‹ L'art de vivreChapitre 38 sur 168 · OIS · texte numérisé non relu

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du cerveau et des poumons apparaissent, amenant à leur suite la dépression des forces, le coma, la paralysie et l’asphyxie.

Le traitement de chacune de ces indispositions doit être approprié aux symptômes prédominants qu’elles présentent et aux causes particulières qui les produisent.

Ainsi la somnolence et les déjections fétides, qui caractérisent Yivresse due aux bières jeunes, doivent être combattues par un mélange de sulfate de soude et de carbonate de potasse, délayés dans une petite quantité d’infusion forte de café.

A l’indigestion acide, à la céphalalgie et au délire plus ou moins prononcé, mais généralement peu durable, qu’occasionnent les bières fortes, on oppose avantageusement le café chaud, additionné de parties égales de carbonate de potasse et de bicarbonate de soude.

Le traitement de l’ivresse que provoque la bavière est un peu plus compliqué.

. L’indigestion, et la. fermentation acide qui l’accompagne ou qui l’a suscitée, peuvent être atténuées par des boissons franchement alcalines, comme dans les deux espèces précédentes d’ivresse.

Mais les frissons, le refroidissement général de la peau et des membres, les spasmes musculaires et la tendance aux lipothymies, qui forment le cortège habituel des indigestions graves, et qui se présentent plus particulièrement avec une remarquable intensité dans les indigestions de bavière, exigent des soins immédiats, analogues à ceux qu’on recommande dans les cas d’empoisonnement ou de choléra nostras, et qui consistent dans l’application autour du corps des divers caléfacteurs, propres à entretenir ou à ranimer la chaleur vitale.

La céphalalgie et les hallucinations, qui persistent après que tous les autres accidents ont disparu, doivent être réprimées par les opiacés.

Enfin, dans certains cas, la ténacité des phénomènes cérébraux, chez des sujets pléthoriques ou atteints de diathèse goutteuse, oblige de recourir aux déplétions sanguines locales et même générales, sangsues ou saignée.

L’ivresse alcoolique réclame des soins analogues è ceux de l’ivresse par la bavière.

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— Y a-t-il quelque moyen apte à prévenir les accidents de l’ ivresse chez les buveurs?

Nous n’en connaissons qu’un, un seul, et il est infaillible : c’est de ne jamais boire trop!

Ce moyen est à la portée de tout le monde.

Comment se fait-il que l’homme soit assez bestial pour se laisser entraîner, sous des prétextes injustifiables, à boire outre mesure?

Et quand je dis bestial, je fais injure aux animaux, non parce que, selon un ancien paradoxe, ils se distingueraient de l’homme, en ce qu’ils ne boiraient jamais sans soif, ni ne mangeraient sans faim, ce qui est loin d’être exact, mais parce que l’homme est le seul animal qui, connaissant les dangers de l'intempérance, ne craint pas de s’y livrer avec excès, ce qui est le comble de la stupidité.

Au nombre des accidents mortels qui sont parfois la suite de l’ivresse, contentons-nous de signaler les congestions viscérales et Y asphyxie consécutive.

— Dans les cas où le sujet est ce qu’on appelle : ivre-mort, il faut le placer dans un lit très bien chauffé, et le faire transpirer au plus vite, en lui faisant avaler du café fort, très chaud, avec quelques gouttes d’une potion amoniacale, et en appliquant aux jambes et aux cuisses des révulsifs rapides : sinapismes , ventouses, etc.

Ivrognerie. — Je n’entends pas, par le mot ivrognerie l’état habituel d’ivresse, comme on l’admet dans le langage vulgaire, mais l’état physique et moral des gens qui prennent habituellement trop de boissons fermentées ou alcooliques.

J’ai connu des ivrognes qui sont morts jeunes, par suite de l’abus journalier de ces boissons et qui étaient rarement arrivés à l’ivresse proprement dite.

L’ivresse, d’ailleurs, a des degrés, depuis le moment où les fonctions du cerveau commencent à se troubler, jusqu’au point où elles sont complètement perverties. Et il n’est pas rare de rencontrer des sujets qui, durant de longues années, n’ont guère passé un seul jour sans offrir le premier degré de l’ivresse et qui sont tombés dans l’abrutissement et la stupidité, sans avoir jamais perdu, même momentanément, ni l’équilibre corporel, ni ce qui leur restait de bon sens et de raison.

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Jetons un rapide coup d’œil sur les principales maladies auxquelles les ivrognes sont particulièrement exposés.

Les réactions franchement inflammatoires sont rares chez ces sujets. L’action du froid et les variations brusques de température peuvent leur occasionner des pneumonies, des pleurésies, des angines, l’inflammation aiguë des membranes muqueuses ou des tuniques séreuses de tel point ou de tel organe de l’économie, un rhumatisme articulaire universel même; mais, dans ces divers cas, les symptômes de réaction locale ou générale ne sont pas toujours nettement accusés.

Le système nerveux, chez ces malheureux, est tellement émoussé et le sang si froid, si torpide, que les maladies aiguës les plus graves s’implantent dans leur substance sans exciter ces troubles initiaux qui, chez les sujets sains, éveillent l’attention du patient et provoquent la sollicitude immédiate de son entourage.

Il y a toujours quelque chose d’insidieux dans les affections qui surviennent chez les ivrognes. La gravité du mal ne peut jamais s’y préjuger d’après l’étendue ni le degré des souffrances.

On peut dire qu’il n’y a pas de maladies aiguës légères chez ces gens-là; elles sont toutes sérieuses d’emblée, et, jusqu’à leur entière guérison, elles peuvent, d’un instant à l’autre, prendre subitement des proportions inquiétantes.

Les buveurs sont exposés comme tout le monde, et plus que tout le monde, à contracter les diverses maladies chroniques qui affligent l’humanité.

Dans ces cas, ainsi que dans les affections aiguës dont il vient d’être question, leur triste constitution complique et aggrave les désordres organiques et fonctionnels, qui sont la conséquence de toute maladie, légère ou non.

En règle générale, ce sont les voies digestives et leurs annexes, le foie, le pancréas et les glandes salivaires, qui sont le plus souvent altérées dans leur substance et, par suite, dans leurs fonctions, chez l’ivrogne, soit dans la période de pléthore séreuse et de polysarcie plus ou moins prononcée, soit dans celle de l’émaciation et du dépérissement.

Les muqueuses de l’estomac et de 1 intestin grêle deviennent pâles et boursouflées. Plus tard, ces muqueuses finissent par

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s’ulcérer. Enfin, les dégénérescences du foie, telles que la cirrhose et le cancer, emportent beaucoup d’ivrognes.

En résumé, Y abus des bières rend l’homme lourd, pesant, l’abrutit, le bestialise, et finit par lui enlever toute aptitude intellectuelle.

L 'abus du vin, et surtout l’abus des spiritueux, irritent, exaltent le cerveau, en attaquant directement sa substance; de là les hallucinations des sens, les manies diverses, la perversion des sentiments et du caractère, les anomalies de la sensibilité, le tremblement convulsif, le delirium tremens, le ramollissement lent ou apoplectique, la démence et la paralysie générale, qui sont le triste apanage de l’alcoolisme et qui peuvent, il est vrai, mais plus rarement et à des degrés moins prononcés, se rencontrer dans la diathèse séreuse due aux boissons fermentées.

Les organes des sens sont également altérés par l’abus de la bière et par celui des liqueurs spiritueuses.

L’ivrogne perd insensiblement chacune de ses facultés sensorielles : la vue s’éteint, le goût s’émousse, l’odorat, l’ouïe et le toucher deviennent obtus.

Chez l’alcoolisé, outre l’insensibilité relative qui provient de l’altération particulière du cerveau, il existe, au moins pour la langue et la bouche, un état d’atonie ou d’atrophie nerveuse locale, résultant du contact fréquent de l’alcool sur les papilles nerveuses.

C’est ce qui amène cette catégorie d’ivrognes à prendre des liqueurs de plus en plus fortes pour exciter ce sens émoussé.

Us en arrivent à boire de l’acide sulfurique plus ou moins dilué, pour éprouver encore une certaine jouissance au moment de la déglutition !

A l’Université de Louvain, il existait, jadis, un garçon d’amphithéâtre qui buvait l’alcool dans lequel on conservait les préparations anatomiques, et le remplaçait par de l’eau.

Les buveurs de bière n’en viennent jamais à ce point. L’affaiblissement fonctionnel de leurs sens est plutôt la conséquence de l’atonie générale de l’économie que d’une altération spéciale des nerfs et des organes de la vue, de l’odorat, de l’ouïe, du goût et du toucher.

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A cet exposé succinct des maladies chroniques si nombreuses et si graves que l’usage immodéré des boissons traîne à sa suite, .ajoutons deux simples remarques :

Les ivrognes qui procréent des enfants, courent risque d’engendrer, non pas seulement des avortons, mais de malheureux idiots, des crétins, des épileptiques, dignes fruits d’une abrutissante passion !

Les ivrognes qui doivent subir des opérations chirurgicales, par suite d’accidents ou de maladies, guérissent difficilement. Les os fracturés tardent à se consolider; les chairs déchirées se. cicatrisent lentement. La moindre plaie devient chez eux un ulcère souvent incurable, que parfois même il serait dangereux de guérir, si on le pouvait, parce qu’il sert d’émonctoire à un sangimpur et de révulsif à des viscères enflammés.

Comment faut-il traiter les ivrognes ? Peut-on espérer les guérir et les corriger de leur odieuse et funeste habitude ?

Je ne le pense pas. On peut prévenir le développement de l’ivrognerie, mais on réussit rarement à rendre sobre un ivrogne.

Cependant, je suis bien éloigné d’imiter ces philanthropes à courte vue, qui, non contents de s’élever contre l’abus des alcooliques — abus, on vient de le voir, qui est un grand vice, une cause de terribles et impitoyables maladies — voudraient en proscrire l’usage; qui appellent le genièvre : le choléra liquide, et le rendent seul responsable de l’abrutissement physique et moral de tant de malheureux ouvriers que l’on voit trop souvent, de nos jours surtout, déserter l’atelier pour hanter les cabarets et finir par peupler les hôpitaux et les hospices.

Oui, les excès alcooliques sont pernicieux, comme d’autres excès. Oui, les ivrognes sont incorrigibles : qui a bu, boira.

Mais l’alcool est aussi nécessaire à l’entretien de l’organisme animal que la procréation à la conservation de l’espèce.

Usez donc, mais n’abusez pas, ni de la bière, ni du vin, ni de l’alcool, ni de l’amour.

Voilà la vérité !

Dans quelques pays de l’ancien et du nouveau continent, pour prémunir les populations contre l’ivrognerie, on a institué des sociétés de tempérance.

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Société de tempérance. — En Angleterre, en Suisse et surtout en Amérique, des philanthropes dévoués de l’un et de l’autre sexe essayent, par toute espèce de moyens de propagande, d’empêcher les populations de s’adonner à cette dégradante passion, et surtout de ramener dans la bonne voie les malheureux qui l’ont quittée.

■l’ai connu un avocat distingué qui, jusqu’à l’époque de son mariage, n’avait jamais fréquenté les cafés ni les cercles et qui vivait avec la plus grande sobriété, tout entier dévoué à l’exercice de sa profession. Mais il était entouré d’amis qui aimaient à boire.

Insensiblement, il se mit à faire honneur à leurs invitations en buvant avec eux. 11 prit goût à la boisson. L’ivrognerie vint à grands pas.

Cependant, une lutte longue et terrible s’établit entre l’homme et la brute, entre l’esprit et le corps, entre la dignité qui se révoltait et retrouvait de nobles élans de fierté, et la passion honteuse qui envahissait les sens et gagnait le cerveau.

Que de fois ce malheureux s’apostropha des plus véhémentes épithètes, le matin à jeun, et se retrouva gris le soir ! Je lui lis entreprendre un long voyage, en compagnie de sa femme. Durant six mois, il fut sobre. On le crut guéri. A peine rentré dans sa ville natale, il resta quinze jours sans sortir de chez lui. Le seizième jour, il se rendit au tribunal et en revint... ivre.

11 ne s’est pas dessoûlé à partir de là jusqu’à l’heure suprême, où, à 40 ans, usé par des vomissements crapuleux, incoercibles, il succomba à un ramollissement subaigu de l’estomac.

Ce n’est pas aux ivrognes, mais aux populations saines que les sociétés de tempérance doivent s’adresser.

C’est à taire connaître par la parole et par les livres comment 1 ivrognerie s’établit dans les habitudes organiques et fonctionnelles, quels sont les maux qu’elle engendre et les conséquences qui en résultent, que devraient tendre tous leurs efforts.

A ce point de vue, les sociétés de tempérance ont une sérieuse raison d’être et une incontestable efficacité.

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