Tome Il
Premier soin qu’on doit avoir après l'opération césarierine,
Traitement
de la plaie de > la matrice.
| 434 L'ART ‘Heu 2180. Dans tou: les temps on a eu recours à la la réunion de Suture pour procurer la réunion des parties extésa “xt rleuresstetion l'a faite dettoutes les manières con: aues ; si elle n’est pas indispensable, on conviendra, du moins, que c’est le moyen le plus sûr d'obtenir une cicatrice ferme et solide: la nécessité d'entretenir une issue aux lochies qui s’échap pent par la plaie de la matrice peut seule en contrebalancer lutilité, et c’est sous ce point de vue que ceux qui Pont employée conservoient une espèce d’égout au bas de cette grande plaie, en y
passant une bandelette effilée.
2181. La suture n’est cependant pas rigoureusement nécessaire après l'opération césarienne; c’est un fait que l’expérience à confirmé plusieurs fois. Il ny a pas de plaie dont on puisse plus facilement rapprocher les bords; toutes les parties environnantes ÿ ayant te disposées par la grossesse, et les enveloppes du bas-ventre étant dans les premiers temps beaucoup plus étendues qu'il ne le faut pour embrasser convenablement les viscères. Mais il faut avouer aussi qu'il n’y a pas de circonstanceoù 1] soit plus difficile de maintenir ces mêmes bords dans un contact parfait, à cause de leur peu d'épaisseur et du peu de soutien qu'ils ont de la part des viscères, surtout lorsqu'on a fait l’incision à la ligne blanche. Les plus petits mouvemens de la femme et la moindre pression que font les pièces d'appareil sur les environs, détruisent ce contact si nécessaire à une parfaite réuniôn ; dé sorte que très-souvent on à trouvé, au moment des pansemens , une ou plusieurs anses d’intestins dehors, et comme affaissées sous le bandage : surtout lors-
que le ventre commence à se météoriser. L’utilité de la suture semble donc naître ici des dispositions mêmes qui porteroient à s’en dispenser.
2182. La suture de son côté n’est pas sans inconvéniens ; outre qu’elle est très-douloureuse, personne n’ignore qu'on a été plusieurs fois obligé de la relâcher , même de la couper , soit à cause de la tension du ventre, soit pour donner issue’ à des grumeaux de sang qui s’étoient formés dans cette cavité : malgré cela, nous pensons qu'on ne devroit pas la rejeter entièrement. La suture enchevillée , qui n’est ni plus difficile à pratiquer, ni plus douloureuse pour la femme , que la suture entrecoupée qu'on y a substituée dans les derniers temps , est la plus propre à procurer l’agglutination de toute l'épaisseur des parties divisées : autrement il n'y a que les tégumens qui se réunissent.
2183. La plaie dont ii s’agit ne doit pas être considérée comme une plaie simple qui ne demanderoit qu'à être réunie , et personne ne l’a considérée comme telle , puisque chacun y a réservé un passage aux lochies , qui manquent rarement ; dans les premiers jours, de sortir par cette voie. Mais qu’est-il nécessaire d'entretenir, pour l'issue de ces fluides, une ouverture de cinq à six pouces, lorsqu'une beaucoup plus petite peut suffire? L'air est ennemi des viscères du bas-ventre , et l’on ne sauroit trop les en préserver ;ils veulent être contenus mollement, et souvent il arrive qu'ils sont froissés par le bandage, quand on veut épargner à la femme les douleurs de la suture.
2184. Ge seroit un abus de multiplier les points d’aiguille, comme Font fait quelques personnes
Inconvéniens de la suture.
Du premier appareil.
iguorantes ; mais il faut en pratiquer deux ou trois pour réunir environ les deux tiers supérieurs de la plaie. Il suffit de conserver à la partie mférieure de celle-ci, une étendue de deux pouces au plus; la plaie de la matrice n'étant pas beaucoup plus grande quelques jours après l'opération , quand ée viscère s’est contracté sur lui-même, comme il le fait ordinairement après l'accouchement. Nous ne déerirons pas la mamière de pratiquer cette suture parce que tous les Auteurs de Chirurgie en ont parlé : nous chserverons seulement qu'il faut faire des nœuds en rosettes, pour la relâcher et la resserrer au besoin.
2185. On place des compresses longuettes sur les côtés de la plaie, et par-dessus, une autre compresse carrée, trempée dans le blanc d'œuf battu avec de l’eau animée d’un peu d’eau-de-vie, d’esprit-de-vin, où d’eau vulnéraire. Nous sommes d'avis qu'on mette aussi au défaut des hanches, c'est-à-dire sur les flancs, deux petits coussins mollets, pour affermir le bandage et pousser en devant les fluides qui pourroient s’épancher dans le bas-ventre. On soutient le tout au moyen du bandage de corps.
2186. Cette plaie doit être pansée plus souvent que toute autre plaie pénétrante du bas-ventre, afin de prévenir les épanchemens et la formation des caillots de sang , que cet appareil retient entre les lèvres de la plaie de la matrice et des tégumens : on levera donc l'appareil tous les jours, et même le matin et le soir, st on a lieu de soupconner ces épanchemens , ou bien l'issue des intestins ou de l’épiploon. Mais on aura le plus grand
soin de ne pas exposer la plaie au contact de l'air, sans nécessité : on la couvrira d’un linge fin, sec ou trempé dans une eau mucilagineuse, à mesure qu'on détachera l'appareil d’un côte. S'ii paroît nécessaire en quelque cas de panser fréquemment dans les premiers temps, on le fera plus rarement quand les lochies auront pris leur cours par les voies ordinaires , et lorsque le bas de la plaie extérieure ne présentera d’autre indication que celle de la réunion. Les pansemens doivent être toujours très-simples , et sans onguent.
2187. il $eroit quelquefois très-avantageux de faire des injections d’eau tiède, ou d’une iégère décoction d'orge, pour laver la surface des viscères arrosés par les lochies , et qui se présentent au voisinage de la plaie. Il ne serort pas moins utile d’en faire dans la matrice même, par cette plaie , pour entretenir la liberté de son orifice, et disposer les lochies à y passer. Quelques-uns , avec Rousset, Verduc et Ruleau, ont recommandé dans ces dernières vues, d'introduire une canule où une espèce de pessaire creux, dans le col de la matrice : mais indépendamment de ce qu'il seroit difficile d’y maintenir cet instrument , il ne pourroit servir au passage des caillots, parmi lesquels
Uuülité des injections em pareil cas.
il y en a de très-gros. La conduite du Chirurgien
de Crény (1) nous paroîtroit bien préférable, quoiqu’elle ne soit pas conforme à l'opinion de tout le monde. Une femme qu’il avoit opérée depuis neuf heures , étant dans un état de suffocation considérable, éprouvant des foiblesses fréquentes , et
{1) M. Guen.
458 L'ART vomissant presque à chaque minute, il découvrit la plaie et relâcha la suture, pour retirer du ventre et de la matrice , les caillots qui s’y étoient formés. Il, y fit couler ensuite du. vin tiède ;.et le contraignit de passer dans le vagin, en insinuant son doigt, par la plaie, à travers le col de la matrice même comme pour le déboucher : ce qui rétablit, dit-il , le cours des lochies, qui avoit été suspendu par la présence d’un grumeau de sang. Nous pensons qu'on re s'occupe pas assez de cet objet, et qu’en débouchant de temps à autre le col de la matrice. ( qu’on nous passe’cette expression), on assureroit davantage le succès de Popération césarienne. Nous avons employé à ce dessein une bandelette effilée. On nous cn a fait un sujet de reproche dans un ouvrage récent; mais e’est contre toute raison qu'on a condamné ce moyen. Du régime et 2188. Nous ne pouvons établir d’autres règles Enralt qui pour le reste du traitement , parce qu'elles ne conviennent doivent être déduites que des circonstances accesci opéra soires. Si la femme est forte et robuste, on la saignera une ou plusieurs fois après l'opération, selon la nature et l'intensité des accidens qui se manifesteront. On entretiendra la hberté du ventre, par le secours des lavemens ; on prescrira une diète sévère et des boissons délayantes, comme l'eau ‘ de veau, aiguisée d’un peu de sel de nitre, l’eau de poulet, de chiendent , de pariétaire, de graine de Jin , etc. C’est à la sagacité du Chirurgien à saisir les indications particulières et à prescrire , selon l'exigence des cas, ce qu'il croira le plus convenable.
2189. Il faut engager la femme à nourrir son
eniant, à moins que les premiers accidens de l’opé-
ration, Ou Ceux qui l'ont précédée, ne lui en ôtent
les facultés. Plusieurs praticiens ont déjà donné
ce précepte , et ont fait suppléer à la succion de
l'enfant, par celle qu’on exerce au moyen d’une
pipe, ou en faisant teter de petits chiens. C’est le |
moyen, d'appeler l'humeur laiteuse vers les ma-
melles, de la détourner de la matrice, et de tarir |
plus promptement la source des écoulemens qui
se font par la plaie de ce viscère. | | 2190. Après la consolidation parfaite de la plaie, ie sien
la femme ne devroit pas se dispenser de porter un AR tes
bandage en forme de ceinture, pour prévenir les de la plaie.
‘hernies consécutives qui arrivent souvent après
l'opération césarienne , et dont le volume devient
quelquefois énorme.
ARTICLE V
Des grossesses par erreur de lieu, communément appelées extra-utérines.
2191. La matrice n’est pas le seul endroit où Dr 13 8res l'enfant puisse se former, se nourrir et s'accroître ; hiérime. et de puisqu'il s’en est trouvé dans les trompes, dans ses espèces. les ovaires , et duns la cavité abdominale : ce qui constitue trois espèces de grossesses extra-utérines un peu différentes, quoique les symptômes et les suites en soient, à peu de choses près , les mêmes.
Si le premier siége de l’homme , comme l’a dit le savant et illustre baron de Haller, et ainsi que beaucoup d’autres l'ont pensé, est manifestement dans lovaire , si c’est là où il est conçu , et st la trompe n'est que le canal destiné à le transmettre
dos - CES à: de, "pe, dénbd
A4o L'ART
dans la matrice, ces sortes de grossesses ne doivent pas nous surprendre, et celles où l'enfant se développe dans la matrice même, sont bien plus propres à exciter notre admiration. Que d'obstacles en effet l’œuf fécondé, ou le premier produit de la conception, ne doit-il pas rencontrer avant que dy arriver, et que de facilité la trompe, si étroite du côté de ce viscère et si large vers le ventre, ne lui offre-t-elle pas à descendre, ou à tomber dans cette cavité !.
21092. De ces trois espèces de grossesses par erreur de lieu , celle de la trompe paroît la plus ordinajre : un grand nombre d’Auteurs, tels que Douglas, Santorini, Rtolan, Duverney, Solngen, etc.en rapportent des exemples auxquels on pourroit en ajouter beaucoup d’autres aujourd'hui (1), tandis qu’on en rencontre à peine quelques-uns de fœtus logés dans les ovaires. Nous y avons trouvé une masse osseuse assez informe, entourée de neufdents bien solides, et beaucoup de cheveux entremêlés d'une grande quantité de matière. comme butyreuse ; et depuis ce temps, deux autres fœtus dont Jun paroissoit du terme de sept mois, et l’autre de celui de zeuf : ce dernier pesoit huit livres et
demie (2). Dionis, (3) Simon (4), Gall (3), etc.
(1) Nous en avons recueilli cinq exemples dans un irès-court espace de temps; depuis duelques années. Voyez $. 2201 et suivans.
(2) VoyezS 1989 et 2231.
(3) Dissertation sur la génération.
(4) Recherches sur lPopération césarienne, Mémoires de l’Académie de Chirargie.
(5) Mémoires de l’Institut de Bologne, tom. Il, part. HF,
DES ACCOUCHEMENS. 441 fournissent des observations de grossesses, où Îe fœtus s’étoit développé dans la cavité du basventre, et dont le placenta adhéroit au mésentère , au bas de la colonne lombaire, à lune des trompes , ou sur le fond de la matrice (1). Si quelques-uns des enfans qui se sont trouvés dans la cavité abdominale, à l’ouverture du. cadavre de la mère, sembloient y avoir été conçus, comme ceux qui font le sujet des observations de Dionts, Simon et Gall: les autres y étoient tombés à la suite de la rupture de la matrice, ou de l’une des trompes dans lesquelles ils s’étoient formés et plus ou moins développés.
SECTION PREMIÈRE
Signes des différentes espèces de grossesses extra: utérines.
2109. Il est presque impossible de bien reconnoître ces grossesses avant l’époque où les mouvemens de l'enfant se font sentir, c’est-à-dire, avant
ii OEM RME Re U EEE pren ERA
L'observation de Galli est aussi insérée dans le Suppl. de la Chirurgie d'Heister ; part. Il, pag. 67.
(x) Le fait de ce genre qui paroît le plus extraordinaire , est celui quia été publié à Londres, en 1791, par William Tumbull ; puisque le placenta étoit si mince qu’on l’auroit pris pour une membrane, et les vaisseaux si petits qu'on pouvoit à peine en suivre la trace; que leurs ramifications se perdoient au péritoine , à l'estomac , au foie , aux intestins , au mésentère ,au mésocolon ,etc. (Foyezlen° XII du Bulletin des Sciences, publié par la Société Philomamatique , etle Journal de Médecine , rédigé par M. Sédillot , tom. VI, pag. 795.) |
Temps où l'on peut reconnoître ces sortes de grossesses,
le quatrième et même le cinquième mois, si, à la rigueur, nous n'avons, avant ce temps, que des signes incertains de la grossesse ordinaire. Lorsque l'enfant se forme et se développe dans lun de ces lieux insolites, la fenime, au rapport de quelques Auteurs, ne cesse pas d'être réglée, et ne vomit point dans les premiers temps comme dans les autres grossesses ; ce qui fait qu’elle ne peut se soupçonner enceinte d'aussi bonne heure : les mamelles ne filtrent pas de lait; le ventre ne se tuméfie que du côté de la trompe ou de l'ovaire qu'occupe l'enfant , et les mouverhens de celui-ci se fort sentir dans un autre lieu ; ces grossesses enfin sont compliquées de mille accidens, pour ainsi dire, dès le moment où elles commencent": mais tous ces indices, souvent démentis par l’expérience, sont on ne peut pas plus illusoires. La femme qui fait le sujet de l'observation communiquée par Cyprianus , ne fut pas réglée pendant le cours de sa grossesse, et cette évacuation ne reparut qu'après le dixième mois, environ cinq ou six semaines après l'époque des douleurs que cette femme avoit senties pour accoucher. Aucune de celles que nous avons été à même de voir n’a eu ses règles : toutes ont éprouvé, à quelque chose près, les accidens d’une grossesse ordinaire, à l'exception d’une seule qui s’est parfaitement bien portée jusqu à l’époque du neuvième mois. Dans l'exemple de grossesse par erreur de lieu, publié par Sunon , d'après Sabatier le père, il y eut des coliques et un vomissement continuel, depuis le commencement jusqu’à la fin. Combien de femmes d'ailleurs ne sont-elles pas réglées pendant les trois
ou quatre premiers mois d’une bonne grossesse ? Combien d’autres qui ne vomissent dans aucun temps de celle-ci, et. qui n'ont pas la moindre apparence de lait dans les mamelles ? Quant à la tuméfaction du ventre, nous n’entrevoyons pas bien clairement pourquoi elle seroit différente de ce qu’on, remarque dans une grossesse ordinaire, où le fond de.la matrice est incliné vers l’un des côtés ; surtout, après les premiers mois , et bien plus encore vers le dernier temps, qui.est, celui où la femme réclame les secours de l’art. Quand la grossesse à son siége dans lune des trompes ou dans l’un des ovaires, il est hors de doute cependant que la tumeur circonscrite qu’elle présente occupe d’abord un des côtés du bassin , et ne peut se porter sur l’autre dans les premiers temps ; mais ce n’est pas seulement en palpant le venire qu’on peut en juger. Nous avons observé, dans un cas de cette espèce, deux Jours avant la mort de la femme, que cette tumeur sembloit n'être. formée que par un.amas de vaisseaux; tant les pulsations artérielles étoient fortes et remarquables dans tous les points accessibles au toucher. L'état de développement où nous avons trouvé le système vasculaire du kyste chez plusieurs autres femmes VICtimes également dès les premiers mois d'une grossesse extra-utérine, nous fait penser qu'on auroit remarqué les mêmes pulsations dans la tumeur avant la mort de ces femmes (+).
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es
(x) Nous avons été consulté par un très-grand nombre de femmes , depuis trente ans, pour des engorgemens et des tumeurs qui s'étaient formés dans le voisinage de la
É— mor us
Observation.
21094: Ce n'est quepar le toucher qu'on découvre le siége d’une grossesse que les mouvemens de l’enfant ont déjà mise en évidence. 1] n’estpeut-être pas impossible alors de déterminer, par ce moyen, si l'enfant occupe la trompe ou la cavité abdominale ; si ses enveloppes ont des rapports avecs la matrice ou non. La femme étant couchée sur le dos, de manière que les muscles abdominaux soient relâchés ; on commence par s'assurer de l’existence de l’enfant, soit par ses mouvemens, soit en touchant ses merabres. Ensuite on introduit un doigt dans le vagin, pour juger de l’état du col de la matrice et de la grosseur de son corps, comparativement à la grosseur de cet enfant. L'un et l’autre doivent être à-peu-près dans l’état naturel : le corps de la matrice du moins doit être beaucoup plus petit, moins développé, qu'à pareil terme d’une grossesse ordinaire.
2199. L'examen anatomique de plusieurs femmes mortes des suites d’une grossesse extra-utérine, nous à confirmé dans l'opinion où nous étions qu'on pouvoit reconnoître l'existence de ces sortes de grossesses par le toucher, et pour ainsi dire en déterminer le siége. La première nous fut adressée vers le milieu d’octobre 1792, par un Médecin de Joinville qui lui avoit donné des soins durant plusieurs mois. Elle arriva à Paris dans un état de fièvre de pourriture qui ne matrice ; et dans aucun de ces cas, même dans ceux où la tumeur étoit éminemment inflammatoire , ous n'avons lrouvé ni cette expansion du système vasculaire de la
tumeur ; ni ces fortes et nombreuses pulsations artérielles.
laissoit aucun espoir de la conserver : et elle mourut le 10 novembre suivant. Elle étoit devenue grosse vers Îles preiniers jours d'octobre 1797, et n enr. éprouvé Jusqu'au 20 décembre que les accidens très-ordinaires à cet état, tels que des dégoûts, des nausées, des VA LR suppression des règles : mais à cette époque du 20 décembre, elle ressentit de violentes coliques, spécialement AE la région hypogastrique, qui se soutinrent pendant cat mois, et pour lesquelles elle prit soixante bains. Les mouvemens de l'enfant se firent sentir pour la première fois le 19 février 1792, et pour la dernière fois le 30 mai suivant. Vers le 4 juillet, cette femme commença à perdre des eaux roussâtres, et en si grande abondance, qu’elle mouilloit chaque jour une grande quantité de linge, et que sa chambre en étoit imondée ; elle perdit aussi beaucoup de sang, et celte per tn he , par intervalles, jusque vers la fin de septembre. À l'instant même où elle commença à perdre des eaux et du sang, elle éprouva de ‘nouvelles coliques et des maux de reins qui lui firent croire qu elle alloit accoucher : ces douleurs cessèrent après quelque temps, et furent remplacées par d’autres, tantôt plus algués , et tantôt moindres, mais habituellement sourdes , et toujours accompagnées de fièvre, de dévoiement et d’insomnie. Je vis cette femme presque mourante le surlendemain de son arrivée à Paris, 30 octobre ; et je reconnus en palpant le ventre et en touchant du côté du vagin, qu'il existoit un enfant, mais qu'il étoit hors de la matrice : que 5a tête engagéé dans le bassin se pré-
sentoit facilement au doigt introduit dans le vagin ; que l'épaisseur des parties qui l’'enveloppoient permettoit de suivre distinctement une des sutures, et de reconnoître la fontanelle antérieure ; que sa position étoit des plus naturelles, et que sa grosseur dénotoit un enfant dé sept à huit mois : il étoit mort, commé on peut le présumer. Le col de la matrice étoit Jéjeté sur le côté gauche de la symphyse du pubis : sa forme, sa longueur , son épaisseur, sa fermeté, n'offroient rien de remarquable, et l’orifice etoit resserré au point de ne pouvoir admettre le bout du doigt : il se présentoit sous ces divers rapports comme chez toutes les femmes qui ne sont pas enceintes. Le corps de la matrice se découvroit presque aussi facilement que son col : il s’élevoit derrière le pubis gauche au-dessus duquel il se faisoit sentir avec un peu d'attention comme une petite tumeur aplatie et alongée, appliquée à la partie antérieure , mférieure et un peu latérale gauche de la poche qui conténoit l'enfant, Cette poctie occupoit bien plus le côté droit du ventre que l’autre côté (1). "+ 2106. L'examen anatomique nous fit voir que je ne m’étois pas trompé dans mes premières recherches ; que l'enfant se présentoit comme je l’avois annoncé; que la matrice n'avoit qué ses Ge:
(x) Je jetai ces observations sur le papier après ma première visile, et je crayonnai par quelques traits seulement la forme ct le rapport des deux tumeurs , c’est-àdire ; dela poche qui-contenoit l'enfant ; et de la matrice, en attendant que l'ouverture du, cadavre pût, rectifier l'idée que j'avois concue! de l’une et de. l’autre : ce qui eut lieu le 11 novembre.
dimensions naturelles, et que ses rapports avec la tumeur formée par cette espèce de grossesse , étolent exactement tels qu'ils sont désignés plus haut (1). L'enfant s’étoit développé dans la portion la plus large de la trompe du côté droit : il étoit de la grosseur des enfans de huit mois ; entier et assez bien conservé, sa peau n'étant altérée et détruite qu’en très-peu d’endroits. C’étoit un garçon. Je l’ai conservé pendant vinot-sept mois, dans un vase plein d'eau, et entièrement à découvert, sans autre soin que celui de renouveler l’eau après son évaporation. Je l'ai retiré de Ja glace après plus de six semaines de congélation , et il s’est desséché comme les pièces d'anatomie ; la poitrine et le ventre seuls s'étant détruits par la pourriture. Nous Supprimons ici beaucoup de détails intéressans sur cette grossesse extra-uté rine , parce qu'ils forimeroient la matière de huit ou dix pages d'impression (2).
2197. Er admettant que le volume de la matrice augmente dans la grossesse extra-ütérine , comme l'annonce Levret, d’après un seul fait (5), cette
Re nt, dpi
(1) Nous avons reconnu avéc la même exactitude , l’état de la matrice’et ses rapports avec le kyste qui contenoit l’enfant dans un auîre cas de grossesse extra-uté— rine. (’oyez $. 2213 et suivans. } 2
(2) M. Lacroix , étudiant en Chirurgie et élève de M. Brasdor , que j’avois appelé pour ouvrir le cadavre . à donné l’esquisse de ce fait dans le Journal des Découvertes relatives aux différentes parties «de l’art de guérir , par M. Fourcroy , tom. IV, pag. 346.
(3) Observations sur les Accouchémens laborieux : part. Îl, pag. 427 , quatrième édition.
augmentation ne doit être bien apparente qu'’autant que le placenta a quelque rapport avec ce viscère, Elle reste fermée jusque dans les derniers momens de ces sortes de grossesses , et son colne subit aucun changement , sice n’est qu'il devient un peu plus gros en quelques cas, et qu'il s’entrouvre un peu comme le dit Galli(x), dans les efforts infructueux que fait la nature paur se délivrer de l’enfant au terme ordinaire.
2198. L'existence d’une grossesse extra-utérine étant bien reconnue, il n'est peut-être pas Impossible, comme nous l'avons déjà dit, de déterminer. le lieu où est renfermé l'enfant; c’est-à-dire, s'il est dans l’une des trompes ou dans l’un des ovaires, ou bien dansla cavité abdominale. Dans le premier cas, ces MOUVEMENs doivent être moins vagues et ses membres plus resserrés, à cause de l’enveloppe
ue lui fournit la trompe; le corps de la matrice, qu’on découvre par le procédé mdiqué depuis le K. 381 jusqu'au 385 inclusivement , est inhérent À la tumeur formée par le sac qui contient l’enfant, et ne peut en être séparé : c’est comme une autre tumeur ajoutée à celle-ci. La même chose à lieu quand l'enfant s'est formé dans l'ovaire; ou bien dans le bas-ventre, le placenta fond de la matrice. Dans ce dernier cas, ses mouvemens doivent être plus étendus et plus vagues , parce que SÉS membres ne sont pas resserrés dans un espace aussi borné que dans la grossesse tubaire , ou de l'ovaire. On peut
1) Mémoires de l'Académie des Sciences de Boiogne ,
tom. LE, part. ll.
lorsqu'il se trouve étant greffe sur le
distinguer plus nettement le corps de la matrice d'avec la tumeur formée par le conduit de la conception, pourvu que le placenta n’y soit point attaché ; et on peut l’en écarter plus ou moins, en pratiquant le toucher convenablement.
SECTION Il.
ÆEvénemens dela grossesse extra-utérine en général, et des indications qu’elle présente.
2199. Il est extrêmement rare qu'une grossesse Lancement extra-utérine parvienne aussi heureusement à de la grossesse terme qu'une grossesse ordinaire ; surtout celle dela trompe. où l'enfant est dans la trompe, parce que le tissu de ce caual étant très-mince, ne peut s'étendre assez pour le contenir, et ne reçoit pas d’ailleursassez de sang pour fournir tout ce qui est nécessaire à son développement et à celui du placenta. La plupart des fœtus trouvés dans les trompes ou les ovaires, n’offroient que le volume de ecux de trois ou quatre mois de concepton, et souvent même ils étoient plus petits :
à peine s’en est-il rencontré quelques-uns qui
alent paru parfaitement à terme. L'illustre baron de Haller n’en cite qu'un ; encore n’entre-t-il dans aucun détail sur ce fait, et n’en imdique-t-il pas l’Auteur (1). Leroux, Chirurgien de Dijon , parle d’un autre, dont Marchand > Son confrère , lui avoit fait part: mais il n’en fait as connoître les circonstances (2). Un Elève de l'Hôtel-
ER QU EU Li, SIDA DAMON Ai
(x) Système sur la génération , traduit en francais.
(2) Voyez ses Observations sur les hémorrhagies de Tone II.
4do L'ART
Dieu de Paris en a présenté un autre exemple à l'Académie de Chirurgie (1), en 1783. Si quelquesans des membres de cette Académie ont jugé après l'examen de la pièce anatomique, que l’enfant étoit dans l'extrémité de la trompe, le plus grand nombre a pensé qu'il étoit dans l’ovaire gauche. On peut joindre à tous ces faits celui dont nous venons de parler au $ 2195, quoique l'enfant ne fût pas tout-à-fait à terme au moment où il mourut.
2200. Il paroît, malgré ces exceptions, que la trompe ne peut se développer au-delà de ce qu'il faut pour contenir et nourrir un enfant de trois ou quatre mois; que c’est à cette époque, pour l'ordinaire , et même plus tôt, qu'il cesse de vivre, et qu'après ce temps il se dessèche , ou il se putréfie ; ou bien que la trompe se déchire, et le laisse échapper dans le bas-ventre , avec des flots de sang qui précipitent promplement la femme au
oo
la matrice ou les pertes de sang. On lit encore une autre observation de grossesse tubäire parvenue à terme, dans le Journal de Médecine du mois de janvier 1774. Mais ce fait est si singulier, et l’Auteur qui l’a commu niqué paroît avoir si peu de connoissance , qu’il est permis d’en douter.
(x) M. Balthazar, au mois de juin 1783 : la femme étoit morte à l’Hôtel-Dieu le 4 du mois précédent , et se croyoit grosse depuis le commencement d'août 1782. M. Allan , notre confrère , lui avoit donné des soins chez elle pendant cinq mois consécutifs , et avoit fortement présumé l’existence de l’espèce de grossesse dont il s’agit , qui fut singulièrement orageuse.
tombeau, comme on le voit dans les observations suivantes.
2201. Une femme de vingt-cinq ans, bien con- Observation. stituée, étant à diner, le 3 floréal an 1x, avril 1800, vers les quatre heures du soir, ressentit dans l’abdomen une vive douleur, qui l’obligea de quitter la table, et qui augmenta au point de lui faire perdre presque entièrement connoissance. Vers les six heures , il y eut quelques légers mouvemens couvulsifs, et à huit cette femme mourut A l’ouverture du cadavre on vit toute la cavité abdominale remplie de sang, et on aperçut une espèce de poche anévrismale ou variqueuse qui paroissoit s'être formée dans l'épaisseur du ligament large de la matrice du côté droit , et qui s’étoit crevée. L'auteur de cette observation n'y reconnut pas une grossesse extra-utérine; mais, chargé par la société de l'Ecoie de Médecine d’examiner la pièce anatomique, nous vimes clairement qu'il y avoit eu grossesse, que la trompe elle-même formoit cette poche et s’étoit rompue; on y découvroit encore quelques vestiges de l’embryon qui paroissoit du terme de six semaines au plus. (Voyez Journal de Médecine de MM. Corvisart, Leroux et Éoyer, tom. IV, pag. 310.) | 2202. M. Maugras fit part d’un fait de la même Obsers
espèce, et semblable dans presque tous ses détails , à la Société de Médecine, séante au Louvre, et MM. Bowrer et Bodin , d’un autre. On eut occasion d'en remarquer un quatrième dans les salles de dissection de l'Ecole de Médecine, sur une femme morte à l'Hôtel-Dieu: et M. Chaussier, notre collègue, fut instruit d’un autre encore
ation.
qui avoit eu lieu dans un village situé près d’Avalon. Tous ces faits offrirent, dans l’espace de quelques mois , autant d'exemples de grossesses tubaires du terme d’environ six semaines, et terminées de la même manière. Une autre grossesse de cette espèce se développa jusqu’au troisième mois révolu, chez madame la 2. de Z., âgée de trente-deux ans, et se termina aussi par la rupture de la trompe et un épanchement mortel dans l'abdomen, le 29 brumaire an 1x, 20 novembre 1800. Voyez Dissertation sur les grossesses extrautérines, n° 23, Ecole de Médecine de Paris, ann. 1806 (t).
2203. Le sort de la femme n'est pas également fâcheux dans tous ces cas. Lorsque la trompe qui contient l'enfant ne se déchire pas, tantôt elle s’enflamme et contracte des adhérences avec les parties circonvoisines , il se forme des dépôts, des ouvertures, qui établissent des communications , tantôt avec le canal intestinal ou avec les voies urinaires (2), et tantôt à l'extérieur du ventre, par où les débris du fœtus peuvent être
(1) On trouve quelques faits. de cette espèce dans Amand , pag. 58 et suivantes, dont l'issue n’a pas été moins fâcheuse ; ainsi que dans Mauriceau , Hiv.1, chap. V, et beaucoup d’autres Auteurs. (Joy. aussi l’'Observation de Vassal, dans les OEuvres anatomiques de Duverney , tcme Il, pag. 353 ; et Portal, pag. 126, Pratique des Accouchemens , qui paroît être la inême. )
(2) Observation communiquée par M. Morlanne, chirurgien-Accoucheur à Metz, insérée dans le Recueil périodique de la Société de Médecine , tom. XIIL, pag. 70; et un autre fait moins authentique annoncé dans la Gazette de France du 6 floréal an x.
expulsés ou extraits, et la femme guérit après un temps plus ou moins long. D’autres fois l'enfant se conserve entier , se dessèche et se durcit , et la femme en est peu incommodée après les premiers mois ou les premières années ; ce qui ne l’empêche pas d’avoir d’autres enfans et d’accoucher heureusement.
2204. La terminaison des grossesses où l’enfant est contenu dans l'ovaire ou dans la cavité abdominale , n’est pas fort différente de celle des grossesses tubaires. Silenfant peut s’y développer davantage, y vivre plus long-temps, et parvenir au terme de sa maturité ordinaire, ne pouvant sortir par les voies naturelles , il périt à la suite des efforts inutiles que fait la nature pour s'en délivrer , et produit ensuite, le plus souvent au moins, des accidens redoutables et très-ficheux. La femme n’y succombe pas toujours, il est vrai; mais pour une qui a le bonheur d'échapper à tant d’écueils, dix autres en sont victimes. Dans ce cas, comme dans la première de ces espèces de grossesses extra-utérines, l'enfant et ses enveloppes se dessèchent quelquefois , et la nature assure encore, par ce moyen, des jours plus ou moins longs à la mère, mais qui ne sont pas exempts de troubles. et de douleurs dans les premières années. Les Auteurs nous ont conservé l’histoire de plusieurs femmes qui ont porté de pareils enfans pendant l’espace de: vingt-deux , vingt-cinq, trente, et même quarante-six ans (1).
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(2) Uu grand nombre de ces faits sont rassemblés dans un Mémoire de M. Morand, lu.à | Académie des Sciences.
45h L'ART
2205. Nous avons déjà fait observer que ie desséchement de l'enfant n’étoit pas le seu moyert par lequel la nature tendît à la conservation de la femme dans ces sortes de grossesses ; que queiquefois elle suivoit une marche différente ; qu'il se formioit des dépôts, des ulcères, par où les débris du fœtus étoient expulsés à la longue. Mais combien cette voie est incertaine et périlleuse, quand l'enfant conçu hors de la matrice a pris l’accroissement qu'il a coutume d'acquérir dans ce viscère même! Que de femmes ont succombé aux accidens inséparables de la formation de ces sortes de dépôts, avant qu'ils ne se fussent ouverts! Combien d'autres en auroient été victimes également si la chirurgie n’eût secondé à propos les efforts de Ja nature , en agrandissant l’entrée des sinus qu’elle s’étoit pratiqués, et en la débarrassant du corps étranger qu'elle y présentoit !
2206. Les livres de l’art sont remplis d’observations dont la plupart tendent à démontrer l’impuissance des efforts de la nature, quoique toujours dirigés vers un but salutaire ; et quelques autres, l'efficacité des secours de l’art, quand ils sont administrés à propos. L'observation de Zittre (1) et d’Armand (2) n’est pas la seule qui offre l’exemple d'un fœtus extra -utérin rejeté par la voie des
en 1748. On pourroit y en ajouter de nouveaux, et beaucoup plus récens, notamment celui qui fut observé à Vitry-le-Français, en 1778, sur une femme de l’âge de soixaute-dix-huit ans , qui portoit cet enfant depuis 1 7ba, (1) Mém. de l’Académie des Sciences ; année 1702.
(2) Amand, pag. D8. #.
garde-robes , et en quelque sorte pièce par pièce. On trouve un fait analogue, publié par lVourse, dans les Transactions philosophiques (x); et un autre par Giffard, dans la Bibliothèque Britannique (2), qui paroît être le même, à quelques circonstances près.
2207. M. Nourse, appelé pour secourir une femme qui éprouvoit les symptômes d’une faussecouche, reconnut que le corps de la matrice, descendu dans le bassin , pressoit tellement le rectum et la vessie, qu'il génoit beaucoup la sortie des excrémens et des urines, et que l’orifice de ce viscère se trouvoit un peu au-dessus du pubs. Mandé de nouveau quelques jours après, 1l apprit qu’une Sage-Femme venoit d'extraire un fœtus entier, flétri et comme putréfié, par l'anus ; il vit que le cordon ombilical sortoit par cette voie de la longueur de plusieurs pouces , et, en le suivant du doigt à la hauteur de trois pouces environ, il reconnut , à l’intestin rectum, une ouverture assez spacieuse, qui sembloit pénétrer dans l'utérus, et par laquelle il essaya d'extraire le placenta, dont il ne put obtenir , dit-il, que quelques lambeaux putréfiés. La femme perdant beaucoup de sang et d’autres matières par l'anus, mourut le vinget-sixième jour. À l'ouverture de son corps on trouva une sorte de sac membraneux, de forme irrégulière, qui s’étendoit derrière l'utérus auquel il étoit adhérent, et se terminoit du côté gauche,
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(a) N° 416 , an 1730.
(2) Tome VIE, an 1736.
Observation.
Observation.
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à cette parfie au colon qui aboutit au rectum. Ce sac, qui sembloit formé par Povaire, et dans lequel s'ouvroit cependant la trompe droite, contenoit le reste du placenta et des membranes, et communiquoit d’ailleurs avec le rectum par
.un ulcère de quatre pouces ou environ de dia-
\ metre.
2208. Ce fait, de M. Vourse , ne diffère de celui de Gifjfard, qu'en ce que la femme dont parle ce dernier n'a survécu que six jours à l’espèce d’accouchement dont il s’agit ; toutes les circonstances d’ailleurs étoient parfaitement les mêmes.
2209. Ces faits, et d’autres encore plus ou moins analogues, pourront paroiître un peu moins extraordinaires que celui dont nous avons été en quelque sorte témoin au mois de floréal an 1x, juin 1799, puisque ces fœtus expulsés par l’anus paroissoient au plus du terme de frois mois à érots mois et demi de conception , tandis que celui dont nous ailons parler étoit de sept révolus, lorsqu'il mourut dans Île sein de sa mère, où il resta sept autres mois encore après sa mort. La femme qui fait le sujet de cette observation se croyoit grosse de érots mois et plus en prairial an vur, ou la fin de juin 1798, et l’étoit devenue conséquemment en ventôse, où mars, lorsque de violentes douleurs semblables à celles d’une fausse-couche , et d’autres accidens , déterminèrent M. Bergeret, son chirurgien et son accaucheur, à recourir à la saignée, aux bains, aux fomentations émollientes, etc. Ces accidens se reproduisirent plusieurs fois, parvinrent au point de donner dans la suite les plus vives inquiétudes, et de faire douter
de l'existence de la grossesse même, qu'on avoit cru si bien établie pendant quelque temps : ce qui détermina à me consulter, le 27 brumaire , époque de la révolution du neuvième mois. Les mouvemens qu'on avoit pris pour ceux d’un enfant, ne se faisoient plus sentir depuis plus de six semaines : le ventre étoit excessivement développé, tendu, et d’une telle sensibilité qu’on osoit à peine le toucher, loin de pouvoir le palper profondément, et de manière à reconnoître ce qu'il contenoit ; des douleurs déchirantes se faisoient sentir vers la fosse iliaque droite; la fièvre étoit ardente et la physionomie singulièrement altérée, de sorte que tout sembloit annoncer un danger pressant. En avancant le doigt profondément dans le vagin, on remarquoit que le col de la matrice étoit derrière le pubis etretiré vers le haut de la symphyse ; que le corps de cet organe étoit au-dessus de cette même symphyse et sous la ligne blanche , sans altération ni augmertation bien apparente de volume : CA Mere que j'avois eu occasion de faire dans plusteurs cas de grossesses extra-utérines , et bien plus souvent dans ceux d'hydropisie ou de maladie des ovaires, pour lesquelles J'avois été consulté.
On dechire de plus, mais assez confusément,
au-dessus de l'entrée du bassin, une masse PAT mineuse, dure, inégale, qui occupoit une grande partie de l'abdomen, sans pouvoir distinguer si c’étoit un enfant, ou l’une de ces maladies organiques dont on Jiénit de parler. Assuré par cet examen que la matrice ne contenoit rien, je dé-
clarai sans détour , ques s'il existoit une ca oSSessé ; elle étoit extra-utérine.
2210. Je n’entendis plus parler de la femme Lefort que le 26 floréal de l’année suivante, en apprenant à sa porte même qu'on l’avoit accouchée quelques juurs avant par le fondement ; et j’étois loin alors de croire qu’elle existât encore , d’après l'état déplorable où je l’avois laissée six mois auparavant, et qu'elle eût pu reprendre assez de forces pour se livrer aux soins de son commerce et partager les plaisirs de la société pendant une parue de l’hiver. Je la vis à l'instant même; elle me rendit compte de ce qui s’étoit passé : mais je la trouvai dans un tel état de faiblesse et d'épuisement, que je Jugeai qu’elle ne pouvoitaller au-delà du lendemain , loin de regarder son accouchement comme un événement heureux. L'enfant ne me parut pas au-dessus du terme de sept mois: c’étoit une fille, elle étoit maigre, alongée comme si elle eût passé à travers une filière. Le sternum, enfoncé dans toute sa longueur, sembloit toucher au rachis et former avec le bout des côtes, qui se portoient en avant, une gouttière assez profonde. Sa longueur du vertex aux genoux n’étoit te de quatorze pouces, les jambes étant détachées, comme on le verra ci-après. J'aurois voulu le peser ; mais je ne le pus, n'ayant point de balance; il paroissoit au plus du poids de trois livres.
2211. Les détails de cet accouchement sont consignés dans le Recueil périodique de la Société de Médecine , du mois de thermidor an x, août 1802, tom. xiv, pag. 89. On y voit : 1 ° que le 30 brumaire, an Vili, /7OëS Jours après ma première visite, la femme Lefort rendit par la vulve, à la suite de quelques coliques seulement, une assez
grande quantité de sang, et une môle de la grosseur d’un œuf; 2.° que dans le cours de ventôse suivant, quatre mois après, elle rendit aussi pendant plusieurs jours, par la voie des selles, des glaires sanguinolentes, et beaucoup de pus fétide; 3.° qu'on vit dans la suite, en inspectant
les garde-robes, les os du tarse et du métatarse.
gauche ; 4.° que ie premier floréal, on y trouva des lambeaux de substance charnue (qui provenoient sans doute du placenta ), et le neuf, le pied droit tout entier ; 5.° qu’on découvrit alors au rectum, à trois pouces ou environ au-dessus de l'anus, une ouverture par laquelle on fit l’extraction du tibia gauche, et vers le vingt du même mois, celle du fœtus tel que nous l'avons décrit plus haut. 2212, L'ouverture du cadavre de la femme Lefort devoit offrir des résultats trop intéressans pour ne pas me faire naître le désir de les recueillir moi-même; non-seulement j'assistai à cette ouverture , mais jy coopérai, et l’examen des parties fixa mou attention durant trois heures entières; elle fut faite sous les yeux de M. Maloët, de MM. Bergeret, Petitbeau, Dailliez, Ané et Henry. Nous regrettons de ne pouvoir faire connoître ici toutes les réflexions qu’elle nous a suggérées, parce qu’elles appartiennent moins à cet ouvrage qu'à un travail déjà commencé sur les grossesses extrautérines. Le foie étoit d’un volume manifestement plus grand que dans l’état naturel , et d’une teinte pâle tirant sur le jaune ; la vésicule biliaire très-ample et pleine d’un liquide jaune-clair ; l'estomac peu développé, refoulé dans lhypocondre gauche, la rate dans l’état ordinaire. Les
Cuverture du cadavre de Ja femme
Lefort,
deux tiers des intestins grêles occupoient le côté droit du ventre, et l’autre tiers le côté gauche : ils étoient d’une couleur naturelle, sans altération, et affaissés. Le cœcum seul étoit météorisé, volumineux , transparent comme s’il eût été soufflé. Le colon contracté sur lui-même offroit moins de volume que les intestins grêles, et cette contraction étoit plus grande encore dans sa partie gauche et la partie supérieure du rectum, que dans le reste de sa longueur , tandis que ce dernier se trouvoit très-dilaté au-dessous de ce resserrement,
2213. On découvrit sur la fosse iliaque droite et dans la partie moyenne de l'hypogastre, une poche assez vaste encore, quoique vide et affaissée sur elle-même, qui s'alongeoit un peu vers la fosse iliaque gauche , en s’élevant au-dessus de la matrice qui sembloit en feire partie par sa face postérieure. Elle adhéroit fortement en plusieurs endroits à l’épiploon et aux intestins, sans qu'ils entrassent comme parties intégrantes dans sa formation. Elle étoit déchirée vers sa partie supérieure et latérale gauche, et se prolongeoïit en en-bas du même côté entre la matrice et lintestin rectum dans lequel elle s’ouvroit par un large ulcère de forme un peu ovale, à plus de deux pouces et demi au-dessus de l'anus.
2214. Cette poche, plus large supérieurement qu'en en-bas , avoit à peu près la figure de la matrice dans les derniers temps de la grossesse : elle étoit formée évidemment par le péritoime qui enveloppe la trompe, l'ovaire et le repli qu'on appelle ligament large, du côté droit, amsi que par la portion de cette membrane qui couvre la
face postérieure de la matrice dont celle-ci étoit dépouillée presque jusqu'à la hauteur de son fond, de sorte qu’elle sembloit en faire une partie intégrante en cet endroit. L’épaisseur des parois de ce kyste qui avoit contenu le, fœtus, nous a paru d'une ligne ou environ presque partout, excepté dans les endroits où les intestins et l’épiploon étoient adhérens.
9215. La face interne de ce kyste étoit brune, livide, comme tapissée d'une membrane mince, que le doigt en détachoit aisément par lambeaux. Du côté droit, en devant et en arrière, mais supérieurement et dans une étendue correspondante à celle d’un placenta ordinaire , elle étoit d'une teinte brune plus foncée, un peu inégale et comme hérissée superficiellement de tubercules variqueux; les parois étoient aussi un peu plus épaisses là que partout ailleurs, et paroissoient tissues de fibres et d’un grand nombre de vaisseaux veineux : tout sembloit annoncer en cet endroit le siége de larrière-faix, dont on ne retrouva aucune portion, le kyste ne contenant alors qu'un peu de matière bourbeuse, puruleate et stercorale.
2216. Indépendarmment des petits tubercules variqueux dont on vien de parler, on découvroit aussi, çà et là , dans la même région de la surface interne de ce kyste, des lacunes, ou des ouvertures sémblables à celles qu’on remarque dans l'intérieur de la matrice, et qui forment l'entrée des sinus utérins. Les plus grandes se trouvoient dans le voisinage de l'ovaire droit ; elles admettoient librement une grosse aiguille à tricoter , qu'on pouvoit
introduire à la profondeur d’un pouce au moins, dans les conduits vasculaires auxquels elles aboutissoient.
2217. La matrice, placée au bas de la paroi antérieure du kyste, et dont elle faisoit partie, comme on l’a vu au K. 2214, étoit un peu plus volumineuse que ne le comportoit la stature du sujet; mais cet excédent de volume n’alloit pas au-delà d’un cinquième. Sa substance étoit moins rouge que dans l'état naturel , d’un tissu plus serré, et en même temps plus épais; de sorte que, malgré le foible accroissement de volume, la cavité n'en étoit pas plus grande. Elle ne contenoit rien, pas même une seule goutte de’sang. Le museau de tanche n'offroit aucune altération, aucun changement, ni dans sa forme, ni dans sa structure. L’aiguille qui nous servoit de stylet , ne pénétroit pas plus facilement dans l’orifice des trompes que dans l’état le plus habituel de la matrice : elle parcouroit sans obstacle toute la longueur de la trompe gauche , et ne pouvoit aller au-delà d’un pouce dans la droite, qui étoit oblitérée dans le reste de son trajet.
2218. La trompe gauche étoit un peu plus orosse que dans l’état ordinaire , son tissu s'étant accru comme celui de la gatrice. Elle suivoit une marche tortueuse en s’avançant vers l'ovaire, qui étoit parfaitement sain, et auquel elle étoit attachée par l’une des franges de son pavillon. Le ligament large de ce côté, et ses deux replis appelés ailerons , étoient distincts. La trompe droite n'étoit bien dessinée qu'auprès de la matrice, et dans cette portion où le canal s’en étoit conservé.
Elle s’alongeoït du reste en forme de cordon solide, dans l'épaisseur de la paroi supérieure, moyenne et antérieure du kyste , Sans qu'on pût reconnoître où eile se perdait. Disséquée, pour ainsi dire, fibre par fibre, et avec le plus grand soin, on s’est assuré qu’elle étoit oblitérée dans tout ce trajet, et que la portion du canal qui s’étoit conservée vers son principe, n’avoit aucune communication avec l’intérieur du kyste.
2219. L'ovaire droit , situé à plus d’un pouce au-dessous de cette trompe oblitérée , étoit aplati, plus large qu'un éeu de six francs, et ayant seulement un peu plus d'épaisseur que ce dernier. Il faisoit évidemment partie des parois du kyste, antérieurement et inférieurement, comme la matrice elle-même ‘en formoit une autre portion plus antérieurement. La couleur de cét ovaire extérieurement étoit blanchâtre comme celle de l'ovaire gauche ; mais vers l’intérieur du kyste, elle paroissoit d’un gris olivâtre : on eût dit, en le voyant et en l’examinant avec attention, qu'it s'étoit ouvert et partagé en deux lames, dont l’une devait faire partie de la paroi postérieure au kyste, comme la première contribuoit à former Sa paroi antérieure et latérale droite.
2220. De gros vaisseaux veineux s’avançoient dans l’épaisseur des parois de ce kyste, en allant du voisinage de l'ovaire dont il s’agit vers Ja matrice, et en suivant les traces du sillon que formoient les ailerons du ligament large de ce côté, avant leur développement. L'un de ces vaisseaux dans lequel on introduisit le stylet , se perdoit dans la substance inême de la matrice .
k64 L'ART
par un évasement, ou espèce de bassinet, dans lequel on découvroit quatre où cinq autres ouvertures assez larges , appartenant aux vaisseaux utérins mêmes , qui venoient s'y terminer également. Les vaisseaux spermatiques du côté droit étoient plus gros, plus développés que dans Pétat naturel, et bien plus conséquemment que ceux du côté gauche, qui ne paroissoient avoir subi aucun changement.
2221. Si l’on ne peut douter, d'après tous ces détails, qu'il y ait eu grossesse extra-utérine chez la femme Lefort, on demandera peut-être quelle en a été la véritable espèce; si c’est dans l'ovaire ou dans la trompe da eôté droit que s’est développé le fœtus. C’est sur ce point que les opinions pourront encore se partager. Les uns croiront, avec nous, que c'est dans l'ovaire, et les autres dans la trompe ; quoique nous l’ayous trouvée oblitérée dans les quatre cinquièmes ou environ de sa longueur; que nous n’ayons découvert aucune communication entre la cavité du kyste et la petite portion de cette trompe qui étoit encore libre, parce que le reste, diront-ils , a pu s'oblitérer pendant la gestation. Nous ajouterons seulement que dans toutes les grossesses de cette dernière espèce, on a trouvé constamment une communication entre la cavité du kyste et celle de la matrice, tautôt au moyen d’une ouverture qui n’excédoit pas de beaucoup le calibre ordinaire de la trompe conservée dans une étendue quelconque, et tantôt par une, très-évasée du côté du kyste même, et étroite du côté de la matrice : ce qui n’existoit pas chez la femme Lefort.
2222. Les grossesses extra-utérines ne sont pas les seules qui se terminent de cette manière : la main bienfaisante de la nature s’est montrée quelquefois de même dans la grossesse ordinaire, lorsque ses efforts pour expülser lenfant par la voie accoutumée avoient été infructueux ; plusieurs fois cet enfant ayant été rejeté ou extrait par des abcès qui s’étoient ouverts au-dessous de l’ombilic, ou dans un autre point de la surface abdominale. Les Chirurgiens de l'Hôtel-Dieu de Paris ont été témoins d'un fait de cette espèce en 1797. Nous avons connt& la femme qui vivoit encore vingtcinq ans après. L'Académie de Chirurgie n’attendoit sans doute que l’ocçasion d’en publier plusieurs autres qui lui avoient été communiqués depuis par quelques-uns de ses correspondans ; et nous donnions nos soins à une femme qui étoit dans le même cas, et qui touchoit au terme de sa parfaite guérison au moment où nous achevions l'impression de la seconde édition de cet ouvrage.
2223. Cette femme, à laquelle M. Millot avoit fait l'opération césarienne en 1974, et que nous avons accouchée plusieurs fois depuis au terme de sept mois, fit une chute sur des monceaux de glaçons, en traversant les rues de Paris dans les premiers jours de janvier 1789, étant alors à la fin du quatrième mois de sa sixième grossese, et se froissa fortement le ventre. Deux mois après cette chute, l'endroit qui avoit été contus s’ouvrit, et il en sortit beaucoup de matières sanieuses et purulentes , des plus féti des, qui entraînèrent des débris de chairs pourries , et quelques pièces osseuses que cette femme prit pour des os de poulet, quoiqu’elle