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LÉSIONS TRAUMATIQUES DES DENTS

§1. — FEACTURES ET LUXATIONS.

§2. — QUESTIONS MÉDICO-LÉaALES.

LESIONS TEAUMATIQUES DES DENTS

Les dents peuvent subir des traumatismes extrêmement variables par leur gravité. Tout d'abord, elles sont, par leur situation, très exposées aux chocs qui portent sur le visage; aussi très souvent sont-elles combinées avec des lésions des parties molles du visage ou de la mâchoire. Un autre point à établir, c'est que certaines dents sont plus sujettes que d'autres aux traumatismes: en première ligne, les incisives; puis les canines-, enfin, les prémolaires et les molaires. Cet ordre est d'ailleurs aussi sensiblement le même que pour la résistance de la dent.

L'agent traumatique peut être soit le poing, soit une pierre, soit un instrument tranchant, un sabre ou aussi une arme à feu -, l'acte de mordre violemment combiné avec un mouvement d'arrachement, peut aussi produire la lésion dentaire. Enfin, suivant l'intensité et le mode d'application de la force, une ou plusieurs dents seront intéressées mais pas toujours de la même façon : c'est ainsi qu'une dent pourra être fracturée et ses voisines simplement fissurées ou luxées. Les parties molles et osseuses voisines seront dans beaucoup de cas plus ou moins lésées.

Nous étudierons successivement ces différentes lésions dentaires-, Texpert-dentiste est souvent appelé à apprécier la gravité de ces traumatismes et à en établir les conséquences. C'est à ce point de vue que nous nous placerons ici, laissant de côté tout ce qui concerne la pathologie pure. Les excellents articles de Maurel fourniront tous les renseignements désirables sur ce point particulier.

§ 1. — FEACTURES ET LUXATIONS.

Les lésions peuvent être tout à fait superficielles comme les fissures et craquelures de l'émail dues à une violence extérieure ou à une simple transition brusque de température.

C'est d'ailleurs là un accident très commun et qui n'amène aucun inconvénient sérieux.

hes/ractures des dents sont extrêmement fréquentes, et elles peuvent le devenir encore plus par l'emploi de la commotion rapide comme la bicyclette, les automobiles, etc. On les distingue en fractures simples, fractures comptâtes ei fractures comminutives. Maurel {loc. cit.) les divise en fractures esquilleuses, fractures non pénétrantes, pénétrantes et fractures des racines.

Les fractures simples sont caractérisées par une perte de substance de la couronne qui n'atteint pas la chambre pulpaire. Elles sont transversales ou longitudinales suivant la cause qui les a in'oduites. Parfois un angle de la couronne est enlevé.

Les fractures complètes sont verticales, transversales ou obliques et passent par la chambre pulpaire. Souvent la dent est partagée en deux parties égales.

Lios fractures commiîiutives sont caractérisées par la multiplicité des fragments.

Les luxations ne sont pas produites par des causes différentes, inais suivant l'intensité du traumatisme ou la résistance de la (lent, c'est la fracture ou la luxation qui se produira. Elles snnt divisées par Maurel en luxations accidentelles, qui sont complètes ou incomplètes, et luxations pathologiques.

On les trouvera surtout chez les adultes^ tandis que la fracture appartient aux âges extrêmes : enfance et vieillesse.

Les luxations sont incomplètes oit complètes (arrachements). Dans le premier cas, l'organe a été simplement ébranlé et un peu déplacé, mais il est encore dans sa position normale par une ou plusieurs de ses parties.

Dans la luxation complète (arrachements), au contraire, Tarraclieïïient est complet et la dent est projetée hors de la bouche. Dans un autre cas, la dent peut être enfoncée dans la mâchoire.

Les causes des fractures sont, les unes prédisposantes, les autres efficientes.

Parmi les jtremières nous citerons la scrofule, le rhumatisme, etc. , en général toutes les causes qui entraînent une moindre résistance de l'organisme. La carie est de toutes ces causes la

plus efficace et doit toujours être examinée par le dentiste-expert.

Quelques fractures se produisent sans cause appréciable. Laveran, Duval, Oudet, Fournier en rapportent des cas.

Les causes efficientes dépendent d'une violence venue de l'extérieur (coup, chute) ou locale, comme un effort de mastication, et encore le résultat d'une intervention chirurgicale.

Ces dernières sont très fréquentes et reconnaissent quatre causes, d'après Maurel :

1° La brusquerie d'un opérateur-,

2° La mauvaise application de la clef de Gareng-eot ;

3° L'usage d'instruments à deux mors, pinces et daviers;

4° L'usage du pied-de-biche et de la langue de carpe qui prennent appui sur une dent voisine.

Les luxations reconnaissent deux genres de' causes: les unes traumatiques, les autres dues soit à une méprise, soit à une maladresse pendant une extraction.

Nous n'insisterons pas sur les traumatismes dont les variétés sont innombrables.

Quant au second groupe il nous paraît utile de faire remarquoique certaines luxations sont indépendantes du chirurgien : ce sont celles qui reconnaissent pour cause l'adhérence de deux dents.

Dans d'autres cas, au contraire, la dent luxée est saine, et il s'agit d'une faute de diagnostic : enfin l'opérateur a pu être inhabile.

Nous avons eu l'occasion d'observer un cas de luxation dont l'histoire nous paraît intéressante. Il s'agit d'un jeune homme de 16 ans tombé en arrière en descendant un escalier. Il vint nous trouver à l'Ecole Odontotechnique, portant deux dents à la main et disant qu'elles s'étaient luxées par contre-coup à la suite de sa chute sur l'occiput, et qu'elles étaient tombées par terre. A l'examen nous avons vu que toute la paroi antérieure des alvéoles correspondant aux incisives centrales et latérales droites et celles contenant l'incisive centrale gauche étaient fracturées et portées à 1 centimètre en avant. Les parties molles voisines ne portaient aucune trace de lésion, ce qui confirmait les explications du malade.

Le mécanisme de cette lésion est obscur; la luxation a pu être

produite soit par contre-coup, soit par choc de la mâchoire inférieure contre le talon des incisives supérieures.

En France, la législation ne vise pas les traumatismes dentaires en particulier et laisse, par conséquent, une entière latitude à l'expert et au mag-istrat dans l'appréciation du dommage causé.

En Allemagne et en Autriche la loi a prévu le cas et a établi des catégories de blessures et de mutilations dans lesquelles l'expert doit fiiire rentrer les lésions qui nous occupent.

La question cependant a une certaine importance; les cas de fractures des dents sont, d'autre part, extrêmement nombreux, et si l'on considère que de plus en plus on soigne les dents, on comprendra qu'il soit nécessaire d'insister sur ce point plus qu'on ne l'a fait jusqu'ici.

Il n'existe pas, à notre connaissance, de travail d'ensemble sur les lésions traumatiques dentaires au point de vue médico-légal. Les traités spéciaux que nous avons consultés sont muets sur ce point. Briand et Chaude, Paulier et Hétet, Legrand du Saulle, Fœdéré, Hamiltonet Godkin, Rehfuss, Godon et Roger signalent bien les blessures de la face, mais nulle part nous n'avons trouvé une indication des traumatismes portant sur les dents. Les thèses les plus récentes sur la valeur des dents en médecine légale n'ont fait que signaler le cas: Merciolle, Montfort et Mêla se contentent de les mentionner. Seul, Dumur leur consacre quelques lignes. Les auteurs allemands se sont cependant occupés de ce point particulier. Maschka, dans son encyclopédie médicolégale-, Paltauf dans le traité de Julius Scheff ont étudié les lésions dentaires à ce point de vue.

Il n'est pas nécessaire, croycns-nous, d'insister sur l'importance de la question. Pour nous, elle est de premier ordre et, dirons-nous, elle s'impose. D'un côté, en effet, les lésions dentaires sont chaque jour plus fréquentes, dues à l'emploi de la bicyclette, et, d'autre part, on reconnaît de plus en plus l'import.mce d'une bonne dentition. Il s'ensuit qu'en cas d'accidents, de blessure volontaire, les victimes peuvent demander réparation du dommage qui leur est causé. On nomme un expert-dentiste chargé d'apprécier le dommage, et c'est sur l'examen que cet expert doit faire que nous allons insister.

g 2. QUESTIONS MÉDICO-LÉGALES.

Les questions qui peuvent être posées à l'expert dans le cas (l'un traumatisme portant sur la région buccale sont les suivants :

1° Quelle est la nature des blessures?

2° Quelle en est la cause?

3° Quelle est la gravité de la blessure et quelles peuvent en être les complications?

4^ Y a-t-il possibilité de traitement ?

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