IV CRÉMATION
plus que les préjugés religieux qui l’ont fait tomber en désuétude. De nos jours, la crémation est de nouveau recommandée et appliquée dans une foule de pays, particulièrement en Italie et en Allemagne.
Cependant quelques sociologues lui opposent encore une objection qui, au fond, n’est pas sérieuse.
On dit que pour faciliter la recherche des criminels, pour favoriser les investigations de la justice, il est indispensable de conserver intacts les cadavres le plus longtemps possible.
.le ne comprends pas que les bénîmes d’État s’arrêtent à cette difficulté, plus spécieuse que fondée, et qu’il est si aisé de trancher, une fois pour toutes.
Brûlez tous les cadavres des individus qui ont fait une maladie connue, régulière, et dont toutes les phases ont été suivies et surveillées par un homme de l'art.
Brûlez tous les cadavres de ceux qui, ayant succombé rapidement ou accidentellement, ont été soumis à une autopsie légale par laquelle on a déterminé les causes réelles de la mort.
Enterrez les autres au cimetière.
Qu’en résultera-t-il?
Que 999 corps sur 1000 seront soumis à la crémation ; et que les cimetières, réduits à la millième partie de ce qu’ils sont de nos jours, n’occasionneront plus que le millième des inconvénients et des dangers qu’ils produisent aujourd’hui.
Certains hommes d’État, avec lesquels je me suis entretenu quelquefois pour plaider la cause de la crémation, m’ont fait remarquer que les principes ou les préjugés religieux l’empêcheraient longtemps encore d’être adoptée dans nos mœurs.
Je ne le pense pas.
Quelles que soient les idées que l’on se forme relativement à un autre monde, à une autre vie, à la résurrection même des corps, nul homme sensé n’admettra jamais qu’il y ait la moindre différence entre des restes humains passés au feu et des cadavres putréfiés dans des cimetières dont on ne trouve plus de traces au bout de quelques siècles.
SECONDE PARTIE : MÉDECINE
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
Pour faciliter les recherches dans cette seconde partie de L’Art de vivre et en rendre la lecture plus attrayante, j’ai divisé toutes les maladies en trois sections : I. Maladies des enfants ; II. Maladies des femmes; III. Maladies communes.
Dans chacune de ces sections l’ordre alphabétique sera suivi de manière à former un dictionnaire complet de médecine facile h consulter.
Pour constater l’existence d’une maladie quelconque et lui donner son nom scientifique ou vulgaire, il est indispensable de connaître ses principaux caractères apparents. J’aurai donc soin d’indiquer clairement, en peu de mots, les caractères ou les symptômes apparents de chaque affection, lorsque son nom seul ne subira pas pour la désigner et la faire reconnaître.
Ainsi, il serait inutile de décrire une brûlure. Mais il est bon d’indiquer aux gens du monde à quels signes on distingue une pneumonie d’une fièvre typhoïde.
La maladie étant connue, il s’agit d’en rechercher les causes, d’abord pour établir un traitement rationnel, ensuite pour enseigner au malade comment il pourra éviter, par la suite, de nouvelles atteintes des mêmes agents morbides.
L’énonciation des causes réelles, directes, des maladies est de la plus haute importance. Si tant de praticiens se fourvoient encore aussi souvent dans le traitement de leurs malades, c’est parce qu’ils négligent cette élude préalable. Supposons qu’une personne se plaigne de vives douleurs à l’estomac. Avant de rien conseiller, n’est-il pas urgent de s’enquérir à quoi celte douleur
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
est due? Est-ce à l’ingestion d’une crème glacée, d’une tasse de café bouillant? Dans le premier cas, il faut conseiller les boissons tièdes; dans le second, les boissons froides, au contraire. Mais si cette douleur provenait d’une indigestion naissante, d’une position vicieuse, d’un effort musculaire, d’une contusion, n’est-il pas évident que ce sont des moyens absolument différents qui seraient indiqués comme remèdes?
La maladie et ses causes une fois bien établies, on doit envisager le malade en particulier, individuellement, et appliquer, jour par jour, selon son âge, son sexe, ses habitudes et ses ressources, les soins spéciaux et le régime alimentaire qui lui conviennent.
Au premier abord, les soins spéciaux et le régime alimentaire propres à chaque sujet malade paraissent extrêmement compliqués et difficiles à déterminer avec précision. Si l’on en croit les dictons populaires, les médecins, dans la pratique aussi bien qu’en théorie, sont rarement d’accord. Hippocrate dit : oui ; Galien : non. Cela n’est vrai qu’en partie. Les divergences des hommes de l’art sont plus souvent spécieuses que réelles. Et quand elles sont formelles, elles tiennent, non pas à l’imperfection de la science médicale, mais au défaut de connaissances générales et au manque de jugement des hommes de l’art. Aussi, à mesure que la biologie fait de nouveaux progrès et surtout à mesure qu’elle est mieux enseignée et mieux comprise, la thérapeutique devient de plus en plus réellement exacte, mathématique, comme on le verra dans le cours de cette seconde partie.
Enfin, après avoir fait connaître la maladie, ses causes patentes, le traitement et le régime qu’elle réclame chez les divers sujets qui en sont atteints, j’énumérerai les mesures préventives — c’est-àdire les moyens de se prémunir contre ses atteintes dans toutes les conditions sociales possibles — que la science indique.
L’histoire de chaque maladie comprendra donc sa définition, ses
causes, son traitement, le régime alimentaire et les mesures proplig-
lactiques qui lui sont propres.
J’ai dit que l’ordre alphabétique du dictionnaire sera observé dans les trois sections de cette seconde partie. Cela n’empêchera
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
nullement que je réunisse parfois en groupes certaines affections de même nature. Ainsi, par exemple, au mot : Abcès, je traiterai de tous les abcès possibles pour la facilité et l’avantage des lecteurs. De même, au mot : Maladies, il ne sera fait qu’un groupe des maladies des yeux, par exemple. Cependant, à propos de chaque affection particulière des yeux qui sera signalée à son rang alphabétique, j’aurai soin de renvoyer au groupe particulier dans lequel elle est décrite.
L’n dernier mot, pour aller au devant d’une objection.
Quand les familles, les gens du monde comme on dit, seront mieux au courant qu’elles ne le sont aujourd’hui du traitement qui convient à leurs malades, les rapports des médecins avec leurs clients ne deviendront-ils pas plus difficiles et plus tendus?
Si cette conséquence se produisait, nous n’y verrions pas encore une raison de continuer à laisser ignorer au public comment on doit traiter les malades. Mais les hommes de l’art qui seront parfaitement initiés à tous les détails de leur profession, ne trouveront que plaisir et avantage ù exposer leurs opinions et à motiver leurs avis en présence de personnes intelligentes, capables de les comprendre et de les apprécier.
La médecine ne doit plus être pratiquée avec mystère comme une science cabalistique, à laquelle ses adeptes eux-mêmes ont l’air de ne pas croire. 11 faut, comme nous l’avons dit, que chaque acte, chaque parole de l’homme de l’art appelé à traiter un client, soient pesés, médités, raisonnés et puissent être justifiés, aussi bien vis-ù-vis des familles intéressées que des médecins consultants.
Je n’admets pas qu’un médecin, comme j’en ai vu, demande au client qui l'honore de sa confiance s’il veut être traité par l’allopathie, la dosimétrie ou l’homéopathie. Quand on n’a pas confiance en soi-même, quand on n’a aucun jugement formé sur les divers modes de thérapeutique en vogue, on renonce à la profession médicale.
Mais j’admets parfaitement, au contraire, qu’un praticien consciencieux refuse de prescrire des poisons, des remèdes qu’il sait inutiles ou dangereux, de vacciner, d’inoculer des alcaloïdes dans le sang humain, parce que, devant des convictions sincères,
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
raisonnées, nul ne doit jamais pactiser avec sa conscience en vue de plaire aux clients ou de servir ses intérêts personnels.
Notre thérapeutique, il est bon de le dire, est, dans tous les cas, sans aucune exception, essentiellement hippocratique et hygiénique, conforme à la nature des choses et aux lois de la biologie, indépendante de toute théorie préconçue : microbique, homœopathique, dosimétrique, hypodermique, etc.
Pour reléguer dans les oubliettes du passé toutes ces doctrines fantaisistes qui substituent, dans le traitement des malades, les virus aux modificateurs hygiéniques et les alcaloïdes (les poisons) aux plantes dont ils sont extraits, il suffit de ces simples réflexions :
1" II n’y a pas de maladies proprement dites. Le mot maladie est une abstraction, une entité classique destinée à simplifier le langage. Il n’y a que des malades.
Qu’est-ce qu’un malade? C’est un individu dont l’organisme est dérangé.
Comment l’organisme humain se forme-t-il et s’entretient-il? Par l’absorption de plantes ou d’animaux en nature, et non par l’absorption des virus et des alcaloïdes que la chimie en extrait.
2° Or, quand l’organisme humain est dérangé, ses propriétés et ses besoins ne sont-ils pas absolument les mêmes qu’à l’état de santé?
3° Et parce que l’individu dérangé ( malade ) est moins résistant, moins solide que l’individu sain, on lui ferait absorber des principes chimiques (alcaloïdes, poisons, virus, ferments, microbes de laboratoire) contraires à ses besoins naturels et à ses propriétés physiologiques?...
— Pauvre science médicale, que de sottises les contempteurs d’Hippocrate font fait endosser sur la foi des alchimistes passés et des chimiatres du temps présent!