‹ L'art dentaire en médecine légaleChapitre 3 sur 113 · DE L'AGE · texte numérisé non relu

DE L'AGE

La vie humaine est divisée par les médecins- lég-istes en parties successives, plus ou moins artificielles, et qui en réalité se fondent les unes dans les autres, de façon que les cas intermédiaires sont difficilement rattachés à l'une ou l'autre période.

Cette division en âges est basée sur ce fait que l'homme présente à ce moment quelque chose de spécial dans ses org-anes ou dans ses fonctions.

Malheureusement jusqu'ici, les auteurs se plaçant à des points de vue différents, ont donné des divisions plus ou moins semblables.

Legrand du Saulle, dans son Traité de Médecine légale, admet six divisions :

1° La vie intra-utérine -,

2° L'enfance, qui va de la naissance à la septième année -, 3° La jeunesse ou deuxième enfance, de 8 à 12 ans pour les filles et jusqu'à 15 ans pour les garçons ;

4° L'adolescence, qui va de la puberté jusqu'à 25 ans *, 5** L'âge adulte, jusqu'à 60 ans ; et enfin, 6° La vieillesse.

Les auteurs allemands (Traités de Hencke, Friedreich, Krahmer, Bœcker) donnent une division un peu différente, comprenant sept périodes. Ils distinguent, entre autres, une période particulière pour le nouveau-né.

Tourdes, dans son article « Age » du Dictionnaire encyclopédique des Science'^ médicales, après avoir indiqué la division allemande, distingue cinq périodes avec de nombreuses subdivisions.

Pour l'enfance, il base ses subdivisions sur l'état de la dentition et distingue ainsi : la première enfance, allant de la naissance jusqu'à la chute des premières incisives temporaires et l'apparition des grosses molaires *, la deuxième enfance, pendant

laquelle les dents caduques disparaissent et la dentition permanente se complète.

La question de la détermination de l'âge est l'une des premières qui se posent au médecin-lég-iste appelé à reconstituer une personnalité. Or, comme le ùùt remarquer Casper, dans son Traité de Médecine légale, s'il est déjà difficile d'évaluer, même approximativement, l'âg-e d'un vivant dont on voit le reg-ard, la démarche, la manière d'être, la parole, l'intelligence, il est encore plus difficile d'évaluer l'âge d'un cadavre. La présence ou l'absence des dents, les cheveux plus ou moins blancs peuvent tromper, les rides peuvent avoir disparu par la boursouflure putride du cadavre. L'œil le plus exercé ne peut donner qu'un jugement à peine approximatif à dix ou quinze ans près.

Nous sommes moins pessimistes que cet auteur, et avec une foule d'autorités nous pensons qu'au moins jusqu'à 25 ans les dents peuvent fournir sur l'âge des indications précises.

De tout ce préambule, nous ne voulons retenir que ce fait: que les dents peuvent, pour les premières périodes de la vie, servir de base à une classification sérieuse, et puisque nous avons à nous occuper d'elles spécialement, nous distinguerons, ponr la commodité de l'étude, les périodes suivantes :

1° Avant l'apparition des dents ;

2° Eruption des dents caduques (première dentition) -,

3° Eruption des dents permanentes (deuxième dentition)^ coïncidant avec la chute des dents temporaires -,

4° De 22 ans à la vieillesse.

Chapitee Peemier AVANT LAPPARITIOX DES DENTS

Cette période s'étend depuis le troisième mois environ de la vie intra-utérine au sixième mois après la naissance.

Elle comprend, au point de vue de la dentition, les phénomènes intimes qui aboutissent à la formation d'une dent.

Nous ne voulons pas ici faire le développement complet des dents-, mais les données fournies par les phénomènes successifs qui se passent chez le fœtus sont si importantes, au point de vue médico-légal, que nous indiquerons :

1° La formation des follicules et surtout l'époque de leur apparition -,

2° La calcification des dents.

Nous nous occuperons de la formation des différents germes, tant de ceux qui donneront les dents caduques, que de ceux qui donneront les dents permanentes.

Les phénomènes que nous allons passer en revue sont si précis que le médecin-expert doit en avoir une connaissance parfaite, puisque la constatation de leur stade évolutif suffit, comme nous le montrerons, à établir l'âge d'un fœtus, d'un nouveau-né.

Les processus intimes du développement des dents ont été étudiés par nombre d'auteurs que nous indiquerons dans le cours de ce chapitre. Il est un nom toutefois que nous ne saurions citer sans un sentiment particulier de déférence et d'admiration, c^est celui du regretté maître Magitot. Ses travaux font encore loi à l'étranger, comme en France, et nous donnons ici à sa mémoire le tribut d'admiration et de respect que nous lui devons.

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