853, demandent à Louis , roi de Germanie, son iiis aîné, Louis, pour roi. Ce prince l'accorde, et le jeune Louis vient l'année suivante, recevoir la couronne d'Aquitaine. Mais à peine a-t-il passé la Loire, que ses espérance s'évanouissent. Pépin cependant s'ennuyait fort dans son monastère. Cette année il en sort furtivement dans le même tems que Charles son frère , s'échappe de celui de Corbie. S'étant rejoints, ils se rendent en Aquitaine, dont les peuples les revoient avec joie, et défèrent encore à Pépin la royauté. Charles accourt à la défense du ro^iaume qu'on lui ravit. Cette expédition n'eut pas de succès. Mais Tan 655 , les Aquitains (on ne sait par quel motif ) , s'étant retournés du côté de Charles le Chauve, lui demandent et obtiennent; son lils Charles pour les gouverner. Le jeune Charles, inauguré à la mi-octobre de la même année , commença son règne par une victoire complète qu'il remporta sur les iSormands en Poitou. Malgré ce glorieux succès , les Aquitains, peu de teras après se révoltent contre lui , et font revenir Pépin. Ils abandonnent encore ce dernier , et font une députation à Louig^ de Germanie, pour implorer sa protection. Cette démarche ayant été sans succès , ils se retournent du côté de Charles le Chauve, pour lui redemander son fils Le jeune Charles esta peine de retour, qu'il est supplanté par Pépin. La guerre se fait entre ce dernier et ( harles le Chauve , pendant le cours de sept années avec des succès divers, linlin , l'an 8G5 , trompé par Rainulfe , comte de Poitou et duc d'Aquitaine , Pépin est pris, livré à Charles le Chauve, conduit par son ordre à Senlis, et enfermé dans une étroite prison où il mourut peu de tems après , suivant toutes les appareftces , puisque depuis cet événement l'histoire ne parle plus de lui. (!>.- Vaissèfe. Hi'st de Liang. tom. L )

La -confusion qu'occasionnèrent en Aquitaine les querelles de Charles le Chauve et de Pépin , réduisit ce royaume à une espèce d'anarchie , ensoite que n'y reconnaissant point de souverain, plusieurs ne dataient les actes que des années qui avaient suivi la moit de Louis le Débonnaire : témoin la charte d'ur» don fait à l'abbaye de INoaillé en Poitou , par un nommé Landrade et Fulbert , son fils , dont la date porte : Ba(um twno nono^ IX. 3o

i34 CHRON, HIST. DES ROIS FRANC. DE TOUL. ET d'aQUIT. mense deccmhri post ohiluin domiiii Ludooîr.i imperatoris ; ce qui revient à l'an de J. C. 84^. (^Archi\>. de Noaillé. )

CHA.RLES, FILS DE Charles le Chauve.

865, Charles , redemandé par les Aquitains à Charles le Chauve, son père, retourne en Aquitaine. Il était languissant alors des cotips que lui avait donnés , sans le connaître, un seigneur, nommé Àltuin , à qui il avait voulu faire peur en revenant de chasser dans la foret de Cuise, près de Compiègne. Ce prince ne put jamais guérir de cet accident , et mourut le iig septembre de l'an 86G , après un règne de onze ans , à compter depuis Tan 855 , que les Aquitains le demandèrent pour la première fois à Charles le Chauve, Charles fut inhumé dans l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges.

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