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MUTILATIONS DENTAIRES

Les mutilations dentaires ont été signalées par de nombreux explorateurs, et elles ont suscité dans ces derniers temps quelques travaux intéressants. Magitot, qui s'en est occupé spécialement, en a fait l'objet d'une communication au Congrès de Genève de

Il en distingue six variétés :

1° Les mutilations par fracture;

2° Les mutilations par arrachement ;

3" Les mutilations par limage;

4p Les mutilations par incrustation;

5° Les mutilations par abrasion ;

6" Les mutilations par prognathisme artificiel.

Les mutilations par fracture sont assez répandues en Afrique, sur les côtes occidentales, et dans les régions du Haut-Nil. L'explorateur Marche les a signalées chez les tribus du Gabon. L'opérateur, armé d'un ciseau ou d'un marteau, casse les angles des incisives ou la couronne en totalité. Le centre géographique de ces pratiques paraît être le golfe de Guinée. On les trouve cependant aussi sur la côte de Mozambique.

Les mutilations par arrachement ont été signalées au Pérou, en Afrique (Congo, Haut-Nil), en Australie.

Les dents arrachées sont le plus souvent des incisives et l'opération dans quelques peuplades est considérée comme une marque infamante; dans d'autres, son but est esthétique. Enfin le

D' Whitney les a sig-nalées dans ses études sur le peuple hawaïen. Mais ici elles constituaient un signe de deuil.

Les mutilations par limage ont pour centre principal l'archipel malais : Java, Sumatra, Bornéo, les Célèbes, les Moluques. On les a pourtant signalées au Congo et dans certaines tribus de l'intérieur de l'Afrique.

Elles se pratiquent soit au moyen des limes, soit au moyen d'instruments en pierre. La forme de la mutilation varie avec la tribu et la contrée. A Java, le limage, qui porte soi- les incisives et les canines, est transversal et a pour effet d'amincir leur bord tranchant.

Dans le centre de Bornéo et de Sumatra, le limage est vertical et a différentes formes produisant, soit au centre de la dent un angle en V renversé, soit deux encoches triangulaires séparées par trois pointes aiguës.

Ces mutilations sont si répandues en Malaisie, que tout centre un peu important de population possède un artiste qui a pour métier spécial de limer les dents. On trouvera dans les Mémoires de la Société cC Anthropologie de Vienne (III, p. 214, 1878) un intéressant travail sur ce sujet.

Meyer (1883) a étudié aussi spécialement ces mutilations dans les populations de Java.

Le limage des dents est un acte religieux qui s'accomplit avec solennité à l'époque de la puberté.

Van Hasselt {Midden Sumatra, III, 1883) a publié une étude 3ur le même sujet.

. Les mutilations par incrustation sont plus rares. On les trouve dans l'archipel malais. Elles consistent dans l'incrustation après limage d'un petit cylindre de métal, ou d'une pierre précieuse, dans une cavité creusée a la face antérieure des incisives ou des canines.

Les mutilations par abrasion consistent dans la fracture transversale complète de la couronne des incisives supérieures. On l'a sig-nalée chez les Esquimaux des rives du Mackenzie {Bull, de la Soc. d'Anthrop.j 1880).

Les mutilations par prognathisme artificiel ont été rencontrées par le général Faidherbe dans les tribus du Sénégal. Le D^ Brancal

et M. Hamy les ont étudiées dans la suite. C'est dans un but de coquetterie que les femmes exercent sur leurs enfants des tractions qui avancent la mâchoire et les dents supérieures. Nous avons mentionné ailleurs le même fait que nous avons observé chez les créoles de Cuba.

Ces mutilations ne se trouvent que chez les peuples sauvages, et on ne les a pas observées sur les crânes de l'époque préhistorique.

Elles se rattachent la plupart du temps à des coutumes religieuses, à des superstitions ou à des légendes locales.

Nous devons, avant de terminer ce qui a trait aux mutilations, en indiquer une autre espèce qu'on observe non plus chez les sauvages, mais chez les peuples civilisés puisqu'elles sont dues aux dentistes.

Il s'agit des limages des dents, pratiqués dans un but thérapeutique, et aussi de toute mutilation dans le dessein de placer une pièce prothétique quelconque.

Le limage se faisait jadis pour éviter la carie; mais, comme on enlevait l'émail dans une plus ou moins grande étendue, l'ivoire, mis à nu, se cariait encore avec une plus grande facilité.

Davenport s'est élevé avec énergie contre ces mutilations dans un important article publié dans le Dental Cosmos de 1887.

Il condamne absolument ce mode de traitement qui peut entraîner les plus graves inconvénients et n'a d'autre effet que de compromettre l'organe qu'il s'agit de conserver. Il a montré, de plus, les troubles qui en résultaient dans l'articulation des dents.

Aujourd''hui le limage est totalement abandonné.

Mais il nous était réservé de voir un autre genre de mutilation pratiquée dans le sein des pays les plus civilisés. Nous voulons parler des travaux à pont. Pour adapter ces appareils, des dentistes peu scrupuleux n'ont pas craint de raboter les faces des molaires. Dans d'autres cas, ils vont plus loin, et sectionnent complètement la couronne. C'est le procédé employé lorsqu'on fait un travail à pont avec la couronne Richmond, et ce sont les canines supérieures qui sont généralement coupées.

Nous avons présenté au Congrès national dentaire de Paris de 1897, un appareil fait à Chicago pour un des principaux artistes d'une de nos grandes scènes lyriques de Paris. Pour adapter un

travail à pont portant deux petites molaires, on lui coupa les couronnes de l'incisive latérale et canine supérieure j2:auche. Au bout d'un an, l'appareil tomba, entraînant les racines des dents sur lesquelles il était fixé.

Nous avons observé nombre d'autres cas, dans lesquels des dents saines étaient ainsi rabotées.

'Ces mutilations peuvent dans certains cas donner lieu à des contestations, et un dentiste-expert sera appelé à donner son avis.

r Nous croyons que l'expert doit alors être d'une très grande circonspection, car ces opérations, tout à fait délaissées par certains dentistes, sont encore pratiquées par d'autres.

Citons en dernier lieu, une mutilation consistant dans l'extrac tion d'une dent saine à un sujet consentant, pour être grefifée à un autre individu.

Notre ami le D'" Rojas (de la Havane), dans son livre El Cirujano Dentista (1895), s'élève contre cet abus, et ne reconnaît, en aucun cas, au dentiste, le droit de pratiquer une semblable mutilation.

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