B. — FRACTURES
1* La fracture est simple. — Le trait de fracture est presque toujours oblique et marche vers la face linguale, si bien que vue de face, la dent ne paraît que diminuée dans sa longueur. Cette disposition du trait de fracture permet de toucher la solution de continuité avec le nitrate d'argent dans le but de diminuer la douleur causée par le contact des aliments et les impressions thermiques, et cela sans que la coloration noire de la dentine soit apparente.
Quant à la perte de substance, lorsqu'elle est limitée seulement au tiers de la couronne, surtout chez l'enfant, on peut attendre que la dent descende par elle-même se mettre au niveau de ses voisines. On pourra aussi favoriser cette descente par des tractions artificielles.
2° La fracture est compTète. — On peut alors remplacer la moitié de la couronne par un morceau de porcelaine tenu par un pivot fixé au canal radiculaire. Si la couronne est entièrement perdue, il faut placer une dent à pivot. Dans les cas de fractures longitudinales ou obliques, la consolidation peut se produire. Wedl en cite quinze cas dans son Traité de imtholog le dentaire (1892).
3° La fracture est comminutive. — Les morceaux de la racine doivent être extraits, et la greffe peut être tentée.
Quand tous ces modes de traitement ne sont plus applicables, il faut avoir recours à la prothèse.
. Les appareils qu'on peut appliquer sont multiples. . On peut se servir suivant les cas du travail à pont, des appareils montés sur caoutchouc ou sur or.
Le premier est celui qui remplace le mieux les dents naturelles au double point de vue de l'esthétique et de la phonation, puisqu'il ne comporte pas de plaque obstruant la voûte palatine. , Les appareils fixés par des crochets ou par la pression atmosphérique, ceux en caoutchouc surtout, ont l'inconvénient de gêner la parole par leur épaisseur.
Ces divers modes de thérapeutique doivent être examinés par l'expert-dentiste.
Le remplacement artificiel des dents disparues constitue en effet une atténuation non du dommage en lui-même, mais de ses conséquences.
Cependant on ne saurait comparer ce cas avec l'adaptation d'un pied ou d'une main artificiels, puisque malgré toute la perfection mécanique, ceux-ci ne sont qu'une maigre compensa.tion. Il en est tout autrement avec la denture.
Cependant la pose d'un râtelier ne remédie pas à toutes les suites graves de la lésion. La défiguration causée par la perte des dents peut le plus souvent être réparée.
La phonation troublée n'est pas toujours ramenée à ce qu'elle était avant l'accident ; et ce cas particulier pour un acteur et un professeur peut constituer un grave dommage.
Enfin les appareils prothétiques demandent un entretien et un soin scrupuleux -, souvent les crochets, qui servent aies faire tenir, détériorent les dents voisines. Ajoutons à cela qu'ils sont dangereux au plus haut point. On n'est plus à compter aujourd'hui les cas de mort résultant de la déglutition de ces appareils.
Enfin ces pièces s'usent très vite et comportent des frais répétés.
Quoi qu'il en soit, en pareil cas, la nomination d'un expertdentiste^chargé de l'examen du blessé s'impose. Il faut, en effet,
au point de vue de la responsabilité de l'accusé, examiner la durée du traitement médical, la perfection et les incommodités du râtelier qui pourra être posé, comme aussi il convient de ne pas néglig-er, pour la décharge du coupable, de voir si certains accidents ne proviennent pas de la négligence de la thérapeutique, etc. Nous donnons ici, à titre de document, le texte d'une commission d'expert, nommé dans un cas de fracture de dents. On verra par les questions posées au dentiste que les considérations que nous venons de faire peuvent être souvent d'une grande utilité pratique.
Voici les circonstances qui ont motivé la nomination de l'expert-dentiste :
Au cours d'une rixe, un individu fut tué, et on trouva sur le lieu du crime des morceaux de dents qui devaient appartenir au criminel présumé d'après l'accusation. Un expert-dentiste fut nommé, M. Pinard, pour examiner la denture de l'individu qu'on avait arrêté. Le résultat de l'examen fut négatif, et l'individu fut remis en liberté.