CHAPITRE PREMIER
VIE FOETALE.
Les époux jeunes et vieux doivent savoir que tout rejeton conçu dans le cours d’une perturbation vive du corps ou de l’esprit de l’un des conjoints, telles que l’ivresse, la colère, la frayeur, une grande fatigue musculaire, une maladie grave ou une convalescence imparfaite, a toute chance de n’être qu’un avorton ou un être mal conformé.
On a beaucoup écrit sur la Callipédie ou l’art d’avoir des enfants de belle et bonne complexion. Je me suis moi-même donné la peine de rechercher les causes ordinaires des ressemblances qu’on remarque si fréquemment entre les physionomies de certains sujets appartenant à la même famille ou à des familles étrangères, et je suis arrivé à cette conclusion, entre autres, que les souvenirs qui ont réveillé habituellement dans le cerveau de la mère des images agréables ou désagréables pendant la grossesse, jouent un grand rôle à cet égard. C’est pour cela que les anèiens ornaient les chambres nuptiales de beaux portraits, de statuettes représentant des génies, des anges, des ancêtres illustres ou regrettés, et de tableaux gais et riants.
En vertu de la loi universelle d 'attraction, qui régit les phénomènes de la nature, le bien et le beau créent le bien et le beau, le mal engendre le mal, au physique comme au moral, le moral et le physique ne constituant qu’une même entité chez l’homme.
Durant la gestation, deux existences sont en jeu, s’influençant d’une manière réciproque. Les impressions de la mère se répercutent sur l’enfant, et les divers états de ce dernier modifient plus ou moins profondément le caractère et la constitution de la première. Ces deux êtres sont solidaires. C’est pour cela qu’on doit les étudier l’un et l’autre dans cette période, avant leur séparation définitive.
MALAISES ET SOINS DE LA GROSSESSE
MALAISES ET SOINS DE LA GROSSESSE
Chez tous les peuples, policés ou sauvages, on a des égards exceptionnels pour les femmes qui se trouvent dans une position intéressante. Avec plus ou moins de conscience, les hommes les plus arriérés comprennent que la future mère porte en elle les destinées et l’avenir de leur race, et ils l’entourent de soins et de prévenances qui s’adressent moins souvent à elle qu’à son fruit. Combien ne voyons-nous pas d’hommes, ordinairement grossiers envers leurs compagnes, devenir attentifs pour elles dès qu’elles sont entrées dans les phases de la maternité? Nos sentiments, nos mœurs, nos coutumes et nos lois ne protègent-ils point d’ailleurs, tout particulièrement, les personnes du sexe qui sont dans cet état ?
On ne doit guère se préoccuper des malaises des premiers jours de la conception. Le repos, le calme des sens, un peu de réserve dans l’alimentation et dans les plaisirs suffiront presque toujours pour les apaiser. Cependant ils prennent parfois, chez certains sujets, des proportions pénibles. Les traits s’altèrent, l’appétit disparaît et des vomissements rebelles surviennent tous les matins et quelquefois pendant la journée. Ces phénomènes sont la conséquence de la fluxion sanguine qui se porte naturellement vers les viscères du bassin. Il se produit sur ce point une véritable congestion, accompagnée d’un sentiment de tension, de lourdeur, de pesanteur, qui s’irradie dans les reins et les jambes. Tout ce qui tend à accroître cette congestion, comme tout ce qui occasionne des secousses brusques dans cette région, peut provoquer l’expulsion du germe. Aussi l’usage des purgatifs énergiques qui s’administrent sous forme de pilules, de poudres ou d’élixir, les chocs de voitures cahotées sur les pavés, les grands efforts musculaires et les grandes fatigues, la marche forcée, la course, le saut, les violents écarts de bras pour atteindre des objets élevés ou pour soutenir de lourdes charges, les excitations et les impressions nerveuses, vives ou prolongées de toute espèce, doivent être absolument interdits, dans les premiers mois de la grossesse surtout,
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époque à laquelle l’embryon n’adhérant pas encore fortement à l’utérus, est le plus exposé à s’en détacher.
Les lavandières, les polisseuses, les hiercheuses et les botteresses sont, pour ces raisons, extrêmement sujettes aux faussescouches.
A part ces précautions, la femme grosse doit continuer à vivre, agir et travailler à l’ordinaire, pour entretenir la régularité de la circulation sanguine dans tout le corps. L’immobilité, le séjour prolongé au lit ou sur des fauteuils, lui seraient aussi préjudiciables que des veilles excessives, le sang, dans ces cas, se portant de plus en plus vers les régions sacrées qui sont déjà le siège d’une congestion insolite.
Quand les malaises de la grossesse prennent des proportions inquiétantes, il faut les combattre activement.
On verra dans la Seconde partie ce qu’il convient de faire contre la constipation habituelle, les vomissements opiniâtres , les congestions sanguines et les varices.
Cependant, il est bon de faire remarquer ici qu’en général, dans ces divers accidents de la grossesse, les médicaments énergiques deviennent rarement nécessaires. Des soins et des précautions hygiéniques suftisent d’ordinaire pour prévenir ou pour combattre la constipation et les vomissements, ainsi que pour éviter ou faire disparaître les principales causes des congestions sanguines du bassin, de la tête et des jambes qui les accompagnent fréquemment.
Laissons donc la mère future accomplir paisiblement et naturellement ses destinées selon les lois de la nature, et n’intervenons pas à tort et à travers, avec nos lancettes et nos drogues intempestives, dans les phénomènes plus ou moins réguliers de cette phase de leur existence.
Mais les malaises et accidents, ainsi que les maladies aiguës ou chroniques, plus ou moins graves, dont la femme peut être affectée, à l’état de grossesse, doivent toujours être traités convenablement et soigneusement, parce qu’ils finiraient par exercer une influence morbide sur le fruit lui-même.
Quant à ce dernier, en dehors des vices de conformation, il n est guère sujet, avant la naissance, à des affections qui lui soient
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exclusivement propres. Intimement uni à sa mère, il souffre surtout de ce dont elle pâtit. Cependant il peut contracter la jaunisse , devenir hydropique , s’étioler, se dessécher et mourir longtemps avant d’être expulsé, sans que la mère paraisse sérieusement malade.
Il est évident qu’on ne peut constater l’existence de ces maladies fœtales avant la sortie de l’embryon.
— La grossesse se termine naturellement par le travail de parturition, ou accidentellement par une fausse-couche. Disons un mot de ce dernier cas : F avortement. Nous nous occuperons plus loin du premier.
V avortement ou fausse-couche, qui est très souvent la suite d’imprudences occasionnées par l’ignorance des gens du monde en matière d’hygiène, est toujours un événement sérieux, plus grave que l’accouchement naturel, principalement chez les primipares et dans les quatre premiers mois de la grossesse. Dès que ce phénomène semble devoir se produire — on s’en aperçoit tout de suite à un écoulement de sang, plus ou moins douloureux — il est urgent de réclamer les soins d’un excellent accoucheur et de ne pas s’en rapporter à ceux des sages-femmes, qui manquent généralement de connaissances et d’habileté suffisantes pour triompher heureusement de tous les incidents qui peuvent se présenter, et dont le plus à redouter est la rétention des annexes de l’embryon dans la matrice.
J’ai vu beaucoup de jeunes femmes devenir stériles à la suite d’un premier avortement, dans lequel elles avaient été assistées par des gens incapables ou inhabiles.
Cette remarque a la plus haute importance pour l’avenir des mères de famille.
— Il existe des préjugés regrettables en ce qui concerne la vie fœtale.
Ainsi l’on prétend que les enfants sont moins viables à huit mois qu’à sept.
Voici la vérité :
Vers le septième mois, le fœtus, déjà fort, prend sa position définitive; la tête, suivant les lois de la pesanteur, se place en bas sur le col utérin. Or, il peut se faire que la pression continue de
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la tête sur le col de la matrice excite des contractions expulsives dans cet organe et détermine la naissance prématurée, à sept mois, d'un enfant viable. ’
Mais après le septième mois révolu, tout étant bien disposé, il faut généralement une cause accidentelle, plus ou moins violente, pour provoquer l’accouchement avant terme, par exemple à huit mois; et c’est alors V action de cette cause anti-physiologique, qui en constitue le danger pour l’enfant et pour la mère. Sinon, le petit être naissant naturellement, sans cause morbide provoquante, aurait plus de chances de vie à huit mois qu’à sept mois, puisque son évolution est plus avancée.
— Parlerons-nous des envies qui surviennent chez certaines personnes et que, selon les femmes du bon vieux temps, il faudrait satisfaire coûte que coûte?
Il n’y a certainement nul danger à satisfaire les envies raisonnables. Quant aux envies déraisonnables, si les maris ou les familles ne parviennent pas à les déraciner de l’esprit de la femme, qu’ils s'adressent aux médecins. Ceux-ci trouveront toujours bien dans leur imagination et, au besoin, dans leur arsenal thérapeutique, le moyen de vaincre, sans dommage pour personne, les plus bizarres exigences.
— On attribue aussi trop légèrement à certaines impulsions dominantes de la grossesse la cause de certains délits, larcins, vols, etc., que commettent des femmes plus ou moins aisées et pourvues de plus ou moins d’instruction. Dans les cas bien rares où cette cause serait réelle, elle n’aurait fait que développer un penchant vicieux, et il n’y aurait pas lieu d’absoudre complètement la coupable : on devrait tout au plus lui appliquer des circonstances atténuantes.
— Dans les annales de l’ancienne médecine classique, de même que dans les préjugés du monde, on exagère aussi trop généralement les conséquences de ce que nous appelons l’atavisme ou I hérédité, qui prennent leur source dans la vie fœtale.
Le germe de tout être nouveau dans la nature organique est constitué par un embryon microscopique, qui est la miniature ou la réduction de l’individu dont il émane. Ce germe est alimenté d’abord par quelques granules assimilables qui lui
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adhèrent ordinairement. Ensuite, ce sont les sucs mêmes de la mère chez les animaux supérieurs, ou du sol chez les végétaux, qui fournissent à l’embryon les éléments nécessaires à son développement. Oh sait que chez les ovipares c’est dans l’albumine de l’œuf même que l’embryon trouve tous ces éléments, jusqu’à l’heure où il sort de la coquille.
Or, en vertu de la loi biologique que j’aurai souvent l’occasion de rappeler : Similia similibus nascuntur, tout germe organique quelconque, fût-il un simple granule, tend à reproduire son semblable, son identique peut-on dire, lorsqu’il est placé dans des conditions favorables à son développement ou à sa prolifération. Un pépin de poire de l’espèce bergamote, par exemple, ne donne-t-il pas naissance, s’il rencontre des conditions vitales favorables, à un poirier de la même espèce?
L 'atavisme ou la tendance des enfants à retourner au type ancestral, quand une ou deux générations en ont été plus ou moins détournées, est un fait réel, mais pour qu’il se produise il faut que les germes successifs n’aient subi que des altérations ou des modifications de détail, qui n’ont nullement influencé l’organisme principal des individus.
L'hérédité ou la transmission aux germes des caractères des parents est dans le même cas que l’atavisme. Les traits essentiels de la race se transmettent nécessairement; mais les particularités individuelles qui sont spéciales aux procréateurs ne se transmettent pas nécessairement ni surtout d’une manière complète.
Sous le double rapport de l 'atavisme et de l’ hérédité, il faut donc établir les distinctions suivantes : les caractères de la race sont transmissibles intégralement par hérédité, et ne se perdent que par la destruction de la race ou par la fusion ou l’absorption de la race dans une race voisine. Les caractères de l’espèce se transmettent aussi, mais moins intégralement que ceux de la race.
Les particularités organiques, propres seulement à l’individu, ne se transmettent pas toujours, et quand elles persistent dans les germes, elles sont généralement incomplètes et instables.
Il résulte de là que l’inlluencc de l'éducation et des milieux ambiants s'exerce principalement sur les particularités indivi-
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duelles, physiologiques ou pathologiques, et peut les taire disparaître en totalité; tandis que, sur les caractères d’espèces et de races, cette influence n’a d’efficacité sérieuse que par une longue suite de générations ou sélections bien ordonnées ou fatalement réussies.
Ces remarques biologiques nous aideront à montrer plus tard que les maladies héréditaires, dont les auteurs classiques font encore si souvent un épouvantail aux yeux des familles, ne sont ni aussi tenaces, ni aussi redoutables qu’ils veulent bien le dire.
Certainement, il n’est pas, pour l’enfant, d’héritage plus direct ni plus certain que celui de la santé de ses parents. La constitution, le tempérament et les prédispositions de tout individu se transmettent, par la fécondation et la conception, avec la vie; mais ces propriétés originelles peuvent être ensuite modifiées par l’éducation, par l’habitude, par tous les moyens diététiques et gymnastiques que l’hygiène possède, et pcuven t se transformer, si pas toujours complètement, au moins en grande partie très souvent.
Unissez un homme et une femme qui ont un tempérament nerveux : l’enfant issu de cette union court risque d’être un jour atteint de chorée, d'hystérie ou d’épilepsie ; le fruit de deux sujets lymphatiques est presque toujours scrofuleux.
Les conséquences de l’hérédité sont toutefois assez graves pour engager les jeunes gens à veiller sur leur conduite et à ne pas suivre pour unique guide, dans le choix réciproque d’une épouse ou d’un époux, les caprices inconstants de l’amour.
Les proverbes, qui sont la sagesse des nations, déclarent que l’harmonie résulte des contrastes. Ceci est plus profondément vrai qu’on ne le croit, aussi bien sous le rapport physique qu’au point de vue moral.
Au nombre des principales maladies héréditaires, il faut signaler : la goutte, la gravelle, l’épilepsie, la syphilis, les altérations profondes du sang et des tissus, et tous les vices de conformation.
On peut atténuer les inconvénients de l’hérédité de deux manières : en soumettant le plus tôt possible à un régime et à un genre de vie convenables, tout sujet dont le tempérament trop
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accusé, ou la constitution vicieuse, ou les prédispositions organiques spéciales, peuvent être considérés comme un acheminement vers certaines maladies plus ou moins graves, aptes à se transmettre de génération en génération ; et en se gardant bien ensuite d’unir ce sujet, par les liens du mariage, à une personne qui se trouverait dans les mêmes conditions de santé.
C’est, en d’autres termes, par une éducation hygiénique bien entendue et par la sélection rationnelle des individus, qu’on arrivera à prévenir la reproduction des vices héréditaires et à perfectionner la race humaine.