HOMMES D’ÉTAT ET LÉGISLATEURS
Ces considérations nous amènent à exposer en ce moment quelques principes d’hygiène privée et sociale, qui devraient faire l’objet des méditations des législateurs et des hommes politiques, que leur influence et leurs talents appellent à la direction des sociétés modernes.
Il leur appartient, à eux tout particulièrement, de faire prévaloir dans les usages, dans les mœurs, dans les coutumes et dans les lois, les règles de l’art de vivre, en ce qui concerne les grandes calamités ou les nombreux accidents qui affligent si souvent l’humanité.
Aussi, est-ce à eux qu’il appartient de prendre les mesures les plus avantageuses pour prévenir les grandes épidémies, pour organiser les maisons de correction, les dépôts de mendicité, les prisons; pour réprimer les délits, pour châtier et moraliser les criminels; pour établir, en un mot, sur des bases rationnelles, tout ce qui se rattache à cette grande question sociologique : la criminalité.
LA CRIMINALITÉ
LA CRIMINALITÉ
Dépôts de mendicité, prisons. — A côté des établissements hospitaliers destinés à l’éducation et à l’amélioration des races humaines, tels que les crèches, les écoles gardiennes, les orphelinats, les hospices et les hôpitaux de tous genres, il faut ajouter les maisons de correction et les prisons dont le but est double : éliminer de la société les mauvais sujets par mesure de sécurité publique, soumettre les gens vicieux, coupables.de délits, à des mesures pénitentiaires et moralisatrices diverses.
Ce sujet nous amène naturellement â parler d’abord de la criminalité et de la procédure criminelle.
La justice et la responsabilité sociale. — La justice procède ordinairement avec un sans façon regrettable à l’égard des pauvres gens, des illettrés et des vagabonds, et avec une routine indigne de notre époque quand il s’agit de grands criminels. Sous ce double rapport, des réformes sérieuses s’imposent dans nos lois et dans nos mœurs.
La science moderne a été généralement aussi mal appliquée que mal interprétée, depuis quelque temps, par nos principaux criminalistes, et surtout par nos médecins légistes les plus renommés. Sous prétexte que l’acte résulte de l’organe, ils semblent portés à voir dans chaque coupable un malade. D’où la conclusion que le châtiment devrait être converti en traitement, et la prison en hôpital.
C’est tout simplement absurde.
Chaque homme, évidemment, agit suivant les incitations qu’il reçoit du dedans ou du dehors de son organisme, selon les notions, les habitudes, les goûts et les besoins dont il est l’expression et qui proviennent les uns de sa nature originelle, les autres de son éducation et du milieu dans lequel il vit.
Sous le rapport du sens intime la responsabilité morale est difficile, donc, à déterminer, et le degré de culpabilité des délinquants ou des criminels ne peut être apprécié exactement. Il y a, peut-on dire, autant de nuances d’assassins que de voleurs, d’escrocs et de fornicateurs.
LA CRIMINALITÉ
Aussi ai-je propose depuis longtemps aux sociologistes d’abandonner ces appréciations à la conscience propre de chaque individu; et d’appeler exclusivement l’attention, le jugement et la répression de la magistrature sur ce que j'ai appelé : la responsabilité sociale.
Quiconque a commis un délit, a dû nécessairement contrevenir aux lois sociales et causer un dommage à quelqu’un ou à quelque chose.
Tout fait semblable mérite répression, d’abord pour faire réparer le dommage causé, par un moyen quelconque; ensuite pour faire comprendre et reconnaître au coupable que ses actes étaient mauvais et qu’il doit travailler à son amélioration morale et physique ainsi qu’à sa réhabilitation sociale.
Telles sont les bases de la criminalité moderne sur lesquelles la justice doit édifier à nouveau son Code pénal, et d’après lesquelles elle doit réformer toute sa procédure ancienne.
Maisons cle correction et prisons. — La plupart des maisons de correction et des dépôts de mendicité sont des bouges où les détenus se pervertissent souvent les uns les autres. On condamne au pied levé les vagabonds à la prison, et les enfants vicieux aux asiles pénitentiaires, souvent sans examen sérieux et sans enquête contradictoire.
Les investigations médico-légales sont faites exclusivement par les accusateurs à charge des prévenus, sans que ceux-ci puissent intervenir par eux-mêmes ou par leurs défenseurs naturels ou salariés dans les instructions judiciaires. Les prisons cellulaires, telles qu’elles sont administrées dans la plupart des pays, abêtissent, abrutissent les condamnés et les rendent incapables de pourvoir à leurs besoins après la libération. Les mesures de police à l’égard des repris de justice, soumis à une surveillance spéciale après leur sortie de prison, sont tellement insensées qu’elles leur rendent impossible l’existence et surtout le relèvement social.
Voilà autant de points de réformes urgentes, indispensables, que j’ai déjà indiquées fréquemment et qui ont été signalées également par divers sociologues, mais dont peu de gouvernements se préoccupent.
Quant au régime alimentaire et aux règlements intérieurs des
LES ÉPIDÉMIES
établissements pénitentiaires, en général, j’aurais beaucoup à dire encore si je voulais révéler ici leurs vices et leurs inconvénients. On oublie trop que le condamné, en tant que condamné subissant sa peine, a des devoirs à remplir et non des droits à exercer. On n’a pas l’air de s’apercevoir que tout condamné a une dette à payer, d’une part, à la communauté et, de l’autre, aux particuliers auxquels il a causé des dommages; et qu’il doit travailler pour son châtiment de manière à former trois parts dans les fruits de son travail : une pour indemniser la communauté, une pour payer les dommages occasionnés, une pour lui servir à l’heure de sa libération conditionnelle ou définitive.
Que les chefs des parquets et des départements de la justice réfléchissent à ces considérations sommaires, et ils trouveront dans leurs sentiments d’humanité autant que dans leur esprit judicieux les éléments de toutes les améliorations qu’il faudrait apporter dans nos établissements pénitentiaires.
LES ÉPIDÉMIES
Enumérons les causes des épidémies d’après leur importance respective. Les administrateurs et les législateurs en déduiront facilement les mesures d’hygiène publique propres à les prévenir ou à les combattre.
La misère. — Les gens mal nourris, malpropres, qui ignorent les notions les plus élémentaires de l’art de vivre, sont la proie ordinaire de toutes les épidémies, sans exception.
Ils en sont aussi l’une des causes les plus actives : les miasmes, les virus, les ferments, ou, comme on dit aujourd’hui, les microbes et les bactéries, trouvent dans ces organismes malsains et dans les localités infectes, le foyer le plus favorable à leur production et à leur propagation.
L’encombrement des populations. — Dans les villes, les déjections d’une grande quantité d’individus, agglomérés sur un même point du sol, vicient l’atmosphère et les eaux potables.
Les étables et les fumiers. — Dans les campagnes, le mauvais entretien des cours et des dépendances villageoises, produisent les mêmes inconvénients que l’encombrement dans les cités urbaines.
LES ÉPIDÉMIES
Les marais et les étangs. — Les grandes mares cl’eau stagnante sont une cause très fréquente d’épidémies et même de maladies endémiques, telles que les fièvres intermittentes, par la grande quantité de matières organiques qui se décomposent sous la double action de l’air et de l’humidité.
Les saisons rigoureuses et les variations insolites de température. — En affaiblissant l’organisme, les intempéries saisonnières ou climatériques le prédisposent à subir l’action néfaste des germes épidémiques. L’action des saisons et des climats sur la production des fléaux cholériques, varioleux et autres, mérite d’être sérieusement étudiée par les médecins. Il y a encore là bien des points obscurs qui nécessitent de nouvelles recherches.
A ces causes générales ou communes, ajoutons les causes individuelles, qui jouent un rôle considérable dans la production des épidémies diverses. On sait que les maladies régnantes s’attaquent de préférence aux sujets qui se trouvent dans l’une des conditions suivantes : une mauvaise constitution, une santé altérée; Yabus des alcooliques, des plaisirs sensuels; les émotions morales extrêmes, un travail excessif et les écarts de régime.
Connaissant les causes générales et individuelles de toutes les épidémies, il est facile d’en déduire la manière de les prévenir, de les faire disparaître et de s’en préserver.
A diverses reprises, nous avons empêché la petite vérole de s’implanter dans diverses localités, en faisant assainir les maisons et nourrir les familles malheureuses dans lesquelles cette maladie apparaissait.
Quelles sont, de nos jours, les maladies épidémiques les plus redoutables et les plus fréquentes?
Ce sont : 1° le typhus et la dysenterie, qui sévissent dans les armées en campagne, les casernes encombrées, les pensionnats et les hospices mal entrenus;
2° La variole, qui règne surtout dans les pays où le virus-vaccin est le plus employé, et qui aurait diminué d’intensité et de fréquence, depuis longtemps, si l’on s’était attaché à la combattre et à la prévenir par des moyens exclusivement hygiéniques, tels que la désinfection des localités insalubres et des objets provenant des malades;
MOYENS PRÉSERVATIFS CONTRE LES ÉPIDÉMIES
Le choléra, dont les apparitions sont assez rares en Europe, mais qui ravage annuellement les contrées infectes de l'Inde, et souvent les ports de l’Égypte et de la Méditerranée;
4° La fièvre jaune ( voniito negro), très violente dans les parages maritimes des pays chauds;
5° La scarlatine, le croup et la rougeole , qui se manifestent dans des régions très circonscrites, en certaines saisons ;
6° Les fièvres intermittentes, qui deviennent parfois graves et pernicieuses, mais dont on triomphe généralement par les vomitifs, les purgatifs et les toniques, surtout si l’on a le moyen de changer de résidence, de se rendre dans des endroits non marécageux.
MOYENS PRÉSERVATIFS CONTRE LES ÉPIDÉMIES
Cette grande et intéressante question mérite toute notre attention.
Au temps où l’on attribuait les maladies épidémiques à des influences occultes, on ne s’ingéniait guère à en déterminer les causes positives pour parvenir à les supprimer toutes ensemble. Les grands feux qui furent ordonnés dans le cours de certaines pestes, avaient pour objet de purifier l’air, parce que le feu était réputé avec raison, comme un grand purificateur. On n’allait pas au delà.
Cependant des esprits observateurs ayant remarqué que les épidémies les plus fréquentes n’attaquaient pas souvent deux fois le même individu, en avaient conclu qu’il était avantageux d’avoir eu, au moins une fois, la maladie régnante. Il fallait ajouter : et d’en être sorti vivant.
A ce premier raisonnement, incomplet et faux, succédèrent paralogismes sur paralogismes, dont l’effet, au XVIIIe siècle, fut de faire inoculer à tout le monde le pus du fléau épidémique qui était alors le plus répandu et le plus meurtrier : la petite vérole.
On propagea ainsi, dans toute l’Europe, le germe même, le virus spécial de la variole, sous prétexte que ceux qui guériraient en seraient préservés pour toujours; ce qui n’était pas vrai.
Et pour engager les foules ignorantes à se prêter à cette homi-
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eide pratique, on fit courir le bruit, au nom de la science, que tout individu qui n’avait pas eu la variole, ne pouvait vivre au delà de 40 ans.
La variole existait, alors, à l’état quasi endémique, et emportait chaque année des milliers d’enfants dans toutes les contrées où cette pratique insensée était en vogue.
Cependant les gouvernements s’émurent en présence de ces hécatombes; et ils interdirent absolument l’inoculation du virus varioleux aux sujets de tout âge.
Ceci se passait vers 1795.
Aussitôt la mortalité vaiàolique tomba. Les épidémies de petite vérole diminuèrent au point qu’on s’en crut débarrassé jusqu’en 1816.
Sur ces entrefaites, un médecin anglais, Jenner, qui avait constaté les ravages qu’occasionnait l’inoculation du pus varioleux, s’imagina de remplacer cette inoculation par celle d’un virus séro-purulent, qu’on appela vaccin, parce qu’il le prit sur le pis des vaches, contaminées par des vachères trayeuses atteintes de syphilis constitutionnelle !
Seulement, de 1800 à 1816, la vaccine ne fut guère pratiquée. Les populations se refusaient à l’emploi de ce nouveau virus, qui, pour être moins violent que le pus varioleux, n’en est pas moins pernicieux pour la santé des vaccinés, et illusoire quant à la prophylaxie de la petite vérole.
Chose remarquable : à partir de 1816, à mesure que la vaccine s’implanta dans les usages, les épidémies de variole se réveillèrent et ne firent qu’augmenter et se propager dans toute l’Europe!
Ces faits historiques, de la plus irrécusable authenticité, ne. sont plus contestés en Allemagne, en Suède, en Angleterre, en Suisse ni en Amérique, depuis les travaux si érudits et si complets des médecins les plus distingués et des savants les plus éminents du nord et du centre de l’Europe.
Les pays latins seuls, qui se tiennent difficilement au courant des recherches et des annales des sociétés savantes de l’étranger, en sont encore à croire que c’est la vaccine qui a fait diminuer la mortalité et les épidémies varioliques au commencement de notre siècle; que la vaccine a rendu les épidémies récentes moins meur-
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trières; qu’il y a moins de figures couturées aujourd’hui qu’il n’y en avait jadis; et que si la vaccine ne fait pas de bien, elle ne fait pas de mal.
Nous avons démontré, avec nos amis de la Ligue universelle des antivaccinateurs, qui compte dans son sein les savants les plus érudits de notre temps, que toutes ces assertions sont erronées.
Loin d’avoir diminué le nombre des cas de variole et de figures couturées, la vaccine a maintenu et propagé, partout, la variole, et a fait naître, en outre, une foule d’infirmités et de maladies dangereuses, quelquefois mortelles chez les vaccinés.
On est revenu depuis longtemps, dans la science positive, de ces vieux préjugés que les vaccinateurs défendent encore avec des statistiques fausses et des raisonnements insensés, contre l’autorité des faits démontrés et du sens commun.
Malgré les apôtres de cette doctrine surannée, qui n’est plus acceptée que par les ignorants ou les exploiteurs, pour lesquels le vaccin est un objet de lucre, une source de profits divers, les médecins sensés qui étudient, qui réfléchissent et qui observent sans parti pris, déclarent qu’on doit combattre toutes les épidémies indistinctement : choléra, variole, typhus, fièvre jaune, par l’application des principes de l’hygiène tant privée que publique, et non par des inoculations, dans le sang des sujets sains, de poisons, de virus ou de microbes, atténués ou non.
Les travaux récents des savants anglais, allemands et suisses ont, d’ailleurs, mis hors de doute les vérités suivantes, qui sont de nature à faire réfléchir tous les hommes d’Etat : « Au lieu de prémunir les vaccinés contre la variole, la vaccine les rend plus aptes à contracter cette maladie, puisque dans toutes les épidémies varioliques ce sont toujours les sujets vaccinés qui sont
ATTEINTS LES PREMIERS — QUI SONT LE PLUS GRAVEMENT MALADES — ET QUI FOURNISSENT RELATIVEMENT LA MORTALITÉ LA PLUS ÉLEVÉE ! »