CHRON, HIST. DES PRINCES DE SALERNE
» René Moreau et Zacharie Silvio y ont aussi fait des obserra- » fions. Voila comme l' école de Salerne , pour la médecine , » s'éleva sur toutes les autres, et se rendit , pendant plusieurs » siècles , la plus accréditée de toutes celles de l'Occident.
» Cette école fut établie dans nos provinces depuis la déca- » dence de l'empire Romain et la chute de l'académie de » Rome ; mais il y eut cette différence, que si, dans l'académie de » Rome, on ne s'appliquait presque point à la médecine, dans » l'école de Salerne , l'ignorance du siècle était telle qu'on y » négligeait les autres sciences à l'exception de la philoso-
» phie Comme les professeurs tenaient toutes leurs lumières
» clés Arabes , qui ne faisaient cas que des livres d'Hippocrate , » d'Aristotc et de Galien, livrés à leurs maîtres, il arriva de là » que Galien fut préféré dans les écoles à tout autre auteur » pour la médecine, et Aristote pour la philosophie.... Mais » dans les tems que nous parlons, l'établissement des études » qui se faisaient à Salerne n'était qu'une simple école , puis- » qu'aucun prince ne l'avait fondée , et que, pendant très- » long- tems, elle ne reçut de ses souverains aucunes lois ni » règlements en vertu desquels elle pût prendre le titre d'aca- » démie, de collège ou d'université. Roger I, roi de Sicile, *» fut celui d'entre les princes normands qui commença à lui » donner des lois. Ce prince, statua entr'autres choses, que per- » sonne ne pourrait exercer la médecine , si, par un préalable, » il n'avait été examiné et approuvé par les magistrats et par » des experts. Frédéric II ajouta de nouvelles et plus grandes » prérogatives en faveur de l école de Salerne ; ordonnant que » personne ne pourrait s'arroger le titre de médecin ni exercer » la médecine qu'il n'eût été auparavant approuvé par ceux de » Naples et de Salerne , et n'en eût obtenu d'eux la permission, u Ensuite, dans des tems moins éloignés de nous, sous les » règnes de nos rois successeurs de Frédéric , et particulière— » ment sous ceux de Robert, de la reine Jeanne , de Ladislas, » de Jacques II , de Ferdinand , cette école obtint d autres >» privilèges ; eniin elle fut érigée en académie pour accorder » les grades de docteur, surtout pour la médecine, sans pré- * judice des autres sciences qu'on y enseignait. » (Giannone. ^
DES
« Àu commencement, dit Giannone, le duché de Naples » était resserré dans les limites étroites de la ville du même » nom et de ses dépendances ( c'est-à-dire de son territoire ). » Mais sous le règne de Maurice, empereur d'Orient , il acquit » considérablement. Ce prince ajouta pour toujours a son ter- » ritoire les îles voisines d'Ischia, de Nicida et de Procida, » dans la possession desquelles il confirma les Napolitains, ainsi * que nous l'apprenons de saint Grégoire le Grand (liv. 9, » ép. Si ). On y joignit ensuite Cumes , Stabia, Sorrento et » Amalti, ville qui , jusqu'au tems du pape Adrien et de Char- » lemagne , dépendit de ce duché de Naples , ainsi qu'on le » voit clairement dans une lettre de ce pontife rapportée par » le Pellegrini. Par ces moyens , ce duché , presque équivalent » à une province, était ordinairement nommé la Campanie f » et souvent le duc de Naples s'intitulait dux Campaniœ. Cette » province contenait plusieurs villes sur les bords de la mer, » qui étaient soumises aux Napolitains, et très-souvent Ton » trouve dans les lettres du même saint Grégoire , episcopis » Neapolitanis. *
Le duché de Naples , dans son origine dépendant des exarques de Ravenne , dut être créé par Longin , en 568. Toute la puissance des Lombards , des empereurs français et des empereurs allemands ne put jamais assujettir le duché de Naples. Ce devait être l'ouvrage des princes normands dans le douzième siècle.
D'abord , les ducs de Naples étaient nommés indifféremment par les empereurs ou par les exarques ; et les empereurs déco-?
CHRONOLOGIE RISTOlUOTîE
raient ordinairement ceux qu'ils envoyaient de Constantinople du titre ou de maîtres de la milke % ou de consuls impériaux. Après l'extinction de l'exarchat , le peuple de Naples acquit d'abord le droit de nommer les ducs alternativement avec les empereurs, ensuite de les nommer seul. ( Saint Marc. )
La liste des premiers ducs de Naples est fort obscure. Nous nous en tiendrons, pour cet article, à ce que M. de Saint-Marc a pu découvrir.
ScholastiquE paraît avoir été fait duc de Naples au tems de l'invasion des Lombards. De dire quand il a cessé de l'être et ce qu'il y a fait , c'est ce qui nous est impossible.
Gudiscàl fut vraisemblablement successeur de Scholastique au duché de Naples. Il n'çn jouissait .plus en 592, lorsque les ducs de Spolette et de Bénévent projetèrent de faire la conquête de Naples. Saint Grégoire le Grand sollicita vivement l'exarque Romain de donner un duc à cette ville , qui , sans cela , serait infailliblement tombée au pouvoir des Lombards.
Maurence fut nommé duc par l'exarque Romain ou par l'empereur Maurice , en 592 ou 5y3. Phocas le révoqua eu
Gondoîn , nommé duc de Naples par Phocas , cessa de vivre ou fut révoqué l'au tu 5.
Jean de Gonza ( en latin Joannes ïompsinus ) usurpa le duché de Naples , peut-être en 61 G., au tems de la révolte de Ravenne et du meurtre de l'exarque Lémigius. Comps, amour*» d'hui Conza dans l'Àbruzze, paraît avoir donné le nom à ce duc , qui vraisemblablement était un des principaux citoyens de cette ville. On a prétendu que l'empereur Héraclius l'avait envoyé de Constantinoplc pour commander à Naples ; mais il n'est pas à croire que , dans un tems de trouble , cet empereur fût assez mal habile pour confier, en Italie, des gouvernements de cette importance à des naturels du pays. 11 est plus probable que le duc Gondoin étant mort quelque tems après le meurtre de Lémigius, Jean profita du désordre que la révolte de Ravenne occasionait dans cette partie de l'Italie, pour s'emparer de Naples qui se trouvait sans duc. Son intention était de s'y rendre souverain indépendant : mais dès l'année 617 , l'exarque Eleuthère , après avoir rétabli le calme dans Ravenne , marche à Naples avec toutes ses forces, combat Jean qui vient à sa rencontre f et qui, défait , va s'enfermer dans Naples. La ville
Mt emportée d'assaut et l'usurpateur décapité. Nos auteurs modernes , dit Giannone, ont débité des fables étonnantes au sujet de la rébellion de Jean de Cnnza. Us prétendent qu'après que ce duc se fût rendu maître absolu de Naples, il soumit également la Fouille , la Ca labre et divers autres lieux du royaume ; qu'il s'en fit reconnaître pour roi, allant premièrement à Bari , où il fut couronné avec une couronne dp fer, et ensuite à Naples avec une couronne d'or. Mais ces conquêtes, ces deux couronnements, cette couronne de fer de IJari sont des chimères , dont il ne se trouve aucune trace dans les historiens ni dans les monuments historiques du tems ou voisins du tems.
Théodore ï fut laissé pour duc de Naples par l'exarque' Eleulhère. M. de Saint-Marc* présume qu'il l'était encore en 646. Summonte croit que ce fut lui qui fit bâtir à Naples l'église de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Giannone combat cette opinion, fondé sur une inscription grecque, qui date cette fondation de Tindiction iv , qui se rapporte, selon lui , à l'an 717. Mais ce savant homme ne faisait pas attention que L'indiction iv revenait tous les quinze ans , et qu'elle tomba en 646.
Depuis 647 jusqu'en 710, ou environ , Naples eut deux ou trois ducs, dont les noms ne sont point conservés.
Jean H, dit deCuMES, était duc de Naples en 717, lorsque Romuald 11 , duc de Bénévent , s'empara du château de Cumes; et ce fut à la prière du pape Grégoire 11 que Jean reprit ce château. Mais on ne peut dire combien de tems il conserva depuis le duché.
Exhilarate était duc de Naples en 726, et mourut avec son (ils dans la guerre qu'il fit aux Romains , soulevés contre l'empereur Léon l'Isaurien.
Etienne I était évêque et duc de Naples en 780; c'est ce que nous apprenons de la lettre soixantième du pape Adrien I , par laquelle il mande au roi Charlemagne, qu'Etienne, évêquç et duc de Naples , lui a donné avis de la mort de l'empereur Constantin (ou plutôt Léon IV, comme portait sûrement le texte original, que les copistes auront corrompu en y substituant le nom de Constantin). Etienne avait été marié avant son épiscopat , et laissa une fille nommée Eupraxie , qui épousa celui qui lui succéda.