MAINFROI
1258. Mainfroi, fils naturel de l'empereur Frédéric II f qui l'avait nommé prince de Tarente , s'étant rendu à Palerme, y est couronné roi de Sicile, le 1 1 août , par trois archevêques, en présence d'un grand nombre de prékits, de seigneurs, et d'une multitude de peuple. Elisabeth , mère de Conradin , informée de ce couronnement , envoie des ambassadeurs à Mainfroi, pour lui représenter qu'il ne peut, sans une usurpation manifeste , s'emparer d'une couronne qui appartient , par le droit de sa naissance , au prince son neveu. Mainfroi répond que la couronne de Sicile lui appartient par droit de conquête, l'ayant enlevée aux papes, qui e» avaient dépouillé?
Conrad i r» ; que d'ailleurs, les conjonctures ne permettaient pas de la remettre sur la tête d'un enfant qui était hors d'état de la conserver; et que, ne voulant la retenir que pour sa vie naturelle , il l'assurait par là à son neveu , lorsqu'il aurait la force de la défendre. Les ambassadeurs s'en retournèrent sur ces belles paroles, chargés de riches présents. Mainfroi s'applique à faire goûter son gouvernement par sa clémence , son affabilité, sa justice et sa libéralité. Le pape, l'an i25cj, lance contre lui une excommunication qui fait peu d'impression sur les peuples. L'an 1260, Alexandre IV lui fait offrir de le reconnaître pour roi, s'il veut consentir à rendre les biens aux exilés et à chasser les Sarrasins de ses états. Le prince accorde le premier point et refuse le second , comptant plus sur la fidélité des Sarrasins, que la cour de Rome n'avait pu séduire ni corrompre, que sur celle des barons, dont il connaissait la légèreté. Urbain IV, successeur d'Alexandre, fait ses efforts, l'an 1262, pour empêcher le mariage proposé de Pierre, fils de Jacques, roi d'Aragon, avec Constance, fille de Mainfroi. 11 y consent ensuite, par un défaut marqué de politique , sur l'assurance que Jacques lui donne de ne jamais employer les, Aragonais, ni aider les Siciliens contre les intérêts du saint siège. Urbain, l'an 1263, engage Charles, comte d'Anjou, frère du roi saint Louis, à entreprendre la conquête de la Sicile , après y avoir fait consentir le monarque. Béai ri x , femme de Charles, jalouse d'avoir le titre de reine, comme ses trois sœurs, la reine de France, la reine d'Angleterre, et la troisième, femme de Richard, frère du roi d'Angleterre, élu roi des Romains, contribua, peut être autant que le pape, à déterminer son époux; on rapporte qu'elle vendit ses pierreries pour l'aider à lever des troupes. Urbain, de concert avec. Charles d'Anjou , fait prêcher, l'an 1264, une nouvelle croisade contre Mainfroi. Elle eut plus de succès que la première. Un grand nombre de français, et surtout de provençaux, s'enrôlèrent dans cette milice. v
Charles d'Anjou, l'année suivante , étant arrivé, le 2.3 mai, veille de la Pentecôte , par mer , à Rome , y est sur-le-champ proclamé sénateur ; et, le 28 juin, il est déclaré roi de Sicile en-deçà et au-delà du phare, excepté Bénévent et son territoire, dans l'église de Latran, en présence de quatre cardinaux envoyés par élément IV, nouveau pape qui séjournait à Pérouse (et non à Viterbe), pour y donner son agrément. Les principaux articles du serment qu'ils exigèrent préalablement de lui, furent de promettre qu'il paierait annuellement, au saint siège, un cens de huit mille onces d'or, avec une belle haquenée blanche , et qu'il n'accepterait jamais, ni l'empire
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romain, ni le royaume teutonique, ni celui de Lombardîe 01* de Toscane. Cela fait, il reçoit l'investiture du royaume quir lui était déféré. (Burigni, Hist. de Sicile ^ t. H, p. 140 )
Les conditions auxquelles Charles d'Anjou s'était soumis, furent si religieusement observées par ses successeurs , que Charles-Quint , roi d'Espagne et des Deux-Siciles r n'accepta la couronne impériale qu après s'y être fait autoriser du pape Léon X , par une dispense solennelle. L'armée de Charles d'Anjou, forte de trente mille hommes, que la comtesse Béatrix, sa femme T avait rassemblés, étant arrivée avec elle, dans le mois de décembre , devant Rome ,.où ce prince l'attendait, les deux époux sont couronnés roi et reine de Sicile, dans l'église de Saint - Pierre t après avoir fait serment de fidélité et hommage-lige au pape, par cinq cardinaux qu'il avait députés pour cette cérémonie. Mainfroi, se défiant de la fidélité de ses, sujets, dont plusieurs paraissaient disposés à le trahir , fait proposer à son rival un accommodement. Retournez vers le sullan de Lucera, votre maître, répondit Charles aux députés , et dites-lui que dans peu je l'aurai mis en enfer, ou au 'il m'aura mis en paradis. Charles donnait à Mainfroi le titre do sultan de Lu ce r a , parce que l'empereur Frédéric avait rassemblé tous les Sarrasins du royaume dans cette ville , pour la posséder sous sa dépendance. Celte réponse fut comme le signal de la guerre, et on se prépara de part et d'autre pour la commencer. Le ^6 février suivant, les deux armées se rencontrent près de Bénévent , dans une plaine nommée le Champ Fleuri. La bataille s'engage le même jour. Charles la gagne , autant par la trahison des Apuliens que par la valeur des Français, et Mainfroi périt dans la mêlée, à l'âge de trente-trois ans. Un historien du tems (Malespina) raconte ainsi sa mort : Un chevalier picard , dit-il , voyant Mainfroi , qu'il ne connaissait pas, combattre avec une extrême valeur, courut à lui la lance en arrêt , pour le percer, et donna de sa lance contre la tête du cheval, que ce coup fit cabrer avec violence. Mainfroi , désarçonné par ce mouvement subit , tomba à terre , et fut assommé à coups de massue par quelques riàauds qui accompagnaient le chevalier. Celui-ci prit Técharpe et le cheval de Mainfroi , et , deux ou trois jours après , il parut , avec ces dépouilles, devant quelques seigneurs prisonniers» qui, ayant reconnu qu'elles étaient de Mainfroi, demandèrent au chevalier ce qu'était devenu celui à o^ui cette écharpe et ce cheval avaient appartenu. 11 leur répondit ce qui vient d'être raconté. On alla sur le champ de bataille, où l'on reconnut le corps de Mainfroi. Comme il était mort excommunié , on l'enterra dans une fosse creusée près du pont de Bénévent , sur laquelle
DES ROIS DE SICILE*' *3l
cWpje soldat , par pitié de son sort et par estime de sa valeur, •se fit un devoir de jeter une pierre (i). Telle fut ta fin de ce prince, digne, par ses grandes qualités, du trône que son ambition, suffisamment justifiée çar les circonstances, lui fit usurper sur son neveu. Sa mémoire, d'ailleurs, en qualité de souverain, est à l'abri de tout reproche. Brave sans témérité, doux, clément, libéral, habile dans le maniement des affaires, il rehaussait ce mérite réel par les grâces extérieures d'une physionomie noble, d'une taille avantageuse et d'un air affable ; en un mot , il eut de quoi gagner les cœurs de tous ses sujets , si l'infidélité, qui leur était naturelle, leur eût permis, dit M. de Saint-Marc, d'avoir pour un roi qui savait régner et qui voulait les rendre heureux, l'affection qu'il méritait. « U » nous reste, dit Giannone, de grands monuments de la ma- » gnificence de Mainfroi ^ le port de Salerne , et la fameuse » ville de Manfrédonia , dans la Pouille, à laquelle il donna i» son nom, cju'elle porte encore. Il est hors de doute, ajoute- » t-il, que s'il n'avait point été distrait par les guerres contiw nuelles qu'il eut à soutenir pour défendre son royaume contre » les invasions des quatre papes, il aurait donné plus de soin « et d'attentions au gouvernement politique , et aurait laissé • diverses autres marques de sa grandeur ». 11 avait épousé , i». Beatrix , fille d'Amédée III, comte de Savoie; 2 0 . Hélène, dite aussi SlBYLLE, fille du despote d'Epire. Du premier lit , il laissa Constance , mariée , comme on l'a dit , à Pierre d'Aragon, et Beatrix, femme de Guillaume V, marquis de Mon fer rat; du second lit, sortirent un fils et une fille ; Frédéric, dit Manfrcdin , et Beatrix, qui terminèrent leur vie avec leur mère , comme on va le voir , dans la captivité.
I^s Français , après la bataille de Béncvcnt , usèrent de la victoire avec une fureur digne des Sarrasins. Etant entrés dans la ville, ils ne firent grâce ni à l'âge ni au sexe, et n'épargnèrent ni le sacré ni le profane, sans égard pour le pape , dont Béné\cnt dépendait.