‹ L'art des accouchemens (volume 3)Chapitre 54 sur 62 · Tome Il · texte numérisé non relu

Tome Il

de l'insertion

498 L'ART qu'au moment où elles se font, au moment où on les reconnoît , le museau de tanche est effacé et ne présente qu'une sorte de bourrelet qui a peu épaisseur. Si le danger qui accompagne les unes peut paroître un peu moins grand que celui des autres, relativement à l'accouchement, elles présentent toutes les mêmes indications , à quelques légères modifications près.

Complica- 2278. Le danger qui résulte de toutes ces ruption de larup- types , mais surtout de celles de la matrice, est en

turedelama- , , x : / trice. général ficheux , quoique subordonné cependant à

leur espèce, à la cause qui les a produites, et à eur complication. Celles de la matrice sont plus dangereuses que celles du vagin; celles qui sont la suite des frottemens, des contusions dont on a

. parlé au $. 2267, le sont bien davantage encore que ces simples crevasses ou déchirures qui font le sujet des &$. 2267 et suivans; celles qui sont suivies du passage de l’enfant dans l'abdomen , plus que celles après lesquelles il n’a éprouvé aucun déplacement, etc.

2270. Celles qui se font par érosion , toujours précédées ou suivies de gangrène , n'arrivent , comme on l'a dit au $. 2267, qu'après un long travail qui a porté le trouble dans toute l’économie , et affectent un organe qui étoit déjà dans un état de maladie : tandis que cet organe est parfaitement san au moment où il se déchire brusquement , ét qu'aueune fonction alors n’a encore été altérée. L’une est une plaie simple , l’autre une plaie très-compliquée dès le moment où elle existe; celle-er est dangereuse par sa nature même , la première ne le devient qu'accidentellement , etses suites fâcheuses

dépendent bien moins de la lésion de la matrice en elle-même, que de ses complications plus ou moins tardives.

2280. Il est excessivement rare que toutes ces ruptures , et les dernières surtout qui affectent le plus souvent Je corps ou le fond de la matrice, ne soient pas suivies du passage de l'enfant dans l'abdomen : tantôt il y pénètre en entier, et tantôt il ne s’échappe de ce côté qu'un des membres , un bras où une jambe, une main ou un pied seulement ; la moitié du tronc avec les membres abdominaux , le tronc tout entier ou la tête seule; quelquefois aussi aucurie partie ne s'engage dans la plaie de la matrice, quoiqu'elle soit assez grande, parce qu'elle répond à une plus grande surface encore de l’enfant, comme au dos.

2281. L'arrière-faix peut suivre l'enfant dans l'abdomen ; y être entraîné par cet enfant ou jeté par l'action de la matrice : quelquefois il reste dans ce viscère, ou bien il en est expulsé par la . voie naturelle.

2202. Des flots de sang se précipitent aussi dans l'abdomen , soit avec le fœtus et l’arrière-faix ; soit sans eux, et y forment un épanchement toujours très-fâcheux s’il n’est pas essentiellement mortel : les eaux de l’amnios s'y joignent en quelques cas.

2285, Chez quelques femmes la matrice s'évacue subitement de tout ce qu’elle contient moment de sa rupture, en le poussant dans l’abdomen , et chez d’autres elle le fait lentement. Dans le premier cas, l’instant de la rupture et celui où l'enfant tombe dans la cavité abdominale » Paroissent indivisibles; dans le second, ils sont âssez distincts

5oo L'ART pour qu’on puisse bien les observer, et suivre Îa marche de l'évacuation de la matrice.

2284. Le passage de l'enfant , celui de l’arrièrefaix , et l’épanchement du sang dans la cavité abdominale , ne sont pas les seules complications qui s'annoncent dès les premiers momens de la rupture de la matrice : les intestins qui floitent audessus, pressés par l’enfantmême ou par les muscles abdominaux, s’insinuent quelquefois à travers la crevasse jusque dans la cavité même de cet organe, et sy étranglent comme dans une hernie ordinaire , si ou ne les réduit promptement, et pendant que cette crevasse Conserve à peu près toute son étendue ; parce qu'elle se resserre et diminue dans les mêmes proportions que la matrice se contracte sur elle-même et diminue de volume; et la femme qui eût peut-être échappé aux suites de la rupturede la matrice, meurt dans Îles accidens d’une hernie étranglée, comme on le voit dans une observation communiquée à l’Académie de Chirurgie, paruotre collègue M. Percy, d’après son père de

5285. La crainte d’être taxé d'impéritie en annonçant la rupture de la matrice à l'instant aù elle s’est faite, ou bien dès qu’on l’a reconnue, semble avoir détourné les Accoucheurs qui en ont été témoins, de l'emploi des moyens de conserver la mère et l'enfant , bien plus que ne l'a fait la persuasion où ils étoient que cel accident est essentielle-

(x) On ne reconnut cette hernie qu’à l'ouverture du cadavre ; la plaie dans laquelle elle étoit étranglée était à peine sensible , quoiqu'elle eût été prodigieusement large avant la contraction de la matrice , au rapport de l’Auteur.

DES ACCOUCHEMENS. 5ot

ment mortel. Levret, qui avoit jugé comme beau- ‘coup d’autres que la gastrotomie étoit la seule ressource qu'on pût tenter en quelques-uns de ces cas, sembloit douter qu’on la fit un jour. « La mère et l'enfant sont perdus sans ressource, dit-il, quand la matrice se déchire avant l’accouchement ; il n’y auroit de moyen de sauver l’un et l’autre que la section de l'abdomen pratiquée sur-le-champ : mais quel seroit, ajoute-t-1l, l'Accoucheur assez décidé pour la faire assez promptement, et quels parens auroient assez de fermeté pour permettre qu'on y procédât sans délai ? » Si de nombreuses observations attestent la vérité du pronostic de Levrer , et la nécessité de lopération qu'il n'osoit recommander ouvertement, quelques-unes nous apprennent aussi qu’elle peut être faite avec succès , qu'il s’est rencontré des Chirurgiens assez dégagés de leur intérêt personnel pour la proposer sur-lechamp, et des femmes assez courageuses pour s'y soumettre sans retard.

SECTION Il.

Des signes de la rupture de la matrice.

2286. La plupart des causes prédispasantes de Sisnes de la rupture de la matrice nous étant le plus souvent Hess inconnues pendant le cours du travail, et cette rupture n'ayant pas lieu dans tous les cas où les plus apparentes rendent l’accouchement rnpossible sans le secours de l’art , il paroît extrêmement difficile d’assigner les signes qui annoncent qu'elle est réellement à craindre, et conséquemment d'en

établir le traitement prophylactique.

Signes de la rupture de Ja matrice.

5o2 L'ART 2287. Quand Ja femme est menacée de la rup-

ture de la matrice dans un accouchement FA

rieux, elle a, selon le Docteur Crantz (1), le bas-ventre fort élevé et tendu , le vagin retiré et l'orifice de la matrice très-haut , les douleurs sont fortes , laissent peu d'intervalle, et ne font point avancer l'accouchement. Levret ajoute que l’anooisse qu’ éprouve la femme a toujours son siége vers la partie moyenne de la région épigastrique ; , qu'il succède à toutes les secousses réitérées de lenfant , un dernier effort ou soubresaut violent qui annonce sa mort, et la rupture de la matrice. Mais ces symptômes Soit trop incertains pour que nous puissions les prendre pour règle. La rupture de la matrice a eu lieu nombre dé fois sans être précédée d’aucun d'eux, et ne s’est pas faite en d’autres cas, où leur réunion sembloit annoncer qu'elle étoit inévitable. En les prenant pour guides, souvent on empiéteroit sur les droits de la nature, on entraveroit sa marche en opérant un accouchement qu’elle auroit pu terminer sans inconvéniens , ou avec beaucoup moins que nous ne l’eussions fait nous-mêmes ; et l’on ne pourroit se flatter, en aucun Cas, d’ 7. prévenu la rupture dont l S agit.

2288. Tout ce que ces Auteurs avancent concernant les symptômes qui succèdent à cette rupture et qui la dénotent, est bien plus conforme à l'expérience. Au moment où elle se fait, disentls, les assislans entendent un bruit de déchirement

(x) Crantz, Dissert. sur la rupture de Îa matrice , trad. en franc.

DES AGCOUCHEMENS. 503

assez fort, la femme ressent une vive douleur dans le lieu même , etelle jette un cri perçant ; son visage pâlit ensuite ; bientôt elle éprouve de fréquentes syncopes, son pouls s’affoiblit, la forme du ventre change plus ou moins, el qu'une partie de l'enfant ou une autre s’est échappée de la matrice et a pénétré dans l’abdomen ; il survient des sueurs froides, des mouvemens convulsifs, des vomissemens et d’autres accidens, suivant que cet enfant agit sur tels ou tels viscères, qu’il s’est épanché plus ou moins de sang à sa suite, et la mort ne tarde pas à terminer cette scène alarmante, si on abandonne la femme à sa triste destinée.

2289. Ces symptômes ne caractérisent cependant pas encore la rupture de la matrice au point qu’on ne puisse s’y tromper en quelques cas, et le toucher nous la fait connoître d’une manière bien plus certaine (1), Quand elle précède l'ouverture de la poche des eaux, cette poche s’affaisse surle-champ, et devient très-flasque, quoiqu'aucun fluide ne s’en écoule au-dehors , parce qu'il s’épanche alors dans le ventre ; l’orifice de la matrice se resserre, à moins qu'une partie de l'enfant ne s y trouve engagée avant la rupture; lorsque cet enfant passe en entier dans l'abdomen, la matrice se contracte sur elle-même et se réduit au volume que nous observons communément après l’accouchement naturel ; les mouvemens de l'enfant, sil est encore vivant, se font sentir dans un autre lieu que celui où ils se passoient auparavant ; on en

(1) Voyez la Dissertation déjà citée; et les ouvrages de Levret.

distingite facilement les membres, en mettant Îa main sur le ventre, surtout si on en fait la recherche dans les premiers instans, car le gonflement et la tension douloureuse qui surviennent promptement, en quelques cas, peuvent s’y opposer dans la suite.

2200. Les douleurs de l'accouchement proprement dites cessent aussitôt que l'enfant a pénétré en entier dans la cavité abdominale, et surtout lorsqu'il y est suivi de son arrière-faix ; mais la femme en ressent d’une autre espèce qui lui étoient inconnues auparavant. Quand leffort qui a rompu la matrice n’a pu en expulser l'enfant de suite, les douleurs continuent, parce que ce viscère, malgré sa rupture, ne cesse pas de se contracter et d'agir pour s’en débarrasser : tantôt il l’expulse par la voie naturelle, et tantôt il le pousse dans la cavité du ventre, selon que cet enfant trouve une issue plus facile vers cette première voie, ou du côté de la crevasse. Dans le premier cas, la partie qu'il présentoit s’avance de plus en plus, et dans l’autre elle s'éloigne insensiblement et disparoît. Quelquefois aussi il reste tout entier dans la matrice dont les forces sont épuisées , et le travail discontinue, comme s'il en étoit sorti. En d’autres cas la tête s'étant plongée dans le hassin, eu fortement engagée dans le détroit, avant la rupture, elle y conserve sa position, tandis que le reste du corps, les extrémités surtout, et la partie inférieure du tronc, pénètrent dans l’abdomen. On observe à-peu-près les mêmes phénomènes à la suite de quelques-unes des ruptures transversales du vagin. ( J'oyez $. 2273 et suivans. )

SECTION ILE

Des indications que présente la rupture de la matrice.

2200. Il serait incontestablement plus avantageux de prévenir la rupture de la matrice, en opérant l’accouchement, que d'attendre qu’elle ait lieu pour le terminer ; mais sur quoi se décideroiton à prendre un parti qui peut être également suivi d'accidens pour la mère et pour lenfant, puisqu’à la rigueur aucun signe certain n'indique que la ruptüre dont il s’agit est inévitable (1)? Les moyens de la prévenir consisteroient presque toujours à extraire l'enfant par les voies ordinaires, ou par l’opération césarienne. C’est même celle-ci que conseiile le docteur Crantz en beaucoup de cas : observant toutefois qu’elle seroit hors de saison, si la tête de l’enfant était déjà enclavée dans le petit bassin. Nous ajouterons qu’elle seroit alors non-seulement hors de saison, comme le dit cet Auteur, mais encore contre les principes de l’art et les droits de l'humanité; de même que dans la plupart des circonstances où le bassin de la femme est assez bien conformé pour donner issue à l’enfant, puisque l’art présente des ressources plus douces et plus assurées pour la mère. L'opération césarienne n'est indiquée dans ces sortes de cas, qu’autant que le bassin est absolument trop étroit ; et c'est alors bien moins la crainte de la rupture de

Pr = PE md,

(x) Voyez $. 2287.

Indications prophiylactiques.

506 L'ART la matrice qui porte à la faire, que limpossibilité de terminer l’accouchement autrement.

2291. La saignée, lesbains, les fomentations, les injections mucilagineuses, l’incision du col de la matrice lorsqu'il est dur et calleux, la section des brides du vagin, etc., l'application de forceps , celle du perce-crâne et du crochet, quand l’enfant est mort; son extraction par les pieds , l'opération césarienne enfin , sont autant de moyens qui doivent être emplovés selon les circonstances pour prévenir cette rupture.

Règles de 2202. La méthode d'opérer l'accouchement, | pre après la rupture Gont il s’agit, ne doit pas être ture dela ma- Moins variée que la méthode prophyÿlactique. Si la (rice. section des enveloppes du bas-ventre est souvent

la seule ressource que présente la Chirurgie pour sauver la mère et l'enfant, ou pour soustraire la première aux accidens formidables qui naïîtront bientot de la présence de ce dernier, de son arrièrefaix et du sang épanché dans F abdétie, quelquefois aussi cécité opération ne seroit pas vide contraire alors aux règles de l’art, que si on la pratiquoit à l'occasion de la plupart des causes prédisposantes de cette rupture : car il n’est pas toujours :mpossible, quoiqu’elle ait lieu, d’extraire l’enfant par les voies ordinaires. Delamotte assure l'avoir retourné en allant prendre les pieds à travers la déchirure même de la matrice, jusqu'au milieu de l'abdomen où ils avoient pénétré. D'autres attestent avoir ramené de même par cette voie celui qui s’étoit échappé complètement de la matrice ; ce qui paroîtra peu vraisemblable à ceux qui savent de combien ce,viscère se contracte sur

DES ACCOUCHEMENS. 507 lui-même dès le moment où il s’est évacué de ce qu'il contehoit, et tout ce quega rupture perd alors de son étendue, s'ils ne supposenñt un de ces cas de

* ruptures transversales dont il est parlé plus haut.

2203. Dans ces derniers, la plaie de la matrice ne se rétrécit pas de même, quelle que soit la contraction de ce viscère; elle reste plus ou moins béante, et la main peut aisément lui redonner sa première étendue, sans augmenter le déchirement. Non-seulement elle permet encore d’aller chercher les pieds de l’enfant dans l'abdomen, mais aussi d'extraire cet enfant, si elle a été assez grande d'abord pour le laisser pénétrer dans cette cavité, comme on en cite des exemples.

2294. Lorsque la tête du fœtus se présente après la rupture de la matrice, quand mème elle ne seroit pas très-engagée , pourvu que la mauvaise conformation du bassin n’y mette pas de grands obstacles, il faut opérer l'accouchement avec le forceps , quelle que soit la partie qui ait pénétré dans le bas-ventre. On auroit pu se servir utilement de cet instrument dans nombre de ces cas où l'on a retourné l'enfant, ou dans lesquels on n’a rien fait qui püt soustraire la femme à sa fatale destinée; comme dans celui rapporté par M. Tibault , de l'Académie de Rouen; dans un autre qui a été communiqué à l’Académie de Chirurgie par M. Chevreul ; dans celui de la deux cent Ccinquanteuntème observation de Mauriceau ; de la soixantesixième de Stalpart-Van-Derwiel, centurie première; de la érois cent quatre-vinst-onzième de Delamotte, de Buzan, rapporté par Levret, ete. On conçoit très-bien à quel danger on exposeroit

alors la femme en voulant retourner celui dont la majeure partie du "a auroit passé ans cette cavité, pour que moûs nous arrêtions 1c1 à le faire connoître.

2205. Quand on ne peut extraire, au moyen du forceps, ou du crochet, s’il est mort, l'enfant dont la majeure partie du tronc a passé dans l'abdomen, la gastrotomie est aussi manifestement indiquée que dans le cas où il a été poussé tout entier dans cette cavité. Cette opération alors doit paroitre environnée de moins de dangers que celle de porter la main à travers la rupture de la matrice pour aller prendre les pieds de l'enfant au fond de l'abdomen où ils ont pénétré avec le corps, comme quelques-uns disent l'avoir fait (1), excepté dans les cas énoncés aux $$, 2269, 2276, 2293. On ne doit extraire l'enfant par les pieds qu’autant qu'ils se rencontrent dans le voisinage de l’orifice de la matrice, ou que l'enfant est encore tout entier dans ce viscère. Si cette méthode ailors n'est pas tout-à-fait exempte d’inconvéniens, ces inconvéniens paroissent moins graves que ceux qui peuvent résulter de la gastrotomie.

2206. La section des enveloppes du bas-ventre ne paroîtra pas aussi nécessaire à la suite de la rupture du vagin qu'après celle de la matrice même, pour extraire l'enfant qui a passé tout entier dans la cavité abdominale (2), si l’on fait

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(x) Peu , Pratique des Accouchemens , liv. L, pag. 79.

(2) Saviard, Observ.; M. Thibault, Journal de Médecine , tom. 1, 1754; M. Chevreul et M. Chaussier , ainsi que beaucoup d’autres , ont vu de ces ruptures.

DES ACCOUCHENMENS. 5og

attention à la différence que présentent ces deux cas. Après la sortie de l’enfant , la plaie du corps de la matrice se rétrécit en proportion de la réduction du volume de ce viscère , au point qu’on a eu peine à y faire pénétrer le doigt deux jours après l'instant où elle s’étoit faite, quoique assez large d’abord pour avoir pu jaisser passer la moitié de l'enfant dans l’abdomen , et avec cette partie, la main de l’opérateur (1): mais quelle que soit la contraction de ce viscère , la rupture de la partie supérieure du vagin ne diminue pas de même.

Ceux qui ont été chercher l'enfant en entier dans l'abdomen, et qui l'ont extrait par la voie naturelle, quelques heures après l'instant où s’étoit faite la rupture, ont pris celle du vagin pour celle de la matrice, ou bien ils ont trouvé de ces ruptures transversales, de ces plaies gangréneuses dont nous venons de parler: car la chose ne nous paroît praticable que dans ces derniers cas.

2207. La gastrotomie n'est pas indiquée seulement pour extraire l’enfant et son arrière-faix dela cavité du ventre où ils ont pénétré , elle peut devenir nécessaire encore pour donner issue au sang etaux eaux qui ont pu s y épancher et qui ne pourroient s’écouler autrement. Elie est plus facile à exécuter que l’opération césarienne proprement dite, et ne paroît pas plus dangereuse ; puisque, d’une part, l’on n’a point à ouvrir la matrice, et que de l’autre part la rupture de ce viscère n’est pas essentiellement mortelle. Sans faire valoir ici

(1) Voyez Delamotte , Observ. cccxGxi® , et le fait communiqué par M. Percy , note du $. 2284.

ces nombreuses observations qui en attestent les avantages dans ces cas où l’on n’a eu qu’à agrandir, au moyen d'une incision , ces ulcères, par lesquels la nature se seroit efforcée vainement d’expulser le fœtus ou ses débris , cette opération à été faite peu d'instans après la rupture de la matrice , a eu des succès heureux pour la femme, et il est vraisemblable qu'elle n’en auroit pas eu moins pour l’enfant, sion l’eût pratiquée plus tôt encore après cette rupture , au lieu de la différer de quelques heures , comme on l’a fait. T'ibault des Bots, Chirurgien de la ville du Mans, en à publié le premier exemple en 1768 (1) , et l'Académie de Chirurgie en a recueilli deux autres , depuis, qui semblent bien plus intéressans.

2208. Dans le fait de T'hibault les choses étaient des mieux disposées pour l'accouchement et sembloient annoncer une prompte délivrance , lorsque Ja femme ressentit une douleur aiguë et très-courte vers la partie supérienre et latérale gauche de la matrice, après laquelle la tête du fœtus, qui se présentoit favorablement , disparut. Ne trouvant alors ni l'enfant ni le placenta dans ce viscère , T'lubault ne craïgnit pas de proposer la gastrotomie, et de faire connoître tout le danger qu'il y auroit à la différer. Illa fit, mais après quelques heures encore , ce qui la rendit inutile pour l’enfant. La femme n’en <prouva, pour ainsi dire, d’autres suites que celles d’un accouchement.

2209. Le gastrotomie, pratiquée deux fois sur te re

(x) Journal de Médecine , mai 1768.

DES ACCOUCHEMENS,. bi1

la mème femme (1)par M.Lambron, Chirurgien d'Orléans, ne fut pas plus salutaire à l'enfant ; parce qu'on y eut également recours trop tard. La première fois on ne la fit que dix-huit heures après la rupture de la matrice (2). Au bout de trois semaines, la femme sembloit déjà toucher au terme de sa guérison, lorsqu'une tumeur de la grosseur du poing se manifesta à la région hypogastrique , et parut disposée à s'ouvrir, comme elle le fit en effet quatre jours ensuite ; mais nonobstant cet abcès gangréneux, par où il sortit dix-huit vers de la largeur de quatre à six pouces, et de l'espèce de ceux qui s'échappèrent dans le même temps par l'anus et par le vagin, cette femme put reprendre les iravaux de la campagne après six semaines, à compter du moment de l'opération. Enceinte de nouveau , quelques années après, elle éprouva le même accident ; l’enfant pénétra également en entier dans le bas-ventre; et M. Lambron , alors témoin du fait, pratiqua une seconde fois la gastrotomie (3), en n y mettant d'autre délai que celui qu'exigea la malade pour se faire administrer les sacremens. L'enfant donna des signes de vie pendant une demi-heure après l'opération , et celleci eut les suites Les plus simples, La femme Dumont redevint encore grosse | et accoucha naturellement d’un enfant bien portant (4).

(x) La femme de Charles Dumont , Vigneron à Saint- Jean de la Ruelle près d'Orléans.

(2) Le 9 août 1775.

(3) Le 30 décembre FF:

(4) Le 3x août 178x.

2300. L'opération dont il s’agit n’est pas la seule ressource que puisse avoir la femme dont la matrice s’est rompue dans les efforts de l’accouchement : la nature , sans cesse occupée de notre conservation, met encore quelquefois à couvert les jours de cette infortunée , après l’avoir conduite d’écuei!s en écueils, comme nousl’avors fait observer en parlant des grossesses par erreur de lieu. Les succès que nous venons de citer de la gastrotomie n'en démontrent pas moins la prééminence de cette opération sur ces efforts singlièrement rares , et qui auroient été le plus souvent infructueux s1 la Chirurgie ne les eût secondés à propos, soit en ouvrant les dépôts qui s’etoient manifestés , soit en dilatant l'entrée des sinus qui recéloient l'enfant ou ses débris , soit en opérant l'extraction de ceux-ci.

2361. L'extraction du fœtus, de son arrièrefaix , du sang et des eaux qui se sont épanchés à leur suite dans la cavité abdominale , n'est pas la seule indication pressante que puissent offrr les complications de la rupture de la matrice dès ses premiers instans; la réduction de l’anse d’intestin qui s’est échappée par cette rupture pourroit paroître plus pressante encore, puisqu'elle peut s’'étrangler promptement, soit qu’elle tombe au-dehors, soit qu’elle s’arrête dans la cavité même de la matrice, à cause du resserrement qu'éprouve assez vite, en quelquescas, la plaie de ce viscère. Dans le fait communiqué par M. Percy, elle étoit à peine apparente, quoiqu'elle contint deux anses d’intestins, et qu'elle eût été très-spacieuse avant l’accouchement; dans l’un de ceux de Delamotte, on l'a

vue si petite, après la mort, que le doigt ne pouvoit y pénétrer, quoiqu'elle eût permis à la moitié de lenfant de passer dans l'abdomen à l'instant qu’elle s’est faite , et à la main de cet Accoucheur d'en aller chercher les pieds, qui étoient appuyés contre le diaphragme , de les ramener par cette voie, et de terminer laccouchement dé cette manière. | 2302. Toutes Les plaies de la matrice faites par rupture ne se resserrent pas de même , comme on l'a déjà fait observer au $. 2293 , et ne peuvent conséquemment étrangler qu même point les intestins qui ont pu s’y insinuer, ou s'échapper à travers. Les ruptures transversales qui se font dans le æ voisinage du col, celles qui sont la suite des froissemens , des contusions gangréneuses dont il est parlé au K. 2266, sont en même temps celles qui favorisent le plus , par leur forme et leur situation , l'issue des intestins , et les moins propres par cela même à les étrangler : si la réduction de ces intesüns est moins difficile alors. que dans tout autre cas, il est aussi plus difficile de les maintenir réduits ou de les empêcher de reparoître (1). 2303. Ces sortes de hernics à travers la rupture de la matrice doivent donc paroître plus ou moins fàcheuses , selon la forme, l'étendue et la situation de cette rupture ; et el'es le sont aussi selon qu’elles auront été connues plus 1ôt cu plus tard , qu’on aura fait Ja gastrotomie pour extraire l'enfant, ou que celui-ci aura été extrait par la voie

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(x) Ces réflexions sont applicables aux ruptures du

vagin qui pénëtrent dans l'abdomen, ( /’oyez à. 2267,

Tone Il. : ÉS.

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naturelle. Dans ce dernier cas elles restent inconnues, si l’anse d’intestin ne s'échappe pas audehors en traversant toute la cavité de la matrice, et on n’en soupçonne pas même l'existence ; tant les aceidens qui en dépendent ont de rapports avec ceux qui naissent de la rupture même. On ne peut s’y tromper, dans celui où l’on a recours à la gastrotomie, puisqu'on a la plaie de la matrice sous les yeux.

2304. Dans le premier cas , celui où l’accouchement s’est fait par la voie ordinaire, il faut procéder à la réduction-des igtestins pendant que la plaie de la matrice est encore très-large, comme l'ont fait-plusieurs Auteurs, au nombre desquels on nomme spécialement Aungius (1), et exciter & ensuite ce viseère à se contracter, à se resserrer , à diminuer de volume, pour que sa rupture se resserre également , et que les parties réduites ne puissent s’y engager de nouveau, comme on Va observé en quelques cas.

2305. Lorsque ces.sortes de hernies, méconnues d’abord , se sont étranglées , comment en obtenir la réduction? Tentera-t-on, en portant la main dans la matrice, de dilater la plaie , de lui rendre ce qu’elle a perdu par la contraction de ce viscère ? ou bien entreprendrat-on de l'agrandir par une incision, en avançant la main armée d’un bistourt, comme on assure l'avoir fait avec succès, trois jours après l'accouchement , dans un cas où les intestins reparurent à cette époque, ayant été

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(1) Observation citée par Heister : Instituts de Chirûrgie, tom. Îl , pag. 137.

DES ACCOUCHEMENS. | 5x5

réduits sans peine immédiatement après la délivrance (1)? Ne vaudroit-il pas mieux, dans une circonstance aussi fâcheuse , au lieu de tenter une opération de cette espèce, ouvrir le ventre de la femme et retirer de la matrice l’anse d’intestin, comme le proposoit Picrat, dans le cas de hernies inguinales, et comme l'ont fait quelques Chirurgiens, pour faire cesser des étranglemens intérieurs ? |

2306. Les difficultés ne sont plus les mêmes quand on a eu recours d’abord à la gastrotomie ; quelle que soit la contraction de la matrice, l’anneau qui étrangle l'intestin étant à découvert, peut être agrandi sûrement par une incision , et l'intestin retiré du lieu où il s’est engagé, s'il n’y a pas contracté d’adhérences.

2507. La plaie de la matrice résultante d’une simple rupture ou déchirure , ne présente par ellemême aucune indication : elle diminue insensiblement et se resserre, comme on l’a remarqué dans quelques-unes des observations citées précédemment, et se consolide de même qu’à la suite de l'opération césarienne. Ceux qui ont obtenu de la gastrotomie les succès que naus avons annoncés, n’ont donné aucun soin à cette plaie, et elle s’est consolidée : il en a été de même dans le cas rapporté au . 2223, et en d’autres parfaitement analogues.

(x) Observation communiquée à l’Académie de Chirurgie en 1777, par un Chirurgien de campagne , et qui seroit des plus intéressantes , si les faits, quoiqu’appuyés du témoignage de plusieurs personnes dignes de foi, étoient encore mieux constatés.

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Les plaies gangréneuses avec une grande déperdition de substance sont plus fâcheuses, ne guérissent pas aussi sûrement, et ne sauroient être soumises en aucune manière au traitement proposé par le Docteur Crantz (1).

(x) Voyez la Dissertation déjà citée. Crantz y assimile les plaies dont nous parlons, à celles des parties extérieures , et veut qu’on les traite de même : mais sa doc— trine sur ce point a été rejetée unanimement par tous los Auteurs.

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