PREMIÈRE ENFANCE — DE LA NAISSANCE A 2 ANS
HYGIÈNE DE LA PREMIÈRE ANNÉE
La révolution qui s’opère dans l’organisme de l’enfant à l’instant même où il entre, pour la première fois, en rapport avec le monde extérieur, est l’une des plus étonnantes merveilles de la nature. Sa peau, tendre et spongieuse, qui avait subi une longue incubation dans un milieu chauffé à plus de 40° centigrades, se trouve tout à coup en contact avec l’atmosphère d’un appartement qui atteint une température, tout au plus, pour la Belgique du moins, de 20° centigrades en hiver et 26° en été.
De là une sensation étrange de froid, accompagnée d’un frissonnement intime, d’une horripilation imperceptible, qui se communique par le système nerveux à l’appareil cérébral et qui de là, par mouvement réllexe du réseau électro-vital, se transmet aux poumons, qui se dilatent (première inspiration); au cœur, qui ferme sa soupape fœtale (trou de Botal) et ouvre ses orificespulmonaires; aux paupières, qui s’écartent et clignotent pour saluer la lumière ; aux cordes vocales, qui vibrent à l’unisson pour annoncer qu’un être nouveau vient demander aussi sa part de soleil et d’aliments.
Tous ces phénomènes mécaniques naturels s’enchaînent comme les effets successifs, mais quasi instantanés, d’une seule et même cause : le contact de l’air.
L’enfant est frêle, sa peau est délicate, il produit par lui-même peu de calorique vital et il en perd facilement, par rayonnement, dans l’air relativement froid où il se trouve.
De là découle l’hygiène des premiers mois de la vie.
11 faut empêcher la déperdition de la chaleur naturelle de
I enfant, par une chemise de toile ou de coton et un ample maillot a larges manches, de laine fine et douce qui l’enveloppe des pieds au cou, et par un bonnet léger, simple en été, double en hiver.
•I.-J. Rousseau, après beaucoup d’autres écrivains, s’est élevé avec raison contre le maillot étroit, raide, dans lequel tant de maladroites matrones ficelaient et s’obstinent encore à ficeler les enfants. Ces petits êtres doivent toujours avoir les bras et les jambes complètement libres dans le maillot à larges manches, fendu de haut en bas par devant, que nous recommandons vivement.
Les nouveau-nés, ne produisant pas assez de chaleur propre, doivent être couvés, si je puis m’exprimer ainsi, pendant les premiers mois, non à l’aide de la chaleur naturelle de la mère ou de la garde, ce qui est peu praticable et pourrait devenir dangereux, mais à l’aide d’une chaleur artificiel le douce, par exemple de briques légèrement chauffées ou de cruchons d’eau tiède, renouvelés autant que de besoin dans leur berceau.
L’oubli de cette précaution — qui doit être prise pendant les cinq ou six premiers mois de la vie, ou même plus longtemps si l’on se trouve en hiver — est certainement la cause la plus fréquente des maladies graves, et souvent mortelles, des jeunes nourrissons, telles que : endurcissement du tissu cellulaire, diarrhées opiniâtres, muguet (rainette), ophtalmies, bronchites, fluxions de poitrine, convulsions.
A sa naissance, l'enfant doit être dégraissé au moyen d’une huile douce ou de graisse non salée, puis lavé à l’eau tiède et habillé. Après cela, on lui donne quelques cuillerées à café d’eau sucrée tiédie, et on le couche dans son berceau, qui doit être un petit lit fixe, immobile, entre deux briques ou carreaux chauffés légèrement ou deux cruchons remplis d’eau chaude, jamais bouillante! A son premier réveil, lorsque sa mère a pris, de son côté, un peu de repos, on le met au sein. S’il tette, c’est bien. S’il ne tette pas, on regarde s’il n’a pas le filet, qu’il faudrait couper très légèrement tout de suite.
Nous verrons au chapitre de Y accouchement quels sont les autres soins qu’il faut donner au nouveau-né.
Alimentation. — Toute femme doit allaiter son enfant. C’est une
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loi universelle qu’on ne peut enfreindre sans compromettre la santé de l’un aussi bien que de l’autre de ces sujets.
Dans les cas exceptionnels où l’allaitement maternel est impossible, il est nécessaire de recourir à une nourrice ou à l’allaitement artificiel au moyen de la cuillère.
Rejetons de la manière la plus absolue l’allaitement direct par un animal, chèvre ou âne, ainsi que l’allaitement au biberon, instrument aussi inutile que nuisible, sous tous les rapports.
J’ai déclaré à l’Académie de médecine que les meilleurs biberons ne valent rien, qu’il faut toujours leur préférer l'allaitement à la cuillère, parce que ces appareils, même les plus simples, sont d’un entretien difficile, que le lait s’y aigrit facilement, que l’enfant se livre â des efforts de succion désordonnés, qui lui occasionnent des dérangements divers; parce que les mères ou les bonnes trop occupées, mal renseignées, laissent volontiers le nourrisson sucer à intervalles irréguliers le contenu du biberon, soit au berceau, soit en promenade dans les petites voitures ou sur les bras de la garde, ce qui provoque des indigestions fréquentes et peut amener des inflammations d’estomac et d’intestins.
Personne ne s’est levé, dans la savante Compagnie, pour prendre la défense des biberons que je proscrivais d’une manière aussi absolue.
Comment faut-il composer l’allaitement à la cuillère:
Un peu d’eau tiède sucrée, le premier jour.
Dès le second jour, une cuillerée de lait de vache frais, non bouilli, pour quatre cuillerées d’eau tiède, à peine sucrée.
Le cinquième jour, on met, pour faire ce mélange, partie égale de lait et d’eau sucrée.
Du dixième au quinzième jour, on arrive à deux cuillerées de lait pour une d’eau sucrée; après cela on donne le lait pur.
Après le second ou le troisième mois, on peut préparer des soupes ou panades de la manière suivante : prenez un morceau de pain de ménage de la grosseur d’une forte noix ; faites- le bouillir dans deux verres à vin d’eau pendant trois à cinq minutes ; rejetez l’eau qui reste et délayez le pain bien imbibé dans un bon quart de demi-litre de lait, bouilli ou non : assaisonnez avec un tout
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petit grain de sel et une petite pincée de sucre. Donnez la partie la plus liquide de cette soupe, en repoussant la plus épaisse au moins jusqu’au quatrième et cinquième mois.
L’entant doit teter cinq, six ou sept fois au plus dans les vingtquatre heures ; quatre, cinq ou six fois le jour et une seule fois la nuit, après le dixième jour.
La quantité de lait nécessaire pour un nourrisson, chaque jour, est de quelques cuillerées à potage les deux premiers jours, un quart de litre le troisième et le quatrième, un demi-litre jusqu’à la fin du premier mois, deux tiers de litre et plus, un litre même, jusqu’à l’époque du sevrage, qui doit se faire vers le dixième ou le douzième mois, sans égard aucun pour ce qu’on appelle les malaises de la dentition.
Nous engageons vivement les mères de famille à rejeter impitoyablement du régime alimentaire des nouveau-nés toutes les fécules et farines quelconques du commerce, que certains médecins, pharmaciens ou chimistes industriels recommandent à grands frais de réclame. Rien ne vaut sous ce rapport le bon pain gris de ménage.
Dans les derniers mois de la première année, l’enfant doit commencer à prendre de légers potages auxdégumes ; un peu d’œuf délayé dans de l’eau sucrée et salée ; des pommes de terre bien cuites et bien écrasées.
Choix d’une nourrice. — Le corps humain doit être considéré comme un vaste cristal dont toutes les particules possèdent individuellement les mêmes propriétés essentielles. L’attraction est la propriété universelle de la matière. Un grain de sable possède une force attractive semblable, toute proportion gardée quant à la masse, à celle de la terre, du soleil et de tous les astres. De même une cellule du corps humain participe aux propriétés de tout l’organisme. Le lait procède du sang, le sang ou la chair coulante procède des tissus et des viscères. Enfin, il est démontré aujourd’hui que les viscères ont des propriétés ou accomplissent des fonctions en rapport avec leur structure et leur composition intime. L’intelligence, l’esprit, les sentiments, les diathèses, les tempéraments, toutes les facultés psychiques et les propriétés biologiques sont tels que les organes les forment, en réagissant
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contre les impressions sensorielles qu'ils reçoivent du dedans et du dehors.
On conçoit, après cela, la portée des relations qui s’établissent par l’allaitement entre la nourrice et l’enfant, et l’importance qu’on doit attacher au choix de la première.
Examinons ici quelques règles qui permettront aux gens du monde de se diriger dans ce choix.
Il faut rejeter les nourrices trop lymphatiques. Le lymphatisme, qui se caractérise par la mollesse, la pâleur des chairs et des poils, et l’inertie du physique et du moral, touche de bien près aux scrofules.
Il faut rejeter aussi les nourrices colériques, méchantes, passionnées, quelle que soit la qualité de leur lait, ou la teinte de leurs cheveux : rousse, blonde, brune ou noire.
Si le père et la mère de l’enfant sont blonds, prenez une nourrice brune ou noire.
S’ils sont bruns ou noirs, prenez une nourrice aux cheveux châtains ou blonds n’allant toutefois pas jusqu’au roux.
Enfin si père et mère sont de tempéraments différents, choisissez pour nourrice une personne qui ait le tempérament du père.
Indépendamment de ces considérations, il est indispensable qu’une nourrice soit saine et intelligente, peu importe du reste son degré d’instruction littéraire ; qu’elle soit bien conformée et que les seins bien développés offrent des bouts de facile accès pour l’enfant ; enfin qu’elle n’ait pas encore allaité pendant plus de 4 à 5 mois si elle est primipare, ou pendant 6 à 7 mois si elle a eu déjà plusieurs enfants.
On se préoccupe généralement beaucoup de la qualité que peut avoir le lait des nourrices et l’on s’en rapporte aux médecins pour l’apprécier. Quand une nourrice présente les conditions que nous venons d’énumérer, il y a tout à croire que son lait est excellent, et la meilleure manière de s’en assurer c’est de se faire montrer son premier nourrisson.
Quel doit être le régime ou le genre de vie de la nourrice? Il est prudent de s’inspirer de ses habitudes ordinaires, afin de ne pas révolter son estomac par des aliments trop nouveaux pour elle.
HYGIÈNE L)E LA PHEMIÈItE ANNÉE.
Il faut éviter surtout les régimes extrêmes : trop de boissons insipides et de substances féculentes appauvrissent la qualité du lait, qui devient abondant mais aqueux; trop de viandes et de boissons fermentées font un lait irritant, acre, qui dérange les voies et les fonctions digestives du nourrisson.
Le régime de la nourrice doit donc être mixte, nutritif, additionné des condiments ordinaires, et parfaitement réglé, suivant les usages de la famille.
On se gardera bien d’exiger que la nourrice donne fréquemment le sein à l’enfant soit le jour, soiL la nuit. Le lait de bonne qualité ne se produit que lentement, peu à peu. La plupart des nourrices qui le perdent prématurément sont victimes, ou de l’imprévoyance exigeante des parents, ou de leur condescendance pour les caprices inconscients de l’enfant : ceci est très important pour la santé des nourrissons.
Le retour des évacuations menstruelles n’est pas un obstacle à la continuation de l’allaitement; mais, en cas de nouvelle grossesse, il faut y mettre immédiatement fin.
Choix d’une bonne d’enfants. — La nourrice est la bonne naturelle de l’enfant, durant la première année. C’est à elle de le promener, de le soigner, de lui faire prendre l’air en temps convenable, de l’aider dans tous ses besoins et de régler tous ses exercices.
Quand il n’y a pas de nourrice pour remplir cette charge secondaire, les gens aisés ont l’habitude de confier l’enfant à une bonne, au moins de temps en temps.
Le choix d’une bonne ne doit pas se faire à la légère. Il faut donner la préférence aux fillettes, propres et actives, de 14 a 15 ans, qui s’occupent avec plus d’attention et de zèle de leurs poupons que les filles d’un certain âge : inutile de dire pourquoi.
Voyons maintenant les soins à donner et les précautions à prendre pour habituer l’enfant ù l’action des agents extérieurs au milieu desquels il devra vivre, et pour le préparer à tirer avantageusement parti de toutes ses facultés dans la lutte pour 1 existence, qu’il commence à l’heure même de sa conception.
Précautions générales. — Le nouveau-né doit être tenu dans un berceau doucement chauffé, ai-je dit.
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Il faut aussi veiller à ce que la clarté du jour ne soit pas trop vive, autour de lui, sous peine de voir bientôt se développer une ophtalmie souvent longue, quelquefois grave, les yeux des nouveau-nés, en général, étant très sensibles à l’action de la lumière à laquelle ils étaient complètement soustraits dans la matrice.
Donc, pas de rideaux blancs autour d’eux : mais toujours une demi-obscurité, durant au moins six semaines.
Placez le berceau-lit de manière qu’en s’éveillant l’enfant, qui cherche toujours la clarté, n’ait pas besoin de tourner les yeux de côté pour la trouver, sinon il devient louche (strabisme).
Baptême. — Dans certaines religions, on a pris l’habitude d’envoyer les nouveau-nés à l’église pour les faire baptiser. Cette coutume est, nous devons le dire, cause de la mort de bien des nourrissons. Courir pendant l’hiver, par exemple, à 2, 3, 4 et S kilomètres de chez soi avec un nouveau-né sur les bras, attendre dans un local froid et humide que le prêtre ait terminé ses cérémonies, n’est-ce pas le comble de l’imprudence?
Comment s’étonner dès lors si, après le voyage nécessité par le baptême, tant de petits enfants sont frappés d’une maladie des yeux, d’une fluxion de poitrine ou de toute autre affection grave? Ces conséquences du froid sont très souvent mortelles ; car, d’après mes relevés personnels, parmi cent enfants qui meurent à l’âge de trois jours à trois semaines, dix au moins succombent à une maladie contractée à l’occasion ou à cause du baptême : 10 pour 100 !...
Les parents qui désirent se conformer aux pratiques du baptême doivent ou attendre que les nouveau-nés puissent impunément être transportés à l’église, ou prier les prêtres de se rendre à domicile pour administrer le baptême.
Circoncision. — Les juifs soumettent leurs petits garçons à une pratique, la circoncision, qui semble avoir une origine ou un but hygiénique. Nous ne voyons à celte opération cruelle que des inconvénients sous tous les rapports. Les juifs intelligents devraient y renoncer.
Vaccination. — Beaucoup de médecins engagent encore les familles à faire vacciner l’enfant le plus tôt possible. C’est une
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erreur. La vaccination occasionne une grande révolution dans l’économie des jeunes sujets; le vaccin est un virus de nature suspecte, qu’il vienne d’un enfant ou d’une génisse; la petite vérole est très rarement sérieuse dans la première année de la vie; la préservation qu’on attribue à tort au vaccin serait, de l’avis même des partisans de cette détestable routine, d’autant moins durable que les vaccinés sont plus jeunes.
Pour ces raisons et beaucoup d’autres, j’ai toujours conseillé aux parents qui veulent absolument faire vacciner leurs enfants, de remettre cette inutile et dangereuse opération à la deuxième année, en attendant que les progrès de notre civilisation trop routinière nous permettent de la supprimer.
Nous reviendrons encore, d’ailleurs, sur cette importante question au chapitre dans lequel nous examinerons les moyens de se préserver des maladies contagieuses.
Précautions particulières . — L’enfant doit être libre dans tous ses mouvements, ai-je dit aussi.
Ayez soin de le vêtir très chaudement en hiver, légèrement en été, et de l’abandonner le plus possible à lui-même sur des tapis, nattes, paillassons, ou sur du sable sec, à l’air libre, chaque fois que le temps le permet.
Les petites voitures, tant à la mode, constituent un véhicule peu recommandable, à cause des secousses et surtout à cause des vibrations continuelles qu’il imprime à tout le corps. Il en résulte fréquemment des indigestions, des congestions cérébrales et des convulsions. L’enfant qu’on veut transporter d’un lieu à un autre, doit être pris à bras ou porté à dos.
On ne doit jamais bercer les enfants, pas même sur les genoux ni sur les bras de la garde ou de la mère.
Les petits chars imaginés pour les soutenir et leur apprendre a marcher sont détestables. Ils sont cause de bien des courbuics vicieuses des os, des jambes et du rachis.
C’est accroché à la main de ses parents ou aux bords des chaises et des pieds de table, que l’enfant doit essayer ses premiers pas.
Surtout pas de suçons, ni d’eau d’orge, ni aucune espèce de ces tisanes que les commères donnent si volontiers aux enfants pour les faire taire, ou pour les rafraîchir.
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Pour toute boisson, en santé, de l’eau pure un peu sucrée ou additionnée de quelques gouttes de lait.
En cas de maladie, c’est le médecin qui doit régler le régime.
L’enfant crie volontiers, c’est son premier langage. Bientôt il sourit, c’est déjà un progrès dans l’organisation cérébrale, Enfin, il murmure et bégaye. On doit alors commencer l’éducation du langage, la gymnastique de la langue, des yeux et des oreilles, qui se développent ensemble.
Les premiers sons et les premiers mots qu’il convient de dire, d’articuler et de répéter pour atteindre ce but, sont : pa-pa, ma-man, tar-ti-ne, A boi-re, ka-ka, pi-pis. Les autres viendront à la file, et facilement après ceux-là, qui résument tous les sentiments et tous les besoins de la première année.
Tenir la liberté du ventre est une affaire très importante à tout âge. Il y a pour les nourrissons deux moyens excellents, les seuls qui soient recommandables : le petit lavement d’eau légèrement chargée d’huile d’olive, qu’on passe à l’aide d’une seringue de métal, dont le bout de la canule doit être bien arrondi; et h; sirop de rhubarbe, qu’on administre par cuillerée à café.
On emploie tantôt l’un, tantôt l’autre de ces moyens, quelquefois tous les deux, quand il y a constipation opiniâtre, coliques violentes, ou apparences de convulsions.
L’enfant, dans la première année aussi bien que dans tout le reste de son existence, doit avoir au moins une selle par jour. Si cette évacuation ne se produit pas naturellement, il faut sans rémission la provoquer, comme nous venons de le dire.
Certains hygiénistes recommandent les bains chauds pour les jeunes nourrissons, d’autres les bains froids.
Le froid tue les jeunes animaux, mal garantis ou mal protégés parleur mère. L’homme n’est ni amphibie ni poisson. Des bains tièdes courts, suivis d’une douce friction sèche, peuvent être donnés, une ou deux fois par semaine au plus, aux enfants, comme à tout le monde, pendant l’hiver.
Pendant l’été, de simples lavages à l’eau dégourdie, tous les jours, suffisent pour entretenir et fortifier la peau des jeunes enfants; ce n’est qu’après la seconde année que l’enfant pourra être soumis aux lotions froides et aux bains froids, très courts, en été seulement.
GYMNASTIQUE DE LA PREMIÈRE ANNÉE
GYMNASTIQUE DE LA PREMIÈRE ANNÉE
La gymnastique est l’une des branches essentielles de Y Art de vivre. Elle ne fait pas seulement partie de l’hygiène, elle est l’hygiène appliquée au développement harmonique de l’organisme humain.
Dans l’exposé des principes et des méthodes gymnastiques, comme dans tout ce qui concerne Y Art de vivre, nous nous dégagerons de toute conception philosophique et de toute considération religieuse, qui n’ont rien à voir dans ces matières, et dont le souci ou le respect scrupuleux ne servirait qu’à fausser le point de départ et, par suite, les déductions de notre travail.
Nous prenons l’homme tel que les sciences modernes, exactes, positives, nous le présentent.
On l’a souvent dédoublé en corps et âme, matière et esprit, instruments et facultés. On lui avait attribué, autrefois, une intelligence distincte de l’instinct et du sentiment. Le cerveau était le pivot de l’une, le cervelet et le cœur étaient présumés les centres des autres.
Laissons de côté ces hypothèses. Au point de vue scientifique, l’homme n’est qu’un système organique vivant, très compliqué, qui reçoit des impressions ou des sensations multiples du dehors et du dedans, et qui réagit plus ou moins vivement sur chacune de ces impulsions par des actes déterminés.
La gymnastique a pour objet de former, développer et perfectionner de plus en plus, tous les organes qui constituent l’économie propre de l’homme.
Mais on aurait tort de considérer chacun de ces organes comme de simples instruments qui obéissent exclusivement à une volonté ou à une impulsion étrangère; ces organes vivent, agissent et réagissent par eux-mêmes, suivant des lois naturelles, parfaitement connues. De là, la nécessité, pour l’application de la gymnastique, d’examiner les diverses parties constitutives du corps humain en elles-mêmes, d’abord, et ensuite dans leurs rapports directs et indirects avec l’ensemble de l’organisme, et avec le monde extérieur.
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Au moment de la naissance, la vie souvent dépend d’un mouvement spécial que le nouveau-né exécute inconsciemment, mais que l’intervention des assistants peut aider ou paralyser. Quiconque, homme ou femme adulte, est exposé à se trouver accidentellement appelé à prêter des soins â une personne du sexe qui accouche, doit être au courant des détails suivants :
Aussitôt que l’enfant a donné le premier signe de vie, on doit lier et couper le cordon ; les animaux le mâchonnent et le broient, ce qui les dispense de toute ligature, dont l’unique but est d’empêcher une hémorragie mortelle du nouveau-né.
Cela ne suffit pas.
Des glaires peuvent obstruer la bouche de l’enfant; il peut avoir le cordon serré autour du cou ; sa tête peut être congestionnée par un travail trop long, par l’application du forceps, ou par un froid excessif (accouchement en plein air, l’hiver).
Dans ces divers cas, une personne tant soit peu expérimentée sauvera souvent Iq vie du petit être, en essuyant lestement les lèvres et les narines, en coupant le cordon sans attendre le premier vagissement, et en laissant couler quelques gouttelettes de sang, avant de le lier à trois centimètres du ventre de l’enfant.
Si le nouveau-né tarde à donner signe de vie, il faut s’empresser de frictionner vivement tout le corps, surtout à la plante des pieds, le long de l’épine dorsale et sur la poitrine ; et de le plonger dans un bain chaud. En même temps, on introduit de l’air dans sa poitrine, en appliquant la bouche près de celle de l’enfant et en soufflant fortement dans sa'gorge, coup sur coup.
Tous les pères de famille et toutes les gardes de couches devraient connaître ces détails.
Après la naissance, s’ouvre la période active de l’existence. La gymnastique, alors, a un double but : développer l’organisme (gymnastique physiologique), et corriger ses imperfections ou scs anomalies (gymnastique thérapeutique).
Gymnastique physiologique : La machine humaine fonctionne dans toute sa contexture au moyen du système nerveux, qui se compose d’un appareil central principal : le cerveau et les ganglions sympathiques; et de fils récepteurs et transmetteurs accès* soires : les nerfs, qui se composent de filaments continus, simples
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ou agglomérés en cordons plus ou moins gros, comme les fils téléphoniques, et qui aboutissent aux cellules de l’appareil nerveux central (nerfs afférents ou nerfs sensoriels, etc.), ou bien en émergent (nerfs efférents ou nerfs moteurs, etc.).
De même que tous les autres éléments de cette machine, le système nerveux est susceptible de modifications, bonnes ou mauvaises, selon qu’il est soumis à une gymnastique favorable ou défavorable à son évolution normale.
1° Gymnastique du cerveau. — Aux premiers jours de l’existence, il ne faut pas chercher à agir directement sur le cerveau délicat des nouveau-nés; mais on doit déjà s’attacher à diriger convenablement l’exercice de leurs sens et des autres appareils organiques, qui sont les stimulants directs du cerveau.
2° Gymnastique des organes des sens. — Les yeux doivent être mis en rapport avec les rayons lumineux du jour ou des lampes, lentement, progressivement, durant les premières semaines de la vie, sous peine de voir ces organes devenir sérieusement malades. Bien des difformités oculaires, le strabisme, la myopie, etc..., datent de cette époque, lorsqu’on néglige de poser les enfants bien directement en face des objets brillants qui attirent leur attention.
Une lumière trop vive éblouit la rétine en lui imprimant des secousses vibratoires trop énergiques, qui se répercutent sur le cerveau et peuvent occasionner une réaction (mouvements réflexes) sur toute l'économie, réaction qui peut aller jusqu’aux convulsions.
Il en est de même des sons trop violents et des chocs physiques trop brusques.
Une demi-obscurité, un demi-silence, le calme du corps, telles sont les conditions extérieures qui doivent présider aux premiers exercices de la vue, de l’ouïe et du reste de l’organisme.
Quant aux organes des sens moins délicats : peau, langue, nez, ils réclament aussi des soins spéciaux. Ainsi, il faut habituer le tissu cutané au contact de l’air et des objets mous ou durs, avec une sage méthode, selon les localités et les saisons, en se souvenant toujours que l’enfant au berceau ne produit pais encore beaucoup de chaleur propre; qu’il doit être prémuni et protégé contre le froid, son ennemi le plus redoutable; qu’il ne réagit pas encore
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facilement contre les impressions pénibles, et que toutes les sensations fortes qui le frappent brusquement, sous l’action du chaud, du froid, de l’humidité, du soleil, du vent, du bruit, sont de nature à jeter le trouble dans les éléments encore imparfaits de son système nerveux.
De là, tant de cas d’arrêts de développement cérébral, d’idiotie, de dégénérescences ou de difformités organiques, qui surviennent si fréquemment chez les jeunes sujets dont on n’a pas surveillé, dès la naissance, les rapports corporels avec les agents extérieurs.
De leur côté, les organes et les appareils internes exigent des précautions et des mesures diverses.
Quand les enfants se trouvent entourés de conditions favorables, à l’air libre ou dans les appartements, il faut laisser la plus grande latitude à tous leurs mouvements, afin qu’ils apprennent à se mouvoir en tous sens, à s’appuyer sur les mains, les pieds, à se rouler, à la façon des petits chats ou des petits chiens, dont nous admirons tant la grâce et la souplesse. Cette gymnastique naturelle doit être dirigée avec méthode pour éviter les accidents qui pourraient résulter de l’inconscience du danger chez ces petits êtres,
Gymnastique thérapeutique. — Dans la première année, il y a plutôt des précautions à observer que des moyens curatifs à recommander à l’égard de l’enfant.
Ainsi, au moment de la naissance, des accoucheuses et des accoucheurs inexpérimentés brisent quelquefois les bras ou les jambes si frêles du nouveau-né, en voulant corriger certaines positions vicieuses que celui-ci occupe dans la matrice.
C’est parce qu’ils oublient ce principe que toutes les familles devraient connaître : Il ne faut jamais saisir les jambes, les cuisses, ni les bras et les avant-bras de l’enfant, à pleines mains, quand on veut lui imprimer des mouvements partiels ou de totalité, soit pendant l'accouchement, soit plus tard pour le laver, l’habiller ou le promener, ün doit toujours le prendre par le poignet, le coude, faisselle, la cheville, le genou ou les aines, c’est-à-dire par les points correspondant à une articulation.
En effet, les os longs chez l’enfant sont non seulement très fragiles, mais faciles à se courber dans tel ou tel sens, sous l’action d’une force même légère. Les articulations, au contraire, grâce
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aux ligaments qui les entourent, sont déjà solides et se prêtent aisément aux mouvements modérés et réguliers qu’on veut imprimer, soit aux diverses parties des membres, soit à tout le sujet lui-même.
Ne laissez jamais comprimer ou façonner la tête ni les seins des nouveau-nés, soit avec les mains des garde-couches, soit à l’aide de bandages spéciaux; ce sont là des pratiques aussi dangereuses qu’insensées.
Si les pieds ont une tendance exagérée à se replier en dedans, il faut savoir que c’est par suite de l’attitude prolongée de l’enfant durant la grossesse, et qu’il suffit, pour les redresser, de les tenir droits dans les langes servant à l’emmaillotement.
Au bout de quelques semaines ou de deux ou trois mois de précautions, les membres inférieurs auront pris et garderont une bonne direction.
Après la chute du cordon, il est urgent de maintenir la petite ceinture abdominale, destinée à empêcher les hernies ombilicales, jusqu’à la fin du deuxième ou du troisième mois. Si, néanmoins, une légère tumeur venait à se produire à l’ombilic, on remplacerait la ceinture simple par un bandage élastique, pourvu d’une petite pelote de caoutchouc ou de peau de chamois.
Les becs-de-lièvre et autres vices de conformation réclament les secours de l’art de guérir.
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Le sevrage se fait progressivement. On donne au nourrisson de moins en moins le sein du huitième au dixième mois, et de plus en plus de soupes au lait, de pain beurré, de léger café, de fécules diverses bien cuites, à l’eau, au lait, ou au bouillon léger, de mouillettes aux œufs frais ou préalablement mis, une seule minute, dans l’eau bouillante.
Dans le cours de la seconde année, l’enfant doit suivre un régime alimentaire doux et régulier : par jour, 4 ou 3 repas, au plus, dans lesquels les potages aux légumes très cuits, des marmelades diverses, quelques fruits bien mûrs, des bières jeunes du pays, avec ou sans addition d’eau, auront une large part.
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On évitera surtout de laisser grignoter les enfants à toute heure, en dehors des repas; de les bourrer de sucreries ou de viandes grillées, qui leur gâtent restornac et les dents.
La viande crue est un poison pour les enfants et un mauvais aliment pour tout le monde. Elle occasionne des diarrhées chroniques, des maladies du foie et le ver solitaire, chez les sujets en bonne santé; elle aggrave les symptômes morbides chez les malades.
Abandonnez l’enfant à lui-même ; pas de marches forcées, pas de longs voyages en hiver, ni surtout durant les fortes chaleurs. Habituez-le à dormir une heure ou deux pendant la journée.
Continuez l’éducation des sens : vue, ouïe, toucher, odorat, goût. Commencez à développer le cerveau en lui communiquant des sensations et des idées combinées, et des sentiments affectifs à l’égard de tout le monde, grands et petits, riches et pauvres, maîtres et serviteurs, même à l’égard des animaux.
Façonnez et fortifiez les muscles et les os de l’enfant en le laissant se livrer à des gambades et à des mouvements naturels en tous sens.
11 faut — cela dépend du père et de la mère — que l’enfant soit bon, fort et sain. C'est le triple but que chaque famille qui élève un enfant doit se proposer : bon, fort et sain.
Chaque enfant doit coucher seul. Mieux vaudrait faire quatre compartiments séparés dans un lit que d’y mettre quatre enfants pêle-mêle.
Tout jeune sujet, qui coucherait habituellement avec une personne âgée, deviendrait nécessairement malingre, maladif, cacochymique, lors même que cette personne jouirait d’une parfaite santé. Chaque être a ses effluves qui s’exhalent continuellement de la peau et des voies respiratoires, et qui constituent, surtout pendant la nuit, une atmosphère impure, même pour lui, â plus forte raison pour les autres individus de son espèce. L’effet funeste de ces effluves est d’autant plus prononcé que les individus sont plus rapprochés les uns des autres et que leur peau est plus jeune, plus tendre, plus spongieuse, plus apte, par conséquent, à l’absorption des vapeurs et des gaz divers.
On conçoit maintenant pourquoi chaque enfant doit coucher
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seul, et doit surtout éviter d’être en contact permanent avec des gens d’un âge avancé.
Les crèches et les écoles gardiennes, qui sont des institutions publiques très utiles, doivent s’inspirer des principes précédents pour former leurs règlements d’ordre intérieur.
GYMNASTIQUE DE LA SECONDE ANNÉE
Gymnastique physiologique. — Au commencement de la deuxième année, l’enfant marche seul. Il faut éviter de lui charger la tête d’un bourrelet. Sa robe doit être courte; ses petites bottines à semelle large, monteront jusqu’au-dessus de la cheville. Souvent on le laissera courir nu-pieds. Pas de cravates ni de ceintures, surtout en été.
L’éducation du cerveau et des sens, commencée dès la première année, sera continuée, ainsi que les exercices gymnastiques des membres, qui se compliquent de plus en plus.
Les fonctions de la langue méritent une attention spéciale : pour développer méthodiquement cet organe, il faut l’habituer de bonne heure â se prêter à toutes les intonations et à toutes les vibrations des sons syllabiques.
Attachez-vous de bonne heure à faire bien prononcer les mots les plus usuels par vos enfants.
Gymnastique thérapeutique. — Les courbures vicieuses provenant de l’hérédité, des mauvaises attitudes ou d’accidents, peuvent être combattues par des moyens gymnastiques, tels que frictions, mouvements combinés, tractions, exercices spéciaux, souvent avec plus d’avantages que par les procédés et les engins orthopédiques. Ces appareils offrent de nombreux inconvénients : on n’y aura recours qu’en certaines occasions, sur l’avis d’un médecin et avec les précautions d’emploi ou d’application que ce dernier prescrira.
Nous aurons l’occasion de revenir avec plus de détails sur ce sujet, dans la gymnastique de la deuxième enfance.
Bornons-nous à signaler, ici, les principales maladies des petits enfants, qui seront l’objet d’une étude détaillée dans la seconde partie : ophtalmies, muguet, constipation, diarrhée, convulsions, /ièvres éruptives, syphilis constitutionnelle, vaccination, dentition.
GYMNASTIQUE DE LA SECONDE ANNÉE
Rémarquons tout de suite que la dentition n’est pas une maladie réelle. La plupart des femmes attribuent à la dentition un grand nombre de dérangements de leurs nourrissons. C’est une erreur et un danger. Sous prétexte de malaise de la dentition, elles négligent bien des incommodités qui ont une autre cause et qui exigent des soins immédiats.
Avec une bonne croûte de pain, des bâtonnets d’iris assez longs et assez gros, à mâchonner, au besoin quelques bains chauds, les dents pousseront toutes seules, généralement.
Répétons-le, la dentition n’est pas une maladie. Aussi, lorsque l’enfant paraît sérieusement malade, faites-le visiter par votre médecin et ne dites jamais vous-même : « Ce n’est rien, il n’y a rien à faire ; ce sont les dents ! »
Les dents — comme les cheveux, les poils et les ongles — poussent sans elforts, d’elles-mêmes.