IS.A.CE
NOMBRE
Habitants d'Athènes (^G-rèce)
— de Stockholm (Suède). . . y. .
— de Copenhague (Danemark)
— de Bruxelles (Belgique) . . . .
— de Varsovie (Pologne)
— de Chine
— de l'Inde (peuple typique) . .
— d'Italie
— • de Santiago (Chili)
— de Londres (Angleterre) ....
— de Dublin (Irlande)
Nègres (natifs) américains ,
Malades des dispensaires de Philadelphie, Baltimore et Boston
Habitants de Burlington et Vermout.
Boston (pris dans la masse)
Ville de New- York
Chicago et Illinois Indiens Marshpee .
Total.
SEXE
Diamètre latéral
Moyenne ea millimètres
Tableau n° 5.
EXAMEN DES CRANES [Suite:.
Au MiL-^ée Penbody, Uuiversiti- Harvard, etc. (Voir tableau n»
-RJ^ CE
NOMBRE
Européens: Romains anciens et modernes, La-( 31 custrcs, Français antérieurs au xixc siîcle ( 30
Iles Sandwich.
Anciens Péruviens ■. 1^-^
Anciens Californiens , 32
V 32 Indiens-Californiens ^ 3q
Mound-Builders , 83
Lapidaires, vallée de Cnmbcrland ^ 80
Indiens ■ ■ -, 58
Nègre, rivière de Favino 1
( 3 Têtes plates de l'Orégon, Washington, golfeS g
de Géorgie, Pérou. f ^
Crânes de la grotte San-Lorenzo, Mexique j g
Crânes des grottes de Tennessee, Kentucky,) ^^
Mexique. / g
Esquimaux dvi Labrador "
^ 4 Hindous
Habitants de l'île Herney , Habitants des îles Hawaï ,
Nègres d'Afrique
SEXE
Diamètre latéral
^loypiine
l'ii uiilliiiiètres
Tableau n° 6.
EXAMEN DES CRANES (Smïe>
Au Musée de Peabody, Université Harvard, etc., etc.
ie-A.CE
Zoulous (Afrique du Sud)
Africains supposés
Nègre G-iles, exécvité à Eichmond.
Habitant des îles Aléoutienues. . .
G-uanche (Canaries)
Pégou (^Birmanie)
Nain de la Mauritanie
Inconnus
Habitants des îles Fidji
Bavarois
Habitants de la Nouvelle-Zélande.
Autrichiens
Chinois
Japonais
Australiens
Habitant de l'île Samoa
G-allo-Komains
Romain-Breton
Blancs
Egyptien
Nègres américains.
Indiens Marshpee
Malades et amis de l'auteur,
NOMBRE
Total ,
SEXE
Diamètre
antéro-postérieur
Moyenne
en millIiLètfes
Tablemi n" 7.
EXAMEN DES CKANES (Suiie).
Au Musée de Peabody, Uiiiversitt- Harvard, etc., etc.
■RJ^aiEl
XOMItRE
Eiinipéons : Komaius aucien.s et modernes, La-( custres, Français antérieurs au xix* siècle }
Habitants des lies .Sandwi
Anciens l'éruviens
Anciens Californiens ....
JIonnd-Builders
Californiens-Indiens. . . .
Lapidaires de la vallée de Cuniberland
Indiens
Nègre, Rio-de-Favino J
Têtes plates de l'Oréo-on, Washington, golge de^ Géorgie, Pérou j
Crânes de la grotte San-Lorenzo (Mexique) ]
Crânes des grottes de Tennessee, Kentucky (Mexique)v Esquimaux du Labrador, Norton-Sound j
Hindous
Ile Herney.
Iles Hawaï.
Nèffres africains.
Zoulous (Afrique du Sud)
Africains supposés
Nègre Giles, exécuté à Eichmond .
Iles Aléi.iutiennes
Guanche (Canaries)
régou (Birmanie)
Nain maure
Inconnus
Indiens Marshpee
Total .
SEXE
Ma ut CUV de la vofile
Moyenne
en niiIliiii(3tros
L'étude de cesta,bles montre que le diamètre antéro-postérieur des mâchoires dépend de la taille de l'individu ; c'est ainsi qu'une personne de petite taille possède une petite mâchoire et vice versa; mais ce n'est pas un fait constant.
On a fréquemment observé des races de petite taille avec de larges mâchoires et des peuples de haute taille avec de petites mâchoires. C'est là un fait qu'on peut attribuer souvent à un arrêt de développement des maxillaires.
Talbot fait aussi remarquer que le diamètre latéral des mâchoires des indigènes d'un pays, à l'exception des Athéniens, est plus g-rand que celui des peuples qui sont venus par la suite s'établir dans le même endroit.
Quant au niveau social, de quelque façon qu'il agisse, il a une influence évidente.
Le mélange des races a une incontestable importance. Si l'on examine les mensurations faites sur les individus de même nationalité, mais à différentes périodes de l'histoire, on observe que le volume des mâchoires tend a diminuer. C'est ainsi que les anciens Bretons avaient de 2,12 à 2,62 comme diamètre latéral de la mâchoire; le peuple anglais actuel n'a plus que de 1,88 à 2,44 (pouces).
La même différence se retrouve si l'on compare les Italiens modernes aux anciens Romains.
La comparaison des races civilisées et non civilisées amène un résultat identique. Ce sont les Boschimans et les Hottentots qui occupent le premier rang pour le volume des mâchoires. Or, il est établi que, k part les Australiens, ce sont les plus inférieurs des êtres humains, tant au point de vue moral qu'au point de vue physique.
En résumé, la civilisation, le degré de culture intellectuelle, le mélange des races sont les facteurs qui font varier le volume des mâchoires, et on peut dire que celles-ci tendent à devenir de plus en plus petites chez les races supérieures.
LE VOLUME DES DEISTS DAXS LES KACES
Les variations de volume des dents, surtout celles des canines et des molaires, sont très importantes, puisqu'elles sont un des arguments invoqués en faveur de la doctrine transformiste.
Les races inférieures sont remarquables par le volume énorme de leurs incisives et de leurs canines, dételle sorte qu'on a pu assimiler ces dernières à des défenses analogues à celles des singes anthropomorphes. Les races préhistoriques auraient eu le même caractère.
Il est certain, comme l'a fait remarquer Darwin, que les molaires tendent à devenir rudimentaires dans les races humaines les plus civilisées. En outre, d'après Owen, les molaires qui dans les races élevées présentent un volume décroissant de la première à la troisième, ont au contraire un volume croissant chez les races inférieures et chez les singes. Il en résulterait que la série ascendante ou descendante deviendrait un caractère de race et distinctif au point de vue d'un examen médico-légal.
D'autres auteurs se sont occupés de la question : Prunier-Bey (in Bulletin de la Société d'anthropologie; V Homme et V Animal, 1865), Mantegazza (1878), Magitot (1869).
Ce dernier rectifie la loi d'inversion établie par Prunier d'après laquelle le volume des molaires serait décroissant chez l'homme et croissant chez le singe. Cette loi, exacte pour les races blanches, ne l'est plus pour les races inférieures : Australiens, Néo-Calédoniens. Chez le chimpanzé même, la loi ne s'applique pas -, et ce n'est que chez le gorille et l'orang que la loi de croissance se trouve réalisée.
D'après Magitot, la progression croissante tendrait donc à s'affirmer des races supérieures aux races inférieures, et de celles-ci aux races préhistoriques.
Quant au volume absolu, il offre de grandes variétés^ et tandis que les Basques sont remarquables par la petitesse extrême de leurs dents, l'Australien et le Néo-Calédonien les ont énormes et plus voisines de celles de certains simiens que de celles des races supérieures.
Les médecins de marine et des colonies ont pu faire d'utiles observations et nous aurons l'occasion de citer souvent des travaux de ce genre .
Le D^' Kocher (de Lyon) s'occupant de l'ethnographie et de la criminalité chez les Arabes, note des variations dans le volume des dents.
Chez les Arabes et les Kabyles, les dents sont belles, bien plantées -, les incisives sembleraient présenter un caractère particulier, d'après Sébastien. Les deux incisives centrales de la mâchoire inférieure sont généralement longues et très larges, soit par comparaison avec leurs voisines, soit par comparaison avec les incisives de la race européenne. Fréquemment, en outre, elles sont inclinées en dedans de la bouche^ c'est du moins ce qui arrive le plus souvent.
M. Kocher, dans sa thèse sur la Criminalifé des Arabes, émet le vœu que les lois de Magitot soient vérifiées chez les indigènes, afin de se rendre compte si l'évolution de la dent de sagesse ne présente aucune particularité. Les dents, d'après lui, sont presque toujours d'une blancheur éclatante, même chez les fumeurs, ce qui est dû au peu de nicotine contenue dans les tabacs algériens.
On constate de même presque toujours l'absence de tartre dentaire.
Rarement enfin on remarque une usure de l'émail, car l'Arabe fume de préférence la cigarette et les bouts de ses pipes, des chibouks sont en corne ou en bois.
Nous devons signaler ici les études très intéressantes duP''W.-H. Flower. Son travail intitulé : Du volume des dents comme caractère des races, a paru dans le Journal de Vinstitut d'anthrofjologie de Grande-Bretagne (1884).
Mettant à profit les collections de crânes du Collège Royal des Chirurgiens de Londres et de quelques autres Sociétés, il a pu baser ses observations sur l'examen de 3,000 spécimens.
Par des mensurations très précises, il a obtenu au point de vue dentaire une classification des races en Mégadontes, Mésodontes^ Microdontes, qui se trouve correspondre à la classification ordinaire.
Nous reproduisons ici les passages de sa communication qui indiquent sa méthode, et les tableaux de classification auxquels il est arrivé :
Nous avons pris comme base de la dimension des dents la longueur, en ligne droite (mesurée avec le compas), des couronnes des cinq dents de la série des molaires supérieures, entre la surface antérieure de la première prémolaire et la surface postérieure de la troisième molaire, laquelle longueur se trouve désignée ciaprès comme : Longueur denfaireD.
La longueur absolue est cependant à peine suffisante pour notre but de comparaison des races; car la stature de l'individu et la dimension du crâne en général doivent être mises en ligne de compte, de même qu'on doit supposer que des individus de plus petite race doivent naturellement avoir de plus petites dents. Il est donc nécessaire de trouver une base de longueur indiquant le volume général du crâne avec lequel on compare la longueur dentaire. Dans ce but,, nous avons choisi l'axe cranio-facial ou la longueur basio-nasale BN, distance entre la suture nasofrontale et le milieu du bord antérieur du trou occipital, comme étant spécialement l'indication la plus constante et la plus convenable de la dimension générale. Même dans cette façon de mesurer il s'introduit malheureusement un élément de variation indépendant du volume actuel du onme par l'inclusion du plafond de la chambre nasale et le peu d'épaisseur du bord inférieur de l'os frontal; mais en mettant décote les variations occasionnelles d'individus, c'est une des plus certaines dimensions du crâne, et en ne se bornant pas à un seul crâne, elle pourra, si on prend un nombre suffisant de spécimens, fournir une bonne ligne de comparaison.
Sur les crânes mâles la longueur moyenne de l'axe basio-nasal est de 100 millimètres, sur les crânes femelles 95 millimètres. Entre la longueur basio-nasale et la longueur dentaire on peut
établir la formule — =rr= = l'indice dentaire.
BN
Les indices de comparaison des diverses races mesurées
paraissent varier entre 40 et 48, quoiqu'on puisse trouver des
individus qui n'atteignent pas ou excèdent ce chiffre. La moyenne
générale peut être prise à 43. En suivant la méthode pratique de division adoptée avec d'autres indices, les indices dentaires peuvent être divisés en trois séries nommées respectivement :
Microdontes : au-dessous de 42.
Mésodontes : entre 42 et 44.
Mégadontes : au-dessus de 44.
Nous pouvons commencer à motiver cette comparaison avec une étude caractéristique sur les singes anthropoïdes, dont les résultats sont démontrés dans le tableau suivant. On observera que l'indice dentaire est dans tous les cas plus grand chez la femelle que chez le mâle, parce que la dent molaire de ce premier sexe conserve mieux sa dimension caractéristique, pendant que le volume général du crâne indiqué par la longueur basionasale est diminuée. Cela est très marqué chez le gorille -, chez cet animal, en effet, la disproportion entre les dimensions des sexes est très grande, tandis que chez le chimpanzé le mâle et la femelle diffèrent à peine •,'^ l'indice dentaire est aussi presque le même.
On rencontre une semblable relation de l'indice dentaire chez quelques espèces de la race humaine, spécialement dans les races où la disproportion de taille entre l'homme et la femme est plus grande.
Gorille mâle, moyenne de 3
Basionasale
Dental
Indice
Indice moyen
des
deux sexes
Gorille femelle moyenne de 3
Chimpanzé mâle, moyenne de 3
Cliimpanzé femelle, moyenne de 3 . . .
Orang mâle, moyenne de 4
Orang femelle, moyenne de 2
Siamang mâle, moyenne de 1
Les trois premières espèces sont, par conséquent, fortement mégadontes, tandis que le Siamang: a les molaires à peine plus longues en proportion de son crâne que les plus fortes races d'hommes.
Sur vingt crânes l^ritanniques màleS; chez lesquels les dents sont suffisamment parfaites pour permettre la mensuration, la moyenne BX est de 100 millimètres exactement, et la longueur moyenne dentaire de 41 millimètres, donnant un indice de 41; la lon"-ueur dentaire maximum étant de 45', le minimum de 35, l'index maximum est de 45,2 et le minimum de 35,8.
Sur 13 cnlnes britanniques femelles, la longueur moyenne BX est de 05, la longueur moyenne dentaire 39,5, donnant un indice moyen de 41,6. La longueur maximum est de 43, le minimum 35. L'indice maximum est 44,9, le minimum 36. Les autres résultats des mensurations qui, on peut l'espérer, seront continuées et corrigées par d'autres observateurs en possession de plus amples matériaux, sont les suivants. On observera que les trois groupes dans lesquels les races peuvent être séparées par la dimension de leurs dents correspondent en général avec les trois principales divis-ions des espèces humaines : la section JZ/croc^oy^^e contenant toutes les races caucasiennes ou blanches; la Mésocloiiie, les races mongoliennes ou jaunes, et la Mégacloute, composée exclusivement des races noires, y compris les Australiens.
RACES MICRODONTES
SEXES
Britannique.
(; Mâle 7 Fem.
Autres Européens me-( Mâle langés (non britan-]
niques) r Fem.
^ Mâle
Anciens Egyptiens . . ,
'( Fem.
Polynésiens (la majeure partie des îles Sandwich) (1,1
Naturels- des Indes centrales et du Sud. Caste infér''«. Majeure partie mâles
RACES MES0D0XTE3 Chinois
Indiens-Américains de toutes contrées
Mâle Mâle
Mâle
Nègres africains deS ^'^^^ toutes les parties (-2).^ Fem.
RACES MÉGADONTES
Malais de Java, Sumatra, etc
Mâle
Mélanésiens de diverses îles
Andamanais (3)
Austrahens .
Tasmanicns.
Mâle
^ Mâle
f Fem.
^ Mâle
'' Fem.
( Mâle
' Fem.
Nombre
et
observations
TO
Moyenne
Moyenne
dent.
Indice moyen
Moyenne
des 2 sexes
(i) Les dents sont effectivement plus longues cjue chez les Européens, mais l'indice Se trouve réduit par la forte longueur du basio-crane.
(2) Chez ceux-ci l'indice se trouve encore réduit par la longueur du basio-crâne.
(3) C'est la dimension relative mais non effective des dents, qui classe ces petits peuples dans la série des Mégadontes, à laquelle ils se trouvent unis sous beaucoup d'autres rapports.
{Denfal Cosmos, 1885, vol. XXYII, p. 49, par W.-A. Flower.)
C'est ici qu'il convient de placer la question si controversée de la dent de sagesse.
De nombreux auteurs ont pris part au débat, et nous ne citerons que les noms de Broca, Darw^in, Owen, Manteg-azza, Magitot, etc.
Mantegazza, en 1878, publiait un travail sur l'atrophie et l'absence des dents de sagesse.
D'après Darwin, la troisième molaire serait en voie de disparition et Owen affirmait qu'elle avait trois racines chez les races inférieures et deux chez les supérieures.
Mantegazza donne le résultat de ses observations basées sur l'examen de 2,500 crânes du Musée d'Anthropologie de Florence.
Il se rallie à l'opinion de Darwin et considère que la dent de sagesse est en voie de décadence.
Quant aux racines, il n'a pas remarqué qu'elles fussent diminuées, au contraire. M. Magitot est opposé à ces idées et déclare que pour lui la dent de sagesse inférieure ne manque jamais dans aucune race. Son évolution et son éruption sont seules retardées ou arrêtées, mais le germe dentaire existe toujours. Il demande à M. Mantegazza s'il a cherché dans l'épaisseur des maxillaires des crânes qui ne portaient pas de dents de sagesse. La réponse de ce dernier est affirmative. M. Broca se rallie à son opinion et pense que Darwin avait raison de considérer cette dent comme un organe en décadence chez l'homme.
La remarque même de M. Magitot en est une preuve, puisque très souvent elle reste incluse dans le maxillaire.
L'année suivante, M. Broca {Bulletin de la Société d'Anthrojjologie, 20 février 1879), dans ses instructions relatives à l'étude anthropologique du système dentaire, insiste particulièrement sur la dent de sagesse. La troisième molaire des singes, d'après lui, est plus précoce que celle de l'homme, elle sort avant les canines, elle est grande, forte, solide.
Chez l'homme, au contraire, elle apparaît après toutes les autres-, elle est moins volumineuse, moins solide et aussi moins durable.
Il conseille de rechercher sa date d'éruption, considérant comme supérieur à la moyenne le chiffre de 22 ans fixé par Magitot.
L'état des dents de sagesse, c'est-à-dire le nombre de leurs tubercules, leur volume et leur durée devra être fixé.
Elle est plus petite dans les races d'Europe.
Quant à sa durée, très courte en moyenne chez nous, elle serait beaucoup plus considérable chez les nègres et autres races.
L'étude de sa défection sera importante, puisqu'elle servira à établir ou à infirmer la théorie de Darwin.
Le volume relatif des dents de même espèce sera un point particulièrement intéressant puisque, d'après Broca, il a déjà conduit à ces lois : chez l'homme, loi de décroissance, et chez les singes, loi de croissance.
L'usure et la carie, dues soit à un régime alimentaire spécial, soit à une influence ethnique, ne devront pas être négligées. Enfin M. Broca termine en signalant les mutilations dentaires si curieuses chez certains peuples, ainsi que les anomalies qu'ils pourront présenter.
Nous n'insisterons pas sur ces instructions; elles montrent quelle importance Broca lui-même attachait à la question dentaire, au point de vue ethnologique.
[LA FORME DES DENTS j
Indépendamment des variations de volume, les dents des races présentent des différences dans leurs formes.
L'étude de ces variations est encore très incomplète \ cependant nous citerons les travaux de Zuckerkandl, Azoulay et Regnault.
Zuckerkandl lisait en 1889, au Congrès de Vienne, une étude sur les dents molaires chez l'homme. Après avoir dit que la dent de sagesse avait détourné les observateurs de l'étude des autres molaires, il insiste sur ces dernières.
Leurs variations concernent surtout le nombre des tubercules qu'elles présentent à leurs surfaces. La première molaire supérieure a quatre tubercules, parfois il existe à la face interne le
rudiment d'un cinquième. Les deux molaires suivantes sont semblables à la première; plus fréquemment le tubercule interne et postérieur a disparu, ceci surtout sur la dernière molaire qui en outre est souvent atrophiée,
A la mâchoire inférieurCj la première molaire a cinq tubercules, les suivantes quatre.
Il est remarquable que ces formes dentaires se rencontrent déjà sur les crânes de l'époque paléolithique. Cliez les anthropoïdes, les trois molaires supérieures sont quadrituberculeuses; les inférieures ont toutes cinq tubercules disposés comme chez l'homme : trois en dehors, deux en dedans. Chez les sing-es, il n'y a pas de variations comme chez l'homme. Les dents à quatre et a cinq tubercules semblent donc correspondre au type primitif des primates.
En 1893, MiAL Azoulay et Regnault ont étudié au point de vue de la forme les incisives supérieures médianes.
Chez les singes anthropomorphes, les bords latéraux des incisives supérieures divergent de la racine vers l'extrémité, de sorte que la dent offre l'aspect triangulaire, le bord libre étant, grâce à cette disposition, très élargi.
Dans les races humaines inférieures, la même disposition se retrouve, mais moins accentuée. Les dents ne prennent donc contact qu'au niveau du bord libre et, entre elles, subsiste un espace vide triangulaire.
Dans les races civilisées, au contraire, les bords latéraux tendent à devenir parallèles et la couronne de la dent prend une forme rectangulaire.
Les mensurations qu'ils ont faites mettent ces données en évidence et ils ont montré qu'ainsi les races inférieures ont des incisives qui se rapprochent de celles des singes.
La forme des incisives est d'ailleurs en rapport avec celle du maxillaire. Le prognathisme dentaire permet une plus grande largeur des bords coupants, sans que les dents chevauchent.
En janvier 1894, M. le D"" Regnault fit une autre communication sur le même sujet, mais étendit ses recherches aux autres dents et à celles de la première dentition.
Il note une forme particulière et constante des incisives supérieures provisoires.
Le collet de la dent est très resserré et s'élarg-it tout a coup pour former la couronne. La différence entre la largeur du collet et" celle du bord de la dent a été de l'^™8 sur sept enfants blancs et quatre Australiens.
Les canines humaines ont ceci de particulier que leur pointe est d'autant plus aiguë que la race est plus inférieure-, mais cette pointe s"use bientôt et le corps de la dent est, par contre, plus large par rapport au collet dans les races inférieures que dans les supérieures.
Les prémolaires n'offrent pas de différences notables.
Flower, qui a fait de semblables recherches, note que pour les molaires la couronne est plus large chez les races inférieures par rapport au collet. Quant à la progression croissante des molaires, signalée chez les Néo-Calédoniens, il ne l'a pas constatée d'une façon notable. Sur vingt et un sujets examinés, une fois les couronnes des secondes molaires étaient plus larges que celles des premières, trois fois égales et les autres fois plus petites.
Plusieurs observateurs ont aussi signalé, chez les nègres^ des dents surnuméraires, et en 1880 M. Fontan fait à la Société d'anthropologie une communication sur ce sujet.
Les dents surnuméraires sont, d'après lui, assez fréquentes chez les Néo-Calédoniens.
Entre autres, il a constaté l'existence d'une paire de molaires supplémentaires en arrière des molaires supérieures, petites, mais bien développées. Il a trouvé cette anomalie deux fois sur 21 crânes, mais a pu ne pas l'apercevoir chez des vivants, en raison du développement considérable des dents.
Quant aux époques d'apparition et de chute des dents dans les différentes races, elles ne sont pas bien connues. Il est probable qu'on doit observer des variations assez considérables, mais les travaux sur ce point sont peu nombreux. Cependant il faut rendre justice aux efforts que font depuis un certain nombre d'années les médecins de nos colonies pour nous faire connaître l'ethnographie des régions qu'ils parcourent.
Nous trouvons à ce sujet d'excellents aperçus dans la thèse de Kocher, de Lyon (1883), sur la Criminalité des Arabes.
Le D^- Lorion, dans sa thèse sur la Criminalité en Cochinchine (1887), comble de son côté beaucoup de lacunes. Il a pu vérifier les assertions de Mondière dans sa Monographie de la femme cochinchine ise et s'est occupé de l'état du système dentaire.
Les Annamites (Lorion, thèse citée) ont les dents larges, droites, colorées en rouge par la mastication du bétel dont il'usage est à peu près général et en noir brillant, par le laquage. Cette pratique est beaucoup plus répandue en Annam et au Tonkin qu'en basse Cochinchine; elle est commune aux deux sexes, mais plus fréquente dans le sexe féminin.
D'après Mondière {Monographie de la femme cochinchinoise)^ les jeunes filles se font noircir les dents après le mariage.
Chez les enfants annamites, la dentition paraît être un peu plus tardive que chez les enfants européens. Les incisives inférieures . apparaissent dans le courant du septième mois; les incisives supérieures, dans le courant du neuvième mois; souvent même les quatre incisives ne sont complètes qu'après le douzième mois.
Les vingt dents sont placées vers le milieu de la troisième année, et ce n'est guère qu'à 11, 12 ou 13 ans qu'elles sont remplacées par les dents permanentes. Les dents de sagesse poussent assez tard et manquent souvent.
Les renseignements sur la structure des dents dans les différentes races sont aussi peu nombreux, et cependant on accorde qu'elle est plus parfaite et plus homogène chez les nègres, ce qui
• explique pourquoi la carie est si rare dans cette race. Mais pour
• d'autres auteurs, ce n'est pas dans la différence de structure qu'il faut chercher la raison de ce fait, mais bien plutôt dans la nourriture. La carie cependant, si elle est rare dans les races pures, devient plus fréquente quand un mélange se produit avec un autre peuple.
Nous en trouvons un cas curieux dans les Bulletins de la Société d'anthropologie de 1878.
M. Maurel présente, en effet, a la Société une note sur la fréquence de la carie dentaire chez les Indiens Galibis de Guyane.
Sur un total de 544 dents, observées chez 17 sujets, il en a trouvé 113 atteintes plus ou moins par la carie.
11 a été de plus frappé par l'éruption tardive des dents de sagesse, et la localisation particulière de la carie à la mâchoire supérieure. Les dents de sagesse manquent fréquemment et sur 68, 48 n'avaient pas fait leur apparition.
Magitot, qui répond à M. Maurel, insiste sur ce point particulier que la carie n^est pas sous la dépendance de la composition du sol, mais est en rapport avec la race.
Cette question de la carie dentaire dans les races a suscité de nombreux travaux.
Grarrigou, qui a étudié spécialement à ce point de vue les ossements de l'époque préhistorique, la croit fréquente à cette époque .
Magitot, qui a examiné les collections du Muséum d'histoire naturelle de Paris, a noté l'absence de la carie sur les crânes des indigènes du nouveau continent, de l'Australie, etc.
Il l'a trouvée, en revanche, sur les crânes des momies.
Dans l'Europe actuelle, elle atteint à peu près tous les peuples, si ce n'est les Islandais, qui en seraient indemnes.
Pour la France, il donne le tableau des exemptions du service militaire. Sur 3,182,512 examinés, 26,462 ont été exemptés pour mauvaise denture.
Déjà, en 1861, Boudin avait insisté à la Société d'anthropologie sur l'influence de la race dans l'étiologie des infirmités qui donnent lieu à des exemptions du service militaire.
Magitot a dressé une carte de la France, où il indique les provinces les plus fortement atteintes par la carie. Trois régions sont surtout frappées. L'une, au nord-ouest, comprenant la Flandre française, la Picardie^ la Normandie, la Champagne. La seconde, à l'ouest, comprend l'Anjou, le Poitou, la Vendée. Enfin, la troisième porte sur la Guyenne et Gascogne et le Béarn.
La raison de cette distribution, d'après Magitot, se trouve dans les races qui ont servi de souche à la population française actuelle; et il suit, en cela, les travaux de William Edwards et de Broca. Ces races sont les Belges ou Kymris, et les Gaels ou Celtes.
Aux caractères qui séparent déjà ces deux groupes, on peut donc en ajouter un autre, celui de la perfection ou de la défectuosité primitive de l'org-anisation dentaire.
Les Gaéls ou Celtes, individus petits, li cheveux et yeux bruns, à crâne court ou bracliycéphales, seraient doués d'une denture robuste et résistante.
Les Belges ou Kijmris, grands, élancés, à cheveux blonds, les yeux clairs, h crâne long- ou dolichocéphales, auraient une denture faible et défectueuse.
Voici les conclusions du travail de Magitot :
I. — Les altérations dentaires et plus spécialement la carie, lorsqu'elles affectent un ensemble d'individus d'une môme région géographique, ne sauraient être attribuées à aucune des causes généralement invoquées : conditions diverses du milieu, du sol, de l'alimentation.
IL — Elles sont dues à l'hérédité, généralisée de manière à constituer un caractère de race.
m. — La transmissibilité de la carie à une race résulte de la communauté chez les individus qui la composent :
1° Des conditions anatomiques prédisposantes, dispositions spéciales de structure intime du système dentaire •
2° Des aptitudes particulières de la bouche et de la salive aux fermentations qui produisent la maladie.
Quelques auteurs, frappés des altérations de plus en plus fréquentes du système dentaire, ont voulu y voir un résultat de l'évolutiop. Pour eux, les dents seraient des organes en voie de disparition, et ils appuient leur théorie sur l'absence si fréquente de la troisième molaire, ou tout au moins sur la loi de décroissance que nous avons déjà indiquée.
M. Spence Bâte, F. R. S-, énonçait ses idées dans un article intitulé: «Les dents des races futures», publié dans le Lonclon Lancet et dans le Dental Cosmos (vol. XXVI, p. 382) :
« Dans les dents des Esquimaux, des Peaux-Rouges et des naturels d'Ashantée, aussi bien que dans celles trouvées dans les charniers des champs de bataille de l'Angleterre, on ne ren-
contre pas les espaces appelés interglobulaires trouvés fréquemment lorsqu'on fait des coupes de dents modernes. On ne les trouve pas non plus dans la dentine des Européens modernes bien développés. Non seulement la dentine se détériore, mais encore l'émail semblerait également subir une modification. Il devient trop opaque. En plus de ce changement histologique, la forme extérieure et les caractères des dents subissent des altérations. Ceci semble être en rapport avec un fait important dans l'histoire du développement. La tendance qu'a le crâne à se développer aux dépens de la face et des mâchoires, semble avoir lieu à mesure que nous montons l'échelle de la série animale des vertébrés. Obéissant à cette atrophie des mâchoires, l'espace nécessaire pour le jeu complet et pour l'entier développement des dents normales semblerait ne pas être équilibré. A la naissance, les os ne sont pas suffisamment développés pour recevoir les dents dans leur arcade normale-, et comme dans la bouche humaine les os incisifs sont complètement soudés très peu de temps après la naissance, il s'ensuit que la mâchoire ne peut se développer qu'à la partie postérieure. Un léger retard dans le développement et la consolidation de la symphyse aurait pour effet de réduire l'espace requis pour l'emplacement des dents à cet endroit. Dans le cours de l'évolution des vertébrés, il y a une tendance marquée à la disparition des dents. Les vertébrés inférieurs ont quatre molaires de chaque côté des mâchoires, les plus élevés en ont trois, tandis que chez l'homme, ce nombre se réduit souvent à deux. »
Nous signalerons en dernier lieu les études du D' Whitney sur les races des îles Hawaï. Dans des conditions exceptionnelles d'observation, le D' Whitney a pu faire de curieuses constatations. Il s'est trouvé pour ainsi dire placé entre deux époques dans la vie de ce peuple, puisque c'est pendant son séjour dans ces îles que la civilisation a fait des progrès considérables. Il a pu voir ainsi les peuplades sauvages dans leur état primitif, puis il a assisté a l'invasion des coutumes européennes, et avec elles au progrès des déformations dentaires.
Ses observations sur les squelettes des cimetières hawaïens sont particulièrement intéressantes et sont d'une grande netteté, par
les circonstances dans lesquelles elles ont été faites. Les anciennes peuplades de ces îles, situées dans le Facidquc, très éloig-nées de l'Amérique et de l'Asie, avaient coutume de déposer les corps de leurs morts, surtout de leurs chefs, dans des grottes presque inaccessibles. Le D"^ Whitney a pu pénétrer dans ces sombres cavernes, et les crânes qu'il y a trouvés lui ont donné les résultats suivants :
Les mâchoires sont fournies de dents rég-ulières et massives avec articulation normale, c'est-à-dire que les arcades coïncident exactement. Les dents sont long-ues, bien formées, l'émail est solide ; celles des plus anciens squelettes sont très endommagées par les dures et grossières substances qu'ils avaient coutume de manger.
Il a rencontré très fréquemment l'irrégularité ou l'absence de la troisième molaire, ce qui montrerait que la disparition de la dent de sagesse, en admettant que la théorie soit exacte, se fait cependant avec une extrême lenteur.
Dans d'autres cimetières placés le long de la mer et recouverts par le sable, il a trouvé des squelettes portant des traces de mutilations dentaires consistant, la plupart du temps, dans l'ablation des incisives.
Poursuivant ses investigations sur les crânes qu'il a recueillis, le D-" Whitney signale des cas de pyorrhée alvéolaire, d'abcès du sinus maxillaire, etc.; puis il insiste sur la troisième molaire qui est aussi souvent absente dans ces peuples vivant à une époque très reculée (500 ans après J.-G.) que dans les races actuelles. C'est alors qu'il étudie l'état de ces peuples depuis que la civilisation européenne les a envahis. Nous dirons ailleurs {Carie dentaire) quels furent les effets sur le système dentaire, et du changement dans les mœurs et dans la nourriture ; pour le moment, nous indiquerons simplement qu'il a remarqué une constante et rapide rétrogradation dans les conditions dentaires de ces peuples.
Quoi qu'il en soit des théories cherchant à interpréter des faits, ceux-ci n'en ont pas moins leur force. Ils existent, et il est certain que les races primitives étaient mieux douées que nous, sous le rapport du système dentaire.
Faut-il y voir un simple effet des races, ou l'influence du cli-
mat, de la nourriture ; il est vraisemblable que les facteurs qui doivent expliquer les troubles de la dentition sont multiples.
Il était néanmoins intéressant de signaler les diverses études faites sur l'ethnographie du système dentaire. Nous espérons que les observations s'accumuleront sur ces points et que l'étude des dents dans les races fera des progrès de plus en plus sensibles.
Pour terminer cette étude sommaire, nous parlerons des mutilations si curieuses, en usage dans certaines tribus sauvages.