‹ L'art de Virgile dans l'Énéide (volume 2)Chapitre 3 sur 10 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Etudier l'art d'un écrivain, c'est en premier lieu déterminer les principes esthétiques qu'il s'est proposé de réaliser. Or, en ce qui concerne l'Énéide, ces principes déconcertent absolument les 1dées modernes et semblent exclure toute possibilité de création originale et par suite ayant de l'intérêt. Virgile a pris pour sujet la légende savante, considérée comme de l’histoire, de l’établissement des Troyens dans le Latium. Cette légende élaborée par les Grecs, acceplée par les érudits latins, n'avait d'autre mérite que de flatter l’orgueil national des classes supérieures de la société ; en outre elle était pauvre, incertaine dans ses lignes principales ; il fallait la fixer et la féconder artificiellement. Virgile s’est résolu à en faire la matière d'une épopée ; il considérait avec tous ses contemporains que la forme de l'épopée avait été établie défimtivement par les poèmes homériques ; c’est sur ces poèmes qu'il s’est constamment modelé. Depuis Livius Andronicus, l'ambihon des poètes latins était de présenter à leurs lecteurs les héros de l’invenhon hellénique accommodés à leur goût ; la poésie romaine étari essentiellement une poésie empruntée. Virgile n'avait pas la vigueur d'esprit nécessaire pour ne pas se plier à la concephion dominante. Il a docilement adapté au cadre homérique les événements et les personnages de la légende d'Enée. S'il n’a pas aperçu la médiocrité esthétique, disons mieux : la fausseté radicale des théories auxquelles il s'assujettissait, 1l a pourtant senti qu'il S'étai imposé une lâche ingrate et son labeur lui a pesé. Et pourtant de cette convention antiartistique, un grand et beau poème est sorti ; c’est que les règles édictées par les théoriciens et qui dominent

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