‹ L'art de vérifier les dates ... t.118. L'art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques, et autres anciens monuments, depuis la naissance de NotreSeigneurChapitre 91 sur 132 · DE LA MAISON DE BOURBON · texte numérisé non relu

DE LA MAISON DE BOURBON

L'an 1735, Don Carlos, duc de Parme et de Plaisance,* fds de Philippe V , roi d'Espagne , et d'Elisabeth Farnèse , né le 20 janvier 17 16, cessionnaire des droits de son père sur les royaumes de Naples et de Sicile , se met en route sur la Gn de février, et arrive à Messine, où il fait son entrée publique le 9 mars suivant. Après s'y Être reposé plusieurs jours, il se rendit, par mer , le 18 mai , à Palerme, où , le dimanche 3 juillet , il fut couronné par l'archevêque avec la plus grande magnificence. De là étant passé , le 12 du même mois , à Naples, il y établit sa résidence. ( Muratori. )

La paix n'était cependant pas encore cimentée entre l'empereur, la France, l'Espagne et la Sardaigne. Enfin, les deux premières de ces puissances r par un projet de traité , dont les préliminaires furent signés le 3 octobre 1735, à Versailles, arrêtèrent que les duchés de Lorraine et de Bar seraient cédés à Stanislas , roi titulaire de Pologne , pour en jouir sa vie durant ; après quoi ils seraient réunis à la couronne de France , et que, François , duc de Lorraine , à qui ces duchés appartenaient par le droit de sa naissance, aurait, en échange, le grand-duché de Toscane , après la mort du grand- duc Gaston , qui n'avait point d'enfants : que la France garantirait à l'empereur la pragmatique-sanction par laquelle il instituait son héritière universelle Marie-Thérèse , sa fille aînée , et céderait au roi de Sardaigne deux villes à son choix dans l'étendue du Milanez, dont le surplus resterait à sa majesté impériale , laquelle , en compensation de cet abandon , aurait les états de Parme et de Plaisance. Le roi de Sardaigne ne fut nullement satisfait de cet

Arrangement, et non sans raison. C'était en effet lui qui , dans la dernière guerre, avait fait la conquête du Milanez, et on lui en avait promis la moitié. Cependant, pour le bien de la paix, il voulut bien se contenter des villes de Novarre et de Torlone avec leurs territoires. Mais la cour de Madrid fut celle qui jeta les plus hauts cris. Elle accusa ouvertement de mauvaise foi celle de France, pour lui avoir fait perdre les duchés de Parme et de Plaisance, qui lui étaient si bien acquis, et avoir disposé, au gré de son intérêt, du grand-duché de Toscane , sur lequel non-seulement elle n'avait aucun droit , mais qui était assuré à l'Espagne par les précédents traités. Le cardinal de Fleury prétendait cependant avoir fait les parts égales entre les puissances belligérantes , parce que les royaumes de Naples et de Sicile, que la France avait aidé L'Espagne à conquérir , valaient incomparablement mieux que Parme , Plaisance et la Toscane ; et que le sacrifice qu'avait fait l'empereur de ses droits sur ces deux royaumes, était compensé par l'abandon de la Toscane à son gendre futur.

Le duc de Montemar resta immobile d'étonnement à la nouvelle de ce qui se passait entre la cour impériale et celle de France. Il fut encore plus frappé lorsque le duc de Noailles lui lit savoir qu'il eût à pourvoir à sa propre sûreté, parce qu'il avait défense de lui prêter aucun secours. Bientôt, en effet, on apprit que les Allemands descendaient par le Padouan et le J rentin, et s'acheminaient en grande hâte du cote de Mantoue. Une irruption si brusque et si peu attendue l'obligea de penser à la retraite. Il fit passer en diligence l'Adige à ses troupes, laissant derrière lui une grande quantité de fourrages et de vivres , et se retira deçà le Pô. Mais ayant rencontré les Impériaux près de ce fleuve, il envoya sept cents, ou environ , de ses gens à la Mirandole, fit partir un détachement vers Parme , et se hâta de se rendre à Bologne , comptant que Cette ville étant de l'état ecclésiastique, serait un asile pour lui. Mais poursuivi par les hussards , il eut peine à se sauver en Toscane.

L'an 1706, l'Italie commence à respirer par l'espèce d'inaction où restèrent les puissances belligérantes, sans néanmoins renoncer à leurs prétentions respectives. Le duc de Montemar, Pan 1 j3j , fait embarquer la garnison espagnole qui était à Livourne , sans en faire aucune cession au grand-duc, et Fenvoie dans la forteresse de la Maremme de Sienne. Quelques jours après, le baron de Wactendonck , au nom de François, duc de Lorraine, prend possession de Livourne , dont il fait hommage au grand-duc, après quoi ses troupes, conjointement avec celles de L'empereur , commencent à monter la garde dans telle place.

uigmze

ZqB CHRONOLOGIE HISTORIQUE

Depuis longt-tenas il était question de marier don Carlos* Oo avait d'abord jpensé à lui faire épouser la seconde fille de l'empereur; mais des raisons de politique «'étant opposées à cette alliance , il tourna ses vues .sur Marie- Amélie , fille de Frédéric- Auguste, roi de Pologne et électeur de Saxe , âgée de quaiorze ans, à laquelle il donna sa main par procureur , le 19 mai 1 7 o.s. Arrivée à Naples le 2.2 juin , la princesse y fit son entrée solennelle avec son époux le a juillet suivant. Ce fu,t alors que don Carlos institua la chevalerie de Sa,i ut- Janvier.

Le traité définitif de paix entre l'empereur et le roi de France n'avait pas encore reçu le dernier sceau; ce fut le 18 novembre qu'il fut signé à Vienne par les plénipotentiaires de ce$ deux souverains , et en même tems par ceux du roi d'Espagne t du roi des ,Deux-Siciles et du roi de Sardaigne. Les précédent* traités faits entre ces puissances y furent confirmés avec quel-»ques légers changements. La France s'engagea nommément à garantir la pragmatique-sanction. On y régla tout ce qui devait appartenir aux royaumes de Naples et de Sicile dans l'Italie, eu vertu de la cession qui en avait été faite, ainsi que des places maritimes de la Toscane, à don Carlos; de Parme et de Plaisanec, à l'empereur; de Tortone, de Novarre et des Langues , dont Albe est la capitale , au roi de Sardaigne.

La tranquillité Je l'Europe, par là, semblait assurée à perpétuité. Mais la mort de l empereur Charles VI, arrivée le 20 octobre 17+0, replongea toute cet te. grande partie 4e l'univers dans de nouveaux troubles. Les puissances qui s'étaient rendues garantes de la pragmatique-sanction, furent les premières qui l'attaquèrent sous différents prétextes. Le roi des Deux-$icilef était celui qui en avait le moins à alléguer. L'autorité du roi d'Espagne, son père, fut le principal motif qui l'engagea, l'an; 1741 , £ se déclarer contre la fille et unique héritière de Charles VI. Pour seconder les vues de Philippe V, qui tendaient à envahir la plus grande partie de la Lombardie, il rassemble une grande quantité de vaisseaux, d'hommes, de munitions et d'artillerie, qu'il fait partir, dans le mois de novembre, pour Orlutello et les autres ports de l'état iïEgii Presidi , appartenant* an royaume de Naples. Mais pour rassurer le grand-duc de Toscane , les cours de France et d'Espagne eurent soin de le pré-? venir, que bien résolues de maintenir l'échange qui avait été fait avec lui de la Lorraine contre la Toscane , elles ter aient observer dans celle-ci la plus exacte neutralité. En veillant ainsi à la sûreté de ses places les plus éloignées , don Carlos ne

Sensait pas à mettre en état de défense sa capitale où il résiait. Sa sécurité , à cet égard , était excessive ; et il eut bieq lieu de s'en repentir, lorsque, le 19 août 1742, à la vue du

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port de Naples, on vit paraître une escadre anglaise, composée de six vaisseaux de guerre, poitant chacun soixante canons, d'un brûlot et de trois galiotes à bombes. Ce spectacle mit le peuple en fureur , et jeta l'épouvante à la cour. Le lendemain, on dépêcha le consul anglais au commandant de l'escadre pour savoir cjuelle était son intention. Sa réponse fut que, si le roi ne cessait d'assister les ennemis de la reine de Hongrie, il avait ordre de bombarder la ville, et qu'il ne donnait que deux heures au monarque pour se décider; tirant en même lems sa montre, il commença dès ce moment à compter les minutes, tapies étant dépourvue de poudre et autres munitions pour braver une pareille menace, ce fut une nécessité d'accepter, dans un si court délai, la neutralité. Aussitôt, par des lettres qui furent montrées au commandant anglais, on rappela dans le royaume le duc de Castropignano avec ses troupes. Ce point obtenu, l'escadre anglaise, sans commettre aucune hostilité, fit voile vers le Ponent. Le danger que Naples avait couru, apprit à munir cette métropole de fortins, de bastions et d'ar-f tilleric, pour n'avoir plus désormais à redouter une pareille surprise. Les troupes napolitaines s'étant séparées de l'armée d'Espagne pour retourner dans leur pays, celle-ci se trouva réduite à dix-huit mille hommes ou environ , qui prirent leurs quartiers partie à Pérouse, partie à Assise et partie à Eoligno. Ce fut en ce tems que la cour de Madrid s'apercevant , mais trop lard, qu'elle avait confié sa fortune et l'honneur de ses armes à un général qui répondait mal à ses espérances, rappela en Espagne le duc de Montemar, avec défense d'approcher de virr^t lieues de la cour; mais sa disgrâce ne dura pas long-tems. Le crédit de ses amis et son mérite personnel le firent bientôt rentrer en faveur. Ce fut le comte de Gages qui le remplaça dans le commandement de l'année. Poursuivi par les Autrichiens, ce général s'avança, le 18 mars 1744» vers le Tronto, qu'il fit passer à son armée sur un pont de bateaux ; et après s'être reposé l'espace de quatre jours à Giula-Nova, dans l'Abruzze, il répartit ses troupes en différents quartiers , dans les villes de Pescara , d'Alri , de Chicti , de Citadella, de Pinna et de Citta di San-Angelo , tandis que les Autrichiens s'éta-r blissaient dans la Marche d'Ancône. Le roi de Naples, sans dessein de rompre la neutralité, sortit , le a5 mars, ae sa capitale avec quinze mille hommes, pour se joindre aux Espagnols, et défendre ses frontières contre les attaques des ennemis qui avaient déjà commencé les hostilités, La reine, son épouse, pour plus grande sûreté , fut envoyée dans le même tems à Gaëte, au grand regret de la ville de Naples, qui avait instamment demandé qu elle fût laissée à sa garde. Le prince de Lob-

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Jcowitz s'était imaginé qu'étant à la tête d'une armée considérable, la conquête du royaume de Naples lui serait d'autant plus facile , qu'il y avait dans ce pays un assez grand nombre de gens attachés à la maison d'Autriche, qui ne désiraient qu'une révolution pour faire éclater leurs dispositions. Il attendait un ordre de sa cour pour aller en avant. L'ayant reçu. vers la (in d'avril, il passa aussitôt le Tronto, et pénétra dans l'Abruzze ; mais il y fut accueilli par des braves , qui lui firent sentir le prix de leur valeur. Réfléchissant en même tems qu'en faisant des progrès de ce côté-là, il aurait à affranchir de hautes montagnes, et que plus il ferait de chemin, plus il s'éloignerait du cœur et du centre du royaume, il se détermina à prendre une route plus commode , en se rapprochant de Rome et de Monte-Rot ondo , ce qui était précisément la même qu'avaient prise les conquérants du royaume de Naples» C'est ce qu'il commença d'exécuter vers le milieu de mai. Le roi don Carlos , dès qu'il eut pénétré son dessein , s'éloigna de San- Germano , et à ses forces vinrent s'unir celles de l'armée espagnole. Ce ne fut pas seulement à la défense de ses frontières qu'il crut devoir alors pourvoir ; mais jugeant, par les tentatives que les ennemis avaient faites sur l'Abruzze , qu'ils le dégageaient de la neutralité qu'ils lui avaient fait promettre, il envoie de gros détachements en diverses places de l'état ecclésiastique, a Cépérano, à Frosinone, à Vico-Varo et jusqu'au Tibre. Le prince de Lobkowitz s'étant rendu , le 24 du même mois, à Rome, eut une audience favorable du pape Benoît XIV, et appela cette journée un jour de triomphe , tandis que le peuple faisait retentir à ses oreilles les plus grands applaudisse^ ments. Après avoir été somptueusement régalé par le saint ère, il partit pour Monte-Rotondo, et de là passa à Frascati, San-Marino, à Castel-Gandolfe, à Albano. Cependant, toute l'armée combinée d'Espagne et de Naples étant entrée dans l'état ecclésiastique, se partagea en trois corps, dont le premier, commandé par le roi, se posta à Anagni; le second, sous les ordres du duc de Modène, à Valmont; et le troisième, ayant à sa tête le comte de Gages, à Monte-Fortino. Ces trois corps se rallièrent ensuite à Veletri , sur ce que l'on découvrit que le dessein des Autrichiens était de pénétrer par-là dans le royaume de Naples. Le pape se trouvait dans la plus grande inquiétude en voyant ses états devenus le théâtre de la guerre au grand détriment de ses sujets. Son unique espérance était de voir bientôt ce fléau dissipé par une bataille qui déciderait du sort des armes. Mais les Espagnols ne l'entendaient point ainsi, croyant qu'il leur suffisait d'amuser l'ennemi pour l'empêcher de mettre le pied dans le royaume de Naples, et comptant lt

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vaincre par là sans en venir à une bataille. Au commencement île juin, les Autrichiens étant arrivés au mont de la Faiole, qui dominait lies capucins de Veletri, commencèrent à y dresser leurs batteries pour encombrer les ennemis qui étaient dans celle ville, où ils recevaient continuellement Ju royaume les provisions dont ils avaient besoin. Le prince de Lobkowitz avait son quartier général à Nemi. Mais le comte Soro, colonel autrichien , voyant qu'il restait peu de troupes aux ennemis pour garder l'Abruzze , prit un détachement d'Autrichiens , avec lequel il entra dans Aquila, dans Teramo et dans Pinna. Les habitants mal-avisés de ces villes , dit Muratorî , eurent bien à se repentir d'avoir accueilli, avec tant d'allégresse, ces nouveaux hôLes, et d'avoir pris, si cela est néanmoins vrai, les armes en leur faveur. Les deux armées étaient en face des deux côtés d'une vallée profonde, occupées chacune à se bien fortifier dans ses postes, et à s'emparer de ceux de L'ennemi. On se canonna de part et d'autre sans interruption : mais la nuit qui précédait le 17 juin, le comte de Gages ayant appris, de quelques déserteurs, la situation des Autrichiens à la Faiole, dont l'armée royale était fort incommodée, se mit en marche avec un gros corps de troupes pour attaquer ce poste, et s'en rendit maître après avoir fait prisonniers le général de bataille , baron de Pestalozzi , les colonel et lieutenant-colonel du régiment Pallavicini , d'autres officiers avec deux cent soixante soldats, sans parler d'un grand nombre qui restèrent sur la place. Ce poste servit depuis à inquiéter fréquemment les Autrichiens clans leur camp, ce qui dura jusqu'au 10 d'août. Le prince de Lobkowitz, d'après les renseignements qu'il reçut de quelques déserteurs, se détermine alors à faire une entreprise d'éclat. Son dessein n'était rien moins que de s'emparer de Veletri , et d'y surprendre le roi des Deux-Siciles , le duc de Modène et plusieurs des premiers officiers de l'armée ennemie. La nuit qui précéda le 11 du même mois, il fit marcher, à la sourdine, deux corps de troupes, l'un de quatre mille hommes, L'autre de deux mille, par différents chemins, lesquels, à la pointe du jour, étant arrivés au poste qu'occupaient trois régiments de cavalerie et quelques troupes d'infanterie , les trouvèrent plongés dans le sommeil, sans aucuns retranchements, et ne s'at— tendant nullement à une semblable visite. Il leur fut aisé, dans une telle surprise , de faire un grand carnage et mettre Le feu aux lentes. Il n'y eut que le régiment des Irlandais qui se mit en devoir de leur faire tête; mais contraints de céder à la force, après avoir fait une grande perte, les Irlandais s'enfuirent à Veletri, où les Autrichiens les poursuivant, entrèrent par la même porte qu'eux, et se mirent à brûler différentes maisons

3ia Chronologie historique

pour augmenter le trouble. Les pauvres Veletrins prirent les armes pour défendre leurs habitations, et quelques-uns y perdirent la vie. Le roi des Deux-Siciles , averti à tems de cette surprise , sauta de son lit , et s'étant habillé à ta hâte, se retira en diligence au poste des Capucins, où , se croyant en sûreté, il fut uniquement occupé du sort du duc de Modène et de l'ambassadeur de France. Mais ces deux-ci eurent le bonheur de se retirer derrière le roi des Deux-Siciles , au milieu des arquebusades. Le général Novati étant entré dans le palais du duc de Modène , prit et enleva ses chevaux ; il est même certain que , si les Autrichiens s'étaient attachés à poursuivre les ennemis et eussent rejoint à tems l'autre corps de leurs troupes, la ville de Vefetri serait restée en leur pouvoir. Mais le soldat , suivant sa coutume , plus empressé de butiner que de combattre, s'arrêta à piller les équipages des officiers et les maisons des habitants , et fit réellement un grand butin , surtout dans les Quartiers du duc de Modène et des ducs de Castropignano et u'Atrisco. Celte division donna le tems aux Napolitains espagnols de reprendre courage , et d'accourir à la défense de la ville. Les gardes wallones s étant jetées avec fureur sur l'ennemi, le poursuivirent le long du chemin de Veletri, surprirent le général Novati qui s'occupait à feuilleter les écritures du duc de Modène et à rassembler son argenterie, qui devait être le prix de ses peines , et le firent prisonnier. Un renfort du comte de Gages étant survenu , donna tellement la chasse aux Autrichiens , que ce qui resta , ou demeura étendu sur la place , oui fut fait prisonnier. Les Autrichiens, en un mot , furent obligés d'abandonner Veletri , et de laisser cette ville entièrement Kbre. ( Muratort , Analu d'Ital, , tom. XI i , pag. 3i i-3i3. )

Tandis que cette sanglante scène se jouait à Veletri , le prince de Lobkowilz, avec neuf mille soldats, se disposait à livrer l'assaut à divers postes que l'ennemi avait fortifiés sur la colline. Mais ayant trop tardé , il ne put s'établir que dans une petite partie du Mont- Artimisio , et ce ne fut pas même pour longtems ; car le feu continu des Espagnols précipitait au fond de la vallée tous ceux qui s'avançaient ; de manière qu'après un» combat de quelques heures, les Autrichiens se virent forcés de battre la retraite et d'abandonner les postes on ils s'étaient établis. On exagéra beaucoup de part et d'autre les pertes que l'ennemi avait faites dans cette affaire. Mais on peut dire que si le bonheur ne fut pas du côté du prince de Lobkowilz, il ne

£crdit pas la gloire d'avoir tenté une entreprise aussi hardie, es deux armées, après cela, étant restées dans leurs postes 9 continuèrent à se canonner respectivement , mais sans aucun avantage marqué de part ni d'autre. Don Carlos , cependant ,

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était occupé à remonter sa cavalerie ; en quoi il fut très-bien secondé par ses vassaux des Deux-Siciles. Divers détachements envoyés dans le même tems par ce prince dans l'Abrufcze, en délogèrent le colonel Soro avec sa troupe, et firent rentrer dans l'obéissance du roi les villes qui lui avaient été enlevées. (Murât., ibid. )

Nous ne pouvons suivre plus loin don Carlos dans ses expéditions d'Italie. Ce prince , Tan 1744» avant que de quitter ce pays, voulut se donner la satisfaction de voir Rome. 11 y fit son entrée à cheval, le 3 de novembre 1 744 » sous I e nom de comte de Pouzzol , accompagné du duc de Modène et d'un grand nombre de seigneurs napolitains et romains. Après avoir baisé les pieds au pape et s'être entretenu l'espace d'une heure avec sa sainteté, if dîna au Vatican et partit le même jour pour retourner à son camp de Veletri.

L'an 1754, don Carlos établit dans les Deux-Siciles un nouveau code de lois, qui est appelé code Carolin.

La ville de Caserte , à cinq lieues nord-est de Naples , doit son origine aux Lombards. « Son nom , dit M. de la Lande , *» vient d'un ancien château qu'on appelait en italien Casa erta, » maison élevée. C'était un fief de l'ancienne maison des ducs » de ce nom ». Don Carlos l'ayant acquis, y fit bâtir, sur les plans et sous la direction de Vanvitelfi , un nouveau château dont la première pierre fut posée le 20 juin ijSz. Rien , en Italie, n'égale cet édifice pour la grandeur et la magnificence.

Après la mort de Ferdinand VI , roi d'Espagne, arrivée le 10 août 17^9 , don Carlos , son frère consanguin , fut appelé , par droit de succession , à cette monarchie. Mais comme , par les derniers traités, les couronnes d'Espagne et des Deux Siciles ne pouvaient être réunies sur une même tête , ce prince , après avoir fait constater de la manière la plus authentique l'état d'imbécillité et d'incapacité de l'infant don Philippe , son fils aîné, déclara, le 5 octobre, pour son successeur au royaume des Deux-Siciles^ don Ferdinand, son troisième fils, et le lendemain s'embarqua pour l'Espagne, emmenant avec lui l'infant Charles-Antoine , son deuxième fils , destiné pour lui succéder au trône d'Espagne (1).

Le royaume de Naples prit une nouvelle face sous le rogne de don Carlos. Ce prince réforma , par des règlements sages, les abus qui s'y étaient glissés , décora la capitale , protégea les lettres , encouragea les arts par l'exercice qu'il leur donna et les récompenses dont il les honora. Enfin Naples, sous son règne,

(1) Le roi don Carlos e»t mort la nuit du i3 au 14 dëcenibrç 1788. XVlllj . 40

3 r 4 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

fut plus heureuse et plus tranquille , dit M. de La Lande, qu'elle ne l'avait jamais été. Le prince don Philippe, son fils aîné, mourut le i j septembre 1777.

FERDINAND I (anciennement IV).

1759. Ferdinand, né à Naples le 12 janvier 17S1 9 a succède , le 5 octobre 1769, à don Carlos, son père, dans le royaume des Deux-Siciles, avec le consentement de tous les états. Guidé par la cour de Madrid, il fait enlever, le 20 novembre 1767 , à minuit, les Jésuites des six maisons de Naples et les fait transporter à Pouzzol, où ils sont embarqués la nuit du 24 au 25 du même mois , pour être conduits hors du royaume. Même traitement pour tous ceux de la même société dans toute l'étendue des Deux-Siciles. Ce tte expédition avait été précédée d'une ordonnance , datée du 3 novembre , par laquelle ce monarque abolissait l'institut des Jésuites dans ses états. Ce prince n'était pas encore marié. L'an 1768 , il choisit la main de l'archiduchesse Charlotte-Louise , sœur de l'empereur Joseph II, née le i3 août 17 52, qu'il épousa par procureur le 17 avril et en personne le 22 mai suivant. Le 4 juin de la même année , sur les représentations de la chambre royale de Sainte- Claire , il donna un édit portant suppression du bref rendu par notre saint père le pape Clément XIII contre la pragmatiquesanction de l'infant duc de Parme, et de la bulle in Catna Du mi ni.

Autre édit publié à Naples, le 23 septembre 1774» portant que les juges auront désormais à expliquer les raisons sur les-

3uelles ils appuient une décision quelconque ; que toutes les écisions seront fondées sur les lois expresses et communes du royaume ; que dans tous les cas où la loi ne serait pas positive , on aura recours à l'interprétation ou extension de la loi ; et cependant que les deux prémices , ou propositions , seront fondées sur des lois expresses ou littérales ; que si le cas est tout-à-fait nouveau ou douteux et de nature à ne pouvoir être jugé de la manière ci-dessus , la décision en sera soumise à l'oracle du roi \ que les décisions faites ensuite de ces règles seront imprimées à l'imprimerie royale, et qu'on ne pourra les notifier qu'après avoir été reconnues par le juge et référendaire de la cause. Le tribunal du conseil fit au roi, sur cet édit , des représentations contenant neuf doutes , qui tous furent éclaircis par un autre édit du 26 novembre , confirmalif de la loi qui taisait l'objet du premier. Ferdinand est dans l'usage de donner, deux fois par semaine , audience à ses sujets.

L'an 1768, la présentation de la haquenée au saint siège f qui se fait annuellement au nom du roi de Naples, le 28 juillet ,

DES ROIS DE NAPLES ET DE SICILE. 3l5

la veille de saint Pierre , n'eut point lieu , au grand étonnement de la cour de Rome et des Romains. La suppression de cet hommage donna Lieu à un discours prononcé par le saint père , dans la basilique de Saint-Pierre , après les premières vêpres de la féte du saint apôtre, en présence du sacré collège, de la prélaturc , de Tofficialité et d'un concours nombreux de peuple. Le lendemain , le fiscal général lut au public , le pape présent, entouré de cardinaux et de toute sa cour , une protestation formelle, dont le saint père avait déclaré qu'il con-» iirmait et approuvait tous les points.

Le roi de Naples , en supprimant cette année la présentation de la haquenée au saint siège , avait envoyé la somme de sept mille cent cinquante-cinq écus d'or qu'il était dans l'usage de faire passer, dans la même époque, à la chambre apostolique. Celle-ci l'ayant refusé, le roi de Naples 6t protester contre ce refus et contre son motif, en déclarant que la somme oui est envoyée tous les ans , en son nom, est une offrande dictée par sa piété et sa dévotion aux apôtres saint Pierre et saint Paul, et non pas un tribut. Cette protestation donnâ lieu à une congrégation spéciale de cardinaux et de prélats, laquelle arrêta , dit-on , qu'il serait fait une contre-protestation de la part du saint père : mais il paraît , dit la Gazette de France , qu'elle a été suspendue.

Le roi Ferdinand fut dépouillé du royaume de Naples en 1798; il y rentra en 1802, en fut de nouveau privé en 1806, et en reprit possession au mois de juin i8i5 ; l'archiduchesse Charlotte-Louise, épouse de Ferdinand I, étant morte le 8 septembre 1814 9 ce prince s'est allié, en secondes noces, le 27 novembre suivant, à la duchesse de Florida. Du premier lit sont issus :

i°. François-Janvier, né le 19 août 1777, prince royal le 17 décembre 1778, époque de la mort de son frère aîné , duc de Calahrc le 4 janvier 181 7, gouverneur de la Sicile. 11 a épousé, i°. le 2.5 juin 1797, Marie- Clémentine, archiduchesse d'Autriche, fille de|Pempereur Léopold II, morte le iS novembre 1801 ; 2 0 . le 6 octobre 1802, l'infante Marie-Isabelle, fille de Charles IV, roi d'Espagne, née le 6 juillet 1789. Les enfants de ce prince sont :

Du premier lit :

a. Ferdinand- François d'Assise , né le 26 août 1800,

décédé ;

k. Caroline-Ferdinande-Louise , née le 5 novembre i 1798, mariée, le 17 juin 181 b, à Charles-Ferdi-

3l6 CHRONOLOGIE HISTORIQUE

nand il 7 Artois , duc de Berri , né à Versailles le 24 janvier 1778;

D u second lit :

c. Ferdinand- Charles , duc de Noto, né le 12 janvier 1810;

d. Charles-Ferdinand , prince de Capoue , né le 10 octobre 181 x;

e. Léopold-Benjamin, comte de Syracuse, né le 22 mai i8i3 ;

/. Antoine-Pascal , comte de Lecce , né le 23 septembre 1816;

g. Louise-Charlotte, née le 24 octobre i8o4» mariée , le 12 octobre 1818, à François-de- Paul-Antoine- Marie , infant d'Espagne ;

h. Marie-Christine, née le 27 avril 1806;

i. Marie-Antoinette , née le 19 décembre 1814; j. Mairie- Amélie, née le 2S février 1818; .

a°. François-Joseph , né le 12 avril 1780, mort jeune ;

3°. Léopold-Joseph-Michel , prince de Sa 1er ne , né le i er . juillet 1790 , marié , le 28 juillet 1816, avec Marie- Clémentine-Françoise-Josephe , archiduchesse d 1 Autriche , née le' i cr . mars 1798 ;

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