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INFLUENCE DE LA DENTITION 8UK LE MAXILLAIRE

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des données fournies par les dents sur l'âge d'un sujet.

Mais dans les cas où un médecin-légiste est appelé à déterminer l'identité d'un squelette d'un cadavre plus ou moins complet, il arrive presque toujours que les dents restent encore fixées à la mâchoire.

Or les maxillaires éprouvent, du fait même de l'état du système dentaire^ des modifications importantes qui doivent être examinées ici car la forme de la mâchoire dépend évidemment du développement des dents.

Il sera donc d'une très grande utilité d'examiner les maxillaires, car ils seront un excellent moyen de contrôle des résultats obtenus.

Nous examinerons les maxillaires avant l'éruption des dents, après l'éruption et dans la vieillesse. (Voir fig. ;)0.j (1).

Avant l'apparition des dents, c'est-à-dire chez le fœtus ou le nouveau-né, le corps du maxillaire inférieur présente peu de hauteur, peu de longueur et une remarquable épaisseur. Ainsi que l'a observé Orfila, la présence des dents de lait dans le corps des maxillaires leur donne une épaisseur considérable.

A la naissance, les cloisons interalvéolaires sont à peu près formées circonscrivant cinq loges pour chaque mâchoire et de chaque côté de la ligne médiane. La loge la plus reculée est commune à la deuxième molaire temporaire et à la première grosse molaire. (Voir fig. 31.)

Il Cette figure est prise dans le Traité cVanatomie de notre maître M. le Pr Poirier.

La base du maxillaire inférieur forme avec le bord parotidien un ang-le très obtus (voir ûg. oO A) ; le condyle, l'échancrure sig-moïde et l'apophyse coronoïde regardent en haut et en arrière ; l'apophyse du menton se dirige en haut et en avant -, les conduits dentaires occupent la partie moyenne de l'os. Le trou mentonnier s'ouvre au-dessous de l'alvéole de la canine. Le bord postérieur du maxillaire inférieur se porte en bas et en avant.

La face, allongée dans le sens transversal et raccourcie dans le sens vertical, offre une figure triang-ulaire. Les joues, trop grandes pour l'espace qu'elles recouvrent, sont saillantes et comme pro-

Fig. oO. — Trois maxillaires inférieurs à la naissance, à 4 ans et à l'âge sénil,

jetées en dehors par le tissu adipeux accumulé en grande abondance sous la peau.

A mesure que l'enfant avance en âge, le bord inférieur du maxillaire inférieur est moins cintré qu'il ne l'était chez le fœtus.

Le trou mentonnier d'abord très près du bord inférieur de l'os, se trouve reporté un peu plus haut, de même que le trou sousorbitaire évolue aussi de son côté.

A l'époque de l'éruption, les os maxillaires prennent dans tous les sens des dimensions plus grandes. Il en résulte qu'à l'âge de 2 ans et demi, époque où cette dentition est terminée, les trous sous-orbitaires et mentonniers répondent à l'intervalle compris entre les deux racines de la molaire de lait antérieure.

— lut; —

On observe aussi la hauteur variable du bord alvéolaire au niveau des dents sorties et de celles qui sont encore profondément enfoncées et les sinuosités du bord alvéolaire alternativement rentrant et saillant qui sont la conséquence de ces variations de hauteur.

Fig. 31.

Maxillaires supérieur et inférieur, montrant les cloisons interalvéolaires.

Ou voit les chapeaux de dentine des dents temporaires à côté des figures

(à la naissance).

Après l'éruption des dents de lait, on remarque les fliits suivants: le peu de hauteur de la branche montante du maxillaire inférieur, l'inclinaison de la branche montante à angle moins obtus sur la branche horizontale (voir fig-. 30 B), la situation des germes dentaires non encore sortis, qui au lieu d'être contenus dans la région alvéolaire des maxillaires sont enfouis en arrière de cette

région alvéolaire dans la base de l'apophyse coronoïde pour le maxillaire inférieur^ dans l'épaisseur de la tubérosité maxillaire pour la mâchoire supérieure.

Chez un adulte, après l'éruption des dents permanentes, la branche montante du maxillaire inférieur est devenue beaucoup plus haute (voir fig. 32), elle fait avec la branche horizontale un angle à peu près droit, toutes les dents sont situées sur le bord

Fig. 32. — Maxillaire inféi-ieur normal avec toutes ses dents.

alvéolaire désormais régularisé du maxillaire inférieur et forment une arcade dentaire régulière où les couronnes des dents arrivent à la même hauteur. La partie alvéolaire du maxillaire est demeurée relativement aussi haute que chez le fœtus et l'enfant, mais la portion sous-alvéolaire s'est beaucoup accrue dans le sens vertical, ce dont on peut juger par la situation du canal dentaire inférieur, traduite à l'extérieur par celle du trou mentonnier.

Dans^la vieillesse, après la chute complète des dents, les maxil-

laires reprennent l'aspect qu'ils offraient avant la sortie de celles-ci. Leur portion alvéolaire disparaissant par voie de résorption, le corps de la mâchoire inférieure perd la moitié de sa hauteur et semble relativement très long^. Son angle redevient obtus (voir fig-. 30 C), son condyleet son apophyse coronoïde s'inclinent de nouveau en haut et en arrière, et son apophyse mentonnière, en haut et enavant, vers le maxillaire supérieur. Le canal dentaire se trouve de nouveau très rapproché du bord alvéolaire et se réduit

Fig. 33. — Mâchoire inférieure ayant porté des fausses dents pendant la vie.

a un très petit calibre, mais ne s'efface jamais entièrement. Les rugosités d'insertion des muscles masticateurs disparaissent de même. Ce dernier caractère ainsi que la courbure du maxillaire ne se produit pas lorsque le sujet porte un appareil prothétique. Xous donnons ici deux figures très instructives à cet égard ^ l'une d'un individu qui a porté un appareil, l'autre d'un sujet qui n'en a pas porté (voir fig. 33 et 34).

Du côté du maxillaire supérieur,, le sinus s'élargit dans tous les sens et descend jusqu'au voisinage du bord alvéolaire. Sa tubérosité

s"afTaisse; elle se dirige comme chez le fœtus, en bas et en avant.

Le diamètre vertical de la face se raccourcit de 3 à 4 centimètres, d'où la long-ueur relative trop grande des joues qui, alors amaigries et iiottantes, tombent pour ainsi dire dans le videlaissé par la chute des dents et la résorption des arcades alvéolaires.

Il n'est pas nécessaire, croyons-nous, d'insister sur la valeur des signes que peuvent offrir les maxillaires dans la détermination

Fig. 34.

Mâchoire inférieure d'un vieillard n'ayant pas porté de fausses dents.

de l'âge. Plusieurs des observations que nous rapportons plus loin sont caractéristiques à cet égard. Il ne ftiut pas oublier toutefois que des causes morbides susceptibles d'entraîner prématurément la chute des dents peuvent produire ces signes de la vieillesse chez des sujets moins avancés en âge.

Une application particulière de ces connaissances anatomiques à la médecine légale est la suivante. Il arrive parfois que dans des explosions, dans des incendies, on trouve des débris de

mâchoires (voir observations Parkmann et Ménétrier). Le dentisteexpert doit pouvoir différencier ces restes de ceux des animaux et dire s'il s'agit d'un seul ou de plusieurs individus. C'est par

Fig. 35.

Fiff. 36.

la connaissance de la position des racines qu'il pourra résoudre ce problème. En vue de faciliter sa tâche dans des cas difficiles, nous donnons les figures .35 et .36 qui représentent la situation des racines coupées au niveau du collet dans des mâchoires normales.

Un autre cas qui pourra se présenter sera de reconnaître si les dents ont élé enlevées avant ou après la mort. Ici il faudra tenir compte de l'âge de l'individu, puisque chez le vieillard les alvéoles sont presque fermées avant la chute des dents. Quant à l'adulte

Fis. 38.

<]ui possède sa denture complète, il n'est pas possible de reconnaître si une dent a été enlevée après la mort ou quelques jours seulement auparavant. Mais ce n'est évidemment là qu'un cas se rapportant à la limite de quelques jours seulement.

En comparant, en effet, une alvéole d'un maxillaire dont on vient d'enlever une dent et une alvéole d'un sujet qui a perdu un de ces organes quelques jours seulement avant la mort, un expertdentiste, à un examen attentif, trouvera une différence dans l'aspect de la surface de la paroi alvéolaire. Celle-ci est lisse sur le maxillaire dont on vient d'enlever une dent, rug-ueuse et rétrécie lorsque l'extraction a été faite quelques jours avant la mort. Les lig'ures 37 et 38 représentent les ahéoles des extractions faites après la mort. On peut voir la régularité des contours des procès alvéolaires, tandis que ces contours s'eflîicent lorsque les extractions ont été faites avant la mort.

Chapitee VII LES DENTS DANS LES SEXES

L'examen du système dentaire peut-il permettre de reconnaître le sexe d'un individu?

Les auteurs qui se sont occupés de la question apportent quelques caractères distinctifs. Malheureusement, il existe sur ce point de nombreuses variations. Les incisives, dit-on, sont plus petites, plus blanches chez la femme. Or, tout le monde a remarqué le volume considérable des incisives chez les Anglaises. Si la loi généralement admise est exacte, elle comporte de si nombreuses exceptions que l'expert aura beaucoup de chances d'erreur, s'il n'a que les renseignements fournis par les dents.

Mêla, dans sa thèse sur les dents en médecine légale (Gênes, 1894) s'est spécialement occupé de ce point. Il a pratiqué des mensurations, et est arrivé à des résultats que nous reproduisons

Si nous jetons un coup d'œil sur les deux relevés, nous apercevons combien le diamètre maximum des incisives centrales et latérales varie dans les deux sexes.

Chez l'homme, la moyenne des incisives centrales supérieures, diamètre maximum mésio-distal, donne S""^9bl ; chez la femme, S^'^'SIS : avec une différence moyenne de 0.627 millimètres entre les deux sexes, à l'avantage du sexe masculin.

La moyenne des incisives latérales supérieures chez l'homme a donné 6""699î chez la femme 6'"'"54, avec une différence à l'avantage du premier de 0,159 millimètres.

La différence moyenne entre le diamètre maximum des incisives centrales et latérales a été de 2'"'"25 chez l'homme-, de l™™89chez la

MENSURATIONS DU DIA:\rETRE TRANSVERSAL

Maximum des incisives centrales et latérales suxtérieures

Moyennes de lOO hommes

INCISIVES CENTR.\Lt:S

INCISIVES LATÉR.\LES

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