Tome IL
482 L'ART à y introduire du mercure nous eût fait connoître quel rapport, quelle communication il y avoit entre la cavité utérine et celle du kyste ; mais nous ne pûmes nous en procurer, ni porter nos erches au-delà au moyen du scalpel. Si elles pu nous faire connoître précisément le, siège de cette grossesse extra-utérine , 1l nous a paru certain que c’étoit dans l’ovaire ou dans la trompe gauche, et plutôt dans celle-ci que dans l'ovaire.
3252. Ce fait pourra donner lieu à beaucoup de réflexions , dont les unes seront relatives au principe des. grossesses extra-utérines , aux Circon-
stances. qui semblent devoir les favoriser , ou aux
causes accidentelles qui paroissent les plus propres à y contribuer ; les autres au développement de ces grossesses, à leur durée, à leur isslle, aux moyens de secourir la mère et l'enfant, et surtout la première, dans ces instans où la nature, par des. efforts le plus souvent impuissans, et toujours faciles à reconnoître, annonce le besoin de se débarrasser du fardeau qui l’opprime,, autant que. celui d'être secondé dans une lutte d’où elle n’est peut-être pas. sortie.une seule fois. victorieuse: sans le secours de l’art; soit que ces grossesses fussent. parvenues, au terme ordinaire, qu'elles l’eussent dépassé, ou qu'elles eussent avorté beaucoup..plus: tôt. | |
2253. La plupart de celles que ce fait nous a suggérées, ROUS, affermissent, de plus en plus dans l'opinion où nous sommes, depuis long-temps , qu’on doit tenter la gastrotomie dans quelques-uns de ces.cas ; qu'il est possible.d’en obtenir des résultats avantageux , mais qu'il faut le faire à, temps
que la crainte de l’hémorrhagie , qui semble en avoir détourné presque tous les praticiens n’est pas fondée, du moins qu elle ne peut être un motif de rejeter cette opération; que celle de déchirerle kyste, de le renverser, et d'entraîner avec lui, ou de déchirer les parties qui peuvent y avoir contracté des adhérences | en voulant en séparer et en extraire l’arrière-faix , ne l’est pas davantage dans presque tous ces cas; enfin qu il ya toujours beaucoup plus de danger: à ne rien faire qu'à opérer , quoique nous l’ayons fait sans succès.
2254. Si la nature, par ses efforts , tantôt en quelque sorte coinme prématurés , et tantôt plus ou moins tardifs , indique constamment le moment où il faut opérer, elle montre aussi, en beaucoup de cas , le lieu où il'convient de le faire. C’est sans contredit sur l'endroit où le fœtus se découvre le plus aisément au toucher, celui oùil y à le moins de parties à couper pour lui donner issue ) Pourva cependant qu'il n'y ait pas plus de danser à à faire l’incision en cet endroit que partout ailleurs- Nous ne parlons plus : ici de ces cas ouilexiste des dépôts prêts à s'ouvrir, des ulcères ou des fistulés qui ont déjà laissé échapper quelques débris du fœtus, mais de ceux où la grossesse est entière, où elle n’a produit encore aucun de ces désordres au moment où l’on est appelé à donner des secours. Nous aurions opéré sur le côté gauche du ventre , entre le muscle sternopubien et le corps des muscles obliques et transverses , dans le fait dont nous venons de parler; sur cette bande aponévrotique qui se trouve entre
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484 L'ART ces muscles , et qui est d'autant plus large à la fn de la grossesse, que le ventre est plus développé, si le météorisme extraordinaire des intestins , et la crainté d’en voir s'échapper un très-grand volume , après l’incision, sans Île moindre espoir de les faire rentrer ensuite et de pouvoir les contenir, ne nous en eussent pas détourné. Mais nous aurions préféré la faire du côté du vagin chez la femme qui fait le sujet da $. 2195 ; parce que la tête du fœtus engagée dans le bassin, sembloit s’y présenter à nu, et y était recouverte de si peu de parties, qu’on en distinguoit nettement à travers les fontanelles , et la suture médiane que le doigt pouvoit parcourir en entier. Aucun cas de grossesse extra-utérine n’a présenté, selon nous, d'indication aussi précise, n’a paru plus favorable à l'opération, ni fait entrevoir plus d'espérance de succès que ce dernier. On pouvoit ouvrir le kyste sans ouvrir l'abdomen, sans découvrir les intestins, sans craindre d’épanchement, etc., sans y trouver plus de difficultés que n’en présente l'opération césarienne vaginale, faite déjà plusieurs fois avec succès , à l’occasion de l’obturation réelle où présamée de l’orifice de la matrice, par MM. Lauverjat (1) Soek, à Leyde (2), Martin (3) et autres.
2255. Galli eut aussi recours à la gastrotomie dans un cas de grossesse extra-utérine, qu'il avoit
(x) Voyez Nouvelle Méthode de pratiquer l’opération
. césarienne , pag. 41.
(2) Observ. communiquée à l'Académie de Chirurgie. (3) Observ. communiquée à la Société de Méd. de Paris.
DES ACCOUCHEMENS. 485 été à même de suivre depuis le sixième mois ; Mais il n'en obtint pas plus de succès que nous, peutêtre parce qu'il la fit aussi trop tard. Cette grossesse avoit été des plus orageuses , et néanmoins, malgré tous les accidens qui la compliquèrent dans tous les instans , le fœtus continua de se développer jusqu’à la fin du deuxième mois. Des douleurs semblables à celles de l'accouchement s'annoncèrent alors, se firent sentir avec force pendant trois où quatre jours , et cessèrent tout à coup , au moment d’une syncope, ainsi que les mouvemens du fœtus qui avoient été plus forts et plus fréquens durant ces mêmes jours. Le col de la matrice s’amollit et s'ouvrit pendant ce travail, au point de permettre d'y introduire le doigt, d'explorer la cavité du corps même de ce viscère , et de s'assurer qu’elle ne contenoit rien. Il s’en étoit écoulé des mucosités sanguinolentes, comme dans le travail d’un accouchement ordinaire. Gall!, attentif à tous ces phénomènes ,et bien sûr de l'existence d’une grossesse extra-utérine , proposa de suite la DAS = trotomie ; mais la femme, effrayée, dit-il, de la nouveauté de cette opération, et par l’incertitude du succès, ne voulut pas s’y soumettre, et n'y consentit que plus d’un mois après , étant sans forces , réduite à la dernière extrémité , et meñacée de suffocation à chaque instant, par rapport à l'énorme tuméfaction du ventre. On fit alors une incision de éroës à quatre travers de doigt seulement sur le côté gauche du ventre : on n’évacua dans ce premier moment que dix livres ou environ d’une matière putride, sanieuse, mêlée d’un sang noir , et d'une odeur infecte , quoique le kyste
Er y
486 L'ART en contint beaucoup plus. On se conduisit de même les jours suivans , et l’on ne procéda à l'extraction. du fœtus qu'après le septième, pour ne pas trop affoiblirla mère, qui sembloit reprendre un peu de forces depuis l’ouvertüre de cet énorme foyer. L’incision étant trop petite pour la sortie de ce fœtus, on prit le parti de le mutiler; on en dégagea d’abord le bras gauche qui se présentoit à la plaie , et on le sépara de l'épaule ; puis l'autre bras, les jambes, les cuisses, et successivement toutes les autres parties, en se servant des tenettes que Cheselden employoit dans l'opération de la taille. Galli fut ensuite chercher le placenta, en introduisant la main dans le kyste. Ille trouva, dit-il, plus épais, plus compacte et de moitié plus gros qu'à l'ordinaire. Quoique fortement adhérent aux parties circonvoisines , {| Le détacha et l’amena tout entier. Il observe que les vaisseaux en étoient très-gros, que sa surface étoit couverte d’un sang noirâtre, et qu’il ne vit pas de membranes à sa suite. La femme parut encore un peu mieux pendant les deux premiers jours ; mais elle s’affoiblit de nouveau ; les douleurs, les vomissemens, les syncopes revinrent, et elle mourut le onzième jour, à compter du moment de la première opération. |
2256. À l'ouverture du cadavre, la matrice parut exactement dans l'état où on la voit hors de la grossesse. On vit que le kyste qui avoit contenu l'enfant occupoit presque toute la cavité abdominale ; qu'il étoit si fortement uni aux parties environnantes, qu'on pouvoit à peine en détacher quelques portions avec le scalpel : mais ces
DES ACCOUCHEMENS. 487 adhérences paroïssoient accidentelles, ét n'être que la suite d’une inflammation. Le Kÿste avoit l’épaisseur d’un intestin grêle : ilne restoit que quelques vestiges de la trompe et de l'ovaire du côté droit, et on n’en retrouvoit aueuus du côté gauche; les parvis du sac, épaissies et repliées sur elles-mêmes, paroissant en occuper la place. Cette dernière trompe, dont l'entrée étoit cependant libre dans la matrice, se trouvoit oblitérée dans tout son trajet, et n’avoit aucune communication avec Îa cavité du kyÿste. Enfin, tous les viscères étcient arides ‘et rapetissés, comme chez les sujets qui meurent dans le dernièr degré de marasme.
Galli ne forme aucune conjecture sur le lieu où s’est faite la conception, ni sur celui où s’est développé le fœtus; mais il se livre à beaucoup d’autres réflexions qui seroïent étrangères à notre sujet. Le soulagement qu’a éprouvé la femme dès le moment de l'incision, et le meilleur état encore où elle s’est trouvée pendant les deux ou éroës premiers jours qui ont suivi l’extraction du fœtus , ont dû lui faire regretter de ne s'être pas laisse opérer plus tôt, et d’avoir résisté si long-temps aux con-
-seils de Gall. | 2257. 1l en a été à peu près de même de la femme qui fait le sujet d’une observation envoyée à l'Académie royale de Chirurgie, par un Chiruroien de la Guadeloupe, et qui a été lue dans sa séance du 13 août 1779: Ce fait pourroit paroître plus extraordinaire, si tous les détails en étoient rnieux connus , puisque la femme étoit accouchée très-naturellement d’un premier enfant, érente-six jours avant la gastrotomie. Celui dont on fit l’ex-
De la rupture de la matrice.
traction après cette opération, a vécu roës heures, et a crié plusieurs fois. Sa longueur étoit de vingttrois pouces, et sa grosseur un peu plus qu’ordinaire; sa face étoit large, et l’une de ses joues déprimée profondément. Il paroissoit d’une espèce différente de celle du premier. Son cordon n’avoit que six pouces d’étendue. La femme n’a proféré aucun mot pendant l'opération, et est morte cinq heures après, sans avoir éprouvé de perte, quéiqu'on eût extrait une grande partie du placenta qui s’étoit trouvée détachée. On vit à l’ouverture du corps que la matrice étoit saine, sans déchirure, sans cicatrice apparente, et que ce qui restoit de placenta étoit attaché au mésentère dans une étendue de deux pouces (1).
ARTICÉE VI.
De la rupture de la matrice et de celle du vagin, considérées relativement à l Accouchement.
2258. L'enfant pressé par Paction de la matrice, s’en échappe toujours par l'endroit le plus foible et qui lui oppose le moins de résistance. S'il sort le plus constamment par lonifice , conformément au vœu de la nature, quelquefois aussi, quoique très -rarement cependant , il s'ouvre une autre voie à travers le tissu même de l'organe qui s’efforce de
(1) Cette observation s’est égarée sans doute, et ne s’est pas encore retrouvée daus les papiers de lPAcadémie, Nous ne donnons ici que la note que nous en avons prise pendant la lecture.
l’expulser, et il passe dans la cavité abdominale, d’où il ne peut sortir , si l’art ne vient à son secours.
SECTION PREMIÈRE
Des causes et des principaux accidens de la rupture de la matrice,
2259. La plupart des Auteurs qui ont traité de la rupture de la matrice, ne l’ont attribuée qu'aux mouvemens extraordinaires de l’enfant (1), sans faire attention que bien des femmes n’en avoient ressenti aucun à l'instant où elle s’étoit faite, et que chez d’autres elles n’avoit eu lieu qu'après la mort de cet enfant. Quelque force qu’on suppose à ces mouvemens, ils seront toujours incapables de produire cette rupture, si d'autres causes n'agissent en même temps ou ne l'ont préparée de loin ; tandis que ces causes peuvent l’opérer sans le concours de ces mouvemens. Presque toujours l'enfant est passif à l'instant où la matrice se déchire , et s'il devient l’instrument de cette déchirure , il v’agit pas autrement que ne le feroit un corps solide, inanimé, d’une surface anguleuse, et du même volume , sur lequel la matrice se contracteroit fortement. Les mouvemens extraord:naires qu'on a regardés comme la cause de cet accident , n’en ont été le plus souvent que la suite : ce n'est pas dans la matrice que lenfant s’est
(x) Delamotte , tom. Il, pag. 189, édit. de 1765. Levret, Art des Accouchemens , 3° édit. , &. 55g et suiv. Crantz, Commentarius de rupto in partäs dolorib. fœtu utero , 1756, et beaucoup d’autres Auteurs.
agité, comme on a pu le voir quelquefois, où comme la femme a dit lavoir ressenti, mais dans la cavité abdominale où il avoit pénétré à l’occasion de la rupture de ce viscère. Il étoit aisé de s’y tromper, parce que l'instant du passage de cet enfant dans l’abdomen , et celui de la rupture par où il y pénètre, sont, pour ainsi dire, indivisibles chez la plupart des femmes où-elle a lieu , le même effort qui produit l’une, opérant autre.
2260. L'action violente.et quelquefais convulsive de la matrice sur le corps de l'enfant, est presque toujours la seule cause de sa rupture, et cette rupture est d'autant plus à craindre , que l'action dont 1l s’agit est secondée plus puissamment par celle des muscles qui forment l'enceinte de la cavité abdominale , qui pressent la matrice inégalement, quine peuvent agir partout immédiatement sur sa surface et servir comme d’arc-boutant à chacun de ses points : car ces muscles agissent alors à peu près comme le feroit une autre puissance qui presseroit fortement le ventre, le dos de la femme étant appuyé contre un mur (1). C'est presque toujours au plus haut degré de la douleur ou de Ja con-
(x) Nous développons ce mécanisme et la manière d’agir de toutes ces causes , dans un très-long Mémoire sur la rupture de la matrice et celle du vagin, que des circonstanceS parliculières nous ont empêché de publier jusqu’à ce moment , et dans lequel on trouvera , avec beaucoup d'observations , un corps de doctrine complet sur Paccident dont il s’agit, le plus formidable de tous ceux qui puissent surveuir dans lé cours du travail A AN? ment. D crie
DES ACCOUCHEMENS. : 49r
traction de la matrice, et dans le moment où la femme presse leplus Ésbtertient eneu-bas pour enseconder l'effet, que s'opère la rupture. Îl n’est ces pendant pas nécessaire, pour l'opérer chez quelques femmes , que ces puissances réunies agissent avec tout le degré de force dont elles sont susceptibles, puisque cet accident a eu lieu en plusieurs cas dans un temps où le travail de l’accouchement éloit à peine commencé : il suffit que cette force soit supérieure à la résistance que lui oppose le point qui se déchire.
2261. Unematrice parfaitement saine peut se déchirer , comme celle qui est affectée d’une maladie quelconque, qui en a précédemment affoibli le tissu. Si tous les points de sa surface, dans l’état ordinaire , sont constitués de manière qu'ils puissent supporter également, dans le commencement du travail, l'effort qui tend à expulser l’enfant, il n'en estpas toujours dé même à la suite d’un travail très-long , où 1l y a de grands obstacles à l’accouchement ; le tissu de ce viscère s’ ‘affoib! it alors nééesshiréitient en quelque lieu , et s’use en quelque sorte , notamment aux endroits qui répondent aux parties anguleuses de l'enfant, ou qui sont pressés par sa tête conte la marge du bassin ; et tôt ou tard ces endroits se déchirent.
2262. En aucun cas, la rupture dont il s’agit ne peut se faire qu’elle n’ait été préparée de cette maniére, ou par d’autres causes qui sont toutes accidentelles. Tantôt c'est une tumeur qui affoiblit le tissu de la matrice, et le dispose : à se rompre ; tantôt c’est une Méération plus ou moins superficielle, ou lamincissement contre nature d’une de ses ré-
De CE ner UT OR 2
492 L'ART gions ; d’autres fois ce sont les duretés et les callosités de son col, celles du vagin , la mauvaise conformation du bassin , les obstacles qui procèdent des parties externes mêmes, de la mauvaise situation de l’enfant ou de celle de sa tête seulement : la. mauvaise attitude que prend la femme dans les efforts qu’elle fait, la direction vicieuse de ces mêmes efforts, la manière dont elle les fait en poussant brusquement et comme par saccade , en se renversant les épaules en arrière et en faisant bomber le ventre, peuvent encore y donner lieu.
2263. Des causes extérieures peuvent également rompre la matrice sans le secours de toutes celles dont nous venons de parler, quel que soit le terme de la grossesse où elles agissent, pourvu cependant qu’elle approche de sa maturité. On en trouve des exemples à la suite d’une chute, d’une forte pression du ventre,et bien plus à l’occasionde l'application peu méthodique de la main, ou des instrumens destinés à opérer l'accouchement.
2264. La matrice peut également se déchirer sur Ja main qui opère avec le plus de soin et de méthode, et on doit s'étonner qu’elle ne le fasse pas plus souvent dans ces cas oùelle est fortement contractée, resserrée sur le corps de l'enfant, et dans lesquels on n’est appelé pour opérer l’accouchement que plusieurs jours après l’écoulement des eaux ; dans ces cas surtout qui exigent qu’on fasse la version de cet enfant et qu’on l’amène par les pieds. | 2265.11 n'existe pas un seul point où la matrice ne puisse se déchirer ; mais on remarque cependant que c’est le plus souvent vers ses côtés, vers
DES ACCOUCHEMENS. 495 son fond et son col : ce qui n’est pas difficile à expliquer. Le lieu où sé trouve implanté le placenta n’en est pas plus à couvert que les autres : la rupture s'étant faite en quelques cas à l'endroit même que sembloit fortifier cette masse spongieuse , ou bien une tumeur squirrheuse à large base. Cette rupture ne suit pas constamment la même direction, et ne présente pas plus constamment le même aspect. Quelquefois elle se fait en long, d’autres fois en travers, obliquement, ou sous une for:ne semi-lunaire. Tantôt les bords en sont égaux, et elle ne présente que l'aspect d’une simple crevasse, ou d'une plaie faite par instrument tranchant, et tantôt ils sont inégaux, commé hachés, et elle ressemble à une plaie contuse. 2266. On doit distinguer ces deux espèces de rupture , déjà si différentes l’une de l’autre, et qui sont de véritables déchirures , des ulcérations qui ont lieu quelquefois à la suite d’un travail long et pénible dans lequel la nature n’a pu se délivrer par la voie ordinaire, ou n’a pu le faire sans de grands obstacles, à cause de la mauvaisegconformation du bassin ; ou bien après une percussion extérieure qui a précédé l’accouchement de quelque temps ; parce qu'il y à toujours dans ces dernières, avec la solution de continuité, une perte de substance plus ou moins grande, et souvent affection gangréneuse, Ces dernières peuvent affecter toutes les régions de la matriceindistincteraent, mais on les observe bien plussouvent dans la partie inférieure près son insertion au vagin que partout ailleurs, quand elles sont la suite des efforts mêmes de l’accouchement. 2267. Dans ces dermiers cas, les points de la ma-
trice qui répondent aux parties les plus dures et les plus saillantes de l'enfant, ceux surtout qui sont long-temps froissés , comprimés par la tête qui s'appuie sur la marge du bassin, ou s’y engage péniblement , perdent de leur épaisseur, et s’affoiblissent, s’usent en quelque sorte, et se détruisent, ou bien il s’enflamment, se gangrènent et s’ulcèrent. Comme l'action de la tête n'est plus forte en aucun endroit, que vers le pubis et l'angle sacro-vertébral , c’est aussi à la partie antérieure et inférieure de la matrice, à sa partie postérieure et inférieure, que ces ulcérations se remarquent presque toujours; et il n’est pas rare d'en trouver de semblables au vagin, au col de la vessie, et au rectum ; ou que ces parties soient ulcérées sans que la matrice le soit dans toute son épaisseur , vis-à-vis ces mêmes points.
2268. Tantôt, et le plus souvent même, ces ulcérations gangréneuses comprennent toute l’épaisseur de la substance de la matrice et le péritoine qui la recouvre ; tantôt le péritoine, plus ou moins altéré, reste enÿer, et la substance seule de la matrice s’est usée, détruite : ce qui denne lieu à des phénomènes un peu différens, sans que le sort de la femme. en soit plus assuré. | |
* 2260. Lorsque le péritoine s’est ulcéré comme le tissu de la matrice, quelques-unes des parties du fœtus peuvent pénétrer dans la cavité abdominale ; il peut y passer tout entier, etavec lui son placenta et le sang, qui s'échappe des vaisseaux dilacérés, comme à la suite de la rupture ou de la simple déchirure : mais lorsque le péritoine, qui s’ünit foiblement à la matrice dans le voisinage de
son col, s’est conservé, c’est sous lui, dans son tissu cellulaire, que se forment les épanchemens et que se logent les parties de l'enfant , qui s’échappent de la matrice même. Plusieurs fois on y a trouvé la tête, et dans un cas de cette espèce, nousavons vu le bord de la plaie gangreneuse dela matrice à plus de six pouces au-dessus du rebord du bassin. 2270. Les ulcérations , qui sont la suite: d’une percussion extérieure , se remarquent bien plus souvent à la partie antérieure et supérieure que partout ailleurs:, et sont rarement aussi fâcheuses : | presque toujours elles ont moins d’étendue. Les points qui ont été froissés, contus, s’enflamment avant de s’ulcérer ; ils contractent des adhérences avec les parties voisines qui ont partagé l’effort avec eux, qui s'enflamment et s’altèrent en même temps : de sorte qu’on ne voit presque jamais alors s'établir de communication entre la cavité de la matrice et celle de l'abdomen ; que ce qui est contenu dans l’une ne peut pénétrer dans l’autre, à moins que les adhérences dont nous venons de parler ne viennent à se détruire , ou que d’autres parties ne: se déchirent où ne s’altèrent. |
2271. Toute la portion de la matrice qui a été froissée , contuse , et qui s’est enflaimmée , ne: se détruit pas toujours en entier, lors même qu'il sy établit une suppuration: On a vu cette portion s’exfolier en quelque sorte, se détacher comme Je fait une escarre gangréneuse, et’entraîner avec elle, au moment de l’accouchement et de l’extraction du placenta, une anse ‘d’intestin qui y avoit contracté des adhérences ; la seule des parhes circonvoisines qui y en eût contracté, depuis
Ruptüre da vagin °
496 L'ART la percussion qui avoit donné lieu à l'accident. (Foyez la note du $. 2305.)
2272. Quand ces adhérences se forment entre la matrice et le péritoine qui répond aux muscles abdominaux, le fœtus peut être rejeté ou extrait par portions ou en entier, s’il survient des abcès , si ces parties s’altèrent , comme nous en avons été témoin (1), et la vie de la femme n’en être que plus ou moins menacée. Il n’en est pas de même, et le danger est beaucoup plus grand, lorsque ces adhérences ont lieu entre la matrice et les intestins, et que ceux-ci viennent à s’altérer, surtout si la grossesse est avancée.
2273. Le vagin peut se déchirer et s’ulcérer comme la matrice même. On l’a vu se fendre en long dans sa partie postérieure ; lors du passage d'une très-grosse tête, relativement à sa dilatabilité, et l'intestin rectum se déchirer avec lui; mais bien plus souvent on l’a trouvé déchiré transversalement près sou insertion au col de la matrice ; ou bien usé, ulcéré, détruit en cet endroit et dans les environs , à la suite des fortes pressions de la tête du fœtus et de son trop long séjour dans le bassin.
2274. Parmi les déchirures transversales qu'on a observées à sa partie supérieure, près le col de ja matrice, les unes sembloient n'avoir eu d’autres causes que les efforts mêmes de l'accouchement, et les autres provenoient évidemment des manœuvres, le plus souvent mal dirigées, qu'on avoit faites pour opérer celui-ci.
(r) Voyez $. 2223.
2275. Toutes ces ruptures ne pénètrent pas dans l'abdomen ; quelquefois le péritoine qui est audessus de la déchirure reste entier , Se détache des parties circonvoisines, se soulève comme on l’a vu $. 2269 , forme une sorte de plancher qui soutient les intestins, et qui empêche le sang qui provient de la rupture de s'épancher dans le ventre.
2256. On a vu le fœtus passer de la matrice dans le bas-ventre, par ces ruptures transversales du vagin, et quelquefois seulement une ou plusieurs de ses parties, comme à la suite de celles du col de la matrice même, ou bien se loger sous le plancher du péritoine dont on vient de parler. On à remarqué aussi que la tête qui occupoit le fond du bassin à l'instant où le vagin s'est déchiré, avoit conservé sa position, quoique le tronc eût ensuite pénétré dans l’abdomen (1); mais ce qui est bien plus ordinaire dans tous ces cas, c’est l’issue des intestins à travers la crevasse ;Soitavant, soit après la sortie de l’enfant de la matrice , qu'il alt passé de celle-ci dans l'abdomen > OU qu’on en ait fait l’extraction.
2277. On a confondu souvent en opérant l’accouchement, ou en touchant Ja femme seulement, ces ruptures transversales du vagin avec celles du col de la matrice qui se font au-dessus de ce canal membraneux, parce que le siége des unes n'est pas éloigné de celui des autres > parce qu'elles ont presque toutes la même forme, et
(x) Nous rapportons des exemples de tous ces faits, dans le Mémoïre inédit annoncé au $. 2260.