DES COMTES ET DES PRINCES. DE CAPOUË. HO
térè*t de Carthage l'obligeaient de porter à la ville de Capoue. Les Romains continuèrent de la traiter avec la même rigueur qu'ils avaient fait, après lavoir réduite. L'an 56 1 de Rome, sous le consulat de Q. Luc i us Corn. Mcrula et de Q. Minutius Thermus , la Campanie, ainsi que le territoire de Rome, fui agitée par de grands tremblements de terres , dont Capoue se ressentit plus que les autres villes de cette contrée. Un grand nombre de personnes ayant péri dans ce désastre , on envoya de Rome une colonie pour le réparer , ce qui fut répété plusieurs fois dans la suite. Le sort de Capoue commença dès-lors à s'adoucir; mais elle resta toujours dans l'état de préfecture, entièrement soumise aux lois romaines, et obligée de se conformer aux ordres qui lui venaient du sénat. Nous ne suivrons pas les petites vicissitudes que cette ville éprouva dans la suite ues tems, sous l'empire romain.
L'Italie étant tombée, dans le cinquième siècle, sons la puissance des Ostrogot hs , et au suivant , sous celle des Lombards , Capoue fut attribuée, par ses derniers, au duché de Bénévent , et y resta soumise jusqu'à la mort du duc Sirard, arrivée Tan 840 de Jésus-Christ. Alors, un seigneur, nommé Landnlfe, voulant se soustraire à l'obéissance des durs de Bénévent, se retrancha avec sa famille dans sa forteresse de Sicopoli , où nombre de capouans s'étaient .déjà réfugiés, pour n'Slre point enveloppés dans les ravages et les incendies que les Sarrasins exerçaient dans leur patrie. Le duc Radelgise, occupé alors à faire la guerre à Siconulfe , prince de Salerne , chargea ses gastaldes ou préfets , Ratelgaire et Agcnard , d'aller assiéger la forteresse de Sicopoli, à la téte des Sarrasins qui étaient à son service. Le gouvernement de Capoue devait être la récompense de ces gastaldes, s'ils réussissaient dans leur expédition. >Iais Landulfe, supérieur aux efforts de ses ennemis, vint à bout de battre les gastaldes et leurs troupes , et non-seulement de les chasser des environs de Sicopoli, mais de l'ancienne Capoue , que Giannone , d'après l'Ammirate , par une erreur manifeste, confond avec Sicopoli. ( Ottavio Rinaldo, Mènn iatorkhe délia ciUà deCapua , tom. I, liv. 5, c. Landulfe termina ses jours l'an 842, laissant de N...., son épouse, fille de Roffrit, l'un des premiers nobles de Bénévent, quatre fils, Landon , Pandon , Landenulfe et Landulfe.
Landon , surnommé le Vieux, prit, après la mort de Landulfe, son père, les rênes du gouvernement de Capoue et de toutes les terres qui en dépendaient. Ses frères et lui , fidèles aux derniers avis que leur avait donné Landulfe en mourant, mirent leur application à fomenter la discorde entre les princes de
ISO CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Bénévent , persuadés qu'il n'y avait pas d'autre moyen dé st maintenir dans l'indépendance. Mai* les Sarrasins de Bari, pro* iitani de la désunion qui régnait entre les princes chrétiens, ne cessaient de dévaster le pays par les brigandages , les incendies et toutes les atrocités qu'ils se croyaient permises dans les con* trées qui étaient ouvertes à leur fureur. Les Bénéventains et les Capouans , pour les repousser , se virent obligés d'appeler à leur secours, non-seulement les princes, leurs voisins, mais les Français. Les troupes qu'il en reçurent , n'étant point suffi* santés pour leur défense, ils firent, l'an 85 1 , une dépulation à Louis 11, roi d'Italie, fils de l'empereur Lothaire, et depuis son successeur, pour le prier de se transporter en personne y avec une bonne armée, sur les lieux. Louis, touché de l'état déplorable de ces contrées, ne tarda pas à se mettre en route pour l'Italie , et dirigea sa marche droit à Bari. S'il ne put emporter cette place , il fut dédommagé de ce revers , par divers avantages qu'il remporta sur les brigands, dont il purgea le pays. Il employa, de plus, son autorité à rétablir la paix entra les princes divisés , et partagea la principauté de Bénévent et) deux parties égales, laissant la première à Radelgise, et confirmant l'autre, dont Salerne était la capitale, à Siconulfe. Ces deux princes jurèrent fidélité à Louis , qu'ils reconnurent pour leur libérateur et leur souverain. Louis , après avoir si glorieusement terminé son expédition , repassa les Alpes. Entre les gastaldes, qu'il avait attribués à la principauté de Salerne, était compris celui de Capoue ; mais Landon et ses frères n'é-^ taient nullement disposés à reconnaître pour leur seigneur aucun prince, depuis la mort de Siconulfe, prince de Salerne, et celle de Radelgise , prince de Bénévent : ils en vmrent même au point, qu'ayant secoué toute subordination , ils se comportèrent en despotes dans leurs déparlements , mettant en prison leurs sujets , et les condamnant à divers supplices : ils employèrent de plus divers artifices contre un nomme Pan do Ife, leur pa* rent ; de manière qu'ils réussirent è lui enlever Suessuola> dont il était gastalde ; et , non contents de l'avoir chassé de cette seigneurie, ils exercèrent leur barbarie sur quatre de ses fils, dont Fun eut la léte tranchée par leurs mains , un autre fut brûlé par leur ordre , et deux furent envoyés en exil , où ils périrent misérablement. Mais Dieu se servit des Sarrasins pour modérer leur férocité. Ces infidèles , que la valeur du roi Louis H avait tenus renfermés dans Bari , dès qu'ils virent ce prince hors d'Italie, recommencèrent à se mettre en campagne. Après avoir saccagé la Pouille et la Calabre, ils passèrent dans les principautés de Bénévent et de Salerne, où ils commirent les mêmes horreurs ainsi que dans le duché de Naplcs. Les peuples de ces.
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contrées, pousses à bout, furent obligés d'implorer de nouveau le secours du roi Louis : pour l'obtenir , ils lui députèrent, vers lt fin de Tan 85*, l'abbé Bassace , vicaire de Saint-Benoît , et Jacques, abbe de Saint-Vincent. Le prince n'hésita point à se rendre à leurs vœux ; mais de retour en Italie , il fut étonné de voir qu'au lieu d'accourir pour se remire à lui , 1rs peuples se tenaient renfermes dans leurs murs, n'ayant envoyé que Landulfe , évèque de Capoue , frère de Landon , pour le complimenter. Soupçonnant alors de la mauvaise foi dans ceux qui Pavaient appelé, il était dans la disposition de s'en retourner; mais l'intérêt de la religion le retint et le détermina à poursuivre son expédition.
Entre les crimes qu'on reproche à Landon et à ses frères, celui qui eut de plus lâcheuses conséquences, ce fut la guerre qu'ils firent à Magenulfe de Teano, neveu des Saduti , qu'ils haïssaient mortellement : chassé, par eux , de cette ville où il dominait, il chercha les moyens de se venger. Peu de tems après arriva l'incendie de la nouvelle ville de Sicopoli , fondée Tan 826 , événement dont 1 auteur est, jusqu'à présent, ignoré. Erkempert, l'anonyme du Mont-Cassin, et Léon d'Ostie latlribuent aux Capouans. L'abbé Trioli, d'après une ancienne chronique, charge de ce crime les Napolilains et Sergius II, leur duc; mais la chronique de Capoue, publiée nouvellement par M. Pratilli, le met sur le compte de Magenulfe, ai Jé vraisemblablement par les Grecs, qui étaient alors en grand nombre à Naples. Cet incendie, arrive l'an 856 , suivant Léon d'Ostie, fut si terrible , qu'il consuma toutes les maisons de la ville l'exception de celle de l'évôque.
Pour réparer ce désastre, Landon et ses frères pensèrent à construire une nouvelle ville. Mais ils ne s'accordaient point sur le lieu où ils devaient la placer, ir sur l'emplacement mêmt sur Ips collines escarpées d d'asile dans les tems difficiles où Ton se trouvait. A quoi ses frères répondaient que celte habitation convenait plutôt à des chèvres. Landenulfe, enfin, et l'évoque Landulfe , son frère , remportèrent par voie de fait , et étant descendus dans la plaine, ils commencèrent à élever les murailles de la nouvelle ville, le long du Volturne, près du pont vulgairement appelé deCasilin. C'était , dit la chronique des comtes de Capoue , un terrain si marécageux, qu'on lui donna le nom de Pantana : Ipsc Casilinum cum fratribus suis moliri fecit in Pantana. Les voisins se moquèrent de la nouvelle ville et l appelèrent, par dérision, la nouvelle Home; mais Landon observant que le Vollurne em- Lrassait une grande partie de son enceinte, et rendait, par là, XVJil. iG
Bon site d'autant plus respectable, il mit toute la diligence et ^activité possibles pour conduire l'ouvrage à sa perfection ; en sorte que la nouvelle Capoue fut habitée dès Tannée même 856, où elle commença d'être édifiée.
Âdémar, prince de Salerne, ne vit pas, sans jalousie, s'élever In nouvelle Capoue. Etant venu trouver Gui , duc de Spolette, il vint à bout de l'engager à tenter la ruine de cette place, afin d'obliger Landon et ses frères à se reconnaître vassaux de la principauté de Salerne. Le duc, en conséquence, vint avec ses troupes se présenter devant Capoue, pour en faire le siège. Landon était déjà disposé à faire un accommodement ; mais Landenulfe et l'évêque Landulfe protestèrent hautement que jamais ils ne s'avoueraient hommes liges du prince de Salerne. Sur cette déclaration, le siège de la place fut commencé avec une telle fureur, que, non content de Dattre les murs, on brûla tous les blés de la campagne ; ce qui réduisit les assiégés à promettre au prince de Salerne le serment de fidélité qu'il exigeait. Le seul Landenulfe refusa d'entrer dans aucune composition ; ce qui lui fit perdre le gastaldat de Sora , dont il était pourvu : on lui enleva, de plus, les villes d'Arpino, de VicalLo et d'Atino , qui furent adjugées au duc de Spolette t suivant le traité fait entre lui et le prince de Salerne. Ces pertes causèrent à Landenulfe un chagrin si vif, qu'une mort prématurée l'enleva l'an 85y. Landon , après cela , s'étaut transporté à Nantes, pour rendre visite au duc Sergius, y rencontre Gaifre, qui depuis long-tems était banni de Salerne. Celui-ci s'étant adressé à Sergius, le pria d'interposer son crédit pour lui faire oblenir une des filles de Landon. Mais Sergius ayant négligé cette affaire, il eut le courage de s'adresser à Landon luimême. Sa demande fut si favorablement accueillie, que Landon lui offrit celle de ses filles qu'il voudrait choisir. 11 donna la préférence à Landelaja, sans égard pour certains défauts corporels qu'elle cachait par une grande prudence. Aux noces qui Suivirent cette alliance, assista un certain Montula, qui jouissait de la familiarité du prince de Salerne. Landon l'ayant prié d'employer son crédit pour obtenir à son gendre le retour dans sa patrie, Montula s'en excusa d'abord sur la difficulté qu'il y aurait d'obtenir une pareille grâce ; mais enGn vaincu par les instances réitérées du comte, il consentit à ce qu'on lui demandait, et réussit a faire lever le ban de Gaifre, qui revint avec sa femme à Naples, chargé des présents de son beau-père. (A non. Salem , c. 89.)
Cependant Pandon, frère de Landon, ne discontinuait pas de faire la guerre au prince Adémar, pour se venger de l'outrage qu'il avait fait au ûls de Marin, comte d'Amalu^son
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parent, en le faisant emprisonner et le livrant ensuite à Sergius, duc de Naples, qui tenait lui-même en prison le père de Marin.
Depuis la mort de Landenulfe, le comte l^andon était attaqué d'une paralysie, qui le retint sur le grabat l'espace d'un an. Le duc Sergius profita de cette infirmité , au mépris do l'alliance qu'il avait contractée avec Landon , pour lui déclarer la guerre avec le secours du prince Adémar. Landon leur opposa le jeune Landon, son fils, avec un corps de troupes. Ce dernier, plein de valeur, apprenant que Grégoire et César, (ils de Sergius , et Landolfe de Suessola f son gendre, venaient avec une armée de Napolitains et d'Amalfitains, montant à sept mille hommes, pour faire le siège de Capoue , marche à leur rencontre avec tant de précipitation, que les ayant atteints après qu'ils eurent passé le Clanio , il se jeta au milieu d'eux comme un lion , dissipa une aile de leur armée, fit prisonnier César, fils du duc, avec huit cents hommes qui raccompagnaient, et mit le reste en fuite. Cette victoire, dans la chronique des comtes de Capoue , porte la date du 7 mai de Pan <s6o. La maladie de Landon le Vieux empirait toujours. Se voyant près de sa fin, il appela ses frères Pandon et l'êveque Laudulfe, et leur recommanda le jeune Landon , son fils, sans s'apercevoir, dit Muraton, qu'il recommandait un mouton à des louns. Il mourut ensuite dans le mois de février de Tan b'Gi. D Aloara , s» femme , il laissait quatre fils , dont l'aîné , qu'on vient de nommer, fut son successeur ; Landulfe, surnommé, Suessola, nui fut gendre du duc Sergius; Landulfe et Pandon; avec deux filles, Landelaja , dont on a déjà parlé, et une autre dont le
nom est ignoré.
Lardon le Jeune, surnommé Cyrrutu, c'est-à-dire le Crépu, successeur de Landon le Vieux , son père , était disposé a vivre en paix avec ses voisins. Mais Pandon, son oncle, dévoré d'ambition , continua d'exercer des hostilités contre le prince Adémar. A sa persuasion et à celle de Landulfe , son frère , Gaifre s'étant saisi d' Adémar , lé fit mettre en prison. Pandon , non content de cette perfidie , le fit aveugler, l'an 866 r suivant Muratori, (Annal, d'ital., tom. V, pag. 70), et mettre à sa place Gaifre. (Voy. les princes de Salerne.) Mais à peine ce nouveau prince était-il sur le tHme , que les deux frères violèrent le serment de fidélité qu'ils lui avaient fait, et tournèrent leurs armes contre lui ^ ils ne furent pas moins perfides envers leurs propres neveux* Voulant s'emparer du gastaldat de Capoue , ils chassèrent de cette ville le comte Landon. Celui-ci se jeta à son tour sur la ville de Cajazzo et mit en prison Ajoalde^ à qui ses oncles en avaient confié la garde;
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vers le même tems, Landulfe le Jeune, son frère, envahir U ville de Caserte; mais Pandon étant survenu peu de tems après, reprit la place où il fit prisonnier Landulfe, avec quarante des plus nobles citadins. Les enfants du comte Laadon se voyant alors sans ressource, se retirèrent à Suessola, où ils furent Lien accueillis par Tévéque Landulfe. Pandon étant venu le» y attaquer, ils se défendirent avec le secours que Gaifre leur fournit, Pandon reçut, peu de tems après, le juste salaire de ses usurpations dans un combat où il fut percé d'un coup de lance. Bon fils Pandonulfe y reçut aussi une blessure considérable , et toute sa troupe, mise en déroute, y fut faite ou prisonnière ou obligée de prendre la fuite. (Erkempert, n. 28 et 3o. ) • Pandon laissa en mourant trois ûls : Landulfe , Pandonulfe, et Landonulfe.
Landulfe, le dernier des fils de Landulfe, premier comte de Capoue, s'étant emparé par violence de l'évêché de Capoue, après la mort de l'évéque saint Paulin , arrivée le 10 octobre 840, se comporta dans ce siège d'une manière conforme à sonentrée. Après la mort de Pandon , il vint à bout , par son intrigue , de lui faire donner pour successeur son fils Pandonulfe , îe même qui avait été blessé à la bataille où périt son père; mais parce que celui- ci était ami de Maion , parent de Daufer f dont il redoutait l'habileté , il voulut insinuer à Pandonulfe de séparer ses intérêts de ceux de Daufer, et de l'engager à transporter ailleurs son domicile. Pandonulfe, au lieu de suivre ce conseil , s'unit à Daufer et à ses deux frères , Landulfe et Landonulfe, avec lesquels il se retira dans le château de Potenza. Pandonnlfe , après cela, se rendit maître de Suessola , Landulfe de Caserte, et Landonulfe , du château de Cajazzo. Les frères s'étant ainsi partagé la meilleure partie du Capouan , commencèrent à dévaster le pays , tandis que Landulfe restait maître du comté de Capoue^ Landulfe, alors., ayant rappelé ses neveux , (ils de Pandon , son frère, qu'il avait depuis long-tems bannis, après les avoir privés du droit de succéder au comté, se joignit à eux pour faire le pillage dans le voisinage des villes que leurs cousins s'étaient appropriées.. Feignant ensuite d'être .ému de compassion pour le déplorable état de ses vassaux, il invita les fils de Pandon à venir s'établir à Capoue , avec leurs cousins , les fils de Landon ; mais Pandonulfe démêlant les mauvaises intentions de son oncle , loin de se rendre à cette invitation , eut recours ,a l'empereur Louis II , pour lui faire connaître le tort que lui avait fait son oucle , en le privant du comté de Capoue, et le mal qu'il causait à tout ce pays, en souffrant que les Sarrasins le ravagassent impunément. Louis