DÉVELOPPEMENT DES DENTS
Les dents naissent de la muqueuse qui recouvre le bord alvéolaire des mâchoires, comme les poils et tous les autres produits épidermiques naissent de la peau. Ce sont donc des dérivés de l'ectoderme, mais auxquels s'ajouteront plus tard des parties venues du mésoderme, la dentine, la pulpe et le cément.
Telle est leur origine au point de vue de leur rapport avec les feuillets primitifs du blastoderme.
Chez l'embryon humain de la sixième semaine (Kolliker, Rose), on voit que l'épithélium buccal, qui recouvre le futur bord alvéolaire du maxillaire supérieur et du maxillaire infé rieur, est fortement épaissi, saillant d'une part dans l'intérieur de la cavité buccale, sous forme de bourrelet gingival (Pouchet et Chabry), proéminant d'autre part dans l'épaisseur de la future mâchoire, sous forme d"une laine épithéliale continue, et régnant sur toute la longueur de la mâchoire.
IjCS auteurs ont donné à cet épaississement de la muqueuse différents noms : bourrelet épithélial (Legros et Magitot) ; crête du rempart épithélial (Kolliker, Waldeyer, Kollmann) ; lame dentaire (Pouchet et Chabry); mur adamantogénique (Debierre et Pravaz).
Cette invagination épithéliale se creuse pour ainsi dire un sillon dans le tissu conjonctif sous-jacent, de telle sorte que si on la suppose enlevée par la pensée, ou détruite par un réactif quelconque, il reste une profonde gouttière, qui est le « sillon dentaire primitif » de Goodsir.
Cette lame présente deux faces d'importance très inégale. En effet, tandis que la face supérieure, celle qui regarde la muqueuse, est lisse, régulière et ne joue aucun rôle dans la formation de la dent, l'inférieure, celle qui est tournée vers la profondeur des tissus, irrégulière, se festonne, émet des lobes descendants, allongés qui fournissent les organes de l'émail des dents de la première dentition.
D'après Tomes, Legros et Magitot, Pouchet et Chabry, les
organes adamantins des dents caduques sont le résultat d'une diiiérenciation de la lame épithéliale naissant soit du bord libre, soit de la face externe.
Quoi qu'il en Soit de leur orig-ine exacte, ces organes ont la forme de petites massues sessiles ou pédiculées.
De ces bourgeons naîtront les follicules dentaires. Ils s'élargissent à leur base, se creusent et entourent bientôt presque complètement la papille dentaire qui vient d'apparaître. C'est de cette base du bulbe ou de la papille que naissent les parois des follicules.
A cette époque du développement, le follicule dentaire comprend les parties suivantes : le bulbe, portion renflée du bourgeon épithélial, et les parois qui circonscrivent sa cavité.
Quant aux follicules des dents permanentes, le problème de leur origine a suscité de nombreux travaux.
Pour Kolliker et Waldeyer, ils dérivent du cordon primitif qui forme le follicule de la dent caduque. Mais Kollmann n'accepte pas cette théorie et les fait naître des débris du cordon primitif.
D'après Magitot, le mode d'origine de ces follicules varie, suivant que telle dent permanente a été précédée d'une dent caduque, ou que telle autre est apparue au sein des mâchoires, en l'absence de toute dent temporaire préalable.
La genèse sera donc dilîérente pour les vingt dents permanentes correspondant aux vingt-deux dents de première dentition, et pour les douze autres qui sont les molaires de l'âge adulte. Le regretté maître arrive aux conclusions suivantes : Les follicules des vingt premières dents permanentes naissent d'un bourgeon- situé au niveau du point de jonction du cordon primitif avec l'organe de l'émail de la dent temporaire.
Puis ce bourgeon constitué des mêmes éléments que le cordon primitif se développe et aboutit à la formation d'un follicule séparé complètement du premier follicule.
Quant aux douze autres dents, c'est un mécanisme à peu près semblable qui produit leurs follicules.
Pour la première molaire permanente, un cordon naît de la lame épithéliale et produit un follicule en arrièi-e de la rangée des dents primitives.
Un diverticulum du cordon qui donnera la première molaire forme le follicule de la seconde, de telle sorte que ces deux dents sont l'une à l'autre comme une dent caduque à une permanente. La seule différence consiste dans la direction du cordon qui au lieu de se diriger en bas, au-dessous du germe de la première molaire, va se placer en arrière de la série.
Le follicule de la dent de sagesse^ enfin, se forme par le même mécanisme.
Pouchet et Chabry, puis Morgenstern ont modifié quelque peu le schéma donné par Magitot et Legros, mais tout en conservant ses lignes essentielles.
En résumé, nous voyons que les germes dentaires de première et de deuxième dentition ont une évolution identique. Mais la chronologie va nous montrer des différences -, et tandis que la série des follicules de la première dentition se développe dans le temps compris entre le premier tiers de la vie fœtale et la fin de la seizième semaine, les autres mettent un temps bien plus considérable.
Telles sont les théories actuelles expliquant la formation des premiers éléments de l'appareil dentaire.
Elles se rattachent en somme aux travaux de Kolliker. Mais avant ce dernier, en 1839, Goodsir (d'Edimbourg) avait donné sa fameuse théorie, d'après laquelle le follicule dentaire provenait d'un simple renversement de la muqueuse buccale. Son explication fut adoptée universellement par les anatomistes : Owen, Tomes, Todd, Lent, etc., jusqu'en 1863, date à laquelle Kolliker découvrit l'organe de l'émail. Dès lors la nature épithéliale de l'organe de rémail, première partie du follicule dentaire, fut admise.
Depuis, de nombreux travaux ont fixé d'une façon à peu près définitive le développement des dents. Nous citerons entre autres les noms de Tomes, Andrews, W.-H. Atkinson, Bodecker, Williams et F. -A. Roy; puis ceux de nos regrettés maîtres de l'Ecole dentaire de New- York : Cari Heitzmann et Frank Abbott. Mais le mécanisme de la genèse du follicule établi, il restait à résoudre le problème de l'époque à laquelle cet organe apparaît chez l'embryon.
Cette question, beaucoup plus importante au point de vue
médico-légal, a été résolue parles intéressants travaux deMagitot et Legros. Le résultat de leurs recherches lut publié en 1873 au Cong-rès de Lyon pour l'avancement des sciences.