‹ L'art dentaire en médecine légaleChapitre 93 sur 113 · Couronne en or; 2. Couronne (Richmond), porcelaine et or · texte numérisé non relu

Couronne en or; 2. Couronne (Richmond), porcelaine et or

Troisième molaire ea forme de cheville; 2. Les deux bicuspides inférieures on forme de tricuspides ; 3. Point blanchâtre sur la surface labiale.

Fg. h\.

Dans un trcav.iil d'odontométrie judiciaire, présenté au Congrès de Rome (1894) par le D»" Platschick, l'auteur conseille de prendre les mensurations suivantes :

1° Largeur du maxillaire supérieur, entre les bords alvéolaires extérieurs des dents de sagesse -,

2° Longueur du maxillaire supérieur, avec une ligne qui relie la tubérosité maxillaire derrière la dent de sagesse, et passant à angle entre les incisives centrales ;

3° Hauteur du maxillaire supérieur ;

4° Largeur de la mandibule entre les deux angles d'usage;

5° Longueur de la mandibule de l'arête extérieure du menton jusqu'à l'angle de la mandibule -,

6° Largeur des procès alvéolaires de la mandibule, au niveau de la dent de sagesse ;

7° Longueur de l'arcade alvéolaire de la mandibule du bord alvéolaire, entre les incisives centrales jusqu'à la dernière des dents de sagesse;

8" Hauteur de la mandibule ;

9° Distance entre le condyle et l'apopbyse coronoïde de la mandibule.

Je ferai observer, dit Platschick, que bien que ces mensurations aient été prises sur des crânes de même race, on n'a jamais pu rencontrer trois diamètres identiques dans deux sujets, rarement deux et même difficilement un seul.

L'auteur termine enfin son travail en donnant la liste des 35 points sur lesquels devra porter l'examen dentaire d'un sujet.

OBSERVATIONS

OBSERVATIONS

Incendie du Bazae de la Charité.

Le 4 mai 1897, Paris a été le théâtre d'une épouvantable catastrophe, dans laquelle cent vingt-six personnes trouvèrent la mort, et plus de deux cents furent blessées plus ou moins grièvement. Le Bazar de la Charité, où les plus grandes dames de France venaient vendre au profit des pauvres, a été réduit en cendres en moins de dix minutes.

Ce bazar fonctionnait depuis 1885 et avait occupé successivement plusieurs locaux. On l'avait installé cette année-là dans un terrain vague de la rué Jean-Goujon. On avait construit, à cet endroit, un hangar rectangulaire en bois verni de 72 mètres de long et 20 mètres de large et on l'avait recouvert de carton goudronné.

L'aménagement intérieur était composé d'une rue du vieux Paris, qui fut fort admirée à l'Exposition du Théâtre et do la Musique. Cette rue était bordée à droite et à gauche des comptoirs des vendeuses, construits en bois, recouverts de toiles de décors, représentant d'anciennes boutiques du moyen âge. C'est là que les dames patronesses vendaient pour les œuvres de charité des objets d'art, des bibelots, etc. Les vendeuses étaient recrutées parmi la haute société parisienne que cette fête de charité attirait en foule. On avait, de plus, au milieu de la longue galerie, presque en face des portes de sortie, installé un cinématographe. Ce fut la cause de la catastrophe. L'ensemble du bazar n'offrait donc aucune résistance et devait flamber en moins de quelques minutes.

Le Nonce apostolique était venu vers trois heures et demie apporter aux assistants la bénédiction pontificale. Il était quatre

heures vingt minutes, quand tout à coup, au moment où la foule très nombreuse, composée presque exclusivement de dames, se pressait autour des comptoirs de vente, des flammes jaillirent, partant de l'endroit où se trouvait le cinématog-raphe. En un clin d'œil, vu l'extrême combustibilité de la toiture et des panneaux de décors, tout fut embrasé et une panique épouvantable s'ensuivit.

Les malheureuses femmes, affolées, se précipitèrent vers les issues, trop peu nombreuses et trop étroites, s'y entassèrent sans pouvoir sortir et beaucoup périrent étouffées avant d être brûlées.

Les secours arrivèrent rapidement, mais la violence de l'incendie avait été telle qu'en dix minutes tout croulait, ensevelissant plus de cent victimes.

Nous ne décrirons pas l'épouvantable tableau que présenta à ce moment le Bazar de la Charité, les cris horribles des malheureuses brûlées vives, ni les scènes terrifiantes et sublimes dont ce lieu fut le théâtre; ce sont des faits qui sont dans toutes les mémoires.

On dut se borner à noyer les poutres îumantes et le déblaiement commença. Cent vingt-six cadavres furent transportés dans une salle du Palais de l'Industrie qui était proche, et c'est là que les jours suivants les parents vinrent reconnaître les cadavres des victimes.

Les reconnaissances ne furent pas toujours faciles.

La salle où les corps avaient été transportés présentait un aspect terrifiant.

Les cadavres, tous horriblement carbonisés, mutilés, informes, un grand nombre entièrement nus, avaient été alignés sur des planches. Les uns n'avaient plus de bras, d'autres avaient perdu une jambe complètement calcinée; tous portaient, empreinte sur leur visage, l'expression de la plus épouvantable terreur.

Beaucoup avaient le crâne complètement dénudé et les téguments de la face noircis et racornis par le feu. La peau de l'abdomen avait éclaté sous l'ardeur du brasier^ laissant sortir les entrailles des malheureuses victimes.

Dans un coin^ gisaient des bras, des jambes détachées des troncs et des souliers.

Sur tout cela, les torches des gardiens de la paix — il était alors neuf heures du soir — jetaient des lueurs lug-ubres et remplissaient la salle de fumée. C'était un mélange d'odeurs de résine, de phénol, de pétrole et de chairs brûlées, qui prenait à la gorge.

Un témoin nous en a laissé ce tableau saisissant :

« L'effroyable vision de cauchemar! Des genoux aux os rompus ouverts comme par des coups de hache, des bras arrondis autour de la tête en des postures de disespoir surhumain, des bottines d'enfants, des souliers dégagés sur des cambrures délicates^ des torses do nègres ouverts comme après une boucherie d'anthropophages-, des jambes noircies, les unes tordues comme des sarments, les autres ayant conservé intacte la rondeur des formes, et des têtes surtout, des têtes carbonisées, rétrécies, réduites à rien, où seulement les dents persistaient ! »

Le lendemain matin, une foule anxieuse attendait, et les recherches commencèrent. Elles aboutirent assez rapidement, puisque vers midi il ne restait plus qu'une trentaine de cadavres.

Mais ceux-là présentaient de si effroyables mutilations, le feu les avait tellement défigurés et .réchdts, détruisant jusqu'aux moindres indices susceptibles de rendre la reconnaissance possible, qu'on ne s'attendait même plus à ce que l'identité d'aucun d'eux ptit être établie par personne.

Et cependant il restait encore la de nombreux corps, et les parents en larmes circulaient autour du lugubre amoncellement, cherchant un indice qui permît la reconnaissance. Mais en vain, tout avait été détruit, les corps noircis, sans bras, les jambes à demi carbonisées^ la tête à moitié calcinée, le visage grimaçant et contracté étaient complètement méconnaissables. Plus de vêtements, plus de souliers, plus de bijoux, rien qui pût mettre sur la voie.

C'est alors que M. Albert Haus, consul du Paraguay, eut l'idée de faire appeler les dentistes qui avaient pu donner des soins aux victimes.

Le conseil fut suivi, et on verra quels en furent les excellents résultats. Devant l'impuissance des médecins-légistes,

puisque tous les signes ordinaires d'identification avaient disparu, nos confrères furent appelés.

Ce furent MM. Burt, Brault, Davenport, Ducourneau, Godon et quelques autres.

Leur tâche d'ailleurs n'était pas facile. D'un côté, les téguments de la fiice qui pouvaient persister avaient été durcis par le feu et présentaient la régidité du cuir. Les victimes avaient succombé pour la plupart la bouche fermée et les dents serrées ; les tissus s'étaient rétractés dans cette position, les muscles s'étaient contractures, et il était impossible d'écarter les mâchoires ni même les joues, pour pratiquer le moindre examen.

D'un autre côté, par respect pour les malheureuses victimes, et pour les infortunés parents qui étaient là, les magistrats avaient défendu toute section des joues. Seul, M. Ducourneau fut autorisé à la pratiquer pour la reconnaissance qu'il eut à faire.

Heureusement que nos distingués confrères étaient en possession de moyens d'identification d'une certitude absolue.

Ils possédaient tous, en effet, des schémas fort exacts de la bouche de leurs clients respectifs, et munis de ces documents, ils affirmaient pouvoir reconnaître, d'une façon sûre, la victime à laquelle ils avaient donné des soins. Pour l'un, c'étaient des obturations à l'amalgame; pour l'autre, des aurifications; un troisième avait placé des dents à pivot et pratiqué des extractions. Tous, enfin, possédaient des particularités dont la présence dans la bouche examinée leur permettait de conclure sans aucun doute, dans un sens ou dans l'autre.

Les examens eurent lieu et outre le résultat heureux qu'ils donnèrent au point de vue de l'identification, ils permirent à nos confrères de faire d'utiles remarques. Ils purent constater combien les gencives, en général, avaient été protégées contre le feu par les joues qui s'étaient racornies. L'un d'eux m'a dit av^oir trouvé des muqueuses gingivales roses et presque normales.

Grâce à leur concours, de nombreuses victimes furent donc rendues à leur famille.

Nous avons foit une enquête auprès de nos confrères sur les résultats précis qu'avaient donné ces examens, et voici les documents que nous avons pu recueillir.

Nous en profitons pour leur adresser à tous, nos remerciements les plus sincères pour la bienveillance dont ils ont usé à notre égard.

Voici les différentes lettres que nous avons reçues de nos dis-

tingués confrères:

0BSEEVATI0:^^ I . DuCHESSE d'AlENÇ'ON.

Lettre de M. le D'' Davenport.

« Paris, le le'' avril 1898.

« Cher D' Amoëdo,

<c Ci-inclus je vous remets quelques notes concernant l'identification du corps de la duchesse d'Alençon, ainsi que vous le désirez..

« Plus tard^ je publierai la fiche dentaire complète utilisée dans l'identification, jointe à d'autres observations et considérations, mais non avant d'obtenir l'approbation de Son Altesse royale le duc d'Alençon, et naturellement je ne peux vous fournir lesdits par suite de motifs de délicatesse que vous apprécierez et comprendrez.

« J'espère, cependant, que ce que je vous remets sera utile pour la préparation de votre thèse médicale. C'est tout au moins un récit correct des faits, tels qu'ils se sont passés. Presque tous les rapports des journaux ont été incorrects et incomplets, et souvent même diffamants. Celui qui portait pour titre : Histoire de la catastrophe du Bazar de la Charité était très incorrect.

« Le rapport de la Gazette de France était correct, ceux du Petit Journal, l'Echo de Paris et le Temps étaient à peu près corrects, mais tous les autres étaient faux.

« Tous mes vœux pour le succès de votre travail. J'espère qu'il sera reconnu comme classique dans la science médicolégale et dentaire.

« Signé : I.-B. Davekport. »

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