‹ L'art des accouchemens (volume 3)Chapitre 38 sur 62 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

Observation.

Signes qui né se manifestent que dans l’accouchement,

comme chargées de méconium plus où moins délayé , et exhalent une odeur fétide et cadavéreuse. Les os du crâne sont vacillans, la peau qui les recouvre est très-lâche, et forme quelquefois à l'endroit du sommet, une espèce de poche qu’on trouve remplie d’eau glaireuse et roussâtre.

1912. Si l’ensemble de tous ces signes ne laisse aucun doute sur la mort de l’enfant, commeils ne sont que leffet de sa putréfaction ils n’ont pas toujours lieu à l’époque de Faccouchement, soit parce que l'enfant n’est mort qu’à cette époque, soit parce qu’il peut se conserver au milieu des eaux de l’amnios sans se putréfier (1). On exposeroit donc quelquefois la vie de la mère, si 6n attendoit la réunion de ces signes pour prendre un parti quelconque. La mort de lenfaut n’apportant jamais de changemens assez sensibles dans l’ordre naturel des choses qui l'ont précédée, pour qu'on puisse la reconnoître dès le premier instant, la prudence doit noùs guider dans le choix des ahératou qui pourroient influer sur sa vie, ou sur celle de ia mère.

Remarques 1913. On sait déjà qu'il se forme une tumeur essentielles | . / A che : \ sur plusieurs à la portion des tégumens du crâne, qui répond à de ces signes..l’orifice de la matrice, quand la Étesest fortement

pressée contre la marge du bassin , ou serrée dans le détroit supérieur (2), et que cette tumeur ne peut avoir lieu lorsque la mort de l'enfant a précédé

(1) Nous avons reçu de ces enfans qui n’ont été expalsés que plusieurs mois après leur mort. La peau en était blanche , et ridée comme dans un commencement de desséchement. Ces enfans étoient morts long-temps avant le terme naturel de la grossesse.

9(2) Voyez K. 1720.

DES ACCOUCHEMENS. 3927 d'un seul instant l’époque du travail de laccouchement, même louverture de la poche des eaux. On sait pareillement qu’elle s’amollit et devient flasque, si l'enfant, vivant au commencement du travail, périt dans le cours de celui-e1. Mais Pabsence de cette tumeur ne caractérise pas toujours d’une manière certaine l’état de mort, comme quelques-uns l'ont cru et publié ; non plus que la flaccidité qui succède à l’élasticité dont elle a joui d’abord , quand elle à lieu , quoique la tête reste enclavée. « Quand la tête menace de s’enclaver, » dit le célèbre Levret, il se forme sur la partie » qui se présente la première, une tumeur qui va » toujours en augmentant de volume et de soli- » dité, jasqu'à son désenclavement, ou à Ja » mort de lenfant : dans ce dernier cas, non- » seulement la tumeur n’augmente plus, mais » elle s’amollit ». Il ajoute plus loin : « Dans le » cas de vie, lorsqu'il y a tumeur, si elle cesse » d'augmenter avant le désenclavement, c’est » un signe certain de la mort de lenfant »,

1914. Si l'on se décidoit, d'après cela seul, à mutiler l'enfant, ou bien à lui ouvrir le crâne , on auroit quelquefois à se reprocher d’en avoir sacrifié de vivans. La tumeur dont il s’agit peuts’amollir à l’occasion d’une cause fort étrangère à la mort de l'enfant , et sans qu’il cesse de vivre. La flaccidité qui succède à l’élasticité dont elle jouissoit d'abord, est quelquefois l'effet de l’épanchement des fluides qui n’étoient que simplement engorgés. À ces tumeurs élastiques, succède encore assez souvent une autre espèce de tumeur sanguine par épanchement, qui est la suite de la rupture de quel-

ques vaisseaux veineux. Dans les acccouchemens que la mauvaise conformation du bassin rend difficiles et longs, le toucher pratiqué inconsidérément peut favoriser ces diverses espèces de tumeurs et surtout amollir celles de la première, sans qu'il se forme de collection considérable, mais seulement extravasation dans le tissu cellulaire sous-cutané des régions voisines.

1915. Nous avons observé dix à douze fois de ces tumeurs sanguines ; tantôt le sang étoit épanché sous le péricrâne, et tantôt entre cette enveloppe et l’aponévrose péricränienne. Le plus souvent c'étoit à la suite d’un premier accouchement. Les tésumens du crâne s’étoient d’abord engorgés, babes et la tumeur avoit offert cette élasticité dont on a parlé, puis elle s’étoit amollie tout-àcoup, et avoit acquis une grosseur qui égaloit celle de la moitié d’un œuf de poule chez quelquesuns des enfans, et un peu moins chez les autres. Tous ces enfans sont nés vivans, et sans ces épanchemens de sang à l'extérieur du crâne, ils eussent peut-être été victimes, comme bien d'autres, de l'engorgement ou de la rupture des vaisseaux du cerveau. Plusieurs fois aussi de semblables tumeurs ont eu lieu, quoique la tête n’eût été pi pressée ni froissée dans le bassin : la femme ayant fait à peine quelques efforts pour s'en délivrer. Nous publierons nos réflexions à ce sujet dans un autre temps.

16. La sortie du méconium, lirrégularité des douleurs et leur cessation, ne sont pas des signes plus assurés de la mort de enfant, que la fétidité des humeurs qui découlent du vagin, et la séparation même de l’épiderme de dessus la partie qui

DES ACCQOUCHEMENS. 229

se présente au toucher; et malgré les observations multipliées qui en attestent l'incertitude, en nous offrant presque autant d'exemples de victimes de l'usage des crochets, on ne laisse pas que de se servir souvent de ces instrumens, d’après ces mêmes symptômes. Le fait suivant inspirera peutêtre plus de méfiance, parce qu'il n'en est pas un seul où ces symptômes se soient réunis en plus grand nombre, et où l’on ait paru mieux fondé à recourir aux crochets.

1917. Muni du forceps que je venois d'employer avec succès pour délivrer Madame D"**, le 15 août 1782, sur le milieu de la nuit, on implora le même secours pour une pauvre femme du voisinage ; mais d’après le mauvais état où je la vis, et la certitude que je crus trouver de la mort de son enfant, je me déterminai à préférer les crochets, dont je remis cependant l'application à quelques heures plus tard ; tant parce que je ne les avois pas sous la main, que parce que la circonstance me parut offrir des indications plus pressantes que celle de terminer l'accouchement. Cette femme étoit en travail depuis deux jours entiers, et les douleurs se faisoient à peine sentir encore, le ventre-étoit singulièrement élevé et aussi douloureux que tendu; il se dégageoit de la matrice à chaque instant et avec bruit, un gaz d’une puanteur insupportable; et les fluides qui en découloient également n’étoient pas moins fétides. La tête de l'enfant appuyée sur le détroit supérieur , n’y paroissoit nullement engagée , et ce détroit n’offroit que trois pouces ou environ de petit diamètre. La peau du crâne étoit che , pendante, comme en putrilage ; l’épiderme

Observation.

290 ART et les cheveux s’en détachoient aisément et res< toient au doigt. Aucun mouvement de la part de l’enfant ne s’étoit manifesté depuis plus de vingtquatre heures. Le pouls de la femme étoit foible et très-accéléré; la langue, les lèvres et les gencives étoient noires et comme rôties; tout exhaloit une puanteur cadavéreuse. Jugeant que lenfant étoit mort, je me décidai à l’extraire avec le erochet , et déjà je tenois cet instrument à la main, lorsqu'un pressentiment heureux me porta à y substituer le forceps, que j'appliquai comme je le prescris aux $. 1824 et SUIVANs ; jamenai l'enfant vivant et bien portant ; à la réserve d’une escharre gangréneuse qu'il avoit au sommet de la tête, mais qui ne comprenoit que l’épaisseur de la peau , et qui se détacha à Pinstant même. La mère déjà gravement malade, eut de longues suites de couches, et étoit à peine en convalescence un mois après. M. Beauchesne , Docteur en médecine, témoin ée accouchement , donna ses soins généreusement à cette femme , et lui rendit les plus grands services. 1918. Le défaut de chaleur dans le cordon ombilicak, et sa putréfaction, joints à l’absence des pulsations artérielles, sont des indices plus certains de la mort; mais l’on ne peut en juger que quand ce vardél est dehors, ou lorsqu’ il forme une anse à travers le col de la matrice.

1919.Silessymptômes énoncés , considérés séparément , ne nous offrent que des signes équivoques de la Aion de l'enfant, leur réunion, ou celie de la plupart au moins, doit seule Fran autoriser à employer les imstrumens tranchans du genre des crochets et des pérce-crâne : encore ne devons-nous

leur donner la préférence sur le forceps qu'auiant qu'on ne peut faire usage de celui-ci,

ARTICLE IL

Des cas qui exigent l'usage des instrumens tranchans applicables sur l'enfant, et de la manière d'employer ces instrumens. :

SECTION PREMIÈRE

De l'usage des Crochets et autres instrumens de cette espèce applicables sur la téte.

1920. Si l’on fait attention à la forme des crochets et à leur manière d'agir, on verra qu'ils ne conviennent pour-extraire l'enfant , qu'autant que le rapport des dimensions de la tête avec celles A bassin est à peu près dans l’ordre naturel : car leur action ne sauroit tendre directement à diminuer la grosseur de cette partie, comme le forceps qui agit sur deux points de sa surface diamétralement opposés. Ce n’est donc que dans ce cas, et au défaut du forceps encore, qué l’on doit s’en servir.

1921. Quand le rapport des dimensions nécessaires à l'accouchement n’existe pas, le crochet ne sert d’abord qu’à ouvrir le crâne en le décnir ant, et à préparer une issue au cerveau; Ce n est qu ah moyen de l’affaissement qui en légé une suite, de ‘on parvient à extraire la tète. Mais cette manière d'agir n’est pas toujours exempte d’accidens, et on peut ouvrir le crâne plus méthodiquement : nous dirons ci-après comment il faut y procéder.

De ja manière d'agir du crochet en

géréral.

1922. L'usage des crochets doit être très-borné : quoiqu'ils puissent pénétrer également le tissu de toutes les parties de l’enfant, on ne doit les appliquer que sur la tête, et tont au plus sur le haut du tronc quand il a été décapité au passage, c'està-dire, quand on Jui a arraché la tête.

Cas où il : 3 A RE 1923. Les causes qui doivent nous engager à les cours au ere- employer exclusivement, sont toutes celles qui id exigent qu'on termine l'accouchement sans délai j

dans le temps où la tête de l'enfant mort occupe le fond du bassin ; ou bien lorsqu'on ne peut, sans danger pour la mère, la déplacer et aller chercher les pieds, quoiqu'elle soit beaucoup moins engaoée ; ccmme dans le cas où les eaux sont écoulées depuis long-temps, où la matrice est fortement contractée, tendue et douloureuse; dans celui enfin où la tête se trouve déjà tellement amollie par la putréfaction , que le forceps ne sauroit y trouver une prise assez forte pour l’entraîner.

Delendroit 1924. Il n’est pas indifférent pour cbtenir le de la tête où succès qu’on se propose, d'appliquer le crochet il faut lappii- É A :

ser. sur tel ou tel point du crâne. En le plaçant sur

le rebord supérieur de orbite, ou sur l’apophyse pierreuse du temporäl, Re l'ont fait la plupart des Praticiens , soit anciens ou modernes, la tête ne peut avancer qu’en présentant son plus grand diamètre de front, et en se renversant sur le dos, ou sur lune des épaules de l'enfant ; ce qui fait, le plus souvent, qu'on ne peut lextraire sans la démembrer et donner issue au cerveau, même quand elle est d’un volume ordinaire relativement à la capacité du bassin. C’est sur l’occiput qu il faut implanter le crochet quand

la tête vient la première ; et sur la mâchoire supérieure ou sur le front, lorsque nous sommes obligés de lemployer dans les accouchemens contre nature, après la sortie du tronc. En agissant de cette manière, on fera descendre la tête en offrant une de ses extrémités, et elle ne présentera dans tous les temps de sa sortie que ses plus petits diamètres. Ii faut avoir égard de plus à la direction particulière qu’elle doit suivre, dans chaque position où elle peut se présenter , pour traverser le bassin avec le moins de difficulté possible. | |

192. Comme les parties de la femme doivent être à couvert des atteintes de la pointe du crochet, dans tous les instans de l’opération , on la dirigera du bout de quelques doigts, pour l’appliquer : et on placera le pouce au-dessous du lieu où elle sera implantée, pour la recevoir , en cas qu’elle vienne à s’en dégager dans les efforts qu’on fera pour entrainer la tête. L’accoucheur prendra d’ailleurs, dans ce dernier moment, les précautions nécessaires pour ne pas se blesser les doigts. Le crochet à gaine, inventé par Levret, w’avoit d'autre avantage que celui d’épargner ces derniers soins à l'opérateur, et d'empêcher que la pointe, en se dégageant inopinément, ne déchirät le col de la matrice ou d’autres parties : mais il étoit bien moins commode que le crochet simple.

1926. Il arrive souvent que les Chirurgiens de la campagne, et les Sages-femmes même, substituent au crochet des Accoucheurs , une sorte de crochet destiné à des usages domestiques; comme celui qui suspend, en quelque lieu, la lampe du

Précautions qu'il faut avoir en opé-

ranl,

paysan , ete. : ce qui en rend l’application plus dif. ficile, et bien moins sûre pour la femme. Nous. leur ferons connoître ici un instrument qu'ils pourront se procurer partout, et qu'il trouveront, au besoin, sous la main, dans la chaumière de lindigent, comme dans l'habitation du riche. I] se compose d’un cylindre de bois, de la grosseur du petit doigt, long de deux pouces et arrondi à ses extrémités, au milieu duquel on attache un ruban de fil de l'étendue d’une aune au moins. On ouvre le crâne de l'enfant avec la pointe des ciseaux, ou d’un couteau ordinaire; on y introduit en entier le petit cylindre de bois, qui se place en travers sur l'ouverture, et l’on tire sur

les deux chefs du ruban (1).

SECTION Il.

Des causes qui doiwent déterminer à ouvrir le crane

de lenfant.

. Des cas où 1927. Le défaut de rapport de dimensions, JRutOUTTT entre la tête de l'enfant et le bassin de la mère, l'enfant. qui exige qu'on ait recours aux instrumens de l'espèce des crochets, est bien différent de celui qui ne dépend que de la mauvaise situation de la

tète même et qu'on peut faire cesser en chan-

rt mt net

(x) Cet instrument agit à la manière du tire-tête À bas cule de ZLevret, très-connu des Accoucheurs, et ne sauroit avoir les mêmes inconvéniens que ie crochet dont nous venons de parler, en des mains peu exercées. Cest à M. Danavia, Chirurgien Accoucheur à Surinam, que uous en devons l’idée,

DES ACCOUCHEMENS. 239 geant sa direction ; il est tel que les dimensions du crâne surpassent en longueur et dans toutes les directions possibles , celles du détroit qu'il ne peut franchir. Ce défaut de rapport peut dépendre de ce que les dimensions du bassin sont plus petites que dans l’état naturel, ou celles de la tête beaucoup plus grandes : quelquefois aussi ces deux défauts se rencontrent en même temps.

1928. Il est rare que les diamètres de la tête surpassent les dimensions naturelles du bassin, à moins que l’enfant ne soit hydrocéphale ; Le il arrive souvent que les dimensions du bassin vicié sont inférieures à celles dont la tête jouit ordinairement : ce qui constitue deux états bien différens , quoique présentant à peu-près les mêmes ind: apr relativement à l'accouchement.

1929. Toutes les personnes de l’art savent qu'on donne le nom d’hydrocéphale à la collection d’eau qui se forme dans l’intérieur du crâne, et quelquefois aussi à une espèce e d’anasarque qui se borne à la surface de la tête, quoiqu’elle ne soit pas une véritable hydropisie. Nous ne parlerons ici que de la première espèce (1), et nous le ferons sans avoir égard à la distinction qu’en ont faite quelques Auteurs, c’est-à-dire, sans déterminer le véritable

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