‹ L'art de vivreChapitre 32 sur 168 · SYNDICATS ET CORPORATIONS · texte numérisé non relu

SYNDICATS ET CORPORATIONS

Parmi les socialistes modernes, nous comptons des sectes ignorantes qui prêchent la révolte contre toute autorité administrative, la guerre au capital et aux patrons, la suppression de l’État et de la famille.

Utopistes insensés ou malheureux déclassés, rêveurs abrutis par la débauche ou cerveaux aigris par des infortunes peut-être imméritées, par des institutions politiques et sociales vicieuses, par des gouvernements absolus, iniques et odieux, ces gens sont

SYNDICATS ET COltPOlUTlONS.

parfois plus à plaindre qu’à blâmer. Les populations asservies par des vainqueurs tyranniques ou par des gouvernements absolus, qui convoitent un sort meilleur et qui complotent le renversement des choses qu’elles subissent à regret, méritent aussi, à coup sûr, des circonstances atténuantes.

Mais ce n’est pas une raison pour approuver des revendications individuelles ou sociales, irréalisables ou contraires à la marche de la civilisation et au progrès de l’humanité.

Certes, dans toutes les sociétés grandes et petites, l’union fait la force. L’union des intelligences, des bras et des capitaux engendre des merveilles, rapproche les nations, facilite tous les rapports publics et privés de peuple à peuple et d’individu â individu.

Fst-ce à dire que toutes les associations soient recommandables et soient avantageuses pour le bien-être général? Loin de là.

Qu’avons-nous vu dans l’antiquité et au moyen âge? Quelles sont les corporations, les ligues professionnelles, les corps de métier qui ne sont pas tombés dans des excès regrettables et qui n’ont pas fini par être répudiés même de leurs anciens membres? Et de nos jours, que voyons-nous souvent encore? On a vanté beaucoup les syndicats de patrons et les syndicats d’ouvriers. Eh bien les syndicats ou plutôt les coalitions de patrons, qui ont pour objet de régler la quantité ou la qualité des produits, de déterminer les prix de vente et le taux des salaires, de répartir les commandes et de rechercher les marchés, après avoir rendu plus ou moins de services momentanés, finissent toujours par tomber dans des abus de pouvoir et des excès d’autorité, dont les moindres inconvénients sont l’anéantissement des petits patrons sacrifiés pour les gros, et l’asservissement complet de l’ouvrier livré à l’arbitraire hautain, dédaigneux et absolu du maître.

Les coalitions d’ouvriers, de leur côté, restent trop souvent impuissantes et tendent toujours fatalement au désordre, au gâchis, aux grèves criminelles, à la révolution anarchique, par des exigences sans cesse croissantes et multipliées, que nulle discussion contradictoire ne vient tempérer.

Nous n’avons jamais cru aux prétendus bienfaits que devaient répandre sur l’industrie et sur les classes laborieuses, ces associations composées exclusivement de fabricants, d’un côté, et d’ouvriers, de l’autre.

ÉCONOMIE DOMESTIQUE ET SOCIALE

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L’homme ne peut pas vivre isolé. Abandonné à ses propres moyens, il n’est rien de plus qu’un animal habile, fort, adroit, intelligent, qui lutterait, tantôt avec avantage, tantôt avec désavantage, contre un grand nombre d’autres animaux, plus ou moins bien armés pour la concurrence vitale. L’état social est le résultat de propriétés attractives ou affectives élevées, qui sont inhérentes a 1 organisation humaine et qui se rencontrent, à des degrés divers, dans une foule d’espèces animales.

Ün sait ce que fut l’état social à l’origine de l’humanité et jusqu’à la fin de notre moyen âge, c’est-à-dire avant 1789.

Tel qu’il est aujourd’hui, il est fondé sur deux éléments essentiels : la nation et la famille.

La nation est une association de citoyens, établie sur un point du globe et séparée de toutes les autres par des frontières artificielles, anciennes ou récentes.

La famille est la base ou le pivot de la nation.

C’est à ce double point de vue que nous allons suivre l’homme citoyen et travailleur.

Économie domestique. — Le travail de chaque jour ne doit pas avoir seulement pour but l’entretien actuel de la famille; il arrive des infirmités, des maladies, des revers, qui interrompent le cours des occupations quotidiennes, un temps où l’on est peu capable de se suffire à soi-même, et moins encore de subvenir aux besoins de ses proches.

Le travail professionnel doit donc produire, outre le pain journalier, le pain des mauvais jours et celui de l’avenir, par la réserve, par l’épargne, par l’économie, par sa transformation en capital disponible.

Dans certaines conditions sociales, les particuliers peuvent réaliser par eux-mêmes ce double but du travail : pourvoir au présent et assurer l’avenir. Mais il est un grand nombre d’individus, peu sages, peu prévoyants, trop insoucieux et irréfléchis, ou que des malheurs ont accablés, qui sont incapables de se créer un pécule

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de réserve et qui, dès lors, tombent nécessairement à charge de leurs parents ou de leurs semblables.

11 appartient spécialement aux hommes d’État, aux gouvernements et aux administrations civiles locales, de prévenir ces conséquences ou de parer à ces inconvénients, par une organisation sérieuse de Y économie sociale.

Économie sociale. — Certains socialistes prétendent qu’il faut laisser à l’initiative individuelle l’organisation et la direction de la plupart des institutions qui ont pour objet le bien-être des citoyens. Nous croyons aussi que l’État ne doit pas invervenir à propos de tout dans les affaires privées. Donner du champ et de l’espace à l’industrie, au commerce, aux rapports des nationaux entre eux et avec les étrangers, c’est fort bien. Mais quand il s’agit de sauvegarder la santé et la vie de la généralité des travailleurs, pour la plupart incompétents dans les questions hygiéniques et sociales, et trop souvent impuissants à écarter, par leurs seuls efforts, les dangers qui les menacent, ainsi qu’à prévenir les conséquences néfastes des événements politiques ou des perturbations économiques, dont ils ne peuvent être rendus responsables, n’est-il pas nécessaire que la communauté sociale, représentée par ses administrateurs, par les mandataires du peuple, se substitue à l’individu?

La plupart des institutions sociales privées, telles que les caisses de secours, de prévoyance, de services médicaux, qui ont été instituées par des sociétés particulières, ne sont-elles pas pétries, toutes, des mêmes abus et n’aboutissent-elles point aux mêmes fins? L’arbitraire et le favoritisme, dans les répartitions et les indemnités; l’exploitation et la camaraderie, dans la direction et l’administration des intérêts communs, sont leurs moindres défauts.

C’est aux mandataires, responsables et révocables, des communes, des provinces et de l’État, que cette tâche doit être confiée.

Nous demandons, en conséquence, que toutes les administrations publiques concourent à l’organisation et à la direction des institutions qui ont pour but d’assurer aux travailleurs de toutes catégories les bienfaits de l’épargne.

Caisses de secours. — Chaque grande usine a sa caisse de secours

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qui fournit ii l'ouvrier malade ou blessé, incapable de travail, des services sanitaires ainsi que des indemnités pécuniaires représentant une partie du produit de sa journée.

Ce mode de secours présente de grands vices : les ouvriers sont généralement mal soignés. Si les drogues sont délivrées au compte de la caisse commune, médecins et apothicaires s’ingénient à en faire prendre aux malades le plus possible; certains sujets ont souvent intérêt à simuler ou à prolonger une maladie, pour toucher l’indemnité de travail, tandis qu’ils s’amusent ou se livrent à diverses occupations lucratives, chez eux ou ailleurs; les patrons cherchent à faire considérer comme accidents survenus en dehors du travail et ne donnant pas droit à indemnité, des blessures ou des maladies contractées réellement à l’atelier, tandis que les ouvriers de leur côté, dans le cas contraire, s’ingénient à tromper leurs maîtres ou leurs directeurs.

Les Caisses de secours mutuels, dirigées par les ouvriers et les Caisses de prévoyance, organisées par les patrons, offrent aussi de grands inconvénients et de nombreux abus.

Tout cela devrait être supprimé et remplacé par des institutions publiques, qui donneraient à tous les travailleurs plus de garanties d’impartialité et de justice.

Au moyen de redevances prélevées sur tous les salaires, en qualité d’impôts, les communes, les provinces et l’Etat pourraient instituer, à côté des caisses d’épargne particulières, qui existent aujourd’hui et qui doivent rester facultatives, des Caisses de secours pour blessures et maladies, de retraite pour accidents graves, et de pension pour les invalides de l’âge ou du travail.

Cet impôt direct sur les salaires servirait exclusivement aux besoins des travailleurs, tandis que l’impôt sur les revenus, rentes, bénéfices, etc., serait appliqué à couvrir les frais des budgets, à tous les degrés de la juridiction administrative.

Une semblable réforme s’impose aux sociétés modernes.

Ce sera l’affaire des générations à venir.

Libre-échange et protection commerciale. — Est-il de l’intérêt bien compris des sociétés modernes d’adopter le libre-échange?

On a fait abus de ce beau mol, autant que du mot non moins ronllant : liberté !

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Or, si la liberté absolue est un rêve, un mythe, le libre-échange réel en est un plus grand.

La liberté de chacun est limitée par les nécessités sociales, qui varient de peuple à peuple et d’une époque à une autre époque. De même, le libre-échange doit subir des restrictions variables, selon les fluctuations économiques et les rapports internationaux des nations voisines ou éloignées.

Un libre-échangiste absolu ou un protectionniste exclusif sont des monstruosités individuelles, aussi anormales que ces socialistes utopistes qui réclament la suppression de la famille et de l’Etat, ou ces savants illuminés qui s’acharnent à inoculer tous les virus, bénins et malins, dans le sang de l’homme et des animaux, sous prétexte de mettre tous ces sujets à l’abri des épidémies !

Banques populaires et Sociétés coopératives. — Ces institutions modernes méritent des encouragements. Autant les syndicats et les coalitions, exclusivement formés de patrons, ou les corporations nationales et internationales, qui se sont constituées entre les ouvriers d’une même profession, finissent par nuire même aux intéressés pour lesquels on les crée, en provoquant des conflits divers, des grèves et des violences de toute nature, autant les banques populaires et les sociétés coopératives, bien organisées, rendent d’excellents services à tous les travailleurs, ouvriers et patrons.

On aura beau chercher à mettre en contradiction le capital et le travail, l’un ne pourra jamais exister sans l’autre.

Le travail est au capital ce que la fonction est à l’organe.

C’est le capital qui constitue l’organisme professionnel; c’est le travail qui le fait fonctionner.

Le crédit procure le premier. Mais où l’humble ouvrier trouvera-t-il du crédit avant de posséder une épargne sérieuse et réalisée, s’il veut avoir à lui un instrument, un outil, un organe mécanique?

Il le trouvera dans la banque populaire.

De plus, par la société coopérative, il parvient à jouer un rôle double : ouvrier par son travail, patron par ses intérêts dans l’association.

Que d’économies, de bénéfices, de prospérités dans la famille et

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dans le pays, on pourrait réaliser au profit des masses laborieuses par ces admirables sociétés coopératives, qui sont encore si mal comprises et si peu estimées de nos jours, grâce aux sottises qui ont été débitées, depuis un demi-siècle, par les socialistes révolutionnaires ou utopistes sur l’organisation du travail, et aux abus qui se sont glissés dans la constitution et l’administration de la plupart d’entre elles !

Fonctions publiques. — Quiconque veut entrer dans la vie publique, doit être doué d’un grand sens, d’un jugement sûr et d’un caractère ferme.

C’est ici que se rencontrent en plus grand nombre, tantôt comme fonctionnaires subalternes, tantôt comme solliciteurs, ces éternels mécontents qui se plaignent de tout le monde, qui critiquent â tort et à travers tout ce qui est, tout ce qui se projette, sans formuler des idées nouvelles ou des réformes raisonnables.

Certes, dans notre société actuelle, où les institutions publiques laissent encore tant à désirer, où tant de préjugés absurdes dominent toujours l’imagination des femmes et le jugement des législateurs, où l’on rencontre tant de gens illettrés, stupides, et, ce qui est plus regrettable, tant de parvenus orgueilleux, d’une crasse ignorance, qui prétendent diriger, au gré de leurs satisfactions personnelles, toutes les affaires de la communauté, il ne se passe pas de jour sans que l’homme sensé, dégagé de toute prévention, ne puisse avoir matière à critiquer autour de soi. Seulement, à la différence de ces éternels mécontents qu’on appelle des grincheux, il ne critique qu’à bon escient, et il s’attache, quand il signale des vices ou des imperfections dans les hommes et dans les choses, à indiquer nettement les moyens de les corriger.

11 faut aussi, pour entrer dans la vie publique, active ou militante, avoir examiné la plupart des grands problèmes qui sont à l’ordre du jour dans la presse et dans l’opinion générale du pays et de l’étranger, afin de se former une idée nette et précise des solutions qu’on leur donnerait, le cas échéant.

Malheur aux hommes d’État qui, sous ce rapport, n’ont que des notions vagues, incertaines! Sans doute, l’intelligence des hommes les plus instruits n’est ni universelle ni infaillible. Il faut sans cesse fureter dans le vaste domaine du savoir humain, pour

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continuer à la cultiver et à l’éclairer. Mais comme, en définitive, c’est de son cerveau que le législateur doit tirer ses résolutions et ses actes, il faut qu’il soit fixé sur les solutions qu’il conviendrait de donner, actuellement, à toutes les grandes questions économiques et sociales qui peuvent lui être soumises d’un moment à l’autre.

Cela ne veut pas dire qu’il faille s’obstiner dans les solutions adoptées comme si aucune autre solution plus sage ne pouvait nous être communiquée ou révélée par la suite. Nullement. Si, dans l’état actuel de la science sociale et de nos connaissances personnelles, nous soutenons qu’il faut dire cela et faire ceci aujourd’hui, plus tard il se peut que, par la marche du progrès et de la civilisation, il nous semblerait plus convenable de faire et dire autrement.

Telles sont les réserves, au moins mentales, avec lesquelles tout homme réfléchi doit trancher franchement et carrément les questions, plus ou moins importantes, qui doivent être appliquées, à bref délai, dans l’ordre politique ou administratif.

Donc, ni indécisions, ni incertitudes, ni hésitations perpétuelles, à la façon de tantrde routiniers ou doctrinaires ; ni intransigeance, ni absolutisme, ni bouleversement, comme le prêchent les radi-; eaux révolutionnaires et les socialistes utopistes, qui, pour fonder la société idéale de leur choix, commencent par supprimer les bases de la nôtre, en réclamant l’abolition de la famille, de la patrie et de tout gouvernement.

Fonctionnaires. — Nulle organisation sociale n’est possible sans fonctionnaires, supérieurs et subalternes, salariés, depuis le soldat jusqu’au chef de l’État, et l’agent de police jusqu’au président de la Cour de cassation.

La fonction vaut, en général, ce que vaut le fonctionnaire, malgré les règlements les plus détaillés et les plus précis. Aussi, est-il nécessaire, dans l’intérêt de la communauté civile, de les choisir parmi les hommes les plus réputés par leur capacité, leur caractère, leur droiture, leur affabilité et leur obligeance.

L’une des plus belles qualités du fonctionnaire à tous les degrés de la hiérarchie administrative, c’est la bienveillance pour les petits, les humbles, les illettrés et les malheureux.

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Aucune charge publique ne doil être exercée gratuitement.

Sous l’empire romain, certaines fonctions municipales étaient exclusivement honorifiques, quoique nécessitant de la part des titulaires beaucoup d’activité et de pertes de temps. On a dû finir par contraindre les citoyens, sous peine d'amende et de prison, d’accepter les charges dont personne ne voulait plus être investi.

En outre, toutes les fonctions publiques, sans exception, ne doivent être conférées que pour un temps limité.

Chacun comprend la justesse et la nécessité de cette mesure.

Un fonctionnaire, garde champêtre ou chef d’administration, agent de police ou magistrat, doit toujours être révocable par les autorités publiques dont il relève.

Dans les sociétés modernes, ce principe doit être absolu, et ne comporter aucune exception.

L 'inamovibilité de la magistrature, par exemple, est l’un des plus pernicieux principes que les aristocrates de 1814 aient inscrits dans leur charte réactionnaire. On a cru voir, dans celle mesure, une garantie d’impartialité, résidant dans l’indépendance du magistrat.

C’est justement le contraire qui en est résulté.-

Le magistrat inamovible n’est pas seulement indépendant, il est au-dessus de tout le monde. Fort de son droit d’irrévocabilité, il trône sur son siège plus stable que celui des rois, hautain et dédaigneux, cherchant à maintenir son prestige aux yeux des masses en inspirant la crainte et la terreur autour de lui.

Que d’abus scandaleux dans les arrestations préventives, dans les procédures, les enquêtes et les jugements, au civil et au criminel, seraient évités si chaque magistrat avait à répondre de scs faits et gestes, actes ou paroles, devant l’opinion publique et devant la loi qu’il est chargé d’appliquer! La justice serait certainement plus équitable et plus humaine, si les juges et leuis décisions, pouvant être publiquement discutés et passés au crible de la raison universelle ou du sens commun, n’étaient plus couverts par l’irresponsabilité absolue que leur confère l’inamovibilité.

Il faut vivre dans les prisons et dans les greffes des tribunaux de toutes instances, pour connaître ce que l’inamovibilité de la ma-

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gistrature, réputée impeccable, infaillible, provoque de malheurs dans les familles et cause de dommages à la société!

La France tend à inaugurer cette salutaire réforme. Elle a mille fois raison. N’a-t-on pas vu des citoyens, sans défense quelquefois, et incapables de se pourvoir en appel, jugés et condamnés par des magistrats aigris, endurcis, avinés, abrutis, ramollis, usés par l’âge ou par des excès divers, qui dominaient leurs collègues par l’ascendant de leur ancienneté ou de leur influence personnelle?

Pourquoi la presse ou un homme sensé ne pourrait-il protester contre de semblables agissements — rares, dira-t-on, mais qui devraient être absolument nuis et impossibles — sans tomber sous le coup d’une loi draconienne quelconque, ou sans être accusé de vouloir porter atteinte à la dignité et au respect de la magistrature?

Comme si la dignité et le respect de la justice ne s’imposaient pas plus par ses jugements bien motivés, conformes aux faits établis et au droit, que par cette peur sacrée qu’elle inspire encore aux badauds, grâce à l’inamovibilité des magistrats.

Relations professionnelles. • — Dans les pays démocratiques, tels que les progrès de la civilisation et des sciences positives tendent à les constituer, les personnes qui exercent la même profession doivent avoir entre elles des rapports obligatoires, habituels ou passagers selon les circonstances, dans lesquels il faut que chacun observe régulièrement les convenances sociales ordinaires.

Nous ne connaissons pas d’autres règles qui soient applicables à ce qu’on appelle les rapports confraternels et dont on a fait un code spécial pour les professions improprement dites : libérales.

Les avocats sont soumis à un conseil de discipline particulier, reste des vieux us dont cette corporation est encore imbue.

Les médecins, mieux avisés, ne se sont pas imposé cette juridiction exceptionnelle; mais, dans plusieurs localités, ils se sont constitués en sociétés particulières où, à côté des questions scientifiques qu’on y discute, on s’occupe parfois des intérêts professionnels et des droits de chacun des membres, avec plus d’entrain et d’entraînement que de raison.

Il ne faut pas que les médecins ni les avocats continuent à se faire illusion. Leur métier n’est ni plus ni moins honorable que

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celui de banquier, de menuisier, de houilleur ou de commissionnaire. Il n’y a que deux classes de gens dans nos sociétés laborieuses contemporaines : les travailleurs honnêtes et les malfaiteurs; et parmi ces derniers nous rangeons les travailleurs exerçant un métier inavouable, contraire aux mieurs ou à la sécurité publique, les tenanciers, les receleurs, etc.

11 est d’ailleurs une formule sociologique qui devrait être sans cesse présente a l’esprit de quiconque exerce une profession, et spécialement des médecins, des avocats, des notaires et des orfèvres :

« Agissez à l’égard de vos confrères, en toute circonstance, comme vous voudriez les voir agir envers vous en pareil cas. »

Cette formule est applicable à tous les rapports professionnels et sociaux que peuvent avoir entre eux les gens bien élevés.

Quant au public, quoiqu’on en dise dans les universités, il ne doit voir dans les membres des professions improprement dites encore libérales, que des serviteurs à gages ou des marchands à prix fixe ou à forfait.

Malades, blessés, plaideurs, choisissez pour vous servir, pour vous être utile, un ou plusieurs médecins ou avocats; réclamez leurs soins ou leurs conseils et payez leur salaire ou leurs honoraires, soit de la main à la main, soit d’après un relevé fait avec ou sans conventions préalables, comme tout client honnête doit le faire avec son architecte, son agent de change et ses fournisseurs.

Que leur devez-vous de plus? Rien.

La reconnaissance, les bons sentiments résultent des bons procédés qui s’échangent et des sympathies personnelles qui se manifestent entre les gens de coeur, et non point des services rétribués et acquittés.

Mais vous devez, dans nos sociétés en voie de régénération, aller plus loin dans l'exercice de vos droits de clients.

Au lieu de vous confier absolument et complètement au savoir de votre avocat ou de votre médecin, quelque grande que soit leur réputation, il vous appartient de suivre, de connaître, de comprendre et de contrôler, dans votre intérêt propre, la marche que l’un imprime à vos affaires et l’autre à votre santé.

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Le droit est, avant tout, le code du bon sens et de la raison, mis en formule. Chacun peut y voir clair sous la direction d’un homme compétent.

La médecine est une science positive, qui se vulgarise de jour en jour. Elle n’a pas de mystères, elle ne fait pas de miracles, elle applique à l’art de guérir toutes les notions de l’art de vivre et toutes les ressources de la pharmacie.

Il n’est pas d’homme, tant soit peu instruit, qui ne puisse être aujourd'hui en état d’apprécier si le médecin comprend bien la nature de l’affection qu’on lui confie, et surtout si les soins et les conseils thérapeutiques qu’il prescrit sont appropriés à l’état du malade. C’est aux intéressés à se tenir et à se faire tenir, par les praticiens, au courant des phases de la maladie et des particularités du traitement de leurs proches.

Dégageons-nous donc, une bonne fois, de ces scrupules dont tant de familles ont été dupes ou victimes dans les mains d’avocats inhabiles ou de médecins incapables. Le public n’a rien à voir dans les égoïstes immunités professionnelles que ces praticiens se sont octroyées, avec l’agréation des législateurs, pour satisfaire leurs propres intérêts professionnels.

Les devoirs et les droits sont communs et réciproques, dans toutes les relations et dans toutes les transactions sociales : on peut changer d’avocats et de médecins, comme on change de chapeliers et de bottiers, après les avoir payés, sans leur devoir la moindre explication.

Parmi ces immunités professionnelles, la plus singulière est celle dont jouissent encore les membres du barreau sous la toge et la toque.

Us peuvent insulter impunément témoins, experts, prévenus, journalistes, écrivains, fonctionnaires, tous ceux, en un mot, qu’ils croient devoir signaler dans leurs plaidoiries. Hâtons-nous de faire remarquer que Jes avocats intelligents et bien élevés ne Rabaissent jamais à recourir à ce système de dénigrement, qui compromet plutôt qu’il ne sert la cause de leurs clients. Mais il en est qui profitent de celte tolérance pour exhaler les haines, les rancunes ou les animosités personnelles qui couvent dans leurs petits cerveaux. A ces disciples de Cujas, mal appris ou mal

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présidés, il serait de bonne guerre de faire la leçon en les prenant directement à partie, en dehors des tribunaux, dans la presse ou ailleurs, pour leur demander compte de leurs injures et de leurs calomnies. On les rendrait ainsi plus circonspects, et les juges se feraient, à la lin, un devoir de ne plus permettre à ces perroquets de parler inconsidérément des honnêtes gens qui, en aucun cas, présents ou absents, ne sont pas admis à faire entendre, dans le temple de Thémis, la moindre protestation.

Üe leur côté, les médecins de tous pays s’ingénient à réclamer encore de nouvelles lois, qui consacrent leurs anciens privilèges professionnels.

Oue les législateurs ne cèdent pas ces exigences, qui ne sont plus en rapport avec les principes de la liberté moderne. Les médecins, comme les avocats, les ingénieurs et tous les artisans, doivent être soumis ù la loi commune.

Les conflits entre médecins et pharmaciens à propos de débit de drogues, de traitement clandestin ou illégal des malades, tomberaient sans retour, si l’on supprimait la législation spéciale qui régit l’art de guérir.

Plus de privilèges pour aucune profession ; le droit civil et pénal appliqué également à toutes les catégories de citoyens, responsables chacun de leurs actes publics: telle est notre manière de voir, qui sera celle des générations à venir.

Quant ù la loi sur l'exercice des professions médicales, nous voudrions qu’elle comprît seulement les trois articles suivants :

Article premier. — Tout citoyen pourvu d’un diplôme légalisé est admis à pratiquer dans son pays les branches de l’art de guérir, pour lesquelles il a été diplômé.

Article deuxième. — Tous les membres pratiquant une ou plusieurs branches de l’art de guérir restent responsables, pendant une année, devant le public et devant la loi pénale, des fautes lourdes qu’ils commettent.

Article troisième. — Le cumul de la médecine et de la pharmacie est absolument interdit.

PROSTITUTION

PROSTITUTION

Nous voici en présence de la plus hideuse de nos plaies sociales et de la question hygiénique la plus controversée et la plus mal résolue de notre époque.

Traitons-la froidement^ et à fond.

Quelles sont les causes qui attirent les filles dans cette triste profession? car, grâce à nos autorités administratives, la prostitution est devenue une profession patentée, réglementée et protégée, qui rapporte des rentes aux caisses communales.

Ces causes sont : l’abandon des filles mères par leurs amants et leurs parents ; la promiscuité habituelle des sexes dans les familles et les ateliers industriels, charbonniers et agricoles; le goût effréné de la toilette et le défaut de professions lucratives pour les femmes; l’habitude des cabarets où l’on boit et fume en compagnie.

Voilà ce qui pousse les filles à se livrer au dévergondage, bien plus que le simple appât des voluptés charnelles.

Il suffît de réfléchir à ces causes pour trouver des remèdes, ou des palliatifs, au moins, aux conséquences qu’elles produisent.

Du côté de l’homme, la plupart des défenseurs ou souteneurs de la prostitution publique, légalisée, prétendent que celte institution est nécessaire. « Elle est nécessaire, parce que l’homme, arrivé à la puberté, a des besoins à satisfaire ; et parce que la paix des familles et l’ordre dans la société seraient impossibles sans cet exutoire aux besoins naturels des mâles! »

Autant de mots, autant d’absurdités !

Je l’ai dit déjà : la continence ne pèse pas aux filles ni aux femmes sages. Mais, à l’homme? Voyons.

Les sensations érotiques sont un effet d’habitudes contractées par des excitations directes et indirectes sur les organes génésiques, chez l’homme aussi bien que chez la femme.

En réalité, la continence n’est pas plus difficile, et ne serait pas plus nuisible à la santé de l’homme, qu’elle ne l’est à celle de la femme.

Un mot d’explications à ce sujet.

PROSTITUTION

Les eunuques, les hongres, les chapons, tous les châtrés vivent bien et longtemps.

Pourquoi n’en serait-il pas de même des individus pourvus d’organes reproducteurs dont ils ne feraient pas usage?

Tout organe qui ne fonctionne pas s’immobilise, s'atrophie lentement. Les nerfs qui l’alimentent et le stimulent restent peu sensibles, peu impressionnables.

On sait aujourd’hui que c’est l’usage, la répétition fréquente des sensations, ou vibrations sensorielles, qui développe le système nerveux.

L’enfant est peu sensible aux opérations chirurgicales parce que ses nerfs, vierges de vibrations ou de sensations fréquentes, ne sont pas encore développés.

La fille brute, illettrée, des champs ne sent jamais aussi vivement les douleurs de la maternité, ni l’impression des émotions morales que la fille intelligente, instruite, des villes ou des classes aisées.

Un jardinier de 35 ans, père de six enfants, veut depuis quatre années, jouissant d’une belle santé, me disait, un jour, que les premiers mois de son veuvage l’avaient rendu morose, irritable, agacé. Il était poursuivi, la nuit, par des idées lubriques. Mais il avait résisté aux tentations; et aujourd’hui la continence, qu il a observée de la manière la plus absolue depuis la mort de sa femme, est si bien invétérée chez lui qu’il ne songe plus même à « regarder les personnes du sexe ».

Beaucoup de religieux et de prêtres, restés chastes, m ont fait des déclarations analogues, ainsi que beaucoup de veuts, qui ont imité la conduite de mon jardinier.

Qu’on ne vienne donc plus justifier les règlements et la protection en faveur de la prostitution publique, sous prétexte que cette institution est nécessaire pour l'homme!

Au lieu d’encourager et d’exploiter la prostitution publique, il faut la considérer comme un mal, un délit, une infraction aux lois sociales, et l’interdire de la manière la plus absolue.

C’est le but que s’est proposé la Société de Moralité publique à la fondation de laquelle j’ai contribué, à Bruxelles, avec MM. Emile de Laveleye, Jules Pagny et vingt-cinq autres philanthropes.

PROSTITUTION

Quelques journalistes nous ont accusés de vouloir arriver à la liberté absolue de la prostitution, par la suppression de toute réglementation et de toute surveillance.

Or, c’est justement le contraire que nous demandons! Nous voulons que la prostitution publique soit interdite et que les délinquants, hommes, femmes, proxénètes, soient poursuivis pour attentat aux mœurs.

En attendant que cette réforme salutaire soit comprise et accomplie, nous réclamons : 1° la fermeture des lieux de débauche aux heures réglementaires qu’on impose aux cafés honnêtes; 2° 1 interdiction du débit des boissons alcooliques ou fermentées dans ces repaires de l’ivrognerie et de la syphilis.

Le but de cette dernière mesure est d’empêcher l’exploitation des prostituées par les proxénètes qui les excitent à boire à outrance, et de rendre moins fréquentes les maladies vénériennes. J’ai fait voir, dans divers mémoires médicaux, que l’abus des liqueurs fortes, non seulement prédispose les débauchés et les débauchées à la production et à la propagation des affections syphilitiques, mais qu’il communique, en outre, à ces affections une gravité et une durée exceptionnelles.

Objection. — Les administrations et les médecins, qui vivent des produits de la prostitution publique, ne font plus qu’une seule objection aux vues de la Société de Moralité publique. Ils disent : « La surveillance et la visite des filles en maison ou en chambre sont nécessaires pour empêcher la propagation des affections vénériennes. »

Or, j’ai démontré, avec quelques-uns de mes collègues de la Société de Moralité publique, le professeur Guillery, de Bruxelles, entre autres, que ces visites sanitaires sont dérisoires, qu’elles ne remédient à rien, qu’elles n’empêchent rien, au contraire! En effet, la sécurité qu’on attribue à ces maisons visitées est cause de l’imprudence et de l’imprévoyance des hommes. Les affections blennorragiques • s’y engendrent d’emblée, entre hommes et femmes, sous l’influence des trop copieuses libations qu’on y fait. Les ulcérations et autres accidents vénériens y sont aisément dissimulés par les proxénètes pour tromper le médecin-visiteur. Enfin, trop souvent, celui-ci, par incurie ou par intérêt, se laisse

HYGIÈNE DES ORGANES INTERNES

aller à tolérer, chez certaines prostituées, la continuation de leur métier, malgré leur état maladif manifeste !

J’ai recueilli cent preuves de cette coupable tolérance, avec noms et prénoms à l’appui.

HYGIÈNE DES ORGANES INTERNES

Nous venons de suivre l’homme et la femme dans l’état de mariage et dans l’exercice de leurs diverses professions ; nous avons à les considérer maintenant au point de vue de l’hygiène des organes internes. Abandonnés désormais à eux-mêmes, attrancliis de toute tutelle, soustraits pour le reste de leurs jours à la vigilante sollicitude de la famille au sein de laquelle ils se sont développés, et qu’ils ont quittée pour créer une famille à leur tour, les jeunes époux doivent régler l’exercice et les fonctions de leur organisme, de manière à s’assurer une excellente santé et une longue existence.

Cerveau et système nerveux. - — Le cerveau a pour mission ou propriété exclusive, comme nous l’avons dit :

1° De recevoir toutes les impressions du dehors, par les nerfs des sens, et du dedans, par les nerfs de la vie nutritive; 2° de fournir à tout l’organisme les vibrations atomiques nécessaires pour son fonctionnement ; 3° de garder l’empreinte des sensations reçues (mémoire), de les combiner (réflexion), et de les comparer (jugement).

Comme il n’y a pas de son sans corps sonore, il n’y a pas de fonction sans organe. De plus, on peut dire avec certitude que : tant vaut l’organe, tant vaut la fonction.

L’esprit, l’intelligence, la volonté, l’imagination, le sentiment, la conscience, toutes les facultés du moi, se développent peu à peu dans le cerveau à mesure que le corps, créé par la fécondation, s’accroît et se perfectionne.

Rappelons, à ce propos, cette belle maxime de nos devanciers, Rabelais et Montaigne, que J. -J. Rousseau a parfois imités, parfois dénaturés : « Les exercices de l’esprit et ceux du corps doivent toujours se servir de délassements les uns aux autres. » Ce qui revient à dire qu’aux exercices intellectuels, qui constituent la

HYGIÈNE DES ORGANES INTERNES

gymnastique du cerveau, il faut faire succéder les exercices musculaires, ou la gymnastique corporelle.

Toute l’hygiène du système nerveux est dans ces deux lignes, qui résument les considérations dans lesquelles nous sommes entrés à propos des professions.

Organes respiratoires. Air. — L’air est l’aliment des poumons et l’un des éléments du sang, dans lequel il se dissout pour aller engendrer dans tout le corps la chaleur, dont il est le principe grâce à l’oxygène qu’il renferme.

11 est composé d’oxygène, d’azote, d’acide carbonique, de vapeur d’eau et de tous les gaz, fluides et émanations diverses, qui se produisent incessamment à la surface de la terre : d’où il résulte que l’air est loin d’être le même partout.

Dans les vallées marécageuses, sur les montagnes boisées, au milieu des océans, au centre des régions continentales, dans les villes, à la campagne, l’atmosphère a une composition et des qualités bien différentes.

Nous avons besoin de beaucoup d’air pour vivre : dix à douze mille litres par jour. On comprend, par là, la nécessité de rendre l’air facilement accessible à nos poumons. Les appartements clos pendant la nuit doivent contenir environ quarante mètres cubes d’air par personne. C’est pour cela que les chambres à coucher du pauvre comme du riche ne peuvent avoir moins de quatre mètres d’élévation.

N’est-il pas triste, après cela, de voir encore des gouvernements maintenir l’impôt inique, barbare, homicide, sur les portes et les fenêtres, c’est-à-dire sur les voies et moyens de libre accès de l’air et du soleil à la poitrine des classes laborieuses?

Par suite de cet impôt absurde, on donne aux logements de l’ouvrier le moins de fenêtres et le moins de portes, c’est-à-dire le moins d'air qu’on peut. Aussi la scrofule, les ulcères, les caries, l’anémie, la phtisie pulmonaire, le typhus, se sont-ils installés en permanence, dans ces réduits infectés par une atmosphère incomplètement renouvelée.

Deux organes principaux servent à la respiration : le larynx et les poumons, qui sont réunis par des tubes appelés bronches.

Il faut exercer toujours le larynx par le chant, la déclamation

ORGANES DIGESTIFS, ALIMENTS ET BOISSONS

et la lecture à haute voix, en évitant la fatigue, l’excès. La musique vocale et instrumentale n’est, on le sait, qu’une branche de la gymnastique.

Quant aux poumons, ils s’atrophient facilement, surtout aux sommets de la poitrine, dans les professions sédentaires où l’on néglige de faire des inspirations lentes, profondes et complètes, en plein air.

Ouvrez donc fréquemment la bouche, et attirez longuement l’air pur jusqu’au fond des poumons.

On préviendra bien souvent, par ce moyen, le développement des maladies de langueur, si communes chez les couturières, les tailleurs et toutes les personnes qui travaillent, le corps en avant, la poitrine écrasée, comme on dit très justement.

Organes circulatoires. — Les grandes fatigues musculaires, l’ascension des escaliers et des montagnes, sans repos suffisamment espacés, sont les causes les plus ordinaires des maladies du cœur ou des gros vaisseaux, chez les adultes,

ORCANES DIGESTIFS, ALIMENTS ET BOISSONS

Nous allons passer en revue les principes hygiéniques qui doivent présider à notre régime alimentaire.

C’est à l’âge où l’homme est complètement formé et se trouve appelé non seulement à se diriger soi-même, mais à diriger sa jeune famille, qu’il doit être renseigné sur toutes les questions que soulèvent la nature, la qualité et l’usage des substances alimentaires.

L'organisme humain, envisagé au point de vue des fonctions digestives, peut être comparé à un vaste tube ou manchon, pourvu d’une paroi extérieure, la peau, et d’une paroi interne, le canal bucco-intestinal, dont la bouche et l’anus forment les deux extrémités circulaires.

Ces deux parois sont séparées par une charpente osseuse qui les soutient, et par tous les organes, viscères et tissus, qui .en naissent ou y aboutissent, comme autant de dépendances ou d’annexes destinées à entretenir la chaleur et le mouvement dans l’ensemble de ce monstrueux annelide double.

ORGANES DIGESTIFS, ALIMENTS ET BOISSONS

La peau et l’intestin sont très souvent solidaires dans leur m écanisme fonctionnel.

Un refroidissement subit ou prolongé de la paroi externe (la peau), qui est par sa position en contact direct, avec les milieux ambiants, produit souvent un état congestif, un reflux sanguin et, par suite, un surcroît de sécrétion ou de réaction inflammatoire sur la paroi interne (l’intestin), ou bien sur l’un ou l’autre des viscères qui en relèvent : les poumons, le foie, les reins.

Un grand nombre de bronchites, de peumonies, de jaunisses, d’hépatites, d’inflammations d’intestins, d’albuminurie, n’ont pas d’autres causes originelles que l’action subite ou prolongée du froid sur la peau.

Les organes digestifs comprennent les dents, les glandes salivaires, V estomac, le foie et le pancréas, les intestins, les reins et la vessie.

Je ne parle pas de la rate, qui n’est que le foie gauche dégénéré, un vestige ou souvenir d’un organe devenu inutile par la fusion intime des deux êtres primitifs (annélides marins) dont l’homme est formé.

Dents. — Nous avons déjà parlé des dents.

Ces instruments de la mastication remplissent une fonction importante. Plus les aliments sont bien triturés, plus ils sont imbibés de salive, mieux la digestion s’en fera rapidement et complètement. Il est bon d’ajouter que les personnes dont les dents sont mauvaises ou absentes sont obligées de les remplacer en partie par le couteau en coupant finement leurs aliments solides, ou par des préparations culinaires spéciales, telles que les viandes étuvées en ragoût, de préférence aux viandes rôties.

Glandes salivaires. — Elles produisent le ferment essentiel du travail de désagrégation atomique qui s’accomplit dans l’estomac.

La salive suinte durant la mastication : d’où la nécessité de bien mâcher toutes les substances solides, animales ou végétales, même lorsqu’on n’a plus de dents.

Estomac. — C’est l’un des organes les plus délicats de l’économie.

Ne le comprimez pas avec des corsets, des ceintures, surtout quand il contient des aliments ; ne le troublez pas dans ses fonc-

ORGANES DIGESTIFS, ALIMENTS ET BOISSONS

tions par des secousses brusques, des émotions violentes ou des travaux manuels ou intellectuels suivis, sous peine de le voir se révolter et se détériorer.

Laissez l’estomac digérer en paix, au moins pendant une heure après les repas et ne vous couchez jamais, ni à midi, ni le soir, immédiatement après avoir mangé, si vous voulez vivre longtemps.

Fuie et pancréas, intestins, reins et vessie. — Ces organes servent à filtrer nos humeurs et à en extraire des éléments qui agissent comme ferments secondaires, hile et fluide pancréatique, ou qui sont simplement évacués comme résidus.

Les intestins méritent une mention spéciale. C’est à travers leur gaine que le chyle, ou les substances alimentaires digérées par l’estomac, passent dans la circulation lymphatique et sanguine, pour être en partie brûlés, en partie incorporés dans les tissus, les os et les viscères du corps.

En ce qui concerne la vessie, faisons remarquer que V urine exhale toujours l’odeur des aliments et des boissons qui viennent d’être incorporés dans l’estomac et digérés dans les intestins. Le nez exercé d’un médecin y décèle facilement les principes volatils les plus variés, depuis ceux de la soupe aux haricots jusqu’à ceux de l’huile de foie de morue, des asperges, des pommes, du fromage, etc.

Aliments. — L’homme est omnivore comme le chien, comme la poule; puisqu’il mange de tout, son régime doit être varié. Nourri exclusivement de viande, ou de poisson, ou de certaines espèces de légumes, de fécules, par exemple, il dépérirait et sa race finirait par s’éteindre.

Un peu de viande, un peu de poisson, des œufs, des fécules, des légumes divers, des fruits mûrs, du bouillon, du lait et tous leurs dérivés, graisses, beurre, fromages, et quelques condiments aromatiques et terreux (moutarde, poivre, cannelle, sel de cuisine, crème de tartre, etc.) en quantités variables selon les saisons, voilà ce qui lui convient comme aliments ordinaires.

Ajoutons que la viande doit être cuite. La viande crue est indigeste. Elle fatigue l’estomac, provoque la lienterie et donne naissance aux vers solitaires.

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Les viandes saignantes, grillées, et les viandes noires, trop répétées, produisent des engorgements du foie, des calculs biliaires et la gravelle, aux adultes; aux petits enfants, le carreau et le foie gras.

On cherche souvent à savoir quels sont les alimehts les plus digestifs. Cela diffère selon les âges, les habitudes et les tempéraments.

Les corps gras, huileux sont généralement les plus lents à digérer, surtout en été. Par exemple, je ne prescris jamais d’huile de foie de morue aux malades pendant les chaleurs; j’interdis les œufs crus et les laits de poule aux estomacs faibles, aux malades et aux convalescents.

Tout cela leur fait perdre l’appétit et rend les digestions pénibles.

Les végétaux crus ne se digèrent bien qu’à la condition d’être bien assaisonnés et parfaitement triturés dans la bouche. Sinon, gare les indigestions !

Une intéressante question, déjà soulevée à propos des écoles ménagères, mérite d’être encore examinée ici : le régime animal doit-il être préféré au régime végétal?

La faculté d’accommodation de l’homme aux milieux, aux habitudes et aux régimes divers est réellement remarquable. Il vit parfaitement partout et de tout, peut-on dire en thèse générale. Cependant, il faut tenir compte des saisons, des climats, des tempéraments, des sexes et des âges.

Ages. — Donnez trop de viande aux enfants, vous les verrez devenir rachitiques. Leur régime doit être plutôt féculent qu’animalisé.

Sexes. — La femme, être plus délicat que l’homme, doit bien plus éviter que celui-ci, la viande en excès, les boissons fortes et les corps gras, sous peine de voir naître des engorgements des seins, de la matrice, du foie, qui peuvent devenir, par degrés, squirreux, cancéreux, sous l’inlluence d’un régime échauffant, trop azoté et de diverses causes accidentelles : le chagrin, les revers de fortune, etc.

Tempéraments. — Le tempérament joue un grand rôle dans le régime alimentaire.

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Le lymphatique doit prendre des toniques azotés, du vin, du café, des aromates, des légumes verts, cuits ou non. Il s’abstiendra des bières jeunes, des féculents, des corps gras.

Ce régime, en général, est celui qui convient aux jeunes filles à l’époque de la puberté, et aux femmes qui ont une tendance à l’obésité.

Le nerveux se nourrira de préférence de viandes jeunes, blanches, étuvées ou grillées, de vins jeunes, légers, de bière féculente, de farineux et de corps gras, quand l’estomac les supporte bien; et spécialement en hiver. Les aromates forts et les infusions trop excitantes de café et de thé anglais lui sont préjudiciables.

Le sanguin s’attachera aux fruits, aux végétaux de toute nature, aux viandes de toute qualité, aux boissons légères, petits vins, petite bière, petit café. Il évitera les farineux, les sucreries, avec autant de soin que le lymphatique.

Le bilieux doit êtrej, principalement végétarien. Le rhumatisme, la gravelle, la goutte, les empâtements du foie sont suspendus sur sa tête s’il mange trop de viande, trop de graisse, trop d’œufs et s’il boit trop d’alcool et trop de bières faibles ou fortes.

A lui, les fruits, les végétaux frais ou cuits, le bouillon dégraissé, les viandes jeunes, la volaille, pas le gibier; les boissons aqueuses, les vins légers, le cidre, les eaux de Pougues, de Contrexéville, etc.

Climats. — L’homme cosmopolite doit vivre, partout où il séjourne quelque temps, comme vivejft les indigènes : voilà la règle, une règle absolue.

Dans le midi, les viandes fortes et les alcooliques tuent les Européens du centre et du nord : c’est le climat aux fruits, aux racines, aux feuilles alimentaires, à la sobriété la plus grande.

Dans le nord, les gros gibiers, la graisse, l’huile, les pains noirs chargés de son, l’ail, le raifort, nourrissent et réchauffent l’organisme de ces peuples froids, gourmands, goulus et robustes.

L’alcool, avec eau ou jus de fruits, est supporté infiniment mieux en Hollande et en Angleterre, par exemple, qu’en Belgique et en France. Buvez donc des alcooliques dans les pays humides et froids; n’en buvez guère, sous le soleil suroxygéné [ozone) des climats secs et chauds.

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Saisons. — Prenons les climats tempérés pour exemple.

En hiver, on doit se nourrir comme les peuples du nord : viandes, huile de poisson, végétaux, bon vin, bonne bière, café et thé.

En été, il est nécessaire d’adopter un régime plus méridional : fruits, légumes, viandes jeunes, boissons rafraîchissantes aromatisées ou légèrement alcoolisées.

Ainsi aux verriers, puddleurs et autres travailleurs exposés au feu durant les mois de juillet et d’août, nous ordonnons de boire, au lieu de tisanes et de bières insipides, des infusions de café contenant une petite quantité d’eau-de-vie de bonne qualité.

Les Végétariens. — En Allemagne et en Angleterre, les protestants ont réagi contre les abus des jouissances de la table par la création d’une secte ou école qui s’intitule : Les Végétariens.

Ces prosélytes sont appelés îi rendre à la société les services que les homéopathes ont rendu à la médecine. Ceux-ci ont opéré dans l’art de guérir une réforme salutaire, en dénonçant l’usage inconsidéré des drogues que les allopathes imposent encore trop souvent à leurs clients.

Malheureusement, à cela s’est bornée l’influence bienfaisante de l’homéopathie. La doctrine et la pratique hahnemanienne sont absolument fausses. La médecine hippocratique, rationnelle, hygiénique plutôt que pharmaceutique, prévaudra sur toutes1 les sectes homéopathiques, allopathiques, dosimétriques, micro-1 biques, inoculatoires et vaccinatoires, qui ont tant décimé l’humanité et qui tuent encore, bon an, mal an, bien plus de sujets que toutes les épidémies de l’univers. Ceci n’est nullement paradoxal : c’est absolument vrai et exact.

Les végétariens, de leur côté, dont les exagérations trop exclusives rappellent les abus empiriques des hahnemanmiens, sont venus mettre les populations en garde contre les inconvénients1 et les dangers du régime animal, trop prôné par les Brownien^ anglais et par les adversaires français de Broussais.

Boissons. — Eau, bières, vins, cidre, café, thé, liqueurs.

Le vinaigre et les huiles sont des assaisonnements ou desmédicaments; le chocolat est, comme le lait, un véritable aliment. A

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L’eau. — Nous avons parlé de l’eau potable à l’article : La ménagère.

La bière est une boisson fermentée, une tisane stomachique excellente. La difficulté de se procurer, en tous temps, une eau d’excellente qualité et le besoin de favoriser la digestion d’aliments plus ou moins réfractaires à l’estomac, ont fait inventer les boissons fermentées, en tête desquelles la bière se place naturellement dans les climats où les fruits acidulés et sucrés mûrissent incomplètement.

Malheureusement, la manie de faire du nouveau a parfois mis en vogue, dans nos contrées, des bières étrangères mal cuites, à peine fermentées, ou additionnées de principes amers, sucrés et colorants, de mauvaise qualité.

Toutes les bières, dites de Bavière, sont dans ce cas et doivent être absolument proscrites en Belgique, ainsi que je l’ai démontré dans mes mémoires académiques.

Le vin est la boisson fermentée des pays chauds.

Les vins vieux, comme la vieille bière, sont des toniques excitants et de facile digestion.

Les vins et les bières jeunes sont moins digestifs, mais plus nutritifs, parce qu’ils contiennent des substances gommeuses, saccharines ou extractives, non encore dédoublées en arôme, alcool et résidu (dépôt, tartre), qui se comportent dans l’estomac comme des matières alimentaires.

Les vieux vins sont des cordiaux dont il faut user en petite quantité pour stimuler les nerfs et fouetter le sang (bourgogne, vieux bordeaux, lambic, faro); les vins jeunes sont des boissons légèrement nourrissantes qu’on ne doit ingérer qu’en mangeant, à l’heure des repas.

Les premiers conviennent aux sujets lymphatiques, aux malades affaiblis par de longues souffrances; les seconds, aux enfants, aux femmes, aux hommes de cabinet, à tous les tempéraments nerveux.

Le cidre tient le milieu entre la bière et le vin. Boisson aigrelette, stomachique, saine, plus ou moins capiteuse.

Le café et le thé sont des excitants simples à hautes doses. Bris sous forme d'infusions légères et surtout avec du lait et du pain,

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ce sont des liquides aromatiques faiblement stimulants, qui conviennent â tous les estomacs et à tous les âges.

On a dit et écrit beaucoup de sottises sur les inconvénients du café et du thé pris seuls, ou mélangés avec plus ou moins de lait. L'abus de ces excitants est, sans contredit, toujours nuisible; mais on peut en dire autant de tous les aromates et de tous les condiments, cannelle, poivre, gingembre, vanille, sauge, sariette, menthe, thym, laurier, muscades, girofles, eau de rose, de fenouil, d’anis, de mélisse, de tilleul, de sureau, qui jouent un si grand rôle et qui sont si utiles, si nécessaires même, dans le régime alimentaire de toutes les classes de la société.

Les liqueurs alcooliques : genièvre, cognac, rhum, sont des condiments, à doses modérées; des poisons, à hautes doses.

L’usage de ces liquides, comme boissons, devrait être sévèrement réglementé, par l’hygiéniste, dans les climats tempérés et dans le midi.

Dans nos mœurs et coutumes, nous ferions bien de remplacer les liqueurs spiritueuses, proprement dites, par les jus et sirops aromatiques, le punch, l’anisetle, les crèmes de mélisse, de menthe, de gingembre, les gelées de raisins, d’ananas, de framboises, d’abricots et de groseilles, que les ménagères pourraient fabriquer elles-mêmes aussi bien que la bière et le pain.

— Comment doit-on régler ses repas?

En Belgique, un déjeuner le matin; un deuxième repas, dîner ou second déjeuner, vers le milieu du jour; un troisième, vers d ou 7 heures, pour les adultes des professions intellectuelles et ceux des professions sédentaires.

Aux enfants, on peut permettre quatre, et même dans la première enfance, cinq repas par jour, ainsi qu’aux manouvriers qui exercent une profession active, dans les ateliers ou en plein air.

— Doit-on boire entre les repas ?

Le moins possible. Imitons, sous ce rapport, la sobriété des français et des Espagnols. En revanche, arrosons bien nos aliments, le matin, à midi et le soir, d’eau ; et d’un peu de bière, de vin ou de café.

Le liquide aide la digestion du solide.

ORGANES DIGESTIFS, ALIMENTS ET IIOISSONS

— Peut-on dormir ou travailler immédiatement après le repas? Jamais !

Le manouvrier doit se reposer pendant au moins une demiheure, soit en causant, soit en se promenant, soit, comme le Liégeois, en roulant ses pouces, avant de se livrer à ses occupations ordinaires. L'homme de cabinet doit prendre au moins une heure de distractions agréables avant de se remettre à la tâche.

Sinon, redisons-le, gare les indigestions, les crampes d’estomac, les gastrites, les maux de tête et leurs conséquences.

— La digestion est une fonction qui s’accomplit en grande partie à notre insu. La faim appelle les aliments solides et liquides, qui subissent diverses transformations, dans la bouche d’abord (mastication et salivation), dans l’estomac et les intestins ensuite (chymification), et laissent des résidus qu’il s’agit d’évacuer.

La mastication est un acte des plus importants. On peut mâcher vite, mais il faut mâcher bien et longtemps. La cuisson et le découpage au couteau constituent un commencement de trituration ; mais les dents et, à leur défaut, les gencives, doivent achever ce travail, que facilite le suc salivaire : tout cela ne pourrait être trop dit et répété.

Pour vivre longtemps, pour éviter les maladies des voies digestives, il faut non seulement mâcher, triturer à fond tous les aliments, solides et demi-solides, mais veiller à ce que les évacuations des résidus digestifs par la vessie et le rectum se fassent complètement tous les jours, à mesure que les besoins se prononcent.

La rétention volontaire des fèces et de l’urine produit les hémorroïdes des adultes, les maladies de vessie des adolescents, la pierre des petits garçons, la constipation et ses dangers chez tous les sujets.

La constipation est la principale cause des convulsions, dans le jeune âge, et de l 'apoplexie dans un âge avancé. Lest donc une infirmité qu’il faut combattre sans relâche.

Les petits lavements d’eau et d’huile, quelquefois le sirop de rhubarbe, ou de chicorée, ou de manne, suffisent pour les nour-

rissons.

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Dans la seconde enfance et dans l'adolescence, on voit fréquemment survenir la constipation par inertie ou imprévoyance.

Voici pourquoi et comment. Les enfants sont vifs, enjoués. On les habille proprement. On leur inculque de bonne heure des notions de propreté. Mais on néglige parfois de les conduire régulièrement, deux fois par jour au moins, aux lieux d’aisances et de leur répéter, à satiété, qu’il ne faut jamais se retenir quand le besoin de faire pipi ou kalia se fait sentir; au contraire, qu’il faut le dire tout de suite, et courir bien vite à tel endroit ou bien se soulager où l’on est, si le lieu s’y prête.

Ce précepte, avec les modifications qu’exigent les convenances sociales, est applicable à tous les âges et aux deux sexes.

C’est aux femmes surtout qu’il est nécessaire de redire : cédez sans retard, sans délai, aux premiers besoins d’évacuations qui se présentent, sous peine d’arriver ù des constipations habituelles, qui font le tourment de tant de personnes du sexe, et qui contribuent, pour une large part, au développement des maladies chroniques de la matrice.

Quand les évacuations alvines sont difficiles, il est indispensable de recourir, même tous les jours, aux lavements ou aux laxatifs alcalins, à doses modérées. (Voir : Seconde partie : Purgatif.)

Condiments. — 11 est bon de connaître le rôle que les condiments sont appelés à remplir dans l’alimentation.

Les condiments se rangent en deux catégories : les condiments salins ou apéritifs, et les condiments aromatiques ou digestifs.

L’utilité, la nécessité des condiments salins (sel de cuisine, crème de tartre, carbonate de soude ou de potasse) est indubitable.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à se rappeler l’origine marine de l’homme et de tous les animaux terrestres. Le sol est imprégné de sels de potasse et de soude, résidus des dépôts marins qui ont couvert la surface du globe à l’époque de ses premiers refroidissements. Les sels de potasse et de soude font partie intégrante de l’organisme animal. Si celui-ci n’en trouve pas suffisamment dans les fruits et les plantes dont il compose une partie de sa nourriture, il doit en prendre dans le sol et l’introduire dans sa cuisine, qui n’est, au fond, qu’un laboratoire culinaire.

Le sel de cuisine (chlorure de soude) peut être avantageusement

ORGANES DIGESTIFS, ALIMENTS ET DOISSONS

remplacé par le sulfate de soude (sel de Glauber), la crème de tartre (bitartrate de potasse), le bicarbonate de soude, le carbonate de potasse et le carbonate de soude, voire même le chlorate et l’azotate de potasse, à des doses variables selon leur degré d’alcalinité.

Les ménagères, malheureusement, ne savent pas toujours employer convenablement le sel de cuisine. Elles ont la détestable manie de saler et d’aromatiser de très bonne heure leur pot-au-feu, leurs légumes et leurs viandes.

Cela est irrationnel, anti-économique.

Le sel, introduit dans le potage ou le bouillon en même temps que les légumes ou la viande, durcit ces divers aliments et retarde leur cuisson, sans rien ajouter à leurs qualités. Il ne faut mettre le sel et les aromates dans les aliments solides et liquides que dans les derniers moments de leur passage sur le feu. Ils seront plus délicats, plus savoureux, mieux cuits et aussi bien salés, qu’en agissant comme on le fait aujourd’hui dans nos ménages.

Les aromates : poivre, cannelle, girofle, muscade, thym, laurier, etc., sont remplis d'huiles essentielles végétales.

Qu’est-ce qu’une huile essentielle végétale? C’est simplement du sucre et de la gomme, transformés par le soleil en alcool et en éther, dans les tuniques des fleurs, des fruits, des feuilles et des tiges herbacées de certains végétaux.

En un mot, c’est du soleil, ou de l’oxygène, incorporé aux carbures d’hydrogène, qui se développent dans le cours de la respiration et de la nutrition des plantes, au moyen du charbon et de l’eau que fournissent l’air atmosphérique, d’une part, et le sol, de l’autre.

Ces aromates sont très utiles comme excitants et ferments digestifs à tout le monde, mais surtout aux estomacs paresseux et aux personnes qui mangent beaucoup de légumes et de farineux.

Les alcooliques légers et les aromates végétaux sont recommandables aussi tout particulièrement aux savants, aux hommes de lettres etd’État, qui dépensent une quantité considérable de substance nerveuse par les sensations internes et externes, autrement dit : par les vibrations directes et réflexes, que le travail intellectuel suscite dans le cerveau et les organes des sens.

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