DES PRINCES »E SALERNE
j» héritier. A son retour, il passa par la Pouille, et vint à » Salerne , où le prince , son parent , . le reçut avec toute le» » marques déconsidération et d'estime. Robert avait été r ditx on, blessé au bras droit pendant le siège de Jérusalem, et » cette blessure négligée ayant dégénéré en fistule , il fut obligé » de consulter les médecins de Salerne sur les remèdes dont m il devait user pour sa guérison. En examinant la plaie avec » attention, ils reconnurent qu'elle avait été faite par une » flèche empoisonnée, et jugèrent qu'on ne pouvait en pro- » curer la guérison qu'en la faisant sucer. Ce prince religieux si ne voulut point consentir au remède , dans la crainte d'expo- » ser la vie de celui qni l'exécuterait. Mais la princesse, son j> épouse , par un trait d'amour , qui , s'il est vrai , mérite bien » de passer à la postérité , ne craignit point de s'exposer au >» danger, et prit si bien ses mesures, que, tandis que Robert » dormait et sans qu'il pût s'en apercevoir, elle suça elle même » si souvent cette plaie empoisonnée, qu'elle en tira tout le » venin , et rendit la santé au prince , son époux. Il voulut en- » suite que les médecins de Salerne lui prescrivissent un régime m de vie , afin qu'il pût se conserver dans le bon état où il se » trouvait par l effet de leurs conseils. C'est donc à cette occa- » sion qu'ils lui présentèrent un livre de médecine qui fut » composé par un seul d entre eux, mais qui porte cependant » le nom de toute l'école de Salerne , de la même manière que » l'université de Coïmbre, en Portugal, en usa à l'égard des » ouvrages philosophiques donnés sous son nom. Dans la dé-* a dicace qui fut faite de ce livre à Robert , on lui donna le » titre de roi d'Angleterre, non qu'il fut alors en possession de v cette couronne, mais parce que, revenant de la Palestine » après la mort de Guillaume, son frère, décédé , comme oit *» l'a dit, sans enfants, il était son plus proche héritier , et » pouvait alors par conséquent être nommé roi d'Angleterre » sans aucune difficulté. Cependant Henri , son frère puîné t » s étant trouvé sur les lieux à la mort de Guillaume le Roux, m profita de l'absence de Robert pour s'emparer de la cou- » ronne.
» Les médecins de Salerne, voulant joindre l'agréable à » l'utile, firent composer leur livre en vers léonins, afin que » l'on pût conserver plus facilement dans sa mémoire tous les » préceptes qu'il contenait, et parce que c'était alors le genre
» de versification le plus estimé Ce fameux ouvrage do
» l'école de Salerne parut en l'année 1 100..., 11 eut divers glos- * sateurs, dont le premier fut Arnaud de Villeneuve, célèbre « médecin du roi Charles II d'Anjou. Les deux Jacques Curioii » et CrelUo travaillèrent aussi sur cet ouvrage ; et après eux;