‹ L'art dentaire en médecine légaleChapitre 7 sur 113 · CO C · texte numérisé non relu

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§ 3. — CALCIFICATION.

La calcification du germe dentaire comprend :

1° La formation de l'ivoire;

2° La formation de l'émail -,

3° La formation du cément.

Ce phénomène peut, d'après Tomes, s'accomplir suivant deux processus : dans le premier cas, le dépôt de sels se fait au sein même de la substance de l'organe formateur, qui se trouve ainsi transformé en tissu calcifié; dans le second, l'organe formateur rejette à sa surface les matériaux organiques et inorganiques, et excrète, pour ainsi dire, le tissu nouveau qui en résulte.

La première théorie est celle de la calcification par substitution; la deuxième, celle de la calcification par sécrétion.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur les phénomènes intimes, qui se passent alors dans le follicule. D'ailleurs, ce sont là des faits tout spéciaux que nous n'avons pas à étudier ici. On en trouvera un excellent résumé dans le travail deDebierre et Pravaz {Contribution à V Odontogénie ; Archives de Physiologie, 1886).

Nous indiquerons seulement ce qui peut être utile en médecine légale.

Dans les tableaux de Magitot que nous avons donnés plus haut, on peut voir la date d'apparition des premières parties dures au sein des organes mous et friables qui constituent le follicule dentaire.

C'est le chapeau de dentine qui apparaît le premier, vers les seizième et dix-septième semaines pour les dents temporaires.

C'est un petit cône creux, qui naît en un lieu fixe et invariable, qui est le point culminant du bulbe, et sur la ligne de démarcation séparant ce dernier de l'organe de l'émail. Ce chapeau est unique ou multiple, suivant que le bulbe est unicuspidé ou multicuspidé.

Quant aux dents permanentes, l'apparition de leur chapeau de

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dentine se fait à des époques très variables. On aperçoit d'abord, vers le sixième mois de la vie fœtale, le chapeau de dentine des premières molaires inférieures et supérieures; vers le premier mois après la naissance, celui des incisives des canines et des premières et deuxièmes petites molaires inférieures et supérieures. Celui des deuxièmes grosses molaires apparaît vers la fin de la troisième année, et enfin, vers 12 ans, celui de la dent de sagesse.

Si nous insistons sur cette chronologie, c'est que, comme le disait Magitot dans sa communication à l'Académie des sciences en 1874, la présence de ce chapeau de dentine peut être d'une grande utilité en médecine légale. C'est un organe qui par sa résistance et par sa situation peut demeurer intact et persister après la macération, la dessiccation, la combustion même. Il pourra donner de précieuses indications au médecin-légiste appelé a résoudre l'âge d'un foetus, d'un nouveau-né.

Mais le tableau de Magitot, tel que nous l'avons donné, n'indique que la date d'apparition du chapeau de dentine pour chaque dent. Il ne suit pas les stades de la calcification, ce?qui pourrait, en maintes circonstances, être d'un grand secours.

Quelques auteurs ont cherché à combler cette lacune; et nous citerons entre autres les travaux du D' C-V. Black (de Jacksonville), du D^ C -N. Pierce (de Philadelphie) {Dental Cosmos, 1884), de Debierre et Pravaz (de Lyon) {Archives de PhysioJogie, 1886), du D'Normann Broomell 'de Philadelphie) {Dental Cosmos, 1897).

Le D"" Pierce faisait suivre son étude sur la calcification et la décalcification des dents, d'un tracé graphique que nous reproduisons ici et qui indique l'état des parties dures aux différents âges. (Fig. 1.)

Le mémoire de Debierre et Pravaz {Contribution à VOdontogénie) est certainement un des plus intéressants qui aient paru sur ce point spécial. Les auteurs se plaçant au point de vue médico-légal et chirurgical se sont proposés de suivre l'évolution des dents, de la naissance jusqu'au moment de l'éruption. Dans ce but, ils ont fait une série de préparations fixant le développement des organes dentaires en fonction de l'âge ; on trouvera ces planches dans les Archives de Physiologie de 1886.

Les mensurations qu'ils ont obtenues sont résumées dans le tableau suivant, qui indique la profondeur et la largeur des alvéoles aux divers âg-es, les diamètres du chapeau dentinaire ou ceux du bulbe.

Les auteurs du mémoire ont accompagné ce tableau de considérations très importantes et que nous résumerons ici :

Le chapeau de dentine des dents temporaires a 1 millimètre à 1 millimètre et demi à la seizième semaine ; 1™"',04 à 1™™,09 à la vingt-cinquième semaine (sixième mois)-, 2™"", 4 à 6 mois et demi -, 2°^°^, 4 a 2'°'^,9 à 7 mois et demi \ 2'"'°, 8 à 3 millimètres à 8 mois et demi-, 3 millimètres à 3 millimètres et demi à 9 mois. Le chapeau de la première molaire a 1 millimètre au huitième mois-, 1 à 2 millimètres au neuvième mois -, celui des autres dents permanentes ne paraît qu'après la naissance.

Chez les fœtus de 20 à 25 centimètres, c'est-à-dire du sixième mois, il y a cinq sacs dentaires aux deux mâchoires. Les alvéoles ne sont point encore délimitées. Tout se réduit à un sillon qui court le long du bord gingival de la mâchoire et dans lequel est enchâssé le bourgeon dentaire, auquel sont appendus les sacs, comme un gland sur son pédoncule.

Dans ces sacs, on trouve l'ébauche des dents réduites à un mince revêtement de dentine en forme de chapeau de gendarme.

Sur le foetus à terme, les alvéoles sont formées -, leurs cloisons intermédiaires, quoique très minces, existent. Une seule alvéole très grande tient lieu des alvéoles des prémolaires postérieures et des premières molaires. Dans les sacs les couronnes sont dessinées, les racines manquent à la mâchoire inférieure mais sont exquissées aux incisives de la mâchoire supérieure.

Chez le nouveau-né, in général, les dents n'ont pas encore de racines. Le chapeau de dentine ne dépasse pas l'épaisseur de 1 millimètre autour du bulbe.

A 6 mois, les racines des incisives et des canines ont paru. La première petite molaire ébauche son collet.

A 12 mois, la racine des incisives provisoires a 5 millimètres; l'incisive permanente n'a pas encore trace de racine : la couronne de la première molaire seule parue à cette époque mesure de 1 millimètre à l'°"',5 au-dessus du bulbe-, elle est large et déjà

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tuberculée. Les canines sont notoirement en retard sur les incisives et les prémolaires.

A 15 mois, la prémolaire antérieure a deux racines longues de 7 millimètres en moyenne-, le collet de la deuxième prémolaire est constitué, ses deux racines commencent à poindre.

A 20 mois, la première prémolaire, toujours incluse dans son sac, est très développée; elle présente quatre ou cinq tubercules complètement formés, et une portion radiculaire longue de 3 millimètres à la mâchoire inférieure. La deuxième prémolaire, au contraire, est complètement dépourvue de collet et de racine.

A 24 mois, les deux prémolaires ont leurs racines ; le collet de la première molaire est mieux marqué et son plateau coronal a une épaisseur de 3 millimètres.

Les cinq premières dents ont des racines bien formées, bien que notablement ouvertes encore à leur extrémité inférieure.

A 3 ans, la première molaire s'étrangle pour former ses racines; on aperçoit, la dent vue par sa base, un mince début de cloison indiquant la place de ses racines. Ces faits sont encore mieux marqués à la mâchoire supérieure.

D'ailleurs, le développement de la mâchoire supérieure est notablement plus avancé, et tandis qu'à la mâchoire inférieure les sacs des prémolaires permanentes ne présentent que des traces de parties dures, au maxillaire supérieur on a déjà des tables d'ivoire très appréciables.

Le sac de la deuxième molaire commence à se montrer, et à ce moment il n'y a pas trace de chapeau de dentine. Celle-ci n'apparaît que six mois plus tard, dans l'alvéole fortement dilatée.

A cet âge (3 ans 1/2), la deuxième prémolaire permanente présente sur une ébauche de couronne deux très fins tubercules.

A 5 ans, les dents permanentes se retrouvent encore sans racines, mais alors les provisoires sont complètement formées. La deuxième molaire est née ; elle a une dimension de 7 millimètres sur 9 millimètres et 3 millimètres de couronne autour du bulbe.

A 6 ans, la première molaire a vu ses racines s'allonger, mais elles sont encore incomplètes et tronquées. La deuxième n'a pas encore ébauché ses racines.

A 7 ans, apparition des quatre grosses molaires-, commence-

— sèment de la chute des dents de lait», les incisives caduques sont remplacées.

A 9 ans, les racines des prémolaires temporaires sont diminuées et comme usées. Les prémolaires permanentes ont un diamètre de 10 millimètres i les alvéoles des incisives et des canines permanentes ont 15 millimètres de profondeur \ celles de la deuxième commencent a se développer. Le plateau de la troisième grosse molaire est formé à la mâchoire supérieure.

Il n'est pas nécessaire, croyons-nous, d'insister longuement pour faire ressortir le mérite de ces travaux. Le médecin-légiste pourra y puiser des renseignements qui lui permettront d'établk l'âge d'un cadavre. Et ce n'est pas seulement la dent elle-même vue extérieurement qui fournira des points de repère, mais encore la chambre pulpaire. Nous verrons plus loin que pour cette dernière partie, la précision dans les mensurations a encore été portée à un plus haut point.

Enfin tout récemment {Dental Cosmos, 1897), le D-^ Normann Broomell s'occupait de la calcification des dents. Par des dissections très fines pratiquées sur des sujets d'âges différents, il a pu suivre le développement des follicules et leur calcification progressive. Sa chronologie confirme celle de Pierce.

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