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ARTICULATION DES DENTS

Les dents de la mâchoire supérieure décrivent normalement une arcade paraboliqae un peu plus grande que celle des dents de l'inférieure. Les incisives et les canines supérieures passent en avant des dents inférieures correspondantes, et les tubercules buccaux des molaires supérieures se placent en dehors de ceux des molaires inférieures correspondantes.

11 y a, en somme, engrènement parf.iit, à l'état normal des tubercules des dents d'une mâchoire aves les dépressions di celles de l'autre, ce qui est éminemment favorable pour l'acte de la mastication.

Mais cet engrènement mérite d'être examiné en détail.

Lorsque les mâchoires sont rapprochées l'une de l'autre, on

s'aperçoit qu'une dent est opposée à deux autres, excepté la dent de sag-esse supérieure. (Voir fîg-. 23 et 24.) La raison de ce fait se trouve dans la différence de diamètre mésio-distal des dents.

Les incisives et les canines de la mâchoire supérieure sont plus larges que les dents qui leur correspondent à la mâchoire

Fig. 23. — Articulation parfaite des dents, côté droit, vue extérieurement.

Fiff. 24. — Les mêmes dents vues intérieurement.

inférieure. Il en résulte que les incisives centrales de la supérieure recouvrent les centrales, et à peu près la moitié des latérales de l'inférieure- tandis que les latérales supérieures recouvrent l'autre moitié de l'inférieure et la moitié mésiale de la canine voisine.

Si nous examinons la série des dents, nous voyons que les canines supérieures recouvrent l'autre moitié de l'inférieure, et

la moitié mésiale de la première petite molaire inférieure. La première petite molaire supérieure à son tour recouvre la moitié distale de la première inférieure et la moitié mésiale de la seconde.

Puis la seconde petite molaire sup 'prieure recouvre la moitié distille de la seconde et le cinquième mésial de la première grosse molaire inférieure.

La première grosse molaire supérieure correspond à son tour aux quatre cinquièmes distal de la première inférieure et au cinquième mésial de la seconde dont la seconde molaire supérieure recouvre les quatre autres cinquièmes ainsi que le cinquième mésial de la dent de sagesse inférieure. Enfin la dent de sagesse de la mâchoire supérieure, dont le diamètre mésio-distal est d'un cinquième environ plus petit, recouvre les quatre autres cinquièmes de la dent correspondante inférieure. Par suite de eette différence de diamètre les dents de sagesse inférieure et supérieure ont leur face distale sur le même plan. Telle est l'articulation dentaire normale ou pour mieux dire idéale, car il est évident qu'on rencontre bien rarement une disposition aussi parûiite.

Elle n'en constitue pas moins un ensemble véritablement merveilleux, basé sur des lois géométriques et mécaniques qui ont été signalées pour la première fois par Bonwill.

Mais un mécanisme si compliqué a beaucoup de chances d'être troublé. Les vices de développement, les pertes d'une ou de plusieurs dents détruisent cette harmonie.

Davenport a décrit ces troubles et a particulièrement insisté sur les avantages que présente pour l'individu une bonne articulation.

Nous ne voulons pas étudier ces points particuliers en détail, ce serait sortir de notre cadre, nous ne montrerons pas non plus les avantages que présente pour le développement du sujet et ses fonctions digestives la présence dans la bouche d'une articulation dentaire parfaite — c'est là le rôle du médecin hygiéniste — mais nous insisterons sur les modifications qui se passent dans l'articulation normale, quand une ou plusieurs dents viennent à manquer.

L'enseignement que nous pourrons en tirer nous sera utile

pour rétablissement de l'âg-e d'un individu. C'est là aussi une complication que l'expert-dentiste devra envisager dans le cas de fracture ou de luxation dentaire. Nous disons SilWeursiTraumatismes dentaires) les troubles graves qui peuvent en résulter pour le blessé.

Tous les dentistes connaissent l'allongement des dents dépourvues d'antagonistes.

Déjà en 1G79, B. Martin dans son volume intitulé: Dissertation sur les dents, signalait ce phénomène, et l'attribuait à ce que les dents de l'homme, comme celles des rongeurs, croissent incessamment jusqu'à la fin de la vie.

En 1843, le D"" L. Koecker signalait le même fait dans V American Journal of dental Sciences.

Plus récemment, le D'' Harrison Allen (de Philadelphie) attirait l'attention sur ce fait particulier, que les procès alvéolaires d'une mâchoire privée de ses dents, tandis que les antagonistes persistaient, avaient tendance à se développer et à marcher à la rencontre des dents de la mâchoire opposée.

Le P"" Pierce, au Congrès de Chicago (1893), insistait sur cet allongement des procès alvéolaires et déclarait l'avoir rencontré sur les mâchoires des collections de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie. Il note de plus que ce développement n'a pas lieu chez les sujets qui portent un appareil .prothétique.

Le D"" Whitney a observé les mêmes faits sur les mâchoires des crânes préhistoriques qu'il a trouvés dans les îles Hawaï (1893).

En 1894, le D"" Bodecker s'occupait spécialement de l'allongement des dents.

Nous citerons enfin l'intéressante communication du D'' Roy au Congrès dentaire de Bordeaux de 1895 sur l'allongement des dents dépourvues d'antagonistes, dans laquelle il propose une explication ingénieuse de ce phénomène.

Nous avons nous-même constaté maintes fois l'allongement des dents et des alvéoles, placés dans ces conditions. Mais plus spécialement ce sont les prémolaires inférieures qui montent lorsque leurs antagonistes ont disparu de la mâchoire supérieure. (Fig. 25.)

Cette figure donne de cette particularité un exemple remarquable. Cette mâchoire appartient à un marin chilien, âgé de 50 ans. La mâchoire supérieure manque de deux petites molaires et des première et deuxième grosses molaires depuis vingt-cinq

J,JtCU*>^

Fiff. 25.

ans environ. Au maxillaire inférieur on remarque que les deux petites molaires ont monté avec leurs alvéoles et sont arrivées presque au contact du bord alvéolaire de la mâchoire supérieure. La dent de 6 ans inférieure s'articule avec la dent de sagesse supérieure qui a subi un mouvement de translation en avant eL de rotation sur son axe.

C'est d'ailleurs un écueil que rencontre fréquemment le dentiste, lorsqu'il veut appliquer un appareil prothétique.

Cet état des mâchoires est ig-noré habituellement des individus qui se regardent la bouche ouverte. (Fig. 26.)

On a discuté beaucoup le terme d'allongement des dents proposé par quelques auteurs. Bien qu'il ne corresponde pas exactement à la chose elle-même, nous acceptons cette dénomination. Le D"" Garret Newkirk (de Chicago) propose de l'appeler :

Fig. 27. — Schéma indiquant le triancrle équilatéral du maxillaire inférieur

d'après Bonwill.

extrusal. Mais ce terme indiquerait plutôt l'allong-ement de la dent non suivie de son alvéole.

Nous pouvons retenir ce fait, au point de vue médico-légal ; les dents antagonistes ne s'allongent, ainsi que nous venons de l'exposer, qu'au bout de quelques années, et cette notion peut être utile au dentiste-expert pour la détermination de l'âge de l'individu.

Bonwill (de Philadelphie) (1858) a montré qu'à la mâchoire inférieure les lig-nes réunissant les deux condyles et l'union des

— ft4 —

deux incisives centrales à leur surl'ace tranchante, formaient un triangle équilatéral.

Parti de ce principe, il a étudié d'une façon scientifique les rapports des arcades dentaires entre elles. Par l'application de lois g-éométriques il a indiqué la place de chaque dent dans les mâchoires et les rapports avec les dents antagonistes.

Comme application de ces données théoriques, il a inventé un appareil, dit articulateur anatomique, qui réalise merveilleusement tous les mouvements de la mâchoire inférieure, et permet de construire des appareils prothétiques, qui une fois placés dans la bouche remplissent les fonctions de la mastication, à peu près comme les dents naturelles.

Nous avons eu le plaisir d'accompagner M. Bonwill aux Congrès de Moscou et Stockholm de ]897. Lors de son passage à Paris, où il fut notre hôte, il nous a expliqué de vive voix les bases de sa méthode et nous en a montré toute l'importance pratique.

La loi du triangle équilatéral a été vérifiée par lui sur plus de deux mille crânes.

Nous donnons ici une des figures montrant comment M. Bonwill est arrivé, en partant du triangle équilatéral d'une mâchoire normale, à trouver la place de chaque dent dans l'arcade. (Fig. 27.)

Nous faisons suivre cette figure de l'explication donnée par M. Bonwill lui-même :

« D'abord construisez un triangle équilatéral de 4 pouces, TAF. Tirez une ligne de T à F. Quel est le guide pour former l'arc? Connaissant la largeur actuelle des dents centrales, latérales et de la cuspide, et leur plus grand diamètre de la surface mésiale à la distale, c'est-à-dire 13/16 de pouces comme dans la figure 27, mesurez avec le compas en plaçant une des pointes sur F et décrivez un arc de D à D, passant par I. Maintenant placez le compas sur I et intersectez la ligne partant de F et vous trouverez que D est le point extrême de l'arc DFD et la surface distale de la cuspide supérieure. Placez le compas suri et décrivez l'arc de D a D, passant par F, ce qui donnera l'arc normal et positif de la mâchoire supérieure. Il y aura un triangle équila-

— gâterai de DFI sur chaque côté de ïa ligne mésiale à F. De même on trouvera la base de chaque incisive supérieure.

« Tirez ensuite une lig-ne de A à D de chaque côté, qui sera le guide pour les bicuspides et les molaires comme largeur et profondeur, puis en plaçant le compas sur A et B décrivez un autre arc vers C qui vous donnera la largeur de la première bicuspide supérieure. La ligne A à D traverse sa base palatine et traversera le centre de la base du triangle de cette dent.

« Formez un autre triangle en traçant une ligne de H a H, passant par B, qui traversera le centre de la première molaire et donnera la largeur entre la surface palatine ou son épaisseur.

« En plaçant le compas sur I et F nous avons l'intersection de la ligne de F à T sur Y. Tirez une ligne passant par V à EF formant un autre triangle équilatéral. De B à F se trouve maintenant le rayon d'un autre arc à l'intersection des lignes de D à A sur V et de la ligne de A à D sur 0. Une ligne tirée maintenant de E à E passant par Y donne l'intersection du centre de la seconde molaire sur EE. Prenez la moitié de la distance entre les points E sur la ligne de D à A et on a la largeur de la première molaire ainsi que celle de la seconde, qui est l'angle de chaque triangle équilatéral. Celui-ci laisse un espace entre la première bicuspide et la première molaire et c'est la largeur de la seconde bicuspide; ce qui se démontre aussi en plaçant le compas sur A et Y et faisant l'intersection de D à A sur W, de même que de B à C pour la largeur de la première bicuspide. La distance de D a D est la même que de D à la surface distale de la seconde molaire.

« F àP, passant par Z, forme un autre triangle équilatéral laissant dans l'arc la place de la dent de sagesse.

« La disposition de L et J sur la gauche montre les dents dans l'acte de la mastication, tandis que sur la droite la cuspide intérieure de la molaire supérieure et la cuspide extérieure de la molaire inférieure se trouvent en contact quand elles ne sont pas au repos.

« Alors il y a double contact des cuspides internes et externes^ »

CHAriTRE V

lp:s dents après yixgt-cixq ans

La dentition est donc terminée, et voici l'individu en possession d'une denture complète vers l'âge de 25 ans, du moins si les dents de sagesse ont paru, car elles peuvent manquer, comme nous le verrons.

Trouverons-nous, passé cet âg-e, du côté du système dentaire, des caractères permettant au médecin-lég-iste de se prononcer avec assurance sur l'âge d'un sujet? Nous allons bien, en effet, rencontrer des particularités qui, avec certaines réserves, pourront nous conduire à une approximation; mais, il faut le dire, nous n'aurons plus les caractères nets, tranchés, des phases précédentes.

Ce sont les modifications que leur fonctionnement imprime aux dents qui vont nous occuper. La mastication, en effet, produit dans la partie de l'organe en contact avec les aliments, d'importants changements. Mais, comme il est facile de le prévoir, ce n'est pas la fonction seule qui intervient ici, il y a aussi la nature de l'alimentation. Un régime végétarien et grossier favorise l'usure rapide des dents. Les coutumes des différents pays, leurs différences de production et, partant, leurs habitudes de nourriture, sont autant de facteurs qui doivent entrer en ligne de compte.

Décrite par les auteurs américains sous le nom à' abrasion, l'usure dentaire est caractérisée par une perte graduelle de substances due à une cause mécanique. On la trouve sur les surfaces triturantes des molaires et des bicuspides, sur les tubercules des cuspides et les bords tranchants des incisives. La perte de substance dont peuvent être frappées les dents est tout à fait caractéristique. Tandis que les autres organes du corps, en effet,

peuvent se réparer, les dents n'en sont point capables, et les portions de leur substance qui sont enlevées constituent une perte permanente. Les épithéliums qui revêtent la surface du corps sont vite reformés par la reproduction cellulaire dans le cas de perte de substance, mais pour la dent, le même fait ne se produit pas. L'usure constitue donc un caractère qui une fois produit persiste, indélébile, et peut être à ce titre un indice important pour une identification. Chez certains animaux, les rong-eurs en particulier^ les dents poussent continuellement à mesure que disparaît la surface libre des incisives. Mais c'est là une exception dans le règ-ne animal. Les herbivores, les carnivores, les omnivores ne peuvent ainsi compenser la perte de leur substance dentaire.

Les dents ont une période de croissance et de formation, et quand elles sont arrivées à leur état parfait, elles ne changent plus. Toute perte de substance qu'elles subiront alors ne sera plus réparée.

Suivons les dents dans cette évolution.

Aussitôt après leur éruption les dents sont encore recouvertes par la cuticule et à ce moment leur couronne est armée de cuspides, tubercules, saillies, sillons, rugosités, plus ou moins marqués. Bientôt la mastication, la friction des dents entre elles, fait disparaître la cuticule et efface, plus ou moins, les différentes aspérités dentaires. Un peu plus tard, surtout aux endroits de contact, se produisent de petites surfaces lisses, polies, et témoignant d'un commencement d'usure des dents.

C'est là le processus normal. Mais la destruction peut progresser et dépasser un certain degré, c'est l'usure anormale.

Nous ne parlerons ici, bien entendu, que de l'usure normale, nous réservant d'étudier plus loin l'usure anormale, pathologique ou révélatrice d'habitudes, de vices individuels.

Les anatomistes ont depuis longtemps décrit l'usure normale ^ Oltramare {DescrixMon méthodique de la Dentition humaine^ Genève, 1889), Zuckerkandl {Anatomie der Mundho/ile, 1891), s'en sont occupés spécialement. Plus récemment, le P"^ Eternod (de Genève) et M. Respinger (de Baie) ont repris cette étude.

Ce dernier résume ainsi les lois d'engrènement, d'affrontement et d'antagonisme des dents :

1° Chaque dent d'un des maxillaires correspond à deux dents du maxillaire opposé (sauf peut-être pour les incisives centrales inférieures).

2° Sur toute l'étendue de la parabole dentaire, les cuspides postérieures de l'arcade dentaire supérieure reposent normalement sur les cuspides antérieures de l'arcade dentaire inférieure.

De CCS rapports, il est facile de déduire que les facettes d'usure normale ont des sièges constants et fixes.

M. Respinger donne dans son travail le tableau de ces facettes qu'il résume ainsi :

1° Chaque arcade dentaire a des facettes caractéristiques, situées, pour le maxillaire supérieur, avant tout sur la rangée postérieure des cuspides, et pour le maxillaire inférieur à la rangée antérieure des cuspides.

2° Chaque cuspide usée aura en principe deux facettes d'usure, l'une interne^ l'autre externe.

Les facettes d'usure ont normalement une obliquité plus ou moins grande, qui peut varier suivant les races et les individus. De même, la solidité des tissus dentaires indépendamment de toute affection bien déterminée, car il s'agirait alors d'usure normale, doit influer. On distingue à ce sujet trois groupes principaux :

1° Dents peu résistantes, de teinte blanchâtre, pauvres en

sels -,

2"" Dents de résistance moyenne, blanchâtres, opalescentes ;

?>° Dents très résistantes, blanc jaunâtre, riches en sels.

Enfin les facettes d'usure normale ne dépassent jamais le premier degré (usure superficielle de l'émail).

La question posée est donc celle-ci :

La connaissance du degré de l'usure des dents a-t-elle une valeur réelle au point de vue médico-légal ?

Si l'on se basait sur ce que l'on observe dans les races animales, on serait tenté de répondre par l'affirmative. Mais les conditions dans lesquelles se trouvent les animaux, et nous voulons parler surtout du cheval, sont bien différentes.

D'abord leur alimentation est uniforme et puis il faudrait peut-être invoquer d'autres causes obscures et mal déterminées.

Chez l'homme, outre les conditions extérieures, tenant au climat, au pays, aux coutumes que nous avons indiquées plus haut on peut se trouver en présence de déformations plus ou moins considérables des maxillaires et le deg-ré d'usure peut présenter de grandes variations pour le même âg-e.

En particulier, par suite de l'absence de quelques dents dans la parabole dentaire supérieure, celle-ci se trouve réduite dans ses dimensions, et égale à l'inférieure.

Alors l'ordre d'engrènement dont nous parlions tout à l'heure est rompu ; les cuspides des molaires et les bords libres des incisives sont en contact bout à bout, et ces parties s'usent plus rapidement.

L'expert doit donc avoir ces faits présents à l'esprit pour pouvoir faire la critique de l'usure.

Cette question si intéressante de l'usure dentaire et de sa valeur médico-légale a déjà suscité de nombreux travaux. Rousseau, Linder, Koch, Weld, Magitot, Broca, Respinger (de Baie) se sont successivement occupés de ce point.

Ce dernier a publié un intéressant mémoire à la fois historique et critique et a donné vingt-deux cas d'usure dentaire.

Il relève les contradictions des différents auteurs que nous venons de citer au point de vue de la valeur médico-légale de l'usure, et les attribue spécialement à ce fait qu'on n'a pas suffisamment distingué l'usure dentaire normale et pathologique.

Nous lui empruntons ce passage, tiré des Essais dJ' odontologie , de Koch, sur la marche de l'usure :

« Les trois tubercules que possède le bord tranchant des incisives inférieures, lors de leur éruption, seraient effacés à l'âge de 10 ans ^ le bord tranchant s'userait entre la vingtième et la trentième année, et il ressemblerait d'abord à une ligne rugueuse. De la quarantième à la cinquantième année, la surface d'usure deviendrait plus lisse et commencerait à faire voir dans son centre un point jaunâtre de dentine. A partir de ce moment, avec les progrès de râge, et à mesure que la dent se raccourcirait, ce point deviendrait de plus en plus apparent. Le sommet des

canines commencerait à s'émousser à partir de la ving-tièmc année. A 35 ans, il commencerait également a montrer une tache jaune, augmentant progressivement de dimensions. A 50 ans, cette tache serait devenue très visible. Pour les multicuspidées, nous aurions sensiblement la même gradation, avec cette réserve que les cuspide.s externes seraient atteintes les premières, vers l'Age de 20 ans, et les cuspides internes un peu plus tard seulement. A l'âge de 35 ans, les taches jaunes de dentine feraient leur apparition au niveau de chaque cuspide, lesquelles disparaîtraient complètement vers 40 ans. Enfin, à partir de ce moment, les taches de dentine tendraient à confluer, de manière à dessiner une surfoce unique de dénudation. »

Les dates données par Koch soufl'rent évidemment de nombreuses exceptions, et le régime du sujet doit être une cause extrême de A-ariabilité.

Cependant les auteurs s'accordent, pour reconnaître que l'usure dentaire, si elle n'est pas un signe d'une précision très grande, doit toutefois être prise en sérieuse considération. Dans les cas enfin où elle sera accompagnée de changements dans la forme des maxillaires, s'il s'agit d'un squelette, de la dénudation des dents et de leur déchaussement, s'il s'agit d'un cadavre, c'est un caractère qui pourra être d'une grande valeur.

C'est l'avis de Magitot, de Weld et de quelques autres.

Quant à Broca, il fait entrer en ligne de compte et l'alimentation et la constitution de l'individu.

Selon Baume {loc. cit.), jusqu'à l'âge de 30 ans l'émail seul serait atteint \ à partir de la quarantième année, la dentine, attaquée à son tour tendrait à prendre une teinte jaunâtre. Vers 50 ans, la dénudation dentaire serait très marquée et la teinte deviendrait brune. Jusqu'à (30 ans, les surfaces d'usures seraient d'une teinte brun foncé, assez uniforme pour toutes les dents. Enfin, vers 70 ans, l'usure atteindrait la cavité pulpaire et la coloration deviendrait presque noire.

Tourdes, dans son article « Age » du Dictionnaire Encyclopédique des Sciences médicales, croit que l'usure peut être une indication dans la détermination de Tâge : « La destruction de l'émail, la couleur qui s'altère, l'apparition des taches jaunes et

— loi

noirâtres, l'atrophie du bulbe, l'ébranlement et la chute des dents, le rétrécissement et l'efCacement des alvéoles, constituent la série des signes.

Il ressort de ces diverses opinions, que l'examen de la dentition peut, après 25 ans, fournir sinon des indications d'une absolue certitude, du moins d'excellents renseignements complémentaires qu'un médecin-expert ne devra, le cas échéant jamais négliger.

La valeur de l'usure sera évidemment limitée par le genre de vie, la nature des aliments, etc.

A ce sujet, M. Respinger donne les conclusions suivantes :

Les facettes d'usure normale peuvent contribuer^ concurrem-

Fig. 28.

Première et deuxième molaires

droites supérieures,

face triturante.

Fig. 29.

Première et deuxième molaires

droites inférieures,

face triturante.

ment avec les caractères anatomiques, à déterminer exactement chaque dent, dans une dentition normale, même si cette dent est isolée.

Nous avons, en effet, examiné à ce point de vue les grandes collections du Musée d'Anthropologie, et invariablement nous avons trouvé un caractère pouvant différencier la première de la deuxième grosse molaire, tant supérieure qu'inférieure.

A l'arcade dentaire supérieure, les facettes d'usure de ces deux dents se trouvent sur la face triturante et du côté lingual. (Fig. 28.) La première grosse molaire présente deux grandes facettes d'usure au niveau des tubercules mésio-lingual et linguo-distal (A), tandis que la deuxième grosse molaire ne présente qu'une seule facette d'usure au tubercule mésio-lingual (B).

Pour les molaires inférieures, les facettes d'usure se trouvent du côté buccal (fig. 20) ; elles sont au nombre de deux pour la première siégeant sur les tubercules mésio-buccal et médianbuccal (A), et une pour la deuxième molaire, sur le tubercule mésio-buccal (B).

Quant aux variations reconnaissant comme causes des anomalies de disposition dans les dents ou dans la forme des mâchoires, nous les étudierons plus loin, à l'occasion des usures anormales, ne voulant ici qu'indiquer les faits normaux.

RACINES DES DEXTS

Les racines des dents pourraient-elles nous fournir des indications sur l'âge ?

M. Paul Lefèvre s'est occupé de ce point spécial et a présenté le résultat de ses recherches à l'Académie royale de Belgique (1853-1854).

Voici les conclusions auxquelles il est arrivé au sujet des modifications subies par les racines dans le cours de la vie (1) :

1° Les racines des dents sont d'autant plus blanches que nous sommes moins avancés en âge 5

2° De 30 à 45 ans, les dents étant en bon état, les racines ont la même teinte que la couronne, à moins qu'elles n'aient été dégradées par le tartre •

3° Lorsque la chute des dents est causée par le tartre, les racines sont d'un jaune roux.

En résumé, après leur complète éruption, les dents permanentes continuent de s'accroître soit de dehors en dedans, aux dépens de leur cavité qui diminue progressivement, soit de dedans en dehors par l'addition de nouvelles couches de cément sur leur racine.

(1) P. Lefèvre. La chirurgie dentaire considérée sous le point de vue médico-légal. {Bail. Acad. roy. Belgique, 1853-1854).

En même temps, les canalicules de l'ivoire se rétrécissent aussi, de même que les ostéoblastes du cément. Il arrive donc un moment où le bulbe et ses dépendances disparaissent, et où les dents ne sont plus représentées que par leur partie calcaire ou inorganique.

Elles deviennent alors autant de corps étrangers qui ne tardent pas à s'ébranler et qui abandonnent leur alvéole une à une, à des époques indéterminées, extrêmement variables pour chacune d'elles, et selon les individus. En général d'après Sappey, de 70 à 80 ans^ elles ne se montrent plus qu'en petit nombre, sur les bords alvéolaires. Cependant il est d'heureuses exceptions, et on a vu des vieillards de 79 à 80 ans encore en possession de toutes leurs dents.

Tourdes rapporte l'exemple d'un vieillard qui mourut à 111 ans et avait conservé ses dents et ses cheveux.

Un dernier point enfin. Certains auteurs ont examiné la composition chimique des dents aux différents âges de la vie, et d'après Lassaigne et Bibru l'âge avancé se rapprocherait de l'enfance sous ce rapport. Les matières inorganiques iraient en augmentant. Sur un adulte on a trouvé 29 0/0 de matières organiques et 71 de matières inorganiques. Chez l'enfant les proportions sont de 35 0/0 de matières organiques et 65 inorganiques. Chez le vieillard 33 et 67. Mais ce sont là des faits encore trop peu étudiés pour qu'on puisse en tirer une conclusion, et même une application pratique.

CiiAPriKi-; VI

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