CHAPITRE PREMIER
Des instrumens qué sont nécessaires dans la f pratique des Accouchemens, spécialement du Forceps et du Levier.
1602. LL. instrumens dont on a fait usage dans la pratique des accouchemens, se sont tellement multipliés qu'ils formeroient un arsenal presque aussi grand que l’ensemble de tous ceux qui sont destinés aux nombreuses opérations de chirurgie; et chaque jour en produit encore de nouveaux. Soit le désir de s ‘acquérir quelque célébrité, soit.celui d'augmenter les richesses de l'Art, ue il ya eu d' Accoucheurs un peu en “oguE , autant il y en a eu qui ont produit quelques-uns de ces instrumens : comme s'il eût fallu moins de génie pour en créer, que pour perfectionner ceux des autres ou pour s en servir tels qu ls étoient. Si la raison , et l'étude mieux approfondie des principes de ri ne viennent tempérer l’ardeur que trop de Praticiens témoignent encore pour ces sorles de productions all *e à craindre que cet art, aussi simple en lui-même que salutaire, ne paroisse un jour le plus difficile et le plus Mcériain de tous les arts, qu'on ne reproche aux Auteurs de notre siècle de l'avoir bien moins coanu que ceux qui les ont précédés.
1603. Malgré la réforme que plusieurs Accou-
cheurs distingués par leur savoir, ont fait sur ce point, il est encore beaucoup de,ces instrumens dont l'utilité n’est pas aussi évidente que le danger qui paroït inséparable de leur application , et l'on peut de nouveau en réduire considérablement le nombre. Ceux dont les effets plus ou moins salulaires ne peuvent être contestés , diffèrent entre eux autant par leur matière que par leur forme et leur manière d'agir. On peut les ranger sous les quatre chefs suivans.
1604. Le premier chef comprendra les lacs seulement ; le second, le forceps, le levier, et la pince -à faux germe ; le Roenies de crochets, différentes espèces de tire-tête , et autres instrumens tranchans ou piquans applicables sur l'enfant encore contenu dans le sein de sa mère ; le quatrième , tous ceux qui sont destinés à l'opération césar ebe où à d’autres opérations qui ne se font que sur he parties de ia femme, dans la vue de favoriser l'accouchement.
1605. Cette division des instrumens déterminera celle que nous suivrons pour l'exposition des cas qui en exigent l'emploi. Nous commencerons par les plus simples, pour arriver aux plus difficiles ; par ceux qui ne demandent que les plus doux de ces instrumens , Ceux qui agissent sans altérer la continuité des parties sur lesquelles on les applique, et dont Îes effets sont presque toujours aussi salutaires pour la mère que pour l'enfant, tels que les lacs, le forceps et le levier ; et nous passerons ensuite à l’usage de ceux qui sont renfermés sous le troisième et le quatrième chefs.
1606. Soit que nous considérions ces instrumens
DES ACCOUCILEMENS. F
relativement à leur matière, à leur manière d'agir, aux parties sur lesquelles ours applique , et à leurs effets, aucun ne paroîtra plus simple ni plus doux que le lacs , mais nulne semblera moinsutile ; si l’on ne fait attention qu'aux circonstances qui exigent l'emploi de chacun d'eux ; car il n'en est peut-être pas une seule où l’on ne puisse terminer l'accouchement sans ce moyen. Son utilité dans presque toutes celles pour lesquelles nous l'avons recommandé n'est que relative , au lieu que les autres sont trop souvent d'unenécessité absolue. Nous ne ferons que retracer succinctement ici ce que nous avons dit de Pusage du lacs, dans le cours de la seconde et de la troisième parties de cet ouvrage.
1607. Celui que nous employons quelquefois, n’est qu'un ruban de fil , de soie ou de laine, selon qu ilse présente sous pe nain à l'instant ou le besoin sen manifeste. Il ne sert qu à fixer certaines parties de l’enfant après qu'on les a dégagées de la matrice , pendant qu'on va chercher les autres comme on le remarque aux $$. 1169, 1313 et ns vans : ou bien à tirer sur ces mêmes parties qu’on ne sauroit tenir avec la main, ou accrocher cles doigts , si ce n’est très-difficilement, ainsi qu’on lobserve encore aux &. 1265, 1268 13r4,.etc.
On ne peut appliquer les is qu'aux pieds de l'enfant, à la a main, sur les aisselles , au pli des jarrets, et des aines. Quoiqu'il soit rarement indispensable, des Praticiens y ontrecours assez fréquemment dans les accouchemens contre nature ; InaIs Hiesqe toujours l’homme instruit ne s’ épar = gne qu'un peu de peine et d’embarras , en seservant. de ce moyen.
ARTICLE PREMIER. Du Forceps, et de sa manière d'agir en général.
__ Composi- 1608. Lenom seul de cet instrument peut don-
“à for- ner à ceux qui en connoissent ia véritable signi-
d fication, une idée générale de sa forme et de sa manière d'agir: il est d’ailleurs d’un usage si commun , que nous pourrions nous dispenser d'en faire la description. C'est une espèce de pince ou de levier, composée de deux branches parfaitement semblables , à la réserve du lieu de leur jonction, où l’on remarque aujourd’hui sur lune d'elles un pivot mobile, et sur l’autre , une ouverture propre à le recevoir ( 1 ).
1609. De cette différence vient le nom de Branche mâle, et celui de Branche femelle, qui servent à distinguer les deux parties du forceps : celle qui porte le pivot s'appelle Branche mäle, et l’autre Branche femelle.
1610. Chacune d'elles représente dans le tiers de sa longueur où à peu près , une espèce de cuiller fenêtrée ou à’ jour, dont le bord intérieurement forme un filet en espèce de vive-arète un peu aplatie, qui pourroit en être effacé avec utilité : car si ce filet affermit un tant soit peu la prise de l'instrument sur la tête de lenfant, quelquefois il en meurtrit les téoumiens , les écrase et les déchire de manière à laisser les os à nu. Le reste des
Des parties da forceps.
(x) On présumera bien que nous ne parlons ici que du forceps des Français , et spécialement de celui de Lerret.
DES ACCOUCHEMENS. 7 branches constitue comme la queue ou le manche de l'instrument, et l'extrémité en est terminée par un crochet mousse, long d'un pouce, et légèrement recourbé. On a déjà vu le parti qu’on pouvoit retirer de ce crochet dans quelques cas particuliers, J’oyez . 1272 ; et qu'il deviendroit encore bien plus propre à l'usage que nous en avons fait dans ces mêmes cas, s’il ne décrivoit qu’un léger croissant, même un angle presque droit avec Île corps de l'instrument, s’il présentoit un peu moins de largeur dans sa longueur , s’il étoit un peu plus arrondi et terminé par une sorte de bouton olivaire. ( J’oyez . déjà cité.)
1611. L'invention du forceps n’est pas très-ancienne. Sans en assigner l’époque, nous ferons remarquer que cet instrument fut à peine connu, que chaque Accoucheur s’empressa d’y faire des changemens ; mais que tous ne le firent pas avec Île même succès. Si les uns ont travaillé réellement à sa perfection , les autres ne l’ont rendu que plus imparfait. Personne ne s’en est occupé plus utilement que Srnellie et Levret : on pourroit même
dire qu'ils en sont les auteurs, tant ils en ont
changé la forme et étendu les avantages. Parmi les corrections qu'iis y ont faites, aucune ne l’emporte, sans contredit, sur la double courbure qu'ils y ont ajoutée : mais 1l seroit difficile de prouver à qui de ces deux hommes , également célèbres, art doit le plus à cet égard.
1612. Le forceps de Smellie diffère cependant beaucoup de celui de Levret.Ce dernier nous paroit plus parfait et nous offre des avantages qu’on rechercherüit peut-être vainement dans le premier
Auteur du forceps.
Néanmoins il y aurait encore quelques changemens à y faire : mais peut-être, et nous l'entrevoyons, qu'en le perfectionnant d’un côté on le rendroit plus imparfait de l’autre. Comme ce n’est pas l'instrument qui opère, mais la main qui le dirige , l'intelligence peut suppléer facilement aux petits défauts que nous y trouvons; et ils nous paroîtroient plus grands que nous laisserions à ceux qui mettent quelque gloire à inventer de nouveaux instrumens , à les corriger.
1613. Quelques-uns ont fait alonger le forceps de Levret de plusieurs pouces, et d’autres en ont effacé le filet qui borde intérieurement les cuillers ; ceux-ci l'ont rendu beaucoup plus courbe sur le champ, c’est-à-dire, sur le bord, et ceux-là, en altérant la forme de ses branches, en les brisant, et en substituant un assemblage de pièces au pivot simple et unique qui les affermissoit dans leur jonction , en ont fait un instrument des plus compliqués sans le rendre plus recommandable. Si les preiniers ont augmenté les avantages du forceps, en y faisant des corrections vraiment utiles, les derniers en ont rendu l'usage plus difficile et moins sûr en quelques occasions.
.. Me 1614. Celui que nous préférons est de : deux tons. pouces plus long que celui de Levret : ce quirend
sa nouvelle courbure Ddeun plus douce (1 ):
On verra dans la suite la raison qui nous porte à
pm
(1) On doit entendre par nouvelle courbure du forceps , celle qui est placée sur le bord : c’est ainsi que Levret l'exprime. L'addition ex longueur n’est pas de notre invention ; on la doit à M. Péan.
le choisir tel. L'expérience nous a démontré, contre les vaines clameurs de l'ignorance, qu'il w'avoit pas plus d’inconvéniens entre des mains instruites, qu'un forceps plus court ; et qu'il offroit, en plusieurs cas, des ressources qu'on ne sauroit obtenir de ce dernier.
1615. Le forceps pourroit passer pour le plus utile de tous les instrumens de chirurgie, nul autre n'ayant comme lui le double avantage de censerver à la vie plusieurs individus à la fois, sans nuire à aucun d'eux ; mais par cela même, aucun autre instrument ne paroïtra peut-être plus fécond en inconvéniens. Quand il seroit prouvé , et nous ne sommes pas éloignés de le croire, qu'il a été plus funeste qu ee à la société, qu à] a fait plus de victimes qu'il n’en a soustrait à une mort inévitable, nous ne le regarderions pas moins comme la plus importante des découvertes qu'on ait faites dans l’art des accouchemens. Ceux qui se persuadent encore que c’est un instrument dangereux et entièrement inutile, sont de mauvaise foi, ou bien ils ne connoissent ni sa manière d'agir, ni les difficultés de notre art, et ne l'ont jugé sans doute que d'après l'abus qu'ils en ont fait eux-mêmes : ils ont oublié que l'instrument le plus salutaire devient souvent meurtrier entre les mains de l'ignorance ou de la prévention.
1616. L'usage du forceps a des bornes au-delà
De l’utilité du forceps.
L'usage du
desqueiles il devient inutile, même dangereux ; 1l forceps a des
ne convient pas dans tous jee cas, et la manière de s’en servir n’est pas arbitraire. Son apphcation est soumise à de certaines règles ; et c'est de l’observation de celles-ci que dépendent les avantages
ornes.
Il est dan-
qu'on doit attendre de ce moyen. Appliqué sans méthode on sans principes, loin d’en obtenir le bien qu’on s’en promet, il ne sert quelquefois qu’à perpétuer les obstacles , et même à les augmenter dans la proportion des efforts qu’on fait pour Îles vaincre ; de sorte qu’on ne peut, en plusieurs cas, ARE son moyen l’accouchement que la nature auroit aisément terminé, si on ne l’eüt pas contrariée.
1617. Le forceps n’avoit été proposé dans les premiers temps, que pour extraire la tête de lPenfant arrêtée au passage , et dans le cas seul où on la soupçonnoit enclavée. Si on considère sa forme , ses dimensions et ses rapports avec toutes les autres parties du corps du fœtus, on verra qu’il ne convient, en.effet, jamais plus que dans ces sortes de cas : mais son usage , trop borné dans ces premiers temps, ne seroit-1l pas devenu depuis un peu trop général ? Indépendamment de ce que des Praticiens l'ont recommandé pour aller saisir la tête au-dessus du bassin lorsqu'elle ne peut s’ÿ engager, quelle qu'en soit la position , d’autres l'ont prescrit pour l’extraire après la sortie du tronc, et même pour dégager les fesses lorsqu elles sont
trcp avancées et trop étroitement serrées dans ce canal osseux pour qu’on puisse les en extraire au moyen des doigts, ou les repousser pour aller prendre les pieds.
1618. Si le forceps pouvoit être compté parmi
gereux quand Jes ressources de l’art dans ce dernier cas, il ne
on l’applique sur le bas du
faudrait le 1 ‘egarder que comme un moyen d’ opérer
tronc de l’en- Ja sortie des fesses , mais non pas comme des plus
fant.
propres à garantir la vie de l'enfant. Si on l’appli-
DES ACCOUCHEMENS. TI quoit alors indistinctement, quels désordres ne produiroit-il pas dans l’intérieur de la poitrine et
du ventre de cet enfant ? L’extrémité de la pince,
en agissant sur les côtés de ces cavités, les réduit iransversalement à la largeur d’un pouce et demi ou deux pouces, si l'on serre assez étroitement pour rencontrer le point d'appui nécessaire à l’extraction des fesses, comme nous nous en sommes assurés sur plusieurs petits cadavres. On fracture, on déprime, ou l’on enfonce quelques-nnes des côtes, on comprime fortement les viscères, on contond le foie très-volumineux à cette époque de la vie, lorsaue l'extrémité des cuillers s’avance à cette hauteur : ce seroit en vain qu'on chercheroit à assurer la prise de l'instrument, si on le plongeoit moins avant dans le sein de la femme , et si on ne le portoit pas à ce point sur les côtés de lenfant. 1610. La mort de ce dernier, si on pouvoit en avoir la certitude quand le siége est fortement engagé dans le bassin, en nous rassurant contre le danger d’une pareille pression et des désordres qu’eile produit, ne devroit peut-être pas même nous déterminer aicrs en faveur du forceps ; parce qu'il existe des moyens dont l'emploi est plus simple et beaucoup plus sûr , que cet insirument nous offre lui-même dans l'extrémité de ses branches ; les crochets mousses qui les terminent étant on ne peut plus commodes en pareil cas (1), et pouvant
(4) D’après l'utilité que j’en ai retirée plusieurs fois en de semblables occasions, j'avois fait construire une espèce de forceps en forme de crochets, pour extraire les fesses del’enfant arrêtées au passage. Je me proposois de Îe
ee
ot Nes ee
32 L'ART le devenir bien plus encore au moyen des petites corrections indiquées au $. 1610.
CRÉES 1620. Le forceps ne doit être appliqué que dans
quesurla té. les vues d'extraire la tête; etses avantages comme
te. ses inconvéniens sont alors en raison du rapport qui existe entre les dimensions de cette partie et celles du bassin. Quand ce rapport est dans l’ordre naturel, le forceps bien dirigé ne porte aucune atteinte défavorable à la mère nt à Penfant ; mais l’une et l’autre en reçoivent des impressions plus ou moins fortes, lorsque ce rapport n'existe pas, et que la tête ne peut traverser le bassin, sans éprouver une réduction sur elle-même.
1621. On pense communément que le forceps ne sauroit comprimer la tête dans un sens, qu'ilne la contraigne de s’alonger dans un autre ; que ces
De la ma- changemens se font dans les mêmes proportions ; : ne que la boîte du crâne n° en souffre aucune on tion, et que le cerveau n’en est que foiblement
affecté. De pareils avantages rendroient le forceps
bien plus recommandable encore qu'il ne l'est;
mais 1l s’en faut de beaucoup que ses effets soient
tels. En comprimant la tête dans une direction quelconque , il ne peut la forcer de s’alonger dans
une autre, ou bien elle s’alonge de si peu de chose,
que cela ne sauroit compenser ce qu’elle perd dans
le premier sens. S'il la comprime de quatre lignes,
publier avec quelques changemens qui devoient le rendre propre à d'autres vues ; mais je n’ai pu vaincre ma répugnance pour tout ce qui tend à accroître le nombre de nos insirumens, qui m'a toujours parû trop grand: d’autres l'ont peut-être fait depuis.
la cavité du crâne diminue presque toujours dans les mêmes proportions, et le cerveau en est singulièrement fatigué. Pour mettre ces vérités hors de doute, supposons la tête enclavée et fixée selon sa longueur entre le pubis et le sacrum de la mère, espèce d’enclavement pour laquelle on à spécialement recommandé l'usage de cet instrument. D'après la manière dont la plupart des Praticiens le dirigent encore aujourd'hui, il semble qu'ils se persuadent que la tête est toujours dans cette position.
1622. Sion applique alors le forceps sur les côtés de la tête en la cemprimant d’une protubérance pariétale à l’autre, on ne la forcera certainement pas de s’alonger de l'occiput au front, ni même de reprendre ce qu ‘elle a dû perdre FA ce sens pour s’enclaver, puisque ces deux parties sont dans un contact très-serré avec le bassin. Si le forceps tendoit à porter l’oceiput en avant et le front en arrière, il ne feroit qu'augmenter la force de ces deux points de contact avec le pubis et le sacrum ; ces os ne pouvant s'éloigner du centre du bassin, ni le cercle intérieur de cette cavité s’agrandir en aucune manière. La tête ainsi fixée ne sauroit d’ailleurs s’alonger de sa base à son sommet, si ce n’est peut-être de bien peu de chose; le sinus de l'instrument étant de beaucoup trop resserré en enbas, pour que cet effet devienne très-remarquable, quand la disposition et la solidité des os du crâne s'y préteroient davantage : ce qui ne peut en aucun cas compenser ce qu’elle perd dans le sens où elle est comprimée. Si ie forceps appliqué de cette manière diminue l'épaisseur transversale du crâne,
Des effets de l’application du forceps.
ce n’est qu’en déprimant les pariétaux, en les aplatissant, et bien plus, en quelques cas surtout, en les faisant passer l'un sur lautre par leur bord supérieur ; ce qui ne peut se faire que la capacité qui contient le cerveau n'en soit rétrécie, que, ce viscère n'en soit comprimé, et que son organisation ne s'en trouve plus ou moins altérée.
1625. On ne doit pas argumenter des effets du forceps par ceux que la tête éprouve quelquefois en traversant naturellement un bassin dont l’entrée est resserrée; parce qu'il n’y a presque pas de parallèle à établir entre ces deux cas; la forme de la fière qu'un pareil bassin présente à la tête n'étant pas la même que celle que lui offre le forceps, et les forces de l’art ne pouvant Jamais être aussi graduées ni aussi bien combinées que
celles de ia nature.
1624. Poussée pendant des heures entières par les agens naturels de laccouchement, la tête devient insensiblement plus souple, plus molle, et acquiert, mais à la longue, Îes dispositions nécessaires pour se mouler à la forme du bassin. Si elle s’aplatit alors dans un sens, elle s'alonge réellement de l’autre; la forme du crâne ne fait que changer, et sa cavité se rétrécit si peu, que le cerveau en est à peine fatigué. Nous avons recu des enfans dont la tête paroissoit avoir perdu neuf à dix lignes de son épaisseur, en traversant le détroit supérieur, et sembloit s'être alongée dans les mêmes proportions, non compris f volume de la tumeur qui s’étoit formée au cuir chevelu, audevant de la fontanelle postérieure. La tête de plusieurs de ces enfans avoit au-delà de six pouces
et demi, même sept pouces de longueur, du menton à la cime de cette tumeur, pendant que son épaisseur , prise d’une protubérance pariétale à l’autre, n A que de deux pouces et demi à trois pouces moins un quart dans les uns, et de trois pouces dans les autres (1). En bien peu d'heures après la naissance, la tête de ces enfans reprit spontanément l'épaisseur qu'elle avoit perdue dans l’accouchement, et perdit de sa longueur ce qu'elle avoit acquis. Non-seulement la tête se déforme ainsi dans quelques cas, mais nous observons encore qu'elle se recourbe selon sa longueur, en manière de croissant; de sorte qu'un de ses cotés est légèrement concave et l’autre arrondi, sans que cela porte la moindre atteinte à la vie.
1625. Loin que tous les enfans qui ont à traverser un bassin dont le petit diamètre est au-dessous de trois pouces d’étendue, jouissent du même bonheur que ceux dont nous venons de parler, la plupart périssent avant de naître. Dans le nombre de ceux que nous avons soumis à l'examen anatomique, les uns avoient des fractures aux os du crâne avec enfoncement des pièces fracturées; chez d'autres ces mêmes os étoient déprimés profon-
(1) M. Sofayrès nous fit part un jour, dans ses leçons, d’un enfant, qu'il avoit reçu la veille, dont la tête, au moment de sa sortie, avoit huit pouces moins deux lignes de longueur, mesurée entre les deux premiers Nc indiqués ; à , tandis qu’elle n’avoit conservé que deux pouces cinq à six lignes d'épaisseur ; et que dès le lendemain de l'accouchement , cette tête joutssoit des dimensions ordipaires.
dément sans fractures ; et dans tous, le péricräne et la dure-mère étoient détachés des pariétaux aux environs des sutures; la substance qui unit ces os étoit déchirée, ce qui dénote qu'ils s’étoient considérablement chevauchés; il y avoit des engorgemens profonds et des épanchemens dans le crâne, ainsi que sur plusieurs endroits de sa surface extérieure. Le sort de ces enfans est donc différent selon que les os qui forment le crâne ont plus ou moins de solidité, et que les sutures sont plus lâches, ou plus serrées.
. 1626. Les effets du forceps, toujours à redouter pour l'enfant quand il existe un défaut de proportion entre sa tête et le bassin de la mére, doivent l'être plus ou moins en raison de ces différens états des os du crâne. Les Accoucheurs qui se persuadent qu’on peut diminuer sans danger le volume de la tête de six lignes et plus, avec cet instrument,nen jugent, suivant toute apparence, que d'après quelques observations semblables à celles que nous venons de citer au (. 1624, et non d’après les effets du forceps même. Ils évaluent le degré de compression que la tête éprouve entre les serres de l’instrument, par le degré de force qu'ils emploient pour la comprimer et l’extraire; par l’écartement de l’extrémité des branches qui est audehors, et le degré de rapprochement qu’elles éprouvent dans l'opération, ou l'étendue qu’elles parcourent pour se mettre en contact. Pour un exemple heureux que ces Praticiens allèguent en faveur de ieur assertion, ils en passent peut-être dix autres sous silence, qui, quoique malheureux, auroient pu également nous instruire. Les expé-
iences suivantes pourront jeter quelque jour sur le degré de réduction que la tête peut éprouver entre les serres du forceps.
1627. Ces expériences ont été répétées de suite sur neufenfans, morts à l'instant de leur naissance, ou peu d'heures après, et quiétoient d’unegrosseur différente , quoique tous parfaitement à terme. Pour les rendre plus concluantes, nous fimes en sorte de restituer à la tête de ces enfans, en la plongeant dans l’eau chaude et en la pétrissant un peu avec les mains , la souplesse que présente au toucher celle des enfans vivans ; et nous nous servimes du forceps alongé dont il est parléau & 1614. Nous en nous procurämes trois semblables, de la meilleure construction et de la meilicure trempe. Nous appliquâmes cet instrument d’abord selon l'épaisseur transversale de la tête, comme nous le recommandons ailleurs ; et ensuite suivant la longueur du crâne, c'est-à-dire , une branche sur le milieu du front en descendant de la fontanelle à la racine du nez, et l’autre sur l’occiput ; pour connoître la réduction qu'on pouvoit opérer dans ces deux directions , et ce que la tête acquéroit dans un sens , en perdant selon l’autre. Quel que soit le degré d’écartement que laissèrent entr’elles les branches du forceps à l'extrémité qui se termine en crochet, toutes les fois qu’elles furent placées sur les côtés de la tête, nous les rapprochâmes exactement, et nous les fixämes dans cet état de contact au moyen d’un ruban, pour que la réduction de la tête ne variät point pendant que nous mesurerions de nouveau ces dimensions , et que nous les comparerions à celle qu’elle avoit avant l’expé-
Towe Il. 7)
rlence. Or ne pourra pas nous objecter que la tête de tous les enfans qui ont servi à ces expériences , auroit pu être réduite davantage que nous l'avons fait, entre les serres du forceps ; puisque dans toutes nous avons rapproché les branches de cet instrument jusqu'à ce qu'eiles se touchassent à l’extrémité opposée à ces mêmes serres ; et que les forces que nous y employâmes , tantôt avec les mains seules , et tantôt au moyen du ruban qui servoit à rapprocher et à lier ces branches, furent telles que les trois forceps d'élite que nous nous étions procurés se trouvèrent faussés et déformés au point de ne pouvoir servir sans être retouchés par l’ouvrier. Voici le résultat de ces expériences.
1628. La tête du premier enfant, qui étoit de trois pouces et un quart d’ épaisseur d une EAU bérance partétale à à l’autre, n’a pu être comprimée que de trois lignes selon cette direction ; et loin de s’alonger du front à l’occiput, quoiqu’elle fût libre sur une table, elle perdit plus d’une ligne dans ce sens , et trois autres lignes, depuis le menton jusqu’au-dessus de la fontanelle postérieure. Les pariétaux se croisèrent supérieurement d’une ligne et demie, et parurent s'avancer d'autant sur le bord du coronal et de loccipital. Cette même tête prise du front à l’occiput, fut comprimée de huit lignes ; et les branches du forceps alors écartées d'un pouce ‘trois quarts, ne pureént être rapprochées qu’à la distance de six lignes , malgré la force que nous y employämes. À ce degré de compression la suture sagittale s'est ouverte, les tégumens se sont déchirés vers le milieu de cette suture, et une portion du cervéau s'est échappée.
DES ACCOUCHEMENS. 19 1629. Une antre tête de la même épaisseur! n’a pu être réduite que de deux lignes, et sa longueur, qui étoit de quatre pouces , n’a point varié. Prise selon cette dernière dimension, nous n'avons pu ja comprimer que de trois lignes ; pour y par- vemir,les forces que nous employämes furent telles, que l'instrument perdit quatre lignes de ses courbures , c’est-à-dire , que les cuillers , après l’expérience , offrirent quatre lignes d’écartement de plus que celui qu’elles laissent à leur extrémité.
1630. Une troisième tête, de trois pouces deux lignes d'épaisseur, n’a pu être réduite que de deux lignes dans ce sens ; et de cinq ensuite selon sa longueur. Ces trois têtes n'ont rien acquis en longueur pendant qu'on les comprimoit transversalement ; et ne se sont pas augmentées selon cette dimension, quelle que füt la réduction qu’elles éprouvèrent du front à l’occiput.
1631. Une quatrième, de trois pouces quatre lignes d’une bosse pariétale à l’autre, mais plus molle que les précédentes, et ayant les sutures et les fontanelles plus läches, fut comprimée de quatre lignes avec plus de facilité que la seconde et la troisième ne l’avoient été de deux seulement ; et sa longueur s’en trouva plus grande d’une demi-ligne. Prise entre les serres du forceps , suivant cette dernière dimension elle a pu être réduite de huit lignes, mais son épaisseur n’en devint pas plus grande.
1632. La cinquième tête, aussi molle que la quatrième , et ayant deux lignes d'épaisseur de moins, étant comprimée avec le même degré de force, ne perdit également que quatre lignes, et n'augmenta
me.
nullement selon sa longueur. Prise du front à l’occiput , elle perdit un demi-pouce , mais son épaisseur resta la même.
1633. La sixième , qui étoit de l’épaisseur de trois pouces seulement , fut réduite de quatre lignes et demie, et ne s’alongea en aucune manière. Pressée dans la direction du front à l’occiput , elle se réduisit de huit lignes ,et son épaisseur en devint plus grande d’une seule. Dans ce degré de réduction, la région de la fontanelle antérieure est devenue très-saillante , et une ouverture de six lignes faite avec le bistouri, donna issue à l'instant à une portion de cerveau de la grosseur d’un œuf de poule.
1654. Une septième tête, de l'épaisseur de trois pouces et un quart, n'a été comprimée que de trois lignes : et une huitième de trois pouces huit lignes, n'a pu l'être que de trois et demi (x).
1635. On peut conclure d'après ces expériences, -1°. que la réduction qu'éprouve la tête de l’enfant entre les serres du forceps, est différente à quelques égards, selon que les os du crâne présentent plus ou moins de solidité au terme de la naissance , et que les sutures, ainsi que les fontanelles , sont plus ou moins serrées ; 2°. que cette réduction ne sauroit être, en aucun cas , aussi grande que des
(x) A n’est peut-être pas inutile de faire observer, que nous avions pris les dimensions de toutes ces têtes avant l'expérience , au moyen d’un compas d'épaisseur; et que nous avions marqué avec de l'encre les points où portoient les branches de cet instrument , afin de les mesurer dé nouveau entre ces mêmes points , dans l’état de la plus ‘grande réduction que nous pourrions obtenir.
DES ACCOUCHEMENS. ar
Accoucheurs l'ont annoncée, et qu’elle ira difficilement et bien rarement au-delà de quatre à cinq lignes , lorsque l’instrument agira sur les côtés de la tête ; 5°. qu’on ne doit jamais évaluer son étendue, d’après l’écartement des branches de l’instrument , à l’extrémité opposée à celle des serres , et le: degré de rapprochement qu'on leur fait éprouver avant d'extraire la tête, ni d’après les forces qu’on emploie pour les rapprocher ainsi; 4.*enfin, que les diamètres qui croisent celui avait lequel Oo comprime la tête, loin de s’augmenter dans les mêmes propositions que celui-ci diminue , ne s’augmentent pas même pour l'ordinaire d’un. quart de ligne , et en deviennent quelquefois plus petits. 1636. On objectera peut-être qu'une tête plus volumineuse que celle des enfans dont nous venons de parler et que nous avions prise au hazard parmi beaucoup d'autres, éprouvera une plus grande réduction que nous ne l’avons obtenue dans nos expériences, si l'on emploie assez de force pour rapprocher l’une contre l'autre les branches du forceps , alors plus écartées à lPextrémité qui leur sert de poignée. La réduction seroit plus: grande en effet, si la tête plus volumineuse était. en mème temps plus molle : mais par cela même qu’elle seroit plus considérable , elle n’en devien-. droit que plus dangereuse pour lenfant ; puisqu'elle ne peut avoir lieu, en aucun cas, que la capacité du crâne n'en soit diminuée à- peu-près dé la même étendue. À moins que l'enfant ne soit hydrocéphale, si la tête est plus grosse que celle des enfans qui ont servi à nos expériences, elle-. sera généralement aussi plus solide , etbien moins,
susceptible d’être comprimée. Une tête de quatre pouces deux lignes d’une protubérance pariétale à l’autre (il en existe peu de plus grosses au terme de Îa naissance), n’a pu être réduite que de deux lignes , et la force qu'on y a mise à été si grande, que l'instrument s’en est déformé , et ouvert d’un pouce à l'extrémité des cuillers.
1637. Les partisans du forceps, et nous sommes de ce nombre , pourront objecter également que le cercle osseux que décrit le bassin vicié à travers lequel on s'efforce de faire passer la tête engagée entre les serres de linstrument, doit agir sur ses mêmes serres , comme l’anneau qu'on faitavancer sur le corps de certaines tenailies pour rapprocher les mâchoires et fixer davantage ce qu’elles embrassent , puisque le forceps ainsi disposé forme une espèce d’ellipse dont le ventre est au-dessus de ce cerele osseux. L'on ne peut disconvenir de la force de cette objection : il est bien certain que la résistance du cercle osseux dont il s’agit produiroit sur le forceps le même effet que l’anneau sur les branches de la tenaille et en rapprocheroit les serres , si le diamètre de la tête déjà comprimée surpassait encore celui du bassin, si l’on employoit assez de forces pour lui faire franchir ce canal, Mais comme la pression que l'instrument exerce alors sur les parties de la femme, interposées entre le dos des cuillers et les os du bassin, est égale à celle qu'en éprouve la tête même de l’enfantsur laquelle on agit, quelles suites fâcheuses n'en doit-on pas attendre? Toutes les fois que la nain ne peut réduire convenablement le diamètre de la tête au moyen du forceps, dans le cas de
disproportion, cet instrument cesse d'être recommandable. |
1638. S'il paroit impossible de déterminer le degré de réduction qu'éprouve la tête entre les serres de l'instrument, d’après lécartement que laissent entr’elles les branches de ce dernier, à l’extrémité qui leur sert de poignée, et le rapprochement qu’on leur fait éprouver pour les mettre en contact, parce que cette réduction est subordonnée, comme on vient de le dire , à la solidité des os du cràne , à l’état des sutures et des fontanelles, à la manière dont la tête est prise par l'instrument, à la longueur des branches de celui-ci, à sa trempe plus ou moins forte, etc. il n’est pas moins impossible de fixer le terme au-delà duquel on ne sauroit porter cette réduction sans donner atteinte à la vie de l'enfant, ce qui seroit bien plus important à savoir ; car ses effets relativementà cet enfant, sont également différens selon ces mêmes circonstances et beaucoup d’autres encore qui peuvent naître de la durée des efforts du tcavail auquel il a été exposé avant l’application de linstrument. Ce qui nous paroît hors de doute, c’est qu’une réduction d’une étendue donnée , lorsqu'elle se fait naturellement, est moins fâcheuse qu'une pareille réduction qu’on obtiendroit avec le forceps, parce qu’elle s’opère par des gradations infinies, au lieu que la dernière se fait beaucoup plus vite, inalgré toute la lenteur avec laquelle l'Accoucheur puisse agir.
1039. Quelques Praticiens sont dans lopinion qu'on péut la porter , avec le forceps, bien au-delà de ce que nous l’avons fait dans nos expériences, et assurent qu'elle peut aller non-seulement à six
lignes, mais encore à un pouce, et même à un pouce et un quart, sans être très-fâcheuse pour l'enfant. Ces Praticiens nous paroissent également dans l'erreur sur ces deux points : nous pensons que s’il existoit un instrument avec lequel or püût comprimer la tête de l'étendue d’un pouce, il faudroit le jeter comme devant être un instrument meurtrier. Si la réduction de la tête devoit étre portée à ce point pour donner la mort à l'enfant, jamais on neseroit en droit d'attribuer cet accident au forceps; car il n'en est pas qui puisse la réduire autant, quelle qu’en soit la trempe et la forme. En supposant qu'il y en eût un, il nesaurait être recommandable pour le cas où l'enfant est vivant : le but de l'art n'étant pas moins de le conserver que de l’extraire du sein de sa mère.
16/40. Pour assurer qu’on a comprimé la tête de l'enfant jusqu'à tel ou tel point sans lui donner la mort , 1l faudroit qu'on en eût mesuré le diamètre dans le sens où le forceps a été appliqué, avant de la comprimer ; et qu'on l'eüt fait de nouveau après la sortie de la tête, dans l’état de réduction où elle étoit entre les serres de cet instrument : ce que personne n a fait, et ne fera sans doute. L’échelle de graduation que quelques-uns ont fait adapter aux branches du forceps à dessein de faire connoître l’étendue de cette réduction, ne serviroit au plus qu'à marquer le degré d’écartement et de rapprochement de ces branches. L'on ne doit accorder aucune confiance à tout ce qu'on a publié sur ce point, parce que l’on n’a que des données générales, et des pius incertaines.
1641.Encomparantledegré d’écartement qu'ont
présenté les branches du forceps dans toutes nos expériences , à celui que nous avons observé dans le cours denotre pratique , toutes les fois que nous avons placé cet instrument sur les côtés de la tête; les forces que nous avons employées dans l’un et l’autre cas, pour rapprocher ces mêmes branches et les mettre en contact, nous pouvons assurer que la réduction peut aller de deux à quatre lignes sans donner atteinte à la vie de l'enfant : mais il n’est pas aisé de déterminer de combien elle peut être portée au-delà sans que la mort en soit la suite. 1642. Ces réflexions paroîtront d’un très-grand prix aux personnes qui se sont déclarées ouvertement contre l’usage au forceps , et qui se sont fait un devoir de le proscrire, sous le vain prétexte de défendre la cause de l’humanité : car , selon leurs principes ,. le forceps ajoutant nécessairement l'épaisseur de ses deux branches qui est de trois iignes , à celle de la tête du fœtus, il faut une réduction de trois lignes de la part de cettetête, pour compenser cette addition; etcette réduction, qu’on ne saurait regarder comme exempte de toutes espèces d'inconvéniens, est alors en pure perte pour l'accouchement, puisque lépaisseur de la tête ainsi réduite, y compris celle de l'instrument, reste la même relativement au diamètre du bassin. Ce raisonnement seroit en effet sans réplique, si l’on ne comprimoit réellement la tête de l’enfant que de trois lignes , si la plus grande épaisseur des cuillers répondoit exactement aux protubérances pariétales, si ces protubérances ne s’engageoient pas elles-mêmes dans la fenêtre de ces cuillers au point souvent de se trouver à fleur de la surface externe
des jumelles, et si Le plus grand diamètre du ventre de l’ellipse que décrit l'instrument ainsi chargé de la tête, correspondoit exactement au petit diamètre du bassin : mais les choses se passent autrement que ne l'ont annoncé les détracteurs du forceps , surtout à l'égard de quelques-uns de ces points, quand Finstrumient est dirigé par une main habile.
1043. Si le forceps conduit le plus sagement et ie plus méthodiquement possible , n’est pas sans imconvéniens pour l'enfant , lorsqu'il existe un defaut de proportion entre sa tête et le bassin de sa inère , à plus forte raison quand cet instrument se trouve entre les mains de ceux qui , oubliant cet axiôme , sat cito st sat bene , imaginent que leur gloire et leur succès dépendent de la promptitude avec laquelle ils opèrent; car au lieu d'une victime, souvent ils en comptent deux, le forceps dirigé sur de pareils principes n'étant pas moins contraire à la mère qu'à l'enfant.
NME 1044. Les avantages de cet instrument ne sont tages qu’on jamais plus évidens que dans le cas où il ne s’agit +) fm que d'ajouter ou de suppléer aux forces de Ja
‘mère; ainsi que dans celui où l’on n’est sollicité à opérer l'accouchement que par rapport aux accidens qui en compliquent le travail, tels que l’'hémorrhagie , les faiblesses , les convulsions , la sortie du cordon, ete. Mais nous ne sommes pas toujours assez heureux pour n'avoir à l’employer que dans de semblables circonstances ; et malgré le danger qui semble attaché à son usage en d’autres cas, nous nous croyons obligé d'y avoir recours pour éviter des opérations dont le succès seroit encore plus douteux.
1645. Quand le bassin de la mère n’offreque trois ns
pouces moins quelques lignes de petit diamètre, mortel l’on ne doit pas se promettre d'amener lenfant l'enfant. vivant, au moyen du furceps ; et l'usage en est même dangereux lorsque ce diamètre n’a que trois pouces. En ne considérant cet instrument que comme une ressource pour terminer l’accouchement, abstraction faite de l'atteinte fâcheuse qu'il peut Été à la vie de lPenfant, et aux parties de la mère , 1] faudroit encore jrrattrié des bornes à son usage; car il ne convient en aucune manière lorsque la défectuosité du bassin est telle qu’elle ne laisse pas deux pouces six à huit ligues d’ouverture. Alors, de quelque manière qu’on Fapplique, il faut compter bien moins sur la réduction qu'il opérera , que sur l'avantage qu'il procurera, comme moyen de tirer sur la tête de l'enfant et de seconder ainsi les efforts qui tendront à l’expulser.
1646. La plupart des Auteurs ne l’ont employé Cas se ses qu'autant que la tête de l’enfant étoit descendue si dans le fond du bassin, ou qu’elle s’y trouvoit engagée au moins d'un tiers , et même de la moitié de sa longueur. Smellie paroit le premier qui se soit écarté de cette règle, et qui en ait fait usage dans lie cas où la tête étoit encore au-dessus du détroit supérieur. Ce fut même spécialement pour ces sortes de cas qu'il fit construire un second forceps plus long que celui dontl se servoit d’abord, et qu'il y ajouta une nouvelle courbure semblable à celle du forceps de Levret. Smellie a connu non-seulement la possibilité de le porter aussi loin, mais encore qu'il étoit plus facile de
l'appliquer alors, que quand la tête est engagée transversalement dans le détroit supérieur et fortement serrée entre le pubis et le sacrum; puisqu’il recommande de la repousser entièrement audessus du rebord du bassin , pour conduire ensuite plus facilement les branches de l'instrument sur les oreilles de l'enfant.
1647. Smellie a su de même apprécier les avantages et les inconvéniens qu'il pouvoit y avoir d'aller saisir la tête au-dessus du bassin avec son nouveau forceps. Ayant remarqué que les derniers l’emportoient souvent de beaucoup sur les premiers, il résolut de ne pas le conseiller ouvertement et de ne pas faire connoître, même à ses disciples, tout le parti qu'on pouvoit en tirer ; crainte, disoit-il, de les rendre trop entreprenans.
1648. Celui d’entre nous qui fait honneur à Roederer de l'idée d'aller saisir avec le forceps courbe, une tête parfaitement libre sur l'entrée du bassin, n’avoit sans doute pas lu les ouvrages de Smellie , qui sont antérieurs à ce que ce dernier nous a transmis sur l’art des accouchemens : il y auroit vu non-seulement ce que nous venons de rapporter, mais de plus qu'un nommé Pudecomb avoit extrait heureusement avec le forceps , dès l’année 1745, un enfant dont la tête étoit encore au-dessus du détroit supérieur. Le fait rapporté par Aoederer (1) ne peut en outre lui être attribué; car on voit clairement dans son observation qu’il n’en est que l'éditeur.
(1) Opuscula medica. Goettingæ , 1763, pag. 206, Obs. 1.
1649. M. Deleurye n’est pas le premier Accou-
cheur français qui ait porté le forceps aussi loin, ni qui ait recommandé de le faire, comme il la publié (r) : car il n'en dit rien dans la première édition de son ouvrage qui parut en 1770, tandis que Solayrès (2) qui le recommandoit dans ses cours particuliers de l’année 1969, a mis lui-même ce précepte en pratique en présence de plusieurs de ses élèves, en 1770. J'ai employé cet instrument, au moins vingt fois depuis, en de pareilles émane s; mais le succès n’en a pas toujours été le même pour l'enfant , et ne pouvoit l'être à la vérité, parce que je n'y ai eu recours, en quelques cas, au après sa mort. Il paroît que M. Couéouly , qui avoit également suivi les lecons de Solayrès, n’a pas porté l'usage du forceps aussi loin que d’ après les principes de cet Accoucheur. 1650. Lutilité du forceps ne se borne pas aux seuls cas où le sommet de la tête se présente à lorifice de la matrice ; on emploie également cet instrument en d’autres circonstances, comme dans celle où la face de l’enfant s'avance en premier, celle où la tête est retenue après la sortie du corps, tel qu'on le voit quelquefois dans les accouchemens où l’on amène l'enfant par les pieds. C’est encore dans les ouvrages de Smellie qu’on trouve les pre-
(x) Nous ne savons pas en quelle année il a appliqué le ira sur la tête au détroit supérieur, pour la première fois.
(2)Solayrès, mort en 1772, a professé l’art des Accouchemens à Paris, depuis 1769 jusqu’en 1771 inclusivement.
30 L ART + mières traces de l’usage du forceps dans ce dernier cas. Cet Auteur est tant estimé, que nous aimons à croire que c'est par oubli, et non dans le dessein d’en affoiblir le mérite, qu’un de nos confrères a publié qu'il n’avoit fait qu'indiquer cet instrument pour ces sortes de cas, et n’avoit pas décrit la manière de s’en servir (1). Nous détaillerons dans la suite les circonstances où il peut être très-utile de se servir du forceps, et la manière de l’employer dans chacune d’elles.
ARTICLE IL
Du Levier, vulgairement appelé le Roonhuisen.
1651. Le levier dont on se sert encore quelquefois utilement dans la pratique des accouchemens, n’a presque rien conservé de la forme qu'il avoit reçue de Æoonhuisen, son premier Auteur, et en a, pour ainsi dire, emprunté une nouvelle de chaque main qui Va employé.
1652. Ce n’étoit, dans le principe, qu’une lame d'acier, bien trempée, longue de onze pouces ou environ , large d’un seul, et .de l'épaisseur d’une
Forme du le- ligne na demie. Elle dou droite dans sa partie ne on es moyenne, et recourbée légèrement vers ses extrémités dans l’étendue de trois pouces et demi ou à-peu-près ; ces courbures n'étant estimées qu’à un huitième de pouce de profondeur. Des emplätres épais , soit de diapalme ou autre, garnissoient le revers de sa partie moyenne ainsi que le bout
(x) M. Deleurye.
de chaque courbure, et le tout était recouvert d’une peau de chien , mince et fort douce, artistement cousue, dans les vues de modérer la pression qu'il devait exercer dans l'opération, tantsur la tête de l'enfant que sur les parties de la mère, qui lui servoientide point d'appui. L’épaisseur du levier ainsi recouvert étoit en quelques endroits de trois huitièmes de pouce. (1 ).
1653. Le levier que les Français ont substitué g
à celni-ci, ressemble assez bien à l’une des branches du forceps de Palfin, si ce n'est qu'il est plus ‘étroit et plus alongé, et que sa courbure est bordée intérieurement d’un filet semblable à celui qui règne autour des cuiilers du forceps courbe de Levret. Pour le rendre plus utile, il faudroit le courber davantage, et lui donner la moitié. de sa largeur de plus, comme quelquesuns l’ont déjà proposé et fait exécuter ( 2 ).
Levier des rançais.
(1) Toutes ces proportions sont rapportées d’après la traduction de la Dissertation de 7/rscher et Van-de-Poll , qui est insérée à la fin des OEuvres de Smellie , et celles que lui assigne Camper paroïissent les mêmes. Nous n’avons pu les vérifier sur la dissertation originale que nous avons sous les yeux, parce que nous n ‘entendons pas la langue hollandaise : mais nous assurons que la planche qui représente le levier, dans cette dernière , a servi de copie à toutes les autres. M. Herbiniaux assure que le traducteur de cette Dissertation s’est trompé sur ce qui regarde l'épaisseur des extrémités du levier, qui n’est au plus que d’une ligne et demie , au lieu de trois hui- SEP de pouce. ’oyez Herb., nouv. édit., t. I, pag. 46,
(2) Goubelly, M. P., en 1772. C’est sans doute par
erreur que l'Âccoucheur de Bruxelles, dont nous venons
Méthode &e Roonhuisen.
1654. Les Hollandais avoient fait un très-grand usage de cet instrument avant qu'il fût connu parmi nous. C’étoit un secret dans la famille de Aoonhuisen, qu’on n’obtenait qu’à force d'argent , et ce ne fut qu'après la mort de Bruyn , l'un de ses co-possesseurs , que deux médecins, de Yscher et J’an-de-Poll, qui l’achetèrent environ 5000 livres de France , le rendirent public et firent connoître la manière dont on s’en servoit, maloré la condition expresse à laquelle ils avoient souscrit de ne pas divulguer ce fameux secret.
1655. Roonhuisen et ses partisans ne lapphiquoient que dans le cas, disoient-ils, où la tête de l'enfant était enclavée, et dans cette espèce d’enclavement surtout où le front était si serré contre le sacrum et l’occiput contrele pubis, que la tête ne pouvait être poussée au-dehors par les efforts de la nature , quoiqu'il ne s’en fallüt ordinairement que de la longueur d’un pouce : ce qui se présentoit sans doute plus fréquemment en Hollande et dans ce temps que parmi nous et aujourd'hui, puisqu'un seul Accoucheur de la ville d’Amsterdam( de Bruyn, mort en 1753 ), assuroit qu'il avoit délivré huit cents femmes avec cet instrument dans l’espace de quarante-deux ans(r).
de parler, nous reproche de lui donner deux pouces de largeur, qui est cependant celle de son levier fenêtré : nous le prévicndrons qu’en augmentant de la moitié de sa largeur un instrument , qui n’a que onze lignes, on n’en fait pas un de deux pouces, mais de seize à dix-sept lignes seulement.
(x) Ce grand nombre d’accouchemens opérés par de