NOTRE-DAME
Le berceau de l'antique Lutèce est, de toutes les divisions de la ville, celle qui a le moins conservé son aspect original. Les percements de boulevards, l'agrandissement du Palais de Justice, la construction du tribunal de commerce, du nouvel Hôtel-Dieu, des casernes de la Cité et l'isolement de la cathédrale, ont entraîné la démolition des églises nombreuses et des maisons anciennes qui se pressaient dans son enceinte étroite, à l'exception de la place Dauphine cruellement mutilée et de quelques rues qui s'abritent sur le flanc septentrional de la basilique. Seuls le Palais de Justice et Notre-Dame de Paris conservent des traces de leur décoration primitive.
Le vaste périmètre qui suffit à peine à loger les services judiciaires de Paris, abritait jadis la royauté et le Parlement, jusqu'au jour où les monarques firent construire le château du Louvre où ils étaient plus en sûreté. Il ne reste des constructions de saint Louis et de Philippe le Bel, que la Sainte-Chapelle et les galeries basses avoisinant la Conciergerie. Tous les autres bâtiments, y compris la grande salle, ont été renouvelés à la suite des différents incendies qui les ont dévastés. La Sainte-Chapelle seule, avec la belle série de ses verrières peintes, avec les grandes statues d'apôtres placées sur les piliers et les peintures qui revêtent ses murailles, présente le type le plus parfait de la décoration religieuse du xiuc siècle. On l'a souvent comparée à une grande châsse, et peut-être l'architecte a-t-il voulu lui donner une forme répondant à cette destination? La décoration de la Sainte-Chapelle est liée trop intimement au style de l'architecture pour pouvoir être étudiée séparément, et l'édifice a été l'objet de plusieurs monographies suffisantes pour faire apprécier la perfection de ses ornements. La chapelle basse, moins riche, a sauvé une suite de dalles gravées en creux qui sont d'excellents
spécimens de l'art des tombiers-imagiers, qui exerça une influence prédominante sur la sculpture française aux xive et xve siècles. Nous en donnons un spécimen qui est un chef-d'œuvre de dessin et de gravure en creux au commencement du xv° siècle. C'est la tombe de Philippe de Reuilly, trésorier de la Sainte-Chapelle, mort en 1440. Quelques travées des voûtes portaient de grands écus armoriés, dont la peinture était attribuée à Martin Fréminet, qui ont été grattés comme faisant disparate avec l'architecture des nervures; une fresque représentant l'Annonciation et retrouvée sous le badigeon, montre bien mieux comment était comprise la peinture intérieure des édifices au xiu6 siècle.
Bien d'autres détails seraient à citer dans la décoration de la Sainte- Chapelle, l'un des édifices les plus parfaits que nous ait laissés le Moyen âge et qui a servi de modèle à toutes les constructions du môme genre élevées en France, mais nous ne saurions les étudier dans cette étude spéciale, comme ils le méritent, et ils ont du reste été soigneusement relevés dans les ouvrages de Lassus et de M. de Guilhermy
Des manuscrits revêtus de reliures d'orfèvrerie, un camée, le plus grand qui existe, une admirable Vierge d'ivoire, deux autels en émail peint par Léonard Limosin, etc., provenant de la Sainte-Chapelle ont heureusement été recueillis dans nos Musées.
La Sainte-Chapelle était une dépendance de l'ancien palais des rois de France situé dans la Cité. Saint Louis la fit construire pour y déposer les grandes reliques qui provenaient de Constanlinople et le trésor des Chartes du royaume. Il établit dans son palais même, le Parlement qui fut l'un des moyens employés par le pouvoir royal pour étendre sa suzeraineté sur les seigneurs féodaux. L'aspect de ce vaste ensemble de bâtiments terminés sous Philippe le Bel, nous a été conservé clans une admirable miniature d'un livre d'Heures de la Bibliothèque du château de Chantilly où l'on trouve une vue du donjon, des parties adjacentes de la Sainte-Chapelle, de la grande salle et de l'escalier de Philippe le Bel (2).
Quelques rares épaves des œuvres d'art qui figuraient dans l'ancienne résidence des souverains de la France nous sont parvenues ; elles datent de l'époque où le monument était abandonné au Parlement et ne servait plus qu'aux cérémonies officielles de la royauté. La première chambre de la Cour d'appel a reçu en dépôt ce qui reste du rétable qui décorait autrefois la grande chambre du Parlement, et qui avait été
(1) V. de Lassus et de Guilhermy, Monographie de la Sainte-Chapelle.
(2) L. Delisle, Les livres d'Heures du duc de Berry (Gazette dis Beaux-Arts, 1834).