TROISIÈME CHAPITRE
On pourrait appeler la seconde enfance : l’âge d’or de la vie.
Nous n’avons pas encore à tenir compte ici de la distinction des sexes. Dans le cours de cette période, éducation, instruction, exercices, vie privée et vie publique, tout doit être exactement semblable pour les garçons et pour les fdles.
Sans doute, les uns témoignent déjà par leur turbulence de leur future virilité, et les autres révèlent leur destinée intime par les soins doux et affectueux qu’elles consacrent à leurs poupées.
Ajoutons qu’on a pris l’habitude, recommandable du reste, de les vêtir différemment à partir de la seconde année.
Ces particularités signalées, ce que nous avons à dire dans ce chapitre s’appliquera à tous les sujets de l’un et de l’autre sexe, sans distinction.
L’enfant digère plus vite que l’adulte ; il devra donc faire chaque jour un ou deux repas de plus que ce dernier. Les muqueuses de la bouche et de l’estomac sont peu exercées et peu sensibles, elles absorbent vite et s’accommodent rapidement aux impi’essions nouvelles. De là, la facilité avec laquelle, si on n’y prenait garde, l’enfant s’habituerait aux aliments les plus toniques et aux boissons excitantes.
Les viandes fortes, grillées, saignantes, ne lui conviennent jamais, ni en santé ni en maladie; pas plus que les vins vieux, les bières fortes ou les liqueurs alcooliques.
Les vêtements, chauds en hiver, légers en été, doivent être toujours confectionnés de manière à laisser la plus grande aisance à tous les muscles du corps.
La gymnastique comprendra tou? les exercices musculaires, tous les jeux infantiles d’adresse et le fonctionnement progressif
de tous les organes des sens, depuis les mains et les pieds jusqu’aux oreilles et aux yeux.
Toute l’hygiène et toute la gymnastique de la seconde enfance consistent dans l 'éducation, pourrait-on dire; c’est l’éducation qui décide de l'avenir de l'individu.
Quelle doit être cette éducation? Essentiellement maternelle. C’est à la mère, dans la famille, à la femme, dans les écoles gardiennes, les orphelinats et les asiles, qu’incombent cette grande tâche et cette lourde responsabilité. L’homme ne doit intervenir dans cette première phase de l’éducation familiale et sociale que pour la surveiller et la diriger. Il ne peut songer à la donner luimême.
L’instruction aura pour objet les idées, la mémoire, l’esprit d’imitation, la prononciation, la lecture, l’écriture et les premières notions du calcul décimal.
Dans quel ordre ce programme devra-t-il être exécuté?
J. -J. Rousseau, après Rabelais et Montaigne, dont il a suivi souvent les traces dans ses écrits, a dit que le grand secret de l’éducation est de faire que les exercices du corps et ceux de l’esprit servent toujours de délassement les uns aux autres.
11 y a du vrai dans cette maxime. Mais elle est incomplète.
D’autres ont prétendu qu’il fallait chercher à développer le corps avant l’esprit.
C’est une erreur. L’esprit et le corps ne font qu’un. L’esprit est une fonction cérébrale qui naît et meurt avec l’organe qui le produit. Le nourrisson qui sourit, qui suit sa mère des yeux et lui tend les bras, exerce déjà une fonction intellectuelle, que l’éducation ne tardera pas à développer de plus en plus chaque jour.
Disons donc, mieux que J. -J. Rousseau : l’éducation doit développer alternativement tous les organes, tous les muscles, tous les sens et le cerveau, les uns par les autres.
Nous avons dit que l’éducation de la seconde enfance devait être confiée exclusivement à des femmes. Malheureusement, il est peu de mères assez instruites, assez intelligentes, pour suffire par elles seules à cette première éducation. Chaque commune, chaque hameau devrait donc posséder une ou plusieurs écoles gardiennes
dirigées par des institutrices et destinées à compléter l’éducation familiale.
L’institutrice est, pour les petits enfants, une seconde mère, une mère adoptive, qui vient établir une transition salutaire entre l'éducation maternelle de la première enfance et l’enseignement public, qui doit commencer vers l’àge de 7 ans.
Elle exerce sur leur esprit, surtout sur celui des petits garçons, une influence fascinatrice qui les rend plus souples et plus dociles vis-à-vis d’elle que devant n’importe quel instituteur, jeune ou vieux. N’est-elle pas, pour eux, l’image de cette mère dévouée et tendre vers laquelle ils accourent si souvent, les bras tendus?
L’institutrice, cette seconde mère de l’enfant, sera choisie dans la société laïque.
Qu’on ne l’oublie pas, l’éducation des enfants de 2 à 7 ans exige des soins spéciaux, des attentions délicates réellement maternelles, autant que des leçons et des enseignements scolastiques. On choisira donc de préférence, pour remplir cette mission, des personnes qui soient imprégnées de sentiments affectueux pour les enfants, pour la famille et pour la société, en général.
Ceci nous amène à dire un mot des châtiments et des corrections ridicules, odieuses quelquefois, qu’on inflige encore trop souvent aux petits enfants, surtout dans les maisons d’éducation qui ne sont pas soumises à la surveillance des autorités locales.
J’ai dit tantôt qu’il faut former en même temps le corps et lVsprit. En effet, songeons que si la fonction relève de l’organe, elle lui est inhérente : il n’y a pas d’organe sans fonction ni de fonction sans organe, comme il n’y a pas de matière sans propriété ni de force sans substance.
L’esprit, c’est l’intelligence, l’instinct, le caractère et les sentiments tout à la fois, qui constituent les facultés corporelles de l’organisme humain.
Pour former l’esprit, soyez toujours bon, juste et affectueux ù l’égard de l’enfant.
Pas de cris inutiles ni de réprimandes imméritées.
Le sentiment du bien et du vrai est instinctif; il résulte de l’amour de soi, du besoin de bien-être qui est le fond de notre nature. Ne faussez pas ce sentiment.
GYMNASTIQUE DE LA SECONDE ENFANCE
L’enfant a conscience de sa faiblesse et de son impuissance. Ne le rudoyez point, ne l’aigrissez pas.
Savoir refuser net quand il le faut, fermement, sans rémission, c’est le meilleur moyen de prévenir ces mutineries enfantines qui commencent par des sollicitations obstinées et finissent par l’indocilité.
De deux à sept ans, l’enfant est une pâte molle qui garde dans son cerveau vierge, sa vie durant, l’empreinte de X éducation qu’il a reçue. Le caractère, les sentiments, les opinions reflètent dans l’âge mûr les impressions qui ont été communiquées dans l’enfance.
Que d’hommes intelligents ne peuvent se soustraire à l’intluence prédominante des idées fausses, des préjugés ridicules, dont ils ont été imbus dans leurs familles ou dans les écoles primaires.
GYMNASTIQUE DE LA SECONDE ENFANCE
Gymnastique physiologique. — De deux à sept ans, l’enfant marche, court, s’isole, s’appartient : c’est un individu. Son éducation devient plus complexe à mesure que sa surveillance est plus difficile. Cet individu, étant destiné à vivre en société, doit nécessairement être initié, de bonne heure, â la vie sociale. De 2 â 4 ans il est convenable cependant qu’il reste attaché à sa famille, sous la direction du père et de la mère. Mais de 4 à 7 ans, il faut le confier, à certaines heures et certains jours, â cette belle institution qu’on appelle : X école gardienne, qui rend à la société tant d’excellents services.
L'école gardienne vient en aide à la famille pour former la première éducation de l’enfant; d’un autre côté, elle ouvre la série d’enseignements scolaires et d’entraînements ou d’exercices corporels qui seront continués dans les écoles primaires, de 7 5 12 ans, et, ensuite, dans les écoles moyennes, de 12 â 18 ans, et plus tard enfin, dans les écoles spéciales professionnelles du degré supérieur.
Les chefs de famille, d’une part, les administrateurs et les directrices des écoles gardiennes, de l’autre, doivent se faire une
ÉDUCATION DU CERVEAU ET DES NERFS
idée nette et juste de ce que peut et doit être l’enfant de 2 à 7 ans.
Dans la seconde enfance, pas plus que dans la première, à 1 ecole gardienne pas plus qu’au berceau, il n’y a pas encore lieu de distinguer les sexes, ni surtout de les séparer.
A la tête de 1 école gardienne, il faut toujours placer une excellente institutrice pourvue de beaucoup de tact et d’expérience. L institutrice, avons-nous dit, est l’image de la mère : nos bambins les plus turbulents ont plus d’aflfection et de respect pour l’éducatrice que pour n’importe quel éducateur. Affaire d’instinct et d habitude, résultant des soins maternels et de l’allaitement dont ils ont été l’objet dans la première enfance, et dont le souvenir se reporte sur toute femme analogue à la mère, pourvu que cette étrangère s y prête par sa bienveillance, ses attentions et son amour pour eux.
Ainsi donc, on ne peut trop le répéter : de 2 à 7 ans, que la femme dirige et que l’homme surveille l’éducation et l’instruction des enfants de l’un et de l’autre sexe.
1“ ÉDUCATION DU CERVEAU ET DES NERFS
Le cerveau est une pulpe composée d’une infinité de globules destinés h osciller et à réagir sur toutes les vibrations qui leur arrivent par l’intermédiaire des nerfs.
Pour nous représenter le mécanisme du système cérébro-nerveux, mettons-nous devant un appareil télégraphique ou téléphonique. Un choc produit par la main ou par la voix est recueilli par l’appareil, qui entre en vibrations. Ces vibrations transmettent l’impression reçue avec sa tonalité ou ses cadences propres. De même, le choc produit par n’importe quel agent sur les organes des sens ou sur les nerfs sensibles disséminés dans nos tissus, est communiqué au cerveau qui vibre à l’unisson des impressions reçues, et qui propage ses secousses mécaniques autour de lui, par l’intermédiaire de certains autres nerfs auxquels on a donné le nom de nerfs moteurs, pour les distinguer des premiers; — expressions impropres qui devraient être remplacées par celles de nerfs adducteurs et nerfs abducteurs, puisque les uns comme les
ÉDUCATION DU CERVEAU ET DES NERFS
autres ne font que transmettre du dehors au dedans et du dedans au dehors de l’appareil cérébral, les oscillations vibratoires qui leur sont imprimées.
Seulement, pour que la comparaison soit complète il faut considérer l’appareil central, le cerveau, comme une pile électrique ou galvanique qui aurait la propriété de garder et de reproduire facilement les impressions reçues antérieurement, et qui pourrait se développer et se perfectionner par l’exercice, de la même manière que tous les organes doués de vie.
En réalité, la gymnastique cérébrale est fondée tout entière sur cette double faculté de l’appareil ou centre vital :
1. Le cerveau n’émet, ne produit, ne combine que des impressions reçues du dehors. — Cette loi psychologique est universelle, absolue, ainsi que l’ont démontré tous les biologistes de notre époque.
2. L’organisation du cerveau se parfait de plus en plus, à mesure qu’il reçoit et transmet des impressions de plus en plus variées. — Cette autre loi, exclusivement physiologique, est aussi absolue et universelle que la précédente. Elle est d’ailleurs commune à tous les organes et à tous les êtres vivants.
Ne voit-on pas immédiatement, après cela, comment on doit procéder pour façonner graduellement l’intelligence des enfants, et les préparer à se mouvoir dans les milieux si divers de la vie privée et de la vie publique! Nous pourrions résumer en ces quelques mots la méthode scolaire, à laquelle les pédagogues les plus éminents accordent aujourd’hui la préférence pour exercer et développer le cerveau du jeune âge : chercher à communiquer aux enfants des idées nettes, simples, précises, tangibles, à l’aide d’objets qui tombent sous les sens.
C’est la méthode intuitive des Jean-Jacques Rousseau, des Pestalozzi et de tant d’autres, qui a été perfectionnée de nos jours par des savants de tous pays.
Cependant, dans ces exercices intellectuels, absolument semblables à tous les autres exercices corporels qui mettent en jeu les organes des sens, il est bon de se garder de toute exagération. Multiplier trop les idées, c’est encombrer, fatiguer l’organe et risquer de le surmener au point de produire des excitations ner-
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
veuses préjudiciables à la santé et au développement ultérieur du jeune sujet. Étendre trop loin les rapports entre les idées, c’est tomber dans les mêmes inconvénients.
Ne forçons pas l’attention, ne chargeons pas la mémoire, ne mécanisons pas le jugement par une sollicitude trop constante et une intervention trop répétée dans l’éducation du cerveau infantile.
Satisfaits de lui avoir inculqué, principalement par la vue et par le toucher, quelques notions élémentaires sur les objets de ses premières idées, abandonnons-le souvent à lui-même et aux sujets de son âge, librement, afin qu’il surgisse spontanément de ses impressions et de ses souvenirs des combinaisons originales qui l’habitueront à tirer parti de son propre fonds.
Un point capital aussi, c’est d’éviter de provoquer dans ces imaginations naissantes des images terrifiantes, des émotions brusques et violentes.
La frayeur et l’intimidation soudaines, la crainte d’un châtiment excessif, toutes les secousses physiques et morales provoquées par des corrections manuelles ou des menaces exagérées, détraquent quelquefois si complètement leur malléable système nerveux, qu’il en peut résulter des lésions organiques plus ou moins graves, tantôt passagères, tantôt incurables, telles que le strabisme, le bégaiement, des paralysies circonscrites, la danse de Saint-Guy (chorée), l’épilepsie (mal caduc).
Les médecins signalent tous les jours des exemples de cette nature, qui sont bien faits pour donner à réfléchir aux parents et surtout aux instituteurs et professeurs à tous degrés.
Que de filles hystériques et de jeunes gens maladifs ont dû leur malheureux sort aux fables et aux pratiques terrifiantes de leurs stupides éducateurs ou éducatrices !
2° ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
On admet généralement cinq sens : la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat. Pour notre part, nous voudrions que la parole fût considérée comme un sixième sens, et cela pour diverses raisons qu’il serait superflu de signaler ici.
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
OEil et vision. — Les exercices visuels sont aussi nécessaires que les exercices musculaires, et ne sont pas moins importants dans l’intérêt de l’avenir et de la santé de chaque individu.
- La myopie est une infirmité acquise dans les écoles gardiennes et primaires, comme le strabisme est généralement un vice organique déterminé par un manque d’attention des parents et des bonnes à l’égard de la première enfance, spécialement dans les six premiers mois de la vie.
Il faut combiner l’éclairage des écoles, la position des papiers en face de l’élève, la distance et la grosseur des objets d’étude, la durée des dictées et des lectures, de manière à ne pas éblouir ni fatiguer les yeux.
En second lieu, il faut varier les exercices visuels, tantôt avec un seul œil, tantôt avec les deux yeux, qu’on fera diriger dans tous les sens, sans bouger la tôle.
Enfin, on doit faire apprécier les nuances, les couleurs, les formes des choses, à de longues distances pour ceux qui ont une tendance à la myopie, ù des distances de plus en plus rapprochées pour les autres.
Car, disons-le ici une fois pour toutes, la gymnastique, autrement dit : les exercices corporels en général, du cerveau, des nerfs, des sens, des muscles, des os et de tous les appareils organiques, doivent être appropriés à la nature particulière de chaque sujet.
Mais comme il n’est pas possible, dans les cours publics, d’instituer des exercices spéciaux propres à chacun des élèves, on doit se borner, mais ceci est de rigueur, à ranger ces derniers en plusieurs groupes distincts, qui travailleront alternativement selon les indications du maître.
Oreille et ouïe. — Les exercices de l’oreille ont une importance considérable dans la seconde enfance. C’est le moment le plus favorable pour développer par l’attention bien dirigée les muscles auriculaires internes et externes-.
On sait que les sauvages, attentifs comme les animaux non domestiqués aux moindres bruits insolites, ont une certaine mobilité du pavillon de l’oreille. Pourquoi l’homme civilisé ne s’efforcerait- il pas d’acquérir cette faculté précieuse qui n’ôterait
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
rien, croyez-Ie bien, Mesdames, à la grâce ni à l’expression de la physionomie humaine ?
Voulez-vous donner aux enfants ce qu’on appelle en musique : l’oreille juste? Voulez-vous en faire, plus tard, des hommes capables de lire et de s’exprimer à haute voix avec une intonation qui flatte, qui intéresse les auditeurs, et les dispose à la bienveillance? Voulez-vous former une pépinière d’artistes à voix claire, vibrante, attrayante ? Cultivez l'oreille des enfants. Dans le calme et le silence profond d’une classe bien disciplinée, faites-leur discerner, les yeux hermétiquement clos, la direction et le timbre des bruits les plus déliés, depuis la voix de leurs camarades jusqu’aux sons graves ou aigus que peuvent rendre différents objets, dans leurs chocs avec certains agents métalliques et autres.
Langue et parole. — La parole est si intimement rattachée à l’ouïe que l’absence de ce dernier sens s’accompagne presque toujours de l’absence ou de l’imperfection de l’autre.
La parole résulte de l’émission d’une colonne d’air expiré par les poumons, qui fait vibrer les cordes vocales et qui, vibrant â son tour, arrive dans la bouche, où elle reçoit de nouvelles modulations par les mouvements coordonnés du voile du palais, de la langue, des joues et des lèvres.
Chacun de ces organes, concourant à imprimer à la parole son caractère personnel, doit nécessairement être l’objet de l’attention des professeurs de gymnastique.
Les muscles de la glotte, du palais, de la langue, des joues et des lèvres doivent être exercés tour à tour, isolément et concurremment. Les voix grêles, nasillardes, flùtées, de certains sujets; caverneuses, rauques, sourdes, des autres, sont bien plus souvent la suite d’un défaut d’exercice que d’un vice organique constitutionnel.
Une bonne institutrice, d’ailleurs, peut facilement corriger la plupart des infirmités vocales du jeune âge. Il n’est pas de bégaiement, peut-être, qui résisterait à une gymnastique bien entendue des organes vocaux. La prononciation large, exacte et sonore de chaque lettre de d’alphabet et de chaque syllabe simple ou complexe, plus ou moins surchargée de consonnes; la lecture lente, accentuée, avec ou sans accompagnement de gestes de la main; la
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
déclamation de la prose et des vers ; le chant seul, ou à deux, trois, quatre voix, ou en chœur; les interjections et les cris, modulés selon les différents états de l’esprit, frayeur, joie, colère, portés à un diapason raisonnable, tels sont les principaux exercices corporels qui ont trait à la voix et à la parole articulée, et dont personne ne contestera les bienfaits sur l’organisation humaine.
Peau et toucher. — L’homme fait retire-t-il de l’exercice de ce sens tous les avantages que celui-ci pourrait lui procurer, si les organes qui y correspondent avaient reçu leur développement complet?
Nul n’ignore la finesse des sensations tactiles de l’aveugle. Sans chercher à atteindre ce degré de perfection, ne pourrions-nous parvenir à multiplier les notions qui nous arrivent par le toucher?
Comme exercices corporels relatifs à ce sens, signalons : l’appréciation de la pesanteur, de la forme, de la densité et de la nature des corps.
Les chimistes, les naturalistes et les médecins doivent à la netteté et à la variété des notions qu’ils retirent du toucher une grande partie de leurs aptitudes professionnelles. Ce n’est pas seulement à l’agilité des doigts que les pianistes, les joueurs de harpe, de guitare, de clarinette et autres instruments à corde ou à vent, attribuent leurs talents plus ou moins remarquables, mais aussi à la délicatesse du toucher. C’est par là qu’ils font parler les sons, et qu’ils portent au fond de nos cœurs les sentiments et les émotions qu’ils expriment.
La sensibilité de la peau, comme celle des autres organes des sens, est en rapport avec le développement du système nerveux qui parcourt cette tunique; et ce développement, pour les nerfs cutanés aussi bien que pour ceux des autres parties de l’économie humaine, est proportionné ‘à la nature et à la fréquence des impressions reçues, d’une part, et de l’attention ou de la réflexion avec lesquelles ces impressions sont perçues et jugées, de l’autre.
Il suit de là qu’on ne pourrait apporter trop de soin aux exercices corporels relatifs au toucher dans la seconde enfance, c’està-dire à l’époque où les fdets nerveux adducteurs sont le plus susceptibles de se multiplier et de s’insinuer ou de se répartir profondément dans les papilles de la peau.
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
Certes, dans certaines professions rudes, il arrivera un temps où les callosités et l’endurcissement de l’épiderme émousseront plus ou moins complètement la sensibilité tactile des mains; mais celles-ci ne perdront pas cependant encore tout le profit de la gymnastique raisonnée à laquelle elles auront été soumises dans le jeune âge.
Bouche et goût.. — On a tort de considérer la langue comme 1 organe à peu près exclusif du sens du goût. Les animaux se servent à la fois de leurs appendices buccaux et de l’odorat pour distinguer les aliments qui leur conviennent, des substances nuisibles ou impropres à leur entretien.
Les lèvres jouent un grand rôle dans la gustation.
Accoutumons-nous, dès l'enfance, à déguster avec discernement, par les lèvres seulement, tous les produits de la nature qui pourraient nous être présentés sous forme d’aliments et de boissons. Il peut n’ôtre pas sans danger d’introduire jusque dans la bouche des substances végétales ou minérales, aromatiques ou inodores, âcres ou insipides, salines ou sucrées, pour en constater la véritable nature. A cette fin, il faut se contenter de se servir des lèvres. Ainsi pour reconnaître l’acide arsénieux, le sel d’oseille, et tant d’autres poisons, il suffirait à un sujet bien exercé d’en mettre quelques parcelles sur les lèvres, préalablement humectées de salive .
La dégustation des liquides et des solides se ferait certainement, dans les diverses professions, avec une extrême facilité et sans jamais occasionner le moindre inconvénient, si l’on se servait à cette fin exclusivement des lèvres, dressées ou façonnées, dès le jeune âge, à cette fonction par des exercices bien ordonnés et convenablement dirigés.
Nez et odorat. — L’odorat, si puissant chez la plupart des carnassiers, est peut-êtr'e celui de nos sens qui est le moins cultivé, et qui rend le moins de services réels dans la race humaine. C’est cependant celui qui nous est le plus nécessaire pour nous renseigner, à temps et à distance, sur l’état des milieux et la nature des substances qui nous entourent.
Chaque être, mais principalement chaque animal, dégage autour de lui une atmosphère d’effluves, essences de son organisme indi-
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
viduel, qui l’enveloppent et qui forment sur ses pas, lorsqu'il se meut, une traînée ou un sillon caractéristique, par lequel le chien, par exemple, reconnaît et suit la piste de son maître.
A l’aide de l’odorat, on peut reconnaître les plantes âcres, vireuses, nuisibles.
En coupant en deux, avec les doigts, les champignons, et en les approchant du nez, il n’est pas difficile de distinguer ceux qui sont vénéneux de ceux qui ne le sont pas.
Le nez exercé de certains médecins ou vétérinaires qui observent et réfléchissent leur permet de constater, dès leur entrée dans une pièce occupée par un malade, s’il y a gangrène, suppuration, morve, typhus, variole, cancer ulcéré, indigestion, diabète, punaisie, farcin, etc.
L’odorat est indispensable dans une foule de professions : c’est un éclaireur avancé du système nerveux et un excellent éducateur du cerveau.
— Faisons remarquer, d’ailleurs, que tout exercice des organes sensoriels met en jeu le centre encéphalique et devient ainsi la cause directe de ses notions intellectuelles et de son développement physique, tout à la fois.
Rien n’atteint, ne stimule, n’impressionne le cerveau que par l’intermédiaire des sens. Cette vérité, qui a été proclamée avant Condillac, mais qu’il a eu le mérite d’approfondir, est aujourd’hui indiscutable, aussi bien pour les spiritualistes qui admettent la théorie de la dualité humaine : corps et âme, que pour les matérialistes qui attribuent tous les faits psychiques, même les phénomènes les plus abstraits de la pensée, à des mouvements réflexes et à des associations de souvenirs déterminés ou provoqués par les vibrations nerveuses.
En développant l’œil pour multiplier ses fonctions et en faciciliter l’accomplissement, on développe en même temps les couches optiques du cerveau qui palpitent, vibrent et réagissent à chaque sensation oculaire qu’elles reçoivent. 11 en est de même pour tous les points de la masse cérébrale qui correspondent aux autres organes des sens, aux couches, ganglions ou noyaux olfactifs, auditifs, phonétiques, tactiles et linguo-laryngés. A mesure que les sensations affluent, les cellules ou globules du cerveau
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
s’organisent et se multiplient, et donnent naissance à ces circonvolutions particulières qui, selon les zoologistes et les philosophes de toute école, dogmatique ou expérimentale, servent de mesure à l’intelligence de chaque sujet, et sont en rapport avec le degré de civilisation des peuples.
On ne peut donc pas séparer la culture ou l’éducation intellectuelle de l’enfance de son éducation sensorielle. L’une est solidaire de l’autre ; et celle-ci marche et progresse avec d’autant plus de succès que celle-là se forme de plus en plus.
Ici, comme en tout, c’est le commencement qui est le plus difficile; c’est du commencement, bien ou mal entrepris et dirigé, que dépend le couronnement de l’œuvre : la santé, la vie, l’énergie vitale et l’aptitude à réaliser ses aspirations et à faire sa trouée et sa position dans cette bagarre immense qu’on nomme la concurrence sociale.
Appliquons maintenant à l’éducation infantile, avant d’aller plus loin, cet adage ancien : mens sana in corpore sano.
Pour que les impressions créent des notions saines, nettes, adéquates, dans le centre intellectuel, il faut qu’elles soient correctes; c’est-à-dire qu’elles répondent le plus exactement possible à la nature spéciale des sensations déterminées par les agents ou les objets extérieurs. Cela revient à dire que les organes des sens doivent être en parfait état de santé ou, si l’on veut, dans des conditions physiologiques normales.
Prenons le nez pour exemple.
Les enfants s’encatarrhent facilement. On prête généralement peu d’attention à ce qu’on nomme si improprement : rhume de cerveau. La fréquence de ces petites irritations amène pourtant, chez certains sujets, plus nombreux qu’on ne le pense, des engorgements de la muqueuse nasale, avec toutes ses conséquences : gonflement des amygdales, mucosités nasales plus ou moins abondantes, fluentes ou sèches, rétrécissement des orifices du nez et du canal (trompe d’Eustache) qui alimente d’air la caisse du tympan, ulcérations fétides ( punaisie ).
Comment voudrait-on que, dans cette situation, l’enfant pût exercer son sens olfactif? L’ouïe elle-même subit le contre-coup de ces infirmités réputées insignifiantes, auxquelles peu de familles
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
SI
prêtent attention. Voilà le petit élève en classe, bouche béante, narines au vent, à demi-sourd, qui, parfois, arrive à exhaler par la muqueuse ulcérée de l’une ou l’autre narine, cette répugnante odeur qui porte son véritable nom dans le monde : la punaisie (ozène).
Que faire, en pareil cas?
Soigner et guérir ces bambins en les envoyant au médecin, avant de les soumettre à n’importe quel exercice corporel.
La mission de l’éducateur ne doit pas se borner, donc, à diriger habilement les manœuvres multiples des jeunes sujets : il a pour devoir strict, rigoureux, de veiller à l’état des organes qu’il met en jeu.
Les exercices tactiles sont-ils possibles avec des mains sales? Des mouvements musculaires vifs, suivis, ne deviendraient-ils pas quelquefois nuisibles, si la peau de l’enfant, encrassée, ne fonctionnait pas bien? Voyez-vous des yeux chassieux, des oreilles obstruées par des écoulements ou des dépôts purulents s’efforçant de percevoir nettement les ondes lumineuses ou sonores des objets, à travers des organes qui dévient et altèrent la marche naturelle de ces rayonnements vibratoires, et qui s’irritent, se fatiguent et augmentent leur état maladif, par le fait même de ces exercices si utiles et si salutaires pour les sujets sains?
Ferez-vous chanter, courir, gambader, pirouetter, l’enfant qui tousse?
Il y a là matière à de nombreuses méditations.
Exercices sensoriels combinés. — Nous avons esquissé les principaux avantages qui résultent de l’exercice de chaque organe des sens, dans la seconde enfance, tant pour le développement de l’organe même que pour celui du cerveau.
Ces exercices sensoriels peuvent être variés à l’infini, selon les localités et les sujets.
Mais au-dessus du développement de chaque appareil organique en particulier, il faut placer toujours le développement harmonique et synergique de l’ensemble de l’organisme, de l’individu. Delà, la nécessité de combiner fréquemment les différents exercices corporels pour établir entre tous les éléments récepteurs et moteurs de l’économie humaine, des corrélations nécessaires à
ÉDUCATION DES ORGANES DES SENS
l’entretien de la santé et au déploiement de toutes les facultés. Pour former des sujets bien constitués, souples, habiles, adroits, forts et intelligents, il est urgent de maintenir toujours ce qu’on nomme : « l’équilibre physiologique », entre leurs divers éléments corporels.
En quoi consiste cet équilibre? Dans la santé et la bonne conformation.
Comment l’obtient-on? Par le fonctionnement méthodique, mesuré et progressif de tous les appareils organiques, selon leurs aptitudes et leurs besoins.
Nous ne pouvons pas entrer dans le détail des innombrables exercices sensoriels combinés qui peuvent être indiqués et pratiqués. Bornons-nous, comme exemples, à parler de la prestesse d’action des sens combinés et de la mimique de la face.
Des expériences récentes nous ont appris à calculer le laps de temps qui s’écoule entre le premier choc d’un agent quelconque sur nos organes sensibles, et la réaction ou le mouvement extrinsèque qu’il occasionne. Ce laps de temps varie non seulement suivant le mode des sensations provoquées, mais encore selon les sujets. Tel individu réagit vivement et promptement sur ses impressions personnelles ou sur les idées qu’on éveille en lui; tel autre n’arrive à ce résultat que plus ou moins lentement.
La gymnastique a pour but, par des exercices bien agencés, d’établir entre les vibrations des nerfs adducteurs et abducteurs de nos divers sens une coordination rapide et précise.
Ainsi, de deux individus qui portent à la bouche par mégarde un liquide brûlant, celui-là sera le moins affecté par le calorique en excès qui pourra le plus promptement rejeter le liquide.
Nous connaissons des personnes dont les perceptions, et les mouvements réflexes qui en résultent, sont si vifs et si prompts, qu’elles rattrapent les objets qui leur échappent des mains ou qui tombent d’une table, avant qu’ils aient touché terre.
On peut instituer diverses séries d'exercices sensoriels combinés, dans le but d’accroître, chez chaque sujet, la prestesse des mouvements réflexes, corrélatifs aux impulsions reçues par les divers sens.
Sous ce rapport, un grand nombre de jeux familiers, dans la
ÉDUCATION DES ORGANES ET APPAREILS INTERNES
seconde enfance et dans la jeunesse, jouissent de ce privilège, ainsi que nous le verrons tout à l’heure.
Le jeu de la physionomie mérite aussi une mention spéciale dans les exercices du jeune âge. On a dit souvent que le visage est le miroir de l’intelligence. Ce dicton n’est pas toujours vrai. Non seulement il existe des gens habiles â dissimuler leurs impressions intimes, mais il en est dont la face impassible, atone, semble tout à fait incapable de réfléchir les sentiments qui les animent.
Certaines professions prédisposent particulièrement l’homme à cette inertie ou à cette immobilité habituelle des traits de la face.
Nous citerons le laboureur qui passe de longues journées dans la répétition monotone des mêmes actes; le tailleur et le cordonnier, dont l’attention est fixée, durant des heures entières, sur un seul objet.
Il faut habituer, de bonne heure, l’enfant à sentir, à percevoir nettement ses sensations, et à exprimer ses impressions par les gestes, par la face, autant que par la parole.
La mimique de la face est un excellent moyen de communication et d’influence, en même temps, pour l’homme à l’égard de ses semblables et même à l’égard des animaux, qui peut être utilisé avec fruit ailleurs qu’au théâtre, au barreau, à la tribune parlementaire, ou dans les cirques, les conférences et les meetings.
On obtiendra, sous ce rapport, des résultats avantageux en - faisant lire à haute voix quelques extraits littéraires propres à éveiller des sentiments vifs, élevés, dans l’esprit des enfants, en recommandant à ceux-ci d’exprimer ce qu’ils éprouvent tantôt par la mimique de la face, tantôt par les gestes des membres, tantôt par le double jeu de la face et les gestes â la fois.
3° ÉDUCATION DES ORGANES ET APPAREILS INTERNES
Nous avons mis â part et en première ligne l’appareil cérébrospinal et tout le système nerveux, qui constituent l’élément vital essentiel de l’organisme, et qu’il faut envisager surtout comme le pivot de l’esprit, le foyer de l’intelligence, le générateur des sentiments et le guide de l’instinct, par lesquels l’homme se sent,
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s’aperçoit, se connaît, se distingue de ses semblables et du monde extérieur, et parvient a se mettre en rapport avec tout ce qui 1 entoure, depuis les légions infinies des atomes et des monades jusqu’aux globes immenses dont il suit les orbes lumineux à travers l’espace sans limites.
Nous n’avons donc à nous occuper, ici, que des autres appareils et organes internes, qui, au point de vue de la gymnastique, peuvent être rangés en six groupes : organes et appareils de la locomotion, de la respiration, de la circulation, de la nutrition, des sécrétions et de la reproduction.
Le dernier de ces appareils appartient aux âges suivants.
Organes et appareils de la locomotion. — Le mécanisme de la locomotion est des plus simples. Les nerfs, qui sont disséminés dans les muscles, reçoivent une vibration des centres nerveux et provoquent une contraction musculaire qui fait mouvoir les tendons et, par suite, les os auxquels ces derniers sont intimement attachés. Les muscles glissent facilement les uns sur les autres, grâce aux gaines membraneuses qui les séparent, et qui sont nommées aponévroses. Enfin, les os étant unis par des ligaments qui les articulent les uns aux autres, sont susceptibles de décrire des mouvements divers.
L’étendue et la direction de ces mouvements sont faciles à déterminer, quand on les étudie sur le squelette.
A ces indications anatomiques succinctes, mais suffisantes pour saisir la marche des exercices corporels qui doivent mettre successivement en mouvement les diverses parties du système musculaire et osseux des enfants, ajoutons quelques notions physiologiques indispensables.
à) Tout muscle qui ne fonctionne pas à certains intervalles, tourne â l’état graisseux ou se ramollit et s’atrophie.
b) Les tendons qui relient les muscles aux articulations, et les ligaments qui maintiennent en rapport les extrémités articulaires des os, se dessèchent, se raidissent et perdent peu â peu leur llexibilité, par l’inaction prolongée.
c) Les os eux-mêmes maigrissent et deviennent cassants, dès qu’ils sont condamnés à un repos inaccoutumé.
d) Autant l’action ou le monvement bien ordonné est nécessaire
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à l’entretien de la vitalité et à la conservation des propriétés physiologiques des os, des tendons et des muscles, autant une activité exagérée ou trop réitérée les hypertrophie d’abord, puis les enflamme et les détériore plus ou moins rapidement.
e) Plus les sujets sont jeunes, plus les tissus osseux et fibreux sont souples, élastiques, malléables.
Chacun de ces axiomes doit être sans cesse présent à l’esprit des chefs de famille et des institutrices.
Le premier corollaire qu’on en tire est celui-ci :
C’est dans la seconde enfance, dès l’àge de 2 ans et surtout de 4 à 7 ans, qu’il faut imprimer à toute la charpente humaine : tète, tronc et membres, une série de mouvements musculaires tels qu’aucune articulation, susceptible de se mouvoir dans n’importe quelle étendue, ne reste pas absolument inactive.
Nous abordons ainsi la partie, non pas la plus importante ni la plus difficile, mais certainement la plus compliquée de la gymnastique infantile; celle qui, malheureusement, de nos jours a été généralement l’objet trop exclusif des méditations des auteurs classiques et qui occupe à peu près tout le texte de leurs ■ouvrages.
On se fera une idée de la multiplicité des mouvements divers auxquels les exercices musculaires peuvent donner lieu — et c’est là l’excuse de nos savants devanciers — quand on saura qu’ayant recherché par l’analyse algébrique au moyen de la théorie des combinaisons et permutations, le nombre de ces exercices, simples et coordonnés, qu’on peut commander à un seul sujet, je suis arrivé au chiffre de 1,200,000; et que ce chiffre pourrait être encore multiplié par plusieurs unités, si l’on portait en ligne de compte une foule de mouvements secondaires, que j’ai négligés dans ces calculs!
Cependant, qu’on ne s’effraye pas. Cette quantité étonnante de mouvements variés peut être intégralement rapportée à quelques groupes typiques, qu’il suffira de signaler pour qu’on en déduise ou y rattache toutes les combinaisons réalisables.
Jusqu’ici, en nous occupant des exercices corporels relatifs aux mouvements du cerveau, du système nerveux et des organes des sens, nous n’avons pas eu l’occasion de donner noire avis sur
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certaines précautions hygiéniques, dont l’importance devient capitale quand il s’agit de mettre en mouvement le système osseux.
En effet, pour stimuler les appareils sensoriels, il n’est nullement nécessaire de se placer dans les salles particulières ni de revêtir un costume spécial. Ce genre d’exercices s’exécute parfaitement dans les classes ordinaires, dans les champs, partout, et sous n’importe quel habit.
11 n’en est plus de même pour les exercices de la charpente ossomusculaire.
Costume gymnastique. — Les petits garçons et les petites filles ne devraient porter — au moment des évolutions gymnastiques de l’appareil locomoteur — qu’un pantalon court, parfaitement boutonné par devant ou par derrière, et maintenu autour de la taille à l’aide d’une ceinture élastique d’au moins 4 centimètres de largeur; et une chemise de toile ou de coton, sans manches, lacée ou boutonnée lâchement au bas du cou.
Les tissus de flanelle, inutile chez l’enfant sain, sont nuisibles â tout le monde pendant les mouvements musculaires.
Pour chaussures, rien ou de simples bas de fil dans les appartements, et même à l’air libre; mais, dans ce dernier cas, pour les exercices sur place seulement.
Lorsqu’il faut marcher ou courir, on adoptera le soulier à semelle sans clous.
Salle de gymnastique. — Un champ, une cour, un préau, en été. Dans les mauvais jours ou les mauvaises saisons, une salle vaste, très élevée, très éclairée, sèche, mais peu chauffée, même durant les froids les plus rigoureux.
En Suède, les salles ont de 9 à 12 mètres d’élévation, et sont peu ornées.
On a reproché aux Suédois celte simplicité, ce défaut d’ornements dans leurs gymnases -scolaires. On a dit que l’enfant dont le foyer paternel est pauvre, froid, bien souvent, doit se trouver â l’école mieux que chez lui.
Nous ne partageons nullement cette manière de voir. La salle de gymnastique ni l’école n’ont pas besoin d’autres emblèmes que leurs simples appareils nécessaires, que ces grandes planches
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noires, entre autres, sur lesquelles on inscrit ou dessine des maximes et des objets destinés aux leçons.
Quant à cette idée que l’élève doit se sentir à l’école mieux que chez lui, nous la trouvons radicalement fausse, et contraire à l’esprit de famille, à l’attachement au foyer, qui sont les premièrs éléments des sentiments altruistes les plus élevés : l’amour de la patrie et l’amour de l’humanité.
Il faut que l’enfant entre avec joie à l’école, oui, mais qu’il la quitte aussi sans regrets, pour se reposer et s’épanouir librement au sein de la famille. C’est ici surtout, dans ce sanctuaire d’affections intimes, qu’il doit trouver le plus de satisfactions, d’encouragements, de bons conseils, de bons exemples et, au besoin, de salutaires consolations.
Ce qu’il faut orner, décorer, rendre agréable, ce n’est pas l’école, centre de discipline et d’obéissance autoritaires, mais la chambre à coucher, la chambre à manger, la cuisine de la maison paternelle, qui rappellent à l’imagination du jeune âge les soins, la sollicitude et les caresses de la mère ainsi que les jeux et les taquineries des frères et sœurs. L’enfant de 4 à 7 ans n’est-il déjà pas trop disposé, par suite de son égoïsme natif, à fuir le foyer domestique pour prendre en liberté ses ébats, loin de la surveillance et de la vigilance inquiètes de ses parents?
Ne sont-ce pas, en définitive, les liens de famille qui rattachent le plus l’homme au sol natal et qui forment le fondement du dévouement pour ses proches, pour ses amis d’enfance et, par suite, pour ses concitoyens, ses compatriotes et tous ses semblables, sentiment sacré, essentiellement expansif et progressif, sans lequel nulle société humaine ne serait possible ?
Durée el nombre des exercices. — L’institutrice doit donner aux enfants de 2 à 7 ans, une demi-heure de récréations gymnastiques, le matin, et autant l’après-dînée, avec des pauses diverses, alternatives, pour chaque groupe ou catégorie d’élèves; cette demi-heure, qui coupera la série des leçons classiques de chaque demi-journée, sera répartie de la manière suivante :
5 minutes pour se déshabiller au commandement, et se mettre en rang.
20 minutes de travail entrecoupé.
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5 minutes pour se revêtir et se promener ensuite en corps à pas lents (marche magistrale), afin de laisser la peau, le sang et les tissus se refroidir doucement.
Il va sans dire que, pour les leçons relatives aux exercices du cerveau et des organes sensoriels, les 10 minutes affectées aux préparatifs ou précautions hygiéniques ne sont pas nécessaires et doivent rentrer dans la demi-heure consacrée à l’enseignement gymnastique.
Mouvements simples et mouvements coordonnés de l’appareil locomoteur. — Des volumes entiers ont été publiés sur cette seule matière, qui, comme nous l’avons dit, a trop exclusivement absorbé l’attention de la plupart des auteurs. Pour notre part, nous nous abstiendrons d’entrer dans des détails fastidieux.
On peut diviser tous les exercices corporels du système locomoteur en plusieurs classes nettement déterminées, qui se rangent elles-mêmes dans deux catégories distinctes :
Première catégorie. — 1. Mouvements simples et coordonnés sur place, dans les attitudes différentes.
2. Mouvements simples et coordonnés avec déplacement, dans diverses attitudes.
3. Mouvements simples et coordonnés avec les engins de toutes espèces.
Deuxième catégorie. — 1. Jeux infantiles sur place, isolément ou en commun.