D'ART
tournéroit dés l'instant qu’on feroit effort pour en élever le bout extérieur, et il seroit même difficile de concevoir qu’il put quitter ce lieu. En accordant à de Bruyn qu'il eût désenclavé huit cents têtes avec cet instrument, Camper se réservoit d'en tirer une conséquence.favorable à son opinion : c'est que de Bruyn ne pouvant alors agit sur l’occiput, a dü le faire sur un autre endroit de la tête, c’est-à-dire sur l’un dé ses cotés, à une distance plus ou moins grande du menton.
Plusieurs partisans du levier ont été convaincüs, dit-il, de tout ce qu’il avance à ce sujet, en le voyant opérer sur un cadavre, dans le temps où il éloit professeur à Amsterdam : il compte Titsingh parmi ceux qui lui avouerent que linstrument devoit être placé comme il le démontroit. Nous avons déjà annoncéle désaveu de ce dernier, et nous dirons deux mots de sa méthode dans la suite.
1669. Camper en s'élevant contre la méthode de Roonhuisen, ne s'en déclare pas moins ouvertement en faveur du levier; mais il veut qu’on l'emploie d’une autre manière, « Introduisez, dit- »il, toute la câvité de l'instrument , soit le long » du front, de a tempe ou de l’occiput, dans la » matrice avec la main-droite, jusqu’à ce que » vous sentiez que la cavité réponde à la con- » vexité de la tête, alors il passera l'oreille , et se » posera à coté du cou, et le bout vers le men- »ton de l'enfant plus ou moins, selon la gran- » enr de la tête : levez alors l’autre bout, puis » appliquez la main gauche vers le milieu de la » spatule, déprimant ainsi et tirant la tête en même
» temps en en-bas... elle sera délivrée dans un » instant. » |
1670. On sera frappé de lopposition de Camper avec lui-même, si l'on compare ce qu'il prescrit ici avec ce qu’il combat en parlant de la méthode de ceux qui employoient le levier avant lui, puisque, après avoir nié la possibilité de le placer sur locciput, qui est, dit-il, comme fortement collé contre le pubis dans le cas d’enclavement , il recommandede lintroduire dans ce même endroit, ou le long du front, qui n’est pas moins fortement pressé contre le sacrum. Ce premier point de sa méthode se réfute par sa doctrine même sur. l’enclavement, doctrine que nous tenons pour vraie et des mieux fondées sur l'observation.
1671. En supposant que la tête de l'enfant n’eût pas été réellement enclavée dans le cas où Carper a fait usage du levier, comme nous avons démontré, même d’après lui, qu’elle ne l’étoit pas dans ceux énoncés par de Bruyn, cette nouvelle manière de diriger l'instrument n'en paroitroit pas moins défectueuse, et l’on n'en concevroit pas mieux la possibilité. Quel que soit-le volume de la tête respectivement à la capacité du bassin, comment se persuader, en effet, que le bout du levier, introduit à plat sous le pubis où répond l’occiput, puisse passer à côté du cou, et aller, s'appuyer vers le menton: Comiment le conduire sur ce même point, en le faisant monter le long de la tempe, même le long du front qui occupe alors le bas de la courbure du sacrum? Pour qu'il puisse se porter au-delà de l'angle de la mâchoire inférieure vers le menton , et que la courbure de
Notre opinion sur la
méthode Camper.
de
te) | L'ART Ja spatule embrasse exactement la convexité de la tête, l'instrument doit être placé de champ sur l’un des côtés du bassin, et un peu obliquement de bas en haut et de devant en arriere ; il doit s'appuyer par lun de ses bords contre le sommet de l’arcade du pubis, qui lui sert comme de point d'appui pendant l'extrattion de Ja tête , et agir seulement de l'extrémité de son autre bord sur la base de la mâchoire auprès du lieu qui est désigné. Ce n'est pas ainsi que le représente Camper: c’est la largeur du corps de l'instrument, et non le bord, qui s'appuie contre la marge inférieure de la symphyse du pubis. Or, dans ce rapport, la concavité de la spatule ne peut embrasser que la région de la tête qui est derriere cette symphyse, el son extrémité ne sauroit être aupres du menton qu’autant que lune des régions temporales se trouveroit sous cette symphyse : il n’est personne qui ne convienne de ces vérités, tant elles sont à la portée de tout le monde.
1672.S1la méthode de Camper étoit praticable, elle neseroit préférable à celle de Roonhuisen que dans un seul point : ce ne seroit que par rapport à la direction que l'instrument feroit suivre à la tête del’enfantdans son passage à traversle détroit inférieur et le sinus des parties extérieures. Agis- sant comme levier du premier genre, son extrémité appuyée sur la base de la mâchoire près le menton, entraînant celui-ci dans le cercle qu'elle doit décrire (1), il faVoriseroit les efforts de la
(1) L'action du levier du premier genre est telle, que chacune de ses extrémités décrit un arc à contre-sens l’une de
nature, qui ne tendent qu’à lui imprimer cette direction. Voyez $ 683 et $ 1662: mais pour que les efforts de l'art et ceux de la nature même, agissant ainsi de concert, soient salutaires et opèrent la sortie de la tète, il est indispensable qu’elle soit assez avancée dans le bassin pour que locciput réponde en plein à l'arcade du pubis, et puisse s’y engager en s'élevant à l'extérieur vers le mont de Vénus, tandis que le menton parcourra, au-devant du sacrum, la ligne courbe déjà connue. Sans cette condition, qui ne sauroit avoir lieu dans l'enclivement de lespèce prise pour exemple, d'après tous les partisans du levier, cette marche de la tête, qui est la seule naturelle, ne peut s'effectuer, Agir du bout du levier auprès du menton, et s’efforcer de le faire descendre avant que l’occiput puisse s'engager sous Parcade du pubis, ce seroit agir contre les principes de l’art, méconnoitre le mécanisme de lenclavement, ce en quoi la tête s’est déviée de sa marche ordinaire pour s’enclaver, et ne pas faire une meilleure application de la théorie des leviers.
l’autre. Supposez le levier placé sous la symphyse du pubis, dont le bord inférieur doit lui servir de point d'appui, et mettez-le en action , comme Île recommandent ses partisans, En relevant l'extrémité qui est au-dehors vers le ventre de la femme, vous lui ferez décrire un arc dont la convexité regardera l'anus, et la concavité le devant du pubis, tandis que l'extrémité cachée en décrira un autre dont la concavité sera en en-bas , et la convexité vers le détroit abdominal, et ensuite le devant du sacrum : ce seroit, selon ce dernier, que le bout du levier appliqué pres le menton l’entraineroit.
IL, ls
5o L'ART
1673. Tous les partisans du levier, avant le docteur Camper, regardoient l'occiput comme le lieu sur lequel on devoit l’appliquer, celui qui étoit le plus propre à lui donner une prise avantageuse, celui où l’on pouvoit agir le plus fortementsans nuire à l'enfant, et vers lequel on devoit diriger les puissances de l'art pour-seconder celles de la nature: ce qui s'accorde assez avec la connoissance que nous avons de lastructure du crâne, du mécanisme de l’accouchement, et de celui de lenclavement pour lequel cet instrument a été proposé. Comme ces praticiens étoient dans l’opinion que l’occiput répondoit le plus souvent au pubis, c'étoit aussi sous celui-ci qu'ils insinuoient le levier, ou qu’ils le ramenoient après l'avoir fait pénétrer vers un autre lieu du bassin. Camper, à la gloire duquel le titre de savant accoucheur ne sauroit rien ajouter , après avoir démontré l'impossibilité de le placer sur l’occiput, dans le cas d'enclavement del’espèce connue des Roonhuisen, s’est efforcé de prouver encore qu'il ne sauroit y rester quand on y parviendroit, et que son extrémité devoit alors se porter aupres du menton, en passant à côté du cou. Le même zèle qui nous a porté à discuter la doctrine de ce médecin sur ce qui concerne ce point de l’art des accouchemens, nous fait une loi d'examiner celle de Titsingh et de M. Herbiniaux , avec laquelle elle a quelque rapport. Si ce n'est pas sur la mâchoireinférieure, pres le menton, que ces accoucheurs dirigent l'extrémité de la spatule, comme le dit Camper à l'égard de Titsingh, c’est au moins sur l’apophyse mastoïde, qui ne s'en trouve pas fort éloignée, ou
DES ACCOUCHEMENS. 51 bien dans son voisinage, puisque l'angle de la mâchoire est bien près de-cette apophyse. En supposant que ces deux méthodes ne se ressemblent pas, le désaveu (1) que fait Titsingh de celle que lui attribue Carnper, ne mériteroit quelque considération qu’autant qu'il pourroit contribuer aux progrès de l’art; que la méthode que 7'tstngh y substitue seroit plus d'accord avec les principes de cet art, et avec la connoissance mênie que ce praticien paroît avoir eue du mécanisme de l'accouchement. ï
1674. Titsingh établit d’abord pour certain que la tête de l'enfant descend toujours un peu naturellement de travers dans le bassiti, une des tem pes le long et contre le sacrum, et l’autre sous le corps de los pubis; qu’en descendant ainsi plus avant et plus bas dans la cavité formée par le coccyx, elle se redresse doucement, la face se tournant alors eu arrière vers le rectum, et locciput en avant dessous le pubis; qu’enfin elle vient présenter à la vulve cette partie qu’on nomme vulgairement la couronne. Il est également certain, dit-il, que la face se trouve obliquement en arrière, lorsque la tête reste enclavée, et c’est dans cette position ouilselareprésente pourl'exposition desa manière d'employer le levier, Nous ne formerons aucune objection contre le sentiment de Tétsingh, sur ce dernier point, étant déjà parfaitement d'accord avec fui sur le premier; nous conviendrons que la tête de l'enfant peut arrêter à une hauteur
(1) Voyez la lettre de Titsingh, insérée dans l'ouvrage de
M. Herbiniaux.
ba L'ART
quelconque dans la position qu’il assigne. Il décrit trop bien la marche qu’elle suit dans l’accouchement ordinaire, pour qu’on ne s’attende pas à lui voir réunir tous ses efforts pour la lui imprimer dans le cas dont il s’agit, et favoriser jusqu'aux plus petits des mouvemens qui composent cette marche, puisque c'est en cela seul que consiste l'art. Le lieu où porte son levier seroit celui où il faudroit le diriger, quand la tête est fixée transversalement dans le détroit supérieur, s’il pouvoit y pénétrer, si la plus grande épaisseur de cette tête avoit déjà franchi l’espace le plus resserré de ce détroit, et s’il ne s'agissoit que de la faire descendre complétement dans Pexcavation du bassin; car il agiroit alors perpendiculairement à l'obstacle qui la retient, et de manière à le surmonter avec le moins de force possible. Mais qu'on se souvienne qu'il s'agit bien moins, dans tout ce que nous avons dit jusqu'ici de l'usage du levier, de faire faire ce premier pas à la tête de l'enfant que de Pextraire entièrement ; alors on verra combien le procédé de Titsingh est peu d'accord avec ses connoissances sur le mécanisme de l'accouchement, et chacun se croira bien fondé à demander comment, avec le levier placé sous le pubis de la femme et sur l'apophyse mastoïde de l'enfant, il pourra ramener la tète à cette marche naturelle, si bien observée et si bien décrite par ce praticien méme, T'tséngh paroîit avoir réservé à M. Herbiniaux Ja gloire de nous en instruire (a).
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(1) Voyez sa lettre déjà citée,
1675. Si les personnalités et les injures de toute espèce que ce dernier substitue partoutaux principes, au raisonnement, à là démonstration et aux preuves, pouvoient en tenir lieu , ileut sans doute surpassé l'attente du modeste Titsingh, et forcé tous ceux qu'il regarde comme les détracteurs du levier, à ne voir dans cet instrument que le chef-d'œuvre de nos inventions, puisqu'il pourroit remplacer le forceps dans tous les cas, et procurer de grands avantages en d’autres ou celuici n'est point applicable, Malgré le sentiment dont . on ne peut se défendre à la lecture de l'ouvrage de M. Herbiniaux(1),nous nous croyons obligé d'en parler, dans la crainte que notre silence ne soit regardé, par cet auteur même, comume un aveu de l'excellence de sa doctrine. Si la discussion que nous nous permettrons sur quelques points de cette doctrine ne le détrompe pas, et ne lui dévoile pas son ignorance sur tout ce qui concerne l'art qu'il dégrade, et qu'il èxerce néanmoins avec une sorte de vogue, elle le rendra peutêtre plus circonspect à l'avenir, dans le Jugement qu'il pourroit encore hasarder sur les auteurs qui sembient mériter quelques égards, au moins par la droiture de leurs sentimens, et elle retiendra les jeunes praticiens qui pourroient le prendre
pour guide.
-(1) M. Herbiniaux seroit bien plus digne encore de ce sentiment , Si l'ignorance où il est de la langue francaise ne sembloit l’excuser d'a .oir mis son nom à la tête d’un ouvrage dont il n’a pu ètre le rédacteur. Nous nous persuadons que quelqu’un, jaloux de sa réputation, et plus instruit que lui dans
1676. Nous avons remarqué que de Bruyn, et plusieurs autres, convenoient qu'il étoit impossible que le bout du levier, placé sous le pubis, ne portât pas, en quelques cas qu’ils croyoient extrémement rares, sur l’un des côtés de la tête, aux environs de l'oreille, et avec quelle douceur et quels ménagemensilsen usoient, quandilsavoient lieu de le soupçonner sur ce point. Loin de chercher à léviter, comme ces praticiens, M. Æerbiniaux net toute son industrie à le rencontrer ; c'est sur lapophyse mastoïde, très voisine de l’oreille, qu'il dirige son levier; il regarde cette apophyse comme le seul endroit où il puisse trouver une prise avantageuse, et une contusion plus ou moins forte lui a souvent démontré, apres l'issue de fa tête, qu'il ne l’avoit pas cherché vainement. Nous n’eussions pas décrié cet instrument, dit-il, si nous l’avions dirigé comme lui, et surtout si les corrections qu'il y a faites nous avoient été connues: car il convient que le levier de Zoonhuisen étoit défectueux, peu propre au plus grand nombre de cas, et que son auteur ne le conduisoit pas de-la manière la plus avantageuse. Ce jugement, qui auroit dù rendre M. F/erbiniaux plus avare des épithètes outrageantes qu'il prodigue à ceux qui ont écrit contre cet instrument avant la publication de son ouvrage, n’est qu’un nouveau
cette langue, ne lui aura prêté sa plume que pour affoiblir ou lui eulever l'estime de ses concitoyens. Nous invitons ceux qui se croiroient en droit de nous reprocher le peu de ménagement que nous avons pour cet auteur, de lire son ouvrage et de le juger avec plus de modération, s'ils le peuvent.
trait d'ignorance ou de méchanceté, puisque ces auteurs ne se sont élevés que contre le levier de Roonhuïsen et sa méthode. D'ailleurs, M. Æerbiniaux n’a presque rien changé à ce levier; car il faut compter pour rien l’espèce d’anneau qu'il a ajouté au bas de chaqne courbure, et qu'il destine à recevoir un ruban, dont Putilité se réduit à zéro, aux yeux de l'homme instruit, C'est cependant cet anneau et ce ruban, dont on peut voir l'usage dans l’auteur même, qui transforment le levier, entre les mains du chirurgien de Bruxelles, en un instrument nouveau , qui le convertissent , au besoin, en un levier du troisième genre, ou qui réunissent , au gré de opérateur, la puissance de ce dernier à celle du levier du premier genre, et qui le rendent applicable à tant de cas, pour lesquels nous l'avons jugé inutile (1). Il ne sera
ES
(1) Nous avons obtenu cet instrument de M. Herbiniaux même par un chirurgien de Gand. Nous n'’ignorons pas que celui qu'il emploie journellement en est un peu différent; qu’il est d'argent battu et composé de plusieurs pièces; que les spatules , dont les courbures sont calquées sur celles du premier, se montent à volonté sur un manche de même métal et d’une forme cylindrique, qui n'est pas lui-même sans utilité, puisqu’il constitue au besoin un corps de seringue très propre, dit ce chirurgien, à ondoyer l’enfant avant l’opération. Comme le succès de son application ne sauroit dépendre de cette espèce de luxe, nous ne ferons acception de l’un plutôt que de l’autre. M. Herbiniaux observe que le levier que nou: avons obtenu de Bruxelles, ayant été fuit par un coutelier maladroit, est tres mal fait ; ce qui peut être, Mais qu'importe cette imper fection qui ne change rien à la forme ni aux dimensions de l'instrument? (Voyez Herb., deuxième édition, tom. I,
pag. 279, réfut. 27.) f
donc plus question du levier et de la méthode de Roonhuisen , mais du levier et de la méthode de M. //erbiniaux , dans tout ce que nous dirons : peut-être ne seroit-il pas hors de notre sujet de parler aussi du fauteuil et du petit lit du même auteur, puisqu'il semble leur accorder un peu de part à ses grands succes.
1677. Nous ne suivrons pas M. Herbiniaux dans la route obscure qu’il s’est frayée, crainte d'y égarer le lecteur avec lui : nous nous attacherons seulement à ses premiers pas, et il suffira de les faire connoître pouréclairer le reste de sa marche, Notre intention d’ailleurs n’a pas été d'improuver complétement le levier, mais de dévoiler son in. suffisance dans plusieurs des cas pour lesquels on l'avoit spécialement recommandé, puisque nous en indiquerons quelques uns dans la suite ou il peut être utile. Nous examinerons surtout celui que choisit M. Æerbiniaux pour l'exposition du premier manuel, ou du manuel général de son levier, tant parce qu'il nous paroît celui des roonfuisiens que parce que c'est à ce cas même qu'il s'efforce de ramener tous les autres, Nous avouerons cependant que la position de la tête, que nous rapportons ici à celle pour laquelle les roonhuisiens faisoient spécialement usage de
“levier, n’est pas aussi clairement exprimée par M. Herbiniaux que par ceux-ci; c’est un défaut trop commun, d’ailleurs, dans son ouvrage, pour s'attacher à le relever, et ce n’est qu’à la faveur d’une pareille obscurité qu'il s'échappe partout. Voici le titre de la section où cette position est énoncée : « 1° Manuel, ou manuel gé-
» néral de mon levier, dans la position de la tête » où la face répond à Pan ou l'autre des côtés de » l'os sacrum , et l’occiput à l'arcade du pubis. » Si M. Herbiniaux entendoit par ces mots, arcade du pubis, cette large échancrure qui est au-dessous de la symphyse, comme lentendent tous les accoucheurs, nous pensons qu'il conviendroit qu'une tête placée de cette manière seroit bien mal couformée, ou celle qui la verroit ainsi pla-
cée, bien mal organisée; mais il semble que l’ac-
coucheur de Bruxelles exprime, par ces mots, le cintre que forme en dedans du bassin le corps de deux os pubis; et c'est en effet ce qu'il a entendu (1).
1678. Lorsqu'il est bien certain que la tête est tournée de façon que la face est en arrière (nous nous servirons partout de ses expressions) (2), il passe deux doigts de la main gauche dans le vagin , sous l'arcade du pubis, et le bord de lorifice de la matrice, s'il est encore assez bas, pour servir de conducteur au levier. Il introduit sa spatule à petite courbure (3) et bien huilée, de bas en haut, et dans une direction oblique de
(1) Voyez l’auteur, nouvelle édition, tom, II, pag. 278,
réfut. 29.
(2) Voyez l’auteur, pag. 389, $ 420, 421, 422, 423,
(3) La condition énoncée et la préférence que M. Herbiniaux donne à sa spatule à petite courbure, prouvent qu’il suppose la tête dans le fond du bassin ; car il n’emploie cette spatule que dans ce cas. ( Voyez & 120 de son ouvrage.)
derrière en devant , en lavancant sur la tête de l'enfant, le long de la symphyse du pubis, ou un peu à côté , Jusqu ’à ce que son extrémité soit parvenue vers ‘là base de l'occiput. Il lève alors le manche de son levier, ou il ramène son exirémité inférieure de derrière en devant, en le faisant agir en bascule sur son point d'appui, par de petits mouvemens en bond ou en saccades, tournant obliquement à droite ou à gauche le bout de la spatule vers le côté où se trouve lapophyse mastoïde (1), afin de chercher le point de résistance du levier vers la base de cette apophyse (2). Lorsqu'il croit être arrivé au point
u'il cherche, il fait une épreuve d'attraction sur la tête (3), tenant d'une main le manche élevé pour que linstrument agisse en bascule sur son point d'appui, tandis qu'il tire de l’autre main sur le cordon en dirigeant cet effort vers l'anus de la femme (4). Au moyen de cette épreuve
(1) Les roonhuistens alloient aussi en tâlonnant pour trouver le chemin le plus libre. Celni qui a bien reconnu la position de la tête ne tâtonne pas; il connoit le but où il doit aller, et il y va droit, Ce tätonnage prouve qu’on ne sait pas ce que l'on fait.
(2) Ïl n'y a pas d'étudiant qui ne sache que l'apophyse mastoide n'existe pas chez le fœtus , ou qu elle n ’est pas assez saillante pour que le bout de la spathle puisse s’y accrocher,
(3) Cette épreuve d'attraction aunonce encore qu’on ne sait ce que l'on fait,
(4) Le point d'appui de l'instrument est spécialement contre le hord inférieur de la symphyse du pubis, et le cordon est celui dont nous avons parlé au Ç 1660. Une cordeleite, contournée sur lune des extrémités du levier de Roonhuisen , et
d'attraction, M. Herbiniaux trouve dans son levier une résistance qui continue , dit-il, à la : première douleur, et qui se soutient à chaque fois qu’on opère dans les douleurs suivantes, si l'extrémité de la spatule a passé l’'apophyse mastoïde. Quand il ne sent pas cette résistance, il porte son instrument du côté ou il a tronvéle plus de solidité, et il cherche jusqu’à ce qu'il tienne bien comme il faut, Cet accoucheur observe que les petits mouvemens en saccades qu'il fait avec le manche du levier, et l’attraction qu'il exerce sur la spatule au moyen du cordon, suffisent pour diriger la face de l'enfant plus de côté et vers celui où elle étoit déjà inclinée {1}, à moins que la tête ne füt extrêmement serrée de toutes parts entre les os du bassin, ce qu'il croit ne devoir jamais arriver : de sorte qu'après ces premières manœuvres, continue-t-il, lapophyse mastoïde qu'on a saisie setrouve sous la symphysedu pubis, et n’est plus du tout difficile à bien tenir avec l'extrémité de la spatule; et le levier, qui par là reprend une ligne directe avec le corps de la femme, en acquiert un degré de force plus considérable pour l'extraction de la tête (2).
qu'on y voit encore gravée, semble en avoir donné la première idée. L'usage qu’en fait M. Herbiniaux est celui que Levret, dont il devroit se glorifier d’avoir été élève, présumoit qu’en faisoient les roonhuisiens.
(1) C'est un grand défaut qui prouverait seul que M. Herbiniaux agit sans méthode; car il n’y a pas de méthode à mal faire. Rien ne dénote davantage l'ignorance où l’on est touchant le mécanisme de l'accouchement,
(2) On verra ci-après que ce degré de force est superflu,
1679. À vant de passer à la maniere dont M. Æerbiniaux procède à l'extraction de la tête, nous nous arrêterons un instant sur ce premier point de son manuel, quoiqu'il ne semble pas d'une bien graude importance, puisqu'il ne s’agit que de l’application de l'instrument. Nous ne lui objecterons pas l'impossibilité d'introduire son levier sous le pubis, dans le cas énoncé, comme nous l’avons fait à l’occasion de la méthode de Roonhuisen : 1 a prévenu nos objections à cet égard , en se déclarant d’une opinion contraire à celle de tous les accoucheurs sur le véritable enclavement, et en s’en formant une qui püt s'accorder avec sa manièred’agir. Selon ce chirurgien, les mots enclavé et engagé sont synonymes (1) : il regarde comme enclavées toutes têtes qui se sont introduites dans le bassin , quel que soit le degré de compression qu'elles y éprouvent ou la mobilité qu'elles y conservent. La tête qui est complétement enclavée est celle dont le casque a déjà franchi le détroit supérieur; la tête qui n’est enclavée qu’incomplétement, celle qui n’est descenduequ’en partie, etc. A vecde pareils principes, point d'obstacies à introduction du levier, et l'usage de cet instrument peut être porté très loin. Sile mot engagéet le motenclavésontsynonymes, les accoucheurs ne les ont certainement pas eimployés dans la même acception, mais pour expri-
puisqu'on n’en exerce aucune avec le levier pour lextraction proprement dite de la tête, (1) Voyez l'auteur, page 207 et suiv.
mer deux états différens, quoique la tête füt engagée dans lun et l’autre. Si la tête, qui est véritablement enclavée , est engagée dans le bassin, puisque son enclavement ne sauroit avoir lieu sans cela, celle qui est engagée n’est pas toujours enclavée. Toutes celles qui franchissent le canal du bassin, quelle que soit la rapidité ou la lenteur de leur marche, s’y engagent ; mais celles qui s’y enclavent ne le traversent pas, si l'art ne vient au secours de la nature. Le nombre de celles-ci esttres petit, etle nombre de celles-là est si grand, qu'ou ne peut établir aucun rapport entre elles. Une tête enclavée est immobile, et retenue au moins par deux points de sa surface, qui sont diainétralement opposés; elle ne peut tourner sur son axe. Voyez Enclavement, $ 1724. Celle que M. Herbiniaux se propose d'extraire avec son levier, quoique très engagée, est mobile, et roule aisément dans le bassin : c'est de cette grande mobilité même que naît le défaut le plus essentiel de la partie du manuel que nous avons déjà exposée, puisque sans elle on ne pourroit tourner la face de l’enfant de côté, et ramener lapophyse mastoïcde sous le pubis, au moyen des petites saccades et du tätonnage, qui paroissent nécessaires pourbien placer le levier. I fautignorcrjusqu’aux premieres lois de l'accouchement, jusqu'aux noüons qu'en ont les élèves les moins instruits, pour trouver un avantage dans ce changement de direction de la tête, lorsqu'il ne lui reste à franchir que le détroit inférieur, et craindre bien peudesemontrerencontradictionavecsoi-même.
M. Herbiniaux conviendra bientôt que cette po-
62 L'ART sition transversale qu’il fait prendre à la tête , en insinuant et en plaçant son levier, n’est pas celle qui lui convient pour traverser le détroit dont il s’agit (1), quoiqu'il s’efforce d’insinuer dans un autre lieu qu'elle est la meilleure (2). Si des faits pouvoient quelque chose de plus que le raisonnementsur l’homme aveuglé par la prévention, nous n'en manquerions pas pour démontrer au chirurgien de Bruxelles que ile plus grand obstacle qui se présente, en bien de cas, à la sortie de la tête, ne vient que de cette position transversale, et que cet obstacle même peut avoir lieu dans le bassin le mieux conformé: nous neserions embarrassés que dans le choix de ces faits, que nous puiserions jusque dans l'ouvrage de M. Æerbiniuux. Bientôt nous allons voir la nature aux prises avec lui, déployertoutes ses forces pour rétablirla tête dahé sa position primitive et porter l'occiput sous le pubis , malgré la résistance que lui oppose ce chirurgien, en doublant la puissance de son levier, qu'il faitagir alors commelevier du premier genre et comme levier du troisième genre tout à la fois. C'est de sa manière de procéder à l'extraction de la tête que doivent sortir ces traits de lumière, 1680. Il faut attendre, dit-il, pour extraire la tête, que l’action du levier soit secondée par les contractions expuisives de la matrice; C est pourquoi il attend qu il vienne une petite doulcur: el qu'aussitôt qu'il en estaverti,il commence à vacil-
(1) Voyez l'auteur, $$ 308 , 309, 428.
(2) Voyez M, Herbiniaux , pag. 378, à la fin du $ 405.
ler son levier (1) sur son point d'appui (2)en continuant aussi longtemps que dure cette douleur. Pour achever l’extraction , il lève d’une main le manche du levier par de petits mouvemens en bonds; il redouble en même temps le mouvement d'attraction au moyen du cordon qu'il tient de l'autre main , et par là, continue-til, il attire le levier vers lahase ainsi quela tête. Les “he es de la femme ,qui n’étoient pas expulsives aupar avant, le As tellement dès qu'on commence à opérer de cette manière ; que les forces de la matrice augmentent du double, et même du triple, ajoute-t-il; ce qui l'engage à leur confier l’expulsion de laéte , quand elle est entièrement parvenue dans le bassin , à moins que des causes imprévues ne l’'obligent de l'extraire précipitamment (3).
1681. Nous n’abuserons pas de la patience du lecteur en lui démontrant ici que M. Herbiniaux na rien faitencore,ou} presque rien fait pour l’extraction de la tête, et qu il ne fera rien de plus, si des circonstances imprévues ne l’obligent à continuer, puisqu'il est dans l'usage d'en confier l’expulsion aux soins de la nature, dans la crainte de déchirer la fourchette, en Éadistent passer à la fois
(1) Hest alors placé sur l’apophyse mastoïde qui répond à la symphyse du pubis,
(2) Ce point d'appui est au bord inférieur de la symphyse du pubis.
(3) Ce paragraphe ne contient, pour ainsi dire, que les expressions de l’auteur, Voyez son Pi 7 pag. 397 829 ,
426 et 427.
cette tête et l'instrument à travers la vulve. S'il en abandonne l'expulsion auxefforts naturels de l’accouchement, aussitôt qu’elle est entièrement descendue dans le petit bassin, il n’en fait donc pas l’extraction; s’il cessé d'agir avec le levier quand la tête est parvenue à ce point, qu'a-t-il donc fait avec cet instrument? N'occupoit-elle pas lexcavation du petit bassin avant qu'il füt appliqué? Si M. Herbiniaux ne peut disconvenir qu’elle y fût engagée{1), pourquoi tous ces petits mouvemens en bonds, ces petits mouvemens de bascule dela part du levier sur son point d'appui? Pourquoi redoubler celui d'attraction au moyen du cordon attaché à la spatule, et réunir, dans un cas aussi simple, la puissance du levier du troisième genre à celle du levier du premier genre? En supposantque la tête fütun peu moins avancée quenousne l’accordonsà M. Herbiniaux ,etqu'’elle ne füt pas encore complétement dans le fond du bassin. il n’en seroit pas moins démontré que ce chirurgien n'auroit rien fait pour son extraction. Il convient , 1° qu’elle roule aisément sous la spatule du levier , et que les petits mouvemens en bonds et en saccades qu’il fait en cherchant lapophyse mastoide , suffisent d'ordinaire pour tourner la face de côté; et c’est en cela mème que nous avons déjà trouvé sa méthode défectueuse ; 2° que l’action du levier augmente du double, et mêmedutriple,les forces expultrices de la matrice, etc. Or comment concevoir qu'une
ee es
(1) Voyez les notes du & 1678.
tête aussi peu serrée dans le détroit supérieur Sy arrétera, quel que soit l’état des forces qui tendent à la pousser en avant, puisqu'elle dait passer d’un lieu étroit dans un plus large? Si les forces atigmeéntées parlaprésence duleviersuffisent pourson expulsion , après ce premier pas qui la porte dans le fond du bassin , pourquoi ne lui feroient-elles pas faire ce même pas? Nous sommes pleinement persuadé que le levier y a peu de part, et qu'il n'est entre les mains de son auteur qu'un moyen d’agacer la matrice et de Pinviter à se contracter avec plus d'énergie; comme nous l'agaçcons quelquefois du bout du doigt porté sous le bord de l’orifice, etenfrottant légèrement d’une main placée sur le ventre de la fenime. Le chirurgien de Bruxelles convient que cette augmentation de forces expultrices suit de pres l'application de son levier, et qu’il leur confie l'expulsion de la tête, à moins que des circonstances imprévues ne l'en détournent. Quand ces circonstances se présentent, que fait-il?
1682. Si ellesobligeoient d'achever précipitamment l'extraction de la tête, on pourroit, dit-il, s’en tenir à l’ancienne méthode, en évitant toutefois de déchirer la fourchette, Quoique cette ancienne méthodesoit déjà connue et discutée, nous la retracerons, puisque M. Herbiniaux, qui nous a taxé d'imposture sur tout ce qui y a rapport, juge à propos de la trouver bonne. Il fant, selon lui, retirer d’une main le lévier par le haut dela vulve, autant qu'il est possible, sans laisser échapper sa prise: ce qui se fait en appuyant la paume de l’autre main contre l’anus et le périnée de la 1: 5)
cs
66 L'ART femme , afin d'élever l'occiput vers Péchancrure formée par les branches des os pubis. Alors le manche du levier remonte au-dessus du mont de Vénus, vers le bas-ventre, à une hauteur surprenante, avant que le menton passe la fourchette. 1683. Nous avons démontré,enexaminantcette ancienne méthode, qui est celle des roohuisiens, que la téteétoit expulsée, et non pas amenée dehors au moyen du levier, et nous serions bien mieux fondé à J'objecter à M. Herbiniaux, à lui qui uousapprend queles forces de la matrice, peu expultrices avant l'application de cet instrument, le deviennent tellement qu’elles augmentent du double etmème du triple : mais gardons le silence sur ce point, pour ne pas nous répéter. L'on a vu que M. Herbiniaux comptoit pour un des grands avantages de sa méthode la facilité qu'il éprouvoit à mettre la face de côté et à ramener l'apophyse mastoïde sous la symphyse du pubis, en introduisant son levier; que c’étoit sur cette apophyse même qu'il devoit être placé. Quoiqu'il ait publié que celte position transversale de la tête ne s’accommooit pas si mal au détroitinférieur, puisque le granit! diamètre du crane répondoit alors au plusgrand de ce détroit, et qu'il ne voyoit pas pourquoi on s obstinoit À la changer, et à ramener locciput sous le pubis, ilse conduitcependant ici très différemment, et le reproche qu'il nous fait d’exposerla vie de l’enfant en lui tordant le cou, toutes les fois que nous ramenons l’occi-+ put à ce point (1), ne sauroit le retenir, et l'em-
(a) Voyez M, Herbiniaux, pag. 378, à la fin du Ç 405.
DES ACCOUCHEMENS. 67 pêcher de nousimiter. S'ilnedirige pasl'extrémité occipitale de la tête sous l’échancrure formée par les branches des os pubis , au moyen de son levier, comme nous le faisons avec le forceps, et bien plus souvent avec le doigt seul, au moins ne s’oppose-t-il pas de plein gré au mouvement de pivot par lequel il revient à cette bonne position. Il nes’y oppose pas de plein gré, nous ne lui prétons pas cette intention, qui seroit aussi condamnable que sa méthode; mais il rend ce mouvement plus difficile, en agissant du bout de l'instrument sur la régionde l’apophyse mastoide, qu'ila ramenée derrière la symphyse du pubis même : car le levier placé , et mis en action, comme le recom-
mande ce chirurgien, ne tend directement qu'à
maintenir la tête dans cette situationtransversale. Si l’occiput revient en dessus, malgré les obstacles que lui oppose inévitablement cet instrument, admirez donc la nature, M. Herbiniaux, étudiezla davantage, et voyez comment elle déploie le reste de ses forces pour vaincre les difficuliés qui naissent du passage même, et celles que vous y ajoutez avec votre levier. Puisque son but est de porter l'occiputsous l’échancrure que forment les os pubis, ne l'en détournez plus, comme vous le faites, en appliquant cet.instrument , et ne vous opposez plus à ce qu’il y revienne, dans le temps où vous croyez procéder à l'extraction de la tête,
1684, Cen’estpas seulementen cela que M. Herbiruaux est en contradiction avec lui-même, avec la nature et tous les bons auteurs, il l’est encore à bien d’autres égards; et indépendammentde tout ce que nous yenons de dire, on pourroit lui dé-
montrer qu'il ne sauroit opérer l'extraction de la tête par la méthode qu'il adopte. Dans cette ancienne méthode, tant de fois combattue, et rejetée par M. Herbiniaux lui-même, le levier placé sous le pubis étoit appliqué sur locciput de l'enfant, comme il doit l'être nécessairement dans le cas où des circonstances imprévues l'obligent à achever précipitamment l'accouchement ; puisqu'ildit positivement que l’occiputs’engage alors dans l’échancrure que forment les branches des os pubis, et qu'il relève son levier à une hauteur surprenante vers le ventre de la femme. Comment accorder au chirurgien de Bruxelles ce qu'il refuse au chirurgien d'Amsterdam ? à linstrument de M. Jerbiniaux, qui ne diffère pas essentiellement de celui de Roonhuisien, ce que ne peut opérer ce dernier? Camper a eu raison, dit-il, de publier que pour employer avec succes on ne devoit pas l'appliquer sur Pocciput comme lavoient enseigné ’ischer et Van-de-Poll; et il a constamment observé qu'il glisse et abandonne sa prise au moindre mouvement d'attraction que l’on fait, s’il n'est appliqué sur l’apophyse mastoïde , ou bien entre cette apophyse et la protubérance occipitale (1). Que M. /erbiniaux nous apprenne donc comment il agit sur ce point, dans le moment où la tête traverse le détroit inférieur, dans celui où l’occiput s'engage sous l’arcade du pubis ; ou qu'il convienne que tous les efforts qu'il a faits jusqu'alors, et ceux qu'ilcontinue d'exercer surtout, ne sauroient passer pour des efforts sa-
(1) Voyez M. Herbiniaux , pag. 85 et suiv,
DES ACCOUCHEMENS. 69 lutaires qu'aux yeux de lignorant, Le second et le troisième manuel, qu’il ne donne que comme autant d’additions à celui que nous venons d’analyser , bien loin de dissiper les doutes que nous avons élevés sur le savoir de cet auteur, ne font que leur prêter un nouveau degré de force : les praticiens qui méditeront son ouvrage trouveront peut-être que nous le traitons avec trop d’avantage encore. js
1085. M. Herbiniaux (1) met au nombre des accouchemens contre nature celui où la face de l'enfant est tournée vers l'arcade du pubis, et l’occiput vers l’une des parties latérales de las sacrum , parce que la tête est alors plus exposée, dit-il, à s'arrêter par sa base dans le détroit supérieur : ce qui n’est bien clair que pour ce praticien. Pour remédier à cet accident, il observe de quel côté du bassin la face est déjà tournée, afin de la tourner un peu plus encore de ce même côté, et d'amener l’apophyse mastoïde vers l’arcade du pubis. Pour opérer ce déplacement, il se sert d'un levier fenêtré, qui a plus de longueur et de largeur que ses spatules ordinaires : et il le porte sur la tempe de l'enfant, d’ou il le fait avancer vers les parties latérale et postérieure de la mâchoire inférieure, en allant comme en cernant la tête. La face étant mise de côté, iül emploie sa spatule, et lapplique sur l’apophyse mastoide pour extraire la tête comme dans le cas précédent, c’est-à-dire pour être témoin de nouveau que, malgré ses efforts, la nature trouvera
(1) Voyez M. Herbiniaux, pag. 399.
70 L'ART en elle assez de ressources pour l'expulser : car nous ne saurions répéter trop souvent, pour l’instruction de M. Herbiniaux , pour le salut des femmes et des enfans qui lui sont confiés, pour l'honneur de l’art enfin, que le levier placé sous le pubis et sur l’apophyse mastoïde ne peut opérer l'extraction de la tête, comme il n’a pu contribuer en rien à ramener l’occiput vis-à-vis léchancrure que nous appelons arcade du pubis, ou il se, présente dans ce dernier temps de l’accouchement , puisque son action ne tend qu’à la maintenir dans la position transversale qu’on lui a déjà donnée à son moyen, soit qu’on le fasse agir comme levier du premier ou du troisième genre, ou qu'il réunisse la puissance des deux. 1686. Le troisieme manuel , considéré en ce qu'il offre de particulier, paroïtra bien plus simple que le premier, dont il n’est qu’une addition, et même que le second, parce que la position où se trouve alors la tête est la plus favorable à l'application du levier, selon les principes de M. Herbiniaux , la face répondant à l’un des côtés du bassin, et lapophyse mastoïide sur laquelle doit être placé l'instrument étant située derrière la symphyse du pubis (1). Cette position à tant de rapport avec celle qui fait le sujet du premier manuel, continue ce chirurgien, qu’il n’en donneroit pas un particulier, si l’on n’étoit pas dans l'habitude en France de regarder ce cas comme bien plus vicieux que tout autre, lorsqu'il s'agit de faire usage des instrumens : mais il le donne,
(x) Voyez M. Herbiniaux , pag. 402.
pour faire voir que l'usage de son levier est aussi facile. et d’un succès aussi sûr que celui du forceps est dangereux et incertain. C'est à Fexpérience qu'il faut en appeler : si lon n'écoute que sa voix, l’on ne pourra se défendre d'un sentiment bien différent encore de celui que nous avoris exprimé ci-devant pour Pauteur du livre dont nous sommes forcé de parler. Sile cas dont il s’agit n’est pas le plus simple de tous ceux qui admettent l'application du forceps, nous assurons qu'il ne nous à jamais donné le moindre embarras ni la moindre inquiétude, lorsque le bassin de la femme et la tête de l'enfant étoient dans le rapport de dimensions qu'on ne peut se refuser d'admettre dans tous les cas où M. Herbe. niaux assure avoir fait usage de son levier avec succès: plus de quatre cents personnes pourroiïent en rendre bon témoignage. Si cette caution ne suffit pas au chirurgien de Bruxelles , nous nous flattons qu'elle sera de quelque valeur aux yeux de ceux que ses vaines déclamatioris contre nos principes auroiént pu intimider. Nous espérons Jui prouver que le forceps à opéré en pareil cas ce que n’avoit pu faire le levier.
1687. Nous avons démontré surabondamment que le levier placé sous la symphyse dti pubis, et appliqué sur lapophysemastoide qui y répond naturellement dans le cas dont il s’agit, ne pouvoit quemaintenir la tête dans sa situation transversale à l'égard du détroit inférieur; que cette position étoit si peu favorable à l'issue de l'enfant, que rien ne potivoit s'y opposer plus fortement en bien des o€casions , ef que souvent toutes les difficultés de
F L'ART l'accouchement en dépendoient exclusivement ; qu’elle étoit si peu conforme au rapport des parties, et tellement contraire au vœu de la nature, qu'ilavoit suffi mille fois de la changer pourmettre la femiume dans le cas de se délivrer avec autant de facilité que de promptitude, et qu’on avoit vu ce déplacement s’opérer sous la main de M. Æerbiniaux, armée du levier, nonobstant les efforts qui ne tendoient qu'a s'y opposer. Pourquoi d’autres preuves, après tant de sages leçons, dont quelquesunes sont données par la naturemèéme? Moins coupable dans le cas qui fait le sujet de son troisième manuel, que dans les précédens, ce chirurgien n'en paroîitra pas plus instruit. La tête de l’enfant, dans celuiquifait le sujet du premier mapuel, déjà parvenue dans le bassin et placée favorablement, après avoir changé de direction sous le levier, en s’éloignant de celle qui lui convient pour sortir, est rappelée à cette bonne position, malgré la résistance qu'il y apporte, Dans celui dont il s'agit, comme elle ést située naturellement en travers , si laccoucheur de Bruxelles n’a contribué en rien à cette position défavorable, il ne fait rien non plus qui ne tende à la conserver telle; et malgré ce procédé défectueux qu'il qualifie du nom de méthode , il voit encore la nature triompher de tous les obstacles : la tête roule sous le levier, locciput se porte sous le pubis, et elle franchit je passage; ce qui prouve qu’elle est peu vo- Jumirieuse relativement au bassin, et qu'elle y jouit d'une mobilité ordinaire, au moins chez la plupart des femmes qui se délivrent seules. 1688. Les roonhuisiens ne se comportoient pas
autrement que M. Æerbiniaux, quand la tête de l'enfant étoit située transversalement : conime lui ils insinuoient le levier sous la symphyse du pubis, et l'appliqueient sur un des côtés de cette tête (1 1) : s'ils n’en dirigeoient pas l'extrémité sur l'apophyse mastoïde, du moins s’en approchoitelle, puisqu'ils craignoient de blesser l'oreille. Comme M. Herbiniaux, quoique plus timides, ils ont eu aussi des succès, mais de ces succès dot nous ne saurions Îles glorifier : comme lui, ils ont aussi rencontré des cas où leurs principes se sont trouvés en défaut , et contre lesquels leur prétendue méthoden'a pas rénssi; mais, plus modestes que lui, ils les ont avoués tandis qu’il garde le silence (2) : ils agissoient alors avec ménagement, et leur levier n'avoit que la puissance de celui du premier genre, tandis que M. Æerbiniaux le fait avec d'autant plus de force, qu'il considère lapophyse mastoïde comme le lieu le plus propre à supporter de grands efforts, etque son levier réunit la puissance de deux, car il s’en sert alors comme levier du premier et du troisième genre tout à la fois.
1689. L'on ne pourra Jamais se persuader que M. Herbiniaux amene là tête de l’enfant au-dehors, en luiconservantla position transversale où elle est dans le cas de son troisième manuel, quoi-
(1) Voyez Smellie, tome IV; extrait de la dissertation de Vischer et Fan-de-Poll, pag. 18.
(2) Nous garderons le silence sur les faits de M. Herbiniaux , pour ne pas l’indisposer contre les personnes qui nous les ont communiqués,
qu’il dise ailleurs que cette position ne saccommode pas si mal à la forme du détroit inférieur, etqu’il ne voit pas pourquoi l’on se met en peine de la changer (1), puisqu'il annonce positivement qu’elle vient comme dans le cas de son premier manuel. Or, si l’occiput placé de côté revient sous le pubis, comine dans ce dernier cas, ne seroit-on pas fondé à adresser au chirurgien de Bruxelles le reproche qu'il nous fait d'exposer la vie de Penfanten roulant la tête de cette manière au moyen du forceps (2)? Ce reproche ne seroit-1l pas encore mieux mérité à l’occasion de la position qui fait le sujet du second manuel, et dans laquelle la face se trouve sous larcade du pubis, puisque Poceciput répond alors à l’üne des parties latérales du sacrum, et ne peut venir sous léchanerure formée par la branche des os pubis qu'en parcourant an moins le tiers de la circonférence intérieure du bassin, ce qui imprime au cou un mouvement de torsion bien plus considérable que dansla circonstance précédente? Nous avons prévenu celui qu'on pourroit faire, à cetégard, à M. Herbiniaux, en démontrant que le levier dirigé selon ses principes , loin d'opérer ce mouvement de rotation, ne tendoit qu'à s’y opposer. Si nous nous étions trompé, cet accoucheur conviendroit au moins que la torsion du col, qui est inséparable de ce mouvement, n’est pas dangereuse, et ne sauroit exposer la vie de l'enfant, puisqu'il en a obtenu de vivans. Pour le rassurer davantage contre la
ns M. Herbiniaux, pag. 378, à la fin du & 405. (2) Idem.
DES ACCOUCHEMENS. 75 crainte qu’il en a ; ou qu’il s'efforce d’inspirer en nous calomniant maladroitement, nous le renverrons de nouveau à quelques uns des principes qu’il admet, et que nous tenons pour bons. Ne convient-il pas, en plusieurs endroits de son ouvrage, que la tête de l'enfant, dans l'accouchement le plus ordinaire, descend un peu de côté, c’est-àdire une tempe derriere le pubis , et l’autre vers le sacrum ; que l’occiput se porte ensuite sous l’échancrure que nous appelons arcade des os pubis, pour offrir à la vulve cette partie que l’on nomme vulgairement la Couronne?Or, pour que locciput, placé d’abord de côté, revienne en devant, il faut nécessairement que la tête décriveun mouvement de rotation qui est suivie de la tor$ion du con ; d'où il suit que le plus grand nombre des enfans périroient au passage, si ce mouvement étoit aussi dangereux qu'il veut bien feindre de le croire; car ceux dont la tête roule à ce point sur son axe sont peut-être, à l'égard de ceux dont elle ne roule pas, comme plusieurs milliers sont à un seul.
1690. Ce n’est pas seulement en ce quele mouvement de rotation de la tête dans l'excavation du bassin expose la vie de l'enfant , que M. Herbiniaux trouve défectueux le procédé qüe nous prescrivons potr l’extraire, quand elle est située transversalement, mais encore en ce que ceite position lui paroït meilleure que celle que nous y Substituons. « Je ne vois pas, dit-il, pourquoi » il veut (en parlant de moi) qu’on tourne la tête » de la sorte, puisque s’il ose la serrer assez pour » a faire tourner, il ne faudroit pas sans doute » plus de force pour lextraire dans sa première
CHE Û . x A ?
» position, puisque le diamètre de la face à l’oc- » ciput étant le plus grand des diametres trans- » versaux de la tête, il ne s’accommode pas si » mal à celui du détoit qui va d’un os iléon à »l'autre (1) diamètre, qui augmente encore » quand la tête y est engagée (a).» Ne prévenons pas le jugement de nos lecteurs sur ce point: demandons seulement à M. //erbiniaux pourquoi la tête est revenue d'elle-même à cette position, qu’il regarde tantôt comme la plus naturelle et la meilleure, et tantôt comme fâcheuse , malgré la résistance qu’elle y éprouvoit de la part du bassin, et les obstacles qu'il y mettoit au moyen de son levier. S'il eùt fallu moins de force pour lextraire dans la position transversale pour laquelle il prescrit son troisième manuel, pourquoi ne l'at-il pas fait, et a-t-il laissé venir l'oeciput en dessus? Plus de vingt-cinq faits, qui nous sont particuliers , déposeroïient contre l’opinion extravagante de ce chirurgien ; mais nous n'en citerons qu’un seul, et encore le rapporterons-nous en note, pour ne pas trop nous détourner de notre sujet {3). j
(1) Voyez M. Herbiniaux, pag. 378, $ 406.
(2) 1dem, pag. 250, $ 275.
(3) Dans un cas de cette espèce, le forceps fut appliqué deux fois inutilement sous nos yeux, eten présence d’un médecin dont la mémoire sera longtemps respectée de ses confrères et des amis de l'humanité ( M. Lorry). Malgré les forces que put employer l’accoucheur pour extraire la tête, elle ne descendit pas d'une seule ligne; ces forces, aussi peu ménagées que mal dirigées, ne servirent qu’à dégager l'instrument brusquement tout autant de fois qu'il fut placé de la même ma-
1691. S'il faut moins de force pour extraire la tête dans la position transversale où elle est, que pour la faire rouler dans le bassin, et ramener l'occiput sous l’arcade du pubis. pourquoi Boom, élève de Bruyn, quile fut lui-mêmede Roonhuisen, laissa-t-1l mourir, en 1752, une femme qu'il ne put accoucher avec le levier, quoiqu'il Pemployàt à peu pres comme M. Herbiniaux, et peut-être exactement de la même maniere ? ( Foyez $ 1688.) Pourquoi, en 1753, le même accoucheur procura-t-il à Camper, d'après lequel nous citons ces faits, l’occasion d'en disséquer une autre qu'il avoit abandonnée, après avoir vainement essayé de la délivrer? Pourquoi ce dernier, sous les yeux de ce praticien même, accoucha-t-il le cadavre de cette malheureuse victime de la prévention, au moyen du forceps de Srellie, en commençant par mettre la face de l'enfant en dessous (1)? Le reproche que ce savant Hollandais, partisan du levier, faisoit alors à ceux qui l'employoient dans tous les cas, seroit-il moins fondé envers quelques accoucheurs qui en usent de même aujourd'hui? « Hs travailloient, dit-il, » Jusqu'à ce que la tête de l'enfant, à la fin étouffé, » füt poussée au-dehors, ou que la mère, aussi
nière. Je le conduisis, après ces tentatives, comme je le prescris pour la position transversale de la tête où l’occiput répond au côté gauche du bassin (voyez $ 17987 et suiv.); je ramenai facilement cette extrémité occipitale en dessus, et je terminai sans efforts cet accouchement, pour lequel on s’étoit déjà donné tant de peine,
(1) Voyez la dissertation de Camper, Mémoires de l’Académie de Chirurgie, tome V.
» bien que l'enfant, eussent rendu Fäme (1). Si »la tête est petite, et le bassin très large, »ajoute-t-il, elle passera dans toutes sortes de »situations : mais lorsqu'elle est bien propor- »tionnée, elle ne passera que très difficilement, » quand son grand diamètre s'oppose contre le »petit du bassin.» Ces vérités sont tellement connues , qu’elles n’ont point échappé à l'homme dont le moindre titre seroit celui d’avoir été un des accoucheurs les plus instruits de son temps, quoiqu'il ne fit pas sa principale occupation de cette branche de médecine, et M, Herbiniaux seul ose les contester. S'il ne s’est jamais aperçu qu'il falloit moins de force pour rouler la tête dans l’excavation du bassin que pour lextraire dans la position transversale où elle est, c'est qu'il n’a pas essayé de la rouler et de ramener l’occiput sous larcade du pubis; s'il ne convient pas qu’elle exécute ce mouvement de pivot généralement avec peu de difficulté, c'est qu'il a oublié que les petits mouvemens de saccades qu'il fait-faire au levier pour rencontrer l’apophyse masioïde dans son premier manuel, et l'épreuve d'attractionau moyen du cordon, pour s'assurer de la prise de cet instrument, ont suffi pour détourner l’occiput de dessous larcade du pubis, et le porter vers l’un des côtés du bassin. Lui auroit-il fallu plus de force pour le ramener ensuite sous cette arcade ? et la nature ne l’a-t-elle pas ramené constamment à ce point, malgré la
(1) Voyez Camper, dissertation déjà citée,
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présence du levier , et les efforts de celui qui le mettoit en action? Si M. Herbiniaux a trouvé peu d'obstacles à extraire la tête dans la position transversale qui fait le sujet de son troisieme manuel, c’est que le levier n’étoit pas nécessaire, et que les circonstances qui l'ont favorisé étoient de celles qui nous font une loi d’être simple spectateur auprès de la femme. Où trouve-t-on d’ailleurs, dans louvrage de cet accoucheur , des faits qui attestent qu’ileüt extrait la tête une seule fois dans cette position transversale? et partout ne renvoie-t-il pas à son manuel général pour la marche qu’on doit Iui faire suivre dans ce dernier temps d'accouchement ?
1692. D’après sa théorie sur lenclavement, et les observations qu’il rapporte à l'appui de cette doctrine, on peut Jui objecter , avec raison, qu'il n'a employé son levier que sur des têtes mobiles, et même d'une grosseur médiocre relativement à la capacité du bassin, Si les roonhuisiens ne l'ont appliqué avec une apparence de succès qu’en de pareilles circonstances, du moins ne le recommandoient-ils que pour celles où la tête étoit arrêtée et immobile, et regardoient-ils cette condition comme nécessaire à leur but, puisqu'ils déclarentquelinstrumenttient mal quand la tête est mobile, qu'il s'échappe en glissant, et que loin d'être utile, il est plutôt capable de nuire (1).
1693. Cette mobilité n'a point paru mériter la
(1) Voyez l'extrait de la dissertation de Fischer et Van-de- Poll, pag, 9; Smellie, tome IV,
même attention de la part de M. Herbiniaux, et devoir mettre un aussi grand obstacle au succes de l'applic: tion de son levier. La tête ne sauroit jamais être aussi mobile dans la cavité du bassin,
qu’elle l'est constamment au-dessus de l'entrée
de ce canal, quand elle ne peut s’y engager, et il ren dE que plus de confiance à son instrument, dans ce dernier cas. Sa maniere de l'employer est, dit-il, d'autant plus précieuse alors, que jusqu’à présent le forceps a été reconnu insuffisant. Il avoue cependant que son levier n’est pas absolument infaillible , mais qu | lui a réussi plusieurs fois; ce qui ne lui est jamais arrivé avec le forceps, en suivant la méthode de M. Deleurie; ne faisant , ajoute-t-il aucun cas de la mienne, dont il a démontré le ridicule. Nous ne suivrons pas cè chirurgien dans le détail de tous les cas de cette dernière espèce, pour lesquels il prescrit un nouveau manuel, parce qu'un volume suffiroit à peine pour débrouiller le chaos dans lequel il se perd (1), et que nous avons déjà passé les bornes que nous nous étions prescrites a son égard. Nous nous attacherons seulement au procédé qu'il substitue à la méthode
(1) M. Herbiniaux se rend inintelligible jusque dans le titre même des sections où il traite de ces nouveaux manuels. Son grand art est de n'être entendu que de lui; peut-être même auroit-il peine aujourd’hui à se retracer la position de la tête qui fait le sujet de sa quatrième section ; dont voici le titre : « Des manuels de mon levier, propres à redresser la téte de » l'enfant, lorsqu'à son entrée dans le détroit supérieur elle » se présente en sens contraire. »
dont il croit avoir démontré le ridicule. Si la discussion que nous nous permettons ne détruit pas l'opinion de M. Æerbiniaux, elle ne sera pas inutile au bien de ses concitoyens mêmes, qui lui accordent peut-être trop légèrement leur con fiance. La méthode prescrite par ce chirurgien est celle que nous recommandons pour la position du sommet de la tête où l’occiput se trouve appuyé sur le haut de la symphyse du pubis, et le front contre l'angle sacro-vertébral (1).
1694. M. Æerbiniaux entreprend d’abord de
(1) Voyez M. Herbiniaux , page 331 jusqu’à 357 inclusivement ; la première édition de mon ouvräge, tome IT, page 1017 jusqu’à 113 inclusivement ; et les pl. VIT et IX ; la seconde et la troisième édit., depuis le $ 1990 jusqu’au $ 1810; quatrième édit., depuis le $ 1807 jusqu'au $ 1827 inclusivement, et pl. X et XI. L'esprit de critique qui anime M. Herbiniaux perce jusque dans l'examen de ces planches même; les plus petites omissiOS qu'il croit y remarquer lui paroissent comme autant de piéges que nous tendons à la crédulité de nos lecteurs, et lui fournissent autant d'occasions de s’abandonner au penchant qui lui est naturel, de se répandre en injures contre nous; quoique ces planches, qu'il a prises pour modèle en quelques cas , soient plus correctes que celles qui lui sont propres, Nous préviendrons que nous n'avons pas Cru devoir astreindre le dessinateur à rendre scrupuleusement, et avec une précision mathématique , la forme et les dimensions de tous les objets qu'il avoit sous les yeux : ce qui devenoit inutile quant au bassin surtout, puisque cette exactitude ne pouvoit regarder que celui-là seul qu’il avoit pour modele, les nuances qui se re— marquent dans un nombre donné de bassins n'étant pas moins variées que celles que présente le visage dans le même nombre de femmes. Notre intention n’a été que de faire connoitre en grand les rapports de la tête avec les détroits de ce canal et ceux de l'instrument avec l’une et l’autre.
Il, 6
Ba L'ART
démontrer que la position dans laquelle nous représentons la tête au détroit supérieur, ne peut pas avoir lieu; ensuite, que notre maniere d’opérer est dangereuse; enfin, qu'elle est impraticable. Les raisons sur lesquelles il établit la première de ses propositions sont les mêmes qui nous ont déterminé à publier que la position qui fait le sujet de cette discussion devoit être extrémeinent rare; et l'expérience, en nous le confirmant, nous a prouvé qu'elle n'étoit pas impossible. Nous lavons observé cinq ou six fois jusqu’à ce moment; et dans tous ces casla tête, à peine engagée d’un tiers de sa hauteur dans le détroit supérieur, s’y est arrêtée et fixée de maniére qu'un travailsoutenu pendant plus detrentesix à quarante heures chez l’une des femmes, et pres de vingt heures chez une autre, n'a pu l'ébranler et la pousser en avant d’une seule ligne en sus. Si la tête nese présentoit jamaissur le détroit, comme nous l'avons exprimé planche X, elle ne s'engageroit jamais dans la direction où nous lavoustrouvée; c'est un fait que personne n’osera coutester, si ce n'est M. Herbiniaux , qui semble ignorer la forme que donnent à ce détroit les deux muscles psoas spécialement, et qui n’a pas une COHnOIssaNCe plus exacte’ du rapport de cette forme avec celle de la tete du fœtus.
1699. {| trouve notre méthode défectueuse, en ce que nous courons Île risque d'appliquer une des branches du forceps sur la face, et l'autre sur l’occiput, comme nous reprochons , dit-il, M. Deleurie de le faire; soit parce que la face a pu se porter d'elle-même sur l’un des côtés de la saillie
. du sacrum, soit parce que la première branche de l'instrument, en pressant sur la tête, lorsqu'on l'insinue, lui a fait prendre cette direction. Si M. Herbiniaux n’a d'autre crainte, qu'il se rassure ; qu’il procède méthodiquement à l'introduction des branches du forceps, et il évitera l’écueil qu'il fait entrevoir. La position dent il s’agit est celle où nous sommes Le plus assuré de porter le forcepsavecla précision quenousrecommandons.
Notre méthode est défectueuse encore, dit-il, en ce que nous conduisons la face de l'enfant dans la courbure du sacrum , après avoir entrainé la tête dans le fond du bassin ; qu’elle ne peut y être portée, selon M. Herbiniaux, qu'en parcourant un grand tiers de la circonférence intérieure de cette cavité, etque ce mouvement ne saurait se faire, de notreaveu même, sans que le cou n’en éprouvât une torsion dangereuse, et même mortelle. Il est aisé de démontrer que ce chirurgien n’est pas meilleur géomètre que meilleur accoucheur et qu'anatomiste. Ou est le grand tiers de cercle que nous faisons parcourir ici à la face de l'enfant , ce mouvement qui pourroit donner lieu à cette torsion du cou, dangereuse et même inortelle? Placée d’abordau-dessus delanglesacro-vertébralcontre lequel le front se trouve appuyé, la face en se portant vers l’une des fosses iliaques ne décrit au plus qu'un quart de cercle, et un sixième même, sinous nous bornons à la porter au-dessus dela symphyse sacro-iliaque, commenousle faisonseneffetquand le détroit supérieur n’est pas très resserré (1) : ce qui n'imprime au cou qu’une tres légère tor-
(1) Nous lui accordons alors au moins trois pouces et un
quart, | Voyez $ 1807.)
84 L'ART sion, puisqu'elle ne sauroit aller au-delà du quart de cercle que parcourt la face, et qu'elle se borne le plus souvent à un sixième. Cette torsion du cou neparoitra dangereuseencorequ'à M. erbiniaux, qui ne fait pas attention qu'elle a lieu chez ladulte même, dont le cou est bien moins souple que chez le fœtus, toutes les fois qu’il tourne la face vers l’une des épaules, et qu’elle existe également chez lui sans qu'ilfen éprouve un tiraillement incommode dans les muscles et les ligamens de cette partie, En dirigeant la face dans la courbure du sacrum lorsquela têteest parvenue dans le fond du bassin, elle ne décrit pas une plus grande portion de cercle que celle qu'elle a parcourue en se détournant de l'angle sacro-vertébral, et le fait en sens contraire; de sorte que bien loin d’imprimer alors un nouveau degré de torsion au cou, nous effaçons celle que nous lui avions imprimée dans le premier temps. Si nous recommandons en quelques cas de ne pasmettre la face de l'enfant en dessous, par rapport à la grande et dangereuse torsion qu'en éprouveroit le cou, ce n’est pas dans celui dont il s’agit, comme l’insinue maladroitement M. /erbiniaux; c’est spécialement lorsque la face mème répond à la symphyse du pubis, et quelquefois lorsqu'elle est derrière l’une des cavités cotyloides; c'est dans les positions qui font le sujet du second manuel de notre critique, et dans lesquelles il ne craint pas de tourner la face de côté, puis en arrière, Il mérite donc bien plus que nous le reproche qu'il nous fait à cet égard. 16006. M. Herbiniaux se seroit gratuitement exposé à celte discussion peu honorable pour lui, si
la méthode dont il a si mal démontré le danger étoit controuvée, si elle étoit chimérique, comme il le dit, si nous nel’avions jamais exécutée, nisur le cadavre, ni sur la femme vivante, en un mot, s’il parvenoit à prouver, comme il se flatte de le faire, qu’elle est impraticable. Les preuves sur lesquelles il la juge telle se dédnisent spécialement des dimensions du forceps , chargé de la tête de l'enfant, comparées à celles du détroit supérieur. Les serres d’un forceps bien fait, dit-il, ne laissent entre elles , à leur extrémité, qu'une distance de’quatre lignes, et le ventre de cet instrument est de deux pouces huit lignes (1). Un corps de deux pouces de diamètre, posé entre l'extrémité de ces serres, continue-t-il, donnera à ce ventre trois poucesdix lignes; un corps de deux poucesetdemi, quatre pouces deux lignes, et un de trois pouces, qui est Ja mesure de l'épaisseur de la tête d’un enfant à terme,au-dessous des apophysesmastoïdes, le portera à quatre pouces huit lignes. En accordant ce diamètre au ventre de l’ellipse que forme l'instrument chargé d’une tête de l'épaisseur de trois pouces au-dessous des apophyses mastoides, et de trois pouces et demi d’une protubérance pariétale à l’autre, notre méthode est évidemment impraticable, même chez les femmes de la plus grande taille et des mieux conformées, puisque le
(1) Les prenves de M. Herbiniaux auroiïent acquis sans doute un degré de force de plus, s’il eüt été prévenu que Ja distance que laissent entre elles, à leur extrémité, les serres de notre:forceps d'adoption, n’est pas de deux lignes ; car le ventre de cet instrument doit en devenir plus grand encore par l’interposition du corps dont on va parler.
8û L'ART
petit diametre du détroit supérieur,au-dessus du quel se trouvele ventre de l'instrument, ne va jamais au-delà de quatre pouces et demi, selon M. Herbiniaux, et que nous lesupposons au plus de trois pouces et un quart à trois poucesetdemi, dans les cas pour lesquels nous la recommandons. Mais qu’arriveroit-il si la largeur ou le diamètre du ventre du forceps appliqué méthodiquement et selon les principes de l’art, au lieu de s’augmenter, commele dit M. Æerbiniaux, au point de s’élever jusqu’à quatre pouces huit lignes, par linterposition d'une tête de trois pouces et demi d'épaisseur, ne s'augmentoit réellement que de l'épaisseur des cuillers de ce même instrument ? si ces cuillers , au lieu d’être écartées de lagrande convexité des côtés de la tête, de l'étendue de sept lignes comme cela paroïît, d’après les expériences de M. Æerbiniaux , l’embrassoient exactement, comme on le remarque, d'après nous, sous la figure ITde la troisième planche de cet auteur : ce qui a positivement lieu ? Il arriveroit sans doute, ce qui est également vrai, que notre méthode seroit praticable, même dans le cas où le bassin n'auroit que trois pouces neuf lignes de petit diamêtre dans son entrée ; puisque l’épaisseur des deux cuillers du forceps n’est que de trois lignes, et celle de la tête de l'enfant de trois pouces et demi. Si l’on nous accorde maintenant que cette tête est susceptible de réduction (1),que la forme
. . . L % (1) M. Herbiniaux ne peut nier qu’elle ne le soit; autrement parviendroit-il à lui faire franchir un détroit resserré au moyen de son levier?
de ses côtés et la concavité des cuillers du forceps sont telles, que les protubérances pariétales s'engagent entre les jumelles de celles-ci au point de paroitre, pour ainsi dire, extérieurement à fleur de linstrament (1); si l'on se rappelle en meme temps que nous cirigeons constamment le plus grand diamètre du ventre de lellipse que décrit cet instrument , chargé de la tête, à peu près suivant l’un des doc obliques du détroit snpérieur; on sera forcé de convenir qne notre méthode, si bien démontrée impraticable par M ferbiniaux, est praticable, non seulement dans le cas où de petit diamètre de ce détroit à trois pouces neuf lignes, mais encore lorsqu'il -n'est que de trois pouces el demi, même trois pouces et un quart, et au-dessous.
1697.Ce n’est pas seulement d’apr ès l’'excédant
du diamèêtre du ventre de l'ellipse que décrit le forceps chargé de la tête de lPenfant sur le petit diametre du détroitsupérieur, due eM. Herbiniaux rejette notre méthode et la HEALSE COM iNCINprAticable; ils’étaie de plus de ce quel la direction du canal du bassin, et la vulve méme , he permettent pas d'inclinerassez en arrière l'extrémitédes branches de Pinstrument, pour donner à la tête fa pOsiliOn ae nous paroit nécessaire à SON passige à travers le détruit. Cela peut 6 etre vrai a l'égard de quelques conforrhations vicienses du bassin, qui sont excessivement rares, puisqu'il y auroit cu même temps altération dans la forme des deux
mou an tr fn oi
(1) Voyez notre 1642.
détroits,et changement de direction dans tout le canal : aussi ne faisons-nous pas de cette méthode une méthodebanale et applicable à tous les cas. Que fera M. Herbiniaux , armé de son levier, dans ces cas d'exception? Parviendra-t-il à linsinuer sous le pubis et la ligne blanche, comme il le prescrit dans son sixième manuel, bien plus impraticable alors que notre méthode, puisqu'il doit incliner bien davantage en arrière et en bas l'extrémité de son levier, pour que l’autre bout puisse faire le premier pas sur la tête de l’enfant, que nous y inclinons les branches du forceps? 1698. Parce quele forceps a été appliqué infructueusement par M. Æerbiniaux dans le cas qui fait le sujet de cette longue et dernière discussion sur le levier, en conclura-t-on, avec ce chirurgien , qu'il ne peut l'être utilement par d’autres ? Ce manque de succes de sa part dénote bien moins l'insuffisance de l'instrament, que l'incapacité de celui qui n’a su en tirer meilleur parti. Quoique la manière d'agir de M. Deleurie, qu’on a suivie dans le cas dont il s’agit, soit peu méthodique, elle exige cependantune certaine connoissance du rapport de la forme de l'instrument avec celle du bassin de la femme et de la tête de l'enfant , que n’a pas M. Æerbiniaux, comme le prouve clairement chaque article de son ouvrage. A plusforte raison Jui refuserons-nous celle qui conduit à l’application heureuse du forceps, selon notre méthode. Il demande des faits à l'appui des principes sur lesquels nous établissons cette méthode. Mais que pourront des faits, toujours faciles à controuver dans une ville aussi immense que Paris, pour celui
qui n’est pas disposé à les admettre? Nous en citerions cependant, si les bornes de notre ouvrage le permettoient ; et parmi les plus authentiques que nous rapporterions, nous prendrions plaisir à en exposer un duquel nous ne donnerions pour garants qu'une sage-femme et son mari, soldat invalide et sexagénaire, qui a employé quelques années de sa retraite à l'étude de nos meilleurs auteurs, et qui les possédoit bien mieux que notre critique.
1699. Entrainé par la force de la vérité qu’il n’ose toujours méconnoître, M. Jerbiniaux y revient quelquefois comme malgré lui; car après s'être efforcé de prouver que la position de la tête, pourlaquellenousrecommandonslaméthodequ'il regarde comme impraticable, ne peut avoir lieu, il finit par l’'admettre, avec cette modification cependant, qu'en supposant la face vers l’une des” parties latérales de l'angle sacro-vertébral, il place l'occiput vers la ligne blanche. Que fait-il dans ce cas? Il passe premièrement la main entière dans le vagin pour s'assurer dela position de la tête, et surtout de quel côté la face est tournée, quoiqu'il lui paroisse indifférent qu’elle le soit plus ou moins vers la gauche ou vers la droite, pourvu qu’elle ne se trouve pas vers la ligne blanche où il doit porter saspatule : cas qui n'est peut-être, dit-il, jamais arrivé ‘1). Quand eile se trouve dans une position contre nature, et c’est sans doute celle dont il
(1) Ce cas fait cependant le sujet de sa neuvième observas tion , comme on peut le voir.
rejette en quelque sorte la possibilité qu’il appelle ainsi, il la ramène à la naturelle, au moyen des doigts, avant de transporter la femine dans son lit (1). Après cela, il place cette femme sur son fauteuil (2), ets dssied devant elle sur une chaise basse (3). Assis aussi bas, il introduit ses doigts assez loin sur la tête de Penfant pour la fixer et PE servir de conducteur au levier (4). Il se sert
d’abord de la branche fenétrée de son instrument,
parce qu elle est moins sujette à glisser à côté de la tête (5). Il la porte de bas en haut et d’arrière en avant, sous la ligne blanche et sur le côté de
(1) Dans quelle attitude est-elle donc pendant ces premières recherches? Est-elle debout ou assise?
(2) Ce fauteuil est celui que M. Âerbiniatx fait porter presque partout. Pourquoi ce double transport si subit de la femme, etne pas l'avoir mise de suite sur ce fauteuil? M. Herbiniaux croit-il que la tête de l’enfant , aussi mobile qu’il Ja dépeint, conservera pendant ces déplacemens successifs la position naturelle à laquelle il vient de la réduire? 11 fant être bien étranger à la science des accouchemens pour se le persuader.
(3) Cette chaise doit être bien basse, car le fauteuil n’est élevé que d’un pied et demi.
(4) Quoiqu'il ne dise pas que ce soit sous le pubis qu'il porte les doigts, on le sent de reste , puisque c’est sous la ligne blanche qu’il insinue le levier le long de la paume de la main et de ces mêmes doigts, On conviendra que l'attitude où il est vis-à-vis de la femme assise ne seroit pas commode pour tout autre que lui; mais il est extraordinaire en tout,
(5) Le levier, monté de sa branche fenêtrée et de sa spatule à grande courbure, doit avoir au moins quinze pouces de long, puisque-chacune des trois parties qui le composent alors est au moins de cinq pouces,
DES ACCOUCHEMENS. 91 la tête, jusqu'à ce que sa courbure embrasse la rondeur de celle-ci, et qu’il en sente l'extrémité fixée vers l'apophyse mastoïde ou le côté de la protubérance occipitale. Il le fait agir légérement alors sur son point d'appui (1), en tirant fortement en même temps sur le cordon, vers l'anus de la femme, mais toujours pendant la douleur; et par cette suite d'opérations, dit-il (2), les douleurs redoublent d'activité, et la tête s'engage de plus en plus (3). Bientôt ce premier levier, ne pouvant plus être de la même utilité, il y substitue la spatule à petite courbure pour faire l’extraction de la tête comme dans le cas du premier manuel.(7’oy. M. Herbiniaux, VI Manuel, p. 409 et suiv.) S
1700. Ceux qui compareront ce procédé avec celuique nous venons de dégager des entraves qu'y avoit mises M. /erbiniaux, y trouveront tous les défauts que cet accoucheur reproche à celui-ci, et n'y découvriront aucuns de ses avantages. Les notes auxquelles il a déja donné lieu aideront à fixer le degré de confiance qu’on doit y ajouter, et nous n’en porterions pas autrement notre juge-
(1) Le levier, porté aussi profondément dans le lieu indiqué , doit avoir pour point d’appui toute la longueur de la symphyse du pubiss ce qui rend ses mouvemens de bascule bien difficiles au moins.
(2) Assez longue, puisque le manuel a duré une demi-heure chez la femme qui fait le sujet de la huitième observation de M. Herbiniaux.
(3) Ce sont ces douleurs qui expulsent la tête, et non le lequi en opère l'extraction, comme on l’a dit déjà tant de OIS, 7
ment si nous n'écrivions que pour des gens instruits. La position de la tête est également favorable à lapplication du forceps toutes les fois qu’elle présente son plus grand diamètre de front au plus petit du détroit supérieur, et qu'elle ne peut s’y engager, soit que locciput réponde au pubis ou au sacrum,et nous ne sommes pas moins assuré de le placeravectoute la précision quenous désirons dans lun de ces cas comme dans l’autre, n’enest pas de même pour lapplication du levier qui doit aller à l'apophyse mastoïde, ou sur le côté de la protubérance occipitale, puisque M. Æerbiniaux craint de Pemployer quand la face est sous la ligne blanche; position, dit-il, qui n'arrive jamais, quoiqu'elle fasse cependant le sujet de sa
neuvième observation. Comme la position qui est
favorable à la juste application du forceps ne l'est pas de même au passage de la tête à travers le détroit supérieur, c'estavec cetinstrument quenous la changeons; et cela se fait sans peine, et avec
aussi peu de danger pour l'enfant que peu de dou-
leur pour la femme. Un seul doigt introduit dans le vagin suffit non seulement pour la recherche de la position de la tête, et Ja bien faire connoitre, mais encore le plus souvent pour diriger Les branches de l'instrument, quoique nous recommandions d'en introduire plusieurs pour leur servir de guide, M. Æerbiniaux porte toute la main pour faire ces mêmes recherches, et pour changer la position de la tête quand elle nelui paroît favorable, ni à l'application du levier, ni à sa descente; et ce préliminaire fatigant et douloureux se fait avant que la femme ne soit dans l'attitude
DES ACCOUCHEMENS. 93 convenable pour l'accoucher, mêmeavant le moment où elle doit être accouchée, puisqu'on la porte ensuite dans son lit, d’où on la retire, à la vérité, presque aussitôt pour la placer sur le fauteuil de l’accoucheur et la soumettre une seconde foisaux douleurs inséparables del’introductionde Ja main et de l’instrument, Nous donnons à la femmeune positionaussi commode pourellequ'avantageuse à la chose et peu génante pour nous, puisquelle est placée sur un lit fort élevé, de manière que les fesses en débordent l'extrémité. M. Herbiniaux la fait asseoir au contraire sur un fauteuil dont le siége n'est élevé que d’un pied et demi, et s’assied lui-même sur une chaise beaucoup plus basse,pour manœuvrer avec un instrument quiaau moins quinze pouces delong,et dont l'extrémité, comme la main peut-étrequiledirige, ne doit être qu'à trois pouces du plancher de la chambre, quand il commence à l'introduire. Les branches du forceps pénètrent aisément à la profondeur requise sur les côtés de la tête, parce que nous les portons versles côtés du bassin (1); tandis que le levier, en coulant le long de la paume de la main et des doigts qui lui servent de conducteurs, ne doit monter que difficilement derrière le pubis sur l’une des régions temporales, et sous la ligne blanche où M. Æerbiniaux dit avoir ramené cetterégion. Nous ne craignons pas que les frottemenstoujourslégers qu'éprouvela première branche du forceps en montant sur le côté de la tête, la
(1) Voyez & 1809 et suivans,
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déplacent etlui donnentuneautreposition,soiten léloignant seulement du détroit supérieur, soiten la déjetant sur l’une des fossesiliaques;et l’on conçoit clairement que les quatre doigts de M. Herbiniaux ne peuvent pénétrer entre elle et le pubis de la femme sans la déjeter ainsi, et rendre F'application du levier plus incertaine: car il ne sauroit la fixer par l’une de ces surfaces plates conire la saillie du sacrum sans la déplacer, comme il le dit, et comme il le présente, fig. IT de sa planche IIT. Nous en opérons véritablement l’extrac tion, et sans l’aide des forces expultrices de la femme; au lieu que M. /erbiniaux fonde tout son espoir sur cesmêmes forces, qui ne sauroient toujours se ranimer au point qu'il l'annonce, et que sans elles le levier n'auroit jamais eu de succès entre ses mains.Sinousimprimonsau cou de l’enfant une légere torsion, en détournant le front ou l'occiput de dessus l'angle sacro-vertébral, nous effaçons cette torsion, en le reportant dans la courbure du sacrum, ou en le ramenant sous le pubis, dés que la tête a franchi le détroit su périeur, selon la position qui avoit lieu sur ce détroit. M. Herdbiniaux ne se conduit pas de même, puisque dans l’un et l’autre de ces deux cas, il semble ramener l'occiput vers léchancrure formée par la branche des os pubis. S'il ne fait parcourir à la face qu'une très petite portion de cercle, et s'il n'imprime qu'une trés légère torsionau cou, dans celui de ces cas où le front répond primitivement à l'une des parties latérales de la saillie du sacram, il lui en fait décrire une équivalente à la moitié de la circonférence intérieure du bassin, et fait éprou-
DES ACCOUCHEMENS. 99 ver une torsion égale au cou, lorsqu'elle est située sous la ligne blanche, comme dans le cas qui fait le sujet de sa IX° observation, Enfin, quelques minutes suffisent pour exécuter notre méthode, quand le bassin n’est pas trop défectueux, tandis que le procédé de M. Herbinraux a ui é une demi-heure chez la femme qui fait le sujet de sa VIII observation.
1701. Ce parallele ne regarde que le cas où nous stp posons le petit diametre du détroit supérieur au moins detrois pouces etun quart à trois pouces et demi : ilétoit plus grand chez la femme qui fait le sujet de la VHIS ds vation de M. erbiniaux. Voyons quelle sera la plus avantageuse des deux méthodes, et quel est celui des deux iistrumens qui paroitra préférable dans le cas où ce même détroit est plus resserré, Admettons seulement que Pexcédant del épaisseur de la tête, sur le petit dia- ° métredece détroit, soit de trois lignes. Pour l’entraîner à travers ce détroit, il faut nécessairement la réduire sur elle-même de la quantité de cet excédant, puisqu'eile ne pourra descendre sans cela. On saitcomment le force eps opér ecetteréduction: ; ses deux branches étant placées sur les côtés du crâne , et vis-à-vis lune de l'autre, bornent leur action à le comprimerdans cesens: maiscomment le levier pourra-t t-il opérer? Appliqué sur lon des côtés de la tête senlement, si el ile nest fortement appuyée de lPautre côté contre la surface interne du bassie, elle ne pourra nullement en être comprimée, ni FT d'épaisseur; l’action de l'instrument se bor nera à la déplacer et à la pousser vers l'endroit ou elle ss le moins de
96 L'ART résistance. M. Herbiniaux dit positivement qu'il Ja fixe sur l’une ou autre de ces faces plates, au moyen des doigts qui servent de conducteurs à la branche fenêtrée de son levier : quoiqu'il n’ajoute pas que ce soit contrela saillie que forment la dernière vertébre lombaire et la base du sacrum , on le devine aisément : s’il la fixe ainsi, le levier agit donc alors à la manière du forceps, et peut réduire la tête comme le fait ce dernier. Mais indépendamment de ce que l’une des surfaces plates de la tête ne peut toucher alors la saillie dont il est question, c’est que M. Herbiniaux retire lesdoigts qui servent en même temps à la fixer et à diriger sa spatule, avant que celle-ci ne puisse les remplacer à cet égard : voilà donc la tête sans point d'appui, au moins dans ce dernier temps de l'introduction du levier, mobile conséquemment comme auparavant, et sujette à prendre une autre position que celle où on l’avoit d’abord réduite, selon la direction des frottemens et la pression que la spatule exercera sur l’un de ses côtés, en montant vers le lieu de sa destination. Si l’on fait attention à la direction inclinée du détroit supérieur, à sa figure, à la rondeur que la tête de l’enfant offre de toutes parts, et à l'espèce de pavillon ou d’évasement que forme le grand bassin, on sera frappé de ces véritésimportantes; l’on verra quela région temporale de l'enfant, la seule de la surface de la tête qui soit assez aplalie pour s’accommoder un peu à l’angle sacro-vertébral, ne sauroit y répondre quand lesommet se présentetransversalement sur le détroit, surtont si celui ci est un peu resserré; quoique M. Æerbiniaux Vait ainsi exprimé
DES ACCOUCHEMENS. ; 97 sur la troisième figure de sa troisième planche, et qu’elle se trouve alors bien au-dessus de Pangle dont il s’agit. Si elle y correspondoit, la perpendiculaire dela tête tomberoit à peu pressurlemilieu de la symphyse du pubis et croiseroit de beaucoup l'axe du détroit supérieur, selon lequel elle doit descendre; ce qui seroit un des grands inconvéniens du procédé de ce chirurgien. Le levier placé selon les principes établis, et mis en action, ne peut qu’éloigner la tête en suivant un des plans inclinés que lui offre de tous côtés lespècede pavillon que forme le grand bassin, et ne parviendra jamais à la faire passer de ce lieu plus large dans le détroit qui est plus resserré, niconséquemment à l’amener dans la cavité du petit bassin. Pour lx faire descendre danscette dernière, pluslarge ellemême que le détroit, il faudroit que l’équateur de la tête, que nous prendrons ici d’une bosse pariétale à l’autre, fût engagé entre les deux points qui mettent obstacle à sa progression; ou bien, ce qui estlamême chose,qu'unedes protubérances pariétales fut au-dessous de l'angle sacro-vertébral, comme on le remarque figure IIT, planche HI de M. erbiniaux. En vain cet auteur citera-t-il des faits, etsurtout celui desaneuvième observation; ilne subjuguera que l'ignorance,etne sauroit persuader aux gens même médiocrement éclairés qu'il auroit obtenu de sonlevier lesuccès qu'il lui attribue, si le bassin n’avoit en que deux pouces six à neuf lignes de petit diamètre, et si la tête de l'enfant n’y eût été engagée au point que le représente la figure dont nous venons de parler, et sur laquelle on remarque qu'une des protubérances