LOUIS
i342- Louis, né le 4 février i338, succède au roi Pierre, son père, sous la régence du prince Jean , son oncle. Le i5 septembre suivant, il est couronné à Palerme par l'évéque d'Andreville , dans le Péloponèse , l'archevêque de Palerme ni aucun évêque de Sicile n'ayant voulu prendre part à cette cérémonie, à cause de l'interdit dont le royaume était frappé. Une grande maladie qui survint au régent, peu de tems après, à Syracuse , releva les espérances des Palices et de leurs parti* 6ans. Jean Magna, l'un de ceux-ci, le croyant mort, court à Messine, dont il ameute le peuple; force la maison du stradigot , le tue et en fait nommer un autre à sa place. Mais au bout de quelques jours , les séditieux apprenant que le nW-ut XV111. 33
est revenu en santé , vont s'emparer de la citadelle de Sai*2 Salvator, et arborent la bannière du roi de Naples, après avoir abattu relie du roi Louis. Le régent , dès que ses forces lui permettent de se mettre en campagne , vient.se présenter devant la place, Tcmporte d'emblée, et punit les chefs de la révolte , les uns par la mort , les autres par la prison ou le bannissement. Mais Jean Magna lui ayant échappé, il met sa tête à prix. Une servante qui tenait ce coupable caché dans un coffre, le livra pour cent florins. Attaché à la queue d'un cheval , il fut traîné par les rues de Messine et ensuite pendu. (Fazel T pag. 4^9*)
La mort ayant enlevé, dans le mois de janvier 1 343 , le roi Robert, tandis qu'il préparait une nouvelle descente en Sicile, la reine-mère de Sicile et le régent crurent l'occasion favorable pour se réconcilier avec la cour de Rome. Mais les ambassadeurs qu'ils y envoyèrent furent très-mal reçus de Clément VI. Ce jpontife leur déclara que la Sicile n'avait point de paix à espérer tant qu'elle ne reconnaîtrait point pour souveraine la reine de Naples. Pour donner aux Sicili ens une nouvelle marque de son indignation, il réserva au saint siège, pour deux ans, par une nouvelle bulle datée d'Avignon, le 5 mai i343 , la nomination des évêchés et des abbayes, n'exceptant que les bénéfices dont les revenus étaient au-dessus de cinquante florins (Rainaldi, ad hune an* , n. 83.) Sollicité par le pape, le minisire de Naples résolut de tenter une invasion en Sicile. Le comte de Squillazzo , chargé de cette expédition , vint débarquer avec une armée près de Messine dont il ravagea les environs. Mais le régent s'étant mis en route pour le repousser, il ne jugea pas à propos de l'attendre , et remonta promptement sur sa flotte.
Les troubles qui agitèrent ensuite là cour de Naples, à l'occasion de la mort violente d'André de Hongrie , mari de la reine Jeanne, donnèrent un grand avantage a la cour de Sicile sur la première. Louis, roi de Hongrie, se préparant à venger la mort d'André , son frère , le régent profita de l'inquiétude où les approches de ce prince jetaient la reine Jeanne, pour aller faire le siège de Mclazzo , où il y avait garnison napolitaine. La place, après s'être défendue l'espace de trois mois, fut obligée de se rendre faute de vivres» Cependant le roi de Hongrie arrive dans la Pouille. La reine Jeanne , craignant qu'il ne s'allie contre elle avec le roi de Sicile , a recours au pape pour obtenir , par sa médiation , une trêve avec ce dernier. Elle est refusée par le monarque sicilien qui veut un traité dé paix ou la continuation de la guerre. Jeanne se détermine enfin au premier parti, et la paix est signée à plusieurs conditions : î°. que Louais, en conservant le royaume de Sicile, paiera tous Les ans
au parpe , le jour de la Saint-Pierre , la somme de trois mille onces d'or , en diminution du cens annuel dû par la reine Jeanne au saint siège ; 2°. que dans le cas où le royaume de Naples serait attaqué, le roi de Sicile viendrait à son secours avec quinze vaisseaux; 3°. que la reine de Naçles lui céderait toutes ses prétentions sur la Sicile et les îles voisines , etc. Ce traité , conclu le 4 novembre i347, s'étant fait sans l'aveu de Clément VI, ne put obtenir l'approbation de ce pontife, qui ne fit rien néanmoins pour le combattre. La peste emporta t dans le mois d'avril de l'an i346* , le prince Jean , régent de la Sicile , dont on ne sentit bien la perte qu'après sa mort. ( Rainai di , ad an. x347? n * la< )
Blase d'Alagon , son successeur dans la régence , est inquiété par les Palices que la reine-mère , leur protectrice , avait rappelés dans l'île , où ils formèrent un puissant parti. La ville de Messine s'étant déclarée pour Mathieu Palice , qui venait de
Î>erdre Damien, son frère aîné, le régent amena à.Taormine e roi , dans le dessein de le transporter de là à Catane pour y établir la résidence de la cour. Mais cette dernière ville n'étant pas encore délivrée de la peste dont elle avait été infectée Tannée précédente , la reine crut devoir ramener le roi , soi> fils , à Messine. Ce ne fut, depuis, que querelles et hostilités entre les partis d'Alagon et de Palice ; les troubles qu'ils excitèrent furent tels, qu'ayant fait cesser l'agriculture en Sicile r ils y causèrent la famine. Louis de Tarente , second mari de la reine Jeanne, profitant de ces conjonctures, envoya, l'an i354, une armée pour faire une descente en Sicile. Plus de cent douze places arborèrent, dès que l'ennemi parut, les armes de Naples. Mais bientôt les orages qui s'élevèrent dans cette dernière cour, obligèrent de rappeler les troupes qui étaient en Sicile. Louis contre l'attente générale , resta sur le trône : ce fut, à la vérité* pour bien peu de tems, la mort, l'an i355, l'en avant fait descendre à l'âge de dix-huit ans, le 16 octobre, selon Fazei, dans le mois de novembre , selon Villani , à l'âge de dix-sept àns. Il n'avait point été marié : son corps fut porté à Catane et enterré dans l'église de Sainte-Agathe. H laissa , en mourant , deux fils naturels , Antoine et Louis. Blase d'Alagon ne lui survécut que quatre jours.
FRÉDÉRIC II ou III , dit LE SIMPLÉ.
i355. Frédéric, frère de Louis, devient son successeur k l'âge de quatorze ans , sous la régence d'Euphémie, sa sœur. Le royaume se trouvait alors dans une extrême confusion , les seigneurs siciliens étant partagés entre la maison de Naples et
j6o CHRONOLOGIE HISTORIQUE
celle d'Aragon. L'an i35l>, au mois de novembre, la ville de Messine est livrée, avec le château de Martagriton, à Louis, foi de Naples, par Nicolas Césaire, qui commandait dans Tune et l'autre places.
Louis et la reine Jeanne, sa femme , font leur entrée dans Messine , le 24 décembre suivant , et promettent d'en faire la capitale de la Sicile. Les affaires du roi Frédéric étant presque desespérées , il députa à sa sœur Eléonore , femme de Pierre , roi d'Aragon, pour lui faire donation de ses états, à condition que ce prince lui fournirait les secours dont il avait besoin. Mais les états de Pierre étaient trop agités pour lui permettre de transporter ailleurs ses forces. Le roi de Naples, résolu de terminer la guerre avec la Sicile par un coup décisif, fait assiéger Calane par mer et par terre. Le grand sénéchal commandait les troupes de débarquement, tandis que l'escadre napolitaine croisait dans le golfe , pour empêcher que rien n'entrât dans la ville. Mais Artale d' A lagon ayant attaqué celleci, remporta sur elle une victoire complète. Le grand sénéchal, consterné de cette défaite, lève le siège. La garnison catanoise le poursuit dans sa retraite, et lui taille en pièces plus de deux mille hommes, sans compter les prisonniers qui étaient en plus grand nombre. Tout le bagage fut la proie qu vainqueur , et servit à enrichir les soldats et les paysans, qui s'étaient joints à eux pour la poursuite des ennemis. On ne voit point que le roi de Naples ait figuré dans cette double action. Il est cependant certain qu'il était alors en Sicile avec la reine Jeanne. (Villani, l.VU , c. 72.) Ses affaires particulières le rappelèrent bientôt dans ses états. Mais avant son départ, il fit précipiter dans la mer plusieurs messinois , qui lui étaient suspects. Le pouvoir du roi de Naples commença dès lors à décliner en » Sicile. Les Clermonts, famille puissante, qui lui avaient tou-» jours été attachés, l'abandonnèrent en i35y, par le conseil de Gui de Vintimille, principal ministre de Frédéric, pour re- Tenir à l'obéissance de ce prince. Ils avaient pour ennemi Artale d'Alagon. Celui-ci s'étant réconcilié avec eux, les engagea à le seconder pcnir la réduction de Messine , que Frédéric désirait avec empressement. S'étant réunis, ils la prirent avec la citadelle, et en chassèrent les Napolitains. Muratori avoue qu'il ne peut fixer le tems précis où ceci arriva. Les autres villes de Sicile rentrèrent successivement sous la domination de Frédéric.
Les cours de Naples et de Sicile , lasses de la longue guerre qu'elles se faisaient, commencèrent, l'an 1^72, à tourner leurs
Î censées vers la paix. Deux cordeliers en furent les négociateurs. 1 fut convenu entre les deux cours, que Frédéric reconnaîtrait tenir en fief de la reine Jeanne la Sicile , s'obligerait à lui
DES ROIS DE SICILE, aOt
payer* à titre de cens annuel, quinze mille florins d'or, et se contenterait du titre de roi de Trinacrie, celui de Sicile étant réservé à la reine Jeanne ; ce qui fut approuvé par' le pape Grégoire XI. Par un des articles du traité, Frédéric devait aller à Rome faire hommage au pape. « Mais ayant représenté » à Grégoire XI , <jue la situation de ses affaires ne lui per- » mettait pas de s'éloigner de son royaume, le pape consentit i* qu'il rendit cet hommage par procureur» Le roi de Hongrie, » qui n'avait point renoncé à ses prétentions sur les états de » la reine Jeanne , témoigna beaucoup de mécontentement de » ce traité ». (Burigni. ) Malgré cela, il fut ratifié par les parties et approuvé par l'évêque de Sarlat, au nom du pape, le 3i mars i'ôjS. Le roi Frédéric fit hommage -lige de son royaume entre les mains du même prélat, le 17 janvier i3y4, à Messine, et le même jour il épousa Antoinette de Tarente^ fille de François de Baux, duc d'Andria, et de Marguerite, sœur du dernier roi de Napies. ' Cette princesse ne fit que paraître sur le trône de Sicile. Quelques jours après son ma* riage , le vaisseau qui la ramenait à Messine , avec le roi son époux , fut attaqué par le comte Rubi, à qui le monarque avait défendu de venir en cette ville. La reine fut tellement effrayée de cet assaut , qu'elle se jeta dans l'eau pour se sauver. Elle tomba malade de cet accident, et mourut, le 23 janvier à Messine. Frédéric , Tannée suivante , fut sacré par l'évêque de Sarlat , avec la permission du pape. Il pensait à se remarier lorsqu'une maladie l'emporta, le 27 juillet 1377, à l'âge de trente-six ans. De Constance, sa première épouse, fille de Pierre IV, roi d'Aragon (morte en juillet i363), il laissa une fille, nommée Marie, qu'il déclara son héritière par son tes-» tament fait peu de tems avant sa mort Adelzreiter lui donne pour une autre fille du même lit, Elisabeth, femme d'Etienne l'AgrafTé, duc de Bavière.
« 11 est assez étonnant, dit M. de Burigni , que les rois de
* Napies n'aient pas conquis le royaume de Sicile , pendant >• un règne aussi faible que celui de Frédéric. Ce prince n'était » proprement roi que de nom. Les villes et les grands le mé- » prisaient impunément : on peut juger jusqu'où allait i'inso- *> lence des seigneurs, parce qui arriva à Gui de VintimiUe. » Le comte François de VintimiUe , son frère, avait chassé le » gouverneur de Trapani et donné le gouvernement de cette
* place importante à Gui de VintimiUe, sans consulter le roi, » Frédéric témoigna en être fort mécontent. Gui en fut si » outré qu'il osa donner un coup de poignard au roi» La bies-
* sure heureusement ne fut point mortelle. Cet attentat n'eut
kێ CHRONOLOGIE HISTORIQUE
» point de suite à cause de la faiblesse du gouvernement , qui » procura au roi Frédéric le surnom de Simple. »
MARIE et MARTIN , dit LE JEUNE.
1877. Marie est reconnue héritière du trône de Sicile après la mort de Frédéric , son père , et commence à régner sous la tutelle et la régence d'Artale d'Alagon. Giannone remarque qu'elle ne prit point d'investiture du pape, et que depuis ce tems là , les rois de Sicile n'en ont point reçu. Marie est enlevée , l'an 1379, P ar Guillaume-Raymond de Moncade , et conduite au château d'Agouste, dont il était gouverneur, dans le tems qu'elle se disposait à épouser , contre le vœu de ses sujets , Jean-Galéas , comte Je Vertus , neveu de Bernabo Visconti, et co-seigneur avec lui de Milan. De là elle fut conduite, par ordre de Pierre IV, roi d'Aragon, son aïeul , à Barcelone , pour y être élevée auprès de la reine Eléonore , sa tante, fille de Pierre II, roi de Sicile: Elle épousa, le 29 novembre i3gi (1), avec dispense du pape Clément VII, Martin, son cousin germain, fils de Martin, duc de Montblanc. depuis roi d'Aragon. Martin, en se mariant avec Marie , prit le litre de roi de Sicile. Les deux époux s'étant embarqués , l'an 1393 f pour la Sicile , avec un corlége nombreux de seigneurs aragonais, abordent, le 25mars, à Trapani. La Sicile avait un grand besoin de la présence de ses maîtres, déchirée, comme elle l'était, par des factions, et tyrannisée par les principaux seigneurs de l'île. L'arrivée de Marie et de Martin y rétablit d'abord le calme; mais ce ne fut pas pour long-tcms. De Trapani , après y avoir fait quelque séjour , les aeux époux s'acheminèrent vers Palerme , qui était dans le département d'André de Clermont. Ce seigneur aurait bien voulu se maintenir dans la possession de cette ville ; mais le peuple , las de. son gouvernement , ne demandait qu'à revenir à l'obéissance de ses maîtres légitimes. Clermont ne se trouvant point en forces pour faire tête à l'armée royale , fit son accommodement avec le roi et la reine , dont il obtint une amnistie pour lui et son parti : après quoi ils firent leur entrée dans la ville au milieu des acclamations du peuple. Ce fuflà qu'ils furent couronnés, dans le mois de mai i3qa.
La réconciliation du comte de Clermont avec la cour déplut singulièrement à un seigneur aragonais , favori du roi. Son
- (1) C'est la date de ce mariage, donnée par M. de Burigni. Mai» Muratori le suppose déjà fait en i388. {Anaaliy tom. VIII, pag. 4*8-)
nom était Caprena. Dans la vue de supplanter le comte et d'obtenir ses domaines , il l'accusa secrètement auprès du roi d'avoir de mauvais desseins contre sa personne, et en donna pour preuve , un poignard qu'il portait contre la défense faite de paraître avec cette arme à la cour. Le comte , sur cette accusation , ayant été arrêté , fut mis à la torture et forcé par les tourments de faire l'aveu qu'on exigeait de lui. Il fut condamné à mort avec ses prétendus complices , et exécuté devant son hôtel , dans la place publique. Les biens de cet infortuné seigneur furent confisqués , et son comté de Motica fut adjugé à son accusateur, qui obtint aussi la charge de grand-amiral. Cette exécution terrible excita dans Palerme des mouvements qui déterminèrent la cour à se retirer à Catane. ( Kainaldi, ad an, i'à§i , n°. 1,2.) La sédition s'étendit dans toute la Sicile , de sorte qu'il n'y eut presque d'autres villes que Messine , Syracuse et Catane qui restèrent fidèles au roi et à la reine. Les Barbares d'Afrique profitèrent de ces tems de troubles pour faire des courses en Sicile, où ils enlevèrent, dans le mois de juin 1393, l'évéque de Syracuse, qu'ils retinrent prisonnier l'espace de trois ans. ( Rainaldi , ibid. , n°. 3. ) Cependant les Palermitains , qui avaient donné le signal de la révolte , revinrent les 'premiers à résipiscence. Par une députât ion qu'ils firent au roi et à la reine , ils promirent d'être plus soumis et plus fidèles à l'avenir. Les députés , à la tête desquels étaient les archevêques de Palerme et de Montréal , furent accueillis favorablement , parce qu'on n'était pas en état de sévir contre les rebelles. La reine Marie , après sept ans de mariage , accoucha , Tan i3o8 , .d'un fils , nomme Frédéric , <fii ne lui sur* vécut pas. Elle le suivit au tombeau le 26 mai 1402, et fut inhumée auprès de lui à Lentino.
MABTIN LE JEUNE , seul.
i4oa. Martin règne seul en Sicile après la mort de sa femme, qui l'avait institué son héritier. 11 épousa, l'an i4o3, Blanche, fille de Charles III, roi de Naples. L'an 1409 9 il fait une expédition dans la Sardaigne, qui s'était révoltée contre le roi son père, et gagne une grande victoire, le ai juin , sur les rebelles, commandés par Guillaume II , vicomte de Narbonne. Peu de tems après , il tombe malade dans cette île, et meurt à l'âge de trente -cinq ans, le a5 juillet, à Cagliari, où il est enterré. Il ne laissa que deux bâtards, un fils, nommé Frédéric, qui fut légitimé par le pane Benoît XIII, et mourut de poison, le 29 mai 142$, au château de Branfcat, en Aragon, où sa témérité Savait fait enfermer; et une
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fille appelée Yolande, mariée deux fois dans la maison de Gu& man. Ce prince fit plusieurs actes de juridiction ecclésiastique,
3ui prouvent que tes rois de Sicile étaient en possession dû roit de la monarchie de Sicile.
MARTIN II, dit LE VIEUX.
1409. Martin, roi d'Aragon, succède au royaume de Sicile à Martin , son fils. Il continue à la reine Blanche , sa bru , la régence, qui lui avait été donnée par le testament de son époux. L'an 1 4> P 9 il meurt le 3i mai, âgé de cinquantedeux ans, a Cagliari, dans la Sardaigne, qu'il venait de soumettre, sans laisser d'enfants légitimes. En mourant, il nomma régente la reine Blanche, sa femme. (Voy. Martin, roi d'Aragon (1). La branche des comtes de Barcelone, qui avait régne plus de six cents ans, d'abord en Catalogne, puis en Aragon, finit dans la personne de ce prince.
FERDINAND DE CASTILLE, dit LE JUSTE.
1412. Ferdinand, deuxième fils de Jean I, roi de Castille, et d'Eléonore, fille de Pierre IV, roi d'Aragon, fut élu roi de Sicile, après un interrègne de trois ans, dans une assemblée de députes du royaume d'Aragon , de celui de Valence et de laCatalogne.il avait eu cinq concurrents; Frédéric, comte tie Luni, fils naturel de Martin, roi de Sicile; Mathieu, comte de Foix, gendre de Jean, roi d'Aragon; Alfonse duc de Gandie; Jacques, comte d'Urgelj et le marquis de Villena, qui descendait des rois d'Aragon. Ce fut saint Vincent Ferrier qui, étant monté en chaire le 3o juin i4 12 ? déclara, dans une assemblée très-nombreuse, à laquelle assista l'antipape Benoît XIII, que, d'une voix unanime, les arbitres choisis pour
(1) Ce prince avait un favori nommé Bernard Caprera, qu'il avait fait comte de Modica Tan 137a , après avoir fait décapiter à Païenne , le premier juin de cette année , pour crime de rébellion , André de Clermont, qui possédait ce comté. C'était Caprera lui-même qui avait forcé dans cette place, le 18 mars précédent, les rebelles. Il avait délivré. Tannée suivante, le roi et la reine de Sicile , qu'une nouvelle révolte des Siciliens tenait assiégé dans Catane. Mais après la mort du roi Martin , il fut arrêté prisonnier par ordre de la reine , qui le soupçonnait d'aspirer au trône. Ayant voulu s'échapper, il tomba dans un fdet dressé devant les fenêtres de sa prison , et y resta un jour entier exposé a la risée du public. Remis en liberté, il alla , par ordre de Ferdinand 9 successeur du roi Martin , finir ses jours hors de la Sicile,
DES ROIS DÈ SICILE' a6S
l'élection, avaient nommé Ferdinand, second infant de Cashlle* roi d'Aragon et de Sicile. A ce nom, tout le peuple témoi* gna une joie extrême, parce que Ferdinand s'était déjà fait une grande réputation de justice et de modération en refusant le trône de Castille qui lui avait été offert après la mort du roi Henri, son frère, au préjudice de l'infant son neveu. La reine Blanche, veuve du roi Martin, jouissait toujours de la régence, en vertu du testament de son époux. Ferdinand lui confirma la régence sous le litre de vice-reine. Mais il nomma en même, teins huit vice-gérents pour l'assister de leurs conseils. Ca~ prera, dont nous avons parlé sous le règne précédent, n'était
Ï>as de ce nombre ; mais il portait ses vues plus haut. Pendant 'interrègne, il avait aspiré à la royauté; et pour réussir dans ce dessein, il s'était mis dans la tête d'épouser la reine, quoique difforme et beaucoup plus âgé qu elle. Mais ayant osé lui en faire la proposition , il en reçut celte réponse accablante : Ah! fi, vieux- galeux! Furieux de cet affront il assiégea la reine dans Syracuse où elle s'était retirée. Jean de Moncade étant accouru pour la délivrer, obligea Ca prera xle se retirer, et emmena Blanche à Palerme. Les ordres donnés par Fer* dinand aux vice-gérents, portaient cependant qu'ils travailleraient à réconcilier la reine avec Caprera. Celui-ci prévint leur arrivée en conduisant secrètement ses troupes à Palerme, où il entra de nuit sans y être attendu. La reine, qu'il comptait surprendre , n'eut que le tems de sauter de son lit et de gagner une galère dont le capitaine la conduisit au port de Sorrcnto- Ktonné qu'elle lui eût échappé, Caprera eut, à ce qu'on prétend, l'insolence de se coucher dans son lit en disant : Si je n'ai pas la perdrix., j'aurai du moins le nid. Les vice-gérents étant arrivés à Palerme, essayèrent vainement d'engager ce seigneur à se soumettre à la reine; mais étant devenus maîtres de sa personne par adresse, ils l'envoyèrent à Barcelonne, où il fut très-mal reçu de Ferdinand. Caprera, par la souplesse de son génie, trouva moyen cependant de regagner ses bonnes grâces par la suite.
La reine Blanche, se voyant sans pouvoir en Sicile depuis l'arrivée des vice-gérents, prit le parti de se retirer en Navarre, auprès du roi son père. Ce fut là qu'elle épousa , quelques années après, don Juan, second fils de Ferdinand, à qui elle porta en dot le royaume de Navarre.
Jusqu'au tems du concile de Constance , Ferdinand avait suivi le parti de Benoît XII 1 ; mais après que cette assemblée l'eut déposée , il n'oublia rien pour l'engager à donner sa démission, jusqu'à se transporter, quoique malade à Perpignan , pour vaincre son obstination. Mais il n'y gagna rien, XVIII. 3+
a66 CHRONOLOGIE HISTORIQUE
et en s'en retournant, il mourut à Ygnalada, en Catalogne, le a avril i4i6, âgé de quarante-trois ans. Son amour pour la justice lui fit donner le surnom de Juste. (Voyez son article parmi les rois d'Aragon.)
I ALFONSE, dit LE MAGNANIME.
i4i6< Alfonse, fils aîné de Ferdinand, lui succéda dans ses états dé Sicile comme dans ceux d'Aragon, avec Marie, fille de Henri III, roi de Castrlle, qu'il venait d'épouser le 39 juin de l'année précédente. Sea premiers soins lurent de travailler, d'après les mouvements que sont père s'était donnés, pour la pacification de l'église. Ses ambassadeurs au concile de Constance , desquels était chef Raymond , comte de Cardone, y ayant été reçus le 10 septembre 1416, déclarèrent qu'ils étaient envoyés par le roi , leur maître , pour travailler à l'extirpation du schisme, à la destruction des hérésies, à la réformation de l'église dans son chef comme dans ses membres, et à l'élection d'un pape. Ils demandaient en même tems qu'en considération des dépenses que le feu roi Ferdinand et Alfonse, son fils, avaient faites pour la paix dë l'église, on lui accordât le droit de disposer des bénéfices de la Sardaigne et de la Sicile , sans être sujet à aucune redevance envers le siège apostolique. Martin V , nouveau pape , élu dans ce concile, refusa celte grâce, et par là irrita, contre lui, Alfonse, qui reprit Benoît XIII sous sa protection, et empêcha qu'on ne portât les choses contre lui à la dernière extrémité. L'autorité de Martin et du concile perdit , par là , beaucoup dans les états d'Aragon et de Sicile. C'était une chose fort commune alors dans ces deux royaumes , que les papes y disposassent des bénéfices en faveur des étrangers. Alfonse remédia , l'an 1418 , à cet abus par un édit qui déclarait tout étranger incapable de posséder des bénéfices ou pensions sur bénéfices dans ses états, à moins qu'il n'y eût résidé l'espace de douze ans de suite. Deux ans après, par une déclaration particulière, il confisqua tous les revenus des bénéfices qui ne seraient pas possédés par des siciliens.
Alfonse parut en i4-o, pour la première fois, en Sicile', et fit son entrée à Païenne, le 12 février. Dans l'assemblée qu'il y tint , il reçut le serment de fidélité de tous les ordres , et jura de conserver les privilèges du royaume. Ce prince était fort mécontent des Génois , qui avaient surpris un de ses vaisseaux et jeté l'équipage dans la mer. Cet acte d'hostilité, fait en pleine. paix, n'ayant point été réparé sur les plaintes qu'il en fit , il arma^oulre ta république et fit une
descente subite en Corse, au mois d'avril i4 2f) » avec trent© galères et quatorze vaisseaux de charge. Après s'être rendu maître de Calvi , sans éprouver beaucoup de résistance , il mit le siège devant Bonifacio, qu'il espérait d'autant plus facilement emporter, qu'il savait que les vivres y manquaient. Mais une suspension d'armes, que les assiégés obtinrent pour quinze jours , les tira d'embarras. Une escadre de sept gros vaisseaux et d'une caravelle, étant venue à leur secours pendant cet armistice , sous les ordres de Jean Frégose , frère du doge Thomas , contraignit Àlfonse de lever le siège, à son grand regret. Ce fut pendant cette expédition que Jeanne 11 , reine de Naples, réduite aux abois , implora le secours d'Alfonse. Antoine Caraffe , surnommé Malice , qu'elle lui députa, obtint l'objet de sa mission , sur l'assurance qu'il lui donna d'être adopté par cette princesse. Louis III , duc d'Anjou , rival de Jeanne pour la Sicile et pour Naples, étant arrivé à Gênes avant qu'Alfonse eût quitté la Corse , lui envoya, de son côté, une ambassade pour le prier de l'aider à dépouiller cette princesse. Alfonse , dont la correspondance avec Jeanne n'était point encore publique , éluda la demande de l'ambassadeur , .sans expliquer ses intentions; mais il les manifesta bientôt après en faisant partir pour Naples une escadre de dix-huit vaisseaux , commandée par Raymond Pératta, accompagné d'Antoine Caraffe. Ce secours , arrivé le 6 septembre , ranima les espérances déjà presque éteintes de la reine Jeanne. Fidèle à sa parole, elle convoque les principaux seigneurs de Naples, et , en leur présence, le 24 septembre , elle adopte Alfonse, qu'elle déclare en même teras duc de Calabre , titre affecté à l'héritier présomptif de la couronne de Naples. Lèj préparatifs d'Alfonse étant achevés, il se dispose au voyage de Naples, nomme trois vice-rois en Sicile , et fait partir un ambassadeur pour le duc d'Anjou , avec ordre de lui dire, de sa part , que ne pouvant se dispenser de secourir la reine , sa mère , il lui déclare la guerre, s'il ne sort promptement du royaume de Naples. Il monte sur une flotte de vingt-six vaisseaux, et arrive à Naples au commencement d'octobre 1421. Lorsqu'il est près d'entrer dans le palais, la reine , suivie d'un grand cortège , vient au-devant de lui , et l'ayant embrassé, elle lui fait donner, en présence de tout le monde, les clefs du château de l'CEuf; ce qui combla de joie tous ceux qui étaient sincèrement attachés à la reine. Le grandsénéchal Caraccioli fut le seul qui ne prit point part il l'allé eresse publique. Accoutumé à gouverner la reine avec empire , il voyait avec chagrin que son autorité allait diminuer, pir la confiance que Jeanne avait dans le roi Alfonse. 11 y avait alors, en Italie, un fameux général, nommé lîraccio , à qui
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l'on attribue la gloire d'avoir rétabli la discipline militaire dans ce pays. Alfonse l'ayant attiré dans son parti, sous la promesse de lui donner la charge de grand-connétable avec la principauté de f apoue , la reine , par le conseil de Caraccioli , ne se pressa point de remplir cet engagement. Braccio, s'iraa- ^inanl qu'on lui manquait de parole, était prêt à s'en retourner; mais Alfonse, après une conférence qu'il eut avec la reine, lui fit donner, malgré le grand-sénéchal, la principauté de Capoue , et , pour se l'attacher plus étroitement , il promit à ce grand général de lui obéir en tout ce qui concernerait la guerre. C'était, l'homme dont il avait besoin pour l'opposer à Sforce Altendolo, autre fameux capitaine , qui s'était attaché au duc d'Anjou. Braccio et Sforcc luttèrent ensemble, à la tête de leurs troupes , pendant la campagne de 1421 , sans avoir remporté d'avantages marqués l'un sur l'autre. Mais , Tannée suivante , Braccio eut l'adresse de détacher Sforce des intérêts du prince français , et de le réconcilier avec Alfonse et la reine , au moyen du don qu'ils lui firent de la ville de Manfrédonia.
L'union qui régnait entre le monarque et Jeanne ne subsista pas long-tems. La princesse, toujours livrée à Caraccioli , se plaignit, à sa persuasion, qu'Alfonse, après avoir soumis les villes d'Acerre , d'Averse, de Sorrento, d'Amalfi et d'autres qui s'étaient révoltées contre elle , les avait obligées à lui prêter serment de fidélité ; qu'il disposait des emplois en faveur de ses créatures; et qu'il agissait en tout sans consulter la souveraine. Caraccioli fit de plus entendre à la reine qu'elle était menacée par Alfonse d'être enlevée et transportée dans une citadelle, d'où elle ne sortirait jamais. Dans le même tems, Alfonse apprit, par une lettre de son ministre en cour de Rome , qu'il devait prendre garde à lui , parce qu'il savait qu'on attenterait à sa vie la première fois qu'il irait saluer la reine dans le château Capouan. où elle faisait sa résidence. Alfonse , ne doutant point qile l'indisposition de la reine contre lui n'eût pour auteur le grand-sénéchal, résolut de s'assurer de sa personne, mais sans éclat. Dans ce dessein , il convoque le sénat, sous prétexte d'une affaire importante. Le grand- sénéchal s'y étant rendu , est arrêté dès qu'il paraît et mis en prison. Alfonse veut ensuite aller trouver la reine pour justifier sa conduite ; mais il est accablé d'une grêle de pierres j l'entrée du château, et oblrgé de se retirer après avoir couru . isque de la vie. La guerre est alors déclarée entre le roi et la ieine , qui met Sforce dans son parti. Autant elle avait montre lie passion pour Alfonse, autant et plus encore elle commence i le dételer. Caraccioli , qnP'avail été rendu à cette princesse,
DES ROIS DE SICILE. 269 lui conseille de révoquer, pour cause d'ingratitude, l'adoption
pas
encore la reine assez vengée, rengagèrent à faire une nouvelle adoption en faveur du duc d'Anjou, qui, depuis la ruine de .ses affaires, s'était retiré à Rome. Alfonse ne tint compte de cette nouvelle adoplion, et continua de se regarder comme l'héritier présomptif du royaume de Naples.
Une affaire importante appela, peu de tems après, ce prince en Espagne, Henri, son frère, venait d'être emprisonné par don Juan, roi de Castille, pour avoir épousé, à son insu , l'infante Catherine, sa sœur. Alfonse, résolu de voler à la délivrance de son frère, nomme vice-roi de Sicile et de Naples, l'infant don Pierre, son autre frère, et s'embarque, le 2 octobre , au port de Gaè'te, après avoir déclaré que son intention n'était nullement de détrôner la reine Jeanne, mais d'empê-
il va la surprendre de nuit, et, après y avoir mis le feu , il se rembarque au bout de trois jours , emportant le corps de saint Louis, cvêque de Toulouse. Arrivé en Espagne, il redemande au roi de Castille la liberté d?. son frère; et, sur son refus, il lui déclare la guerre. Après quelques hostilités, la paix se fait entre eux; mais elle ne fut pas de longue durée. Pendant l'absence d' Alfonse , la reine Jeanne s'étant alliée à Philippe- Marie Visconli , duc de Milan , qui dominait alors à Gènes, fjit partir une flotte chargée de dix mille combattants, pour aller faire une descente en Sicile. Mais on ne voit pas que cet armement ait fait de grands progrès dans cette île. Braccio faisait alors le siège d'Aquila , place importante qu 1 Alfonse lui avait promise s'il pouvait s'en rendre maître. Mais, dans une sortie des assiégés , il fut fait prisonnier, après avoir reçu plusieurs bles-
pane Benoît XIII étant mort l'an 1424» Alfonse , attaché opiniatrément à son parti , se déclara pour Gilles de Mugnos, que sa faction lui avait donné pour successeur. Martin V, le vrai pape , résolu de regagner ce prince ou de le réduire, lui députa le cardinal de Foix , à qui, bien que parent d'Alfonse, l'entrée de l'Arngon fut refusée. Ce ne fut qu'après l'abdication de Mugnos, faite le n6 juilleqU^S;) > qu'Alfonse renonça aa
ajo cnnoNOLOGiE historique
scliisme. Par un des articles de la paix qu'il fit avec Martin V t il fut dit qu'Alfonse et ses successeurs jouiraient de la dépouille des évêques de Sicile après leur mort. Pyrrhus Rocc.us prétend que ceci n'est qu'une confirmation du droit dont les évoques oe ce royaume étaient en possession. Alfonse étant venu, l'an i43i , en Sicile, y fait publier une pragmatique, sous le titre de II rito di Siciïia , qui s'observe encore dans le pays. Il passe de là dans le royaume de Naples , et s'étant abouché avec la duchesse de Sessa, il l'engage à travailler à sa réconciliation avec la reine Jeanne , sur 1 esprit de laquelle cette dame avait beaucoup de pouvoir. Mais la négociation est traversée par les ministres du duc d'Anjou, qui la font échouer. Alfonse retourne en Sicile , où il apprend la mort du duc d'Anjou, son rival» arrivée le i5 novembre i4>34> et celle de la reine Jeanne, qui le suivit le 2 février de l'année i4^5.
Invité par les partisans qu'il avait à Naples , dont le duc de Sessa était l'un des plus zélés, Alfonse part de Messine avec sept galères , laissant en Sicile l'infant don Pierre , pour V faire les préparatifs de guerre. Ayant abordé près de Gacte, il y est bientôt joint par ceux qui lui étaient attachés , et conclut avec eux de faire le siège de cette place, l'une «les clefs du royaume. Après avoir assemblé les troupes que l'infant lui avait fait passer , il assiège Gaëte par mer et par terre. La garnison génoise, commandée par François Spinola , se défend avec le plus grand courage. Mais la ville manquait de vivres. Le commandant en ayant fait sortir toutes les bouches inutiles, ces misérables se voyaient exposés à mourir de faim entre la ville et les assiégeants. Alfonse, touché de compassion , les reçoit dans son camp , et leur ayant donné des vivres , il leur permet de se retirer où ils voudront. Quelques-uns des siens ayant oser blâmer cet acte de générosité , il répond qu'il aime mieux n'avoir jamais Gaëte , que d'être cause de la mort d'un si grand nombre d'innocents. Une si belle action lui acquit beaucoup de partisans. Cependant, une flotte génoise, envoyée par le duc de Milan , était en mer pour venir au secours de Gaëte. Alfonse , ne jugeant pas à propos de l'attendre , s'embarque avec onze mille hommes pour aller à sa rencontre. Les Aragonais croyaient aller à une victoire certaine, sachant que les Génois n'avaient que quatre mille hommes à leur opposer. Mais ayant commencé le combat , lorsque les deux armées furent en présence , ils éprouvèrent ce qui arrive souvent , que d'excellentes troupes de terre font mal leur devoir dans un combat de mer. Les Aragonais, n'ayant pas le pied marin , s'embarrassaient plus qu'ils ne s'aidaient ; plusieurs même se trouvaient incommodés de l'air de la mer: d'autres se laissaient
tomber, ne pouvant soutenir le roulis du vaisseau. Le roi faisait des prodiges de valeur ; on le voyait partout où il y avait le plus de danger; non content d'exhorter les autres par ses discours, il les encourageait aussi par son exemple. Les Génois , dans la chaleur du combat, s'etant attachés au vais*? seau amiral, trois de ceux qu'ils avaient en réserve vinrent les renforcer. On en vint alors à l'abordage. Tandis qu'Alfonse se défendait comme un lion , Spinola ht couper la corde qui tenait l'antenne de son grand mât, qui , tombant ave un grand fracas , pensa tuer ce prince. Ce danger à peine était passé , qu'Alfonse se vit exposé a un plus grand ; un boulet ayant passé sur sa tête, le renversa sur le pont. Averti, dans le même tems , que son vaisseau faisait eau , il baisse pavillon , et fait signe aux autres vaisseaux de cesser le combat. Ayant appris que Jacques Justiniani, gouverneur de l'île de Chio , était sur la flotte ennemie, il le fait venir, et se rend à lui. Le combat dura près de onze heures, et ne finit qu'au coucher du soleil. Cette affaire, l'une des plus mémorables dont l'histoire fasse mention , est du 5 août i435. Parmi les prisonniers distingués , on compte , outre le roi , don Juan , roi de Navarre , et don Henri * ses frères ; le prince de Tarente , le duc de Sessa , trois cent quarante autres hommes de la première qualité, et en tout près de onze mille hommes. Le butin que firent les Génois fut si considérable, qu'il enrichit plusieurs officiers et même des soldats, pour eux et leur postérité. L'armée viciorieuse se rendit sur-le-champ à Gaè'te, d'où, après y avoir débarqué des vivres , elle remit à la voile au bout de deux jours, emmenant le roi d'Aragon. Lorsque ce prince approcha de l'île d'ischia , le capitaine du vaisseau sur lequel il était voulut exiger qu'il ordonnât a la ville de se rendre ; mais Alfonse répondit hardiment qu'il n'en ferait rien, que ses ennemis ne devaient pas se flatter de prendre la moindre de ses villes sans éprouver une vigoureuse résistance , et que quand il aurait la faiblesse de donner de pareils ordres , il espérait que ses sujets seraient incapables de lui obéir. Luc Assereto, qui commandait la flotte, ayant, appris que le discours de ce capitaine avait déplu au roi , lui en fit satisfaction et l'assura qu il n'y avait aucune part. La première intention du duc de Milan était que la flotte génoise allât faire une descente en Sicile. Il envoya faire part de ses vues au sénat de Gênes ; mais on lui répondit que , pour réussir dans une pa-ireille expédition, il fallait une armée de terre et beaucoup de préparatifs mie le sénat n'était pas en état de faire.
Assereto n'était pas sans inquiétude au milieu de sa flotte.' Les officiers génois, qui le savaient plus attaché au duc de
Milan qu'à la république, avaient délibéré de l'arrêter: ils craignaient, avec fondement, qu'au lieu de conduire le roi captif à Gênes, comme ils le désiraient, il ne le livrât au duc Philippe-Marie. L'amiral dissimula sa pensée avec tant d'aitifice et prit si bien ses précautions , que les mauvais desseins qu'on avait contre lui ne purent s'exécuter. Ayant pris la route de Porto- Venere , comme s'il eût voulu se rendre à Gènes, il rencontra , chemin faisant , un petit bâtiment qui lui remit des ordres secrets du duc de Milan pour transporter Alfonse à Savone , afin d'être maître de son sort. Il fallait user pour cela d'adresse. Voici comme Assereto s'y prit. 11 fit dire aux capitaines de sa flotte qu'ils eussent à rendre le butin qu'ils avaient fait , parce qu'il voulait en faire un nouveau partage plus équitable. Cette proposition les chagrina au point qu'ils partirent sur-le-champ pour n'y point acquiescer. C'est ce qu' Assereto demandait. Les voyant partis , il passe devant Gènes et va droit à Savone. ( Uurigni , HisL de Sicile, tom. Jl , pag. ^24.)
De Savone, Alfonse, après quelque séjour, fut conduit à Milan , où le duc Philippe-Marie Visconti le reçut avec toutes les marques d'estime et de cordialité. Dans les entretiens que ces deux princes eurent ensemble , le roi d'Aragon fit comprendre au duc qu'il agissait contre ses intérêts , en prenant contre lui le parti de Héné , duc d'Anjou. « Ne voyez-vous » pas, lui disait-il, qu'en voulant maintenir sur le trône de » Napîes un prince français , vous facilitez à sa nation h » conquête de toute l'Italie ; que vos étals étant les plus voi- » sins de la France, ils ne manqueront pas d'être envahis tôt » ou tard par les Français dès que vous leur en aurez ouvert » l'entrée i* C'est une réflexion qu'avait profondément gravée » dans l'esprit le duc Jean-Galéas, votre père , qui n'a jamais » redouté que cette nation ». Frappé de ce distours, souvent répété en diverses manières, Philippe-Marie consentit à lui rendre la liberté gratuitement , ainsi qu'à tous les prisonniers aragonais, et fit avec lui, de plus, une ligue offensive et défensive pour l'aider à conquérir le rnvanme de ÎSaples. Informé de ce traité , l'infant don Pierre , son frère , part de Sicile avec une flotte pour le ramener dans ce royaume. Ayant été jeté par la tempête près de Gaê'te , plusieurs habitants de cette ville viennent le trouver secrètement pendant la nuit pour l'assurer qu'au moyen d'une tentative il lui serait facile de la surprendre. L'infant , profitant de cette occasion , met à terre ses troupes, qui , s'étant introduites dans Gaële , en ebasse la garnison ennemie. Alfonse venait alors de conclure son traité avec le duc de Milan. A cette nouvelle, il se met en route pour Gaete, où il arriva le a féviier ifiij. Sa présence rétablit ses affaires
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rfnïïs le royaume de Naples , don! plusieurs places lui ouvrent leurs portes ; d'autres se soumettent par force.
Le roi René étant sorti de la longue prison où le retenait fa duc de Bourgogne, arrive , le 19 mai à Naples. S'étant
ligué , le 29 août suivant , avec Michel Attendolo et Jacques Cal dora , deux fameux capitaines, et se voyant à la tête de dix* finit mille hommes, il envoie défier Alfonse , les uns disent a un combat singulier, les autres à une bataille générale, afin de terminer leur querelle par un seul coup décisif. Quoi qu'il en soit , ce défi n'eut point d'exécution.
L'an i4%i Alfonse fait de vains efforts pour délivrer le Châ u Icau-Neuf de Naples, assiégé par les troupes de Héné. La place où il avait garnison aragonai^e , obligée de se rendre le 24 août, fote de la Saint - Barthélerai , fut consignée entre les mains des ambassadeurs du roi de France. Ceux - ci, mécontents du roi d'Aragon , la remirent à Héné. (Giomale napuliiano.) Alfonse fut dédommagé de cette perte par ia prise de Salerne, dont il investit Raym nd Orsini , qu'il créa en même iems duc d'Amalfi. (Ibid.) Le recouvrement de Naples lui tenait toujours au coeur: apprenant que la jeunesse napolitaine était dans le camp de Réné , il crut l'occasion favorable pour surprendre cette ville. Ayânt bloqué le port par des vaisseaux; pour empêcher d'y faire entrer des vivres par mer, il partagea son aimée de terre en deux corps ; il en donna l'un à don Pierre , son frère , et se mit à la tête de l'autre. Déjà les habitants commençaient à s'inquiéter , et parlaient de se rendre , lorsqu'un accident funeste fit manquer celte expédition. L'infant était occupé à faire tirer sur l'église de .Sainte- Marie du Mont-Carmel , où il y avait un*» batterie , lorsqu'un boulet de canon, partit de là, lui frappa la t£le et la brisa de façon qu'on ne put la retrouver. Cet événement est du 17 octobre 1 4H9. Le prince n'avait que vingt sept ans. Sa mort causa une consternation générale dans l'armée, dont il avait mérité l'estime et l'attachement par sa valeur et sa bonté. La reine Isabelle , femme <le Kéné, l'honora même de ses larmes. Alfonse, malgré sa douleur , voulut donner l'assaut le lendemain , mais une p!uie furieuse qui survint ne le permit pas; comme elle dura plusieurs jours , ce contre - tems , joint aux approches de l'hiver , l'obligea de lever le siège au bout de trente - six jours. Il ne demeura pas néanmoins oisif le reste de la campagne. Les intelligences qu'il avait dans Acerra , ville importante de la Terre de Labour, lui valurent , presque sans peine, la conquête de cette place, d'où il alla se présenter devant Naples , qu'il réduisit avec la même facilité. Mais la citadelle étant demeurée fidèle au, roi Réoé, il lut obligé d'en faire le siège , qui IVcnpa l'es- XYUI. 35
*74 CHRONOLOGIE WISTO BIQUE
pace de trois mois. L'ayant emportée de force , il marcha contre Averse, dont la citadelle lui opposa une résistance. encore plus forte que celle d'Acerra. Tandis qu'il en faisait le siège, le roi Réné, par le conseil d'Antoine Caldora, fils du général Jacques f se jeta, pour faire diversion, dans la Pouille qu'il soumit en peu de tems. Cette conquête lui ouvrit la route de Bénévent. Âlfonse , apprenant qu'il y dirigeait sa marche, prend une partie de son armée , et va droit à l'ennemi. Il y eut à la rencontre une action assez vive, qui se termina par la retraite de Réné. Ce prince, soupçonnant Caldora de l'avoir trahi dans cette occasion , prit le parti de le faire arrêter. Mais les officiers demandèrent si hautement la liberté de ce général , que Réné se vit obligé de l'accorder. Il fit plus; il voulut , mais en vain , faire satisfaction à Caldora. Outré du traitement qu'il venait de recevoir , ce général quitta le service angevin pour embrasser celui du roi d'Aragon. Ce fut une acquisition qui flatta beaucoup ce -dernier. Caldora , pour lui donner une preuve non équivoque de la sincérité de son attachement , engagea le gouverneur de la citadelle d'Averse , son ami , de se rendre ; ce qui fut exécuté après sept mois de siège. Caldora ne demeura pas plus 4idèle au roi d'Aragon , qu'il l'avait été au roi Réné. S'étant réconcilié avec celui-ci, il le trahit de nouveau et rentra dans Je parti d'Alfonse, auquel il livra la citadelle de Bénévent. Ces (diverses trahisons le firent tomber dans un mépris général. Ne trouvant plus d'emploi chez aucun prince , il alla cacher sa honte à Jési , dans la Marche d'Ancône , où il mourut sans conjûdération. (Collenutius , Hist. neapoliL, liv. VI. )
Les affaires d'Alfonse allant toujours en prospérant dans le royaume de Naples , ce prince, l'an i44°* en demanda l'investi turc au pape Eugène IV. Le pontife l'ayant refusée, Alfonse se tourne , Tannée suivante , du côté du concile de Bâle , alors brouillé avec Eugène , mais sans se déclarer pour l'antipape Félix, que cette assemblée lui opposa. Pour intimider néanmoins Eugène, il engagea le concile, dans le mois d'octobre i44i, à lui envoyer une ambassade, espérant par là obtenir de Félix ce que son compétileur lui refusait. Eugène, peu effrayé de cet artifice, rassembla le plus de troupes qu'il lui fut possible, pour les faire passer dans le royaume Je Naples au secours de Réné. Mais cette armée > commandée par le cardinal de Tarente et le comte de Tagliacozzo , ne fit aucun exploit mémorable. Le cardinal , peu propre aux opérations militaires, conclut la même année, une trêve avec Alfonse, après quoi il s'en retourna dans la Campagne de Rome'. .
Cette retraite fut la ruine des affaires du roi Réné. Bientôt après , le prince Ferdinand , fils naturel d'Alfonse , arrive , par
ordre de son père , avec une farte armée devant Naples , dont il forme de nouveau le siège. La ville étant mal approvisionné»' t la disette ne tarda pas à s'y faire sentir. Cependant les Napolitains, par haine des Aragonais, étaient déterminés à se défendre jusqu'à la dernière, extrémité. Déjà l'eau commençait à leurmanquer, par le soin qu'avaient eu les assiégeants de coujwr l'aqueduc qui la fournissait, lorsque deux maçons ayant été pris dans une sortie des assiégés, indiquèrent au prince Ferdinand mt vieil aqueduc qui communiquait à un puits situé ait milieu de la ville , mais alors dépourvu d'eau. Le roi d'Aragon , à qui Ferdinand fit part de celte découverte , partit d'Averse , où il était alors , pour se rendre au camp de Naples. Trois cents soldats déterminés qu'il introduisit dans l'aqueduc un vendredi , la nuit du i er . au 2 juin, étant entrés dans la place, forcèrent la porte qui répondait au camp des assiégeants, dont la place fut bientôt remplie. Les assiégés , après s'être défendus pendant quelques heures , le roi René à leur tête , mirent bas les armes , après quoi la ville fut pillée dans l'espace de trois heures. Alfonsc ayant fait cesser ce désordre , le calme fut rétabli dans la place. Le roi Réné ayant échappé aux vainqueurs , se rendit en diligence auprès du pape Eugène à Florence, pour se lamenter avec lui de son malheur. Eugène, pour le consoler, lui donna une belle investiture du royaume de Naples, avec laquelle il reprit, après trois mois de séjour , la route de Provence. Peu de jours après, Alfonse se rendit maître du Châleau-Capouan et du Château-Neuf, et le zi juin, il se mit en marche avec son armée contre Antoine Caldora , qui , le 26* du même mois, étant uni avec Jean , frère du fameux François Sforre , osa lui livrer un combat où son armée fut mise en déroute et lui-même tait prisonnier. L'année ne finit pas , qu'à la réserve de Tronea et de Reggio , tout le royaume de Naples tomba au pouvoir d'Alfonse , prince, dit Muratori , libéral envers ses amis , clément envers ses ennemis, et faisant bonne justice à tout le inonde. (AnnalL d'Ital, tom. IX, nag. 19S-196; Burigni , Hist. de Sidle , tom. II , pag. 33 1 -332. )
11 restait encore au milieu de l'Italie un ennemi redoutable au roi Alfonse; c'était le pape Eugène. Tous deux paraissaient déterminés à ne plus garder entre eux aucun ménagement. Eugène menaçait de rendre un jugement solennel par lequel il déclarerait Alfonse déchu de tout droit aux royaumes de Naples, de Sicile , de Corse et de Sardaigne. Alfonse, de son cote, se préparait à conclure avec le concile de Bàle un traité , par lequel il embrasserait l'obédience de Félix V", à condition que celui-ci lui donnerait l'investiture du royaume de Naples , avec promesse de deux cent mille pièces d'or. Mais Eugène, voyant les
•flairées du foi René désespérées, crut, après y avoir mieux réfléchi, que la bonne politique demandait qu'il fît son accommodement Avec le roi d'Aragon. Dans celle disposition , il nomma son légat le cardinal Louis, patriarche d'Aquilée, pour aller traiter avec- AUbnse à Naples. Ce prélat étant arrivé à IViverno , députa de là au roi d'Aragon pour lui notifier l'objet de son voyage. Aifonse vient au — devant de lui jusqu'à Terra— cine, et, après de longues et vives discussions, il eonsent , par traité signé le 1 4 juin i44^? à reconnaître Eugène pour un vrai pape , à rappeler ses sujets ecclésiastiques qui étaient alors au concile de Baie , et à ne pas souffrir que trois d'entre eux , élevés au cardinalat par Félix , jouissent de cet honneur dans ses états. Il promet de plus, d'armer six galères pour être jointes à la flotte ponliticale destinée à faire la guerre aux Turcs. Le légat, de son côté, s'engage, au nom du pape, à reconnaître AN fouse pour roi de Naples, à lut donner l'investiture de ce royaume, et à le décharger de tout ce qu'il pouvait devoir a» siège apostolique. (Raioaldus, md an. i44^i B - 5.) Ce traité , confirmé par une bulle datée de Sienne, le 6 juillet suivant , fut exécuté fidèlement de part et d'autre.
Le nom d'Alfonsc était si célèbre dans l'Europe , que l'empereur Frédéric II étant venu, l'an i45a, à Rome pour s'y faire couronner avec fcléonore de Portugal , sa femme , ne voulut point quitter l'Italie sans avoir eu la satisfaction de voir un prince dont la renommée parlait si avantageusement , et qui d'ailleurs était oncle de L'impératrice. Quelques-uns de ses courtisans lui ayant représenté qu'en faisant à ce prince une première visite , il compromettait sa dignité: li ne s'agit point ici du cérémonial, répondit-il, c'est au mérite personnel, et non pas au rang que je veux rendre hommage. Prévenu de cette visite, Alfousc ne négligea rien pour préparer à Pempereur une superbe réception. Il alla au-devant ne lui à trois milles de Capoue , et l'ayant amené à Naples, il y donna des fêtes et des tournois qui durèrent pendant tout le séjour que les Allemands firent en cette ville. Les marchands eurent ordre de donner gratuitement tout ce que ces étrangers leur demanderaient , et furent remboursés sur les mémoires qu'ils présentèrent au roi. On érigea, dans Syracuse , a l'empereur, une statue qui subsista jusquen i53o. (Murât. Anntrfi , tom. IX , pag. 44^» Rurigni , HisL de Sicile , tom. Il , p. 34 2 • )
L'an i45t>, le royaume de Naples éprouva , le 5 décembre et les jours suivants , un des plus terribles tremblements de terre dont l'histoire fasse mention. Plusieurs églises, plusieurs tours et plusieurs maisons particulières de la capitale furent renversées par cet accident , et près de vingt mille personnes y