‹ L'art de vérifier les dates ... t.118. L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de NotreSeigneurChapitre 80 sur 132 · SICILE · texte numérisé non relu

SICILE

s, pour réparer ce revers, préparc un grand armement , à dessein de le joindre à celui qu'il avait dans la Pouille. Roger de Loria , prévoyant que le monarque se propose une descente en Sicile, tâche de prévenir son arrivée en provoquant à une bataille le prince de Salerne, son fils. Pour l'y attirer, s'étant mis en mér avec quarante-cinq vaisseaux, tant siliciens que catalans, il va faire des courses sur les côtes du pays de Naples, et va se présenter devant le château de Saint-Sauveur sur mer, vis à-vis de Naples. De-là, sa chiourme, un lundi 5 juin commence à vomir des injures contre le

jeune prince et les Français, les appelant des poltrons et des conigli (des lapins) , qui n'osent en venir à un combat. C'était ce que le roi Charles avait défendu à son fils. Mais celui-ci, ainsi qac sa compagnie, ne pouvant tenir contre de pareilles

lerre, feignant d'avoir peur à la Vue de l'ennemi , gagne la haute mer ; et lorsqu'il voit sa belle , après avoir encourage les siens , il fond impétueusement sur l'armée opposée , dont il met en fuite la partie composée d'Apuliens et de Sorrentins. La résistance des Français fut un peu plus longue; mais les Catalans et les Siciliens , plus aguerris sur mer , étant saules dans leurs galères, en forcent dix à se rendre. C'était à Ja capitane que Roger en voulait principalement. Elle portait l'étendard royal, et le prince de Salerne la montait avec les plus distingués de ses barons. La vigoureuse défense qu'ils firent empêchant de la prendre, Roger engage un habile plongeur, nommé Agan, d'aller sous eau la percer en divers endroits. Le prince , se voyant près d être submergé , demande un chevalier pour se rendre à lui. Roger , aussitôt s'étant approché, le reçoit dans sa galère avec ceux qui raccompagnaient. Or, après cette défaite, il arriva, dit Muralori, une plaisante aventure. Le peuple de Sorrento voyant passer la Hotte victorieuse, envoya des députés à l'amirantc , avec des présents, pour le féliciter. Ceux-ci , étant entrés dans la capitane, prennent le prince captif pour le vainqueur, à la vue de la richesse de son armure, le saluent à genoux, et, en déposant à ses pieds leurs présents, lui disent : « Seigneur amirauté , recevez ce petit présent que » vous offre le peuple de Sorrento; et plût à Dieu que, comme » vous tenez le fils, vous eussiez aussi pris le père! Sachez, au » reste, que nous avons été les premiers à lui tourner le dos *». Le prince, malgré son aflliction, ne put s'empêcher de rire de la méprise, et adressant la parole à l'amirante : Fer Dio , lui

t^Gooç

dit -il, che costoro sono ben fidcli a monsignor il re ! » Cerlof r * » voilà îles gens bien fidèles au roi, monseigneur» ! (Villani.) Emmené à Palerme, les Siciliens veulent le faire mourir, en représailles o!e la mort de Conradin ; mais la reine Constance, femme de Pierre, s'y étant opposée, lui sauva la vie, et obtint en retour la délivrance de Béatrix, sa sœur, enfermée dans les prisons de Naples depuis la bataille de Bénévent. Le prince de Salerne, conduit au château de Matagriton , y fut chargé de chaînes. JLe roi, son père, étant parti de Provence, apprit, dans la mer de Pise , sa défaite, deux jours après l'événement. Or , fût-il mort* s'écriât il dans le premier mouvement, selon quelques écrivains, puisqu*il a failli notre mandement. Ayant débarqué à Naples avec des forces considérables, il y fait pendre cent cinquante des plus mutins , après avoir hésité s'il ne livrerait pas la ville aux flammes. Il méditait une seconde vengeance contre les Napolitains, pour leur faire expier une seconde trahison, lorsqu'une fièvre violente, l'ayant saisi à Foggia, l'emporta en peu de jours, le y janvier de l'an i^85. Charles témoigna de grands sentiments de pénitence en recevant Je saint viatique. Sir Dieu, dit-il à Jésus-Christ, comme je crois fermement une vous êtes mon Sauveur, je vous prie d'avoir pitié de mon âme. Pardonnez-moi mes pécliés, puisque je n'ai entrepris la conquête du royaume de Sicile que dans la vue du service de la sainte église. Son corps fut transporté à Naples, où il fut inhumé dans le superbe tombeau de marbre que la reine, sa femme, lui avait fait élever a main droite du grand autel de l'église cathédrale; mais son cœur fut porté, suivant sa dernière volonté, dans l'église des Jacobins ue la rue Saint-Jacques, à Paris, où l'on voit encore aujourd'hui ce reste d'inscription :

Le cœur du grand roi Charles , qui conquit Sicile.

Charles eut dans son siècle peu d'égaux en valeur ; mais il s'en fallait bien que la prudence réglât toujours chez lui cette vertu guerrière. Son ambition s'étendit à l'empire de Constantinople, en vertu d'un traité conclu entre lui et l'empereur latin Baudouin 11 , en présence du pape, à Viterbe, le 27 mars I2(>7 ; traité par lequel il fut stipulé que Philippe, fils de Bau-' douin, épouserait Béatrix, fille du roi, et que, dans le cas où Philippe mourrait sans enfants, les droits de l'empire seraient dévolus a Charles ou à ses successeurs, rois de Sicile. I.e mariage s'étaat accompli, et Philippe étant mort sans lignée, avant son père, Charles se porta pour son héritier. Ce fut dans cette disposition qu'il se déclara l'ennemi de l'empereur grec, Michel Paléologue, et qu'il traversa, autant qu'il lui fut possible, la réunion de l'église latine à l'église grecque , objet de tant de

DES ROIS DE Stf.ILE. ^

Sollicitudes et de mouvements des pontifes romains. Giannone, fondé sur trois vers obscurs du Dante (i), ose lui imputer la mort de saint Thomas d'Aquin, arrivée le 7 mars 1274, à l'abbaye de Fosse-Neuve , comme il était en route pour se rendre au concile de Lyon; et cela, dit-il, par le poison, dans la crainte que le saint docteur n'irritât l'esprit du pape contre ce prince , par le récit de ses violences , dont il avait été témoin pendant qu'il professait la théologie dans l'université de Naples. Mais cette accusation nous paraît dépourvue de vraisemblance. Quelle apparence en effet que Charles, qui payait, suivant le même historien , une once d'or par mois à saint Thomas, pour r ses leçons, en soit venu, par une appréhension très- peu fondée, au point de lui ôter la vie? 11 faut convenir cependant

3 ne la hauteur de son caractère le précipita quelquefois dans es actes de cruauté, dont nous avons donné des preuves. Son indifférence pour ses sujets , qu'il abandonnait à la rapacité de ses ministres, est une autre tache de sa vie qui fut la source de tous les malheurs qu'il éprouva. Malgré ces défauts, on lui doit la justice de dire que Naples lui est redevable de sa magnificence et de sa splendeur; que, ravi de la beauté de son climat, il n'oublia rien pour l'embellir , et que, dans ce dessein, y ayant fixé sa résidence ordinaire, il obligea par-là les grands seigneurs dé sa cour d'en faire autant, lesquels, à son imita-* tion , y bâtirent de superbes hôtels, dont les jardins étaient, pour ainsi dire, plus magnifiques encore. Non content de décorer cette ville, il fit bâtir, pour la défendre, le Château-Neuf^ <|ui passe pour la place la plus importante de toute l'Italie. Les sièges de Naples prirent leur origine sous son règne, et la cour souveraine, appelée la oicairerie de Naples, lui doit son établissement. Il avait épousé, i°. Bé.vtrix, comtesse de Provence t morte en 1267; 2 0 . le 12 octobre 1268, à Milan, Marguerite, comtesse de Tonnerre , fille d'Eudes, duc de Bourgogne. De la première, il eut Charles, dont l'article viendra page 3i6; Philippe, prince d'Achaïe, mort en 1277 ; et Robert, mort en 1266 : avec trois filles; Blanche, femme de Robert de Béthunc, comte de Flandre; Béatrix, mariée, le i5 octobre, à Philippe de Courtenai ; et Isabelle, femme de Laclislas le Cumain , roi de Hongrie. Charles n'eut point d'enfants de Marguerite. Celte

(1) Ces vers sont :

Carlo venue in Italia , è per ammenda Vitima fe di Corradino , è poi Rîptose à ciel Tommaso per ammenda.

(Purgalor. , Canl. ao.)

Erincesse mourut à Tonnerre , le 24 septembre i3o8, dans ui| .. ôpital qu'elle avait fondé Tan iaq3, et où elle s'était consacrée , depuis celte époque, au service des pauvres.

Charles 1 joint, dans plusieurs de ses diplômes, les années de son règne de Jérusalem à celles de son règne de Sicile. L'époque de celui-ci se prend du 6 janvier 1266 ; celle cju premier est fixée au même mois 1278.

Page 1