‹ L'art dentaire en médecine légaleChapitre 70 sur 113 · ALTÉRATIONS TEAUM ATTQUES · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS TEAUM ATTQUES

Certaines professions se traduisent du côté de l'appareil dentaire par des altérations caractéristiques. Didsbury (Altérations professionnelles delà bouche et des dents ^ 1885), qui a étudié ce point particulier, signale les cordonniers, les verriers, les souffleurs de perles comme fréquemment atteints de ces lésions.

Kous y ajouterons les joueurs de clarinette et autres instruments semblables, les piqueurs de bottines, les tailleurs coupant leur fil avec leurs dents.

Cordonniers. — Chez les cordonniers qui se servent de leurs dents pour tirer le ligneul, ces organes présentent des altérations particulières. Presque toutes sont fissurées, ou luxées-, on a même observé des fractures, mais le plus souvent elles sont simplement ébréchées.

Morel-Lavallée a signalé cette déformation dans les Annales de Dermatologie (t. VIII).

Son obser\'atioii se trouve dans la thèse de MercioUe; nous la reproduisons ici : « La déformation ressemblait à une dent dllutchinson. L'incisive médiane supérieure gauche présente à son bord tranchant une encoche médiane arciibrme, qui à première vue rappelle assez exactement la dent d'Hutchinson. L'incisive médiane supérieure droite présente également une encoche inférieure, mais tout à lait reportée latéralement. En examinant ces dents, on constate sur l'incisive médiane supérieure gauche, qui est la plus intéressée, que l'encoche ne porte pas sur l'étendue du bord inférieur, mais seulement sur son tiers médian- en outre, elle est faite à F emporte-pièce et la face antérieure de la dent ne présente pas le moindre biseau.

« En dernier lieu, les deux extrémités du bord inférieur, faisant suite a cette arcade, ne se terminent en aucune façon en pointes plus ou moins effilées, comme la dent d'Hutchinson type. Tout au contraire, elles sont parfaitement horizontales et nullement corrodées. Quant à l'incisive médiane supérieure droite, la méprise n'est pas même possible pour elle. En effet, l'encoche, beaucoup plus petite, ronde et comme faite à la vrille, est tout à fait rejetée sur le côté Jusqu'au coin externe de la dent. Celle-ci, pas plus que l'autre, n'est ni érodée, ni altérée dans sa forme, ni privée de son émail. Le malade déclare qu'il a l'habitude, en travaillant, de garder dans sa bouche les pointes qui lui servent à fixer le& semelles. »

Les verriers. — Dans les mouvements qu'ils font pour porter rapidement leur canne à leur bouche, pour souffler le verre, ces ouvriers peuvent se fracturer, une ou plusieurs dents, ou bien le contact répété finit par produire une usure caractéristique. Dibsbury a étudié cette altération dans le travail que nous avons déjà cité.

Les souffleuses de fausses perles. — Didsbury a décrit chez ces ouvrières une usure particulière due aux mouvements du chalumeau qu'elles placent entre leurs dents. La même déformation peut d'ailleurs se produire chez le dessinateur et le maître d'école qui gardent entre leurs dents un crayon ou un porte-plume.

Les clarinettistes (Reformatsky) présentent une usure particulière. Les incisives médianes de la mâchoire supérieure sont usées par la pression de la lang-uette métallique sur laquelle l'air vient se briser. L'émail est d'abord altéré, puis l'ivoire à un degré plus ou moins avancé.

Macléod [Lancct^ 1890, p. 1436) a sig-nalé cette altération sur It^s dents des joueurs de cornemuse.

§2. — ALTÉRATIONS d'ORIGINE CHIMIQUE.

Les substances qui peuvent agir sur les dents et entraîner des désordres dont la connaissance est précieuse pour les médecinsexperts sont très nombreuses.

Les principales sont : le plomb, le mercure, l'argent, le cuivre, le fer, le phosphore, l'arsenic, l'iode, les acides.

Nous les passerons rapidement en revue, visant surtout dans tous les cas les applications médico-légales. Ces altérations ont donné lieu à de nombreux travaux tant en France qu'à l'étranger. Dumur les a bien résumées dans sa thèse. Miller (de Berlin) a publié un travail sur les colorations produites par les métaux sur les dents. On trouvera les planches coloriées accompagnant son étude dans le Dental Cosmos (1894) et dans l'Odontologie de la même année.

Le plomb. — Les professions qui exposent à l'action du plomb sont excessivement nombreuses. Le médecin-expert doit les connaître afin de pouvoir dépister la cause véritable des altération s qu'il rencontre. On trouvera la liste de ces professions dans les traités d'hygiène. Proust en fait une longue énumération. Cependant dans toutes, le danger d'intoxication n'est pas aussi grand, et c'est surtout les peintres en bâtiment, les ouvriers qui fabriquent la céruse qui sont atteints.

Les dents de ces ouvriers présentent une coloration brunâtre de presque toute leur surface. Mais la lésion caractéristique consiste dans le liseré gingival décrit par Grubler.

Les incisives surtout et les canines inférieures sont entourées d'un liseré d'une coloration gris blouâtre ardoisé d'une largeur de 1 cl 3 millimètres. Les gencives peuvent se décoller et les poussières plombiques s'accumuler dansuncul-de-sac formé en arrière par les dents, en avant par la gencive.

Le plomb n'est pas le seul agent capable de produire cette lésion.

Le nitrate d'argent, le fer occasionnent des colorations semblables.

Le charbon produit aussi ce liseré: les personnes qui font usage d'une poudre dentifrice à base de charbon présentent une coloration noirâtre sur les gencives au niveau du collet des dents.

L'analyse chimique dans les cas douteux permettrait de trancher la question.

La pathogénie du liseré saturnin a donné lieu à différentes théories.

Pour les uns, c'est un dépôt métallique de poussières plombiques lors de leur passage dans la bouche : liseré direct.

Pour d'autres, le plomb introduit dans l'économie est éliminé par les glandes buccales et se dépose sur les gencives : c'est le liseré secondaire ou d'imprégnation.

Quoi qu'il en soit, la présence de ce liseré pourra, hors les cas d'intoxication thérapeutique, avoir une certaine valeur dans le but d'établir une identité professionnelle.il suffira, si aucun indice n'est donné, de se rappeler les professions qui exposent a cette lésion, et surtout celles oii elle est plus fréquente.

Les progrès de l'hygiène ont d'ailleurs lait le saturnisme moins fréquent. La modification des procédés industriels a d'autre part rendu ces professions moins insalubres.

Le mercure. — Les professions qui exposent aux vapeurs mercurielles sont moins nombreuses que dans le cas précédent-, cependant elles sont encore assez fréquentes : ce sont les étameurs de glace, les empailleurs, les photographes, les bijoutiers et orfèvres, les doreurs, les chapeliers, les grilleurs de minerai de mercure.

Ces ouvriers présentent au bout d'un certain temps les symp-

tomes d'une stomatite mercurielle aiguë plus ou moins intense.

Mais ce sont surtout les ouvriers occupés dans les mines à l'extraction du mercure qui sont frappés; et il n'est pas rare de voir des jeunes gens de 20 a 30 ans privés de toutes leurs dents.

La présence de telles lésions ne peut s'expliquer que par un petit nombre de causes, et l'expert devra toujours penser au mercure quand il les rencontre.

Nous ne ferons que signaler un autre mode d'intoxication mercurielle fréquent jadis. Ce sont les accidents déterminés lorsqu'on employait le mercure comme traitement de la syphilis.

Mais grâce à la connaissance de l'étiologie des stomatites mercurielles, les accidents autrefois si redoutables ne se présentent plus aujourd'hui .

M. Galippe est un de ceux qui ont contribué le plus à établir que ces stomatites étaient dues à des infections secondaires survenant dans des bouches présentant d'abondantes couches de tartre, et en somme se trouvant dans de mauvaises conditions hygiéniques. Il a préconisé le traitement de ces stomatites par le mercure, en ayant soin, au préalable, d'enlever le tartre et en conseillant les soins d'hygiène les plus minutieux.

Le phospJiore. — L'intoxication chronique par le phosphore est caractérisée par des troubles importants du côté desmaxillaires. La nécrose phosphorée des mâchoires est intéressante à étudier au point de vue médico-légal à la fois par les lésions qu'elle détermine consécutivement sur les dents et par son étiologie.

Elle a été observée pour la première fois en 1839-, cinq ans après l'apparition de l'industrie des allumettes chimiques en Allemagne. Les médecins de Vienne en donnèrent les premières descriptions, puis parurent les travaux de Strohl (de Strasbourg), Trélat^ Roussel et Magitot.

La nécrose phosphorée s'observe le plus souvent dans les fabriques d'allumettes chimiques, rarement chez les ouvriers employés à la fabrication du phosphore. Les conditions hygiéniques expliquent ce fait en partie, mais aussi il faut savoir que dans les fabriques le phosphore n'entre pas en combustion. Ce qui est le

plus dangereux, en effet, c'est l'oxydation du phosphore, et son passage à l'état d'acide phosphorique.

Quant au mode d'action des vapeurs phosphorées, il est très contesté, et on a successivement proposé différentes théories.

Ag-issent-elles seulement après avoir été absorbées au moment de leur élimination, ou bien directement sur la muqueuse buccale? Les médecins viennois ont soutenu la première opinion. Strohl (de Strasbourg) adopte la seconde, et elle est soutenue par Lancereaux et Trélat. La nécrose alors débuterait, la salive étant saturée de phosphore, par une périostite externe, puis périostite alvéolo-dentaire et chute des dents,

Roussel, cherchant à expliquer cette action élective sur les tissus des gencives, a tenté de résoudre la question en disant que seules les personnes atteintes de carie dentaire et de tartre sur le collet des dents présentaient la nécrose phosphorée. La carie est donc un facteur essentiel dans l'étiologie de la nécrose phosphorée. Magitot, qui a soutenu la même opinion en 1888 à l'Académie de médecine, reconnaît toutefois que l'action directe des vapeurs phosphorées n'est possible que si la carie est pénétrante.

S'il en est ainsi, les altérations dentaires ne semblent pas être causées par le phosphore, mais, au contraire, elles en amènent l'accident le plus redoutable, la nécrose phosphorée.

C'est là, au point de vue médico-légal, un foit important, et encore plus au point de vue hygiénique, car dans ce cas on devra éloigner des fabriques d'allumettes tout sujet présentant des caries dentaires.

Mais la carie seule ne doit pas être mise en cause, et, comme le fait remarquer notre confrère M. Michaëls, l'intoxication générale, la cachexie spéciale cà ces ouvriers doit jouer un grand rôle dans l'étiologie.

Les analyses urologiques faites par M. Gautrelet montrent qu'il y a hyperacidité du plasma sanguin, et c'est par elle que M. Michaëls explique la dégénérescence tissulaire, la cachexie des ouvriers en question.

Quoi qu'il en soit de l'étiologie et la pathogénie de cette affection,

voyons les troubles qu'elle apporte du côté du système dentaire.

Il se déclare d'abord une gingivite légère avec déchaussement

des dents, surtout des incisives. Puis, les gencives, de plus en pins fongueuses, s'ulcèrent et les dents s'altèrent. Elles tombent, cariées ou non, et ouvrent ainsi la porte aux vapeurs phosphoriques.

L'affection continue alors à évoluer du côté des maxillaires et entraîne des désordres considérables. Si le sujet n'est pas soustrait aux conditions dans lesquelles il se trouve, il tombe dans la cachexie et meurt.

Quant aux altérations intimes des dents, elles ont été étudiées dans ces dernières années par M. Michaëls. Elles consistent dans une destruction partielle de la dentine radiculaire, une cémentolyse de la dent, rappelant en tout point la raréfaction du tissu osseux (ostéolyse).

Quant à cette déminéralisation de la dentine, ou plutôt déphosphatisation, M. Michaëls l'explique ainsi.

La saturation de la salive par les vapeurs phosphorées, les matières amylacées, les débris organiques fermentes ou en putréfaction qui saturent les cavités radiculaires des dents, représentent le facteur infectant local par la plus-value de PhO^ qui, en excès en contact avec les tissus organiques détruit et liquéfie l'albumine de ces éléments; aussi du fait que PhO peut se combiner avec l'acide lactique ou paralactique régional. Cela expliquerait la dissolution des sels de chaux du tissu osseux.

L'intoxication par le phosphore intéresse donc au plus haut point et le dentiste et le médecin-légiste, tant par les lésions qu'elle produit sur la denture, que par sonétiologie propre. C'est pour cela que nous avons cru devoir lui consacrer ces quelques lignes, puisque si l'influence de la carie est reconnue, le dentiste peut par son action enrayer le mal et diminuer le nombre des accidents.

Mais les pouvoirs publics se sont inquiétés des ouvriers exposés aux vapeurs de phosphore. Dans plusieurs pays, le phosphore blanc a été supprimé et remplacé par le phosphore rouge.

En France, une loi vient d'être promulguée dans ce sens.

Le cuivre. — Les chaudronniers, les bronzeurs, les horlogers, les bijoutiers, etc., sont exposés à cette intoxication, caractérisée par un liséré gingival bleu verdâtre. ,

Les poussières cuivriques se déposent à la base des dents et les maculent de taches verdâtres difficiles à enlever; l'émail présente une couleur jaune terreux tirant sur le vert.

La nature du liséré, dans les cas où elle ne serait pas claire, pourrait être décelée par les réactifs chimiques.

Ce liséré apparaît assez vite et sa disparition est très lente.

Le fer, Vargeut produisent aussi des lésions de l'appareil dentaire.

Les préparations martiales noircissent les dents.

De même l'ing-estion de thé ou autre substance contenant du tannin, en même temps qu'une solution contenant du fer, donne lieu à la formation de tannate de fer et noircit les dents. C'est d'ailleurs là le procédé employé par les Japonais pour le la(juafje des dents.

Les sels d'argent se déposent sur les g"encives, formant un liséré qui rappelle par sa couleur celui des saturnins.

Il arrive parfois que les cautérisations des g-encives avec le nitrate d'arg-ent colorent les dents en noir.

L'arsenic. — Lorsque l'acide arsénieux est placé dans une carie dentaire chez un enfant dont la racine n'est pas encore calcifiée,, il peut se produire une absorption de la substance et consécutivement une nécrose osseuse.

Dans les caries interstitielles, si on laisse trop longtemps en place un pansement à l'acide arsénieux, il y a d'abord gingivite, puis nécrose alvéolaire.

C'est Delabarre qui le premier a décrit ces nécroses osseuses, dues a l'acide arsénieux.

Cette substance était aussi employée jadi« en thérapeutique dentaire pour diminuer la sensibilité de la dentine dans les caries du deuxième degré.

Or il arrivait que l'acide arsénieux mortifiait complètement la pulpe après une période variable pouvant comprendre quelques années, et ces dents, en plus de la coloration noirâtre qu'elles prennent, exposent le malade à toutes les complications des dents mortes.

En plus de ces troubles locaux, on-a vu survenir des accidents généraux d'allure alarmante, consistant en diarrhée cholériforme. Ces cas se présentent lorsque l'application d'acide arsénieux a été trop considérable et que la substance a été mal scellée dans la cavité de la dent.

Comme l'acide arsénieux est d'un usage journalier dans l'art dentaire, nous pensons que l'expert doit être averti des troubles qui peuvent résulter de son emploi intempestif.

Le bismuth. — Le bismuth introduit dans l'économie produit de semblables effets. Rosenthal, dans sa thèse (1896), rappelle les expériences faites sur ce sujet par Dalché et Villejean : Recherches expérimentales sur la toxicité du bismuth. {Archives de médecine, 1897.)

Le rebord alvéolaire de la mâchoire supérieure, et le repli labiogingival, présentent une série de plaques jaune verdâtre peu douloureuses. Ailleurs, les gencives sont tuméfiées et offrent un liséré brun noirâtre. L'haleine est fétide, les dents sont ébranlées puis deviennent noires et déchaussées.

Le tabac. — Les fumeurs ont les dents colorées en brun plus ou moins foncé, sans parler des usures si caractéristiques produites par les tuyaux de pipe et de porte-cigares.

En outre, les gencives présentent parfois un léger liséré plus ou moins rouge dû probablement aux particules de charbon qui s'accumulent au collet des dents.

La couleur noirâtre des dents s'observe principalement sur la face linguale.

Elle est en rapport avec la qualité du tabac, car nous avons constaté chez les fumeurs de la Havane des croûtes d'un noir d'ébène. Ces croûtes sont très difficiles à enlever et sont imperméables aux acides. Les dents ainsi recouvertes ne se carient pas, mais par suite de l'irritation que la fumée produit sur les gencives, les dents se déchaussent et finissent par tomber.

Les appareils de prothèse portés par les fumeurs présentent de ces concrétions noires très dures, et sont parfois comme émaillées en noir.

Le tabac d'ailleurs ne noircit pas toujours les dents et le l)"" Kocher dans sa thèse {Joe. cit.) note que les dents des Arabes sont toujours d'une blancheur éclatante, même chez les fumeurs, ce qui est dû, d'après lui, au peu de nicotine contenue dans les tabacs algériens.'

Les acides. — Les acides végétaux et minéraux ont une action immédiate sur les tissus des dents.

Les D'"' A. Westcott et Dalrymphe ont étudié cette action en 1843, et voici le résultat de leurs expériences :

« Les acides acétique et citrique attaquent tellement l'émail en vingt-quatre heures qu'on peut en enlever une grande partie avec l'ongle.

« L'acide acétique ou vinaigre commun n'est pas seulement (l'un usage vulgaire comme condiment, mais il se forme dans la bouche, chaque fois qu'il reste entre les dents, pendant un temps considérable, des substances susceptibles d'entrer en fermentation.

« L'acide citrique, ou jus de limon (citron), agit plus vite encore sur elles.

« L'acide malique, contenu dans les pommes, à l'état de concentration, agit aussi sur les dents avec rapidité.

« Les acides muriatique, sulfurique et nitrique, bien que fort dilués, décomposent en très peu de temps les dents.

« Les éthers sulfurique et nitrique ont des effets tout aussi désastreux. »

Le raisin attaque tellement l'émail en vingt-quatre heures que ?a surface présente l'aspect et la consistance de la chaux.

Le sucre ne produit aucun résultat avant la formation de l'acide lactique, mais alors l'effet est le même que si on avait appliqué directement l'acide.

Tous les sucres d'ailleurs n'attaquent pas les tissus de la dent. Seuls les glucoses o-nt cette action. On sait que les saccharoses ou sucres de canne, avant de subir la fermentation lactique doivent être intervertis et changés en glucose par le suc pancréatique. D'ailleurs, ils servent à conserver les viandes.

Ils produisent la carie dentaire par les dyspepsies qu'ils causent. C'est alors l'estomac ou plutôt l'acide chlorhydrique qui doit être incriminé.

Mag-itot a repris cette étude et aboutit aux conclusions suivantes (Magitot, Traité de carie dentaire, 1867) :

« Il existe quatre catégories de substances :

« 1" Celles qui attaquent également tous les tissus des dents : les sucres à l'état de fermentation acide, les acides lactique, butyrique, citrique, malique, et les pn/duits de décomposition de l'albumine et des matières albuminoïdes -,

« 2° Celles qui détruisent exclusivement l'émail : l'alun, l'acide oxalique et les sels acides -,

« 3° Celles qui n'ont d'action que sur la dentine et le cément : les acides acétique, tartrique et leurs sels acides, le tannin-

« 4° Celles qui n'ont aucune action sur les tissus dentaires, comme le chlorure de sodium et les matières neutres qu'on trouve dans la bouche. »

Nous citerons encore sur le même sujet les travaux de Leber et Rottenstein (18G8).

Il est évident dès lors que tous les métiers dans lesquels entre la manipulation d'une des substances précédentes, exposeront les travailleurs à des altérations dentaires.

Didsbury attire spécialement l'attention sur les ouvriers qui pèlent les oranges vertes et les ouvriers décapeurs de tuyaux de gaz .

On donne le nom de chinois à un fruit confit conservé dans l'eau-de-vie et le sucre-, ce fruit est une orange encore verte et dès lors fort acide. Les ouvrières employées à cette besogne présentent des altérations dentaires dues à l'acide citrique très violent contenu dans ces fruits. '

Les ouvriers décapeurs de tuyaux de gaz rincenc les tuyaux à l'acide chlorhydrique, puis à l'eau, et pour les sécher aspirent avec la bouche l'air et l'eau contenus dans le tuyau. L'acide qui y reste détériore rapidement les dents.

Nous signalerons enfin les lésions qu'on observe chez les casseurs de sucrO;, confiseurs, etc.

Les altérations dentaires produites chez les ouvriers qui travaillent le sucre sont bien conniies de tout le monde. Elles sont dues aux transformations directes du sucre en acides lactique et butyrique.

Mais à côté de ces lésions, il en existe une autre cat'soric que nous avons rencontrée assez souvent.

Nous avons eu l'occasion d'observer à l'Ecole Odontotech nique que les dents des ouvriers des fobriques de biscuits présentent des caractères tout spéciaux. Ainsi, on ne trouve pas la moindre parcelle de tartre, et les dents offrent, suivant le bord g-ingival, et même sous la g-encive, des caries de couleur blanchâtre, très sensibles aux transitions thermiques et à la pression par l'ongle. Ces caries ont un bord d'émail très tranchant, blanc, friable, et leur fond est recouvert de dentme ramollie. Elles ont pour cause une transformation des matières féculentes d'abord sous l'action de salive, en glucose etdextrine, puis par fermentation, transformation de la g-lucose en acides lactique et butyrique. Nous avons pu reproduire facilement les mêmes lésions en trempant des dents dans une solution d'acide lactique à 1 100.

La connaissance de ces altérations chimiques professionnelles est utile au médecin-légiste qui peut avoir à établir l'identité d'un individu ou d'un squelette. Elles ont d'autant plus d'importance qu'elles peuvent être ignorées du sujet, et sont comme des marques indélébiles qu'il porte avec lui. L'organisme imprégné de ces substances subit des altérations multiples, et celles qu'oflre le système dentaire peuvent, par leur persistance, acquérir une grande valeur au point de vue particulier de ridentification.

Page 1