‹ L'art dentaire en médecine légaleChapitre 95 sur 113 · MILLIMÈTRES · texte numérisé non relu

MILLIMÈTRES

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Prcniiéro molaire

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Troisième molaire

(Dent de sagesse

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Observation L. — Affaire Trembuer.

En 1897, un crime épouvantable fut commis à Buenos-Ayres sur la personne d'un sujet français. L'assassin — un Français lui-même — coupa sa victime en morceaux pour faire disparaître plus facilement les traces de son crime. Il jeta la tête dans une rivière et dispersa les autres morceaux, cà et là, dans la ville, après les avoir soigneusement enroulés dans du papier. Or, des enfiints trouvèrent la tête, et la police informée supposa, bien qu'elle fût affreusement mutilée, que c'était celle du Français qui avait disparu depuis quelques jours.

Pendant ce temps, le meurtrier s'était embarqué pour Dunkerque. La police française prévenue se rendit au bateau à son arrivée et l'individu présumé coupable fut arrêté.

On trouva dans ses bag-ages un râtelier en or portant quelques dents et enveloppé dans la moitié du journal qui avait servi à recouvrir les débris du cadavre. Le râtelier fut envoyé à Bordeaux à la femme de la victime, qui à l'aide de son dentiste reconnut que la pièce était bien celle de son mari. L'assassin avoua son crime et ne dut la vie qu'a l'intervention généreuse des dames de Buenos-Ayres qui adressèrent une prière au gouvernement français.

~ 551 - Observatioîî LI.

TROUBLES d'ÉRXJPTIOX DE LA DENT DE SAGESSE.

M. Poirier voulant étudier les modifications subies par les os après les fractures, demanda à M. Tramond de lui mettre de côté tous les os inutiles à la préparation des squelettes anatomiques.

Bientôt M. Poirier fut en possession d'une collection considérable et déjà, en 1894, nous avons eu l'honneur de l'accompagner au Congrès français de chirurgie tenu à Lyon, où notre maître présenta 67 humérus avec des fractures du col consolidées.

Aujourd'hui, cet ossuaire constitue une riche mine, d'où l'on peut tirer les enseignements les plus utiles.

Pour notre part, nous y avons beaucoup appris, et c'est là que nous avons trouvé les pièces représentées par les figures 21, 33, 34, 44, 45.

La mâchoire qui fait l'objet de cette observation est représentée par une photographie (fig. 62) et par une radiographie (flg. 63), elles ont été faites par notre ami le D' de Bourgade.

Comme il arrive pour toutes les autres pièces de cet ossuaire, son histoire est inconnue.

Ce qui nous frappa tout d'abord dans cette mâchoire fut son asymétrie (voir fig. 62). Puis, notre curiosité augmenta en voyant une dent de sagesse incluse à la base de l'apophyse coronoïde (voir fig. 63).

Au fur et à mesure que nous examinions cette pièce, nous y trouvions des choses de plus en plus intéressantes. Nous la décrirons, puis émettrons quelques hypothèses concernant l'étiologie et la pathogénie de sa déformation :

Maxillaire inférieur de l'âge adulte : Poids, 45 grammes. Le bord alvéolaire est très mince, ce qui indiquerait que les dents y manquent depuis fort longtemps. Seul, l'alvéole de la deuxième molaire gauche est encore béant. Cette dent doit avoir quitté son alvéole après la mort.

Jlensurations :

De la symphyse au centre du condyle gauche, 10"=.

De la symphyse au centre du condyle droit, 1^.

De l'apophyse géni au trou dentaire inférieur gauche, 7^-, droit, 4>^,4"'.

A la base de l'apophyse coronoïde, au niveau de la dent de sagesse lS4", transversalement. Du côté gauche, 0,8"'.

Fig. 6-2.

Le condyle droit est arrondi, rugueux et ne dépasse pis la hauteur de l'échancrure sygmoïde. Son diamètre transverse est de 2'^, G"" et l'antéro-postérieur, 2-,l"\ Le condyle gauche a2%l"' sur 0,6"'.

Du trou mentonnier droit à la symphyse, 2%5"'; ce diamètre est égal à celui du côté gauche.

Du trou mentonnier droit au bord postérieur de la branche montante, 4*^,6'" -, le même diamètre à gauche, 6^,1".

La dent de sagesse a 1%(3"' de l'apex à la couronne. Sa face triturante regarde en bas et en dedans. Les extrémités des racines

inclinées en haut, dépassent un peu la face externe de l'apophyse coronoïde. Par un trou de la face antérieure de cette apophyse, on perçoit un côté de la couronne.

jSTous sommes disposé à croire que cette mâchoire a dû. être atteinte d'ostéomyélite à l'époque de l'évolution de la dent "de sagesse. Cette ostéomyélite a occasionné une grande perte;, de substance osseuse, et de là, la différence entre le côté gauche et le côté droit.

Fi-. 63.

Cette phlegmasie occasionna, de plus, une arthrite temporomaxillaire qui se termina par la soudure du condyle à la cavité glénoïde avec enkylose de l'articulation.

De cette observation il y a à retenir deux faits pratiques :

V Songer toujours à la présence d'une dent de sagesse vicieusement incluse dans le maxillaire, dans les cas de trouble dans cette région i

2" La non altération des surfaces articulaires du côté sain, malgré l'immobilisation prolongée, lorsqu'il y a ankylose du côté opposé.

Nous avons lu une observation très instructive à propos de notre première remarque, due au D' Vila, de Cienfuegos, et publiée dans la Cronica mcdicu-qiUrurglca de la Havane (1887).

M. Vila fit la résection de la branche montante droite du maxillaire, et lorsqu'il eut en main le frag-ment du maxillaire, il s'aperçut que tous les troubles étaient causés par une dent de sag-esse incluse dans l'os et qu'il aurait pu extraire sans causer tant de dommage à son malade.

Ces erreurs de diag-nostic seront évitées aujourd'hui, grâce à la radioscopie et ù la radiographie.

Un chirurg'ien qui dans un cas semblable n'aurait pas tenu compte des utiles services des rayons X, serait sûrement passible de poursuites de dommages-intérêts envers son client.

Observation LU. — Troisième dentition.

Il existe au Laboratoire d'anthropologie de Paris un crâne humain portant des anomalies excessivement intéressantes a étudier.

Malheureusement, son histoire est inconnue. On l'a trouvé dans les débris de dissection de la Faculté de médecine, et fut donné par M. Tramond au musée.

M. Manouvrier présenta ce crâne à la Société d'anthropologie, dans sa séance du 7 décembre 1893.

Sa communication portait exclusivement sur l'anomalie par absence des os nasaux.

Nous donnons ici la description générale de M. Manouvrier^ ainsi que la figure 64 faite par lui au moyen du stéréographe de Broca :

« 1° Arrêt de développement des os maxillaires. Aucune des pièces qui composent ces os n'a atteint son développement normal.

« Sur le maxillaire supérieur, la région alvéolaire est restée au niveau de la voûte palatine. On y voit quelques fosses vides et quelques dents incluses incomplètement développées. Six molaires ont dû. évoluer complètement, mais il n'en reste

Fio-. 64.

que quatre dont deux présentent un degré d'usure semblant indiquer l'âge adulte qu'indiquent également l'épaisseur des os du crâne et la soudure complète de l'apophyse basilaire.

« 2° Les apophyses zygomatiques forment deux sortes de moignons qui n'ont pu se rejoindre pour former les arcades zygomatiques.

— 5r)fî —

V o° Les os malaires sont incomplètement développés et divisés par une suture transversale.

« 4° Les bords orbitaires sont incomplets en bas et en dehors. « o" La suture métopique, persistante, est interrompue au

Fia:. 65.

niveau des bosses frontales par une large fontanelle bien que la fontanelle breg'matiquc n'ait laissé aucune trace.

« G' Les os temporaux sont restés à l'état rudimentaire dans toutes leurs parties incomplètement soudées entre elles.

« 7° Les pariétaux seuls ont atteint leur développement normal. Ils présentent au niveau des bosses pariétales un épaississement d'où résulte l'aspect natiforme décrit par Parrot et consi-

déré g-énéralement comme un caractère résultant de la syphilis infantile.

« 8° Deux grands os wormiens existent dans la suture sagittale. La suture lambdoïde en est garnie dans toute son étendue.

« 9° La base du crâne présente la forme particulière au rachitisme. Elle est comme enfoncée avec horizontalité de l'apophyse

Fiff. 66.

basilaire coudée à angle droit au niveau de sa portion basiotique. « 10° La capacité crânienne paraît être inférieure a la moyenne. Braehycéphalie exagérée. Aplatissement.

Diamètre antéro-postérieur maximum 173

— transverse maximum 162

— basio-bregmatique 113

— frontal minimum 106

Indice eéphalique = 93.6.

Fig. 67, 68 et 69.

« La forme de ce crâne rappelle, par quelques traits, la forme hydrocéphalique, mais je ne crois pas qu'il y ait eu hydrocéphalie. Les parois latérales du crâne ont seulement cédé sous la pression du cerveau insuffisamment soutenu pendant l'enfance. »

Fiff. 70.

M. Manouvrier nous confia l'étude de la dentition, et afin de mieux voir le nombre et la position des dents contenues dans l'intérieur des maxillaires, nous avons fait radiographier et photographier ces pièces par M. de Bourgade.

La figure 65 est une photographie de la base du crâne, montrant l'ensemble de cette région .

La figure 66 est une radiographie de la même région, montrant très nettement la quantité et la position des dents dans l'intérieur de l'os.

Il y existe encore à sa place la deuxième grosse molaire droite.

Cette dent a la surfiice triturante très usée.

Les procès alvéolaires sont très atrophiés à la partie antérieure, ce qui indique que les dents antérieures sont tombées longtemps avant la mort.

Du côté des tubérosités, on voit deux molaires de chaque côté, incluses dans l'os.

Des deux côtés du palais, on voit des dents développées dans l'épaisseur de l'os.

Sur le maxillaire inférieur restent encore deux molaires du côté gauche, la deuxième et la troisième.

Leur surface triturante est très usée. Par la radiographie (igureGT, vue extérieurement, on aperçoit une quatrième molaire dans l'intérieur de l'os.

La chambre pulpaire de la deuxième et troisième molaires, très rétrécie, nous porte à croire que cet individu était très âgé.

La figure 08 représente la partie antérieure de la mâchoire à l'intérieur de laquelle on voit quatre incisives inférieures en voie dévolution.

La figure 69 est la partie droite du même maxillaire vue extérieurement.

On aperçoit dans son intérieur trois dents en voie d'évolution.

La figure 70 est une photographie du maxillaire inférieur.

Il s'agit ici d'un cas de troisième dentition. Nous rapportons ailleurs les diverses théories proposées pour expliquer ce phénomène (p. 137, 138, 139).

Le fait que nous rapportons ici nous semble être d'une grande importance, car le crâne en question existe au Musée d'anthropologie. Ceux qui prétendent expliquer ces faits de troisième dentition par un retard dans l'évolution, appliqueront difficilement leur théorie au cas susdit.

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