DIXIÈME CHAPITRE
VIEILLESSE
On l’a dit avant nous : la jeunesse, c’est le printemps; la vieillesse, c’est l’hiver, la saison rude et triste des frimas. Et cependant, n assombrissons pas le tableau de nos derniers jours. Il n’y a pas que des épines et des rhumatismes, des rides et des tics, des souffrances et des paralysies, des appréhensions et des regrets, dans les périodes ultimes de la vie. Les sens sont moins vifs, mais non éteints; les impressions moins profondes, mais non complètement dénuées de douceur.
Les vieillards se sentent vivre et aiment à vivre : preuve que leur existence n’est pas un martyre.
Voyons en quoi doit consister Y art de vivre à partir de la soixante-cinquième année.
Et d’abord, restituons à l’hygiène cette maxime que certaines sectes philosophiques lui ont dérobée : Telle vie, telle fin.
Une verte vieillesse est le couronnement d’une vie sage.
Ne sait-on pas, par exemple, que la plupart des débauchés meurent jeunes, ou tombent, de bonne heure, dans un état de décrépitude cachectique qui peut se prolonger assez longtemps, mais qui semble n’être qu’une lente agonie; et que les caractères vicieux, les hommes pervers, ont généralement une existence agitée, pleine de soucis et d’insomnies, qui les prédispose à diverses altérations graves des humeurs et du sang?
On a souvent comparé la vieillesse à l'enfance, parce qu’on supposait une certaine analogie entre ces âges extrémes'sous le rapport de la faiblesse organique et de l’impuissance fonctionnelle. Rien n’est moins fondé. Autant vaudrait comparer une page de papier blanc, vierge d’encre, avec un manuscrit, jauni par le temps et surchargé de ratures.
Tout est neuf, tout est sensation, tout est excitant pour l’enfant.
VIEILLESSE
Ses tissus sont mous, abreuvés de sucs plastiques. 11 absorbe par tous les pores le soleil qui le réchauffe, l’air qu’il respire et la terre qu’il mange sous des espèces diverses.
Chez le vieillard, les sens sont émoussés, la peau est sèche, la circulation du sang difficile, la digestion lente et le système nerveux indolent. Tout s’émousse peu à peu, il se flétrit, les os deviennent cassants et les muscles l’aides. Les sécrétions diminuent, changent de nature ou se tarissent. Les cheveux et les dents tombent. L’échine se courbe ou se rapetisse. Le poids du corps diminue de jour en jour, tandis que les jambes ont de plus en plus de peine à le supporter. La voix chevrote et faiblit. La mémoire perd de son étendue, l’esprit de sa vivacité, le sentiment de son expansion. Seul l’amour de soi ou l’instinct de conservation survit dans toute son intégrité et lutte encore pour l’existence avec la ténacité du marin qui s’attache aux épaves du naufrage.
Dans de semblables conditions comment doit-on vivre?
Les vieillards ont besoin de beaucoup de repos. Ils dorment peu, mais ils se délassent au lit. Aimant à se coucher tôt, ils se lèvent facilement le matin.
Partons de là.
À l’âge de 60 ans environ, levez-vous de o à 7 heures du matin, en été, de 6 à 8 heures, en hiver. Prenez une petite tasse de café au lait légèrement sucré, froid pendant les chaleurs, tiède en toute autre saison. Faites votre toilette, toujours à Veau dégourdie, en tous temps; et habillez-vous plus ou moins, selon la température régnante.
Marchez et prenez l’air pendant o, 10 ou lo minutes au plus, soit dans vos appartements, soit au jardin, soit dans la rue. Si, pendant ce temps, le besoin d’une selle ne s’est pas fait sentir, passez-vous un lavement d’eau et d’huile.
On arrive ainsi à 7 ou 8 heures du matin, moment- du déjeuner, composé de pain, lait, café, chocolat, œufs à la coque à peine cuits, fruits, confitures, au choix, selon les goûts, les saisons et les ressources pécuniaires.
De 9 heures à midi : exercices divers, travaux professionnels, surveillance dans les ateliers ou les bureaux, lecture, écriture, calcul, jardinage, selon ses aptitudes, ses forces et ses besoins.
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A midi : distractions agréables, causeries, en attendant le dîner, le repas principal.
Chacun dîne, selon sa condition, de ceci ou de cela. Seulement, le vieillard ne doit pas ignorer que les viandes grillées, saignantes, noires, le gibier de haut goût, ne lui conviennent pas, et parce qu’il n’a plus d’excellentes dents, et parce que les fonctions de l’estomac sont plus laborieuses. Il en est de même des légumes crus, des salades.
Hors cela, il peut manger de tout en découpant très finement ses aliments, et les mâchant longuement avant d’avaler.
En fait de boissons, l’eau, la bière du pays et les vins jeunes doivent être préférés à toutes les autres.
Immédiatement après le dîner, calme physique et moral pendant une heure, soit qu’on se promène, soit que l’on cause, soit qu’on s’occupe de futilités.
Cette remarque s’applique à toute la vie. Quiconque, jeune ou vieux, se livre à un exercice corporel ou intellectuel tant soit peu pénible, immédiatement après un repas ordinaire, court risque de contracter une indigestion spéciale, que j’ai souvent comparée au mal de mer. La secousse mécanique de l’estomac avant que les aliments se soient bien mélangés et réduits en pâte ou pulpe homogène, provoque des contractions anormales dans ce viscère, à la suite desquelles les aliments sont ou vomis ou propulsés prématurément dans les intestins.
Dans un cas comme dans l’autre, il y a indigestion ou fausse digestion, complète ou incomplète, qui peut devenir grave chez les vieilles gens.
L’après-dînée sera consacrée aux visites, promenades, ou occupations journalières.
A 6 heures, troisième et dernier repas, obligatoirement frugal, analogue au déjeuner plutôt qu’au dîner.
Une fois par jour de la viande, quelquefois du poisson, telle doit être la règle stricte des menus de la vieillesse, surtout après 7 o ans.
La soirée, hiver comme été, sera courte et employée à des jeux ou des amusements divers.
Enfin, couchez-vous de 9 à 10 heures au plus tard.
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Il va de soi qae cette règle de vie ne doit pas être suivie tous les jours, de point en point.
C’est plutôt là une formule générale, un modèle, un idéal, que chacun cherchera à réaliser le plus possible, sans s’astreindre à faire de son corps une machine de précision dont tous les mouvements seraient invariablement répétés à des heures déterminées.
Le vieillard n’a que deux ennemis redoutables : le froid et la constipation.
Il en aurait un troisième, non moins terrible, si, privé d’une compagne de son âge, il avait l’imprudence d’en choisir une à laquelle il voudrait apporter un regain de jeunesse.
Le froid rigoureux des hivers, les transitions brusques du printemps, les fraîcheurs nocturnes de l’automne, tuent impitoyablement les vieillards qui n’ont pas la précaution de se garantir par de chauds vêtements, le jour, et de bonnes couvertures, la nuit. Les bronchites, les fluxions de poitrine, en apparence les plus légères, réclament, à cet âge, des soins prompts, actifs et prolongés, de la part des praticiens les plus expérimentés.
Redisons, répétons à satiété que la constipation occasionne des rétentions d’urine, des engorgements de la prostate et du foie, des congestions du cerveau et du cœur. Cette affection est une infirmité exclusivement humaine, résultant de nos usages, de nos préjugés. C’est le fait d’une mauvaise habitude, qui date de la plus tendre enfance, grâce aux gronderies maladroites des bonnes ou des mamans chaque fois que les bambins se soulagent incongrûment. Les animaux à l’état de liberté ne présentent jamais de constipation réelle parce qu’ils ne sont pas esclaves des convenances sociales de leurs maîtres.
Faut-il que nous enfreignions ces convenances?
Nullement. Mais on doit tourner la difficulté dans toutes les circonstances possibles, en cherchant des prétextes honnêtes pour s’éclipser un instant afin de se rendre aux vœux et de se conformer aux lois de la nature.
Tout le monde, vieillards, enfants, adolescents et adultes, doit avoir au moins une garde-robe suffisante dans les vingt-quatre heures. Dans le cas où cette évacuation ne vient pas naturellement, il est nécessaire de la provoquer, même tous les jours,
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même durant de longues années, toute la vie s’il le faut, par des lavements, ou, de temps en temps, par des eaux minérales laxatives ou un peu de sirop de rhubarbe; mais jamais au moyen des pilules d’aloès que prônent les marchands de spécifiques.
Les bains froids, les douches et lotions froides seront complètement interdits aux personnes âgées. Mais on leur recommandera une douce gymnastique, et principalement la marche lente et des travaux manuels qui exercent tous les muscles et les organes des sens.
Le vieillard doit avoir un fonds de bonne humeur. 11 faut qu'il descende résolument en sage et en philosophe la pente de la vie, â reculons; c’est-à-dire qu’au lieu de se préoccuper de l’avenir, il doit lui tourner le dos pour jouir du présent et se revoir dans le passé. 11 arrivera de cette manière à l’heure suprême, tout doucement, comme un voyageur atteignant le terme de son voyage.
Après une longue et laborieuse carrière, il s’effacera, comme tout s’efface, dans la pénombre d’une nuit naissante : l’horizon se restreint, la lumière s’affaiblit, tous les objets prennent une teinte uniforme et des contours sans reliefs, le silence se fait de plus en plus profond. C’est le soir d’un beau jour, qui n’aura pas de lendemain.
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La vie est courte, disent les vieillards. Les jeunes gens ne partagent pas cet avis. A 18 ans, par exemple, quelle longue perspective s’ouvre devant l’imagination ! Et, de fait, jusqu’à la période du déclin, que d’événements se sont, depuis notre enfance, déroulés devant nos yeux, dans notre intérieur aussi bien que dans le reste du monde !
On s’est assis, de longues heures, sur les bancs de l’école attendant les jours de congés et de vacances, toujours si lents à venir. On s’est épris des plaisirs, on a cédé aux aspirations du cœur; on a lutté pour se créer une position. Le mariage, les enfants, la concurrence sociale ont accaparé nos soucis, nos rêves, nos pensers de chaque jour.
Quand, vieillissant, on se reporte à ces âges privilégiés d’autre-
COMMENT ON DOIT MEII.L1H
fois, et qu’on se remémore les impressions, les désirs, les projets, qui se succédaient, alors, dans nos esprits, on est frappé de ce fait que la distance qui sépare les différentes époques de la vie paraissait si longue quand elle était à parcourir, et semble si brève dès qu’elle est franchie.
Ces retours sur le passé ont l’avantage de nous rappeler bien plus vivement nos luttes, nos déceptions, nos souffrances, nos douleurs intimes, que les courts instants de joie, de succès et de bonheur que nous avons éprouvés.
On se déshabitue ainsi, peu à peu, de la vie, qui finit par sembler monotone et insipide.
Le monde tourne dans un véritable cercle vicieux. Tout change et se transforme sans cesse, mais, au fond, c’est toujours la même chose. Le soleil, impassible comme toute gangue en fusion, se lève ou se couche, sur les berceaux comme sur les tombes, avec la régularité d'un pendule qui obéit aux lois fatales de l’attraction.
Dans le cours de notre carrière, nous assistons à un spectacle étrange, curieux, imposant, grandiose : les événements se succèdent autour de nous, des millions d’existences naissent et meurent, les sociétés humaines s’organisent ou s’effondrent sur différents points du globe, les sciences progressent, l’intelligence embrasse un horizon de plus en plus vaste, le mécanisme de la vie universelle est mieux conçu, mieux compris et mieux expliqué. Mais, en définitive, nous sommes continuellement soumis aux mêmes nécessités fonctionnelles. On mange, on boit, on dort de la même manière, aux mêmes intervalles, tous les jours. Et à l’heure où les sensations perdent de leur activité et les organes de leur puissance, tandis qu’on devient de plus en plus indifférent à ce nouveau qui se renouvelle incessamment dans toute la nature, on se fatigue de cette perpétuelle périodicité qui nous emporte, et qui nous ramène toujours les mêmes désirs et les mêmes besoins, dans chacune de nos journées et au retour de chaque saison.
Gardons-nous bien de confondre cette déshabitude graduelle de la vie résultant des soucis passés, avec le dégoût de la vie dont sont pris les blasés, les déclassés et les mélancoliques — c’est-à-dire, en un mot, les malades par abus de stimulus sensoriel — de toutes les époques.
COMMENT ON DOIT VIEILLIR
Chez le vieillard, il y a, dans ses soucis et ses regrets, plus de résignation philosophique que d’amertume et de désespérance. Chez Ies spléniques, au contraire, il existe un vice fonctionnel et un état morbide, caractérisés par des sensations bizarres, sinistres, lugubres, dont cependant on peut triompher au moyen de l’hygiène et de la gymnastique, ou par le travail régulier. L’homme, désabusé du monde par une longue expérience, se laisse vivre au courant des années; le malheureux fourvoyé, désillusionné, découragé par des excès ou des irrégularités de toute nature, est porté au suicide.
Si le passé, vu à travers nos vieux souvenirs, n’est guère qu’un fourré plein de ronces et d’épines, traversé durant une chaude journée, et sur lequel on porte un dernier regard de soulagement et de tristesse, avant de s’engager dans le vague de la campagne aux abords de la nuit, le présent apparaît aux gens vieillis comme une cohue ou une salle de spectacle, vues de loin, dans un clairobscur, où tout le monde se démène, gesticule, siffle, applaudit, mais d’où nulle perception nette n’arrive ni à l’oreille ni aux yeux. Les impressions sensorielles sont de moins en moins vives et nettes, et, d’autre part, le sentiment de malaise ou de fatigue qui succède ù toute sensation de longue durée, par exemple après un repas copieux, se prononce de plus en plus.
Chose remarquable, plus on avance en âge, dans les dernières périodes de l’existence, plus les sens s’émoussent, mais plus aussi se développe l’expression de lassitude, de regret, qui suit leur excitation prolongée ou tant soit peu énergique, et qui est la conséquence de l’ébranlement successif des nerfs sensoriels ou moteurs.
Les hygiénistes et les moralistes, suivant nous, n’ont pas assez tenu compte de ce fait physiologique.
Pour notre part, nous le considérons comme le correctif le plus efflcace des entraînements passionnels, dans toutes les conditions et toutes les circonstances de la vie. L’individu qui a bu outre mesure et qui se trouve sous le coup d'une indigestion, ne devraitil pas se promettre d’être plus sobre à l’avenir? Et ne tiendrait-il puis sa promesse s’il réfléchissait de temps en temps aux conséquences de l’ivresse?... Les jeunes gens qui apprennent à fumer
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ne sont-ils pas sujets à des incommodités pénibles, bien faites pour les engager à renoncer t'i cette habitude!
Tous les excès fonctionnels, toutes les excitations sensorielles, vives ou prolongées, les plus naturelles même, laissent derrière eux un état d’énervement, qui nous inciterait à la modération et à la sagesse, si nous y prêtions attention.
Qui viderait la coupe des plaisirs, s’il savait que le fiel est au fond?.... Et nous savons, par expérience, qu’après nous être abandonnés à la fougue de nos passions, nous n’éprouvons plus immédiatement après qu’amertumes, dégoûts, défaillances physiques et morales!
Les anciens, dans leur langage réaliste, exprimaient cette vérité par un adage d’une grande crudité, mais d’une extrême justesse : Omne animal triste post coïtum.
C’est surtout chez le vieillard que les moindres excès dans la marche ou dans les plaisirs et les simples écarts de régime sont suivis de longs et pénibles malaises, qui doivent être pour lui, non seulement un correctif, mais un avertissement.
Dans le présent, si vide et si terne, comme dans ses souvenirs, qui s’évanouissent un à un, il ne trouve donc plus rien «qui l’attache fermement à la vie.
Cependant il tient à vivre encore.
II ne se fait plus d’illusion; il n’embrasse plus, dans ses perspectives d’avenir, de grandes périodes; il se contente de désirer voir encore se lever le soleil, dans le cours de la saison prochaine : mais l’existence lui est toujours chère.
En 1852, il y avait à l’hôpital de Bavière (Liège) une botteresse centenaire, atteinte d’une affection légère. L’hiver étant rigoureux, je la retins dans l'établissement après sa guérison, pour lui permettre de gagner lé printemps de 1853. Elle ne croyait pas en Dieu : « Je ne le connais pas, je ne l’ai jamais vu », disait-elle. Mais elle me considérait comme le dispensateur suprême de ses derniers jours. Elle avait conservé sa lucidité d’esprit. Elle n’était pas exigeante, elle me demandaitseulement de la faire vivre encore une quinzaine! Il eût fallu la voir et l’entendre, au terme de ses deux semaines, réclamer à mains jointes dans son langage pittoresque : « Encore, ben âmé, une petite nouvelle quinzaine! » Et
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quelle joie, quelles bénédictions, quand, oracle de la destinée, je laissais tomber gravement ces mots fatidiques : « Madame, vous vivrez encore plus de quinze jours ! »
Cette brave centenaire se serait laissé couper un bras pour obtenir sa quinzaine !
Cet amour de la vie à un âge aussi avancé et dans de pareilles conditions sociales, semble étrange à quiconque ne s’aperçoit pas que ce sentiment est naturel, inné, inféodé à la matière qui forme 1 économie humaine. Il est le tait de l’amour de soi, de l’égoïsme, autrement dit : de I attraction, propre à tout être, organisé ou non.
L’enfant comme l’animal, comme le cristal, n’a d’autre instinct, d autre passion que l’égoïsme qui le porte â s'approprier tout ce qui est conforme à sa nature. Les sentiments altruistes naissent et se développent par l’éducation et par l’exemple, ainsi que nous l’avons dit. Mais, vers la fin de ses jours, l’homme défaillant, dont les sens et les perceptions s’amoindrissent de plus en plus et dont les concepts perdent de leur activité et de leur lucidité, s’isole, se détache chaque jour davantage du monde extérieur et surtout du tourbillon social au sein duquel il a joué un rôle personnel ; il ne voit, il ne sent plus de la même manière qu’autrcfois les phénomènes de la nature ni les incidents de la vie publique; il se replie et se concentre en lui-même. Ses facultés acquises disparaissent insensiblement; et il ne lui reste plus guère que cette propriété attractive, cet égoïsme natif, qui constitue l’essence de la matière dont il est pétri.
Voilà comment et pourquoi le vieillard le plus décrépit, l’infirme le plus cacochyme, tiennent tant à vivre, même au prix des plus grands sacrifices, tandis que, dans l’exaltation des sentiments altruistes les plus purs ou les plus pervers, une foule de sujets jeunes, vigoureux, n’hésitent pas à sacrifier leur vie pour la patrie, pour l’amour, pour la gloire; ou pour éviter la honte, le déshonneur, la misère; ou pour satisfaire leurs passions désordonnées, en dépit de tous les avertissements.
Ainsi s’écoule et s’évanouit doucement, progressivement, la dernière période de la carrière humaine, chez les sujets dont l’esprit n’est pas obsédé par les transes et les anxiétés de « l’au delà de ce monde. »