CHARLES IL
i665. Charles, fils de Philippe IV, devint son successeur à l'âge de quatre ans, sous la régence de Marie- Anne d'Autriche , sa mère, dans le royaume de Sicile comme dans ses autres états. Depuis les grandes contestations des maisons de France et d'Aragon , les Siciliens , et surtout les Messin ois , ne furent jamais si malheureux que sous ce règne. J /inquiétude de Messine et la dureté des vice - rois en furent lescauses. La cour de Madrid , pour récompenser la fidélité que la ville de Messine avait montrée dans les troubles de Naples
et de Palerme, avait ordonné, le 3i mai 166S, que loutes les soies de Sicile n'en sortiraient que par le port de Messine. Cette ordonnance n'était que la confirmation d'un privilège accordé à cette ville. Tan i5p,i , par le roi Phifippe II. Le vice-roi , d'après l'avis de son conseil , ne jugeant pas à propos,
1>ar la crainte des troubles qu'elle pourrait occasioner , de a publier , les Messin ois se soulevèrent , et l'intimidèrent au point qu'ils l'obligèrent d'envoyer ordre au tribunal du patrimoine royal de l'enregistrer et de la faire exécuter. Palerme et les autres villes se plaignirent hautement du tort que cette faveur exclusive leur causait, et en obtinrent de la régente la suspension. Messine était partagée alors en deux factions, les Merlis et les Malvezzis. L'intérêt commun les réunit pour la défense de leur privilège. La conduite des vice-rois qu'on leur envoya ne calma pas leur mécontentement. Enfin , Tan 1674 , les Messinois en vinrent à une révolte ouverte. Pour la soutenir, ils implorèrent le secours de la France, qui leur envoya une escadre sous les ordres du marquis de Valavoire et du commandeur de Valbelle. L'Espagne en lit partir une autre de son côté, qui. bloqua le port de Messine, et empêcha les vivres d'y entrer. Les horreurs de la famine commençaient k s'y faire sentir, lorsqu'elle vit arriver de Toulon le duc de "Vivonne avec une nouvelle escadre , qui dégagea le port et fit entrer des vivres dans la place. Les magistrats, pour témoigner leur reconnaissance au roi de France, lui prêtèrent serment de fidélité, le ^8 avril 1675, en présence du duc et du marquis de Valavoire, du commandeur de Valbelle et de tous les officiers français. Les princes d'Italie craignirent alors que Louis XIV n'envahît leurs états en vertu des anciennes prétentions de la France sur l'Italie. Ce monarque, pour les rassurer, publie, le 11 octobre 1675, un manifeste où il déclare que sa majesté « n'a reçu les Messinois, quand ils se sont » donnés à elle , que pour les rendre en quelque sorte à eux- » mêmes, aussi bien que les autres villes de Sicile qui vou- » dront suivre leur exemple; que son dessein n'a pas été » de les faire vivre sous ses lois, qui leur sembleraient tou- » jours étrangères , en les unissant a sa couronne ; mais , qu'à » l'exemple de ses prédécesseurs , qui ont donné deux fois des » rois à Naples et à la Sicile dans deux branches de la maison » royale de France , son intention est encore de donner à cette » île un souverain qui tire son origine du même sang ; qu'elle » lui remettra tous les droits qui sont acquis à la France sur » ce royaume , et tous ceux que le consentement des peuples » a déjà déférés et pourrait déférer à l'avenir à sa majesté ; que » le prince prendra les mœurs, les coutumes et les lois de son
Aq4 CREOKOLOGIB HISTORIQUE
» état, et qu'il rétablira chez les Siciliens un Irânc que fcors » ancêtres ont vu avec douleur transporté en Aragon et en » Castille ; que de tous les intérêts que le roi a pu prendre » jusqu'à présent à la Sicile , sa majesté se réservait scule- » méat celui de raffermir de plus en plus la puissance de cp » royaume, le .bonheur et la félicité des peuple», par la » liaison et la protection toujours assurées de la France. » {liuiigni, Hisi. cfe Sicile, t. Il, pp. 4*3-4» 4) Ce manifeste fut très-agréable aux Messinois. Mais la ville de Palerme, loin -de les imiter, fil paraître, le 18 mars 1G7.fi, une sanglante invective contre les excès que les Français avaient autrefois commis en Sicile, et Unissait en déclarant que les Palerrui- Jains mourraient , plutôt que de manquer à la fidélité qu'ils devaient à Charles II.
Le roi d'Espagne, ne se trouvant pas en état de .réduire , avec ses seules forces, les Messinois, et craignant qu'ils n'entraînassent le reste de l'île dans leur révolte , eut recours aux Hollandais, qui envoyèrent, dans la mer de Sicile, une floUe commaudée par l'amiral Jluiter. Arrivé à Melazzo au mois de décembre 1675, Ruiter alla croiser entre le cap de Molina et celui d'Armi , pour empêcher qu'il n'entrât ni vivres ni provisions dans Jdessine. lie là étant allé chercher les Français , jl aperçoit, le 7 janvier 1,676, leur Botte, commandée par du Quesne. Te lendemain, les deux armées en vinrent à une bataille, qui fut si terrible, que R,uiter avoua qu'il ne s'était jamais trouvé à aucune action où les ennemis fussent arrives en meilleur ordre et où l'action eût été plus vive. De part et d'autre on s'attribua -la victoire ; ce qui montre qu'elle fut incertaine. Ce qui 11e l'est pas, c'est que la flotte des alliés , après le combat, tenant toujours fermée l'entrée du port, ce fut 4ine nécessité pour celle de la France de faire le tour de l'île
Eour faire entrer à Messine des vivres dont elle avait grand esoin ; ce qui ne s'effectua que le 21 janvier. Huiler, s étant retiré à Melazzo , y attendait , en faisant radouber ses vaisseaux, que le te dû s de six mois qu'il avait promis de servir les Espagnols fût écoulé pour retourner en Hollande. Mais s'étant mis en route, une escadre hollandaise qu'il rencontra, lui remit des lettres du prince d'Orange , où il lui était ordonné , de la part des états, de rester encore six mois en Sicile. Le duc de Vivonne, nouvellement créé maréchal, fut averti que le marquis de Villefranclie faisait le siège d'Agoustc, secondé par Kuiter, qui s était chargé d'empêcher la flotte française d en approcher. Alors il donne ordre à du Quesne d'aller attaquer la flotte ennemie. L'ayant atteinte à trois lieues d'Agouste , .du Quesne engagea, le aa avril , avec elle un combat où Uuiter
DES ROTS DE NATI FS ET DE SÏCILE. Ar^
reçut un coup de canon nui lui emporta la moitié du pieJ gauche, lui brisa la jambe droite, et l'ayant fait tomber de la hauteur de plus d'une toise, lui fit à la téte une autre blessure plus dangereuse qu'elle ne parut d'abord. La suite de celte bataille fut la levée du siège d Agouste : Ruiter n'y survécut que sept ou huit jours, étant mort à Syracuse, le 79 ou le 3o avril. Le 2 juin suivant , les alliés en viennent à une nouvelle bataille avec la (lotte française, entre le môle de Palerme et le fort de Castellamare. l a perte des premiers fut très-grande ; douze de leurs vaisseaux y périrent avec six galères de trois à quatre mille hommes, parmi lesquels se trouvèrent l'ami rat don Diego d'ibarra et de Gaen , vice-amiral hollandais, qui avait remplacé Ruiter. Les Français, après celte victoire, prirent Merrilli, Taorminc , le fort de Scalette et quelques autres places aux environs de Messine.
Le maréchal de Vivonne revint en France l'an 1677 1 Pt eut pour successeur, dans la vice-royauté de Sicile, le maréchal de la Feuillade , nommé par Louis XlV. Le cardinal Porto Carrero, archevêque de Tolède, fut revêtu du me*me emploi par le roi d'Espagne. Les Hollandais s'étaient retirés chez eux , après avoir perdu une grande partie de leur armée , soit en diverses actions, soit par la dysenterie. Les Français, que leur retraite mettait à l'aise, n'en devinrent que plus insolents. Les jeunes d'entre eux, qui étaient venus avec le duc de Vivonne, s'émancipaient à corrompre les femmes et les filles des meilleures maisons, et faisaient gloire , publiquement, de leurs triomphes. La jalousie des Siciliens, irritée par cette licence effrénée, changea entièrement leurs dispositions envers les Français. Autant ils les avaient désirés, autant ils souhaitaient d'en être délivrés. Ils formèrent contre eux des conspirations. Le duc de Vivonne avait aussi personnellement indisposé les Siciliens , en exigeant d'eux qu'ils se chargeassent de l'entretien des vaisseaux, dans le tems qu'ils avaient peine à suffire a leurs propres besoins. Les Espagnols fomentaient sourdement cette mésintelligence. Le roi de France, s'apercevant qu'à la paix il serait obligé d'évacuer la Sicile, crut devoir prévenir ce terme. H y était d'autant plus porté, qu'obligé d'entretenir une nombreuse garnison en Sicile, il voyait que la dépense excédait le profit, et qu'enfin ses troupes lui étaient net essaires ailleurs. D'après des ordres secrets, le maréchal de la Feuillade prit ses mesures pour ramener de Sicile les Fiançais, sans éclat. Feignant donc le dessein de faire quelque entreprise sur les Espagnols , il se mit en situation de reprendre Taormine , dont ils s'étaient emparés, et échoua , comme il l'avait prévu , dans sa tentative. Le avril 1678, ayant rassemblé tous les Français
répandus en Sicile, comme pour une nouvelle entreprise, il se remit en mer , et dès qu'il fut hors de la portée du canon , il envoya dire aux sénateurs de Messine qu'ayant oublié de leur communiquer une affaire importante , il les priait de venir le trouver pour en être instruits. S'étant rendus à son bord, ils apprirent de lui qu'il avait ordre de retourner en France. Cette nouvelle les consterna, par la crainte qu'ils avaient du ressentiment de l'Espagne. Sur leurs remontrances , les Siciliens qui avaient le plus signalé leur zèle pour la France, obtinrent la permission de venir s'embarquer avec lui : on fait état de près de dix mille qui prirent ce parti; il s'en présenta bien d'autres, mais les- vaisseaux des Français n'en pouvaient tenir davantage.
Ce que la ville de Messine avait lieu d'apréhender arriva. La cour de Madrid la voyant réduite à rentrer sous son obéissance, lui fit sentir l'indignation que sa révolte lui avait causée. Le comte de Saint-lstevan étant ai rivé à Messine, le 5 janvier 1679, déclara les inténlions du roi sur la punition que ses habitants méritaient. Le sénat fut supprimé , et remplacé par un autre tribunal d'un ordre inférieur. 11 fut enjoint de porter au palais toutes les armes à feu , sous peine d'une grosse amende pour les nobles, et de la vie pour les roturiers. L'hôtel-de-ville fut démoli , et la cloche qui avait servi à sonner le tocsin , mise en pièces. On abattit les maisons des sénateurs qui avaient passé en France, et leurs biens furent confisqués. Dans les informations qu'on fit contre les citoyens les plus coupables, il y en eut d'exilés, d'autres condamnés aux galères , et quelquesuns pendus.
Le comte de Saint-lstevan ayant été rappelé, l'an 1687, eut pour successeur dans la vice - royauté , le duc d'Aranua. Pendant son administration, la Sicile fut agitée par un grand tremblement de terre, qui commença, le <j janvier iGc)3, par une légère secousse, et recommença Jeux jours après, avec une telle commotion, qu'il renversa en grande partie les édifices de près de soixante villes et bourgs , avec perte d'env iron soixante mille âmes.
Le roi Charles 11 n'ayant point d'enfants, transmit par son testament fait le 2 octobre 1700, tous ses états à Philippe, duc d'Anjou, second fils du dauphin de France, et mourut le premier novembre de la même année. Le duc de Véraguaz, vice-roi de Sicile, fit proclamer roi Philippe V dans son gouvernement. Gualtieri , nonce du pape en France , fil des protestations au nom de sa sainteté, contre ce teslament en ce qui concernait les royaumes de Naples et de Sicile, prétendant qu'ils étaient dévolus au saint siège par la mort de Charles 11, comme étant décédé sans enfants , attendu qu'aucun successeur
De pouvait en prendre possession, sans en avoir obtenu une nouvelle investiture. L'empereur, qui de son côté revendiquait toute la succession du roi d'Espagne, fit de semblables protestations, pour s'opposer à l investiture demandée par Philippe» Tandis qu'une congrégation est assemblée pour donner là-dessus son avis, le duc d'Uzéda , ambassadeur d'Espagne à Rome , reçoit , le 20 juin 170 1 , un exprès de Madrid. D'après les dépêches que ce courrier lui remet , il fait avertir le connétable Colonne, qu'il ait à se préparer pour présenter, le 28 juin,' la haqucuée au pape, et lui payer le tribut annuel. Le pape,, dans une audience qu'il donne à ce sujet , déclare nue l'investiture devant précéder le tribut, il juge à propos Je remettra cette cérémonie à un autre tems. L'agent d'Espagne, cependant,» prend ses mesures pour exécuter au jour accoutumé ce qui lui était commandé. Le pape entendant les vêpres , il pénètre secrètement dans la chambre féodale, et fait entrer,, en même tems dans une vaste our, où il n'y avait point de gardes, la haquenée attachée derrière une charette et couverte d'une housse aux armes du pape. A la fin de l'office, il la présente au saint père , avec la cédule oroinaire , au. nom du roi Philippe. La hétc était si maigre , qu'à peine pouvait-elle se soutenir. On l'avait ainsi choisie pour qu'on ne pût pas soupçonner que c'était celle qu'on voulait présenter. Elle est chassée dans la rue après que l'agent s'est retiré, laissant sur la table la cé-» dule. L'ambassadeur de 1 empereur ne manqua pas de faire ses protestations contre l'action du ministre d'Espagne.
L'an 170^, le royaume de Naples est enlevé à 1 hilippe par Tempereur. Les autres parties de la raonarhie espagnole coururent risque de lui échapper, jusqu'en 17 i3. Par le quatrième article de la paix d'Utrecht, Philippe V céda en toute propriété et souveraineté à Victor-AmédÉe , duc de Savoie, le royaume de Sicile avec ses dépendances , pour lui et ses descendants mâles. Le nouveau roi s'élant rendu à Palerme, avec la reine son épouse, y fit son entrée publique, le 21 décembre 1713; et l'un et l'autre furent couronnés le 24 du même mois.
Victor- Amédée avait fait espérer qu'il ferait sa principale résidence en Sicile. Cependant il en partit le 5 septembre. 17 14 ? pour retourner dans ses anciens étals et y fixer sa demeure laissant pour vice-roi de Sicile, le comte Maffei. Le don gratuit établi pour le joyeux avènement du roi, fut refusé, l'an 1716, au mois d'août, par le comte Modica, sous prétexte qu'il n'en avait jamais payé aux rois d'Espagne. Les Messinois prirent les armes pour sa défense au nombre de plus de douze mille. Cinq à six mille hommes envoyés contre eux par le vice-roi , les firent rentrer dans le devoir.
XVUK 38
aO/S CHRONOLOGIE HISTORIQUE
Victor-Amédée , en montant sur le trône de Sicile , se vit obligé de soutenir un procès avec la cour de Rome, entamé sons le règne précédent. Ce fut au sujet de la monarchie de Sicile . qui consiste dans un privilège de légation héréditaire, accordé, Tan 10^8, par le pape Urbain M , à Roger 1, comte de Sicile. Les souverains de cette île en avaient joui sans opposition jusqu'au règne de Philippe II, roi d'Espagne, et au pontificat de Pie V. Ce pape, comme on Ta dit ci-devant, avait déployé toute l'énergie de son zèle pour abolir ce tribunal , et n'y avait pas réussi. Clément XI , rempli des mêmes préjugés que Pie V, saisit l'occasion suivante pour les faire valoir. En 1 7 1 1 , Téveque de Lipari ayant donné des pois chiches à vendre à un grenetier, les magistrats préposés pour la taxe des denrées, exigèrent celle qui avait été mise sur ces pois, sans savoir qu'ils appartenaient à l'évêque ; reconnaissant ensuite leur méprise, le* préposés lui firent des excuses, qui ne purent les garantir d'une excommunication , qu'il leur fit intimer. Alors s'étant pourvus au tribunal de la monarchie, ils obtinrent l'absolution ad cauielam. L'évêque étant aussitôt parti pour Rome , mit facilement dans ses intérêts la congrégation de l'Immunité , dont il émana, le 16 janvier 17 12 , une lettre circulaire adressée à tous les évèques de Sicile , pour laquelle il était dit, qu'au pape seul était réservée l'autorité de donner l'absolution ad cauielam. Trois évêques siciliens s'étant avisés de publier cette lettre, sans demander le parealis , le vice-roi, d'après une consultation des principaux ministres, approuvée par le roi Philippe V, manda, par un billet, à ces évèques, qu'ils eusssnt à révoquer la nublication de la lettre , et à lenvoyer au juge royal. Sur leur refus d'obtempérer, il la déclara , par un ordre du 22 mars 17 i3, nulle et de nul effet, comme blessant les droits publics. L'évêque de Caîane alors signala son fanalisme, en renouvelant contre le baron deFicherazzi une sentence d'excommunication, dont il avait été absous ad cauielam , par le tribunal de la monarchie, ce qui attira au prélat un ordre de sortir du royaume. Il fallut bien qu'il obéît ; mais en parlant , il publia une" sentence d'interdit contre son diocèse. Deux autres prélats, l'archevêque de Messine et l evéW d'Agrigente ayant imité l'exemple de l'évêque de Catane, subirent la même peine. Clément XI prit alors leur défense par une bulle qui fut affichée à Rome le 1? juin.
L'affaire était en cet état lorsque la Sicile changea de maître, en passant sous la domination de Victor-Amédée. Clément XI* s'imaginant qu'il viendrait facilement à bout de ce prince' garda peu déménagement avec lui; mais Victor-Amedee , sans manquer aux égards qu'ils devait au chef de l'église, se montra
ferme à maintenir les droits que les rois ses prédécesseurs lui avaient transmis. Le cardinal de la Trémoille, résidant à Rome ^ qu'il employa pour médiateur entre le pape et lui, échoua dans ses démarches , qui furent nombreuses , parce que le pontife était déterminé à vouloir anéantir le tribunal qui faisait le sujet de la négociation. On multiplia de sa part les procédures et les menaces pour en venir à ce but ; mais le roi de Sicile repoussa ces attaques par différents mémoires, et enfin par un grand ouvrage, où la matière est traitée h fond, sous le titre de Défense de la monarchie de Sicile. C'est le fruit de la plume du fameux docteur du Pin. Clément XI ne vit pas la fin de cette affaire ; elle fut interrompue par le changement de souverain , qu'éprouva la Sicile.
Par le traité de la triple alliance , fait en 1718, les puissances contractantes étaient convenues que la Sicile était adjugée à l'empereur , et qu'en échange , le duc de Savoie aurait la Sardaigne sous titre de royaume. Mais le cardinal Alberoni * ministre d'Espagne, avait d'autres vues. Celte même année, on le vit préparer un grand armement de troupes, u\e munitions et de vaisseaux, dont personne ne pouvait deviner l'objet. Les uns pensaient qu'il menaçait les ports de Toscane, possédés par l'empereur , les autres qu'il était destiné contre Naples t d'autres qu'on en voulait au duché de Milan. C'était sur cet état que tombaient principalement les soupçons, parce que Victor-Amédée ayant fait venir de Sicile un grand convoi d'armes et de troupes, campait alors sur les confins du Milanez, et qu'entre lui et la cour d Espagne, il y avait une grande correspondance. Mais nul ne fut plus troinypé que ce même roi de Sicile, lorsque, sans s'y attendre, fl apprit que l'armée navale d'Espagne ayant levé l'ancre en Sardaigne, était passée en Sicile pour envahir cette île. Chacun fut alors dans le plus grand élonnement , dit Muratori , de voir la paix solennellement jurée depuis 9i peu de tems entre l'Espagne et Yictor- Amédée, parla cession faite à celui ci de la Sicile, tout-àcoup violée sans qu'il eût manqué en aucune manière à ses engagements, et ce prince dépouillé de son royaume par la puissance qui lui prodiguait les pins grandes démonstrations *. d'amitié. C'était principalement au ministre espagnol que l'on alribuait toute cette manœuvre. Alberoni ne manqua pas de p.ublier , au nom de sa cour, un manifeste pour justifier sa conduite. Ce n'est pas à moi , dit l'auteur cité y d'en porter mou jugement. La flotte d'Espagne parut, le 3o juillet, devant Paterme. Les magistrats voyant la ville sans défense, ne crurent pouvoir mieux faire, que d'en porter les clefs au général espagnol; et alors tout Païenne retentit des Tris de vive Philippe V\
Qoù mr.o^oLOGiE historique
La flotte étant retournée en Sardaigne , en amena le reste des troupes, avec le marquis de Léede ou de Leyde , flamand de naissance, destiné pour commander l'armée de terre. Les succès de ce général furent rapides en Sicile; et bientôt toute celle île fut retombée sous la domination espagnole , si des puissances étrangères ne se fussent montrées sur la scène pour rompre les mesures du ministre d'Espagne.
L'empereur Cbarles VI ne s'endormait pas lui-même , et moins encore ses ministres de Naples et de Milan, qui , dès que les mauvaises intentions de la cour d'Espagne commencèrent à se manifester , n'avaient cessé de rassembler des troupes et de faire tous les préparatifs nécessaires pour bien recevoir l'ennemi dès qu'il se présenterait. Les puissances maritimes rie tardèrent pas aussi à se meltre en mouvement , comme garantes de la cession de la Sicile , et obligées à maintenir l'empereur dans les états qui lui étaient acquis. Stanhope , ambassadeur d'Angleterre à Madrid, fit ses plaintes et ses protestations au nom de son maître, en représentant l'obligation et la résolution où était l'Angleterre de défendre ses confédérés. Tout cela n'ébranla pas Alberoni, qui fit connaître, par sa réponse , que de semblables bravades ne l'empêcheraient pas de suivre son projet. Les menaces des autres puissances intéressées, ne firent pas plus d'impression sur son esprit; elles ne servirent tout au plus qu'à lui faire hâter son expédition contre la Sicile , dans l'espérance d'en apprendre la conquête avant l'arrivée de la flotte anglaise. L'empereur sentit alors combien la possession de la Sicile était nécessaire pour la conservation du royaume de Naples. Ses alliés, d'après ses instances, firent à Londres, le 2 août, un plan de pacification pour être proposé au roi catholique. Ce prince l'ayant rejeté , tous réunirent leurs forces pour le contraindre d'y souscrire. A cette confédération accéda, au nom de Louis XV, roi de France, le régent de ce royaume, Philippe, duc d'Orléans, irrité contre le roi d'Espagne, qui voulait revenir contre la lenoneiation qu'il avait faite à ses droits sur la couronne de France , et disputait même au duc la régence de ce royaume. Les articles de la concorde proposée par les médiateurs, portaient que la Sicile serait abandonnée à l'empereur, et qu'en échange, il céderait à Victor-Amédée la Sardaigne sous le titre de royaume. Rien n'était plus désavantageux pour ce dernier, qu'un pareil échange. Mais le malheur des conjonctures le força d'y souscrire. Le ministre d'Espagne, toutefois, n'en demeura pas moins obstiné à suivre son projet d'envahir la Sicile. Les alliés s'y étaient al tendus. Des le commencement d'août , on vit paraître dans la mer de Naples, sous la conduite du
DES ROIS DE NAPLES ET DE SICILE. 3oi
Tamiral Bing,^ l'escadre anglaise qui servait d'escorte à des vaisseaux de transport, chargés de milices allemandes, et fit voile vers Messine. L'amiral espagnol Castagnedo chercha aussi de son côté à s'ouvrir l'entrée du port de Messine ; mais le grand feu de l'artillerie du fort de San-Salvatore et de la citadelle, l'obligea de se retirer avec une perte considérable. La flolte anglaise ayafkt ensuite débarqué sur le môle de Messine les troupes dont elle était chargée, on vit bientôt les forts qui défondaient la place, arborer l'étendard impérial. Dans le même teins, dix mille impériaux partis de Naples étaient en marche vers Reggio de Calabre , pour passer de là en Sicile. L'amiral Bing, qui suivait à la trace l'amiral espagnol, pour lui notifier les ordres dont sa cour l'avait chargé, trouva sa flotte, en rapprochant , rangée en bataille , et ne tarda pas à l'attaquer. Le combat se donna le i5 août, et fut court par la prompte défaite des Espagnols qui , après avoir perdu plusieurs vaisseaux, dont les uns furent brûlés, les autres enlevés, prirent le large et se retirèrent , abandonnés de leur amiral , qui alla se faire panser de ses blessures à Catane.
Ce revers n'influa point sur les opérations de terre du marquis de Léede , général de l'armée espagnole. (Quoique la garnison de la citadelle de Messine fût considérablement augmentée, la valeur des assiégeants en triompha le 29 septembre, ainsi que du fort de San-Salvatore; ce qui entraîna la réduction de la ville : après quoi les Espagnols allèrent faire le siège de Melazzo. Cette expédition, commencée avec succès, le i5 octobre, ne finit que le 20" juin de l'année suivante, mais au désavantage du marquis , que les Impériaux obligèrent de plier ses lentes pour se retirer à Francheville. On doit, néanmoins, à ce général , la justice de dire que la prudence et la valeur étaient claies en lui , qu'il ménageait le sang du soldat, savait parfaitement bien choisir ses postes, et n'était pas moins habile à l'attaque qu'à la défense. Mais il ne fut pas secondé autant , qu'il devait l'être par le roi , son maître ; et si les forces ne lui fussent pas manqué, très-difficilement les Impériaux se seraient emparés de la Sicile. Le comte de Merci , qui commandait en » cette île pour l'empereur, était d'un caractère bien différent: v^son usage était d'envoyer, au gré de son caprice, des troupes à la boucherie et de chercher à tout emporter à force de répandre du sang. Ce fougueux général, ayant attaqué, le 20 juin 1719, avec son impétuosité ordinaire, l'armée ennemie retranchée près du fleuve de Kosalino , fut repoussé avec tant de vigueur, qu'après avoir sacrifié plus de quatre mille hommes, il. fut contraint de reculer avec une blessure qu'il avait reçue dans l'action, Les affaires Ju roi d'Espagne allaient cependant toujours,
en déclinant dans la Sicile , surlout depuis que les Impériaux avaient reçu de nouveaux renforts de i\eg<iio et de Naples, par mer. Avec cette supériorité de forces , il leur fut aisé de s'avancer vers Messine, après avoir gagné une marche sur les Espagnols qui s'acheminaient du même côté. Dès qu'ils eurent pris le château de Gonzague et que les Espagnols eurent abandonné le fort du phare, la ville elle-mèr^e tomba le 9 août en leur pouvoir. La citadelle où la garnison s'était retirée, fut vaillamment défendue par don LucSpinola, jusqu'au ic» octobre. Ne pouvant tenir plus long-tems, il arbora le drapeau Liane ce jour là, et le lendemain, il fut convenu que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre. Aussitôt Pignatelli , comte de Montéléon , étant entré dans Messine, prit, par ordre de l'empereur, possession de la charge de vice-roi.
Ce fut le 9 décembre de cette mé*me année , et non le 9 janvier 1720,, comme on Ta dit, qu'arriva la chute inopinée du cardinal Alberoni. Cette disgrâce , sollicitée par 1rs alliés, rétablit la paix entre eux et la cour d'Espagne. Le 16 janvier 1720, Philippe V donna son accession à la quadruple alliance. Les puissances médiatrices réglèrent de plus, en faveur de ce prince, que , dans le cas où la race masculine viendrait à manquer dans le grand-duché de Toscane et dans les duchés de Parme et de Plaisance , les enfants légitimes qu'il aurait de son mariage avec Elisabeth Farnèse , succéderaient au dernier mort dans ces états , déclarant seulement exclus de cette succession celui de leurs descendants qui parviendrait au trône d'Espagne. H fut néanmoins arrêté , pour la conservation des droits impériaux, que les duchés qu'on vient île nommer seraient reconnus fiefs de l'empire, et que, pour plus grande sûreté, l'on y enverrait une garnison suisse. Cet arrangement ne réunit pas les suffrages de tous les politiques. Plusieurs trouvèrent fort él range que I on disposât avec un tel despotisme des étals d'autrui, du vivant de leurs souverains naturels, jusqu'à leur imposer l'obligation de recevoir une garnison suisse. Le pape Clément XI fut des premiers à se plaindre , allégant les droits de la chambre apostolique sur Parme et Plaisance. Dès le mois de février suivant , il (il partir Alexandre Albant , son neveu, pour aller, en son nom, les défendre à la cour de Vienne. Cômc III , grand-duc\ de Toscane, prétendait , de son côté, que le domaine de Flojence n'était point sujet aux lois féodales de l'empire, et qu'à lui seul appartenait le choix de son successeur. Grand débat, à ce sujet, parmi les Florentins, dont plusieurs pensaient que c'était ici le cas de faire revivre l'ancienne liberté de leur république. Le grand-duc , persistant dans sa prétention , déclara que le prince Jean-Gaston, son fils unique, venant à
DES ROIS DE NAPLES ET DE SICILE. SoS
manquer sans héritier, c'était à sa fille, Marie-Louise , clecirice palatine, à lui succéder. Un de ses minisires fut dépêché dans toutes les cours pour y faire ses réclamations et les appuyer de fortes raisons. Mais partout il trouva des oreilles sourdes; et ce fut pour lui une nécessité de recevoir la loi des autres souverains, lesquels, en disposant de ses états malgré lui, croyaient employer le seul moyen d'assurer la paix de l'Italie.
lin vertu de la paix dont nous parlons , le comte de Merci, général de l'empire, lit savoir au marquis de Léedc , général espagnol , qu'il eût à évacuer la Sicile. Mais celui-ci s'enveloppant de quelques obscurités du traité pour éluder la sommation , Merci , le 28 avril, avec des troupes, s'approcha du camp espagnol dans le voisinage de Palerme. Il n'y eut de pris , d'abord, que quelques petits forts qui couvraient les retranchements de l'ennemi ; mais le 2 mai suivant , Merci , du grand matin , fit marcher en belle ordonnance toute son armée pour donner l'éveil aux Espagnols. Alors du camp de ceux-ci et des murs de la ville on commença à crier la paix, la paix. Merci s'arrêta, et quatre jours après, par l'intervention de l'amiral Bing , on conclut une suspension d'armes, et ion réçla que les troupes espagnoles, tant celles qui étaient en Sicile que celles qui étaient en Sardaigne , seraient transportées sur les côtes de Catalogne. Ensuite, au jour convenu , les troupes impériales prirent possession de la ville de Palerme, au milieu des acclamations. L'embarquement des Espagnols se lit le 22 juin, et avec eux partirent cinq cents siciliens, que \\ crainte des mauvais traitements des Impériaux, porta à sYxpatrier, abandonnant leurs biens qui furent confisqués. Ce ni fut cependant qu'au 9 juin (et non le 2H) 1722 , que Charles V[ obtint l'investiture de Naples et de Sicile. La querelle pour la monarchie sicilienne durait toujours. RcnoîL XI ! I la termina enfin, le '60 aoOt 1728, par une bulle qui, dérogeant à celle de Clément XI , rétablit l'empereur dans le droit de légation. Cette bulle est en forme de règlement, tant sur les causes qui doivent être de la compétence du tribunal de la monaivhie que sur la manière d'y procéder. Les diverses clauses qu'on y inséra, souffrirent de grandes oppositions de la part de quelques cardinaux zélés pour les immunités du clergé de Sicile. (De Grâce, Hist. de t 'Univ. , tom. 11, pag. L'26.)
Le roi d'Espagne ayant pris le parti de la France dans la guerre qui s'éleva Tan 1 7 3 S , entre cette puissance et l'empereur pour donner un souverain à la Pologne , l'infant don Carlos, duc de Parme, depuis 1702, fut nommé l'an 17-^4, sur la fin. de février, généralissime dos troupes espagnoles en Italie. Tandis qu'il les conduisait du côté de Rome , une flotte cou-
Digltized )gle
3o4 cnnoNOLOCiE mstorique
sidérable Je la même nalion arrive à Ci v ita-Vecchia , el le fio février, elle s'empare des îles de Procida et d'iscbia. Ce fut alors que l'infant rendit public un manifeste par lequel il déclarait le dessein où il était de recouver le royaume de Naples, avec promesse de diminuer les impots, d'augmenter les privilèges de la nation, et de pardonner à tous ceux qui avaient suivi le parti de l'empereur contre l'Espagne. Les satrapes de la politique, dit Muratori, étaient attentifs à voir si les Espagnols rencontreraient de l'opposition sur les frontières ; mais ils n'en trouvèrent aucune. Ayant passé le Volturne en se détournant de Capouc, ils parvinrent à San-Angelo di Rocca Caneria, sans éprouver aucune difficulté. Ce qui facilita la marche , ce fut la querelle qui s'était élevée entre les deux généraux de l'empire , Caraffe , italien , et Traun , allemand , dont le premier soutenait qu'il était plus avantageux de retirer les garnisons des places fortifiées pour les réunir à l'armée impériale et la mettre par là en état de marcher contre l'ennemi-. Une bataille livrée avec succès lui semblait devoir faire le saint de l'état. Traun , au contraire , prétendait qu'on devait tenir les troupes répandues dans les différentes forteresses, et que par là , le secours de vingt mille hommes qu'on attendait d'Allemagne, faciliterait le recouvrement de Naples. Cet avis prévalut et fut la ruine des Allemands impériaux qui, n'ayant reçu aucun renfort, perdirent tout. Naples n'attendit pas l'arrivée de l'infant pour lui faire des soumissions. Des députés, qu'elle lui envoya, vinrent le trouver le c) avril à Maddalori , lieu situé à quatorze milles d« cette \ille, et lui présentèrent les clefs ; après quoi , ils se couvrirent en sa présence, à la manière des grands d'Espagne , suivant un privilège de cptte métropole, dit Muratori. Le jour suivant, un corps de trois mille espagnols entra paisiblement dans Naples, tandis que l'infant passait à A versa , où il fixa son quartier jusqu'à ce que les fort-resses, qui environnaient la capitale, fussent détruites. Le 2.5 du même mois, le château de Saint-Erme se rendit. Les autres forts suivirent cet exemple après avoir essuyé quelques canonnades; et le 6 mai, le territoire fut entièrement délivic des Allemands par la- réduction du Chàteau-Ncuf.
Les Impériaux ayant évacué le pays de Naples , don Carlos fit, le 10 mai , son entrée solennelle dans cette ville aux acclamations de tout le peuple. Le i5 du même mois, un courrier apporta, de la paît de Philippe V à don Carlos, un diplôme par lequel il était déclaré roi des Deux-Siciles. Les fêtes et les réjouissances redoublèrent alors parmi un peuple qui, depuis deux siècles, n'avait point vu ses souverains. 11 se trouvait alors à Bai i sept mille soldats impériaux qui attendaient ,
DES riOIS DE KAPtES ET DE SICILE. Soi
suivant fc Bruit public , six mille croates pour les renforcer Le duc de Montemar prévint l'arrivée de ceux-ci , en faisant marcher à grandes journées, du côté de Bitonte, la plus grande partie de son armée qui , les ayant atteints, les mit en déroute* presque sans combat. Le plus grand nombre d'entre eux ayant été fait prisonnier, le reste se sauva à Bari. En reconnais* sance (Tun si grand service, le comte de Montemar fut créé duc de Bitonte , avec une pension de cinquante mille ducats. Les Espagnols se rendirent maîtres , ensuite , de Brindes et de* Pescara , dont ils firent les garnisons prisonnières. Mais ce qui* leur tenait le plus au cœur , c'était la ville de Gaëte , place trèsimportante et pourvue d'une bonne garnison de vivres et de munitions pour une longue et vigoureuse défense. I.e jeune roi don Carlos en forma le siège le 3i juillet , et le 7 août , elle tomba au pouvoir de ce prince, parla retraite de la garnison allemande. Sur le refus que les habitants firent d'en venir à un. accord avec le général de l'artillerie , ils eurent le déplaisir de voir transporter à Naples toutes les cloches, à l'exception des
£lus petites de deux ou trois couvents. Belle vengeance, dit furalori , de punir des églises innocentes par un si barbare dépouillement !
Après cela, il restait à conquérir la Sicile. C'est à quoi l'on se disposa sans délai. Le 2.5 du même mois d'août , le duc de Montemar s'étant embarqué , mit à la voile avec un grand convoi, consistant en trente tartanes, cinq galères, cinq vaisseaux de guerre , deux palandres et beaucoup d autres moindres bâtiments Cette flotte aborda , sur la fin du mois , à Palerme. La ville se trouvant sans défense , le sénat se hâta d'aller présenter ses hommages et ceux du peuple à la maison royale d'Espagne. Le duc de Montemar , déjà nommé vice-roi , y fit son entrée? le 2 septembre, au milieu des acclamations. De là, il conduisit son armée à Messine , dont les habitants avaient obtenu permission de se rendre , attendu que le prince de Lobkowitz , Commandant de la place, avait retiré les garnisons des châteaux de Matagrifon , de Castellazzo et de Taormine, pour défendre le seul château de Gonzague. Les Espagnols l'ayant emporté , non sans de grands efforts , firent ensuite le siège de Trapanr et de Syracuse , dont ils vinrent plus facilement à bout.
Les Impériaux ne conservaient plus, dans le royaume de Naples, que la ville de Capoue. Le comte de Traun , qui s'y était renfermé, se distingua dans plusieurs sorties- qu'il fit mais à la fin, les ressources lui manquant , il capitula le 22 octobre, et rendit, six jours après, la place, dont la garnison lut escortée jusqu'à Bari et Afanfrédonia , pour être trans-
3o6 T -CHRONOLOGIE HISTORIQUE
portée de là au nort de Trieste. Cest ainsi que le royaume dé Raples tomba, lan 1734, au pouvoir des Espagnols.
11 y avait encore à réduire , en Sicile, la citadelle de Messine, la ville de Syracuse et la forteresse de Trapani. La première , défendue par le prince de Lobkowitz , soutint , avec la plus grande vigueur , les efforts des assiégeants , jusqu'à ce que , manquant de vivres et de munitions , elle se vit contrainte, par la disette , le 22, février 1735 , d'arborer le drapeau blanc. La résistance de Syracuse fut encore plus grande. Elle ne se rendit que le iG juin suivant. Cinq jours après , la soumission de la forteresse ae Trapani couronna la conquête de cette île.