‹ L'art de vivreChapitre 39 sur 168 · COMMENT ON DEVIENT IVROGNE ET POURQUOI L’IVROGNE NE S’AMENDE PAS · texte numérisé non relu

COMMENT ON DEVIENT IVROGNE ET POURQUOI L’IVROGNE NE S’AMENDE PAS

Qui a bu boira. — Ce proverbe expressif est l’un des plus vrais qui aient été imaginés par l’esprit observateur du peuple.

Comment se fait-il que des hommes intelligents, des pharmaciens et des médecins même, qui connaissent les dangers et les suites terribles de l’ivrognerie, ne parviennent pas à se corriger de la funeste habitude de boire outre mesure des liqueurs fermentées ou alcooliques?

Cette particularité pathologique s’explique naturellement.

Les alcools et les ferments contenus dans les boissons populaires, sont des comburants, de véritables caustiques, qui se combinent chimiquement avec l’eau ou le carbone des tissus. Ils provoquent ainsi, dans toute l’économie, une combustion lente qui, comme toutes les combustions organiques ou minérales, s’accompagne de production de chaleur et d’électricité. Il résulte de là une fièvre ardente, générale, dont le phénomène le plus marquant et le plus insupportable est une soif incessante, continue, inextinguible.

Le buveur d’alcool ou de liquide fermenté est toujours altéré. Plus il boit, plus il se consume petit à petit, et plus il éprouve l’irrésistible besoin de boire. On lui donne de l’eau, de la tisane; cela le rafraîchit peu, parce que ses papilles gustatives irritées, enflammées, restent insensibles aux liquides fades. Il lui faut de l’alcool, des caustiques de plus en plus forts, afin que ces liquides ardents cautérisent momentanément son palais, sa gorge, et éteignent, pour quelques minutes, l’irritation morbide de ses muqueuses bucco-intestinales.

C’est cette combustion lente, cette fièvre continue, cette soif dominante, qui entraîne le buveur à boire toujours, à boire de plus en plus, malgré sa volonté impuissante, sa raison dominée et ses tardifs regrets.

Que conclure de là?

Qu’il faut s’arrêter sur cette pente fatale avant gue la fièvre et la soif deviennent incoercibles. Sinon, quand le corps se consumera sous l’action de l’oxygène, qui constitue l’essence des alcools et des éthers, il sera trop tard : alors, qui a bu boira !

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