Chapitre III DEUXIÈME DENTITION
Ce qui caractérise essentiellement la première dentition, c'est sa courte durée. Les dents, en effet, sont calculées de manière k assurer à chaque individu des moyens de mastication pendant toute la durée de son existence.
Quand les os, les muscles, les viscères commencent à marcher rapidement vers leur entier développement, la première dentition devient insuffisante. Un appareil plus énergique est nécessaire et c'est la raison d'être de la deuxième dentition.
Nous ne voulons pas étudier les phénomèmes intimes de l'expulsion des dents temporaires. Elles n'ont rien d'intéressant pour le médecin-légiste. Mais l'époque où se produit cette chute peut être utile dans de nombreuses circonstances.
Nous ne pourrons pas ici arriver a une certitude aussi complète que précédemment, et, croyons-nous, on n'a pas non plus étudié spécialement les dents à ce point de vue.
Le schéma du P"" Pierce, que nous avons donné plus haut, nous fait assister à la décalcification successive de la racine. Il indique les âges correspondants à ces stades. Ce sont là évidemment des moyennes qui souffrent de nombreuses exceptions. Mais il est intéressant de signaler ces travaux qui nous fourniront plus loin d'utiles renseignements thérapeutiques.
Le tableau de Magitot indique bien la date de la chute spontanée de chaque dent, mais il ne nous fait pas assister, comme celui de Pierce, à la succession des phénomènes ; il ne nous montre que le stade ultime de décalcification qui aboutit à la chute.
Nous ne nous abusons pas sur ce que ces notions ont de vague au point de vue pratique. D'ailleurs en même temps que la chute de la dent caduque, arrive la dent permanente, et nous avons les dates d'apparition de celles-ci. Le médecin-légiste a donc deux
faits qui peuvent lui permettre d'établir l'âge, et ces faits sont connexes.
La fig-ure 2 représente la radiographie du squelette d'une mâchoire inférieure prise en trois fragments réunis dans la suite. Cette radiographie a été faite par M. Contremoulins et M. Godon qui ont bien voulu nous, en prêter le cliché.
Elle]^ montre une foule de détails intéressants au point de vue de la dentition : tous éléments d'une exactitude rigoureuse pour la détermination de l'âge.
A la partie antérieure du maxillaire, on voit 'que trois incisives de lait sont tombées après la mort, laissant leurs alvéoles respectives béantes. L'autre incisive a fait sa chute avant la mort et sa dent de remplacement 'était [déjà prête à sortir. Les trois'Iautresl incisives de remplacement s'avancent vers le bord alvéolaire.
Lesjpremières grosses molaires (dents^^de 6 ans) ont fait leur apparition et se trouvent à la même hauteur'que les molaires temporaires.
Celles-ci ont subi un commencement de résorption de leurs racines, et les couronnes des prémolaires permanentes correspondantes sont déjà calcifiées. Les couronnes des dents de [12 ans sont aussi calcifiées,; mais encore incluses dans /épaisseur^du maxillaire.
Les canines ont leur couronne déjà
formées et sont encore plus près du bord inférieur du maxillaire, et les canines de lait correspondantes conservent leurs racines placées au-dessus, encore intactes.
Cet élat d'évolution correspond k l'Age de G et demi à 7 ans.
La période de l'éruption des dents permanentes s'étend de l'âge de 5 à G ans à l'âge de 20 à 25 ans environ. Mais cette dernière date si reculée est celle de l'apparition des dents de sagesse ^ en réalité, c'est vers 12 à 13 ans que les vingt-huit premières dents permanentes ont fait leur apparition.
Nous avons indiqué précédemment les phénomènes de décalcilication des racines qui se passent du côté de la dent caduque, surtout au point de vue de leur importance médico-légale. Ces phénomènes sont dus à la présence de la couronne de la dent permanente correspondante qui par son développement continu amène enfin la chute des dents de lait.
Xous avons aussi noté plus haut l'apparition des follicules des dents permanentes et leur calcification. Il ne nous reste donc, sans insister sur l'éruption elle-même, qu'à indiquer les dates auxquelles ces diverses dents permanentes font leur apparition.
Ce sont les premières molaires inférieures et supérieures qui ouvrent la série à 6 ans. C'est la première période de l'éruption des dents permanentes d'après Magitot. La deuxième période comprend vingt dents: les incisives centrales inférieures et supérieures à 7 ansi l^s incisives latérales inférieures et supérieures à 8 ans et demi-, les premières prémolaires inférieures et supérieures de 9 à 12 ans-, les deuxièmes prémolaires à 11 ans; les canines, enfin, de 11 à 12 ans. La troisième période comprend quatre dents : les deuxièmes molaires inférieures et supérieures à 12 ans, d'où le nom de ces dents. Enfin la quatrième période, qui est celle de l'éruption des dents de sagesse, se passe de 19 à 25 ans.
Ainsi, d'après Magitot, en y comprenant une péj:iode pour les dents de lait, la vie humaine se trouve divisée, au point de vue de la dentition, en cinq périodes.
Nous indiquerons plus loin au sujet des anomalies d'éruption, les variations que présentent les époques d'apparition de ces dents.
Il suffira pour le moment de montrer quelle peut être la portée de la connaissance de ces lois dans les expertises médico-légales. Sans nul doute, en l'absence d'autres signes indiquant l'âge, la présence dans la bouche d'un sujet de certaines dents peut nous fixer sur la période de la vie à laquelle il se trouve.
Le cas rapporté plus loin du cadavre du cimetière de Sainte- Marguerite, attribué à Louis XVII, montre avec la plus parfaite évidence l'importance de ces faits.
De même l'expertise pratiquée par le D"" Hoffmann au sujet de l'affaire de Tizla-Eslar indique nettement de quelle utilité peuvent être les données fournies par les dents, interprétées par un observateur sagace et judicieux.
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