LA TOSCANE EN RÉPUBLIQUE
Florenxe, après s'être mise en liberté, se vit déchirée t ainsi que plusieurs autres villes , par ces deux factions qu'on vient de nommer , lesquelles, tour à tour, y dominèrent , sous 1rs noms de Blancs et de Noirs. Pise, Sienne et Lucqués éprouvèrent , à peu près , les mêmes effets de la discorde , après avoir secoué le joug de l'empire. Mais Florence , comme autrefois Home , s'accrut au milieu des agitations qui semblaient devoir la détruire; elle étendit sa domination au dehors, soumit à ses lois plusieurs villes voisines, et devint enfin la capitale et la maîtresse de toute la Toscane. Les autres puissances d'Italie firent d'inutiles efforts pour empêcher les progrès des Flore*-; * tins.
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Le gouvernement de Florence, tant qu'elle subsista dan» l'état de république , éprouva bien des variations. D'abord elle fut gouvernée par trente-six anciens, ayant à leur tête un capitaine et un podestat. Ensuite, Tan 1367, le peuple de Florence donna la seigneurie de la ville ,. pour dix ans, à Charles I , roi de Sicile. Le pape, dans le même tems , nomma ce princevicaire de la Toscane , l'empire. vacant , à condition de quitter ce titre dès qu'il y aurait un empereur ou un roi des Romains. Charles arrive à/Florence (fans le mois d'août, et prend possession du gouvernement qu'on lui avait déféré. Il établit, à son départ , des vicaires pour gouverner la Toscane en son nom , sans toucher, néanmoins, au gouvernement intérieur de Florence. L'année suivante, ou environ ,. les Florentins substituèrent aux anciens douze chefs, r sous le titre de bons hommes , qui devaient éxercer la magistrature pendant deux mois. Cette forme changea quelques années après ; et environ l'an 1 280 , au lieu dé douze gouverneurs, on en établit quatorze ; savoir, sept du parti guelfe , et autant du parti gibelin-, qui devaient être choisis par le pape, et dont la magistrature était annuelle. L'an 1282, on créa trois prieurs , dont ta magistrature n'était que pour trois mois. On y en ajouta cinq autres dans la suite avec un gonfalonier à leur tête; et cet ordre dura jusqu'en 1.342. Alors les plébéiens ayant prévalu sur la noblesse, choisirent neuf prieurs d'entre eux , et à leur titre ajoutèrent celui de seigneurs î les logèrent dans un palais, et leur donnèrent des officiers et des gardes : ce qui excita de grandes querelles entre la noblesse et lè peuple. Les nobles, eux-mêmes, n'étaient rien moins qu'unis entre eux. Les Cerqui et les Donati formèrent deux factions qui partagèrent toute la ville et la mirent en combustion. Le pape Boniface VIII , voulant rétablir le calme à Florence , y appela Charles de Valois, frère du roi de France. Ce prince , l'étant venu trouver avec un corps de troupes dans la ville d'Anagni, fut crée par lui comte de la Komagne, capitaine du patrimoine de Saint-Pierre et seigneur de la Marche d'Ancône. De là Charles s' étant rendu, le jour de la Toussaint i3oi , à Florence , avec le titre de pacificateur, il y demanda la seigneurie et la garde de la ville , promettant , avec serment , de la maintenir dans un état de paix et de tranquillité. Mais hien loin de tenir parole , il se déclara pour les Noirs, et laissa rentrer dans Florence Corso Donati , leur chef, avec ses autres* partisans, qui en avaient été chassés; ce qui occasiona des pillages et un incendie qui durèrent l'espace de cinq jours. Charles, ayant si mal répondu aux intentions du pape, reprit la route de France , l'année suivante , et se déclara hautement pour le roi, son frère, contre Boniface. Car» Donati, ce.-.
pendant, n'aspirait à rien moins qu'à se rendre souverain dans Florence. Ou s'aperçut de son dessein, et il périt dans une attaque qui lui fut livrée Tan i3o6*. À la fin , néanmoins, les nobles , s* étant réunis , reprirent le dessus à Florence. .L'empereur Henri VU, étant venu, Tan i3i2, en Italie pour son couronnement, forma le dessein de soumettre les Florentins. Après avoir pris quelques villes en Toscane , il alla camper, le 19 septembre, aux environs de Florence. Mais, au bout de cinquante jours, il prit le parti de s'éloigner sans avoir rien entrepris contre cette ville.
L'an i3i3, les Florentins, craignant le retour de l'empereur , accordent la seigneurie de leur ville , pour cinq ans , k Robert , roi de Naples , contre lequel Henri VII était en marche. La mort de ce prince, arrivée le 24 août de cette année , délivra le roi de Naples et les Florentins de la terreur» que ses armes leur avaient inspirée. Mais ces derniers avaient» un autre ennemi redoutable dans la personne d'Ugution Fag— giuola, qui, déjà maître de Lucques et de Pise, menaçait d'envahir toute la Toscane. Robert , Tan i3i4 » leur envoya; Pierre, son frère, comte de Gravina, et, Tannée suivante, Philippe, prince deTarente, son autre frère, avec Charles, fils de Philippe, pour les aider à réprimer l'ambition de ce tyran. L'an i3i5, le ai) août, les Florentins, étant venus aux mains avec Ugution, près de Nontc-Catino , qu'il assiégeait, sont mis en déroute, et perdent* le duc de Gravina, qui se noie dans un marais , avec le jeune prince Charles, qui resta mort sur le champ de bataille. Ugution, ayant été chassé df Pise, Tannée suivante, se retira a Lucques, où il délivra Castruccio- Castracani , qu'il avait fait mettre en prison avec les Interminelli , ses parents, pour des meurtres tt d?autres violences commis dans la Lunigiane. Les Lucquois se soulevèrent , à leur tour, cohtre Ugution, et donnèrent la seigneurie de leur ville , pour un an , à Castruccio , qui sut bien la conserver au-delà de ce teime. Castruccio vécut d'abord en paix avec les Florentins ; mais, l'an i3ao , il leur déclara la guerre , et prit sur eux quelques places. L'an i3aS, le a3 septembre, H défit , près d'Altropascio, leur armée , et fit prisonnier Raymond de Ordonne , leur général. D'autres avantages, que Castruccio remporta sur eux , les déterminèrent a prendre pour leur seigneur Charles , duc de Calabre , fils aîné du roi Robert , nui accepta cette élection le i3 janvier i3a6, et arriva , le 3o juillet Suivant , à Florence , à la tête de deux mille cavaliers. Le3o août suivant, le légat Jean des Ursins, arrivé deux mois auparavant à Florence , y publie , dans la grande place , au nom 4u pape , en présence du duc de Calabre et de sa cour , une
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sentence d'excommunication contre Castruccio , laquelle , en même tems , le prive de ses dignités , avec permission a tout le monde de lui nuire , à lui et aux siens , tant en leurs biens qu'en leurs personnes, sans pèche. Ces censures n'abattirent point son courage , ni ne diminuèrent son crédit. L'empereur Louis de Bavière, étant venu, Tan i3*7, à Lucques, y est honorablement reçu par Castruccio* qu'il crée , par reconnaissance , le 4 novembre , duc de Lucques , de Pistoie , de IVato et d'autres lieux. Castruccio, étant retourné auprès de l'empereur à Viterbe, avec trois cents cavaliers et mille arbalétriers , accompagne de là jusqu'à Rome, ce prince, qui , après lavoir lait chevalier , de sa main , le crée comte du sacré palais , afin d'assister , en cette qualité f à son couronnement ; cérémonie qui se fit le 17 janvier i3ad. Peu de tems après, l'empereur le fit encore sénateur de Home. ( Muratori , Annati*d'Ital , f tom. VIII.) Pendant le séjour de Castruccio dans cette ville, les Florentins, sous la conduite de Philippe de Sanguinet, vicaire du duc de Calabre , s'emparent , le 28 janvier , de Pistoie qu'ils pillent durant dix jours. Castruccio revote , à cette nouvelle , en Toscane, et, avec le secours des Lucquois et des Pisans, il met le siège, le i3 mai , devant Pistoie < dont il se rend maître le i3 août. Ce Fut la dernière expédition de cet homme fameux , qui mourut le 3 septembre suivant , à quarante-sept ans , et fut inhumé dans l'église de Saint-François à Lucques.
Les Florentins ayant acquis , l'an i34i» de Maslin dô l'Escale, ou Scalieer, La ville de Lucques (qu'il avait achetée luimême en t335 , de Gérard Sptnola , à qui les Allemands l'avaient vendue en i33i ), cette acquisition excita la jalousie des Pisans. Guerre entre ces deux villes à cette occasion. Après une bataille gagnée sur les Florentins, le a octobre de la même année, les Pisans mettent le siège devant Lucques, dont ils s'emparent, le 6 juillet i34a. Les Florentins, abandonnés durai Robert et du duc de Calabre,' son fils, élisent, la même année, Gautier de Brienne , dur. d'Athènes, pour leur chef , sous les titres de capitaine et de conservateur du peuple, qu'il fit changer, dans un parlement tenu le 8 septembre , en celui de seigneur à vie de Florence; mais il ne le conserva pas un an , sa conduite atroce l'ayant fait chasser le 3 ao6t de l'année suivante. Son expulsion , néanmoins , ne rendit pas la paix à la ville de Florence. Le peuple se souleva contre la noblesse , destitua les prieurs nobles, et établit le gouvernement populaire, sous un chef nommé gonfalonier.
Une peste affreuse, en i348, désole Florence, où elle en-
lève, si l'on en croit Bocace, plus de cent mille âmes. Plusieurs personnes, à la vérité, du territoire, s'y étaient réfugiées.
La guerre se rallume , en i362, entre les Florentins et les Pisans : elle cesse le 3o août i364 , par un traité de naix , après une victoire gaguée par Galéot Malatesta i général des Florentins, sur les Pisans, commandés par Jean Aucud , ou Kauchouod, fameux capitaine anglais. (Villani, liv. n , c. 2.) L'empereur Charles IV, étant arrivé à Pise, le 3 octobre i368, avec l'impératrice, exerce l'autorité souveraine dans cette ville, ainsi que dans Lucques et dans Sienne, où il se rendit le 12 du mois, et établit dans toutes les trois. des vicaires de l'empire. Mais.ce prince , étant. revenu sur la fin de l'année à Sienne, souleva le peuple contre Jui, en déposant ses magistrats; et après avoir vu ses troupes battues et chassées par les Siennois , le 18 janvier i3(>9, il se trouva lui— même assiégé dans le palais, et obligé, pour se délivrer, de confirmer tous les privilèges de la ville.
L'an 1370, les Lucquois, au moyen d'une somme de vingtcinq mille florins, qu'ils paient au cardinal Gui-, leur gouverneur, l'engagent à se retirer, et à les laisser eu liberté. C'est ici proprement l'époque de l'indépendance où cette ville s'est maintenue jusqu'à nos jours.
L'an 1375, Guillaume r légat de Bologne, voulant enlever aux Florentins la terre de Prato, ceux - ci se liguent avec la reine de Naples, le duc de Milan , les Lucquois et les Siennois, et font soulever la plupart des villes de l'état ecclésiastique. Le pape Grégoire XI , l'année suivante, met la ville d< Florence en interdit, et excommunie ses magistrats. Cet anathème dura jusqu'au pontificat d'Urbain VI, qui, Fan 1378, le leva, par la médiation de sainte Catherine de Sienne.
Les habitants de Monte-Pulriano, fatigués et harcelés par les Siennois, qui voulaient les subjuguer , se donnent, l'an i388, avec leurs sujets, aux Florentins. .11 fut. passé à ce sujet, Tan j3o,o, un contrat solennel, sous le gouvernement du gonfalonier Bcccanugi. . T
Les Florentins, en iScjo, voyant la liberté de l'Italie menacée par l'ambition de Jean-Galéas Visconli, duc de Milan, se liguent avec les Bolonnais pour la défense de la cause commune : ils gagnent, par argent, le capitaine Aucud, qui se donnait au plus offrant, et l'envoient, avec un corps de troupes, au secours de Bologne , assiégée, ou près de l'être , par le duc de Milan, et ses confédérés , le marquis de Fenare et le seigneur de Mantoue.
Le comte d'Armagnac s'etant mis à la tête de l'armée de
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Florence, est battu , au mois de juillet 1391 , devant Alexandrie, qu'il assiégeait , et meurt, quelques jours anrès, des blessures qu'il avait reçues dans le combat. Les hostilités cessèrent l'année suivante , par un traité de paix conclu au mois de janvier : mais bientôt de nouvelles entreprises du duc de Ferrare , obligèrent les florentins à reprendre les armes.
Les Florentins, sous la conduite de Luc de Fies<jue, se rendent maîtres de Pise, le 9 octobre 1406, par la trahison de Jean Gambacorta , capitaine de cette ville , après un siège commencé le 4 mars précédent. (^Muratori.) « On voit encore, en » forme de trophée, devant le baptistère de Florence, et à » quelques-unes des portes de la ville, des chaînes qui ser- » vaient à barrer le port de Pise , quand les Florentins s'en »» emparèrent : ces triomphes étaient d'autant plus remarqua- *> bles, que Pise était alors une puissante république ». (M. de la Lande.)
Le pape Martin V, au retour du. concile de Constance, arrive à Florence le 26 février 1 4 K 9 1 e t y reste jusqu'au 20 septembre 1420 » qu'il en part pour aller s'établir à Rome. Pendant son séjour dans celte ville, il érigea, le 2. mai i4*9» l'église de Florence en archevêché. ( Muratori. ) Les Génois , l'an 1421 , vendent Livourne aux Florentins.
La guerre que Philippe-Marie, duc de Milan, avait depuis plusieurs années, avec les Florentins et les Vénitiens , leurs alliés, est terminée l'an 1428, par un traité de paix, conclu le 16 ou le 18 avril. La même année, Jean de Médicis, tige d'une maison féconde (1) en grands hommes , meurt à Florence, sa patrie, à l'âge de soixanle-huit ans, regretté de tous les Florentins, dont les larmes Grent son éloge. Il était négociant , comme ses compatriotes les plus distingués , et quoique sans lettres, il servit utilement sa patrie, dont il fut plusieurs fois gonfalonier, et qu'il maintint en paix par la sagesse de ses conseils : ses aumônes abondantes le firent surnommer le Père des pauvres. Il laissa de Picarde de Bueri, sa femme, deux fils, Côme , dit V Ancien, né le 27 septembre 1^89 , et Laurent, d'où sont issus les grands-ducs de Toscane. (
L'an i43o, les Florentins, sous prétexte de délivrer Lucqucs de la tyrannie de Guinigi , qui s'en était emparé , viennent
(1) Jean de Médicis était petit-fils, par Everhard, son père, do Sylvestre de Médicis, surnommé Clarissime> qui fut fait gonfalonier de Florence, et acquit un très-grand crédit parmi le peuple par un esprit insinuant et par une générosité qui lui fit beaucoup de partisans. ( Chasot, M . de la Lande. )
mettre le siège, au.printems, devant cette ville. François 8force, envoyé secrètement par le duc de Milan , les oblige k se retirer , entre dans la. ville et envoie Guinigi prisonnier à Milan. Les Florentins , ayant recommencé ce siège au mois de novembre suivant , sont battus par Piccinino , général des Milanais, Sous les murs de la place. Les Vénitiens alors se dé-* clarent pour les Florentins , et les Siennois pour le duc de Milan. Les hostilités durent jusqu'au traité de paix, conclu par la médiation du marquis de Ferrare, le 26 avril i433. La même année , Côme de Medicis , dont le commerce s'étendait dans l'Europe et l'Asie, ayant excité, par ses richesses, la jalousie des Albizzi, des Strozzi, des Pétrucci et des Barbadori, est mis en prison par Guadigni , gonfalonier de Florence, que les ennemis de Côme avaient corrompu par argent. Côme gagne a son tour , par la même voie , ce magistrat , qui le soustrait au supplice qu'on Iut destinait, en l'exilant pour cinq ans. Le peuple qu'il occupait. dans ses manufactures, sentit bientôt le vide de son absence, et le fit rappeler au bout d'un an.
L'an i447 » sur la fin d'octobre , Alfonse, roi de Naples, qui était en guerre avec les Vénitiens, fait entrer des troupes sur les terres des Florentins , leurs alliés , pour faire diversion : elles y restèrent pendant trois ans, et ne se retirèrent qu'après tm traité de paix, signé le 29 juin 14S0. ( Ammirati , Ist&r. di Firenz. , liv. 32. )
Côme de Médicis, à l'âge de soixante-quinze an9, termine ses jours à Florence , le i e *. août i4^4i laissant les églises, le peuple, les savants et les artistes comblés de ses bienfaits. Côme était le plus riche particulier de lVEurope , et la considération qu'il s'était acquise le mettait de pair avec les rois. Il fut, pendant trente-quatre ans , l'unique arbitre de la république , et le conseil de la plupart des villes et des souverains (1 Italie. Son corps fut inhumé dans l'église de Sai nt- Laurent » qu'il avait fait bâtir ; et, par un décret public, il fut qualifié Père de ta patrie , dans l'épi taphe qu'on grava sur son tombeau. fAme laissa de CONTÉSINR DES BàRIH, son épouse, un fils qui su%t. . .
Pierre, fils de Côme de Médicie, fut pourvu, Tan 1460, de la charge de gonfalonier, en considération des grandes qualités de son père , dont il n'hérita point. Côme n'avait cependant rien oublié pour lui procurer une éducation <|ui répondît à sa fortune ; mais son esprit borné le rendait absolument inhabile aux, lettres et aux affaires, il exerça toutefois sa charge avec modération tant que son père vécut : mais après la mort de ce surveillant , il changea de ton , et séduit par des flatteurs,
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il voulut gouverner en souverain. Les Pitti , les Acciaioli , et d'autres familles de la première noblesse de Florence , ne pouvant soutenir sa hauteur, formèrent, Tan 1466, une conspira-? tion pour l'assassiner : instruits du jour et de l'heure qu'il devait revenir de sa maison de campagne de Mugello, ils lui dressent une embuscade sur la route. 11 était près d'y dbnner, lorsque, par un secret pressentiment du péril dont il était menacé, ou par caprice, il lui prit envie de se détourner pour aller, par un chemin tout opposé à celui qu'il tenait, rendre visite à un de ses amis, nommé Lanti. Celui-ci le retint à souper malgré lui , et le renvoya si bien escorté oifil n'avait rien à craindre. Les assassins qui l'attendaient sur la route qui conduisait chez lui, ne le voyant point venir , se divisèrent pour aller à sa rencontre dans les différentes avenues de sa maison. Pierre de Médicis rentrant chez lui , ne trouva que trois ou quatreApmmes armés, qui le reconnurent bien, mais qui n'osèrent l aïlaquer. Ainsi , par un coup singulier de la providence , échoua la conjuration des Pitti et de leurs consorts. Leur crime fut découvert par un de ceux même qu'ils avaient employés pour l'exécuter , et qu'ils n'avaient pas assez largement récompensé. (Anccd. liai.) Ils furent bannis, et s'étant retirés à Venise, ils engagèrent , avec le consentement tacite de la seigneurie , BarthelemiColeone, fameux capitaine, à se mettre à leur tête pour faire la guerre à leur patrie. Les seigneurs de Pesaro, de Forli, île la Mirandole et d'autres se joignent à lui , et forment une armée de quinze mille hommes. L'Italie, dit Muratori , abondait alors en condottieri , ou capitaines, qui tenaient toujours sur pied des compagnies , pour les employer au service d% ceux qui leur faisaient les meilleures conditions. Les Florentins? de leur côté , s'étant ligués avec Ferdinand , roi de Naples , et Galéas-Maric , duc de Milan , mettent à la tete de leurs troupes Frédéric , duc d'Urbin. Les deux armées s'étant rencontrées dans le Bolonez, se livrent bataille le 2.5 juillet 1 4^7 > et la victoire , après un long combat , reste indécise.
Paul Toscane! la , sous les auspices de Pierre de Médicis , commence, l'an 14^7, dans le duoiço, ou la cathédrale de Florence, une méridienne, dont le gnomon est élevé de deux cent soixante-dix-sept pieds deux pouces et neuf lignes. C'est, dit M. de la Lande , le plus grand instrument astronomique qu'il y ait aie-monde. Il a été réparé, dans ces derniers tems , par le P. Ximenès, jésuite, sur les instances de M. de la Condamine, et aux frais de l'empereur François.
Pierre de Médicis meurt de la goutte , l'an 1472 , à l'âge de cinquante - trois ans , laissant de Lucrèce Tornabuona , sa femme, qu'il avait épousée en 1 444 > deux fils, Laurent, né XVUI. 10
«74 CHRONOLOGIE NÏSTOÏUQUE
Tan i44Ô, et Julien, né l'an i453, qui eurent chacun un fils, élevé sur la chaire de saint Pierre; et deux filles, Blanche, mariée à Guillaume Pazzi , et Nanina , femme de Bernard Ruccellaï.
Laurent et Julien de Médicis furent reconnus princes de la république de Florence , après la mort de Pierre , leur père , par le crédit de Thomas Loqérini , citoyen puissant, qui avait rempli , avec honneur, la charge de gonfaronier.
Les Pazzi , famille puissante à Florence , jaloux du grand pouvoir dont les deux frères de Médicis y jouissaient , se con^ certent, Tan i4?^» avec François Salviati, archevêque de-Pise, pour les faire périr. Le pape Sixte IV, séduit par Jérôme Riario, seigneur d'Imola, son neveu, grand ennemi des Médicis, entre dans ce noir complot. Le jour, le lieu , la circonstance, choisis pour l'exécuter , furent le 26 avril , la cathédrale de Florence , el le moment de l'élévation de l'hostie à la messe, v Julien de Médicis fut mis à mort sur la place ; mais Laurent , son frère , eut le bonheur de s'échapper, après avoir été légèrement blessé. Celte exécution ne produisit pas l'effet que les conjurés s'en étaient promis. L'archevêque Je Pise , François Salviati , se promenait alors dans le palais de la seigneurie , attendant, pour s'en emparer, qu'on lui annonçât la mort des deux frères. H fut pris aux premières rumeurs du peuple, et toendu aux fenêtres du palais avec Jacques Salviati, Jacques Poggio , fils de Thistonen , et François Pazzi , assassins de Julien. On fit subir la même peine à tous ceux de la maison de Pazzi que l'on put prendre, et à leurs* adhérents, au nombre ce soixante-dix. César de Pétrucci , qui était alors gonfalomer 4 se comporta avec une fermeté qui dissipa , en peu de terns , toute cette conjuration. Le pape apprit, avec une surprise extrême , des nouvelles si contraires à ses espérances. Dans l'excès de sa colère , il fulmina contre les Florentins une bulle d'excommunication , sous prétexte, qu'en faisant pendre un archevêque, ils avaient donné atteinte aux immunités ecclésiastiques. 11 fit plus ; il se ligua contre eux avec Ferdinand , roi «le Naples; el l'un et l'autre firent passer, au mois de juillet, des troupes dans la Toscane, sous les ordres d'Alfonse, duc de Calabre , fils de Ferdinand, et de Frédéric, duc d'Urbin. Plusieurs puissances , telles que Louis XI , roi de France, la régence de Milan, les Vénitiens, le duc de Ferrare et le seigneur de Rimini, se déclarèrent pour les Morentins. Ceux-ci, de concert avec la duchesse de Milan , donnèrent le commandement de leurs troupes 6 Hercule, duc de Ferrare, quoique gendre du roi de JNapIcs, et à Robert Maiatesta, seigueur de
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Rirnini. Cette campagne n'eut aucun événement remarquable; mais la suivante fut très-désavantageuse aux Florentins. Laurent de Médicis prit alors une résolution digne d'un homme de grand sens, mais qui fut regardée de plusieurs comme trop hardie. Le 5 décembre, il part de Florence pour aller trouver le roi Ferdinand , et l'engager à donner la paix à la république. La chronique de Fer rare dit qu'il entreprit ce voyage par le conseil du duc de Ferra re , qui , vraisemblablement , ne le lui aurait pas donné, s'il n'eût été sûr qu'il pouvait le suivre sans danger. Le journal de Parme ajoute , qu'avant de partir, il avait eu soin de se prémunir d'un sauf-conduit. Quoi qu'il en soit , Laurent fut très-bien reçu du roi de Naples; et non-seulement il obtint de ce prince, par son éloquence, la paix qu'il était venu demander, mais il conclut encore avec Jui, le G mars- 1480* une ligue contre le duc de Lorraine, qui s'avançait eifc Italie pour disputer le royaume de Naples à FerdinfSa. L'an 1487, Les Florentins , sous la conduite de Nicolas Orsini , leur général ? reprennent , le 22 juin, la ville de Sarzane sur les Génois , qui, l'an 1407» s'en étaient emparés. Le recouvrement» de cette place , qui était une des clefs de l'état , du côté de Gênes, fit beaucoup d'honneur à Laurent de Médicis , qui s'était trouvé en personne à cette expédition. Le ciel ne lui accorda
1>as d'aussi longs jours qu'il semblait le mériter pour le bon— leur de sa patrie. Une maladie, qui ne fut d'abord qu'une fièvre des plus légères , l'emporta , le 7 avril 1 49 2 1 à l ^g e de quarante-quatre ans. On imputa sa mort à la témérité de Pierre Léoni, célèbre médecin de Spolette, qu'on avait fait venir pour le traiter. Ce docteur , entêté de l'astrologie judiciaire , avait prédit qu'il guérirait sans le secours des remèdes , et en conséquence i>e lui en avait point administré. L'événement ayant démenti sa prédiction, Pierre de Médicis vengea la mort de son père, en précipitant le médecin dans un puits. Cest ainsi que Léoni vérifia son horoscope qu'il avait tirée lui-même, et qui lui annonçait qu'il serait noyé par un accident imprévu. De Clarice des Ursins, sa seconde femme, Laurent de Médicis laissa trois fils : Pierre , dont on vient de parler , et qui lui succéda ; Jean, cardinal a l'âge de treize ans, puis pape , sous le nom de Léon X ; et Julien; avec trois filles, Lucrèce, femme de Jacques Salviati , et mère de Jean Salviati , créé cardinal en j 5i 7 ; -Madeleine, alliée a François Cibo , comte d'Aguiliar ; et Contessine , femme de Pierre Ridolfi , décapité à Florence en 1497, pour son attachement aux Médicis.
Laurent fut appelé le Père des Muses, et il mérita ce glorieux titre par ses talents, par l'accueil qu'il fit aux savants et aux artistes, et par le soin qu'il prit de former la bibliothèque la
76 CHRONOLOGIE HISTORIQUE c£ f
Ïlus riche qu'il y eût en Europe. C'est à lui que l'université de >ise doit sa fondation. « C'était une chose aussi admirable » qu'éloignée de nos mœurs , dit un écrivain de nos jours, de » voir ce citoyen , qui faisait toujours le commerce , vendre >» d'une main les denrées du Levant, et soutenir de l'autre le » fardeau des affaires publiques; entretenir des facteurs, et' » recevoir des ambassadeurs ; donner des spectacles aux peuples, » des asiles aux malheureux ; orner sa patrie d'édifices superbes, » et accueillir tous le savants grecs de Constantinople ». Julien de Médicis, frère de Laurent, avait laissé, d£ Camille Caffarelli» un (ils nommé Jules, qui fut d'abord chevalier de M ait e# puis archevêque de Florence, fait cardinal en i5i3, par le pape Léon X , son cousin , et enfin élu pape , sous le nom de Clément VII , le 19 novembre 1S26.
1 4o 2 * jPierre II de Médicis , né l'an 1469 * conserva dans Florence la même autorité dont Laurent, son père, y avait joui : mais il n'y acquit pas la même considération. S'étant lié avec tAlfonse, nouveau roi de Naples , il engagea, l'an i494» ^ es Florentins à se déclarer contre Charles VIII , qui s'avançait en Italie, pour faire la conquête du royaume de Naples. Mais Charles ayant résolu de prendre sa route par la Toscane, ne fut pas plutôt arrivé près de Sarzane, que Pierre vint lui faire ses soumissions ; et , pour gage de sa fidélité , il lui remit cinq villes frontières de la république, pour les garder jusqu'à la fin de la guerre. Les Florentins, indignés de ce traité , fait sans leur participation, se soulèvent contre Pierre de Médicis à son retour, l'obligent à sortir de la ville, le 8 novembre, avec ses deux frères , confisquent leurs biens , pillent et démolissent leurs maisons, et déclarent leurs personnes proscrites. Charles profita du désordre que cette révolution occasionait dans Florence ; il s'approcha de celle ville, et y fit son entrée en conquérant. Ses soldats y commirent plusieurs hostilités. La bibliothèque précieuse de Laurent de Médicis devint la proie d'une troupe de brigands (1). Pierre, dans sa fuite, se retira d'abord à Bologne. Bcntivoglio, seigneur de cette ville, le voyant arriver , lui demande comment il a pu survivre à sa honte. Cet accueil rebutant le détermine à passer à Venise.
(1) On concevra aisément la grandeur de la perte que fit alors ta république des lettres, lorsqu'on pensera que les débris de cette bibliothèque, que Catherine de Médicis sut retirer de la main des ravisseurs, composent aujourd'hui ce qu'il y a de plus curieux dans la bibliothèque du roi ( Jnccd. Itul.)
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îl Çtft occasion d'y voir Philippe de Comines, que lé roi de Françe avait envoyé à la seigneurie en qualité d'ambassadeur. Dans les entretiens que ces deux politiques eurent ensemble, ils convinrent, entr'autres maximes, de celle-ci : que, quand on a perdu son crédit et sa fortune , on perd communément , de plus, tous ses amis. Le monarque français s'ëtant rendu à Pise, le 9 de novembre, la noblesse et le peuple s'attroupent autour de lui , pour demander qu'il les délivre du joug des Florentins. Charles leur donne de bonnes paroles, qu'ils prennent pour un consen|ement; et aussitôt ils se mettent à courir pour chasser les commissaires florentins , arrachent les armoiries de Florence, et crient partout liberté ! Ils la recouvrèrent effectivement, et la conservèrent jusqu'en 1609. Les Florentins, consternés de cette révolution , envoient des députés au roi pour* traiter d'accommodement avec lui. Charles arrive à Florence, le 17 du même mois, et y est magnifiquement reçu. Après la cérémonie , on entre en négociation. Le roi demande trois choses : i°. une somme d'argent exorbitante ; 2 0 . le rétablissement des Médicis; 3°. le domaine de la ville. Plusieurs jours se passent à disputer sur ces objets , sans rien conclure. JEnfin les ministres du roi présentent aux députés des Florentins un acte, contenant les conditions que le roi exigeait d'eux , et cela sans s'être concertés avec eux , et sans avoir ienu compte de leurs raisons. Pierre Capponi, l'un d'entre ces députés, aprèsjja lecture de cet écrit , le prend , et de colère le déchire en présence du roi. Lçs ministres indignés menacent d'en». venir aux dernières extrémités : Vous battrez, du tambour, leur dit Capponi , en sortant de la salle, et nous sonnerons nos cloches. Ce discours rendit le roi plus traitable : il réduisit ses demandes à cent vingt mille écus, qui lui furent accordés le 26 novembre, par un traité, où il ne fut fait nulle mention du retour des Médicis. Charles quitte Florence , le a8 du même mois, pour s'acheminer vers Rome. (Murât.) Les Florentins , après son départ , établissent parmi eux le gouvernement aristocratique , par le conseil de Jérôme Savonaiole, dominicain de Ferrare. Cet homme fameux était l'oracle des Florentins, qui le regardaient comme un prophète , et luimême se croyait tel. Par une prévoyance naturelle, qu'il prit pour une inspiration divine , il avait prédit , quatre ans auparavant , l'arrivée du roi Charles Vlll en Italie. Ce prince étant à Pise, il vint le trouver , et lui promit une suite non interrompue d'heureux succès, s'il voulait travailler a la réformation de l'église, en commençant par la déposition du scandaleux pape Alexandre VI. Les vices de ce pontife étaient 1% matière la plus ordinaire de ses véhémentes déclama tio 11 s*
^ Digitizf
Alexandre lui interdit en vain la chaire; il n'en prêcha qu'ayec plus de hardiesse et de chaleur. Ses confrères le soutinrent, Mais Alexandre lui suscita, pour contradicteurs, les cordeliers y qui le firent décheoir de sa haute réputation. Le peuple , jevenu de son enthousiasme , l'abandonna, comme un imposteur, à la fureur de ses ennemis, et le vit tranquillement périr dans les flammes , le 26 mai i^S.
L an i4^5 » I e roi Charles VIII , retournant en France , fait à Trin , avec les députés de Florence , un traité par lequel il Consent de leur rendre les villes de la république, où il avait mis garnison. Les ordres, en conséquence, sont expédiés aux gouverneurs d'évacuer ces places. Mais l'ambassadeur florentin , chargé de ces ordres, est arrêté sur sa route par le duc^ de Milan , qui lui enlève ses papiers. Le monarque envoie de nouveaux ordres , qui sont mal exécutés. Le comte de Liçnt mande aux gouverneurs de trouver des prétextes pour n'y point déférer. Saillant est le seul qui s'y conforma , en remettant Livourne aux Florentins. D'Entragues porta l'infidélité jusqu'à vendre la citadelle du pays aux Pisans ; ce qui les tira entièrement de la dépendance des Florentins.
Les Florentins érigent, l'an i5o2, en charge perpétuelle, la dignité de gonfalonier de justice , qui n'était jusqu'alors que pour deux mois, et la confèrent à Pierre Soderini, person* nage recommandable par sa modération et son intégrité.
L'an i5o3, Pierre de Médicis, qui, après avoir tenté vainement de rentrer à Florence , s'était engagé par dépit au service des Français, périt, le 27 décembre, aupassage.de la rivière du Garillan , dans le royaume de Naples , à l'-age de trente-cinq ans. 11 est enterré au Mont Cassin, dans un magnifique tombeau. D'Alfonsine des Ursins, sa femme (morte le 7 février i5i4), il laissa <leux fils, Laurent et Cômc; avec une fille , Clarice , mariée à Philippe Strozzi.
Pise retombe, pour la dernière fois, le 8 juin i5oo, , sous la domination des Florentins, par capitulation, après un siège d'environ quatre ans, commencé le 6 septembre i5o4« (Murât.) Ce fut le terme de sa grandeur et de sa prospérité. On y comptait alors cent cinquante mille habitants : elle n'en a pas plus de vingt mille actuellement , suivant M. de la Lande ; encore y compte-t-on, dit-il, six à sept cents, juifs. {Voy. à l'article de Gênes, les querelles des Génois et des Pisans, pendant les croisades. )
L'an i5i2 , le pape Jules II , irrité contre les Florentins de ce qu'ils avaient souffert qu'on tînt à Pise un concile pour le déposer, engage Raymond de Cardone, vice-roi de Naples., à travailler au rétablissement des Médicis à Florence. Cardone
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entre avecT une armée dans la Toscane; et, après avoir effrayé îes'Florentins , par le saccagement de la terre de Prato, il ramène en triomphe, le 3i août , les Médicis à Florence, où il sont reçus avec de grandes démonstrations de joie. Le goufalouier Soderini quitte alors le palais de la seigneurie, et se retire à Haguse.
Julien II, ou Jules de Médicis, et le cardinal Jean, son frère , fils de Laurent l , rétablis dans Florence , reprirent leur ancien rang, et gouvernèrent avec pins d'empire et d autorité .. . Avaient fait leurs ancêtres. Le cardinal Jean devint pape, 1 5 13, sous le nom de Léon X; et , la môme année, aal Jules, fils naturel de Julien I. Léon donna le commandement des troupes de l'église à Laurent, son neveu, et lui fit d'autres avantages, comme on le verra dans la suite. A de Julien de Médicis, il prit la conduite de son père pour modèle de la sienne, et gagna les cœurs de ses concitovetàfrpar son esprit et son affabilité. L'an i5t5, au mois dgjfevrier, il épousa Philiberte, fille de Philippe, duc de Savoie, tante du roi François I.Ce monarque, en considération Je ce mariage, donna le duché de Nemours à Julien. Il en jouit peu de tems , étant mort le 17 mars i5i6, à l'âge de trente-huit ans, sans laisser d'autres enfants qu'un fils, nommé Hippolyte, que le pape Clément Vil fit cardinal en 1529, contre l'inclination qu'il avait pour la profession des armes; Philiberte, veuve de Julien, mourut le 4 avril 1024» à Vineule-Grand , en Bugei.
i5i& Laurent II de Médicis, dit le Jeune, né l'an 1492, Gis aîné de Pierre II et d'Alfonsine des Ursins, succède à Julien, son oncle, dans le gouvernement de Florence, par la protection •du uape Léon X. Ce pontife lui donna , la même année , le Juche dUrbin , qu'il avait enlevé à François -Marie de la Rovère, neveu du pape Jules II. Etant venu, l'an i5i«, en •France, pour tenir sur les fonts de baptême le dauphin François, au nom du pape Léon X, Laurent épousa, le lendemain de la cérémonie , au château d'Amboise , Madeleine de la Tour , iille de Jean III , comte d'Auvergne et de Boulogne, laquelle mourut en couches de Catherine, depuis reine de France, le 2.3 avril i5iç). Laurent ne survécut à sa femme que cinq jours, étant décédé le 28 du même mois , à l'âge de vingt-six ans. Avant son mariage , il avait reconnu pour son fils , Alexandre, né d'une esclave , nommée Anne , avec laquelle il avait eu commerce, comme bien d'autres, suivant le Segni. Laurent était trè3-bicn fait de sa personne; mais il manquait des qua-
lités nécessaires pour le gouvernement. Naturellement lent et paresseux, les affaires les plus importantes ne pouvaient le retirer du sein des plaisirs. On admire son tombeau, de même ue celui de Julien II, qui est auprès, dans la sacristie neuve e Saint-Laurent de Florence. Tous deux sont de La main de Michel-Ange. (Voy. les ducs d'Urbin.)
i5ic). Jules de Médicis, cardinal, archevêque de Florence et légat de la Romagne, fils naturel de Julien l de Médicis , prend le gouvernement de la république , après la mort de Laurent 11, à titre de légat de Léon X , son cousin. Ce prélat ayant succédé, le ii) novembre , après un conclave
d'environ deux mois, au pape Adrien VI , sous le nom de Clément VII, nomma, pour ses lieutenants, à Florence, le cardinal Hippolyte de Médicis, fils naturel de Julien!, et Alexandre de Médicis, fils naturel de Laurent II, auxquels il joignit les cardinaux de Cortone, Cibo et Salviati. La ligue que Clément VII conclut , au mois de mai 1 526, 'avec la France, l'Angleterre et Venise, contre Charles-Quint , attira sur lui et sur sa famille un orage, qui devait en entraîner 12 ruine. D'un côté, les Colonnes, suscités par l'empereur, se soulevèrent à Rome contre Clément; d'un antre côte, Georges Franispere entra dans l'Italie, à la tête d'une armée considérable d'Allemands, portant sur lui des cordons d'or et de soie 1 } avec lesquels il voulait, disait-il, pendre le pape et les cardinaux. Jean de Médicis, dit l 'Invincible , l'un aes chefs de la ligue, et le meilleur capitaine de toute l'Italie, était la principale et presque la seule ressource du pape dans cette extrémité. Il arrête les Allemands dans le Mantouan, les harcèle, et, par de savantes manœuvres, vient à bout de les enfermer dans le parc de Governolo , lieu très-fort , où ils se voyaient réduits à mourir de faim, s'ils s'obstinaient à y demeurer. Jean se regardait déjà comme victorieux i lorsque, rentrant vers la nuit dans son camp, il reçut un coup de boulet à la jambe. Les chirurgiens s'étnnt mis en devoir de la lui couper, et demandant des gens pour le tenir pendant celle opération : Coupez hardiment y répondit-il, il n'esl besoin de personne. Il tint lui-même la bougie pendant qu'ils opéraient, le duc de Manloue eiant présont. (Rranttmu*.) Il n'y survécut pas, et mourut à Mautoue , le 3o décembre if>2G, à Tàge de vingt-huit ans , laissant de Marie Salviati, sa femme, un fils, nommé Crtme t que nous verrons grand-duc de Toscane. Ce général était si redouté des Allemands, qu'ils l'appelaient le Grand Diable, et tellement adoré de ses troupes , qu'elles prirent le deuil à sa mort j ce qui les fit appeler les timides noires»
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les Florentins , Tan iSzj , apprenant que le pape était assiégé dans le château Saint-Ange, et ne voyant plus personne en état de les défendre contre les Allemands , secouent le joug des Médicis. qui n'avaient d'audace, disaient les mécontents , que
Eour les tyranniser ; les chassent , le 16 mai , de leur ville , et risent les statues de Léon X et de Clément VII. Le gonfaïonier N.... rapponi fut l'auteur de cette révolution , dans laquelle on rélaulit le gouvernement démocratique, tel qu'il avait été avant i5i2. (Galuzzi.)
^Le pape , sacrifiant ses ressentiments contre l'empereur , au désir de se venger des Florentins , conclut avec ce prince , le 29 juin i5^g, a Barcelonne , une ligue, par laquelle Charles- Quint s'obligea de rétablir à Florence la maison de Médicis dans sa première grandeur , et de marier , avec Alexandre de Médicis ^ Marguerite , sa fille naturelle. Charles tint parole. Au mois d'octobre suivant , le prince d'Orange , son général , après s'être emparé de diverses places en Toscane , vint camper dans le voisinage de Florence (1). Pendant le siège de cette ville, qui -raidix mois , les assiégés, commandés par Malatesta Baglioni ,
cet
12. du même mois, les Florentins, réduits à lextrémites . capitulèrent avec Ferdinand ou Ferrante de Gonzague, successeur du prince d'Orange dans le commandement de l'armée allemande, ou plutôt espagnole , et consentirent à recevoir la forme de gouvernement qu'il plairait à l'empereur de lent donner. En conséquence, le 28 octobre suivant (le Varchi Hit le ai Charles rendit un décret solennel , par lequel il déc'ara chefs de la république, Alexandre de Médicis (à qui le pape avait déjà procuré le duché de Civita Penna), ses fils, leurs descendants , et à leur défaut le plus proche parent. Ainsi fut rétablie, pour la troisième fois, la maison de Médicis à Floence. Les Florentins , dit Muratori , se lamentèrent en secret
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nue ; et la cour impériale , ajoute-t-il , a bien su de nos jours s'en prévaloir pour disposer à son gré du beau pays de la Toscane.' »
(1) Les Espagnols arrivés à l'Apparita, dans la plaine de Ripolî d'où l'on découvre Florence et son territoire, commencèrent à crier en branlant leurs lances : Florence, prépare tes superbes étoffes; nous venons tes acheter à la mesure de nos pigues.
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ALEXANDRE DE MÉDICIS , premier duc de Florence;
L'an i53i , Alexandre de Médicis, fils naturel de Laurent II , né Tan i5io , est reconnu chef de l'état de Florence f N . le 6 juillet, après la lecture faite publiquement à Florence du décret de l'empereur par Muscettola ,• député de ce prince. Ce décret n'aoéan tissait pas entièrement l'ancien gouvernement de» Florentins , puisqu'il leur laissait la liberté de créer leurs ma-» gis trais. Mais, Tan i53a, François Guichardin , l'historien, et Baccio Valori , ayant été élevés à la magistrature , firent , à la sollicitation du pape , un autre décret , par lequel il fut réglé qu'Alexandre serait fait duc de la république , avec toute l'autorité que peut avoir un prince; et qu'après lui, ses descendants, et à leur défaut, la branche de Laurent de Médicis , fils de Pierre- François, jouiraient de la même dignité. Alexandre, en conséquence , fut proclamé solennellement duc et prince absolu de- Florence le i ef . mai. La conduite que tint le nouveau souverain donna bientôt sujet aux Florentins de regretter leur liberté. Alexandre , par sa dissolution et sa cruauté , se fit des ennemis jusque* dans sa propre famille. Laurent ou Laurenzin de Médicis, son parent, excité par Philippe Strozzi, zélé républicain, l'ayant attiré dans sa maison par l'espérance d'une jouissance criminelle , le fit poignarder, la nuit du S au 6 janvier (le ,"Varchi dit i536, en suivant le style florentin) , dans la vingtcinquième année de son âge. (Muratori. ) Alexandre ne labsa point d'enfants de Marguerite, fille naturelle de Charles- Quint, qu'il avait épousée le 29 février i536. (Cette princesse se remaria, Tan i5à8, avec Octave Farnèse, duc de Parme. ) Mais il eut trois» enfants naturels qui lui survécurent ; savoir, Jules , qui fut général des galères de l'ordre de Saint-Etienne ; Julie , tamme de François Cartelmi ; et Porzia , qui se fit religieuse*
COME DE MÉDICIS, dit LE GRAND,