DES COMTES ET DES PRINCF.S DÉ CAPOUE. I
p pouvoirs dont nous sommes munis, nous mettons en votre » pouvoir nos personnes, la ville de Capoue, ses campagnes, » ses temples, et tomes les choses divines et humaines •» qui lui appartiennent , en sorte que désormais tout ce » qui nous arrivera, nous le souffrirons comme nous étant « commun avec vous. « En disant cela, les députés, fondant en larmes, étendirent les mains vers le consul et se jetèrent devant la porte du sénat. Sensible à la situation des Capouans, et réfléchissant sur les vicissitudes des choses humaines, considérant d'ailleurs le grand accroissement de territoire et de puissance qui reviendrait à Rome, de la soumission volontaire d'un peuple nombreux, riche et nageant dans le luxe et les plaisirs, le sénat hésita entre la fidélité qu'il devait à ses alliés et la crainte de se manquer à lui-même ainsi qu'à ceux qui avaient recours à lui, s'il n'employait pas tous ses soins pour empêcher la ruine d'une ville qui s'était donnée volontairement a la république romaine : mais lorsque les Capouans, par la bouche de leurs ambassadeurs , curent solennellement prononcé l'acte par lequel ils se livraient s«ms réserve au peuple romain, alors la sainteté de l'alliance contractée avec les Samnites fut Comptée pour rien en comparaison des grands avantages qui résultaient pour Rome de l'acquisition d'une ville la plus grande et la plus riche de l'Italie , d'un territoire le plus fertile , voisin de la mer, et propre à devenir le grenier de Rome. Etsi magnes parti urts maxima, dit Florus, l. 7, c. 21, opulentissimaque Itaiiœ, uberrimus ager marique propinqutis ad varie fa (es annonce horreum
populi romani fore videbantur La guerre fut en conséquence
déclarée aux Samnites, après que les ambassadeurs romains, qui leur furent envoyés, les eurent en vain exhortés à mettre fin aux hostilités qu'ils exerçaient sur le territoire de Capoue. Les deux consuls, M. Yalérius Commis et A. Cornélius Cossus Arvina , s'etant mis en campagne , chacun à la tète d'une armée, le premier entra dans la Campante, et vint asseoir son camp sur le mont Caurus, aujourd'hui (178Ô) nommé Monte- Barbaro , près du lac Lurrin ; le second passa dans le Samnium, et alla camper à Saticola près du Volturne. Les Samnites, furieux de voir les Romains faisant, contre leurs intérêts et au mépris de l'ancienne alliance conclue avec eux , cause commune avec les Capouans, rassemblèrent toutes leurs forces pour foire face au consul Valérius. Les deux armées, étant en présence, en vinrent, après différentes escarmouches , à une grande bataille où Ton combattit de part et d'autre avec 1? plus grand acharnement. Le jour allait disparaître lorsque les .Samnites, épuisés de lassitude, commencèrent à prendre U fuite , laissant sur 1p champ de bataille le plus grand nombre
des leurs. Plusieurs des fuyards furent atteints par les vaiiW 1 qucurs , et les autres , ne voyant plus de sûreté pour eux dans la Campanie , abandonnèrent les logements qu'ils y avaient aux Romains , qui s'en emparèrent. Cornélius, l'autre consul , n'eut pas un moindre succès contre l'autre corps d'armée que les Samnites lui opposèrent avec la même valeur. Le bruit de cette double victoire vola bien au-delà de l'Italie, et mérita aux deux consuls les honneurs du triomphe qu'ils obtinrent Fan 4n de la fondation de Rome. -(T. Liv., Decad. , x, 1. 7 , c. *3.)
Ces revers n'abattirent pas néanmoins le courage des Samnites, au point de faire cesser leurs hostilités contre les Capouans. Les. courses fréquentes qu'ils continuèrent de faire sur leur territoire , obligèrent ceux-ci d'envoyer à Rome une députation pour solliciter de nouveaux secours. On leur envoya, comme ils le désiraient , une garnison pour hiverner chez eux ; mais ce fut à leur détriment. Les soldats romains f voyant la ville de Capoue incomparablement plus belle et plus spacieuse cjue Rome, pensèrent à s'en rendre les maîtres après en avoir chasse les propriétaires.* Pourquoi, disaient - ils, laisseronsnous jouir de la plus belle ville et du territoire le plus fertile de Tltalie, des hommes qui ne savent défendre ni leurs personnes ni leurs possessions ? Resterons-nous sans récompense , après avoir répandu tant de sang pour chasser les Samnites qui s'obstinaient à les subjuguer? Est-il raisonnable que ces gens,
3ui se sont donnés à nous , jouissent de toutes les commodités e la vie , tandis qu'on nous force d'hiverner tous les ans dans des terres incultes et mal-saines aux environs de Rome ? Ces murmures, et autres semblables, avant qu'ils fussent rendus publics, étant parvenus aux oreilles du consul C. Martius Ru-' tilius, il laissa son collègue Q. Servilius, à Rome, et se rendit en diligence à Capoue , où, d'après une information faite, il reconnut que la discipline militaire était entièrement corrompue dans la garnison ; mais pour ne pas effaroucher les conjurés , il les leurra de l'espérance de revenir l'année suivante dans les mêmes quartiers d'hiver. Les avant calmés par là , il les fit entrer en campagne dés que la belle saison fut ouverte; et alors il exécuta le dessein qu'il avait formé de purger l'armée de ces hommes turbulents, en congédiant les uns sous différents prétextes, chargeant les autres de divers emplois militaires pour des pays éloignés, et les dupant tous par l'espoir d'un* meilleur sort.
Les Capouans persévérèrent long-tcms dans l'association
3u ils avaient contractée avec Rome. L'an 4-33 de la fondation e cette ville, après l'ignominieuse défaite que les Samnites»
f)ES COUrta ÉT DfiS PRINCES DE CÀPOUÉ. lit firent essuyer à son armée aux Fourches-Caudines, ils ouvrirent chez eux une retraite aux vaincus, et n'omirent aucun soin pour les consoler dans leur malheur. Mais Tan 538 de Rome, 1 arrivée d'Annibal eu Campanie, après avoir vaincu • Romains à la bataille de Cannes, changea les dispositions Lapouans a leur égard : ce général étant venu établir ses rtiers d hiver à Capoue et dans son territoire, y trouva les ■réparés à subir la loi qu'il voudrait, leur imposer. J ne leur pardonnèrent pas cette défection. Ceux-< de Rome . énnuvnniM A» a I . ~-â. ^t:r. j
jue les homains
qui campait alors dans la Pouille , pour i
cher de leur ville menacée d'un siège par les Homains. Ce général accélère aussitôt sa marche, retourne à Tifate où il avait auparavant pris des logemens avec son armée; ayant placé là une garnison de Numides et d'Espagnols, une autre dans Capoue, il descendit vers le lac d'Averne, d'où, sous prétexte de sacrifier aux dieux, il se proposait de déloger la garnison nombreuse que Fabius , peu de teins auparavant, y avait mise par ordre du sénat. ( T. Liv. Décati 3 , \. 4, c. 3.) Là , vint se joindre à lui, suivant Sitius Italicus (1. 2), une troupe consi-' derable des plus distingués de Capoue, en la compagnie desquels il parcourut ces lieux que la nature offre à Pœil étonné du spectateur, le lac Lucrin, le lac d'Averne, les collines de «aie, et ces merveilleuses et profondes cavernes par où les poètes ont imaginé une route pour arriver aux eaux du Styx
Fabius , dès qu'il eut appris qu'Annibal était repassé d'Arpi dans la Campame, partit incontinent de Rome, et, marchant nuit et jour , parvint dans un court espace de tems, à son camp. Le carthaginois, au lieu du sacrifice qu'il avait annoncé sur le lac d Averue, s'occupait a dévaster le territoire de Cumes jus- <juau promontoire de Misène; de là il envoya promptement ses troupes contre Pouzzole, dans le dessein de surprendre cette place : elle était garnie de six mille hommes, et, par son assiette, 1 était difficile de la forcer. Après avoir essayé, mais en vain de corrompre la garnison , il alla faire le dégât dans le territoire de iNaples. Comme il s'approchait de Noie, la populace, ennemie des Romains, lui fit tumultuairement une députalion pour 1 inviter à venir prendre possession de la ville: mais le consul Marcellus, averti par la noblesse de Noie, le prévint; et dans un seul jour étant arrivé à Calvi et à Suessula, il y (it entrer de nuit six mille hommes d'infanterie et trois cents de cavalerie pour la défense du sénat. Etonné de cette diligence, Anmbal commença à se repentir de son entreprise ; mais il uen fut pas quitte pour avoir manqué ion coup ; il fallut en
Digitj
tu Chronologie historique
venir, près de Noie, à une bataille où le consul lui fit perdra plus de deux mille hommes et n'en perdit que quatre cents de* siens.
Fabius, de son côté, ne restait pas dans l'inaction. Ayant établi son camp dans la plaine de Casilin , il projetait <re se rendre maître de la place , défendue par deux mille capouans' et sept cents carthaginois, à la tête desquels était Statius Minrus,* envoyé par Cn. Maggius Atella , gouverneur de Capoue. Mais" tandis qu'il en formait le siège, Mi ni us armait le bas peuple et les esclaves pour donner l'assaut au camp des Romains. Fabius, instruit de cette manœuvre* avertit Marcellus, qui était à Nole^ nu'il avait besoin d'une seconde armée pour s'opposer aux efforts des Capouans, tandis qu'il serrait la forteresse de Casilin. Sur cet avis, Marcellus, laissant deux mille hommes à Noie, vient avec le reste de ses troupes joindre son collègue. Les Capouans, lorsqu'ils le virent approcher, cessèrent de remuer, et restèrent spectateurs des attaques que les deux armées consulaires livrèrent au château de Casilin. Les Romains ne trouvèrent pas les facilités dont ils s'étaient flattés pour emporter la place. Ils éprouvèrent tant de pertes et reçurent tant de blessures dans cette? entreprise , que Fabius jugea qu'il valait mieux l'abandonner r attendu la modicité, de l'objet comparé avec les difficultés et les dangers auxquels il s'exposait, et se tourner vers d'autres moins périlleux et d'nrie utilité plus marquée. Marcellus, au contraire, plus sage que n'avait été Annibal dans les expéditions de Cumes, ne Pouzzole, de Naplcs et de Noie, soutenait tjue les grands capitaines ne devaient , ni se charger de plusieurs entreprises à la fois, ni abandonner celles qu'ils avaient entamées, pour ne point nuire à leur réputation , et relever, en se désistant , le coUrage de l'ennemi. On poursuivit donc le siège ; et les Capouans alors étant venus trouver Fabius , lut demandèrent la permission de retourner sains et saufs dans leur patrie. Mais, tandis qu'on parlementait , le consul s'étant adroitement rendu maître de la porte par où ils étaient sortis , le massacre commença au dehors et au dedans. Les prisonniers capouans et carthaginois que l'on fit, ayant été envoyés à Rome, y furent renfermés dans des cachots et le reste des habitants distribués dans les villes du voisinage. Fabius étant passé de là dans le Samnium , en dévasta la campagne , et prit de force les villes de Compulteria . de Telesa , de Cossa , de Mêla , de Fiesoli et d'Orbitanio, de Rlaoda dans la Basilicate et d'Anca dans la , Pouille. On fait état de vingt-cinq mille hommes que les vainqueurs mirent à mort ou firent prisonniers dans Ce pays, outre trois cent soixante et dix fuyards, qui, ayant été pris et envoyés à Rome, y furent précipités de la Roche Tarptfenne , après ,
DES COMTES ET DES PRINCES ÛB CAPOUE. fi?
•voir été battus de verges. ( T. Liv. , Decad. à, 1. 4» c. 10. )
L'an 542 de Home, tandis qu'Annibal est occupé à faire le siège de Tarente, les deux consuls, Appius Claudius Pulcher, çt Q. Fulvius Flaccus , forment le dessein d'assiéger Capoue. Etant arrivés, chacun avec deux légions , dans le Sam ni uni , ils jettent la terreur parmi les Capouans, qui, se trouvant dépourvus de vivres, députent au général africain pour le prier de leur procurer les moyens de subsister, attendu que tous les chemins qui aboutissaient à leur ville étaient fermés par les Romains. Annibal ayant aussitôt fait ramasser tous les grains
qui étaient dans la Calabre, chargea son lieutenant Hannon de les faire transporter à Capoue. Celui-ci s'acquitta fidèlement
de cet ordre. Mais son convoi ayant été rencontré par I Fabius, il y eut un si terrible combat entre les troupes qui l'escortaient et les Romains, que ces derniers eurent besoin de toute l'ardeur et la fermeté de leur courage pour obtenir la victoire : Vieil omnia perlinax e/V/«.s, dit Tile Live. Le camp des Carthaginois fut emporte par les Romains, au milieu d'un combat où ils mirent à mort plus de six mille hommes, outre sept mille prisonniers qu'ils firent. On recouvra aussi tout la butin qu'Hannon avait (ait sur les amis du peuple romain. Les Capouans ne tardèrent pas à faire part de ce revers au généial africain , qui s'obstinait au siège de Tarente, lui mandant en xnéme tems que les deux consuls étant retournés à JJénévent, qui n'est qu'à une journée de marche de leur ville, ils étaient près de voir l'armée romaine sous leurs murs, et que, sans un prompt secours, Capoue tomberait au pouvoir de l'ennemi , en moins de tems qu'il n'en avait mis à se rendre maître d'Arpi. Ce qu'ils avaient lieu de craindre ne tarda pas d'arriver. Les deux consuls, après avoir fait de grands magasins à Casilin et à l'embouchure du Volt urne, commercèrent à s'approcher de Capoue pour en faire le siège. Annibal, cependant , avait à cœur de ne pas abandonner cette ville ni ses alliés. Mais, dans le même teins, il apprit que le préteur C. Fulvius, qui commandait une armée dans la Pou il le , devenu insolent pour quelques petits avantages qu'il avait remportés sur les terres qui obéissaient aux Carthaginois, ne gardait plus aucune discipline militaire.. Sur celle nouvelle, il jugea à propos de marcher, sans délai, contre une armée tumultueuse et vagabonde, et parut subitement dans la l'ouille. Le préteur , à son arrivée, plein de confiance , marche à sa rencontre, et Pattaauc avec tant de désordre , que toute son armée fut mise en deroute et taillée en pièces jusqu'au nombre de dix-sept mille hommes, deux mille ayant eu peine à s'échapper après que le géaéral la fuile avec deux cents chevaux.
Ce succès releva les espérances des Cap ou ans et ranima leur courage; mais, d'un autre côté, le consul Appius Claudius , étant retourné au camp de Capoue, après avoir donné ses ordres pour l'approvisionnement, y retrouva Q. Fulvius, son collègue , qui rassemblait toutes les machines nécessaires pour battre la place. Ils rappelèrent alors de Suessula, le préteur Claudius Néron, qui vint promptement les joindre après avoir laissé une petite garnison dans la place. Capoue se vit donc environnée de trois camps et de trois armées. Red dits a se renfermer dans leurs murs, après avoir fait de vains efforts pour rompre les travaux des assiégeants , les Capouans députèrent une seconde fois au général africain , pour le conjurer de venir incessamment à ltur secours , dans une conjoncture où ils se voyaient, non-seulement bloqués, mais étroitement resserrés par les assiégeants. Dans le même tems, arrivèrent de Rome îles lettres du préteur Publius Cornélius aux consuls, par lesquelles il les chargeait d'avertir les Capouans qu'avant les ides (ou le i5) de mars, il serait libre à chacun d'entrer ou de sortir de la ville avec les effets qu'il jugerait à propos d'emporter; mais que, passé ce terme, quiconque resterait à Capoue ou tenterait de s'échapper, serait également traité comme ennemi. Tite Live dit (Dccad. 3,1. i3, c. 18) que les por-' leurs de cette déclaration fuient reçus à Capoue, non-seulement avec mépris, mais avec des injures et des menaces. De nouveaux députés, envoyés de Capoue au général africain, le trouvèrent en marche vers Brindes. Sa réponse à l'exposé qu'ils firent de l'état de leur ville, fut qu'auparavant il les avait délivrés d'un siège; mais que pour le présent, les ennemis ayant prévenu son arrivée, il n était pas en son pouvoir de les secourir. Réfléchissant toutefois , après les avoir congédiés , sur la honte qui rejaillirait pour lui d'avoir abandonné une Ville dont l'alliance lui avait procuré celles de toutes les villes de la Campanie , il se détermina à faire de nouveaux efforts en faveur de Capoue : ayant donc laissé la plus grande partie de ses bagages en Calabre, il choisit ce qu'il y avait de plus leste dans sa cavalerie et son infanterie, et, s'étant mis en campagne , il dirigea sa route vers la Campanie. Arrivé au château de Galatia, il s'en rendit le maître après en avoir chassé la garnison ; de là étant allé camper dans une vallée profonde, derrière les monts Tifata, il fit donner avis aux Capouans du tems où il attaquerait les Romains, afin qu'aussitôt, dans une sortie générale , ils vinssent fondre sur eux de toutes parts ; Ce qui fut exécuté. Tite Live dit que ce fut une surprise, les Romains n'ayant point été prévenus de -l'arrivée d'Annibal. Quoi qu'il en soit 7 on combattit de part et d'autre
DES COMTES ET DES PRINCES DE CAPOUE: ll5 avec un grand acharnement. On fait état de huit mille carthaginois et de trois mille campamens qui périrent, dans la melee; mais peu s'en fallut qu'Annibal ne se rendit maître du camp des Romains, dont il avait déjà emporté un cjuartier. JNullement abattu par la perte qu'il avait faite, il s avisa , puisqu il ne pouvait sauver Capoue par la force, de transporter , pour faire diversion , son armée dans le voisinage de Home : celait ce qu'il aurait du faire après la bataille de Cannes, et qu'il se repentait de n'avoir pas fait ; mais il pensait qu en s approchant subitement de Rome , la terreur qu il inspirerait par a y répandrait le trouble, ce qui lui faciliterait le moyen d enlever au moins quelques-uns de ses quartiers; qu'alors ou les deux consuls, où tout au moins l'un d'eux ne manqueraient pas
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l'accourir au secours de Rome; que leurs forces étant ainsi divisées, il serait facile à lui-même ou aux Capouans de battre les Romains. D'après ce plan il s'avance vers Rome , et ayant assis son camp sur les bords de ÏAmo (aujourd hui le Tevcrone), il fait hardiment le tour de la ville pour observer sa situation , et s'avance jusqu'au temple d'Uercule ; mais bientôt, repousse par les Romains , il fut obligé de s'éloigner après deux orages, qui d'un jour à l'autre, empêchèrent les deux armées d en venir aux mains. Le siège de Capoue, cependant, continuait toujours. Annibal, au lieu de s'acheminer dans sa retraite pour le faire lever, dirige sa route vers la Calabre. Hannon et Bostas, qui commandaient la garnison carthaginoise a Capoue , plus touchés du danger qu'ils courraient que de celui de leurs all.es, écrivirent à leu? général pour lui témoigner leur indignation de voir qu'il les abandonnait dans la conjoncture terrible ou ils se trouvaient. « Ce n'est pas seulement, Un mandaient - ils t » la ville de Capoue que vous abandonnez aux ennemis, mais „ nous-mêmes et nos soldats , qui s'attendent à éprouver la » plus cruelle vengeance. Vous fuyez en Calabre pour éviter >, la honte de voir perdre, sous vos yeux, notre ville; mais les . Romains n'en ont pas usé de la sorte; ils n'ont pas aban- » donné le siège de Capoue lorsqu'ils ont vu leur propre ville >, en danser. One si vous fussiez retourné à Capoue et y eussiez » porté le nerf de la guerre , les Capouans et nous- mômes - étions préparés à faire une vigoureuse sortie. Aviez -vous » donc franchi les Alpes pour faire la guerre à ceux de Tarenic de Reegio? Ne deviez-vous pas vous présenter avec votre tnée partout où se rencontreraient les légions romaines f" . Avez -vous donc oublié que c est ainsi que nous fumes = vain- . queurs au lac de Trasimènc et à Cannes.' . Ces lettre furent confiées, avec promesse d'une grande récompense, a des Nilvides qui étaient exercés dans ce genre de métier: s étant
» et de » arm< Avez
Îl6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
transportés, sons prétexte rie désertion, rlans le camp ôV§ Romains, ils y attendaient l'occasion de s'échapper, lorsque la maîtresse de l'un d'entre eux trahit leur secret. Arrêtés aussitôt et mis à la question, ils furent contraints d'avouer la fraude, et, en conséquence, ils eurent , au nombre de soixante et dix , les mains coupées , après avoir été battus de verges. A la vue de cet affreux spectacle, les Capouans perdirent entière* ment courage. Le peuple s'étant soulevé, contraignit Lesius, chef du sénat , à rassembler sa compagnie pour aviser au moyen d'obtenir quelque composition des Romains, en se rendant à eux. Les avis des sénateurs furent partagés : celui de Vibiu* Virius, l'un des plus distingués d'entre eux, fut de se soustraire
rir une mort volontaire, à la honte d'être obligé de se remettre la discrétion des Romains. « Nous avons assez vécu, dit-il, mlr » ne nous reste plus que la liberté , qu'on ne peut encore nous » ravir , de passer les eaux de TAcnéron. Quiconque d'entre » vous voudra prendre ce parti, je lui offre celte nuit des » tables bien fournies de mets et de vins. Après s'être pleine- » ment rassasié, que* dans l'engourdissement de ses sens il avale » du poison , comme l'unique et souverain remède à son mal— » heur. » ( Silius Italicus, 1. i3. ) Ce discours fut approuvé de plusieurs, et mis le même nuit à exécution ; mais le plus grand nombre, comptant sur la clémence des Romains, dont ils avaient donné des preuves en tant d'occasions , jugea qu'il était plus à propos de nommer des députés pour leur porter les clefs de la ville. Dès le lendemain , la porte de Capoue qui était vis-à-vis du camp des Romains, ayant été ouverte par ordre du proconsul, le lieutenant C. Fulvius y entre à ta tête d'une légion et de deux escadrons , et commence par se faire apporter toutes les armes qui étaient dans la place. Il fit ensuite poster des gardes à toutes les portes, afin que personne ne pût entrer ni sortir ; après quoi il fit prisonnière la garnison carthaginoise, avec ordre au général de transporter au camp le sénat, qui, à son arrivée, fut aussitôt chargé de chaînes, et obligé de remettre, entre les mains des trésoriers, tout l'or el l'argent dont il était pourv u. Vingt des sénateurs furent envoyés sous bonne garde à Calvi , et dix-huit autres à Teano. C'étaient ceux qu'on savait être ou les auteurs ou les instigateurs de la révolte des Capouans. Les proconsuls les ayant suivis de prèsj commencèrent a instruire leur procès. Claudius inclinait au pardon, et Fulvius à la rigueur. Ce dernier avis prévalut > et tes prisonniers, après avoir été battus de verges, eurent la tête tranchée. Pendant cette exécution, un eapouan , nommé Jnbellius Taurea, qui n'était pas du nombre des condamnés, s avance vers le tribunal de Fulvius, et lui adressant la. parole ;
DIS COMÏÊS ET DES PRINCES DE CAPOUE. 1 If
* Commande , dit-il , > ™û ««55/ ro« A mort. Kulvius refuse. Taurea reprend : Après que j'ai perdu ma pairie et mes amis, et tué de ma propre main mes enfants et ma femme , pour /es présenter de quelque traitement ignominieux \ie voire part ; puisqu 'il ne m 'est pas permis de finir par le même genre de mort que mes concitoyens , je vais chercher dans mon courage la liberté de me délivrer de cette odieuse vie »; et aussitôt, tirant un poignard qu'il avait sous sa robe, il se l'enfonce dans le sein, et tombe tout ensanglanté devant le cruel général. Tite î.ive dit que Taurea ne vint pas de son propre mouvement à Caivi , et qu'il ne périt pas de sa propre main, mais que, tandis qu'il était attaché au pieu avec les autres condamnés , Fulvius, entendant certaines paroles qu'il proférait , ordonna qu'il fil I le premier frappé de verges, et ensuite mis à mort. Mais Valerius Maxime (L. 3, deFortiiud.) et Silius llalicus , ( 1. 3), attestent sa mort comme nous venons de le rapporter. Voici les vers du second :
Hic atrox n'rtus ( nec enim occuluisse p rabat uni Speciaium têl in hoste decus ) cl a more ferçci, Taurea tune , iuquit , ferro spoliabis i nul tus Te majorem animam ? Et jusso tic tore recisa Jgnacos cadet an te pedes fortissimo cervix?
I/ar/d unçuam hoc nobis dederit Deus ; inde minaci Obtutu tort um contra et furiale renidens , Bellatorem alacer per pectora transigit
Atella et Calatia, deux villes de Campanie dépendantes de Capoue , s'étant rendues ensuite aux Romains, les principaux de leurs citoyens furent également punis du dernier supplice , de même que soixante-dix des premiers sénateurs de Capoue t outre trois cents autres nobles qui restèrent en prison. D autres furent •dispersés en différentes villes alliées des Romains , et une grande multitude des < apouans fut vendue à l'encan.
Après cela, il fut question de savoir ce qu'on ferait de Capoue et de son territoire. L'avis de quelques-uns était de la détruire de fond en comble ; mais celui des amateurs du bien public prévalut, et, sur leurs remontrances, il fut décidé que cette ville serait conservée en son entier , pour être habitée par des agriculteurs, attendu la fertilité et la beauté du territoire. D'après cette délibération, pour repeupler Capoue, on y fit passer une grande multitude d'affranchis, de laboureurs, d'artisans ; mais tous ses champs et ses maisons furent confisqués au profit du peuple romain ; de plus, en conservant la ville de Capoue, il ne fut point permis d'habiter hors de ses murs , ni d'y établir aucune corporation , aucun sénat , ni aucune autre magistrature , dans la crainte qu'ayant un gouvernement
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qui lui fût propre, elle n'en prît occasion de se porter 4 de nouvelles conspirations et de nouvelles révoltes. Pour y rendre la justice entre les habitants, il fut réglé que chaque année on> y enverrait de Rome un préfet : Prœfectum ad jura rcddenda r dit Tite— Live , ab Roma quatannis mtssuros. Telle fut donc la fin du siège de Capoue, qui avait commence l'an 542 de Rome,, et fini au bout de six mois , c'est-à-dire au mois de septembre, de l'année suivante : jEstatis ejus extremo quo Capua copia esi r dit Tite-Live.
Annibal s'était, à la fin, rendu maître de Tarente; mais lanouvelle qu'il reçut en même tems de la prise de Capoue, diminua beaucoup la joie que sa conquête devait lui causer. Pouc se venger , il forma la résolution de saccager tout le territoire,
Su 'il n avait pu défendre. Mais le ciel réservait aux Capouans 'autres malheurs. Le cruel Fulvius Flaccus, tout occupé à leur faire ressentir les effets de sa haine , commença à mettre en vente les biens des principaux d'entre leurs citoyens, que le sénat avait confisqués. Dans la crainte que son armée ne s'amollit et ne s'efféminât à Capoue, comme avait fait celle d'Ànnibal, il ordonna à ses soldats de bâtir, de leurs propres mains , les logements qu'ils devaient habiter, et de construire leurs cabanes sur les portes et les murs de la ville c ces cabanes furent couvertes les unes de planches et de claies, d'autres de joncs et de paille. Tite-Live dit que cent soixante-dix capouans conspirèrent de mettre, en une nuit, le feu à ces ouvrages ; mais il fait entendre, en même tems, que c'était une imposture imaginée par Fulvius, pour avoir occasion d'exercer sa cruauté sur les Capouans : Ne deesset materia in Capuanos sœriendi, nooum in occultos gliscens per indicium protractum est facinus. {Dec ad. 3, liv. 7, c. 2. ) Sur cette prétendue découverte, on ferma les portes de la ville : les milices se mirent sous les armes ; on arrêta ceux qu'on soupçonnait être les coupables ; et après avoic été sévèrement examinés, ils furent condamnés au dernier supplice, avec une récompense de dix mille sous pour leurs accusateurs. Fulvius comptait ne point borner là les effets de sa haine contre la ville de Capoue ; mais , Tan 544 de Rome , le consul M. Claudius, étant à Rome, le nomma dictateur dans un besoin pressant de la république. Alors, s'étant transporté à Rome, il chargea C. Calpumius, qui commandait en Toscane, d'aller le remplacer à Capoue.
L'an 55 1 de Rome, Annibal , après avoir fait la guerre pendant seize ans en Italie, est obligé de repasser en Afrique , pour, défendre sa patrie contre les armes victorieuses de Scipion. En parlant , il emporta le regret d'avoir préféré , à la stérile con-, quête de Tarente, le secours que son propre honneur et l'iu-