‹ L'art dentaire en médecine légaleChapitre 94 sur 113 · AA · texte numérisé non relu

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L'identification de la duchksse d'Alex(;ox apkès l'incendie DV Bazar de la Charité

Par le Doctcui- Isaac-B. Davonpovt.

« Entre on/e heures et midi, du 5 mai 1897, après l'incendie du Bazar de la Charité, je fus appelé au Palais de l'Industrie pour assister à l'identification du corps de Son Altesse royale la duchesse d'Alençon.

« M. Albert Haus, consul du Paraguay, avait suggéré l'idée de faire appeler le dentiste de la duchesse; c'est pourquoi le duc de Vendôme me fit transmettre la requête par le baron Tristan- Lambert. Celui-ci me demanda si je pourrais reconnaître le corps; je répondis : oui, si les dents ne sont pas détruites.

« J'ai pour habitude de noter dans une fiche, pour chaque patient, au moment de la première consultation, les particularités les plus importantes de la bouche et des organes dentaires.

« Je prends note spécialement de la perte ou de l'absence des dents et du changement de position des dents affectées par lesdites pertes. La présence des racines, des abcès, des dents mortes, lorsque la reconnaissance en est faite, est aussi notée de même que celle des couronjies, ponts et plaques.

« Chaque cavité atteinte est indiquée au crayon et à l'encre. « La forme de chaque obturation est marquée à l'encre sur le point original d'examen, et un numéro est placé en fiice, lequel envoie à un mémoire complet enregistré au dos de ladite fiche. De même que les matières employées, la méthode de traitement, tout est copié dans un registre comme un souvenir permanent et je conserve la fiche originelle.

« Dans le cas de la duchesse, j'avais rempli deux fiches sur l'état des dents et opérations pratiquées en dix-sept consultations, ce qui comprenait une période de plus de deux ans, les dernières opérations ayant été faites le 15 décembre 189G, moins de six mois avant l'accident.

« Ce fut avec ces notes que j'accompagnai le baron Lambert au

Palais de l'Industrie et ce fut avec elles que je fus à même de prouver :

« l-^ La non identité d'un corps qae l'on croyait être celui de la duchesse -,

« 2° Je pus trouver parmi les trente ou quarante corps affreusement brûlés, un cadavre que j'identifiai et je prouvai que c'était celui de la duchesse.

« Le premier corps examiné fat rejeté sur l'existence de certaines dents qui chez la duchesse étaient absentes. D'un autre côté, je reconnus que certaines dents, perdues depuis longtemps dans la bouctie du premier cadavre, existaient, comme j'en avais connaissance, dans la bouche de la duchesse, et par-dessus tout cela il n'y avait rien dans cette bouche qui correspondait au mémoire des opérations faites par moi.

« Mon procès-verbal fut alors rédigé, dans lequel je décrivis l'état des dents de la duchesse; je notai les points principaux de différence existant entre ses dents et celles du cadavre soumis à l'examen.

« Le baron Tristan -Lambert me pria alors de vouloir bien jeter un regard parmi les corps, ce que je fis, accompagné par M. le commissaire de police, M. Pelardy.

« Après avoir examiné trente ou quarante bouches, j'en trouvai une (presque la dernière) dans laquelle je reconnus, même avec une bien mauvaise lumière, mon propre travail.

« Ce corps se trouvait carbonisé et toute reconnaissance ordinaire impossible-, cependant la tête et le tronc étaient intacts, quoique les jambes et le bras droit aient disparu.

« A ma requête, le corps fut porté à la lumière du jour, et assisté par M. le D^" Vibert (médecin-légiste), je pus vérifier dans toutes ses particularités tous les détails de ma fiche.

« Mon procès-verbal fut encore enregistré, dans lequel je répétai ma première description des dents de la duchesse. Je signalai la correspondance exacte de mes mémoires^ avec les conditions rencontrées dans la bouche du dernier corps examiné. »

Observation 11. — M'"' la comtesse de Villeneuve.

Parmi les victimes de l'incendie de la rue Jean-Goujon, se trouvait M"'^ la comtesse Couret de Villeneuve, appartenant à une très riche famille et mère de six enfants.

Son cadavre devait certainement se trouver parmi ceux qu'on avait transportés au Palais de l'Industrie, mais aucun indice n'avait permis jusque-là lidentification.

8on mari, absent de Paris pour une période d'instruction militaire, fut mandé en toute hâte. On lui avait appris l'affreuse nouvelle et l'inutilité des recherches qui avaient été foites. Pendant tout le trajet; il ne fit que réfléchir au concours que pourrait lui prêter le dentiste qui avait donné des soins à sa femme. Aussi, à peine arrivé à Paris^ demanda-t-il si on avait usé de ce moyen. tSur une réponse négative, il alla de suite trouver M. Brault. Ils se rendirent ensemble au Palais de l'Industrie, munis chacun d'un moule de la mâchoire supérieure de la malheureuse comtesse. Ce moule était pourvu de toutes les dents excepté de l'incisive latérale et de la canine gauche. M. Brault avait posé à M™*" de Villeneuve une petite pièce prothétique en oi' portant les deux dents absentes.

Arrivés au Palais de l'Industrie et munis de ces documents, chacun se mit à la recherche du cadavre. Tout à coup, ]M. de Villeneuve s'arrête devant un reste de cadavre, presque entièrement carbonisé, sans jambes ni bras, et dont la voûte crânienne avait disparu.

La paroi abdominale avait éclaté sous la pression des gaz intérieurs, laissant échapper les viscères à moitié calcinés.

Les masses musculaires avaient fait explosion, mettant à nu les fémurs, les humérus, etc. Ce qui frappa le comte, c'est que ce cadavre manquait de deux dents à la mâchoire supérieure du côté droit. Il appela M. Brault qui reconnut tout de suite l'erreur du comte -, le moule manquait en effet de deux dents, mais du côté gauche.

Cependant M. Brault fut frappé de la différence de teinte entre

les dents qui subsistaient. En effet, l'incisive centrale gauche présentait une teinte d'un blanc crayeux, contrastant ainsi avec la coloration bleuâtre de l'incisive latérale et de la canine du même côté, coloration qui rappelait à M. Brault la teinte que prennent les dents en porcelaine soumises au feu.

Frappé de ce détail, il examina de plus près et constata que les dents absentes à droite avaient dû tomber pendant ou après la mort, les alvéoles en effet étaient absolument vides et nettes. En même temps, il observa que les deux mâchoires s'étaient resserrées très énergiquement l'une contre l'autre et que ce fait avait pu produire l'expulsion des deux dents.

Aidé d'un instrument, il parvint, non sans peine, à écarter les mâchoires l'une de l'autre, mais sufdsamment toutefois pour constater que les dents dont la teinte était bleuâtre l'avait frappé, étaient celles qu'il avait posées à M™^ de Villeneuve et qu'elles avaient été maintenues en place grâce à la monture en or.

C'est alors que M. Brault put, devant le magistrat, prêter serment qu'on se trouvait bien en présence du cadavre de M™^ la comtesse de Villeneuve.

Observation III. — M"'' X...

(Fournie par M. F. Ducournau, professeur à l'Ecole Odontotecliuique.)

« Mon cher Collègue,

« Vous m'avez demandé quelques renseignements sur la reconnaissance que j'ai dû faire d'unedes victimesdu Bazarde la Charité.

« J'ai cru tout d'abord devoir refuser par respect pour la famille, mais en raison des motifs scientifiques de votre demande, je veux bien vous être agréable.

« M"^ X..., 23 ans, était ma cliente depuis saplustendreenfance^ j'avais l'occasion, au moins une fois par an, de visiter sa bouche et j'en connaissais les moindres détails i cependant^ lorsque je fus en face du cadavre, entièrement nu et noirci par le feu, je ne vous cacherai pas ma perplexité, et j'eus bien des hésitations avant de me prononcer.

« Il ne restait anx parents aucun indice pour reconnaître leur enfant. Les bijoux que leur fille portait avaient disparu et ce n'était qu'aux dimensions du corps et à la physionomie qu'ils pouvaient présumer être en présence de leur chère enfant.

« Je me rappelais fort bien de la forme rég-ulière des dents et je savais que les incisiv^es et canines supérieures et inférieures étaient intactes. Seules, plusieurs molaires avaient été obturées par moi, mais je n'avais jamais pris de schéma de la bouche et il m'était impossible de dire le nombre de ces obturations, ni d'indiquer leur situation exacte. Ce dont j'avais souvenance, c'est de l'extraction d'une dent de G ans, faite par moi, et la seule du reste qui manquait à la jeune fille. Mais les maxillaires étaient contractés, ce qui ne me permettait pas de me rendre compte de ce fait.

« Je dus demander aux parents et aux autorités présentes lapermission d'inciser les joues, afin de pouvoir ouvrir la bouche de force, ce que je fis, après ladite incision, en m'aidant des branches d'un davier que j'avais apporté sans savoir si j'aurais à m'en servir.

« La dent de 6 ans manquait, en effet, au côté g'auche du maxillaire inférieur, et c'était la seule absente.

« Après cette constatation, je crus pouvoir affirmer l'identité.

« Voilà, mon cher Collègue, les seules notes que je puisse vous donner, et j'espère qu'elles suffiront au but que vous vous proposez.

« Veuillez agréer, je vous prie, l'expression de mes meilleurs

sentiments confraternels.

« Signé: F. Ducotjexau. »

Juillet 1897.

Observation IV. — M™^ et M"' X... et autres. (Fournie par M. Burt, professeur à l'Ecole Odontotechnique.)

« Mon cher Ami et Collègue,

« Vous m'entreteniez, dernièrement, d'un travail que vous prépariez sur l'identification des cadavres au moyen des dents et me demandiez, à ce sujet, des détails sur la part que j'avais prise dans

]a reconnaissance des malheureuses victimes du Bazar de la Charité.

« Je suis heureux de pouvoir vous satisfaire sur ce point. Voici les faits :

« A la prière de M. X..., époux et père respectivement de M"^ et M"'' X..., victimes de la catastrophe du Bazar de la Charité, je me suis rendu, le 5 mai 1897, au Palais de l'Industrie, dans le but de procéder à l'examen de leur dentition.

« Mis en présence des restes carbonisés et complètement méconnaissables des victimes, dont les membres avaient été détruits par les flammes et le visage entièrement défiguré, le nez, les oreilles, les cheveux ayant disparu, je compris quelle importance avait ma mission, puisque les dents pouvaient être le seul moyen d'identification.

« Lorsqu'on vint m'apprendre la terrible nouvelle et quelles espérances on fondait sur moi au point de vue de la reconnaissance, j'avais dit que je pourrais, entre mille cadavres, reconnaître celui de M""^ X..., grâce à la connaissance que j'avais de la disposition toute particulière de ses arcades dentaires. La vue du cadavre, dont les parties molles entourant la bouche avaient été consumées par le feu et les dents entièrement noircies, me firent bientôt perdre cette espérance.

« Heureusement que les soins donnés par moi kM'"^ X... quelques jours auparavant me mettaient, en possession de moyens techniques pour cette identification. En effet, j'avais pratiqué une obturation au ciment dans la deuxième petite molaire supérieure gauche. Sur la première petite molaire supérieure du même côté, dont la couronne avait disparu, j'avais fait un pansement dans le but de poser plus tard une dent à pivot. Enfin, j'avais obturé a la gutta-percha deux caries siégeant sur la canine supérieure gauche et l'incisive latérale du même côté et intéressant les points de contact de ces deux dents.

« Tout d'abord je trouvai en effet ces deux caries dont la

gutta-percha avait disparu par l'action du feu, mais l'examen des

molaires me causa plus de difficultés, car les joues calcinées par

les flammes étaient dures comme du cuir. Je pus toutefois, mais

. non sans effort, réussir à écarter la joue et je trouvai la deuxième

petite molaire siipérieui-e j;-aucho que j'avais obturée, puis lesracines de la première petite molaire avec un reste de couronne^, dont je me rappelais exactement la forme.

« Durant cet examen, je fus frappé du contraste qu'offrait la bouche avec le reste du corps. Tandis que les lég-uments s'étaient pour ainsi dire racornis sous l'aclion du feu, les g'cncives étaient restées roses et presque normales ] la iang-ue même était intacte.

« Je pus donc, en toute certitude, affirmer aux magistratset à la malheureuse famille qui m'entourait avec anxiété, que nous étions bien en présence du cadavre de ]\["'= X...

« Je procédai ensuite à l'examen du cadavre qu'on croyait être celui de MH*^ X..., fille de la précédente.

« J'avais pratiqué trois mois auparavant^ sur cette jeune fille,, l'extraction de quelques dents de lait, mais lors de mon examen les dents permanentes avaient fait leur évolution et comblé le vide produit par les dents extraites.

«Sur ce point mon examen fut donc négatif. C'est alors que le D^' X...,qui lui avait donné ses soins pour la gorg-e, se souvint que la jeune fille offrait une particularité anatomique capable de servir comme moyen d'identification. Elle avait en effet l'épiglotte bifide. Un examen pratiqué dans ce sens nous permit de constater, après avoir écarté les mâchoires et attiré la langue, que répiglotte était en réalité bifide.

« Cette particularité suffit à établir l'identité de la jeune fille.

« Au nombre des victimes du terrible drame se trouvaient sept autres de mes clientes. Je n'eus pas lieu d'intervenir pour établir leur identité, mais j'aurais pu le faire en toute certitude^ le cas échéant, grâce aux détails techniques qui étaient en mon pouvoir.

« C'est ainsi que parmi elles, la baronne X... mère portait de petites pièces partielles en or, numérotées et correspondant Ii des numéros d'ordre de mon registre,

« Sa fille, la baronne X..., à qui j'avais fait aussi plusieurs obturations, dont je possédais chez moi le schéma, aurait pu, si cela avait été nécessaire, être reconnue par le même moyen.

« Enfin M"^ X..., à qui j'avais fait nombre d'obturations dont je-

-gardais un schéma, avait la racine de la deuxième petite molaire inférieure droite obturée avec un mastic, conduit dans des fibres d'amiante, signe qui m'aurait servi également d'une façon irréfutable pour une identification, si elle avait été nécessaire.

« Espérant, mon cher Ami et Collègue, que ces détails pourront vous être utiles pour le travail que vous préparez.

« Je vous envoie l'expression de mes meilleurs sentiments -confraternels.

« E. BURT,

« Professeur de clinique à l'Ecole

Odontotechnique de France. »

A Monsieur Amoëdo.

Observation V. — M"' X...

'Fournie par M. Georges Viau, professeur à l'Ecole dentaire de Paris.)

« Mon cher Confrère,

« Mon ami Godon me dit que vous préparez un intéressant -travail sur la reconnaissance des cadavres par les dents.

« Dans l'accident du Bazar de la Charité, j'ai eu à déplorer la mort d'une de mes clientes, une jeune et charmante femme, mère -de trois enfants. Je n'ai pas été appelé à faire de constatation, son cadavre ayant été reconnu par les bijoux qu'elle portait, mais, ainsi que vous pouvez le voir par une copie de la fiche que je possède (voir fig. 55), ainsi que je le fais pour tous mes clients, •il m'était facile de la reconnaître, sans le moindre cloute, grâce ■à la façon très précise dont chaque opération est indiquée sur -cette fiche.

« Croyez, mon cher Collègue, à mes meilleurs sentiments.

« Signé : G. Viau. »

Juillet 1897.

P.- S. — Lorsque se présente un nouveau client chez moi, je marque au crayon bleu toutes les dents cariées à soigner et au crayon rouge les dents absentes ou racines à extraire. Dès -qu'une dent est terminée, je fais un trait à l'encre autour de la

marque bleue ; de même que le jour où l'extraction est faite, je fais une barre rouge sur le trait rouge.

Fiff. 55.

En haut : fTaurificatiou ; |2 dent à pivot; en porcelaine; [6 j? obturations à l'amalgame ;T1 auriScation; 2 { obturation en émail fusible; 5| obturation oxyphosphate dezlnc;8| obturation à l'amalgame.

En bas : !<> , [b, dents extraites; 5], 7| aurlfication ; ti| extraction.

ObSEEVATIOK VI. — M"" Y. ET M. DE C...

(Communiquée par M. Grodon, directeur de l'Ecole dentaire de Paris.)

M"" Yvonne et Marie-Louise de C... étaient traitées depuis plusieurs années, pour leurs dents, par M. Godon et elles étaient en traitement lors de l'incendie du Bazar de la Charité, où elles furent brûlées. Les parents ne pouvant retrouver leurs restes, demandèrent à M. Grodon de vouloir bien les aider dans leurs recherches en examinant le système dentaire. Les différentes fiches d'observation furent relevées en une carte unique pour chaque sujet, et M. Godon se rendait au Palais de l'Industrie lorsqu'on vint le prévenir que les deux corps avaient été reconnus.

Quoique l'intervention de M. Godon n'ait pas été indispensable, il est évident que l'on aurait facilement reconnu les cadavres en comparant la bouche aux cartes d'observation qui avaient été dressées et que nous reproduisons ici. (Voir fig. 56 et 57.)

iWW

De l'enquête à laquelle nous nous sommes livrés auprès de nos confrères, il résulte que beaucoup d'autres possédaient sur leurs clients des renseignements qui auraient pu être utiles pour établir l'identité.

Mais ils n'eurent pas l'occasion d'intervenir.

Parmi eux, notre confrère, M. le D"" Hugenschmidt, dont une des clientes fut brûlée. Or, cette personne présentait cette particularité curieuse que sa mâchoire supérieure ne portait qu'une seule incisive centrale contiguë de chaque côté aux incisives latérales. Ce signe aurait suffi par lui-même pour établir l'identité.

Observation VIL — Comtesse H. X...

Commiiuiquée par M . Micharls.

Parmi les victimes de l'incendie du Bazar de la Charité, se trouvait :\r"^ la comtesse H. X... Cette dame, fortement brûlée, mourut à l'hôpital Beaujon des suites de sa blessure.

Elle était la cliente de notre ami, M. Michaëls, et aurait pu être facilement identifiée par ce dernier, s'il avait été nécessaire. Elle portait, en effet, au maxillaire supérieur, une pièce prothétique en or avec quatre dents, dont trois naturelles. La victime possédait deux pièces de prothèse absolument semblables, et au moment de la catastrophe l'une d'elles se trouvait chez M. Michaëls.

M"'<^ la vicomtesse de Beauchamp fut aussi reconnue par son dentiste, mais nous n'avons pu obtenir de détails sur ce cas particulier.

Parmi les victimes se trouvaient la sœur et la belle-sœur d'un de nos maîtres, M. Nélaton. Le dentiste de la famille, M. Poinsot, avait offert ses services pour aider à l'identification. Mais il n'y eut pas lieu d'utiliser les données qu'il pouvait fournir, puisque certaines particularités des vêtements, entre autres des bas à varices modèle Nélaton, permirent de rétablir l'dentité des malheureuses victimes.

Observation VII 6i's. — M'"^ X...

Notre ami et compatriote M. le D'' Lombard eut à regretter la mort d'une de ses clientes. Quoiqu'il n'eût pas été appelé à rétablir son identité, les renseignements qu'il possédait sur les opérations qu'il avait faites étaient si caractéristiques qu'il aurait pu sûrement reconnaître la victime.

Il a bien voulu nous communiquer la fiche que nous reproduisons ici (fig. 58) :

'H\MjM^I\i-\i r\r\j\

yi \ i\ j.^\ \ ^j mm /f^-/l ff^J\ /

Fig. 58.

N°s 1, 12, 14: : Dents extraites.

N° 3 : Couronne en or.

N" 10 : Dent à pivot.

N°s 4, 5, 6, 7, 8, 9, 15, 16 : Aurifications.

Nos 2, 11, 13, 19, 20 : Amalgames.

N°s 17, 18 : Ciment.

Nombre de nos clientes se trouvaient au Bazar de la Charité lors de la catastrophe, mais nous n'avons eu à déplorer la mort d'aucune d'elles. Pourtant, sept furent brûlées plus ou moins grièvement. Mais, le cas échéant, nous nous trouvions à même d'étalir leur identité.

M"^ Rose R..., qui n'échappa à la mort que grâce au dévouement de sa mère, portait dans la bouche une pièce de platine scellée au ciment, que nous avions posée la veille en vue d'un redressement.

Or. vu l'extrême résistance de ce métal au feu, la présence de cet appareil constituait un signe indestructible d'identité.

Quant aux autres, nous possédions la fiche exacte des opérations que nous avions faites consistant en aurifications, obturations de racines, dents à pivot, etc.

Observation VIII. — Louis XVII.

L'histoire du mallieureux dauphin, Louis-Charles Capet, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, est trop connue pour que nous la rappelions ici.

Il mourut à la prison du Temple, le 20 prairial de l'an III de la République, à l'âge de lu ans et deux mois.

Le lendemain (1' juin 1795), quatre membres du Comité de Sûreté générale vinrent vérifier le décès de Louis-Charles de Franc'fe, dont l'identité fut attestée par les municipaux de service et une vingtaine d'officiers et sous-officiers de la garde du Temple. L'autopsie pratiquée le même jour parPelletan, Dumangin, Lassuset Jeanroy, constata des désordres provenant d'un vice scrofuleux invétéré.

Il fat enterré le 10, à sept heures du soir, dans le cimetière Sainte-Marguerite.

Puis la Révolution passa, les Bourbons revinrent, et, le 14 février 1816, une ordonnance rovale fut rendue en suite d'une loi dont M. de Chateaubriand avait été le promoteur, prescrivant l'érection d'un monument expiatoire à la mémoire du jeune prince. Des fouilles furent pratiquées dans le cimetière Sainte- Marguerite, mais on ne put trouver le cercueil renfermant les restes du malheureux enfant.

Mais bientôt on prétendit qu'on lui avait substitué un enfant de son âge et que Louis XVII vivait à l'étranger. Une foule de Louis XVII s'élevèrent, mais sans succès dans leurs réclamations. Ce problème historique passionna au plus haut point les savants et les lettrés et de nombreuses recherches furent faites pour découvrir la sépulture du dauphin.

Toutes furent sans résultat; quand, en novembre 1846, en établissant dans Tancien cimetière Sainte-Marg-uerite une sorte de hangar pour le service de l'église, on découvrit près du pilier gauche de la porte latérale un cercueil de plomb. Le squelette qui y était contenu fat examiné par le D"" Milcent. Dans son rapport adressé au curé de Sainte-Marguerite, celui-ci constatait que le squelette était celui d'un enfant, et d'après l'état de faiblesse et de gracilité des os, que le sujet devait être d'une constitution débile ou avoir vécu dans de mauvaises conditions hygiéniques. Dans un procès-verbal qui n'a pas été retrouvé, le D' Milcent aurait déclaré qu'on se trouvait, sans aucun doute, en face du squelette de Louis XVII.

Le D"" Récamier examina le squelette et ses conclusions furent qu'on se trouvait en présence d'un sujet de 15 a 16 ans environ ou plus. Voici le passage de son rapport qui a trait à l'examen de la dentition (Chantelauze, Les Derniers chapitres de mon Louis XVII, 1887) :

« Les mâchoires ont 8 molaires, 2 canines et 4 incisives chacune-, par conséquent ce sujet avait 28 dents sorties. On voit les dents de sagesse, dont l'une était prête à sortir. Les dents sont volumineuses proportionnellement aux mâchoires. »

Et plus loin dans ses conclusions :

« Les os des membres et les dents semblent appartenir à un sujet de 15 ou 16 ans environ ou plus. »

Puis on fit de nouvelles recherches pour découvrir ce cercueil qui avait été enfoui de nouveau, mais ce fut en vain.

Cependant, M^ G-eorges Laguerre, ancien député, avocat des Kaundorff qui se prétendent les descendants de Louis XVII, avait fait une série de conférences, affirmant que le squelette découvert en 1846 n'était pas celui de Louis XVII, et concluant par-là même que le dauphin n'était pas mort au Temple.

M^ Laguerre demanda et obtint de la préfecture l'autorisation .de pratiquer des fouilles dans le cimetière Sainte-Marguerite. On découvrit un cercueil contenant des ossements.

Des fouilles pratiquées dans le cimetière Sainte-Marguerite amenèrent la découverte d'une petite caisse, sur laquelle était gravée la mention suivante : L... XVII.

On se crut en présence des restes du malheureux dauphin, et aui^sitôt des experts furent choisis pour examiner les ossements contenus dans hi caisse.

Lors de l'exhumation, un premier examen fut fait parleD'Backer, qui déclara, sous toutes réserves, que ce cadavre ^appartenait à un adolescent de 14 à IG ans.

Fig. 59 Crâne attribué à Louis XVII.

Mais vu la gravité des faits, au point de vue historique, M. le D^ Backer voulut faire un examen plus approfondi et s'adjoig-nit le D"" Bilhaut, chirurgien de l'Hôpital international.

Voici les conclusions de leur rapport :

« 1° Nous nous trouvons en présence d'un sujet du sexe masculin ;

« 2° Ce sujet a atteint l'âge de 14 ans — qu'il peut avoir dépassé. — L'état des épiphyses, des humérus, des fémurs, des

tibias, ainsi que l'examen de la boîte crânienne nous permettent de conclure dans ce sens-,

« 3" L'état des maxillaires, leur développement et leur écartement, le système dentaire, corroborent cette assertion.»

Ce dernier point nous intéresse plus particulièrement, et nous citons le passag-e du rapport qui s'occupe du système dentaire. (La fig-ure 59 est aussi tirée du même rapport.)

« Le maxillaire supérieur indique la place normale de quatorze dents ; l'incisive gauche fait défaut, ainsi que la première grosse molaire. Les dents sont irrégulièrement placées, les deux incisives médianes sont saillantes en avant, tandis que la seconde molaire gauche empiète considérablement sur le bord interne de l'arcade dentaire.

« Les dents de sagesse sont développées, mais non sorties, les deux dernières molaires gauches sont cariées, ainsi que l'avantdcrnière molaire droite ; il en est de même de la deuxième incisive gauche.

« Le maxillaire inférieur est très développé, très épais ; cette épaisseur atteint plus d'un centimètre au niveau de la dernière molaire.

« L'écartement compris entre les deux condyles du maxillaire inférieur est de 8 centimètres 3 millimètres, et la largeur de l'os, mensuration faite de la partie externe d'un condyle à l'autre, est de 12 centimètres.

« Treize dents existent sur le maxillaire inférieur à l'état de développement complet; l'avant-dernière molaire droite a dû être extraite assez longtemps avant la mort -, la suivante penche en avant, mais elle est séparée de celle qui la précède par un intervalle osseux plus considérable que pour toutes les autres dents; les deux dents de sagesse sont contenues dans leur alvéole. Une dent est cariée.

« A en juger par le développement de la tête, nous croyons pouvoir conclure déjà qu'elle appartient à un adolescent d'au moins 14 ans. »

Plus loin, les experts s'étendent davantage sur les données que leur a fournies l'examen des mâchoires:

« Le maxillaire supérieur nous intéressait particulièrement, en

raison de l'évolution des dents, et de la possibilité d'y trouver des éléments de diagnostic, pour connaître l'âge du sujet. »

Nous renvoyons à la lecture du rapport, pour les indications du nombre des dents, de leur disposition et l'apparition des dents de sagesse.

« Auxdeu\ extrémités de l'arcadeden taire supérieure, on trouva Talvéole de la dent de sagesse assez largement entr'ouverte. Une de ces dents a été retrouvée dans le cercueil contenant les restes. Elle présente les caractères suivants : sa couronne est complète jusqu'au collet, son évolution est presque achevée. Au niveau de la racine, elle est tronquée brusquement et se termine par des bords mousses. Sa longueur totale est de 11 millimètres. Une fois sorties, ces deux dents porteraient à 10 le nombre de ces organes pour le maxillaire supérieur.

«Le maxillaire inférieur a atteint un beau développement et ses dimensions ne répondent pas à celles que l'on retrouve chez les jeunes sujets. Dans notre r.ipport, nons constatons le nombre des dents, leur rangement; nojs si,i;nalons, en outre, l'avulsion d'une molaire, l'oblitération de son alvéole, les conséquences qui en résultent, pour la suivante. La dent de sagesse qui fait suite, la droite, moins gênée sans doute dans son évolution, est beaucoup plus avancée que la gauche.

« L'écartement compris entre les deux condyles du maxillaire inférieur est de 8 centimètres 3 millimètres et la largeur de l'os, mensuration faite de la partie externe d'un condyle à l'autre, est de 12 centimètres. Ces mesures correspondent à celles qui séparent les deux cavités articulaires du maxillaire supérieur ; il n'y a donc pas lieu de croire que ces deux pièces du squelette proviennent de sujets différents. »

Cependant, les experts ne s'en tinrent pas là, et voulurent avoir l'appui de voix autorisées. Le D^" Manouvrier, délégué par la Société d'Anthropologie et le D>' Magitot, examinèrent à leur tour les ossements.

Les renseignements tirés du squelette les amenèrent à conclure qu'il s'agissait d'un individu de 16 ans au minimum, avec probabilité d'un âge plus avancé.

Voici le passag-e de leur rapport qui a trait aux mâchoires et à l'appareil dentaire :

« On vient de voir à quel résultat nous ont conduit, au point de vue de la détermination de l'âge, les données relatives au squelette. Considérons un instant ce résultat comme provisoire et cherchons dans les conditions empruntées aux maxillaires et à l'évolution des dents, les conclusions à en tirer au même point de vue.

« Or, on sait combien sont exacts et démonstratifs ces signes empruntés à l'appareil dentaire, au point de vue de la recherche de l'identité et de l'âge, aussi bien chez l'homme que chez les animaux, et l'on va voir immédiatement que ces signes ne permettront pas de maintenir au chiffre fixé tout à l'heure, l'âge du sujet en question.

« Les deux mâchoires, considérées dans leur ensemble, ont des dimensions relativement faibles ; les apophyses et les saillies osseuses, de même que les insertions musculaires, sont peu marquées. La mâchoire supérieure, en particulier, est étroite et manifestement frappée d'un certain degré d'atrésie, ce qui explique les dispositions vicieuses des dents correspondantes, ainsi que nous le dirons plus loin.

« Cette atrésie a une autre conséquence, c'est qu'à la rencontre des deux mâchoires, la supérieure est en retrait sur l'inférieure, la parabole de la première étant inscrite dans la parabole de la seconde, c'est-à-dire l'inverse de l'état physiologique.

« La disposition qui en résultait devait se traduire sur le vivant par un certain degré de menton de galoche.

« Les dents ne sont pas toutes en place ; quatre incisives, trois inférieures et une supérieure sont tombées du squelette, mais les alvéoles restés béants permettent de les reconstituer.

« Absence complète des dents de lait. Toutes les dents sont des dents définitives -, il n'y a plus trace de dents temporaires ou « dents de lait ».

« Cette première constatation nous conduit à affirmer que le sujet qui nous est soumis était âgé de plus de 12 ans, puisque d'après les documents les mieux accrédités dans la science, la

dernière dent de lait effectue sa chute à la douz?"ème année. Mais cette date va bientôt être dépassée.

« Les dents définitives sont, en effet, toutes sorties, sauf les dents (le sagesse, dont nous parlerons tout à l'heure. Ces dents actuellement en place peuvent être aussi analysées par groupes.

« Les incisives. — Les incisiv^es sont de dimensions moyennes et de forme normale. (Les latérales sont un peu atrophiées.)

« Les canines, — Les canines sont normales. Seulement à la mâchoire supérieure, ces dernières, ainsi que les incisives, sont mal rangées, par suite de la diminution d'étendue ou de l'atrésic de l'arcade que nous avons signalée plus haut.

« Ixs prémolaires. — Les prémolaires sont également en place et normales, sauf les deux secondes prémolaires supérieures rejetées en dedans, pour la même raison d'insuffisance d'emplacement.

« Les premières molaires. — Les premières molaires dont la sortie a lieu à G ans en moyenne, et vulgairement dénommées pour cela : dents de il ans, sont en place, sauf l'inférieure droite qui manque, bien que la série des dents ne présente en ce point aucune lacune. C'est là une particularité spéciale qui a une certaine importance en l'espèce.

« Cette molaire a, en effet, été certainement extraite chirurgicalement assez longtemps après sa sortie, puisque le vide causé par cette opération est actuellement comblé.

« A quel âge remonte vraisemblablement cette extraction?

« Les probabilités nous conduisent à penser que cette dent frappée prématurément de carie (ainsi que son homologue du côté opposé qui est profondément altérée) a du être enlevée vers 8 ou 9 ans par exemple, c'est-à-dire antérieurement à la sortie de la deuxième molaire (12 ans) de sorte que celle-ci a pu, par son r.ipprochement vers la seconde prémolaire, combler entièrement la lacune opératoire.

« Combien de temps a paru exiger ce travail? Plusieurs années assurément ; de sorte que la deuxième molaire, sortie Je 12 a 13 ans, n'a pu, suivant nos calculs, arriver au contact de la prémolaire que vers 15 ou 16 ans.

« Voil'i dune, en ne tenant compte que des considérations qui

— 4Ti] —

précèdent, l'âg-e probable de notre sujet avancé vers 16 ans. Mais ce n'est pas tout, et il nous reste a invoquer le témoignag-e des dents de sagesse, qui ne sont pas sorties, mais dont l'examen pourra être fait dans les alvéoles qui les renferment encore.

«Mais résumons d'abord l'état de ladentition, sans tenir compte de ces dernières.

« C'est ainsiquenous arrivons àconstater les formulessuivantes: Dentition temporaire — 0 — Dentition définitive :

« Les dents de sagesse. — Abordons maintenant l'étude des dents de sagesse.

« Celles-ci sont toutes les quatre visibles dans les loges osseuses qui les renferment, au delà de la série des dents existantes. Selon toute probabilité, elles étaient encore recouvertes de la muqueuse, mais leur éruption au dehors était prochaine, car non seulement les couronnes sont entièrement formées, mais les racines ont déjà plusieurs millimètres de hauteur.

« Or, d'après les documents invoqués plus haut, la première trace de la couronne des dents de sagesse (chapeau de dentine) apparaît à la douzième année et l'éruption au dehors s'effectue aux dates minima de 18 ans et maxima de 22 ou 25 ans.

« Cette dernière constatation a une extrême importance, elle nous conduit à un âge bien supérieur à ceux qui ont été fixés d'après tous les autres caractères. Ainsi l'état du squelette porte l'âge probable de 16 ans au minimum, conclusion qui suffirait déjà à repousser l'hypothèse que le squelette avait pu appartenir à Louis XVII -, mais nous ne pouvons nous en tenir là, et de l'enquête sur l'évolution des dents, il faut conclure que le sujet qui nous a été soumis était âgé de 18 à 20 ans. » .

Quoi qu'il en soit, ces résultats rappellent singulièrement les assertions, bien que très timidement exprimées, des médecins chargés, en 1846, de l'exhumation des mêmes ossements.

Ainsi, Récamier écrit dans son rapport que les os et les dents semblent appartenir à un sujet de 15 à 16 ans au plus.

Il ajoute que le D'" Bayle, qui était un anatomiste distingué, fut interrogé par lui, et d'après l'état de la tête, affirma également l'âge de lô à 16 ans. Lallemand et Andral portèrent cet Age à 20 ans, en se basant précisément sur l'état des dents de sagesse. Enfin le D'" Simon de l'IIeiys, cité aussi par Récamier, dépassa l'dge de 20 années.

Comme on l'a vu, nos constatations ne nous conduiraient pas tout k fait aussi loin que les observations qui précèdent.

Les D" Magitot et Manouvrier donnaient enfin leurs conclusions :

1° Le squelette qui a été soumis à notre examen est celui d'un sujet probablement masculin, de la taille de J mètre (33 environ, et certainement Agé de 18 à 20 ans.

2" Ces constatations ne se rapportent en aucune façon à un enfant tel que devrait être le squelette du dauphin, en admettant la tradition historique qui place sa mort et son inhumation à l'Age de 10 ans et 2 mois.

On fil alors une enquête auprès des professeurs d'anatomie de la Faculté, et M. Poirier nous confia le soin d'examiner la dentition.

Nous nous sommes rendus, le 10 juin 1894, au cimetière Sainte- Marguerite, en présence de M"" Laguerre et de plusieurs témoins.

Nous n'avions pas connaissance alors de l'expertise pratiquée par Magitot. Ainsi dégagé de tout parti pris, nous étions -dans d'excellentes conditions pour mener à bien notre tâche. Voici nos conclusions :

1° Etant donné l'usure du bord libre des incisives ;

2" Attendu que du côté droit du maxillaire inférieur, l'espace laissé libre par la disparition de la première grosse molaire (dent de G ans) a été comblévpar la deuxième grosse molaire, qui s'est avancée jusqu'à se mettre en contact avec la deuxième petite molaire^ favorisant ainsi le développement de la dent de sagesse de ce côté-,

oo Etant donnée la présence de deux dents de sagesse inférieures, qui toutes deux ont perforé l'alvéole (celle du côté droit est plus développée que l'autre) ;

4» Attendu que les dents de sagesse supérieures sont tombées

-du maxillaire, après la mort, ce qui indique qu'elles n'étaient pas

recouvertes par la paroi alvéolaire, et que, par conséquent, elles

•étaient prêtes à sortir-

5° Attendu que l'émail des dents présente des taches jaunes ^ Nous concluons que le crâne examiné devait appartenir à un

individu âa-é de 18 ans au moins.

Observation IX. — XAPOLÉo^' P^

-Mémoire sur les mesures qu'il convient de prescrire lors de l'exhumation des restes de l'empereur Napoléon, par MM. Boutron, d'Arcety Pelletier et Ollivier d'Angers.

En eec[ui concerne la question d'identité, voici ce que disait le rapport :

« Nous n'avons pas à énumérer ici les différents objets qui ■ont été déposés près du corps de Napoléon, leur indication est connue; mais il est plusieurs particularités relatives au corps lui-même sur lesquelles l'attention devra être fixée. \% « xiinsi, il résulte des renseignements que M. Marchand nous a donnés que, a l'exception de deux dents qui lui furent arrachées par le D'" 0. Meara, l'empereur avait conservé toutes les autres jusqu'à sa mort; les dents enlevées étaient deux molaires. On devra donc vérifier le nombre de celles qui restent^ car quelque soit le degré de destruction du corps, ces os doivent encore exister avec tous les caractères, etc., etc. »

Lors de l'ouverture du cercueil, le 15 octobre 1840, le D^" Cruil- :!ard, chirurgien-major de la frégate la Belle-Poule, n'eut point à utiliser ces conseils, tant la conservation était parfaite, mais ils .montraient assez l'importance que ces constatations peuvent avoir ■dans certains cas.

{Annales cV Hygiène x>ublique et de Médecine légale, 1811, p. 23.)

ne

Observation X. — Prince Impérial (Napoléon IV).

L'histoire du Prince Impérial, fils de Napoléon III, montre de quelle utilité peut être, dans l'identification d'un corps, la connaissance d'opérations dentaires antérieures.

Ce jeune prince quitta l'Angleterre, en 1870, et s'embarqua pour le Natal, allant guerroyer contre les tribus sauvages soulevées.

Surpris dans une reconnaissance par des bandes de Zoulous, il fut tué le l^r juin 1870.

Son corps fut percé de dix-sept coups de zagaie, dont l'un avait traversé l'œil droit.

Le cadavre, retrouvé le lendemain par l'ordonnance du jeune prince, était encore parfaitement reconnaissable. Il fut transporté au camp anglais et embaumé par les soins du D' Scott ; puis il fut placé dans un cercueil en zinc.

Ceci se passait vers le 3 ou 4 juin. Le 8, le cercueil fut ouvert à Petermaritzburg, et le corps était très bien conservé. Mais cette ouverture, que le D'' Scott avait cependant défendue, eut le plus fâcheux résultat sur le cadavre et quand il arriva en Angleterre, à Woohvich, il était devenu méconnaissable.

On a cependant élevé des doutes sur cette reconnaissance du cadavre par Lomas, l'ordonnance du malheureux prince, qui fut le premier à le voir, d'autant plus qu'un autre témoin, J. Brown, déclara que lui aussi l'avait reconnu le premier {American Register, 1879).

La zagaie des Zoulous est en effet une arme terrible, et le corps, criblé de dix-sept blessures, tant dans la figure que dans la poitrine, ne devait pas être aussi facile à reconnaître.

Le comte d'Hérisson {Le Prince Impérial (Napoléon IV), Ollendorff, 1890), à qui nous empruntons tous ces détails, déclare que l'identification a dû être difficile, d'autant plus que l'œil droit était arraché, ainsi qu'une partie de la joue et de la lèvre.

Pourquoi, d'ailleurs, n'a-t-on pas photographié le cadavre?

C'aurait été une indiscutable preuve, car, arrivé en Ang-leterre, le corps était presque méconnaissable.

Le navire VOrontes, chargé de la funèbre dépouille, arriva à Portsea, le 10 juillet 1879.

Les constatations d'identité furent faites en présence des princes de la famille, et de MM. Rouher, général FJeury, de Mouchy, Pietri, Corvisart et quelques autres légataires.

Le D'" Evans, qui avait été appelé à donner des soins au Prince Impérial, a fait l'examen des dents, et reconnu certaines particularités dont il avait eu à s'occuper autrefois.

Grâce à lui, l'identification du cadavre put être faite d'une façon indiscutable, puisqu'il reconnaissait son travail sur les dents.

Mais des contestations s'élevèrent dans la suite. Des dentistes affirmèrent que M. Evans n'avait pas été le seul à donner des soins au Prince Impérial, et que, par conséquent, il ne pouvait pas avoir reconnu son travail.

Des lettres furent échangées dans le British meclicalJournal . Nous reproduisons ici cette correspondance.

Identité du Prince Impérial.

British médical Journal.

19 juillet 1879.

« Les circonstances qui ont entouré la mort du Prince Impérial ont fait revivre une question qui a été quelque peu négligée par les légistes et les médecins, soit l'importance des dents comme moyen de reconnaître l'identiié d'une personne morte. Feu le Prince Impérial avait été si complètement défiguré, que son identité aurait été extrêmement difficile à établir, si ce n'est que le Prince Impérial avait eu quatre petites cavités remplies d'or, dans . les premières dents molaires, par le D"" Rottenstein, de Paris, et qu'il avait eu un léger accident, en avril 1876 : il avait reçu un coup sur les dents de devant, ce qui avait nécessité de limer un peu les dents de façon à en polir l'émail.

— 47ti —

« Ces signes, qui sont inaltérables, même par l'âg-e, et dont les dentistes soigneux gardent le témoignage sur leurs registres, deviennent des moyens d'identité infaillibles, et lesquels, comme dans le cas présent, sont de grande valeur et peuvent, dans certaines circonstances, être de la plus haute importante. »

Lettre du D'" Thomas ^^ . Evans.

Britisli médical Journal.

9 août 1879.

« Monsieur,

« D'après l'article du Britlsh médical Journal de la semaine dernière, qui porte pour titre : « Identité du Prince Impérial», il ressortirait que le point à établir entre nous était la vérité du détail publié dans un numéro précédent du journal, soit que « le Prince Impérial avait eu quatre petites cavités remplies d'or, dans les premières dents molaires, par le D^' Rottenstein, de Paris ». vSi vous aviez reproduit la phrase originale, dont la citation ci-dessus n'est qu'une clause, vos lecteurs auraient mieux compris pourquoi j'ai demandé une immédiate rectification. Cette phrase est ainsi conçue : « Feu le Prince Impérial avait été si complètement défiguré, que son identité aurait été extrêmement difficile à établir, si ce n'est que le Prince avait eu quatre petites cavités remplies d'or, dans les premières dents molaires, par le D^' Kottenstein, de Paris, et qu'il avait eu un léger accident, en avril 1876 : il avait reçu un coup sur les dents de devant, ce qui avait rendu nécessaire de limer un peu les dents, de façon à polir l'émail.*»

« Maintenant, le seul détail important donné par les notes cidessus est absolument faux. Le D^" Rottenstein n'était pas présent lors de la reconnaissance des restes du Prince Impérial; ni aucune opération de son fait n'a pu contribuer d'aucune manière à cette reconnaissance. Mais moi, j'étais présent dans cette circonstance-, et là, alors, je reconnus mon propre travail, ainsi que les détails particuliers de la conformation dentaire. Ces faits sont

consig-nés dans la déposition que l'on m'a demandé de faire, et qui fait partie du proces-verbal officiel. Il est parfaitement vrai que j'ai dit que moi, et moi seul, ai eu la charge des dents du Prince Impérial depuis son enfance, et si j'ai dit cela^ c'est parce que je n'ai jamais vu dans la bouche du Prince, trace d'opérations qui ne fussent pas de mon fait, et aussi parce que j'ai des raisons pour croire ces détails placés sur un terrain que tout médecin de famille comprendra et appréciera.

« Je suis votre obéissant serviteur.

« Signé : Thomas W. Evans. »

Paris, 4 août 1879.

Identité du Peince Impérial.

Britisli médical Journal.

Août 1879.

« Nous avons fait allusion à l'importance des dents, comme moyen d'identité, pour reconnaître les personnes mortes, et nous avons mentionné incidemment le fait que le Prince Impérial avait eu quatre petites cavités remplies d'or, dans les premières dents molaires, par le D^' Rottenstein, de Paris, et qu'il avait eu un lég-er accident en avril 1876 : il avait reçu un coup sur les dents de devant, ce qui avait nécessité de limer les dents pour polir l'émail.

« Depuis lors, nous avons reçu une communication du D^' Evans, de Paris, niant les faits établis ci-dessus, et disant que « personne, excepté moi, n'a jamais opéré les dents du Prince, et le détail que donne votre journal est entièrement faux » et nous sommant de faire une « immédiate rectification ».

« Il importe peu au public de savoir qui a aurifié les dents du Prince Impérial \ mais en recevant la communication du D^" Evans, nous avons pris la peine de vérifier l'information sur laquelle était basé notre rapport et nous tenons des meilleures sources, que ces dernières années, le Prince avait subi quelques opérations dentaires, faites non seulement par le D^' Rottenstein, de Paris, mais encore, à sa recommandation, par M. Oakley Coles, de Upper Wimpole Street, et par M. Bull, maintenant à Bruxelles, et que les assertions du D"" Evans, sur ce sujet, sont fondées sur une imparfaite connaissance des faits. »

Identité du Pbixce Imi'krial.

Dritish médical Journal.

23 août 1879.

« Nous avons reçu do ,A[. Oakley Coles une lettre établissant les circonslances dans lesquelles il donna ses soins au feu Prince Impérial, Son Altesse Impériale vint chez M. Coles, le 13 mars 1876, soulTrant du côté de la mâchoire supérieure^ d'une inflammation causée par les eilorts que faisaient les dents de sagesse pour percer la gencive. Il avait aussi une cavité dans la première molaire, qui avait été évidemment aurifiée, mais dont l'or éiait parti. M. Coles appliqua un pansement sur la dent, et le Prince s'en alla avec l'intention de revenir deux jpurs après pour avoir la dent aurifiée, si la douleur avait cessé, ou bien pour se faire ouvrir la gencive si la douleur continuait.

« Dans la soirée du même jour, M. Coles reçut un télégramme (dont il joint uhe copie) du feu comte Clary, lui demandant d'aller voir le prince à Chislehurst, le lendemain malin. En conséquence, il se rendit à cette invitation et soulagea Son Altesse Impériale, en faisant une incision cruciale, près de la dent de sagesse, sur la gencive supérieure du côté droit- il remplit aussi la molaire supérieure droite avec de l'or.

« M. Coles déclare qu'il n'aurait pas fait connaître ses rapports professionnels avec le Prince, sans les observations du D»" Evans, et il a voulu également rendre justice au D^' Rottenstein, à la recommandation duquel le Prince et le comte de Clary ont fait appel à ses soins.

Identité du Peixce Impérial.

British médical Journal.

20 septembre 1879.

<' Monsieur^ « Les hasardeuses assertions du D''T.-W. Evans, que personne, excepté lui, n'avait jamais aurifié les dents du Prince Impérial, ont sûrement été faites a la légère. Les assertions ont été prou-

vées fausses par la lettre de M. Oakley Coles (voir British médical Journal du 23 août 1879), et par celle de M. Jackson T. Bull, maintenant à Bruxelles, qui, sur ma recommandation, donna des soins au Prince Impérial à Woolwich, et enfin par les preuves que je vous ai données que j'ai soigné le Prince et fait les opérations spécifi.ées dans ma précédente communication. M. Bull dit : « Je me fais un plaisir d'inclure les lettres m'appelant à Woolwich, le 25 juillet 1873. Je lui ai mis un peu d'or dans une molaire supérieure et gratté les dents. »

« Le D"" Evans déclare que dans sa reconnaissance du corps, il trouva l'aurification des cinq dents en parfait état et aux endroits où il s'attendait à les trouver.

« Maintenant, dans ce cas, le D^" Evans n'a pu reconnaître son propre traA'ail, puisque M. Oakley Coles a aurifié une cavité dans la première molaire supérieure droite^ qui avait été précédemment aurifiée par le D"" Evans. M. Bull emplit d\or une autre cavité dans la molaire supérieure gauche et en 1877 (non comme il a été dit par erreur) je trouvai et remplis deux petites cavités et j'aurifiai à nouveau deux autres dents précédemment aurifiées par le D"" Evans. De ceci il ressort que les opérations de ce dernier n'étaient pas éminemment réussies.

« C'est notre travail et non le sien que leD'^ Evans a reconnu. Un médecin de Madère, qui a acquis une grande expérience, déclare qu'il est presque impossible d'ouvrir la bouche d'un corps embaumé-, et la plupart des dentistes seront de mon avis, quand je dis que, dans de telles circonstances, il était impossible au D^' Evans de reconnaître son propre travail de celui de ses confrères. »

Le D"" Evans dit (journal du 9 août 1879) :

« Le D^' Rottenstein n'était pas présent, lors de la reconnaissance des restes du Prince Impérial, ni aucune opération de son fait n'a pu contribuer en aucune manière à cette reconnaissance. Mais moi, j'étais présent dans cette circonstance, et là, alors, je reconnus mon propre travail, ainsi c[ue les détails particuliers de la conformation dentaire.

« Ceci est un cas assez amusant de petitlo principîi, car ma

présence ou mon absence^ lors de la reconnaissance du corps, n'a rien à faire avec la question.

« Personne n'a prétendu nier que le D"^ Evans fût présent dans cette occasiôii, mais il faut être dénué de toute idée de logique pour faire valoir sa présence comme un événement pouvant apporter l'évidence à la question dont il s'agit. Plus pertinentes sont les preuves que je produis, pour démontrer que le travail sur lequel la reconnaissance du Prince Impérial a la prétention de se baser n"était pas uniquement le travail du D'" Evans. Il est vrai qu'il a été le dentiste du Prince pendant son enfance, mais depuis une certaine époque il n'était pas exclusivement employé.

« Le Prince avait de très bonnes dents; et bien que je fusse appelé à traiter d'autres membres de la famille impériale, ce ne fut qu'en 1877 qu'il eut recours à mes soins. Avant cette époque, je fus prié de recommander un dentiste de Londres et je proposai, à cet etlet, mes amis Oakley Coles et Jackson Bull, qui tous deux donnèrent leurs soins au Prince, comme il a déjà été dit.

«J'apporte ici, Monsieur, les preuves de ce que j'avance, et je clos cette discussion, au-devant de laquelle je ne suis pas allé.

« Je suis, Monsieur, très respectueusement, etc.

« Signé : Rottensteds. »

Tout ce débat nous semble de peu d'importance, puisqu'il ne vise pour la plupart du temps qu'un seul point, à savoir si le D"" Evans a été le seul dentiste appelé à soigner le Prince Impérial.

Or, c'est là un fait qui imparte peu, car si le D^' Evans a reconnu ses aurifications, il ne s'ensuit pas qu'il a été le seul à les faire.

Une aurification a pu tomber, mais la cavité reste, et il n'existe pas plusieurs manières de placer de l'or dans une cavité dentaire. Il est donc possible, croyons-nous, que tout se soit passé ainsi. Le Prince a pu faire remplacer par un autre dentiste une aurification altérée, mais qui avait été faite pour la première fois par le D*" Evans. La cavité a conservé sa forme et sa place a fortiori; le D^ Evans a pu, avec raison, établir l'identité du Prince avec les aurifications qu'il a constatées.

Telle est, d'après nous, la vérité sur cette question, qui adonné lieu a tant de controverses .

Le Dr Evans nous Ta affirmé d'ailleurs verbalement plusieurs fois.

Obseevatiox XI.

iDENTIFICATIOlsr DU CADATKE DU MAEQUIS DE MORÈS.

La mort récente du marquis de Mores, massacré par les bandes de Touaregs qui parcourent le désert africain, met encore en lumière l'importance de l'examen du système dentaire, poar l'identification des cadavres.

Parti de Gabès en mai 1896, il voulait, par Ghadamès et les hauts plateaux de l'Air, gagner le lac Tchad, et réunir ainsi nos possessions algériennes avec celles du Congo français.

Il fut arrêté au commencement de son voyage, et le désert compta une victime de plus à ajouter à la liste des Flatters, des Palat, des Camille Douls et de tant d'autres.

Trahi par les Chambaas de son escorte, son campement fut surpris, le 9 juin 1896^ par les bandes de Touaregs, à El-Oaatia, sur la route de Ghadamès à Sinaoun. De Mores vendit chèrement sa vie, mais succomba à la fin devant le nombre de ses agresseurs.

De l'entourage du marquis de Mores, cinq hommes, spectateurs au moins, si l'on ne veut pas dire acteurs de ce tragique événement, avaient survécu. Ils gagnèrent le centre le plus voisin : Sinaoun, et racontèrent la mort du vaillant marquis.

L'un deux partit en toute hâte pour Tunis, où il arriva le 22 juin.

La terrible nouvelle jeta la consternation dans la société tunisienne.

La France tressaillit à son tour, et toute la presse s'occupa de la lugubre tragédie.

Toutes les classes de la société prirent part au deuil de la noble famille, et à la douleur succéda bientôt l'indignation et le désir de la vengeance.

Cependant, plusieurs caravanes partaient à la recherche des morts, et l'une d'elles, envoyée par le commandant du cercle de Gabès, quittait Kébili le 20 juin et arrivait le 28 sur le lieu du massacre. Les corps avaient été ensevelis depuis le 14 juin, par les soins des habitants d'El-Ouatia, soit cinq jours après le désastre.

La caravane put retrouver le cadavre du marquis. 11 avait été recouvert d'une légère couche de sable, et son corps était presque intact; les ardeurs du soleil ayant desséché les chairs et empêché la putréfaction.

Les assistants reconnurent sans peine le marquis et le cadavre d'un de ses fidèles serviteurs-, les corps furent enveloppés dans des peaux d'antilopes et roulés dans des nattes, puis la caravane ayant réuni tous les débris sans valeur pour les pillards, mais souvenirs précieux pour la famille, reprit sa route, et le 2 juillet arriva à Kébili, après un parcours total de plus de 400 kilomètres.

C'est le même jour, dans la soirée, que le D'" Georges S. Paul, médecin aide-major de T^ classe à Kébili, procéda à l'examen médico-légal, en présence de plusieurs officiers.

Il devait fixer :

1° L'identité des cadavres;

2° Les causes qui avaient déterminé la mort ;

3° Le nombre et la gravité de leurs blessures;

4° Enfin, toute particularité susceptible de faire la lumière sur les circonstances du drame d'El-Ouatia.

Nous reproduisons cet examen, tel que le donne M. Pavy, dans son livre sur : VExpédition de Mor'ès :

« Le plus grand des deux corps était celui d'un Européen et certainement d'un Européen aisé, à cause du travail soigné et fin dont avait été l'objet la dentition.

« Tout permettait donc d'ajouter foi aux déclarations de ceux qui avaient rapporté ce cadavre, comme étant celui du marquis de Mores, ainsi qu'aux affirmations des officiers et des soldats du poste, présent à l'examen médico-légal qui, tous, sans la plus petite hésitation, le reconnaissaient comme tel.

« La tête était entièrement mobile sur le tronc. Entre les deux

s'étendait un large hiatus. Des coups, d'une violence extrême, avaient dû être portés en arrière sur la nuque, probablement après le décès, et avaient amené la fracture de la colonne vertébrale. Sur la partie g-auche du cou se trouvait un orifice qui semblait avoir été occasionné par une balle. Toute la partie droite du maxillaire inférieur était détruite.

« La partie supérieure droite du thorax était aussi profondément atteinte.

« La main droite, assez bien conservée, portait les quatre doigts non écartés, en semi-flexion sur la paume ^ le pouQe opposé à eux, était en extension complète. Cette attitude assez bizarre révèle une contraction musculaire prolongée et forte dans les derniers moments de l'existence, celle par exemple qui est nécessaire pour tenir un revoh'er et s'en servir.

« Sur la face externe de la jambe droite et au-dessous de [articulation fémoro-tibiale, s'étendait une zone de putréfaction qui devait avoir eu pour cause une plaie.

■ « Bref, l'examen attentif du cadavre de l'infortuné de Mores confirmait les récits, que nous connaissons déjà, de J'attaque subite des Touaregs, de ses luttes suprêmes contre eux et du coup de fusil qui mit un terme à sa longue et douloureuse agonie.

« Le second des cadavres, plus petit et plus frêle que le premier, et dont la tête, en particulier, portait tous les signes caractéristiques de la race arabe, fut, comme celui de M. de Mores, parfaitement reconnu pour être celui d'Abd-el-Hak, serviteur du marquis.

« Ici encore; les constatations scientifiques aboutissaient donc à des conclusions conformes aux dépositions et aux témoignages des spectateurs du drame.

« Peut-être, une autopsie complète les aurait-elle mieux confirmés encore. Mais, d'une part, la décomposition des cadavres, que le cahotement sur les mahari d'El-Ouatia à Kébili avait considérablement avancé; d'autre part, la nécessité de ménager ces restes le plus possible afin de ne pas les rendre méconnaiss'ables aux yeux des parents et des amis chargés de les reconnaître à Gabès, empêchaient cette autopsie.

«Les corps placés dans des cercueils provisoires arrivèrent à

— 4Stj —

Gabès le 4 juillet. A l'ouverture du cercueil, on constata que durant l'intervalle de deux jours, la putréfaction avait fait des progrès considérables. L'identiiication était difficile, presque impossible par les moyens ordinaires. Heureusement que le système dentaire présentait des particularités très nettes. L'identité put être établie par la justice et affirmée par les amis et les témoins du mort, grâce aux renseignements fournis par M. Davenport. »

Nous nous sommes adressé à notre confrère M. Davenport, dentiste de la victime, pour obtenir des détails sur cette identification .

Voici la réponse que nous avons reçue :

« Mon cher Confrère,

« Voici les renseignements que vous m'avez demandés au sujet de l'identification du marquis de Mores.

« Le marquis de Mores était en effet mon client depuis longtemps, et je lui avais fait plusieurs travaux importants. Je possédais dans mon dossier la fiche exacte de sa denture et des opérations pratiquées par moi.

« Lorsque son secrétaire vint me trouver et me demander si les renseignements que je pouvais fournir seraient capables d'aider son identification, je répondis affirmativement.

« Je dressai alors, sur sa demande, une note indiquant très exactement l'état de la denture du marquis, les travaux qu'elle présentait avec toutes les indications si nettes, qu'une personne étrangère à notre profession aurait été capable de reconnaître la bouche du marquis de Mores.

« Cette fiche fut envoyée à Gabès, et là son utilité fut considérable, puisque je recevais bientôt une lettre du secrétaire de M. de Mores.

« Dans cette lettre, il me remerciait des documents que j'avais envoyés, et me disait que les dents seules avaient permis de rétablir l'identité, impossible à affirmer par tout autre moyen.

« Veuillez agréer, etc.

« Signé: W.-S. Davesport. »

Le corps d'Abd-el-Hak, le dévoué serviteur du marquis de Mores, était très décomposé. H fut reconnu grâce à ses dents, par son oncle et son cousin .

Obseevation XII. — Goss-Udderzook.

Le 3 février 1872, un journal de Baltimore annonçait que W.-S. Goss^ demeurant 314, N. Eutaw-Street, avait été -brûlé vif dans une villa, la nuit précédente. Cette maison était située à plusieurs milles de la Cité (York road), et on supposa que l'incendie avait été causé par une explosion de produits chimiques, dont se servait Goss pour ses expériences, dans ses recherches d'un produit pouvant remplacer le caoutchouc.

La maison fut entièrement consumée. Les restes d'un corps humain furent retirés des décombres, les membres inférieurs détruits et la figure si brûlée ou décomposée que toute reconnaissance était impossible. Par la forme du tronc, du cou et de la tête, le corps fut identifié pour celui de W.-S. Goss, et en vérité qui aurait pu soupçonner qu'il en fût autrement. Le coroner soumit donc le cas à une enquête qui rendit le verdict :

« Que W.-S. Goss était mort brûlé, dans un incendie causé par l'explosion d'une lampe. »

Le corps fut emporté à Baltimore, et après un solennel service funéraire, il fut transporté au cimetière. Pendant qu'il se trouvait à Eutaw-Street, la veuve ne douta pas que les restes fussent ceux de son mari, elle reconnaissait le contour du cou, de la tête et de la poitrine. Plus de dix personnes témoignèrent de leur croyance dans cette même identité, considérant la reconnaissance du corps comme ni difficile ni douteuse.

En mai 1871, W.-S. Goss parut être saisi d'une manie soudaine de contracter des assurances sur la vie. Il s'assura pour une somme de 25,000 dollars sur la tête de sa femme. Sa dernière police datait de huit jours avant sa mort. Les racontars ^de William E. Udderzook et de A.-C. Goss, beau-frère et frère de W.-S. Goss, soulevèrent l'impression qu'ils en savaient trop

long, et amenèrent les ^Compag-nieb; à s'enquérir des faits. Pendant que toutes les découvertes tendaient à renforcer les soupçons de fraude, rien n'apparaissait dans la voie d'une démonstration directe. Les Compag-nies refusèrent de payer les réclamations en temps voulu ot un procès fut bientôt entamé pour chaque police d'assurance.

Pendant l'enquête on observa que, quoique les extrémités fussent plus ou moins consumées, la tête était entière, et l'on pensa que les os du crâne, y compris les dents, n'étaient pas olTensés. Aucune particularité concernant les dents, soit naturelle, soit provenant de mécanisme dentaire, ne put d'abord déterminer la question d'identité de ces restes. Un effort fut fait dans le but indiqué, pour obtenir une description de quelque particularité au cas où elle existerait.

Pour ces informations, chaque dentiste de Baltimore fut interrog-é, mais avec des résultats négatifs. Autant qu'on put l'affirmer, Goss était connu pour avoir des dents remarquablement belles, très en vue lorsqu'il parlait et se découvrant complètement lorsqu'il riait. On ne put apprendre d'aucune source qu'il eût eu occasion d'employer un dentiste.

]\[""^ Closs avait témoigné devant le coroner sur certains feits touchant la personne du défunt supposé. Elle fut conséquemment requise de faire une description plus complète, spécialement de ses dents et d'accorder la permission d'exhumer et d'examiner les restes. Concernant les dents, le questionnaire suivant fut posé : Fournir la description des dents, leur qualité et aspect, étaient-elles partiellement ou entièrement saines ou défectueuses, naturelles ou artificielles'? existait-il quelque dent offrant une particularité, quelques-unes de perdues, combien et quelles dents? y avait -il des dents cassées, combien et quelles dents et comment avaient-elles été cassées? existait-il des dents obturées ou opérées de quelque façon par un dentiste? et comment, où et quand opérées et par quel dentiste ?

La réponse de M"''' Goss fut : « Il ne portait, à ma connaissance, aucurne dent artificielle, ne se plaignait jamais de douleurs ni d'inconvénients par suite de dents mauvaises, et je ne me souviens pas qu'il ait eu recours aux ser\^ccs d'un dentiste pendant

le temps que nous avons vécu ensemble. Je peux affirmer que ses dents de face étaient tout a fait régulières. »

Les restes furent exhumés et examinés dans le Collège de chirurgie dentaire de Baltimore, par les P'' F. -T. Miles, Wjsong, E. Lloyd Howard, Gorgas. Les experts-médecins qui examinèrent le cadavre exhumé, s'accordèrent a dire que peu de lumière pouvait être faite sur cette identité avec Closs, excepté sur la question des dents. Les médecins déclarèrent :

1° Les restes sont ceux d'un individu du sexe masculin;

2° 11 n'était pas nègre ;

3° Il était âgé de 25 à 50 ans -,

4" Il était d'une bonne moyenne en hauteur -, de forte charpente et d'une grande force musculaire-,

5° Il est impossible de déterminer si le feu a occasionné la mort ou s'il était mort antérieurement.

Mais le P^' Gorgas, dentiste, put fournir des opinions de plus grande valeur. Les os maxillaires et les dents furent complètement décrits par lui, comme suit :

COîs^DlTlOX DES MAXILLAIRES OU DES OS DE LA MACHOIRE.

Maxillaire supérieur. — Une portion de la surface extérieure du corps de l'os, en dessous du procès alvéolaire et à droite de la ligne médiane, y compris le trou mentonnier droit, est détruite sur un espace de deux pouces et demi de longueur et un pouce do largeur-, d'autre part, l'os est en parfait état.

Nombre de dents restant à la mâchoire supérieure : deux; nombre de dents restant à la mâchoire inférieure (y compris une racine) : sept.

Condition des deux dents de la mâchoire supjérieure. — Seconde bicuspide supérieure droite : Une cavité de carie superficielle vers la surface postérieure. Cuspides de la surface triturante usées par action mécanique, mais non suffisamment pour oblitérer les dépressions naturelles de cette surface. Troisièm3 molaire supérieure droite, parfaitement saine.

Conditions des sept dents de la mâchoire inférieure. — Racine de l'incisive centrale inférieure droite : La couronne détruite évidemment avant la mort sur un point en dessous du bord libre de la gencive.

Incisive latérale droite : Parfaitement saine.

Canine droite inférieure : Saine, angle usé par action mécanique.

Incisive centrale inférieure gauche : Plusieurs cavités sur les deux surfaces, lesquelles communiquaient.

Canine inférieure gauche : Cavités cariées sur la surface antérieure.

Seconde bicuspide inférieure gauche : Petites cavités cariées sur la surface antérieure.

Troisième molaire inférieure gauche : Larges cavités cariées sur la surface buccale, plus une cavité superficielle sur la surface triturante. Cette surface est usée par action mécanique assez fortement pour oblitérer les dépressions naturelles de la surface.

Forme de l'irrégularité des dents de face, inférieures : Surfaces de l'incisive latérale inférieure droite et de l'incisive centrale gauche, rapprochées l'une de l'autre vers les surfaces triturantes \ ce rapprochement a été causé par la perte de la couronne de l'incisive centrale droite, la racine de cette dernière se trouvant encore dans la cavité alvéolaire.

On ne trouve aucun indice permettant de penser que le sujet avait porté des dents artificielles. Cet examen soigneux et détaillé ne pouvait concorder avec l'attestation de M'"*= Goss, décrivant la bouche de son mari. Comme M""^ (3îoss était mariée avec W.-S. Goss depuis quatorze ans, et que pendant ce temps ils avaient vécu ensemble, il était à présumer qu'elle l'aurait entendu se plaindre de douleurs ou d'inconvénients provenant d'une mâchoire si maltraitée; qu'elle devait se souvenir qu'il avait eu recours aux services du dentiste qui avait fait l'extraction d'un si grand nombre de dents et qu'elle n'aurait pas qualifié les dents de face de tout a fait régulières.

Le procès commença le 27 mai 1873, dans l'enceinte de la cour des Etats-Unis.

La défense fut conduite par le conseil des diverses Compagnies

d'assurances iatéressées, tous membres du barreau de Baltimore.

Les descriptions de W.-S. Goss fournies.au tribunal, furent assez particulièrement concordantes pour démontrer que c'était un homme d'une figure remarq,aable.

On ajouta spécialement qu'il avait des dents fortes et belles. Dans le procès, ces dents étaient donc la pièce de résistance de la défense. Les témoins affirmèrent qu'ils les avaient souvent remarquées quand Goss parlait ou riait.

Les Compagnies échouèrent dans leur tentative de prouver que W.-S. Goss était vivant après le 2 février 1872. Leur conseil, cependant, prit en main la tâche difficile de prouver que le €orps retrouvé était celui d'une autre personne que celui de l'assuré.

Le P"^ E. Lloyd témoigna (en référence au corps exhumé) :

« Bes 16 dents appartenant à la mâchoire supérieure, 9 ont été perdues avant la mort- j'entends quelque temps avant la mort. Il en restait 2 dans la mâchoire supérieure ; 3 sont tombées depuis la mort et deux cavités, qui ont autrefois contenu des dents, sont superficielles^ de sorte qu'il est incertain que ces dents aient été perdues avant ou après la mort. Sur les 16 dents, 9 ont été certainement perdues longtemps avant la mort et probablement 2 autres également. Une des dents perdues de la mâchoire supérieure était une dent de face. Pour les dents appartenant à la mâchoire inférieure, 7 ont été perdues longtemps avant la mort. Une dent a été en partie détruite par la carie. La racine d^une dent et 8 dents restent dans la mâchoire. Sur les 7 dents perdues, 6 étaient des dents du fond et 1 de face et celle dont il ne reste que la racine était une dent de face, ce qui fait donc 2 dents de face perdues de la mâchoire inférieure.

« Sur les 32 dents, 16 se trouvaient incontestablement perdues avant la mort, et sur les 16 restantes 1 n'a plus que sa racine dans la cavité. Les couronnes de 2 des dents de face se sont rapprochées l'une de l'autre, couvrant l'espace d'une dent perdue. Le canal palatin de la mâchoire supérieure, qui forme la voûte de la bouche, juste derrière le milieu des deux dents de face, a été fortement agrandi par un abcès qui a existé avant la mort, lequel abcès communiquait avec la cavité malade d'une des dents de

riicc. L'abcès paraissait s'être formé vers la racine de la dent. Daprès notre opinion, cet abcès, en communiquant avec l'os au moyen de la cavité, a absorbé ou rongé l'os, dans cette partie, formant une ouverture entre le creux de la dent et le canal palatin antérieur. Il doit avoir été extrêmement pernicieux pour avoir laissé de telles lésions dans l'os et ne peut moins faire que d'avoir été très douloureux. Nous jug-eons par les faits précisés que l'autre dent, en dessus de la racine malade, a dû se rapprocher de l'autre en laissant un aspect irrégulier et tordu (modèle en plâtre de la bouche montré aux témoins). J'ai examiné le modèle avant, et j'ai trouvé qu'il correspondait exactement avec les mâchoires que nous avons examinées. »

Le P»' F.-J.-S. Gorgas, qui avait pris part au rapport de l'examen des restes et avait préparé des modèles en plâtre de la bouche, dont firent usage les témoins dans leurs attestations relatives aux dents, fut empêché de témoigner, se trouvant absent par suite de la maladie d'une de ses fdles, qui se trouvait en visite dans une ville de l'Ouest.

Le témoignage du D'" Gorgas étant impossible, le D'' Robert Arthur fut appelé par les défendants et témoigna :

« J"ai exercé la profession de dentiste pendant trente-deux ans.

« (Des modèles en plâtre, de la bouche du sujet, sont passés aux témoins.) Le travail de la nature, après une perte de dents durant la vie, est tel qu'il ne peut donner sujet à aucun doute scientifique, à savoir si les dents ont été perdues avant ou après la mort, et atteste ici qu'elles ont été perdues un certain temps avant la mort. En examinant ce modèle de la mâchoire inférieure et parlant comme expert scientifique, je dirai que ces dents furent perdues, à l'.exception des deux, appartenant à ces deux cavités (dont les dents étaient tombées depuis la mort), certainement plus de deux ans avant la mort du sujet. Dans ce modèle de la mâchoire supérieure, trois des dents, je peux dire, ont été récemment perdues. La dent voisine de celle de face a été perdue incontestablement depuis un ou deux ans. L'absorption paraît avoir été complète, mais la dent de l'œil et la suivante semblent ne pas manquer depuis si longtemps ; l'absorption n'a pas été complète. Je peux déduire, par les petites cavités, que la dent de face a

été perdue quelque temps avant la mort. Evidemment il y a eu là de grandes lésions qui doivent avoir été accompagnées de grandes souffrances. L'endroit où la pénétration du mal s'est faite dans le palais montre une perforation à travers Tos communiquant avec la cavité pulpaire. Les dents doivent avoir été très malades pour s'être trouvées dans de telles conditions. Mon expérience ne me fournit pas d'exemple de tant de dents perdues sans que le patient ait éprouvé de grandes douleurs et n'ait eu besoin de recourir aux soins du dentiste. Dans la mastication de la nourriture ordinaire, la personne doit avoir rencontré de grandes difficultés. Il doit avoir mangé très péniblement. En aucune façon, je ne voudrais dire, en parlant des dents de face, « tout à fait régulières ». Des dents qui sont absentes peuA'ent difficilement s'appeler régulières. Même les dents de la mâchoire inférieure doivent avoir présenté une apparence très irrégulière. »

Le D^" Charles M. Ohr, de Cumberland (des modèles en plâtre de la bouche du sujet exhumé sont passés aux témoins) :

« C'était une denture très irrégulière. A mon avis, le sujet a eu besoin des services du dentiste en plus d'une occasion et il a dû éprouver de grandes douleurs par suite des dents malades. Il n'y a qu'une très petite surface pour la mastication des aliments. Les dents triturantes ne sont pas en face les unes des autres, de façon à permettre à la personne de mastiquer les aliments usuels. L'abcès au palais doit avoir produit des douleurs intenses. »

« Le cas fut présenté au jury qui rendit un verdict (le 6 juin 1873) en faveur de M™^ Goss, pour toucher le montant intégral de l'assurance avec les intérêts ajoutés.

« Le conseil défendant demanda appel de ce jugement.

« Ce fut la fin du premier acte. De tragiques événements s'ensuivirent.

« W.-S. Goss n'avait pas, en effet, péri dans l'incendie de York road. Au mois de juin, qui suivit sa disparition de Baltimore, il arriva au Central Hôtel de Philadelphie, où il se fit enregistrer sous le nom de A.-C. Wilson. Quelques jours après, il parut à CooperstoAvn, dans le comté de Delaware, où il donna le même nom. Il demeura dans cet endroit pendant quelque temps, passa

à Sthensville, puis à Nevvark, a New-Jersey, où il demeura jusqu'au 25 juin 1873. Ce même jour, il repartit pour Philadelphie-, il se logea k William Pems Hôtel.

« Un jour ou deux après, Udderzook arriva à ce même hôtel, s'enquit du nommé Wilson et les deux hommes sortirent ensemble.

« Le !=»• janvier, des nouvelles se répandirent que le corps d'un homme assassiné avait été trouvé dans le comté de Chester, en Pensylvanie, dans le bois de Bœr. Le résumé de ce tragique événement est que Udderzook, après avoir tenté de faire croire à la mort de son beau-frère, W-S. Goss, d'accord avec ce dernier, dans l'intention de bénéficier des sommes assurées, l'avait engagé à quitter Baltimore; mais comme W.-S. Goss se livrait journellement à la boisson et avait même souffert de plusieurs attaques de delirium tremens, Udderzook craignant qu'il ne révélât leur culpabilité commune dans un de ses moments d'alcoolisme, résolut de s'en défaire et l'assassina.

« Un jury d'enquête déclara que cet homme assassiné était bien celui qui s'était présenté en différents lieux et fait inscrire sous le nom de A.-C. Wilson et qu'il était mort par suite de blessures infligées par un couteau-poignard ou tout autre instrument aigu, dont avait dû se servir pour commettre le crime William E. Udderzook (de Baltimore, Maryland).

« Le fait qu'Udderzook avait été le principal témoin de l'incendie de York road, uni à celui que les restes de l'étranger portaient une frappante ressemblance avec la description faite de W.-S. Goss, attirèrent l'attention. De sérieuses investigations furent commencées de suite. Toutes les mesures du corps, le développement musculaire, la figure et l'apparence générale correspondaient exactement avec la description bien connue de W.-S. Goss. Les dents étaient remarquablement belles, régulières et bien conservées. Les restes furent identifiés par des habitants de Baltimore, qui avaient intimement connu Goss pendant sa vie.

« Udderzook fut arrêté le 15 juillet et le 21 octobre le cas vint en jugement.

« L'accusation portait sur deux points : l'un chargeant le prisonnier du meurtre de W.-S. Goss, l'autre le chargeant du meurtre

d'une personne inconnue. Le conseil de défense insista pour que la procédure décidât sur quel point il serait procédé. Le procureur du district annonça nettement sa résolution de choisir l'aecusaxîon de meurtre sur la personne de W.-S. Goss. Le gouvernement assuma alors la double charge de prouver non seulement le meurtre, mais aussi l'identité de l'homme assassiné avec un qui était mort un an et demi avant ce dernier crime. L'accusation d'avoir tué W.-S. Gross ouvrait un large champ de témoignages dans lesquels le motif devenait grandement apparent.

« Le gouvernement présenta une complète et parfaite narration dont aucune partie matérielle ne fut sérieusement combattue par le prisonnier. Udderzook ne présenta réellement rien qui fut digne d'être appelé une défense. Il ne pnt faire comparaître A.-C. Wilson {alias W.-S. Goss) ni retrouver sa trace-, il ne put expliquer de quel Wilson il s'agissait ou quelle était l'origine et la nature de ces relations avec ce mystérieux personnage qui apparaissait sur la scène, entouré de mystère, retombant en quelques mois dans la plus profonde obscurité et pendant son court séjour dans le nouveau monde laissant la preuve de n'avoir connu antérieurement aucune autre personne que Udderzook et A.-C. Goss. »

Le D^' E.-W. Bailley témoigna :

« J'ai trouvé les dents de face, les quatre incisives supérieures et les quatre inférieures, luxées dans la bouche -, deux d'entre elles étaient tombées sur la langue et les autres étaient adhérentes. Je les enlevai de la bouche et elles sont en ma possession. Cette personne avait ce que l'on peut appeler de belles rangées de dents : elles étaient fermes, grandes et paraissaient saines et fortes. »

D*^ E. L^loyd Moward :

« Les dents de face supérieures avaient été entraînées dans la bouche, emportant avec elles une partie de l'alvéole des dents. Je trouvai dix dents restant dans la mâchoire supérieure et, découvertes, de frais alvéoles, desquels quatre autres dents avaient été récemment enlevées. Deux dents du haut avaient été perdues avant la mort. Dans la mâchoire inférieure je trouvai neuf dents à leur place naturelle et j'eus la certitude que cinq autres

avaient été perdues imméiliatement après la iiiurt ou dans le moment immédiat qui l'a précédée. Deux dents de la mâchoire inférieure avaient été perdues quelques mois avant la mort. Au moment de la mort il devait rester en tout 28 dents dans la bouche. Les dents perdues avant la mort, soit de la mâchoire supérieure, soit de la mâchoire inférieure, étaient des dents du fond. L'apparence générale et le caractère de ces dents étaient parfaits; elles étaient blanches, égales et régulières. Il y avait trois ou quatre aurifications et il y avait de légères marques de carie sur deux dents.

Ces témoignages confondirent complètement IJdderzook dans le jugement. Le verdict le déclara moAtrtrier au pj^einler chef.

Le conseil de défense avait fait de nombreuses objections, toutes portant sur la question d'identité, mais aucune ne fut en dernier lieu soutenue par la Cour suprême de Pensylvanie. Leur multitude dénote simplement que les circonstances étaient nombreuses et dans cette multiplication consiste la force de la preuve.

Le juge principal Sgnew^ en donnant le résumé du jugement, dit : « La grande question dans ce cas a été l'identité de A.-C. Wilsonavec W.-S. Goss. Une variété de circonstances et un grand nombre de témoins ont (kabli, sans aucun doute possible, le fait de cette identité et celai que le corps qui a été trouvé dans les bois de Bœr est bien celui de W.-S. Goss. »

Udderzook fut condamné à la peine de mort et exécuté le 12 novembre 1874.

{Vie American Journal Dental Science, vol. XVII, n" 9, 1883, p. 397.)

Observation XIII. — Ohio.

Par John MM. Grath, M. D., Philadelphie.

IDEISTnaCATION DE RESTES HUMAINS PAR LES DENTS.

Parmi les victimes du récent désastre survenu sur la rivière Ohio, se trouvaient deux dames : M'"" T... et M"^ F..., résidentes en cette ville.

Des recherches furent faites par leurs familles pour retrouver

les corps et, au bout de quelques jours, un corps supposé être celui de M™^ T... fut envoyé à sa famille dans la ville. D'après les fragments de vêtements, de bijoux, etc., trouvés près du corps delà défunte au moment où il fut enlevé du bateau, la famille de M"^ F. . . fut amenée à supposer, et même a croire que c'était le corps de M"^ F. . . qui avait été envoyé à la ville au lieu de celui de M"'^ T. . . La plus g'rande partie du corps fut trouvée presque entièrement détruite par le feu, les parties molles racornies, les os brisés sortant à travers les chairs et la figure horriblement brûlée, détruisant les traits de telle façon que l'identification sur ce point devenait impossible. En conséquence, il fut convenu de permettre aux dentistes des familles respectives de décider la question, pensant qu'ils seraient capables de le faire par leur souvenir de la forme des dents, le nombre et les caractères de leurs obturations, quelles dents étaient obturées, l'articulation, etc.

Les D^'^ Spencer Roberts et Robert Mac Grath furent alors appelés pour faire l'examen nécessaire et décider à quelle famille le corps appartenait.

Le D"^ Roberts représentait M"'^ T..., sa cliente, comme ayant une articulation normalement régulière, les dents supérieures fermant régulièrement dépassant un peu les inférieures. Les incisives supérieures avaient été obturées, elles étaient longues et étroites par suite de limage. Les incisives inférieures étaient tout à fait longues, les gencives étaient décharnées. M"^ T. . . avait perdu plusieurs dents et la seconde bicuspide de la mâchoire inférieure avait été obturée à l'amalgame.

En résumé, les dents devaient présenter les indications usuelles d'une personne entre deux âges.

M"^ F..., au contraire, avait une articulation irrégulière, consistant dans une antéversion peu ordinaire de la mâchoire inférieure, difformité que le D^" Mac Grath avait désiré corriger pendant qu'elle était enfant, mais il n'avait pu obtenir son consentement. Ses incisives supérieures étaient courtes, larges et un peu tournées. Le côté gauche de la pointe coupante de l'incisive gauche, un peu plus long que le droit, fait dû à ce que ce dernier avait été usé -, la latérale gauche courte et étroite.

Les particularités de ces deux dents étaient produites par

larticulation anormale. Ses dents incisives n'avaient jamais été obturées ni limées. Les dents de la mâchoire inférieure étaient un peu irrégulières et courtes, les g-encives saines et enveloppant bien les dejits. Elle n'avait perdu qu'une dent et n'avait aucun amalgame dans la bouche. En résumé, les dents devaient présenter les indications usuelles de la jeunesse.

En voyant le corps, la première chose qui attira l'attention fut l'avancement de la mâchoire inférieure. L'examen de l'articulation démontra qu'il n'existait aucune dislocation capable d'avoir produit cette difformité. Cela seul suffit pour dissiper tous les doutes sur la famille à laquelle le corps appartenait. Un plus long examen ne fit que confirmer cette opinion. Les incisives supérieures furent reconnues courtes et larges, comme elles avaient été représentées par le D'" Mac Grath, non pas longues et étroites comme le cas se présentait pour la cliente du D'' Roberts. Aucune dent n'avait été obturée ni limée. L'incisive centrale gauche fut trouvée un peu plus longue sur un côté que sur l'autre; l'incisive latérale gauche courte et étroite. Les incisives inférieures furent trouvées courtes, légèrement irrégulières; les gencives étaient saines et prenant fermement les dents, au lieu des dents longues,, étroites et des gencives décharnées comme celles de M""'' T... En poursuivant l'examen, on reconnut la perte d'une seule dent, la deuxième bicuspide, côté gauche de la mâchoire inférieure, et non l'absence de plusieurs dents, comme chez j^jme rj^ Finalement aucune trace d'amalgame dans la bouche.

En résumé, les dents et l'articulation furent trouvées conformes dans tous leurs détails avec celles de miss F. . . , comme elles avaient été décrites par le D»" Mac Grath, enlevant tous les doutes qui pouvaient subsister sur l'identité du corps et affirmant d'une manière satisfaisante à toutes les parties intéressées à quelle famille le corps appartenait.

[Dental Cosmos, vol. XI, p. 779, 1869.)

ObseevàtiojS XIV. — Parkmakîs-Webster.

Le procès du P'' Webster est un des cas les plus remarquables dans les annales de la jurisprudence criminelle.

Le 24 novembre 1849, le D'" Georges Parkmann, le bienfaiteur si connu de Boston, disparut. Des recherches furent faites par ses amis et par la police. Comme il était propriétaire de plusieurs -immeubles dont il touchait lui-même les revenus, on craignit que l'un de ses locataires l'eût volé et l'eût assassiné ensuite. Les efforts les plus actifs et les plus énergiques furent encouragés par de fortes récompenses et par l'intérêt général que soulevait cette mystérieuse disparition. Rien ne put être découvert, sinon qu'il avait été vu, dans l'après-midi de sa disparition^ au Collège médical de l'Université d'Harvard, en compagnie du D^' John Webster, professeur de chimie dans ladite Université.

Une semaine après, des recherches ayant été faites en d'autres lieux, on tourna les regards là où l'homme vivant avait para pour la dernière fois; une impression fâcheuse se souleva, que les murs du Collège gardaient le secret. Les officiers qui conduisaient les recherches furent surpris de trouver dans une voûte faisant partie du laboratoire du D^' Webster, des parties d'un corps humain et avec elles des serviettes marquées aux initiales du D^' Webster. Des recherches suivies amenèrent la découverte du tronc entier d'un corps humain dans un coffre à thé. On trouva aussi dans un four un grand nombre de fragments dos appartenant à un corps humain et qui se trouvaient mutilés. Ces restes furent soumis à l'examen de médecins et d'hommes scientifiques. Les diverses parties trouvées furent réunies. Il manquait la tête, les bras, les deux pieds et la jambe droite en dessous du genou.

Aucun fragment ne fut trouvé qui pût constituer un duplicata^ c'est-a-dire que, quand le tout fut assemblé il fut constaté que les morceaux appartenaient aux différentes parties d'un corps humain et ne pouvaient appartenir à deux ou plusieurs corps. Cependant il n'y avait rien dans ce fait qui identifiât ces restes

comme étant ceux du D' Parkmann. On se trouvait dans un Collège médical où la dissection des corps était régulièrement pratiquée, pour les études d'anatomie et des branches relatives.

Mais parmi les cendres de la fournaise on trouva environ 174 grains d'or, évalués à 9^VJ44"', un bouton de perle partiellement calciné, une dent humaine ayant une cavité et paraissant avoir été obturée-, trois blocs de dents minérales avec des rivets, mais sans la plaque d'or sur laquelle elles étaient enchâssées; un grand nombre de fragments d'os appartenant au crâne (quatre fragments de la mâchoire inférieure furent spécialement remarqués). Ces os paraissaient avoir été exposés à une intense chaleur, et quelques-uns d'eux, en contact avec l'or, étaient colorés en rouge par l'oxyde de ce métal.

Le D'" Keep, dentiste de la famille du D^" Parkmann depuis trente-cinq ans, examina les dents minérales et les reconnut comme étant son travail, le même qu'il avait fait trois ans avant pour le D'" Parkmann. Les parties de la mâchoire trouvées dans le four furent réunies et on vit qu'elles s'adaptaient à un modèle de la mâchoire du D^" Parkmann qui avait été pris par le D'' Keep quand il fit les dents artificielles. La mâchoire avait une forme trop particulière, et la coïncidence de ces os avec le modèle était trop remarquable pour admettre beaucoup de doutes sur la question de savoir si on se trouvait on non en présence de la mâchoire du D^ Parkmann. La forme de la mâchoire inférieure indiquée par quatre fragments de la partie droite, entourait à moitié un menton relevé et un des témoins rappela à ce sujet que dans un moment de plaisanterie sa sœur l'avait appelé chin (menton). Il y avait aussi une notable dépression sur le côté gauche de la mâchoire inférieure, correspondant à ce que le dentiste de la famille appelait « une grande iri'égularité ». Le D"^ Keep dit que s'il voyait ces mêmes dents minérales n'importe où, même au delà des mers, il serait capable de prouver qu'il les avait faites pour le D' Parkmann, tant leurs particularités étaient caractéristiques, et de plus que l'os de la mâchoire du D"" Parkmann avait quelque chose de spécial qu'aucun autre être humain ne pouvait avoir.

Qui aurait pu penser lorsque, trois ans auparavant, le D^' Park-

mann se trouvait entouré par une foule de spectateurs, comme un des fondateurs da Collège médical qui s'ouvrait pour la première fois, que ce monument devrait être associé à son nom devenant à la fois un autel, une tombe et un monument funéraire et que les dents, qui avaient alors aidé à la prononciation de son discours en ce jour de fête, seraient maintenant les témoins silencieux et incorruptibles du meurtre???

Le rapport scientifique de quatre médecins nommés pour examiner les restes trouvés dans le Collège médical certifièrent que les restes étaient ceux d'un homme de la taille, de l'apparence générale et de l'âge environ du D'' Parkmann. Le témoignage du démonstrateur d'anatomie prouva que les restes lie faisaient pas partie d'aucun sujet utilisé dans le Collège pour la dissection. L'agent du D^^ Parkmann témoigna : « Sa mâchoire était proéminente, la partie inférieure surtout. Je n'ai pas besoin de laisser à comprendre que je jure positivement de l'identité des restes du D"" Parkmann . »

Le beau-frère du D^' Parkmann témoigna : « Je crois que les restes sont ceux du D^' Parkmann, du fait même que le docteur a disparu et aussi à cause de l'absence de cheveux sur le derrière de la tête. S'il n'avait pas disparu, je n'aurais pas pensé à cette particularité des cheveux. »

Mais le témoignage du D' Keep (le dentiste) et de son assistant le D^' Lewis Noble, fut la partie la plus frappante de l'évidence par laquelle l'identification des restes du D^Parkmann mort assassiné, fut assurée, et quoique étant une évidence circonstantielle, elle était pleine et irrésistible. Nous donnerons maintenant un extrait du rapport de ce dentiste et d'autres.

Le D"^ N.-C. Keep, dentiste, certifia ce qui suit :

« J'ai exercé pendant trente ans la dentisterie et j'ai donné mon attention aux dents naturelles et artificielles. J'ai connu le D^" Parkmann vers l'année 1822. Depuis 1825, je crois, il m'employa comme dentiste de sa famille et depuis ce temps il eut toujours recours à moi, quelque soin qu'il eût besoin. Dans le bloc de dents minérales qui me fut montré par le D^" Lewis, je reconnus les dents que j'avais faites pour le D'' Parkmann en 1846. La bouche du Di' Parkmann était^ sous tous les rapports, une bouche

spéciale, différant si particulièrement dans la relation qui existe entre les mâchoires supérieures et inférieures que l'impression faite sur mon esprit était restée très distincte. Je me souviens de la particularité de la mâchoire inlerieure avec grande exactitude.

« Les circonstances qui accompagnèrent la commande de ces dents eurent quelque chose de particulier. La première question posée par le D'" Parkmann quand les dents lurent commandées fut: «Combien de temps faudra-t-il pour les faire?» Je pris la liberté de lui demander pourquoi il était si intéressé à le savoir. Il me dit que le Collège médical devait s'ouvrir, qu'il devait y être présent et peut-être obligé de parler et qu'il en avait besoin pour ce moment ou sinon qu'il n'en aurait pas besoin du tout. Le temps employé fut très court, la particularité de la bouche présentait un cas demandant autant d'habileté qu'il était possible. Je commençai le travail aussitôt et y donnai journellement une grande partie de mon attention. Par suite de ces circonstances et de la brièveté du temps et de l'entière application que j'y donnai, je me rappelle très distinctement ce qui fut fait pour ce traAiiil, mieux que dans les autres cas ordinaires.

« Je procédai selon l'habitude a prendre d'abord l'empreinte. Le premier point était de prendre un exact fac-similé de chaque mâchoire, avec de la cire, du métal, plâtre liquide^ etc. Une plaque fut faite d'après cela et le point suivant fut naturellement d'assurer la relation entre la mâchoire supérieure et l'inférieure. Un modèle de la mâchoire inférieure fut fait d'après une empreinte prise avec de la cire, et par ce moyen la plaque inférieure fut ajustée. La plaque supérieure fut posée de la même manière. ,Le D' Keep montra les plaques originales qui étaient fixées aux modèles.) Ces plaques furent faites avant les plaques en or, afin de s'assurer si le modèle n'avait pas de déf;aut. Quand les plaques furent fixées dans sa bouche je le priai de la fermer, jusqu'à ce que je fus satisfait d'avoir obtenu une distance convenable.

« Une grande irrégularité de la mâchoire inférieure (côté gauche) du D^" Parkmann me causa beaucoup d'ennui en montant le dentier. Chaque pièce des dents dut être laite en trois blocs et ajustée à la plaque en or. Il y avait des ressorts en spirale qui

joignaient les deux appareils pour permettre au patient d'ouvrir et de fermer la bouche sans craindre de déplacer les dentS;, ce qui aurait eu lieu sans les ressorts. Il survint un accident qui endommagea une des dents du bloc de face, et retarda l'achèvement du travail jusqu'à la veille de l'ouverture du Collège médical. Il se termina enfin avec l'aide de mon assistant qui y mit toute l'assiduité possible, trente minutes seulement avant l'ouverture du Collège médical. Mon assistant était M. Noble. Lorsque je vis ensuite le D'' Parkmann, il me dit qu'il sentait qu'il ne lui restait plus assez de place pour sa langue. Pour obvier à cette difficulté, je meulai le bloc de la mâchoire inférieure en dedans pour le rendre plus mince et fournir plus de place à la langue. Ce meulage, en ce cas, ne fut pas accompli aisément. Les dents étant adhérentes à la plaque, nous ne pouvions pas user avec une grande meule, nous devions nous servir d'une petite. Cette opération enleva la couleur rouge qui représentait les gencives et aussi l'émail de l'intérieur des dents inférieures. La marque laissée par le moulage était très notable, ayant employé une meule plus petite que l'appareil.

« .Je vis fréquemment le D^' Parkmann. La dernière fois ce fut, autant que je puis m'en souvenir, environ deux semaines avant sa disparition. Il venait me voir tard dans la soirée, vers dix heures. Il me fit part de son ennui concernant ses dents. Je les pris, les examinai et mis de nouveaux ressorts. Je n'eus pas avec lui d'autre entrevue professionnelle. On vint me dire que le Di" Lewis désirait me voir et il se présenta a moi avec ces restes de dents (les montrant), me demandant de les examiner. En les regardant je les reconnus pour être les mêmes dents que j'avais faites pour le D»' Parkmann. La partie la plus grande qui restait était le morceau appartenant au côté gauche de la mâchoire inférieure. Plusieurs autres parties avaient été très endommagées par le feu. Je commençai par chercher le modèle sur lequel ces dents avaient été faites, mis le métal à sa propre place et il s'adapta exactement. Il était resté suffisamment de ces morceaux pour reconnaître la place à laquelle ils appartenaient. (Il montre alors le modèle et les restes de dents, etc.) Toutes les pièces trouvées (il y avait cinq pièces) furent adaptées à leur

place exacte. (Les blocs des dents furent montrés au jury par le» témoins et ensuite aux juges.)

« Je trouvai incrusté plus ou moins avec ces dents minérales quelques très minimes portions d'or. J'ai vu les dents dans la bouche du docteur la dernière fois que j'ai causé avec lui. La présomption est très forte que ces dents ont été mises dans le feu avec la tête. La nature de ces dents minérales est telle que, étant usées, elles absorbent des petites parties d'eau; quand elles sont soudainement chauffées, la surface se resserre, l'eau se change en vapeur et elles font explosion. J'ai vu de telles explosions avoir lieu en chauffant les dents qui avaient été usées et quand elles ont été usées récemment l'explosion a sûrement lieu si elles sont chauffées rapidement. Donc étant dans la bouche lorsqu'elles ont été placées dans le feu, une petite partie seulement a été exposée à la chaleur-, et comme la température a dû s'élever graduellement, l'eau aura eu le temps de s'échapper et c'est par conséquent, selon moi, le motif pour lequel les dents n'ont pas éclaté, excepté les dents de face qui ont été plus exposées. J'ai trouvé, fusé dans les restes des dents, des portions de mâchoire humaine. Toutes ces dents m'ont été montrées en même temps.

« Conclusion : Ma première impression en voyant les dents que le D'' Lewis m'a montrées se basa sur les circonstances que j'ai rapportées. Ne croyez pas que je les aie rayées de mon souvenir, depuis qu'elles me furent montrées. Je les connaissais bien moi-même, sans examiner le moule. Le moule du D^' Parkmann était conservé comme le sont habituellement tous les moules, en cas d'accident pouvant survenir aux dents. »

Le D'' Lewis Noble, assistant du D'" Keep, témoigna :

« Je me souviens avoir foit des dents minérales pour le D'' Parkmann en 1846; j'ai écrit le nom du D'" Parkmann sur le modèle : D'' Parkmann j octobre 1846. Jo reconnus les dents, du moment que je les vis, aussi bien par la conformation générale que par suite de plusieurs détails dont je me souvenais; je notai aussi le dépoli qui existait à cause du limage fait par le D'" Keep sur les côtés inférieurs. Je sais positivement que ces dents ont été faites pour le D' Parkmann; j'ai tous les motifs pour croire que ces dents ont été faites par moi comme je crois à tout fait que je con-

nais. Je me souviens qu'elles devaient être faites pour le jour de l'ouverture du Collège médical; je me rappelle les circonstances de l'ouverture; j'étais présent et je guettais pour savoir si le D^Parkmann parlerait, afin de connaître comment les dents fonctionneraient ; il ne parla pas contrairement à ce que j'attendais qu'il dût le faire, lorsqu'il fut félicité par le gouA'erneur Everett pour sa générosité. Je compris que le D^' Parkmann avait donné le terrain sur lequel était situé le Collège médical à l'Université Harvard. »

Un autre dentiste, le D^" Daniel Harwood, exerçant à Boston depuis 1839, affirma qu'il avait tout à fait l'habitude de distinguer le travail d'un dentiste avec celui d'un autre. Il alla même assez loin disant : « Il y a des signes caractéristiques concernant les dents au moyen desquels un dentiste doit être à même de reconnaître son propre ouvrage aussi bien qu'un sculpteur reconnaîtrait sa statue ou un négociant sa propre écriture. »

Un autre témoin, le D^' Joshua Tucker, dentiste à Boston pendant vingt et un ans, Mit :

« Je pense que le dentiste qui a fait ce travail peut l'identifier aussi bien qu'un artiste qui a passé une semaine pour peindre le visage d'un homme sur une toile, peut reconnaître la peinture faite par lui-même. »

En réunissant tous ces témoignages et constatant que le corps hypothétiquement reconstruit par les moyens de la science anatomique, d'après les restes découverts qui correspondent parfaitement à ceux du D^' Parkmann, en hauteur et en âge, et la forme générale ne différant sous aucun rapport connu; trouvant de plus une particularité très marquée dans l'os de la mâchoire inférieure, commun aux deux, il y a une grande probabilité qui s'élève à une certitude* suffisante par la reconnaissance formelle du D^" Keep des dents de la victime.

Le jury, le douzième jour de sa session, tomba d'accord sur un verdict de culpabilité, et personne ne peut douter de sa justice, car à la fin le D^' Webster avoua son crime clairement et sans équivoque. L'événement vérifia à un remarquable degré les particularités des preuves données, montrant comment par un examen

patient des circonstances et des laits on peut arriver à connaître la vie et les heures les plus secrètes de l'homme.

{American Journal of Dental Science, 1883, vol. XVII, 11° 0, p. ;i91.)

Observation XV. — Affaire de Tisza-Eslar. (Rapport d'Hoffmann.)

Il s'ag-issait de déterminer l'identité ainsi que la cause et !a date de la mort d'un cadavre de jeune fille, retiré de la Theiss au niveau du village de Tisza-Dada, le S juin 1882, autopsié une première fois le lendemain, puis une seconde fois, après exhumation le 7 décembre suivant.

L'instruction ouverte contre treize juifs de Tisza-Eslar, les accusait d'avoir égorgé Esther Solymosi, jeune protestante âgée de 14 ans et 4 mois, disparue depuis le 1^' avril de la même année, et dont on retrouvait les vêtements et une cicatrice à la jambe, sur le cadavre de Tisza-Dada. Les premiers experts (en opposition avec ceux chargés de l'exhumation du 7 décembre) avaient admis qu'on était en présence d'un corps de jeune fille beaucoup plus âgée qu'Esther Solymosi, et l'instruction en concluait que les juifs de Tisza avaient jeté à l'eau un cadavre habillé des vêtements de leur victime, après lui avoir rasé la tête pour le rendre méconnaissable.

Trois questions étaient posées :

1° Quel était l'âge du cadavre;

2° Quelle avait été la durée du séjour dans l'eau, et l'époque de la mort-,

3° Quelle était la cause delà mort.

M. Hoffmann, qui fut chargé de l'examen, arriva aux conclusions suivantes : Le cadavre appartenait au sexe féminiiT, période de la puberté, d'âge probable de 14 ans, ayant séjourné deux mois et dixhuit jours dans l'eau.

Son rapport contient une critique particulièrement intéressante du rapport des premiers experts, qui avaient indiqué un âge plus avancé, en se basant sur l'examen du squelette et de la dentition.

« Les dents permanentes sauf les dents de sag-esse, qui n'étaient pas encore poussées, étaient au complet, d'où la conclusion que le sujet avait passé Yàge de 12 à 13 ans, puisque c'est la date d'éruption de la deuxième molaire. Les dents de sag-esse ne paraissent que vers 16 ou 17 ans, de sorte que Tétat de la dentition sur le cadavre de Tisza-Dada correspondrait à la période de 12 a 13 ans plutôt qu'a celle de 16 a 17 ans. Malheureusement, l'éruption des dents de sag-esse ne se fait pas avec la même régularité que celle des autres dents, car elle peut retarder jusqu'à 24, même ne pas avoir lieu.

« J'estime donc, dit Hoffmann avec les experts de Tisza-Eslar, que leur absence par elle-même n'a aucune signification ; je suis loin toutefois de la croire dénuée de toute valeur, en la rapprochant des autres éléments de la question, d'autant mieux que nous devons juger d'après la règ-le et non d'après l'exception. »

Puis continuant l'examen du rapport des experts :

« Aux termes de leur rapport, les sutures du crâne n'étaient pas soudées, le cartilag-e suturai du sphénoïde et de l'occipital était mince, mais non ossifié. Les alvéoles des dents de sagesse supérieures étaient recouvertes de parties molles ; aux dents inférieures, on voyait une légère couche osseuse, etc., etc. » Et résumant les considérations sur l'examen du squelette en général, M. Hoffmann trouve que l'âge indiqué est trop avancé.

Afin, alors, de donner plus d'autorité à ses conclusions, M. Hoffmann fit un examen comparatif de trois squelettes, dont l'âge répondait à ceux que les différents experts avaient respectivement indiqué.

Pour le premier cadavre, qui est celui d'un jeune garçon de 15 ans, il note en ce qui concerne les dents :

« Les dents permanentes à l'exception des dents de sagesse, sont complètes et parfaitement saines. Le bord tranchant des incisives moyennes inférieures et l'incisive supérieure droite externe est légèrement usé. L'alvéole delà dent de sagesse supérieure droite est ossifié, la face inférieure et la face externe de l'alvéole sont ouvertes et par cette ouverture, de la grosseur d'une lentille, on peut voir la dent contenue dans sa cavité. A gauche et en haut la préparation a brisé l'alvéole et la dent elle-même a disparu ; k

la mâchoire inférieure, les alvéoles des deux dents de sagesse sont fermés par une lame osseuse, Siiuf sur un point de la grosseur d'un grain de chanvre a la face supérieure, par où l'on peut voir les deux dents faiblement enchâssées dans l'alvéole. »

L'examen de l'ensemble du squelette lui permit de conclure qu'il avait beaucoup de points de ressemblance avec celui de Tisza et que l'âge des deux était peu différent.

Le deuxième squelette examiné fut celui d'une jeune fille de 18 ans. Les dents de sagesse sont encore recouvertes par les parties molles, et les alvéoles fermés par une lame osseuse à la mâchoire supérieure-, à la mâchoire inférieure, les dents ont percé l'alvéole depuis longtemps.

Le troisième squelette était celui d'une jeune fille de 20 ans. La dent de sagesse supérieure droite ne laisse paraître que la partie la plus superficielle de sa couronne; la gauche et les deux inférieures sont complètement sorties. La droite inférieure est atteinte de la carie dans sa portion contiguë à la deuxième molaire également cariée.

Cet examen comparatif dont nous n'avons détaché que les passages qui ont trait aux dents, permit au D»' Hoffmann de conclure que le cadavre de Tisza-Dada appartenait à un sujet infiniment plus rapproché de 14 et 15 ans que de 18 ou 20.

Observation XVI. — EupmîAsiE Mercier.

(D"' Goldeiistein.)

On se souvient encore du procès célèbre de 1885 : M"^ Ménétret^ assassinée et brûlée par sa vieille bonne Euphrasie Mercier, qui enterra les ossements dans le jardin de la propriété de Villemomble. A cette disparition si étrange de la maîtresse de maison, la vieille scélérate prétendait que sa maîtresse s'était retirée dans un couvent. Des soupçons décidèrent la justice à faire des recherches on trouva les ossements enterrés dans le jardin; la vieille Euphrasie prétendit qu'il y avait eu jadis, en cet endroit, un cimetière, mais ces os étaient noirs et carbonisés.

Le très intelligent juge d'instruction d'alors, M. Athalin, eut la pensée, pour terminer son enquête et ses investigations, de faire examiner les mâchoires et les débris des dents. Il fallait retrouver le dentiste qui donnait des soins à M''" Ménétret.

En effet, le D'" Goldenstein apprend à M. le juge d'instruction qu'il trouve sur une fiche, dans le registre de son prédécesseur, le D^ Delestre, la mention suivante :

M"= Ménétret,

Une aurification de la dent de 6 ans inférieure droite.

Une obturation de la deuxième grosse molaire du même côté.

Le juge confie les mâchoires et les débris des dents à M. Goldenstein qui les reconstitue et retrouve la dent aurifiée, avec son bloc d'or séparé, plus la dent obturée à l'oxychlorure de zinc.

Obseevation XVII. — AssAssm de Lixcoln.

Identification des restes de John Wilkes Bootli.

(Lu -par Barry more-Marco, D. D. S. New-York, devant le First District Dental Society, le 14 décembre 1897.)

Après l'assassinat du président Lincoln, John Wilkes Booth se réfugia dans la grange d'une ferme, située dans la partie de la Virginie traversée par le Potomac. La cavalerie des Etats-Unis le poursuivit, entoura la grange et l'incendia. Booth força l'entourage et tenta de s'échapper, mais un sergent fit feu et le tua ; on le crut du moins. Une sérieuse question fut soulevée à ce sujet, à savoir si Booth avait été tué ou non; beaucoup prétendaient qu'il s'était échappé et qu'il vivait au loin, sous un autre nom. Le débat continua pendant plusieurs années.

Peu de temps après, à la mort de Edwin Booth, le célèbre acteur, on accorda le permis de transporter les restes du supposé John Wilkes Booth dans le caveau de la famille, au cimetière de Druid Hill, a Baltimore.

Evidemment la famille ne pouvait pas identifier les restes.

Un dentiste, qui avait assisté la famille pendant plusieurs

— ÔIO —

années et soigné également les dents du défunt, fut amené spécialement dans ce but.

En faisant son examen, il identifia de suite ces dents par une obturation qu'il avait pratiquée dans l'une d'elles et aussi par une frappante et particulière conformation de la mâchoire, qui lui avait fait impression au moment de l'opération. Cette identification était positive et assura le fait que Booth avait

été tué.

{Dental Cosmos, février 1898, p. 114.)

Observation XVIII. — Powel.

(In Tliese Dumur, p. 72, Lyon, 1882.)

Un intrépide chasseur du nom de Powel, "était parti à la tête d'une nombreuse troupe pour chasser le lion en Abyssinie. Au bout de quelque temps, on n'eut plus de nouvelles de l'expédition. L'on apprit, cependant, que des Européens avaient été massacrés par quelques tribus africaines. M. Powel était possesseur d'une grande fortune dont ses frères devaient hériter-, l'un d'eux partit à la recherche du voyageur.

Pendant le cours de son voyage, il fut reçu par un chef qui donna une fête en son honneur. Quelle ne fut pas la surprise de M. Th. Powel, en reconnaissant sur la tête crépue de l'épouse de ce chef, le chapeau en satin bleu de sa belle-sœur. Le crime était découvert et le personnage en question fut contraint d'avouer qu'il avait trempé dans le massacre. Il raconta que les crânes des victimes étaient amoncelés dans un grand temple. Ce fut là que M. Th. Powel parvint, après bien des recherches, à découvrir le crâne de son frère.

11 le rapporta en Angleterre, croyant que cette pièce suffirait pour établir la mort de son frère, mais l'identité ne parut pas suffisante.

Voici comment M. Powel obtint gain de cause. Il se rappela alors que son frère s'était fait extraire et aurifier plusieurs dents, avant son départ, par un dentiste renommé de Southampton. Le

crâne fut reconnu par le dentiste,, qui n'hésita pas à prêter serment sur l'identité de son travail, et, qui plus est, pouvait en fournir la preuve en produisant l'empreinte en cire des dents d'Henri Powel; ce moulage s'appliquait parfaitement sur les dents du crâne rapporté d'Abyssinie.

On admit le praticien à prêter serment et le partage de l'héritage ne rencontra plus d'obstacles.

Observation XIX. — Godox (Amérique du vSud). (Communiquée par M. Grodon.)

Une de ses clientes fit partie, en 1885, avec un groupe d'Européens, d'une caravane qui parcourait une région de l'Amérique du Sud^ dans un but moitié commercial et moitié scientifique.

Une vingtaine de membres delà caravane, dontM"'^ X..., furent envoyés en avant pour chercher de l'eau. Surpris par une troupe d'Indiens ils furent tous massacrés. Les corps mutilés et dépouillés de tous vêtements furent abandonnés sur le terrain et devinrent la proie des bêtes sauvages.

Quelque temps après un missionnaire, traversant ces régions peu explorées, se trouva en présence des restes des malheureuses victimes.

En examinant une des têtes, il constata sur un maxillaire inférieur, la présence de dents aurifiées et d'un appareil prothétique composé de deux dents artificielles, montées sur une plaque d'or et de caoutchouc rose; il rapporta la tête au consulat le plus voisin. L'appareil reconnu par un des amis fut envoyé à la famille. Il fut ainsi possible de fixer l'identité du cadavre trouvé et d'établir d'une façon authentique la mort de M"^ X...

Observation XX. — Gouffé.

-Eapport sur l'identité du cadavre par A. Lacassagne (de Lyon).

M'''= Gouffé dit que les dents de la mâchoire supérieure étaient assez écartées. Les dents du milieu étaient plates et larges-, il ne manquait pas de dents sur le devant de la bouche. « Je sais

qu'il s'était fait arracher, il y a plusieurs années (antérieurement à 1881), une dent par M. Brasseur, dentiste, lequel est actuellement décédé. Je ne sais pas quelle dent il s'était fait arracher... Mon père fumait la pipe et le cigare. »

M""" Gouflfé croit la disposition des dents de la mâchoire supérieure de son père si caractéristique qu'elle ajoute : « Si j'avais pu voir la mâchoire ou la moulure de la mâchoire, je la reconnaîtrais bien certainement. »

« Je me souviens que quand il riait, dit M. le D' Hervieu, les incisives supérieures, les moyennes surtout, apparaissaient longues et très écartées. »

M. le D'" Paul Bernard constate que les dents, en bon état, sont au complet-, seule, la première molaire fait défaut; les incisives et les canines de la mâchoire inférieure sont noires.

Rappelons la description plus complète que nous avons faite, lors de l'inhumation du lo novembre.

Les mâchoires sont fortes, la dentition est bonne, elle est complète à la mâchoire inférieure, où les incisives et les canines sont noirâtres a leur foce postérieure, ce qui semble indiquer que le sujet était un fumeur. La mâchoire supérieure possède toutes ses dents, sauf la première grosse molaire droite. Les deux incisives médianes sont fortes, proéminentes, d'une manière remarquable et paraissent légèrement ébréchées à leur bord libre.

Ajoutons que l'alvéole dans lequel était enchâssée la molaire qui a été enle^Te est comblé et que le travail de raréfaction qui s'est fait sur place indique qu'il date de plusieurs années. La coloration noirâtre a disparu par des frictions et des lavages.

Après préparation du crâne, nous constatons que les dents sont très déchaussées -, il y a de la gingivite cxpulsive ou alvéolodentaire. Ce sont bien les dents d'un homme approchant de la cinquantaine.

Sur la demande de notre collègue, M. le D^" Descout, une empreinte des deux mâchoires a été prise, par les procédés ordinaires, et le moule en plâtre a été adressé à M. Dopffer, juge d'instruction.

En résumé, au point de vue de la dentition, identité absolue

entre les renseignements fournis sur Grouffé et les constatations que nous avons faites.

Lyon, 11 avril 1890.

A. Lacassagîte.

{Affaire G-ouffé. Lyon, Storck, éditeur, 1891.)

Observation XXI. — Banquier de Saint-Pétersbotirg. Observation citée par Merciolle. (Thèse de Lyon, 1891.)

Un banquier de Saint-Pétersbourg avait été tué dans son propre cabinet. Auprès du corps, on trouva un porte-cigares en écume à demi brisé; mais le bout d'ambre était intact. On avait supposé d'abord qu'il appartenait au banquier lui-même, d'autant plus qu'il contenait le reste d'un cigare de luxe.

En examinant l'objet, le juge d'instruction remarqua que l'ambre portait deux traces très visibles d'usure par les dents du fumeur, l'une beaucoup plus profonde que l'autre. Ces deux entailles ne s'adaptaient pas aux dents de la victime.

Le porte-cigares, brisé très probablement dans la lutte, appartenait donc au meurtrier. Or, au cours de l'instruction, le juge reçut la déposition d'un cousin du banquier venu cbez lui le jour même du crime, et d'après ce que l'on avait cru jusque-là, une demi-heure seulement avant le crime. En écoutant le témoin, le juge remarqua que son incisive gauche était un peu plus courte que sa voisine, et il le pria d'essayer le porte-cigare. Le témoin pâlit et refusa avec hauteur. Le juge le fit arrêter et l'obligea à se prêter à l'expérience. Les dents s'adaptèrent exactement aux deux sillons creusés dans l'ambre.

Observation XXII. — Affaire Bonino.

Un Piémontais, nommé Bonino, ancien militaire, âgé de 46 ans, s'était retiré dans un village, près de Montpellier. Il disparut en 1823, et le bruit se propagea qu'il était allé en Espagne.

Mais bientôt une rumeur sourde se répandit qu'il avait été assacsiné par sa maîtresse et par un nommé Dimont^ qui épousa cette femme neuf mois après la disparition de Bonino.

Deux ans après, en 1826, la justice fit des recherches et trouva un cadavre dans le jardin même de celui qui était soupçonné.

L'exhumation fut faite et le squelette découvert gisait sur le dos. (Suivent des détails sur la position du corps.) Une circonstance particulière pouvait faire reconnaître si ce cadavre était celui de Bonino qui avait un sixième doigt à la main droite et un autre au pied gauche.

L'état de décomposition fit déterminer par les experts que l'enfouissement remontait à trois ans et demi environ.

L'examen du bassin établit d'abord qu'il s'agissait d'un homme.

L'âge fut déterminé par l'examen du squelette.

« Le développement complet des os, celui des éminences sur lesquelles viennent s'attacher les muscles et celui des mâchoires, l'état des dents qui étaient en nombre complet, à l'exception de la quatrième molaire droite de la mâchoire supérieure, dont la chute était très ancienne puisque la cavité alvéolaire était ossifiée et que les dents voisines n'avaient pas changé de direction, quoique n'étant plus soutenues, nous ont amené à dire qu'il avait atteint sa quarantième année.

(Tiré des Ephémérides médicales de Montpellier, 1826. Orfila et Lesueur.)

Observation XXIII. — Affaiee Houet.

On peut avoir à établir une identité au moyen d'un squelette comme le cas s'est présenté dans l'affaire de Isi veuve Houet y étranglée et enterrée par Robert et Bastien, dans le jardin d'une maison de la rue de Vaugirard. Il s'agissait, douze ans après ce terrible crime, de reconstituer ce corps rongé par le temps et la chaux dont il avait été couvert, et de dire le sexe, l'âge, la taille, la date de l'inhumation, etc. Quatre savants : Boys de Loury, Chevallier, Orfila, Marc avaient été appelés.

Après l'examen de tous ces os épars, recouverts encore de quelques débris de parties molles, la nature du sol ayant retardé leur décomposition, ils reconnurent bientôt, à la forme du bassin, à la petitesse des os, etc., qu'ils avaient devant eux le squelette d'une femme dont la taille était de 4 pieds 8 pouces.

L'état des os du crâne, soudés entre eux, quelques vertèbres affaissées, annonçaient un âg-e avancé. Les cheveux étaient blancs jaunâtres et de 1 pouce de longueur environ, indication nouvelle de vieillesse. Les dents étaient longues et pendant la vie devaient paraître très longues, les gencives ayant été rongées par le tartre. Les ongles trouvés intacts, annonçaient que le sujet ne travaillait pas à des ouvrages pénibles. Les mains devaient être singulièrement petites. Donc, en résumé, une femme de 70 ans environ, de 4 pieds 8 pouces de taille, aux cheveux blancs-jaunes et courts, autrefois rouges, aux dents longues, avec mains petites, était la formule générale du sujet. {Causes célèbres.)

(Thèse Morillon, Paris, 1865. Identité en général et signes professionnels en particulier.)

Observation XXIV. — Affaire ^GruÉEtu.

Rapport sur une accusation de fratricide jugée par la Cour d'assises du département de Seine-et-Oise. (Versailles, le 14 février 1829.)

Un nommé Guérin avait disparu le 21 août 1825 : on soupçonna son frère, mais sans pouvoir réunir de preuves. Trois ans après, un locataire de la maison habitée par le disparu découvrit dans la cave, enfoui dans la terre, un squelette, qui fut reconnu par les médecins-experts comme celui de la victime qui avait disparu.

Nous extrayons du rapport fait par les médecins de Versailles ce qui concerne la dentition.

« Il existe seize dents à la mâchoire supérieure. Les deux dents de sagesse sont au niveau de leurs alvéoles et devaient encore être recouvertes par la gencive. Les deux incisives externes offrent, conjointement avec les canines qui leur sont contiguës, une perte de substance de forme semi-circulaire qui nous semble avoir été

produite par le frottement longtemps continué d'un corps dur et cylindrique, que nous pensons devoir être un tuyau de pipe de terre.

« Il existe dans les dents de la mâchoire inférieure quelques particularités assez remarquables pour former un caractère d'identité incontestable. Trois incisives assez grêles restent encore, deux sont intactes-, celle qui avoisine la canine gauche est plus mince que les autres. Sa couronne est presque détruite par un point de carie apparent seulement en arrière, mais qui a diminué son niveau de plus d'une demi -ligne.

« On ne retrouve dans l'os aucune trace de la quatrième incisive. Deux canines très fortes chevauchent sur les dernières incisives et forment en avant une saillie assez considérable. (Cette particularité dans la disposition des dents a été signalée à l'audience par un témoin qui, choqué de cette difformité, avait conseillé à Guérin de se faire arracher cette dent. La mâchoire lui ayant été présentée à l'audience, il a parfaitement reconnu la disposition qu'il venait de signaler.)

« Entre ces dernières dents et les petites molaires on trouve une échancrure qui complète l'ouverture circulaire qui recevait le tuyau de pipe dont nous avons parlé; la seconde petite molaire gauche détruite en partie par la carie laisse entre elle et la première grosse molaire une échancrure assez considérable. La deuxième grosse molaire a été extraite ; la dent de sagesse droite est entièrement sortie, la gauche est encore dans son alvéole.

« A l'audience, tous les témoins se sont rappelés que la victime fumait toujours avec une pipe de terre, ce qui explique la perte de substance signalée. »

Ce rapport existe en entier dans le Traité des Exhumations juridiques d'Orfila et Lesueur, t. II, p. 346.

{Annales d'Hygiène publique et de Médecine légale, 1829, p. 464.)

Observation XXV. — Affaire X...

Rapport du D'" Valette (Compiègne).

Squelette d'un jeune enfant trouvé dans la commune de Cambronne, près Compiègne.

Les conclusions des médecins-experts furent les suivantes : Ce

cadavre était enfoui depuis une quinzaine d'années. Quant à l'âg-e, il fut donné par l'examen des dents.

Voici le passage du rapport qui traite cette question :

« A la mâchoire supérieure, beaucoup de dents ont disparu. Les incisives ont été renouvelées, il en reste trois, l'autre est perdue. Des deux canines, celle qui subsiste est de seconde dentition, elle est encore cachée dans le fond de l'alvéole; les troisièmes g-rosses molaires sont sorties ; des quatrièmes molaires, l'une existe et est prête à sortir ; elle est au niveau du bord alvéolaire ; la couronne des deux dents de sagesse est profondément enfouie dans l'os maxillaire.

« A la mâchoire inférieure on voit quatre incisives de seconde dentition ; à côté, deux canines également de deuxième dentition, l'une d'elles est incomplètement; sortie, l'autre est encore surmontée de lacanine de première dentition. Les alvéoles des premières molaires sont vides ; les secondes molaires sont à cheval sur celles qui doivent les chasser. Les troisièmes molaires qui arrivent beaucoup plus tard (à l'âge de 4 ans et demi à 5 ans), et qui ne sont jamais remplacéss, comme celles qui précèdent, sont aussi beaucoup moins fatiguées, usées. Tous les tubercules de la couronne sont saillants, pointus. Les quatrièmes molaires sont encore au fond de leurs alvéoles ; a peine un mamelon appartenant à celle de gauche fait-il saillie au-dessus du niveau du bord alvéolaire.

« Il est reconnu que le sujet éiait âgé de 8 ans. »

{Annales d' Hygicnt publique et de Médecine légale, 1836, p. 375.)

Observation XXVI.

Cas d'idektification rapporté par F. Harris.

Durant les réparations d'une maison, on trouva dans ]a cheminje quelques débris dossements.

L'examen qui en fut fait montra qu'il s'agissait d'un maxillaire inférieur, d'une portion de la mâchoire supérieure avec ua petit fémur -, quelques cheveux assez longs et blonds se trouvaient à côté.

Il s'agissait de déterminer à quel individu avaient appartenu ces ossements.

Comme la seconde molaire avait fait son éruption, et qu'on trouvait à la mâchoire supérieure les traces d'une cavité à l'endroit où la première molaire permanente a coutume de se développer, l'âge fut fixé entre 3 et 4 ans. La chevelure indiquait qu'il s'agissait d'un individu du sexe féminin.

L'enquête apprit que depuis longtemps déjà une fillette de 3 à 4 ans avait disparue.

La mère de l'enfant fut arrêtée et avoua que sa fille était morte naturellement, mais qu'elle l'avait enfouie sous son foyer pour éviter les dépenses d'une sépulture ordinaire.

{Traité de Médecine légale de Hamilton.)

Observation XX VIL

Cas où la thérapeutique a servi à ridentification. (Communiquée par M. le D"" Coulliaux, de Milan.)

Un homme avait commis un crime, et la victime avait pu observer que son agresseur portait une aurification sur une de ses dents de devant.

L'imputé fut arrêté, et le dentiste put décliner son nom, car dans ses notes professionnelles il avait écrit ses nom et prénoms ainsi que le genre de traitement.

Observation XXVIII . — D^" Diller .

(Fournie par M. le D' Louis Livinsgton Seamau, New-York.)

Dans l'incendie du bateau Seaicanaka, au port de XcAv-York, fut brûlé, entreautres victimes, le révérend D' Diller (de Brooklyn) .

Le cadavre fut rendu méconnaissable, et tout moyen ordinaire d'identification avait disparu.

Heureusement qu'au cours de l'examen du cadavre on trouva dans la bouche un appareil prophétique muni de dents que le feu avait épargnées.

Cet appareil, soumis à l'examen du dentiste de la victime, fut reconnu par lui et on put établir l'identité du D"' Diller-, et ce cadavre, qu'on allait, en désespoir d'identification, jeter à la fosse commune, eut, en raison de la haute situation du D^' Diller de somptueuses funérailles (février 1878).

OBSERVATIOiv XXIX.

(Fournie par M-leD"" Emile Lecaudey.)

« Mon cher Confrère,

« Je vous adresse l'observation ci-jointe au sujet de la reconnaissance d'un mort par son dentiste.

« En 1851, pendant les affaires politiques du 2 Décembre, M. Richard d'Anlnay, médecin-dentiste, dont j'étais l'aide, eut un client tué en traversant le boulevard Poissonnière et dont le corps fut transporté au cimetière Montmartre.

« Le corps étant devenu méconnaissable, par suite de la décomposition, la famille fit appeler M. Richard d'Aulnay pour aider à la constatation de l'identité de la victime, ce qui fut facile par les indications des opérations faites dans la bouche, surtout par les dents aurifiées.

« Recevez, cher Confrère, etc.

« Signé : Emile Lecaudey. »

Paris, 1898.

Observation XXX. — Axviti.

Colonel du régiment de la duchesse Louise-Marie de Bourbon. (Communiquée par M. le D^ Coulliaux, de Milan.)

En 1860, un ancien colonel du rég-iment de la duchesse Louise- Marie de Bourbon, veuve de Charles III, ci-devant duc de Parme, détesté de la population, et ayant eu un jour l'imprudence de se rendre en ville fut reconnu et massacré. Son corps, traîné par les rues de la ville fut horriblement mutilé et il était méconnaissable quand on put l'arracher des mains de la foule et le transporter à l'hôpital. Le juge devait faire procéder à l'autopsie du cadavre, mais il fallait d'abord établir son identité.

M. Coulliaux, assistant de l'hôpital, avait connu la victime; il lut appelé, mais il lui fut impossible de se prononcer tout d'abord.

11 se souvenait cependant d'une façon fort nette et de la taille du colonel Anviti, et de la couleur de ses yeux. L'identification fut établie par les dents. M. Coulliaux se rappela, en effet, que le colonel Anviti avait les incisives inférieures croisées. Cette notion ajoutée à la connaissance de la stature et à la couleur grise des yeux dont l'un avait disparu, parut suffisante pour identifier le colonel.

Observation XXXI. — Général Dabormida.

(^Communiquée par M. Eibolla, dentiste k Rome.)

Lors de la guerre entreprise par l'Italie contre Ménélick, en Abyssinie, le général Dabormida fut tué dans un combat.

On trouva l'épée du général à côté d'un cadavre mutilé, et c'était là le seul indice qu'on avait pour l'identification, car la défiguration du corps était extrême. Des journaux prétendirent que c'était par les dents que son identité avait été établie.

Nous nous sommes adressé alors à M. Ribolla, dentiste du général, qui nous a envoyé la lettre suivante :

« Rome, 2 février 1898.

« Très honoré Confrère, « En réponse à votre appréciée lettre du 25 janvier, je dois vous communiquer que j'ai donné connaissance au Ministère delà guerre, relativement à l'identification du général Dabormida, que j'avais fait pour le général un dentier artificiel complet pour la mâchoire supérieure, à l'exception de la canine gauche qui était la seule dent naturelle existante ; tandis que la mâchoire inférieure était pourvue de toutes ses dents.

« J'ai pensé que cela pouvait être un fait d'une certaine importance pour ladite identification.

« Vous remerciant pour votre courtoisie, je vous prie d'agréer mes salutations distinguées.

« Signé: P. Ribolla. »

Observation XXXII.

(Fournie par M. le D'" Cari Hermanu, Ch. D., à Carlsbad.)

«Un jeune homme, au milieu d'une soirée de débauche, perdit son dentier (partie inférieure). Impossible de le retrouver dansl'obscurité.

« Deux mois après, une femme, paraissant très pauvre, vint m'oCFrir d'acheter cette pièce qui représentait une certaine valeur, à cause de la monture en or. Je reconnus aussitôt ce travail pour avoir été fait dans mon atelier et suivant le modèle conservé je vis à qui il appartenait et pus le rendre à son propriétaire.

« Signé: Carl Hermanx. »

Décembre 1847.

Observation XXXIII. — Expédition Braddock.

Histoire d'un sergent de l'expédition Braddock. Identification au moyen d'une dent artificielle.

Après la reddition du fort Duquesne, en 1758, sir Peter Malket se rendit sur les lieux de la défaite de Braddock pour [découvrir^ s'il était possible, les restes de son père qui y avait été tué.

En réponse à ses questions anxieuses, un de ses guides dit qu'il se souvenait d'avoir vu, pendant le combat, tomber un officier sous un arbre si remarquable qu'il n'aurait pas de peine à le reconnaître ; et qu'au même moment, un autre soldat qui accourait à son côté fut frappé en même temps par une balle et tomba sur le corps de son camarade. Comme ils arrivaient près de l'endroit, le détachement fit halte et les Indiens examinaient à travers les arbres cherchant à se rappeler le lieu de la scène. . Avec des gestes expressifs ils discouraient dans leur propre langue. Soudainement, avec un cri perçant, l'Indien dont nous avons parlé s'élance vers l'arbre dont il avait bien gardé le souvenir.

En un moment, deux squelettes furent trouvés gisant ensemble, l'un sur l'autre, comme ils étaient tombés.

Aucun indice ne demeurait pour distinguer ces restes des centaines d'autres qui couvraient le terrain. Alors sir Peter se souvint d'une dent artificielle que son père portait.

Les squelettes des deux cadavres furent séparés et l'examen de celui qui se trouvait en dessous dissipa tous les doutes. « C'est mon père ! » s'écria le malheureux jeune homme, en tombant dans les bras de ses amis presque aussi émotionnés que lui.

{Identification personnelle ctablic par les dents, par R. G-rady ydc Baltimore). American Journal of Dental Science, 1884.)

Observation XXXIV. — Affaire Tascott.

Le cas célèbre du meurtre du millionnaire de Chicag-o, Snell, par Tascott, peut être cité comme un exemple.

Une forte récompense avait été offerte pour l'arrestation du meurtrier.

Deux ans après, un homme, nommé Sutherland, fut arrêté à Philadelphie sous la conviction qu'il était Tascott, le meurtrier. Les preuves semblaient concluantes, la description concordant apparemment avec celle publiée de Tascott ; mais son innocence fut principalement établie parce qu'il fut prouvé que ses dents n'offraient pas certaines particularités (aurifîcations aux incisives centrales), comme celles connues de Tascott. Aj^ant aussi fourni d'autres preuves de son innocence, il fut acquitté et libéré.

[Dental Juriuprudence, par Eehfuss, p. 18.)

Observation XXXV. — Affaire Monroe.

Le cas de Timothy Monroe, identifié à la place de William Morg-an, le franc-maçon assassiné en 1827, est un exemple frappant des erreurs qui peuvent se commettre dans la reconnaissance des cadavres.

Les preuves ressortant du témoignage de M™^ Morgan, du médecin de la famille et d'autres, paraissaient ne devoir laisser aucun doute sur le sujet : la tête chauve, la barbe grise, la poitrine velue, de longs poils blancs dans les oreilles, des marques

de vaccination sur le bras gauche, une rangée de doubles dents dont deux avaient été extraites sur un même côté, le dentiste ayant gardé les dents qui s'adaptaient exactement -, les marques d'une opération chirurgicale sur le gros doigt du pied gauche, tout semblait être des preuves d'un caractère ne pouvant laisser aucun doute, bien que les vêtements trouvés sur le corps fussent très différents de ceux que Morgan portait et que ses poches fussent remplies de petits livres publiés par la Société britannique de Propagation religieuse. Le verdict décida que le corps était celui de William Morgan.

Quelque temps après, un avertissement paru dans un journal canadien, pour le corps de Timothy Monroe, obligea à déterrer le corps du supposé Morgan-, dans le cours d'une seconde enquête il fut découvert que les dents n'étaient pas doubles sur toute la rangée de face et que cinq avaient été extraites, tandis que Morgan n'en avait perdu que deux.

Après quatorze jours d'enquête, le jary reconnut que le corps était celui de Timothy Monroe.

{Jurisprudence médicale de Dian, p. 616. Ddntal Jurisprudence ^ p. 21, par Kehfuss.)

Obseevatiok XXXVI. — Identification établie par Mac-Clusy.

Le chef de police de New- York, le capitaine Mac-Clusy, a eu dernièrement l'occasion d'identifier un criminel de l'Oued, au moyen d'une description qui lui a été fournie. Le trait frappant de la description portait sur les aurifications particulières de ses

dents.

{Dental Cosmos, février 1898, p. 115.)

Observation XXXVII. — Fournie par le P^" Redard. Deux cas d'incendie. La catastrophe de Saint-Gervais.

Les renseignements suivants nous ont été communiqués par M. le Pr Redard (de Genève) :

« Deux fois dans ma vie, j'ai eu roceaslon de rétablir assez exactement l'âge de victimes par l'examen des mâchoires.

« Le premier fait est celui d'an incendie à Genève (18G4), où neuf personnes périrent dans les flammes. La dentition me fournit de précieux renseignements pour mon rapport médicolégaL

« La deuxième fois, à l'fle du Levant (îles d'Hyères), lors de la révolte des jeunes détenus et dans laquelle treize enfonts furent brûlés par leurs camarades (1887). Les restes carbonisés ne me fournirent aucune indication précise; seules les dents et les mâchoires de deux d'entre eux me permirent de me prononcer.

« Lors de la catastrophe de Saint-Gervais-les-Bains, j'avais offert gracieusement mon concours aux autorités de la Haute- Savoie. M. le Préfet ne m'a pas répondu.

« Veuillez agréer, etc.. »

Observation XXXVIII. — Examex d'ossemekts pae Cuvier.

Les dents peuvent servir en médecine légale pour reconnaître l'âge d'un individu et même de celui dont une portion de squelette aura été trouvée au bout d'un temps très long. (Blandin, Thèse d'agrégation, 1836.)

Elles ont servi à Cuvier pour fixer l'opinion du monde savant sur deux têtes extraordinaires sous le rapport de leurs proportions, qui avaient été déterrées, l'une dans les environs de Reims, l'autre à Billerbeck, dans l'évêché de Munster, et que l'on considérait généralement comme provenant d'une race gigantesque, aujourd'hui anéantie. L'examen des dents et des arcades alvéolaires a suffi au célèbre anatomiste pour renverser cette manière de voir et pour montrer que non seulement ces têtes n'appartiennent pas à une race d'hommes différente de la nôtre, mais encore que ce sont celles d'enfants fort jeunes.

L'âge d'une tête, dit Cuvier, quelque déformation que les maladies du système osseux lui aient lait subir, peut toujours se déterminer dans des limites assez étroites par le nombre des dents, et par leur configuration.

La raison en est que les dents ne se développent point, comme les os, par intussuseeption, mais croissent, à la manière des coquilles, par juxtaposition, et que leurs parties, une fois formées, n'étant plus susceptibles d'inflammation ni d'altération par un principe interne, tout ce qui se passe dans le tissu intérieur des os leur demeure à peu près étranger, de même que leurs propres maladies n'affectent pas les os d'une manière immédiate.

Faisant application de ces vues aux têtes en question, j'ai trouvé dans celle de Darmstadt les alvéoles à demi remplis de six dents de chaque côté, deux incisives, une canine et trois molaires. Dans la mâchoire inférieure, dont on n'a que le côté gauche^ on ne voit même pas l'alvéole de la troisième molaire.

C'était un premier motif pour conclure que l'individu avait à peu près 6 ou 7 ans, et que les dents qui avaient rempli ses alvéoles étaient ses dents de lait.

Enfin, c'est vers la sixième ou septième année que commence à se montrer la première des molaires qui ne doivent pas être remplacées ou la troisième de chaque côté, et c'est a la même époque que les dents de lait du devant des mâchoires commencent à tomber pour céder la place à des dents de remplacement.

Ce que les alvéoles de la tête de Darmstadt m'avaient paru annoncer, les dents elles-mêmes m'ont semblé le confirmer dans la tête du cabinet de M. de .Jussieu.

Cette tête n'a aussi que six alvéoles de chaque côté, à l'une et à l'autre mâchoire, et même le sixième lui manque du côté gauche, à la mâchoire supérieure. Aussi elle était à peu près du même âge que celle de Darmstadt -, mais par un bonheur particulier, elle conserve deux molaires, la seconde du côté gauche à la mâchoire supérieure et la seconde du côté droit à la mâchoire inférieure.

Or, il n'y avait rien de si aisé que de savoir si c'étaient des dents de lait ou des dents de remplacement, puisque la seconde molaire est d'une forme totalement différente dans les deux dentitions.

En effet, dans l'homme, ainsi que dans la plupart des quadrupèdes, les molaires de lait ont des formes plus compliquées, plus semblables à celles des arrière-molaires que les dents qui doi-

vant leur succéder, et l'objet de cette différence est bien facile à comprendre; c'est qu'aussi longtemps qu'aucune des arrièremolaires n'est venue, c'est aux molaires de lait qu'il appartient de remplir leurs fonctions.

Ainsi dans l'homme, à la mâchoire supérieure, la première molaire de lait a un fort tubercule en dedans et une crête divisée en deux lobes en dehors, et la seconde, quatre tubercules disposés obliquement a la mâchoire inférieure; la première molaire de lait a quatre tubercules peu saillants, et la seconde cinq, dont trois en dehors et deux en dedans, et chacun de ceux-ci est encore un peu bilobé; en d'autres termes, la seconde molaire de lait ressemble, dans chaque mâchoire, à la première arrière-molaire, ou à la dent non susceptible de remplacement qui doit pousser derrière elle^, et non pas à celle qui doit venir sous elle et la faire tomber.

Les dernières, les molaires de remplacement, sont, en effet, à chaque mâchoire, ce que l'on appelle les bicuspides, ou des dents à deux gros tubercules, un en dedans et un en dehors ; les tubercules de la mâchoire inférieure sont seulement un peu plus crénelés que ceux de la supérieure.

Les racines de ces deux sortes de dents sont aussi très différentes et toujours plus écartées et plus nombreuses aux molaires de lait qu'à celles de remplacement.

J'ai examiné, d'après ces règles, les dents et les racines diminuées à la tête du cabinet de M. de Jussieu.

La deuxième molaire restée à la mâchoire supérieure a ses quatre tubercules et sa couronne cassés, et l'on voit par l'alvéole correspondant du C(5té opposé, qu'elle a trois racines écartées; et puisque ainsi compliquée, elle occupe cependant la seconde place, c'est incontestablement une molaire de lait.

Il en est absolument de même de celle qui la précédait, et qui avait aussi trois racines bien marquées par leur empreinte dans l'alvéole. Derrière elle était une troisième molaire qui est cassée, mais qui a laissé trois racines.

C'est la première arrière-molaire ou la dent de 6 ans, et ce ne peut être qu'elle. Il n'y a en effet qu'à l'âge de 6 ans où l'on puisse voir à la fois, à la mâchoire supérieure, trois molaires de suite,

ayant chacune trois racines, car avant cet âg-e, la première arrière-molaire n'est pas venue, et plus tard les deux molaires de lait sont remplacées par des bicuspides qui n'ont qu'une racine ou tout au plus deux. A la vérité, la seconde arrièremolaire vient ensuite, qui a aussi trois racines ; mais la troisième, ou la dent desag-esse, ne lesajamais. Aussi, comme je l'ai dit, passé 6 ans ou à peu près, il n'y a plus que deux molaires à trois racines de chaque côté, à la suite Tune de l'autre.

Celle de la mâchoire inférieure a ses cinq tubercules, absolument comme une deuxième molaire de lait de cette mâchoire, et ils sont même un peu usés, ce qui prouve que lïndividu s'en servait depuis quelque temps. A la vérité, si cette dent se voyait isolée, on pourrait soutenir que ce n'est pas la deuxième de lait, mais la première des arrière-molaires, car ces deux dents ont à peu près la même forme, ainsi que nous l'avons dit cidessus. Mais cette supposition n'est pas admissible, parce qu'il n'y aurait pas assez de dents en avant. Les deux fossettes placées immédiatement avant la dent en place ne sont pas deux alvéoles, mais la place de deux racines d'une même dent ; et cette seule existence de deux racines séparées jusqu'au collet annonce que cette dent elle-même était une molaire de lait, et non pas bicuspide.

La canine de ce côté est rompue et non pas rentrée dans l'os comme l'a pensé M. Jadelot.

Quant à l'incisive, cette idée lui est encore moins applicable.

Les alvéoles de toutes les incisives sont marqués et à leur place ordinaire-, ils sont à moitié remplis, ce qui prouve que les dents qui les avaient occupés étaient tombées.

La dent qui reste encastrée dans l'épaisseur de l'os, et tout près de la face inférieure, a son tranchant bien entier, et ses dentelures, telles que doit les avoir une incisive de remplacement. Ainsi, elle n'a jamais servi, car alors elle serait usée comme la molaire restée en place.

De cette intég-rité et de l'existence d'un alvéole qui est la marque certaine d'une autre incisive qui avait précédé celle-là, je conclus que cette dent, bien loin d'avoir été repoussée dans l'os ramolli par la pression de la mastication, a été au contraire

•empêchée de sortir par la dureté et répaississement de l'os, qui a constitué un obstacle invincible à son éruption.

Tout près de cette dent restée à l'intérieur, on voit une autre cellule plus grande qui contenait sans doute aussi une dent, laquelle sera tombée quand la mâchoire s'est rompue à cet endroit.

Je suis persuadé que si on l'ouvrait dans le voisinage, on y trouverait encore de ces dents qui n'ont pu sortir.

La surface des mâchoires examinée en détail, confirme ce que les dents et les alvéoles annoncent. On y voit derrière les alvéoles des incisives les restes de petits trous qui, dans l'état naturel, offrent un premier jour à l'éruption des incisives de remplacement- mais ces petits trous sont presque entièrement obstrués par le gonflement des os.

Il reste aussi a la mâchoire supérieure des traces très marquées de cette fissure, seul vestige, dans l'homme, de la suture que sépare, dans presque tous les animaux, l'os incisif du maxillaire. Ce reste de iissure nous est précieux, parce qu'il marque sans équivoque la place de la canine, et qu'il nous fait voir clairement que la dent placée derrière elle, ou la première molaire, avait trois racines, et par conséquent que c'était une molaire de lait.

Si je ne me trompe, toutes ces circonstances s'accordent pour nous prouver que les têtes que nous examinons sont des têtes d'enfonts morts à l'époque de leur changement de dents et chez qui ce changement n'a pu s'effectuer.

Observation XXXIX.

Contribution à l'étude de l'usure dentaire, par Respinger (de Bâle). Facettes d'usure du premier, du second et du troisième degré. Usures profondes par la pipe. Resserrement de l'arcade dentaire.

Il s'agit d'un maxillaire inférieur macéré, provenant de la collection de M. le Pr Eternod, et trouvé à la salle de dissection entre les mains d'un étudiant.

L'os dans ses traits généraux assez anguleux, doit provenir d'un sujet de musculature moyenne ; toutefois, les saillies

osseuses d'insertion des masséters et des ptérjgoïdiens sont assez accentuées, ainsi que l'apophyse coronoïde. L'ang-le du maxillaire est de 130° environ. Le corps de l'os frappe par sa hauteur au niveau de la ligne médiane; le menton a une forme carrée.

La parabole dentaire est resserrée latéralement, sa courbure se laisse décomposer en trois lignes principales presque droites et formant entre elles des angles obtus au niveau de la canine. Nous avons, en somme, tous les signes d'un maxillaire en V.

Les dents, dans un état excellent de conservation, sont présentes des deux côtés, à partir de la première molaire et y compris celle-ci.

A droite, la seconde molaire était tombée depuis longtemps, la dent de sagesse l'était depuis moins de temps, à en juger du moins par le degré de résorption des procès alvéolaires. A gauche, la chute de la première molaire devait être toute récente, car l'alvéole, tapissé d'un peu de tartre dentaire est encore assez bien conservé. Les racines de la dent de sagesse sont encore en place, tandis que la couronne, en partie carrée, en partie brisée, fait complètement défaut.

D'une manière générale, les dents sont exemptes de carie, sauf à l'angle antéro-postérieur de la première molaire gauche, où se trouve une petite cavité de la grosseur d'une tête d'épingle (carie noire).

L'usure par friction mutuelle des dents est assez insignifiante, elle se voit bien, surtout au niveau des molaires et même des prémolaires; elle atteint plus particulièrement la rangée des cuspides antérieures, et ceci^ grâce assurément à l'articulation vicieuse qui devait résulter de la force anormale du maxillaire inférieur. Les facettes d'usure, pour ainsi dire normales, atteignent, en certains endroits, la dentine.

Mais ce qui fait l'intérêt de cette pièce, ce sont les usures xjciv la pipe, très accentuées, qui dessinent quatre entailles profondes, de forme semilunaire, placées de la manière suivante :

1° A gauche, entre la canine et l'incisive latérale;

2° Sur la ligne médiane, entre les deux incisives centrales ;

3° Adroite, entre l'incisive latérale et la canine;

4o A droite ég-alement, entre la canine et la- première prémolaire.

Ces entailles sont sans doute plus profondes à droite, la plus marquée est incontestablement celle qui tombe entre la canine et la première prémolaire droite-, elle dessine un sillon très régulier, en forme de gouttière arrondie, allant d'arrière en avant, de haut en bas, et dedans en dehors (par rapport au plan médian du corps). La prémolaire gauchO; sur sa face antérieure, présente une usure qui dépasse la région de l'émail et qui s'étend jusqu'au collet. Toutes ces surfaces d'usure spéciales sont d'aspect jaunâtre, lisse et poli ; elles atteignent la cavité pulpaire qui est oblitérée par des dépôts de dentine secondaire, d'une teinte plus foncée. Poids actuel de l'os : 80 grammes.

Ce sujet est intéressant en ce sens qu'il ne paraissait pas par lui-même prédisposé particulièrement à l'usure dentaire ; nous avons donc affaire à un cas frappant d'usure professionnelle. D'après la forme des entailles, on peut conclure qu'il tenait sa pipe dans sa bouche de manière à lui permettre de tourner ses regards dans une direction déterminée -, c'était assurément un vieil horloger, travaillant au tour et à l'étau.

{Eeviie trimestrielle suisse d' Odontologie, juiu 1896.)

Observation XL.

Examen d'ossements par le Dr Lallement.

Le D'' Lallement fut appelé en 1873 pour examiner des ossements trouvés dans le grenier d'un bâtiment situé au milieu d'un cimetière, ossements que le gardien du lieu disait être ceux d'une religieuse morte en 1841 el exhumée en 1870. L'examen de ces os donna les résultats suivants : «La tête est complète^ les sutures du crâne bien distinctes, fortement engrenées-, les dents incisives et canines manquent aux deux mâchoires -, les molaires qui subsistent sont au nombre de dix; une seconde grosse molaire a été retrouvée détachée dans la caisse -, leur couronne est un peu usée \ les cinquièmes molaires inférieures seules sont cariées-, les mêmes dents de la mâchoire supérieure sont tombées, mais tous les alvéoles des dents

absentes sont béants et ne paraissent avoir perdu les dents qui s'y implantaient que par suite de la destruction des parties molles. »

Dans la détermination de l'âge, le D"" Lallement se servit de l'usure des couronnes et conclut à l'âg-e de 30 à 35 ans.

{Revue médicale de VEst, p. 87 à 152, 1875.)

Observation XLI.

Examens d'ossements par Maschka.

Trois examens d'os exhumés. Nous résumerons le premier et le troisième :

1° Des ossements humains ayant été découverts dans le voisinage de Prague^ le bruit ne tarda pas à se répandre que des personnes avaient été assassinées il y a quelques années en cet endroit.

Maschka fut chargé d'examiner le crâne, la seule partie du squelette qui offrit quelque chose de normal. Voici ses conclusions :

La dent de sagesse existant, et sa couronne ayant encore toutes ses aspérités naturelles, les sutures n'étant pas ossifiées et celle du maxillaire étant encore visible, toutes ces circonstances, jointes aux dimensions du crâne, permettent d'inférer qu'il appartenait à un individu de la trentaine. Les dimensions et le poids de ce crâne sont ceux d'un homme.

La sécheresse et la friabilité extrême des os donnent des motifs de croire que l'inhumation remonte à trente ans ou davantage.

Au milieu du frontal, un trou provenant d'une arme à feu.

Une enquête ultérieure fit connaître que sur les lieux où les ossements avaient été déterrés on avait fusillé et enterré des militaires avant 1 848.

2° En bêchant un jardin attenant à une auberge on trouva des ossements. Le bruit s'était répandu qu'il y a peu d'années un voyageur logé à l'auberge avait disparu, et le pariétal gauche étant fracturé, des médecins admirent la possibilité d'un crime.

On confia donc à Maschka le soin d'examiner le crâne et le radius*, ses conclusions lurent :

« Age : L'examen du crAne indique un squelette d'homme. Comme la couronne de toutes les dents, y compris celle de sagesse, est très usée, que les sutures, sauf la coronale, sont ossifiées, que les apophyses styloïdes sont longues, compactes et épaisses, que les cellules mastoïdiennes sont larges et dilatées, on peut avoir le droit de conclure que cet homme avait dépassé 40 ans et très vraisemblablement approchait de la cinquantaine.

« Quant à la question de la durée du séjour dans le sol, elle est très difficile à déterminer, vu la nature du sol et les alternances d'humidité et de sécheresse auxquelles il est exposé. Il résulte que des ossements enterrés depuis plusieurs centaines d'années sont parfois mieux conservés que ceux enfouis depuis trente ou quarante ans.

« Mais dans le cas actuel, en considérant leur couleur brun jaunâtre, l'absence complète de graisse, leur fticile section au couteau, la disparition de l'émail des dents, on peut dire qu'en tout cas ces os sont enterrés depuis plus de dix ans, on peut même regarder comme très probable qu'ils sont beaucoup plus anciens et qu'il y a au moins quarante ou cinquante ans qu'ils étaient <à l'endroit où on les a découverts. »

[Itevue des Sciences médicales, 1886.)

Observation XLII

Nouvelles observations sur l'examen du squelette dans les recherches médico-légales, concernant l 'identité, d'après le D"" Antoine Tarchini Bonfanti (de Milan) et par le Dr Ambroise Tardieu.

Du rôle des dents au point de vue de Videntiié.

Après la description des différents os du squelette, voici ce qui concerne les dents :

Il ne reste plus de la face que la voûte orbitaire, une portion de l'arcade zygomatique et du maxillaire supérieur droit et de la mâchoire inférieure.

Les parties qui font défaut existent encore, mais à l'état de fragments, retrouvés près de la tête au moment où fut déterré le cadavre. Tous ces os de la face semblent frag-iles, recouverts de petites et nombreuses érosions, salis par la chaux sur leurs deux faces à bords irrég-uliers.

Un de ces fragments, portion du maxillaire supérieur droit, conserve dans ses alvéoles les deux premières dents molaires, dont la première est cariée à sa face antérieure, au niveau de son collet, et du côté qui regarde l'autre dent, au niveau de sa couronne.

En dehors de ces deux molaires, le bord alvéolaire est fermé, ossifié, rétréci et sans aucune trace de cavité dentaire.

En dedans, au contraire, on aperçoit une bonne partie de la racine de la canine, arrivant jusqu'à la partie supérieure de l'alvéole et dont l'extrémité est irrégulière et cariée.

A gauche de celle-ci, l'alvéole de la deuxième incisive contient de la terré et de la chaux ; du reste, il est rétréci au point de ne pouvoir contenir plus d'un grain de riz, car il est déjà dans un état avancé d'ossification.

Sur la mâchoire inférieure, le bord alvéolaire contient à leur place les deux incisives latérales, mobiles au point de pouvoir être enlevées, et la racine presque entière de la première incisive gauche dont l'extrémité est cariée. L'alvéole de la première incisive droite est rétréci et au tiers de son ossification- ce qui reste est également rétréci, saillant, presque ossifié, sans aucune trace d'ancienne cavité alvéolaire.

Ajoutons qu'indépendamment des altérations spéciales notées sur quelques-unes d'entre elles, toutes les dents, tant à la mâchoire supérieure qu'a la mâchoire inférieure, sont diminuées de volume, presque dépourvues d'émail, leur collet est rétréci et leurs racines qui font saillie hors des alvéoles sont atrophiées.

Plus loin, dans la détermination de l'âge de ce cadavre, qu'il croit être de l'âge viril, quoique peu avancé, le D"" TarchiniBonfanti s'exprime ainsi :

« L'état des deux mâchoires et de la dentition, qui nous montre l'existence de quatre dents entières, seulement à la mâchoire supérieure, à savoir : la canine gauche, .la première molaire du

même côté et les deux premières molaires du côté droit, avec les racines de la première incisive et de la canine droite, qui sont cariées; l'alvéole de la deuxième incisive droite rétréci plus que de moitié par l'ossification; celui de la deuxième molaire gauche rétréci de même; l'état de la mâchoire inférieure portant seulement deux incisives latérales et la racine de la première incisive gauche, enfin la condition des dents qui présentent leur émail devenu plus mince, presque disparu, leur collet rétréci, leurs racines atrophiées et plus saillantes dans les alvéoles, etc., montrent que l'individu devait avoir non seulement dépassé la virilité, mais être, quoique à un degré peu avancé, de l'âge sénile.

{Aimales d'Hygiène publique et de Médecine légale, 2= série, t. XX, p. lU.)

Observation XLIII. — Affaire Duchesne.

Anestbésie par le protoxyde d'azote. Homicide par imprudence. (Fournie par M. le P' Brouardel.i

M. L..., négociant, vient trouver Duchesne et le prie de lui extraire une dent-, il est endormi par le protoxyde d'azote, il meurt. Devant le commissaire de police, Duchesne affirme que le D»" X... était présent.

Le D^' X... appelé, déclare à son tour qu'il assistait à l'opération. C'était faux. Le juge d'instruction a fait preuve vis-à-vis du Dr X... d'une grande amabilité, car il aurait pu le poursuivre pour faux témoignage.

A l'audience, le président n'a pas manqué, d'ailleurs, de juger sévèrement la conduite du D^' X... et d'adresser à celui-ci de vives remontrances.

Les chefs d'accusation étaient ceux-ci : Le dentiste avait-il le droit de pratiquer l'anesthésie? Il n'avait aucun diplôme-, et : Est-ce Je protoxyde cV azote qui a tué M. L..J

M. Gabriel Pouchet et moi nous nous sommes livrés à une série d'expériences*

M. Poucheta retiré du sang de la victime une certaine quan-

tité de protoxyde d'azote. Le juge d'instruction nous demanda alors : « La présence dans le sang d'une certaine quantité de protoxyde d'azote prouve-t-elle que la mort a été le résultat de l'inhalation du protoxyde d'azote? »

La présence du protoxyde d'azote dans le sang de M. L. . . prouve seulement que pendant le temps qui a précédé sa mort, M. L... a respiré un mélange gazeux contenant une certaine partie de ce gaz, et qu'il est mort avant d'avoir pu rejeter par aspiration le gaz qu'il avait absorbé ; en un mot, qu'il est mort pendant ces inhalations ou dans les quelques secondes qui les ont suivies-, mais la présence de ce gaz dans le sang ne prouve pas d'une façon absolue que la mort soit le résultat de cette inhalation. M. L... était un obèse, un pusillanime; il avait peur de mourir en s'endormant et il l'avait dit.

Je n'ai pu aller au delà dans mes conclusions. Duchesne a été condamné à 3,000 francs d'amende pour avoir administré un agent anesthésique sans y être autorisé. La famille demandait 100,000 francs de dommages-intérêts. Ils ne furent pas alloués, parce que, dit un considérant que je me permets de trouver extraordinaire : « Bien que la mort de L... eût porté un grand « préjudice à sa famille, L... avait assuré sa vie pour 40,000 francs « et le préjudice causé par sa mort s'est ainsi trouvé compensé. »

Observatiox XLIV. — Affaiee Bouchard.

Mort par la cocaïne.

Voici cette observation, telle que la raconte M. Bouchard dans sa brochure :

« M'^* X... vint le 7 août prendre rendez-vous pour le lendemain, vendredi 8 août, à sept heures du matin. Ce jour-là, ye procédai à l'extraction de deux dents supérieures, après avoir préalablement fait deux piqûres externes et une interne avec une solution au centième ; ces dents étaient très branlantes, le succès fut complet. Après quelques minutes ma cliente manifesta l'intention de se faire extraire une troisième dent située à la mâchoire inférieure, côté gauche, et aussi branlante que les pre-

mières-, j'injectai le reste de la cocaïne contenue dans ma seringue, et après quelques minutes d'attente, j'enlevai la dent; la malade ne saig-nant presque pas, je lui offris un peu d'eau tiède et un peu de café noir pour la remettre; rien ne laissait prévoir un accident ; ma cliente paraissait très heureuse, quoique un peu émue; je la laissai aux bons soins de son oncle et allai lui chercher le café.

« A mon retour je trouvai la jeune fille en syncope; je la couchai à terre, après avoir préalablement desserré ses vêtements et son corset; je lui fis des frictions, des ablutions d'eau froide, en un mot tout ce que la thérapeutique conseille. Des médecins appelés à la hâte renouvelèrent les mêmes soins; ils firent en plus des piqûres d'éther, donnèrent du nitrite d'amyle, de l'oxygène et tout fut inutile; la malade succomba après une demiheure de soins restés sans résultat.

« Le docteur chargé de rédiger le rapport médico-légal, après avoir décrit l'état syncopal de la malade, conclut à la mort déterminée par la cocaïne, ce sel ayant été employé. Est-ce la cocaïne qui a provoqué la mort? Je vais prouver le contraire.

« Lorsque l'honorable docteur incriminait la cocaïne, il ignorait comme moi qu'une grosse corde à nœuds, dite corde à lessive, entourait quatre fois la taille de la malade, comprimant le thorax; cette corde était tellement serrée, que lui-même, pas plus que ses confrères, ne l'ont soupçonnée, a tel point que le médecin-légiste ne put la couper sans entamer la peau ; ainsi s'explique pourquoi les tentatives de respiration artificielle restèrent inutiles. Est-il juste d'accuser la cocaïne? La jeune fille est tombée en syncope. Quelle en est la cause? La vue du sang, la réaction nerveuse, l'appréhension, l'effort respiratoire fait par la malade dans un moment d'expansion d'air après l'extraction, besoin qui s'est trouvé entravé par cette corde comprimant le diaphragme et la boîte thoracique. »

Le tribunal correctionnel de Lille condamna M. Bouchard à 15 francs d'amende pour exercice illégal de la médecine, mais l'acquitta du chef d'homicide par (imprudence, tenant compte du tempérament anémique et nerveux de M"= X...

Voici l'attendu de cette condamnation :

« Attendu, dit le jugement, qu'en pratiquant des injections de cocaïne sans être muni d'un dipl(5me; le dentiste a contrevenu à la loi de l'an XI, l'emploi des anesthésiques ne pouvant être pratiqué que par les médecins. »

Observation XLV. — Affaire Walsh.

Un cas très singulier d'identité contestée, dans lequel se trouvèrent confondues deux personnes, avec une telle similitude de noms, de temps, de lieu, d'âge, d'occupations et de circonstances pour dérouter complètement, pendant un certain temps, toutes les investigations, se produisit à Londres.

Le corps d'une femme, que l'on supposait avoir été assassinée, avait disparu, et une autre femme fut arrêtée, comme soupçonnée de l'avoir tuée secrètement et d'avoir vendu ses restes pour la dissection. L'évidence directe et circonstantielle faisaient peser le crime sur elle.

Le jour qui suivit le meurtre, une vieille femme, dont la description correspondait li celle de la défunte^ fat trouvée inanimée dans la rue avec une cuisse cassée. Elle donna son nom de Caroline Walsh et dit qu'elle était de l'Irlande. Elle mourut et fat enterrée a l'hôpital de Londres. Le nom de la femme disparue était aussi Caroline Walsh et elle était également Irlandaise.

La prisonnière, Elisabeth Ross, insista, disant que c'était bien là la femme qu'on l'accusait d'avoir assassinée. Divers points de différences furent établis par un grand nombre de témoins, mais le point principal de distinction fut que pendant qu'il était constaté que la femme manquante avait de très bonnes dents incisives (circonstance remarquable pour son âge : 84 ans), l'autre, qui était morte a l'hôpital, n'avait pas de dents de face et les cavités alvéolaires correspondantes avaient été oblitérées depuis longtemps. En outre, la non identité fut ensuite confirmée par les petites-filles de la femme disparue, qui jugèrent que le corps exhumé de Caroline Walsh n'était pas celui de leur grand'mère.

[Dental Jurisprudence, p. 20.)

Observation XLVI. — Affaire Crémieux.

Nous devons cette observation à l'obligeance de notre maître, M. le P»" Brouardel, qui avait été chargé de l'autopsie de la victime.

Une vieille dame, M'"' Crémieux, introduisait chez elle, pour des motifs inavouables, des gamins de 15 à 20 ans.

Un jour, l'un de ces jeunes drôles appliqua sur la tête de cette femme un vigoureux coup de poing qui la renversa. Dans sa chute elle se fit une ecchymose de la région occipitale; son peigne d'écaillé se cassa et les dents pénétrèrent dans le cuir chevelu. Voyant la femme par terre, le gamin l'étrangla, la vola et prit la fuite.

L'autopsie pratiquée par M. le P"" Brouardel l'amena à conclure que la mort avait été le résultat de la strangulation et de la suffocation.

Entre autres particularités, le cadavre présentait une denture défectueuse; il y existait de nombreux vides et M. Brouardel ordonna le moulage des mâchoires, qui fut, dans la suite, d'une très grande utilité.

L'assassin, en effet, avait disparu et toutes les recherches faites pour le retrouver avaient été vaines. Une piste cependant fut découverte, qui amena l'arrestation du criminel en Belgique.

Or, la particularité qui avait permis sa capture était justement une morsure qu'Hodister portait à la main. Souvent, en effet, dans les crimes par strangulation, la victime mord son assassin en cherchant à se dégager.

Le moulage de la mâchoire s'appliquait exactement aux empreintes que les dents de M™' Crémieux avaient laissées sur la main d'Hodister.

Observation XL VII

Exhumation des restes de William Rufus, rapporté devant la Société

Odontographique de Pensylvanie.

Par R. Shelton Mackensie, D. C. Z., Philadelphie, P, A.

Monsieur le Président et Messieurs, Guillaume de Normandie, appelé le Conquérant parce qu'il s'était rendu maître de l'Angleterre, il y a huit siècles, fut rem-

placé sur le trône de Bretagne par son second fils, g-énéralement connu sous le nom de Guillaume Rufus (le Roux).

Chassant dans la Forêt Nouvelle, le 2 août 1100, accompagné seulement de Walter Tyrrel, celui-ci dirigea son arc sur un cerf; sa flèche frappant un arbre, glissa, et s'enfonça dans la poitrine du roi. William de Mamelsbury, historien de l'événement, raconte comment le roi Guillaume rompit, en l'arrachant, le dard de la flèche et tomba de son cheval sans prononcer une parole. Enfonçant les éperons dans les flancs de son coursier, Tyrrel, l'hommicide involontaire, s'enfuit vers les bords de la mer, s'embarqua pour la France, et se joignit aux Croisés.

Dans la jolie ville de Syndhurst on montre encore un antique étrier, et une tradition de temps immémorial assure qu'il se trouvait attaché à la selle de laquelle Rufus tomba lorsqu'il fut frappé par la flèche de Tyrrel. Un charbonnier, nommé Purkess, vivant dans le village de Minstead, dans la forêt, découvrit le corps royal^ et assisté par des voisins, le mit sur son char et le transporta à la cité de Winchester.

M. Charles Knight mentionne dans son histoire populaire d'Angleterre, le meilleur ouvrage de cette sorte qui fut jamais publié, que dans le village de Minstead, en l'année 1843, il vit le nom de Purkess sur la porte d'une petite boutique, et M. Stewart Rose, un homme de lettres bien connu, auquel W. Scott a dédié le premier chant de Marmion, et qui avait un emploi dans la Forêt Nouvelle, rappelle que les descendants du charbonnier ont toujours habité ce village, où ils vivent encore, possesseurs d'un cheval, d'un char et rien de plus.

Le corps de Guillaume Rufus étant arrivé à Winchester, « fut déposé sur le sol, dans la tour. » William de Malmesbury ajoute simplement « entouré par beaucoup de nobles, quoique regretté pai un petit nombre ».

Guillaume était rapace et impopulaire.il avait tous les défauts de son père le Conquérant, sans aucune de ses grandes qualités, sauf le courage, et il était autant méprisé que haï. Le peu de respect montré à ses restes en donne un aperçu, et dans tous les cas la formule française :.leroi est mort, annonçant brièvement la mort du roi, suivie par celle également brève de : vive le roi,

qui proclame un nouveau souverain, a été vertueusement adoptée par les courtisans dans plusieurs pays.

William de Malmesbury qui ne survécut pas cinquante ans à AV. Rufus, raconte qu'il fut enterré dans la cathédrale de Winchester, dans le milieu du chœur et dans l'enceinte de la tour. Cette tour tomba environ un an après cet enterrement, et le peuple crut qu'elle était tombée sur la tombe du roi comme un jugement du ciel, pour avoir enterré un roi si coupable dans un lieu si sacré. Ce que l'on a longtemps considéré comme la tombe de Rufus, est la circonférence extérieure de la tour et par conséquent elle ne peut avoir été détruite par sa chute.

Mais alors le témoignage de Radborn, moine de la cathédrale, corrobore l'attestation de William de Malmesbury. Ce doute existant, l'archidiacre de Winchester crut que vers Tannée 1540, sous le règne d'Henri YIII, quand la cathédrale de Winchester subit plusieurs transformations, la tombe de Rufus, un grand monument de pierre, pouvait avoir été transportée au lieu qu'elle occupe actuellement.

Gale, l'antiquaire, accusa le Parlement, sous Cromwell. d'avoir renfermé les os de Rufus, c'est-à-dire de les avoir placés dans un des coffres mortuaires, ajoutant : « Dans la tombe de Guillaume RufuS; qui a été violée parles rebelles dans le temps des guerres civiles, on a trouvé les cendres de ce roi, quelques reliques de vêtements dorés, un large anneau d'cr et un petit calice en argent. »

Le jeudi 27 août 1868, ce qui avait été longtemps Cfsnnu comme la tombe du roi Roux, dans la cathédrale de Winchester, fut ouvert en présence de l'archidiacre Jacob et de plusieurs autres archéologues du pays.

Le but de l'archidiacre, en ordonnant cela, était de se rendre compte si la tombe contenait encore les restes mortels du monarque normand, ou s'ils avaient été, à une certaine époque, transportés et placés dans un des sarcophages, comme l'aftirme Gale dans ses Antiquités dans la Cathédrale de Winchester, publiées en 1715 et confirmées par Milner et d'autres écrivains.

Ici, permettez-moi de parler d'après ma propre autorité, de

l'ouverture de la tombe publiée dans le Times, de Londres. Une plus complète narration dans le même journal fut faite par M. Henry Moody, le conservateur du Musée de Winchester et des lettres de M. Albert Hartshorne et de l'archidiacre Jacob.

M. Moody ayant indiqué comment la tombe fut ouverte, dit: « La question a été résolue. La tombe a été trouvée contenant le squelette d'un homme, presque en son entier, quoique très endommagé et des fragments jetés dans la tombe par des mains négligentes. Les morceaux d'étoffes dorées et les fragments de plomb mince, qui ont été trouvés, donnent la probabilité que le corps royal était renfermé dans une coûteuse sépulture, dans un métal de qualité durable, ce qui fortifie la croyance que ce sont ses restes^, de lui seul, de celui dont le poète a dit :

« Sanglant dans la forêt comme un cerf blessé. »

Il ajoute : « En dehors de la tombe, à l'ouest, il y a deux trous ronds qui paraissent avoir été creusés pour l'introduction de leviers, qui ont dû être employés dans le transfert de cette lourde tombe transportée d'un autre lieu, et, sur des données très probables, il présume qu'elle a été déplacée de dedans l'enceinte de la tour, où elle avait été d'abord érigée au-dessus, mais non dans le sol. Il suggère l'idée que pendant le transport, le corps peut avoir été privé de ses vêtements royaux et de la couverture du cercueil de plomb, car à cause de son grand poids, il était plus convenable d'enlever le couvercle qui pesait presque une tonne, que de transporter le tout a la fois -, par conséquent,' je suppose que le transfert s'est opéré par pièces séparées et que les restes royaux ont été rejetés dans la tombe très irrévérencieusement et dans la triste situation qui a frappé mes yeux.

« Quelques ornements dorés, quelques fragments de tissus dorés, des petits morceaux minces de plomb, une bague avec turquoise, une tête de chien ou de lynx^ curieusement sculptée sur ivoire, ont été trouvés dans la tombe. La forme des os était si clairement visible au premier abord que la mesure des principaux fut prise, mais bientôt ils tombèrent dans ce que l'archidiacre Jacob appelle « une indescriptible poussière ».

« Mais le fait qui m'a engagé à attirer votre attention sur ces

détails est que plusieurs dents humaines ont été trouvées parmi les débris et dans d'aussi bonnes conditions que si le roi Roux était mort seulement hier, au lieu de 768 ans auparavant. »

L'archidiacre Jacob, dans sa communication au Times, de Londres, relate un passag-e d'une lettre qui lui fut adressée par un ami et confrère, prélat dans le Wiltshire, comme suit :

« L'examen des ossements et reliques de Rufus fournit une nouvelle confirmation d'une opinion que j'ai trouvée corroborée plusieurs fois à savoir que V émail des dents humaines est indestructible, excepté 2^cl^' l'action de la maladie durant la vie ou par la force du feu, quand le corps a été brûlé. Dans ma collection, j'ai une partie d'un os maxillaire et deux dents, à leur place, lequel maxillaire appartenait à un des soldats de la 10= légion, et j'ai une dent qui, dans son temps, a rendu des services parmi les molaires de l'un des robustes guerriers de notre bon roi Alfred^ au moment où il battit finalement les Danois. Le corps du soldat romain fut brûlé et il ne reste aucun vestige de l'émail, mais dans le cas du g-uerrier d'Alfred, l'émail est aussi parfait qu'il ne l'a jamais été, et dans le cas de Rufus, j'observe qu'il est indiqué que neuf dents qui lui étaient restées, après avoir rongé ses sujets, étaient en parfait état de conservation.

Pour compléter la remarque du révérend Jacob sur ce qu'il nomme « V indestructibiUté de V émail de la dent humaine », permettez -moi d'ajouter quelque chose tiré de mes observations personnelles.

La plus courte ligne de communication par vapeur, chemin de fer, paquebot, entre Londres et Dublin, est à travers l'île d'Anglesea, comté nord-ouest de Galles et du port de Hol3^head, dans l'île Holy, qui joint Anglesea à l'ouest, avec laquelle il est relié par un pont de chemin de fer, de même qu'Anglesea est ellemême reliée avec la terre de Galles, par le fameux pont sur le détroit de Menai .

Près du quai de Holyhead et en vue du phare de Stack, existe une colline surplombant la mer appelée Capel-na-Carrig, ce qui dans le langage celtique signifie la Chapelle-sur-la-Roche. La tradition rapporte qu'un temple druidique s'élevait sur ou près de ce précipice. Cette colline est très exposée aux tempêtes, et

des parties du sol tombent très fréquemment dans la mer, après un grand orage.

Visitant Holyhead, vers 1837, et invité à y rester pendant plusieurs jours, on m'engagea à visiter Capel-na-Carrig. Je trouvai, au sommet de cette colline, un nombre immense d'os humains, se montrant au travers du sol sablonneux^ et à chaque pas je soulevais avec ma canne un crâne ou quelque gros os.

Les corps étaient placés du nord au sud, contrairement à l'usage catholique, de les placer de l'est à l'ouest.

Tout ce que je pus apprendre à Holyhead, fut qu'on croyait dans le pays que, à une époque très lointaine eut lieu une bataille sur l'île, et que les morts avaient été enterrés à la place où je vis les os. Je recueillis une douzaine de dents humaines dans une parfaite conservation^ et un dentiste de Liverpool, auquel je les montrai, fut si frappé de leur excellente condition qu'il vint à Holyhead peu de temps après, et, me dit-il, en enleva un grand plein panier, dont il fit usage professionnellement ; l'art de fabriquer de bonnes dents artificielles étant alors très peu connu ou pratiqué en Angleterre.

Quelque temps après, me trouvant à Londres, je donnai plusieurs dents de Capel-na-Carrig à un célèbre chirurgien de l'époque, M. Pettigrew, bibliothécaire de son Altesse Royale le duc de Sussex, et renommé pour le grand nombre de momies égyptiennes qu'il a examinées. Il admira la parfaite conservation de l'émail et m'informa qu'il avait invariablement trouvé les dents des momies dans d'excellentes conditions et que la décoloration provenant des ingrédients employés pour l'embaumement disparaissait généralement au contact de l'air.

Dernièrement encore, lorsque j'étais à Oxford, étant très intime avec le défunt D^' William Buckland, le grand géologue, et lui ayant fait mention des crânes et os de Capel-na-Carrig, il m'affirma qu'il croyait V&inail des dents humaines apparemment indestructible, et que si même un homme antédiluvien était découvert, le fait d'être un homme serait prouvé par ses dents, car .(comme il l'a vu par les restes fossiles d'éléphants, de rhinocéros, d'hippopotames, d'ours, de tigres, de hyènes et seize autres mammifères découverts dans une caverne, à Kirkdale, dans le

Yorkshire^ en 1821), l'émail des dents de ces animaux était presque toujours trouvé dans de mauvaises conditions, contrairement aux dents humaines dans les circonstances ordinaires.

J'ai maintenant terminé ce que j'avais à dire et je vous prie de vouloir bien croire que je suis ici ce soir pour obtenir, et non pour donner des informations sur le haut et intéressant sujet professionnel sur lequel je me suis permis d'appeler votre attention. Je ne suis pas dentiste, mais je m'intéresse, d'après mes anciennes études, aux sujets de science médicale, et je désire m'informer auprès des membres de la Société, lesquels pourront, je crois, me répondre d'une manière satisfaisante : 1° L'émail des dents humaines est- il aussi indestructible que j'ai été amené à le croire? 2° Pourquoi en est-il ainsi, et en dernier lieu, les dents des animaux sont-elles différentes, et pourquoi ?

(Dental Cosmos, 1869, vol. XI, p. 13.)

Le professeur ]\[ac Quillen, qui répondit a M. .SheltonMackensie, attira l'attention sur la densité différente de l'émail, de la denture et du cément chez l'homme et chez les animaux. D'après lui, le fait que l'émail humain renferme trois parties de matières organiques, contre quatre -ving-t-dix-sept parties de matières inorganiques, suffit pour expliquer son extrême résistance, non seulement pendant la vie, mais encore longtemps après la mort, comme c'est le cas dans les momies. Quant à la composition chimique, il ne se croit pas assez autorisé pour en parler.

11 pense toutefois que cette résistance des dents humaines après la mort doit être attribuée simplement aux soins particuliers dont on entoure les cadavres, plutôt qu'à une différence marquée dans la composition chimique.

11 attire aussi l'attention sur ce fait que les restes des animaux des époques primitives sont très bien conservés. Quant aux animaux actuels, la façon dont on les enterre, les A-ariations de température que subissent leurs corps souvent exposés tantôt à l'humidité, tantôt à la sécheresse, suffisent à expliquer leur décomposition plus rapide.

Observation XL VIII. — Affaires Ceonin et Salisbury.

Dans le cas célèbre du D^' Cronin, le patriote irlandais-américain, qui fut assassiné à Chicago, quoique le corps fut identifié et reconnu par un grand nombre de témoins, son dentiste fut néanmoins appelé pour assister à l'enquête et corroborer l'identité par son témoignage.

De même les restes de la marquise de Salisbury, découverts parmi les ruines de Hatfield House, furent identifiés par l'os de la mâchoire, ayant un appendice en or pour des dents artificielles,

(Rehfuss Dental Jurisjjrudence.)

Observation XLIX.

Le Pithecanthi'opiis erectus de Java.

En 1891, M. le D^" Eug. Dubois, médecin militaire hollandais, trouva à Java, dans un terrain qui appartiendrait au pliocène supérieur ou au quaternaire le plus ancien, des débris de squelettes consistant en une calotte crânienne, deux dents molaires et un fémur.

Dans la description {Fit hecanthropus erectus, eine menscJiejiaeJmliche uebergansform aus Java, Batavia Landesdruckerei, 1894) que M. Dubois donne de ces pièces, il les attribue à un animal intermédiaire à l'homme et aux grands singes anthropoïdes. C'est, d'après lui, le véritable précurseur de l'homme : le PltJiecantlirojjus erectus.

M. Manouvrier, qui entretenait la Société d'Anthropologie de cette intéressante découverte (3 janvier 1895), fait remarquer que ces pièces, trouvées par hasard, sont justement celles qui peuvent donner le plus de renseignements sur le volume et la forme de l'encéphale et sur l'attitude du corps, et sur l'importance des maxillaires par rapport au crâne.

Ces trois pièces, dit-il, sont presque exactement celles que j'aurais choisies pour m'éclairer sur la question, s'il m'eût été permis d'en choisir trois seulement sur un squelette entier.

Laissant de côté tout ce qui ne cadre pas avec notre étude, nous nous occuperons de la molaire trouvée non loin du crâne.

C'est une troisième molaire supérieure, dont la surface triturante seule rappelle l'aspect d'une dent humaine-, son volume et récartement considérable de ses racines ne permettent pas de l'attribuer à un homme.

D'autre part, elle diffère des dents de gorille et de chimpanzé.

M. Manouvrier a cherché dans les collections du Musée Broca, s'il ne trouverait pas une dentaussi développée. Après avoir passé en revue une centaine de crânes de nèg-res d'Afrique et d'Océanie, il en découvrit une sur un crâne de Néo-Calédonien, de Kanala. C'est une troisième molaire inférieure, et on sait que la dent de sag'csse inférieure est g-énéralement plus grosse que la supérieure. Quant à la troisième molaire supérieure, il n'en put trouver aucune approchant de la dent de Java, même dans la race nègre.

M. Manouvrier considère cette dent comme ayant appartenu soit à un anthropoïde, soit à un être humain d'une race disparue.

C'est en rapprochant le volume de cette dent, des petites dimensions du crâne, que M. Dubois a cru pouvoir dire qu'on se trouvait en présence d'un ancêtre de l'homme, le plus ancien de ceux connu jusque-là.

Nous n'entrerons pas dans le débat qui s'est élevé entre les savants au sujet de ce crâne.

Les uns, Cunningham, Turner, en Angleterre, le considèrent comme un crâne humain. D'autres, Kraiise, Virchow, Luschan, Waldeyer, croient qu'il a appartenu à un anthropoïde.

M. Manouvrier, tout en observant une certaine prudence, attribue une grande importance à la découverte de M. Dubois, et se rallie, en somme, à son opinion. Dans la même année, il est revenu sur cette question, et lui a consacré un important mémoire, publié par le Bulletin de la Société d'Anthropologie.

Il eut l'occasion de voir les pièces elles-mêmes, lors d'un voyage de M. Dubois à Paris, et fut frappé de l'état de fossilisation complète des os, état comparable à celui des pièces de Trinil et du Néanderthal. La fossilisation ne se trouve, en effet, que sur les

ossements remontant à l'époque tertiaire et le Pithecanthropus doit donc être rang-é dans cette catég-orie.

Les squelettes les plus anciens de l'époque quaternaire, ceux de Spy, par exemple, ont conservé un aspect peu différent des ossements néolithiques.

L'examen d'une autre dent trouvée avec la première, mais dont M. Manouvrier n'a connu que plus tard l'existence (deuxième grosse molaire supérieure d'après lui) et de la dent primitive, ont permis à M. Manouvrier d'écarter l'hypothèse attribuant ce crâne à un anthropoïde.

Il conclut qu'on se trouve probablement en présence d'une race précurseur de l'espèce humaine et ancestrale au même titre que la race du Néanderthal et de Spy.

M. Manouvrier a bien voulu nous permettre l'examen des moulages des dents du Pithecanthropus, qui se trouvent au Musée d'Anthropologie.

Nous ne saurions d'ailleurs le remercier trop vivement de l'accueil qu'il nous a fait dans son laboratoire, et des précieux renseignements qu'il nous a fournis.

Il s'agit de deux dents supérieures : l'une, première molaire gauche; l'autre, troisième molaire droite. Les moulages sont peints probablement de la même couleur que les originaux -, les racines sont rouge foncé, tirant sur le noir, les couronnes sont blanches.

Les couronnes sont renflées, boursouflées, se rétrécissant rapidement vers le collet, à l'exception de la face mésiale qui, par compression avec les dents voisines, est aplatie d'une façon fort nette. La face triturante de la première grosse molaire est usée au point de ne plus présenter de traces des sillons qui y existent normalement. Cette usure est un peu concave suivant le diamètre bueco-lingual.

La dent de sagesse, au contraire, ne porte pas d'usure, si ce n'est une petite facette sur la crête marginale mésiale qu'on peut considérer comme un commencement d'usure.

Les racines sont relativement courtes et la racine palatine de la dent de 6 ans un peu divergente. Sur la dent de sagesse, tant

la racine palatine que les deux racines buccales ou jugales, qui sont soudées, sont aussi fortement divergentes.

Première grosse molaire. — Cette dent a été considérée par les anatomistes qui l'ont décrite, comme étant la deuxième grosse molaire. Si nous la comparons avec les caractères anatomiques de la première molaire supérieure que nous avons décrite, nous voyons qu'elle s'en rapproche absolument. En efTet, sa couronne vue par sa face triturante, a une forme ovoïde, et son grand axe est situé du côté palatin ou lingual. La même surface triturante, au contraire, dans la deuxième grosse molaire, a un diamètre raésio-distal plus grand du côté buccal ou jugal. En plus, le sillon disto-lingual qui a disparu sur la face triturante, par suite de l'usure, franchit la crête marginale linguale et apparaît sur toute la surface linguale, divisant très apparemment cette surface en deux lobes, l'un mésial, l'autre distal. C'est là un caractère qu'on ne trouve jamais sur une deuxième grosse molaire, dont la môme face est toujours arrondie.

Quant aux racines, la palatine est aplatie dans le sens linguobuccal, comme dans toutes les dents de G ans, tandis que sur la deuxième grosse molaire, cette racine est arrondie.

Des racines buccales, la mésial e plus large et plus longue que la distale se trouve sillonnée dans toute sa longueur donnant l'apparence de deux racines soudées et c'est probablement le cas ici, car elles semblent avoir deux apex indépendants.

La racine distale est arrondie légèrement et accolée à la racine mésiale.

De cette description, il ressort pour nous qu'il s'agit là d'une première molaire supérieure gauche.

Troisième grosse molaire. — Sa couronne est, en général, plus grande que le type ordinaire des dents de sagesse supérieures. Sa forme est à peu près normale, elle est aplatie sur sa face mésiale (antérieure) par la pression exercée sur la deuxième grosse molaire; cette face se termine aux extrémités buccales et linguales par des angles saillants, tandis qu'elle s'arrondit sur ses trois autres faces, à tel point que les faces se confondent l'une avec l'autre.

C'est là d'ailleurs un caractère commun à toutes les dents de sag-esse, dû à sa situation à l'extrémité de l'arcade dentaire, sans d'autre dent pour la comprimer à sa face distale (postérieure). Sa racine palatine est courte, relativement divergente, et aplatie dans le sens bucco-ling-ual. Si on la compare avec celle de la première grosse molaire, on voit qu'elle est plus arrondie.

Les deux racines buccales aussi divergentes sont soudées. La racine mésiale (antérieure) présente une grande analogie avec la racine semblable de l'autre dent, c'est-à-dire;, comme elle, est fortement sillonnée dans toute sa longueur. La racine distale, plus longue, est accolée à la précédente.

Nous rapportons ici le résultat des mensurations que nous avons pratiquées sur ces dents. En les comparant aux tableaux de Black que nous donnons ailleurs, on verra combien ces dents sont plus volumineuses que les dents de l'espèce humaine actuelle.

Fi-?. 60.

Fig. 61.

Fig. 60. — Troisième molaire supérieure droite. A, racines buccales ; B, racine palatine; C, côté buccal; D, côté lingual; E, côté mcsial.

Fig. 61. — Première molaire supérieure gauche. A et D, racine palatine ; li, racines buccales; C, côté mésial ; E, racine bucco-Jistale.

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