Tome II
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fois, aller comme en sciant, et appuyer fortement de la main droite sur le dos du scalpel qu'on tenoit de la gauche. La résistance qu'elle offrit me fit présumer que l'instrument portoit sur l'un des os, et en effet la section fut faite sur le pubis gauche, à deux lignes ou environ de cette symphvse , comme on le remarque fig. I , planche XVII, que j'ai fait graver sur la pièce même , telle qu'on la voit encore aujourd'hui dans mon cabinet. A peine cette section fut-elle achevée , que les os s'écartèrent un peu , et que leur écartement s'annonça par un foible bruit semblable à celui de la détente d'un ressort. A l'instant même, on en vit jaillir le sang en forme d'ondes noirâtres et assez grosses pour se répandre en nappes sur les parties voisines , en sorte qu'en moins de deux minutes il s'en écoula de quatre à cinq palettes au moins : c'éloit un sang veineux.
2088. Placé sur le côté gauche de la femme, je suivis du doigt et des yeux l'écartement des os , qui se fit graduellement pendant l'introduction de la main de l'accoucheur, dans la matrice , et brusquement à l'instant où les fesses de l'enfant traversèrent le détroit: on entendit de nouveau dans ce dernier moment, un bruit de détente et de déchirement vers la symphyse sacro-iliaque gauche. Cet écartement ne s augmenta nullement pendant le passage de la tête, et resta le même après l'accouchement, jusqu'au moment où on releva et où l'on rapprocha les genoux de la femme. Occupé de ce seul point de l'opération , je puis assurer que l'écartement n'a pas été au-delà de deux pouces moins une ligne, l'ayant mesuré avec le pied de
roi, après la sortie de l'enfant, sous les yeux de 1 opérateur , et étant bien certain qu'il n'avoit pas varié. Il fut presqu'en entier le produit du déplacement du pubis gauche qui se retira profondément sous les tégumens , tandis que le pubis droit ne s'éloigna que de quelques lignes , et en parut plus saillant. Quoique bien inférieur à celui qu'on m'assuroit avoir obtenu dans les cas précédais où les suites en furent si simples, je ne pus dissimuler mes craintes sur le danger auquel on exposait cette femme : mais le médecin ne négligea rien pour me rassurer.
2089. Une douleur aiguë s'étoit fait sentir dans le derrière du bassin et de la cuisse gauche , en s'étendant jusqu'au jarret , à l'instant même où se fit le plus grand écartement, et continua jusqu'à la mort. Une autre , non moins aiguë et pongitive s'annonça dès le jour même, vers la région iliaque droite ; le ventre se tuméfia presque aussitôt , et parut aussi élevé avant la révolution des vingtquatre premières heures qu'il l'éioit dans l'état de grossesse; la fièvre parvint bientôt à son plus haut période, etc. , etc.
aocjO. Le désordre parut extrême à l'ouverture du cadavre (i). La grande lèvre du côté gauche étoit très-tuméfiéeet livide; les symphyses sacroiliaques étoient d'une couleur brunâtre dans l'étendue d'un pouce au moins , à cause du sang épanché sous le périoste qui s'en étoit détaché; elles étoient inondées d'une matière purulente et ichoreuse ,
(ï) Il fallut recourir à l'autorité pnhiique ponr parvenir à examiner ce cadavre.
plus abondante du côté gauche que du côté droit , et qui jaillissoit de leur fond à l'extérieur , par plusieurs ouvertures qui étoient -autant de déchirures , lorsqu'on remuait les os des îles et qu'on les rapprochoit du sacrum ; la symphyse gauche parut ouverte de cinq lignes, et la droite de trois seulement; un dépôt gangreneux se manifestoit du côté droit derrière et au-dessus de la cavité cotyloïde, et s'étendoit vers la partie antérieure et inférieure de la matrice , où il y avoit une escarre de même nature ; un ulcère également gangreneux et en forme de fente se remarquoit dans la partie postérieure de ce viscère , depuis le dessus du col jusqu'à l'insertion du ligament de l'ovaire, et pénétroit dans sa cavité. Ceux qui ont assisté à l'ouverture de ce cadavre ne nous reprocheront pas d'avoir surchargé le tableau de ces désordres intérieurs (i).
209 1 .Le diamètre du bassin étoit de deux pouces et demi , du pubis à la base du sacrum ; de cinq pouces d'un côté à l'autre , et de quatre et demi en passant d'une cavité cotyloïde à la jonction sacro-iliaque opposée. La section avoit été faite sur le pubis gauche, qui est coupé net et sans la plus petite hachure (a),
209 r. Nous avons annoncé que l'enfant étoit venu vivant , mais foible et fatigué d'abord ; il
(1) Neuf personnes , du nombre desquelles étoit M. le Roy , en ont signé le procès-verbal ; savoir, MM. Petit- Radel , Désormeaux , Sentex , de V Epine , Assaliny, Au— diberty , Baudelocque jeune et moi.
(2) Je conserve ce bassin dans ma collection.
DES ACCOTJCHEMENS. 3$7
n'offroit rien de remarquable dans sa grosseur :sa tête flexible et souple n'avoit que quatre pouces deux lignes de diamètre , du milieu du front au tubercule occipital , et trois pouces cinq lignes d'une bosse pariétale à l'autre.
2oq3. M. de Mathiis , dont il a été fait mention „£*"* deM- de précédemment, venoit de nous fournir I occasion d'observer à peu près les mêmes désordres à la suite de la section du pubis, chez une femme qu'il avoit opérée le 17 avril, sept jours avant celle dont nous venons de parler : et ce fait fut encore plus malheureux , puisqu'on perdit la mère et l'enfant. La femme (1) qui fait le sujet de cette observation avoit eu précédemment trois enfans. Elle étoit accouchée naturellement de son premier , qu'elle ne perdit qu'à l'âge de quinze mois : mais le second avoit été tiré par les pieds , et le troisième au moyen du crochet; celui-ci, par un étudiant en Chirurgie , et celui-là par un Chirurgien à qui l'art des accouchemens étoit, de son aveu, absolument étranger. M. de Mathiis , qu'une Sage-femme fit appeler lors tlu quatrième accouchement , n'évaluant le diamètre du bassin qu'à trois pouces moins un quart, se persuada que la section du pubis étoit la seule ressource qu'il dût employer, et la pratiqua , après avoir attendu pendant quelque temps^ M. le Roj, mon frère et moi , qu'il avoit appelés en consultation ; un plus long délai lui paroissant devoir la rendre infructueuse pour l'enfant, parce qu'une anse du cordon ombilical étoit au-dehors.Il éprouva
(1) Marie Rouillé , rue Plume! , faubourg Saiut-Ger- 01 aie.
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dans ce cas, combien cette nouvelle opération pouvoir offrir de difficultés , et devenir dangereuse. L'instrument ayant quitté la ligne verticale de la symphyse-, soit avant, soit après que la section en fut faite, tomba sur la branche descendante de i'os pubis droit , et la coupa transversalement y de la manière la plus nette , à six lignes ou environ , au-dessous de la symphyse même : comme on le remarque 7%". II , pi. XVII. Mais pour la couper ainsi, il fallut y employer la plus grande force , et il paroît que ce n'est encore qu'après avoir haché long-temps en d'autres endroits , qu'on crut y être parvenu : car l'instrument recommençant à scier à une demi-ligne de cette section , s'ébrécha profondément en deux endroits , et laissa ses fragmens implantés dans l'os , où ils se remarquent encore. Croyant l'opération achevée (i), M. de Mathiis introduisit sa main pour prendre les pieds , pendant que deux aides écartoient les cuisses avec tant de force, et surtout la droite qui étoit confiée à une personne robuste, que la tête de quelquesuns des muscles attachés à la branche du pubis et de l'ischium en fut déchirée partiellement. N'ayant pu dégager que le pied gauche, il tira dessus, et, moyennant beaucoup d'efforts, il obtint la sortie de l'enfant. Une suite de méprises singulières, sans lesquelles cet enfant auroit échappé à notre con-
(i) Nous aurions quelques raisons de croire que la section de la symphyse n'étoit pas faite entièrement alors , eï ne l'a été qu'après la mort. Les partisans de cette opération ne seroient peut-être pas fâchés que M. de Mathiis en fît l'aveu.
noissance , le fit déposer chez moi, où je l'examinai en présence de plusieurs personnes -r qui jugèrent à propos qu'on en dressât procès-verbal. Il étoit du poids de cinq livres et un quart ; sa tête n'avoit que trois pouces et un quart de petit diamètre ; mais ayant été en quelque sorte écrasée en traversant le bassin, on pouvoit aisément la réduire de l'étendue de six lignes , en la comprimant entre les branches du compas d'épaisseur. La cuisse droite étoit fracturée dans son milieu, et le bras gauche au-dessous de l'insertion du muscle deltoïde (0- Cet enfant, qui étoit très-animé à l'instant où l'on en dégagea le pied , ne donna aucun signe de vie après sa sortie. À peine la mère futelle délivrée , qu'elle tomba dans un état de suffocation alarmante ; qu'elle éprouva de légères convulsions (2), et qu'elle se plaignit de vives douleurs dans les lombes et la cuisse gauche, qui continuèrent jusqu'à la mort : ce fut au neuvième jour. L'ouverture du cadavre (3), faite en présence de
(1.) M. de Maihiis et. M. Rossignol y chirur-gien qui l'avoît aidé , ne sachant pas que l'enfant avoit été porté chez moi , ne convinrent de ces faits que lorsque j'offris de leur en donner la preuve.
(2) Ce fut dans ce moment que M. le Roj et mon frère arrivèrent chez cette femme. Je ne la vis que le lendemain , et je continuai de lui donner mes soins jusqu'à sa mort.
(3) Elle fut commencée clandestinement dans la nuit , et suspendue par l'arrivée d'une personne inattendue qui ne permit pas de la continuer : mais on y procéda ensuite de la manière la plus authentique.
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plusieurs Médecins et Chirurgiens (1), démontra incontestablement qu'elle étoit morte des suites de l'opération. 11 seroit trop long d'eu faire connoître les détails ; nous dirons seulement que M. de Mathiis , à la vue de tant de désordres , fut tellement ému, qu'il s'en trouva mal et tomba en syncope : si la douleur qu'il en témoigna n'a pas été feinte, on peut assurer qu'il ne pratiquera pas de sitôt cette nouvelle opération , sur le compte de laquelle on l'avoit, nous dit-il, étrangement trompé. Nous observerons que le diamètre du bassin n'étoit que de deux pouces six lignes. Je conserve ce bassin avec celui de la cinquième femme opérée par M. le Roy , et un autre qui me fut envové par M. Riollay (2).
Faits de m. 2094. Après MM. Sigault et Alphonse le Roy,
de Cambon. ^ fa £am^on (^ est fefâ ^ a pratiqué le plus
de fois la section du pubis, et qui paroisse l'avoir faite avec le plus d'avantage : mais , comme ceuxci , il n'a pu conserver tous les enfans ni toutes les femmes qu'il avoit entrepris de sauver. L'une de ces femmes y fut soumise deux fois; savoir, le 28 mars 1778, et en janvier 1780. M. de Cambon ne détermine pas l'écartement qu'il obtint dans ce dernier cas , et se contente de dire qu'il fut assez
(1) MM. Choparl 5 Peiît-Radel , Assalinj , Audiberty , Afzéiius , Rossignol , Decourbiac , de Ftlathiis , Baudelocque jeune , et moi.
(2) L'observation de M. de Mathiis doit exister dans les Archives de la ci-devant Acad. royale de chirurgie.
(3) Ecuyer , premier Chirurgien de feu S. A. S. la duchesse de Lorraine et de Bar , à Mons.
DES ACCOUCHEMENS. 36 r
grand pour que la femme pût se délivrer seule et en peu de minutes, d'une grosse fille pleine de santé ; mais il assure qu'il a été de deux pouces ou environ la première fois , quoiqu'il n'ait pu assurer la vie de l'enfant. M. R ~nap ( i.)$.qui a communiqué de bonnes réflexions sur ces deux faits à l'Académie royale de Chirurgie, assure qu'il avoit délivré cette femme de son premier enfant au mpyen du forceps, quoiqu'il fût très-gros, et qu'il l'a fait en présence de M. de Cambon même ; que M. JVilliam , son confrère , n'a pas éprouvé plus d'obstacles à l'accoucher du second, et ne s'y est décidé que parce que le cordon ombilical étoit sorti. Rien en cela ne dénote une grande difformité dans le bassin , et l'exposé de M. de Cambon ne fait que nous affermir dans l'opinion qu'il n'en existait pasde remarquable. Une autre femme > grosse de son premier enfant , fait le sujet de la troisième observation du même auteur. Ici c'est l'impossibilité de porter la main à travers le détroit inférieur , resserré par le rapprochement des os pubis et ischion , qui détermine à recourir à la section du pubis. On en obtient deux bons pouces d'écarté^ment; la tête de l'enfant se plonge aussitôt dans le bassin , en présentant la face vers l'un des côtés , et , ne pouvant en sortir , on en opère l'extraction avec le forceps : on conserve cet enfant et ia mère. M. de Cambon ne dit rien de plus sur la difformité du bassin, et n'en détermine l'étendue que par l'impossibilité d'y introduire la main. Mais le fait suivant qui n'a pu être compris dans le même
(ï) Chirurgien-Accoucheur à Mous.
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faisceau d'observations (i), semble bien propre à prouver que ce bassin n'étoit pas très - difforme , et que l'écartenient des os pubis n'a pas été aussi grand que l'annonce l'auteur, puisqu'il a eu des suites aussi peu fâcheuses.
2og5. La femme qui fait le sujet de cette quatrième observation étoit contrefaite, et de la hauteur^de trois pieds de France. Une Sage-femme et deux accoucheurs, M. Knap et son élève, a voient déjà tenté vainement de porter la main dans la matrice pour retourner l'enfant , dont la tête , précédée d'une anse de cordon, se présentoit; on avoit appliqué le forceps avec aussi peu de succès : la cause qui s'opposoit à l'introduction de la main ne permettant pas à la tête de descendre , on avoit laissé l'instrument en place en attendant de nouveaux consultans qui ne purent en tirer meilleur parti; et certain de la mort de l'enfant, comme on l'étoit de la mauvaise conformation du bassin , M. Knap venoit de proposer l'usage des crochets , lorsque M. de Cambon arriva et voulut qu'on y substituât la section du pubis, espérant en obtenir le même succès que chez les premières femmes. Plus laborieuse qu'on ne s'y attendoit , le scalpel passa successivement entre les mains des trois personnes avant qu'elle ne fût achevée. On n'évalua d'abord l'écartement qu'à deux travers de doigt ; mais il s'étendit brusquement jusqu'à quatre, et se
(i) Ce fait est postérieur à la lettre qui contient les trois premières Observations de M. de Cambon , adressée à M. Brambilla , premier Chirurgien de Sa Majesté l'Empereur Joseph IL
DES ACCOOCHi'MEWS. 363
fit avec un bruit de déchirement remarquable , à l'instant où la tête entraînée par le forceps qu'on avoit réappliqué, franchit le détroit supérieur. L'on ne fut pas étonné de ne voir naître qu'un enfant mort , bien convaincu qu'il l'étoit auparavant ; mais on ne pensoit pas que la mère succomberoit avant la révolution du sixième jour, aux suites inévitables d'un écartement aussi grand que celui qu'on venoit d'obtenir. Un dépôt de matière sanieuse et ichorcuse, prenant sa source dans la symphyse sacro-iliaque droite entr'ouverte de sept à huit lignes , inondoit toute la fosse iliaque de ce coté , de même que la cavité du petit bassin , et s'étendoit au-dessous de l'arcade crurale jusque sur l'articulation du fémur ; la symphyse gauche n'avoit souffert qu'une violente distension ; le bassin , régulier dans sa forme et son pourtour intérieur, n'offroit que deux pouces et quelques lignes de diamètre du pubis à la saillie du sacrum, etc. ( 1). 2096. Les succès obtenus par M. Van-Damme , chirurgien à Saint-Omer (2) , par M. Damien, à la Haye (3) , M. Verdier-Duclos , médecin à la Ferté-
(1) Ce bassin a deux pouces sept lignes de petit diamètre au détroit supérieur : je l'ai eu sous les yeux pendant une douzaine de jours , dans un voyage que M. Knap fit à Paris peu de semaines après la mort de la femme ,et peut-être faurois je encore , si M. Brambilla ne l'eût pas demandé pour le cabinet de l'Académie impériale de "Vienne.
(2) Le 3o juin 1779 , sur une femme du village de Racquenghen , à deux lieues de Saint-Omer.
(3) Le 20 octobre 1783 , et le 11 août 1785.
ÔOq L ART
Bernard (1) , M. Després de Menmeur, près Saint- Paul-de-Léon en Bretagne (2), celui dont fait mention la Gazette de Madrid, du 24 novembre 1 780(3), un autre cité par M. Lauverjat , (4) , et plusieurs encore qui nous sont sans doute inconnus, doivent être rangés dans la même série que les précédens : car on ne trouve que de foibles marques de mauvaise conformation du bassin chez les femmes qui font le sujet de ces observations ; presque toutes étant accouchées naturellement avant l'époque où elles furent soumises à l'opération , ou l'ayant fait depuis très-heureusement. Partout, comme dans les observations précédentes, c'est l'événement de quelques accouchemens difficiles, ou l'application infructueuse du forceps , qui détermine à recourir à ce nouveau procédé ; on n'en obtient ce qu'on n'avoit pu obtenir du forceps appliqué d'abord , que parce qu'elle rend le bassin naturellement assez grand , plus grand encore , et que cet excès de largeur dispense de toute méthode. Les personnes peu instruites la jugent préférable, parce que l'exécution en est souvent plus facile pour elles que l'application des autres moyens, qui exigent généralement une grande étendue de connoissances.
2097. La femme qui fait le sujet de l'observation de M. Van-Damme étoit mère de trois enfans à l'instant où elle fut soumise à la section du pubis r
(1) Le 20 janvier 178'à.
(2) Le 21 février 1778,
(3) Le g août 1780.
(4.) Nouvelle méthode de faire l'opération césarienne , page 292.
el ces trois enfans se portoient bien , quoique leur naissance , d'après le rapport de ce Chirurgien , eût été un peu laborieuse. Celle du quatrième ne le devint davantage encore , que parce que la tête de cet enfant ne se présentoit pas aussi favorablement que celle des autres, étant située de manière que la face, tournée de côté, regardoit le pubis droit. M. Van-Damme la trouvant fixée^et se persuadant qu'elle ne pou voit descendre au-delà , yan.j)ammè, d'après le temps que la femme avoit employé à faire des efforts infructueux , essaya plusieurs fois de la saisir et de l'extraire avec le forceps ; ensuite de la refouler pour aller prendre les pieds : ce que firent également avec aussi peu de succès , deux de ses confrères qu'il fut chercher lui-même à Saint-Omer. La section de la symphyse ayant procuré un pouce et demi d'écartement , on réappliqua le forceps , et plus heureux , uniquement parce que la voie étoit alors plus large , on amena l'enfant, dont la tête offroit de toutes parts les marques du mauvais usage qu'on avoit fait auparavant de cet instrument ; ii mourut des suites de ces mêmes blessures trois semaines après sa naissance ; mais la mère se rétablit après avoir donné de vives alarmes.
2098. M. Van-Damme ne sauroit se disculper d'avoir fait un mauvais emploi du forceps dans le cas dont il s'agit; et ce qu'il y a d'affligeant, c'est qu'il n'est pas le seul de ceux qui ont eu recours à la section du pubis à qui on puisse faire le même reproche. Il ne dit pas comment il le plaça sur la tête de l'enfant; mais cette plaie, qu'il remarqua sur le côté du coronal d'une part, et celle qu'il vit
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de l'autre côté près l'occiput , et au-dessous de laquelle il se forma une grosse tumeur qu'il fallut ouvrir après quelques jours , dénotent clairement que les cuillers embrassoient la tête obliquement du front à l'occiput , et du côté droit au côté gauche. Ce rapport entre elles et avec la tête devient inévitable d'ailleurs dans la situation où étoit cette tête , toutes les fois qu'on les insinue sur les parties latérales au bassin. Ce cas, qui n'est pas fort rare, est un de ceux où la plupart des Accoucheurs, moins instruits que guidés par la routine , substituent celle-ci à la méthode , et augmentent les obstacles en raison des forces qu'ils emploient pour les vaincre; de manière qu'une tête qui auroit franchi librement le bassin , étant mieux dirigée , ne sauroit le traverser s'il n'est pas très-vaste. C'est une vérité que nous avons soumise plus d'une fois à la démonstration , sur le mannequin , pour la graver plus profondément dans la mémoire de nos élèves , et l'un d'eux nous assura en avoir convaincu M. Van-Damme son compatriote , peu de temps après l'opération dontnous venons déparier. 9.0Q9. La section du pubis ne nous paroît pas avoir été plus nécessaire chez la femme qui y fut soumise deux fois par M. Damien , parce que la mauvaise conformation du bassin n'est pas mieux démontrée dans ce double fait que dans celui de M. Van-Damme. Le chirurgien de la Haye évalue à trois pouces seulement le diamètre qui va d'un ischium à l'autre, et à quatre pouces le plus grand qui aille du pubis au sacrum. Il n'y avoit donc de défaut de largeur qu'au détroit inférieur; encore ce défaut existeroit-il dans le sens où il est
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le plus difficile de l'apprécier, même de le reeonnoîire , dans le sens d'ailleurs qui seroit le plus favorable au succès de la nouvelle opération. Ce vice dépendant du peu d'intervalle que laissent entre elles les tubérosités des os iscbîons , est. trop rare pour croire que M. Damen l'eût rencontré , et ses nuances trop difficiles à calculer pour se persuader qu'il l'eût fait avec précision. Pourquoi MM. Camper et Van-de-Laar n'ont-ils donc trouvé ce bassin resserré que dans sa partie supérieure? Il paroît encore que c'est l'événement seul de deux accouchemens opérés précédemment avec le crochet, qui a décidé en faveur de la section du pubis, lors du troisième; comme le succès qu'elle a eu dans ce cas , a déterminé à la pratiquer de nouveau , pour assurer la vie du quatrième enfant. C'est au moyen d'un écartement assez large seulement pour admettre le doigt, qu'on procure ce précieux avantage à l'un des enfans , et d'un écartement une fois plus grand , que l'autre l'obtient : il n'en coûte chaque fois que peu de douleurs à la mère, et elle se rétablit promptement.
2100. Le fait du médecin de la Ferté-Bernard Fait de w. paroi troit bien plus extraordinaire, s'il .n'étoit r^erdier-Duprécédé ici de l'analyse de celui de la femme du Beïïoy, dont le bassin n'avoit été également évalué qu'à dix-huit ou vingt lignes de petit diamètre; si l'exemple de la femme Vespres , celui de la cinquième femme opérée par M. le Roy, et l'événement qui suivit depuis la même opération chez celle qui fait le sujet de la quatrième observation de M. de Cambon , ne démontroient déjà sans réplique le danger de la section du pubis , dans le
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cas où la mauvaise conformation du bassin rend véritablement l'accoucbement impossible par cette voie. M. Verdier-Duclos , qui n'admet qu'un diamètre de vingt-une lignes , assure que la tête de l'enfant s'y trou voit engagée au point qu'il ne put l'ébranler avec le forceps appliqué à deux reprises vers les côtés du détroit , ni la refouler avec la main pour aller prendre les pieds , quelque force qu'il y mît. Un écartement de deux pouces deux lignes entre les. os pubis procure à ce diamètre assez d'étendue, et la femme se délivre seule d'un enfant dont la tête avoit douze pouces six lignes de circonférence en passant sur les protubérances pariétales, et conséquemment un diamètre de quatre pouces deux lignes de l'une de ces protubérances à l'autre. M. Verdier-Duclos ne se seroit pas contenté, sans doute, d'annoncer un écartement aussi borné, s'il eût connu les observations de M. le Roy ; car il auroit été prévenu qu'il falloit le porter au-delà de trois pouces pour rendre un pareil bassin accessible à un enfant dont la tête auroit été beaucoup plus petite que celle dont il parle, puisque celle de l'enfant de la femme du Belby. navo'it que trois pouces huit lignes. Ce dernier vécut, il est vrai, pendant quatorze mois , et celui de M. Verdier mourut aussitôt qu'il fût né. Les praticiens qui n'oseraient porter de jugemens sur ce fait , d'après les détails qu'en donne l'auteur et l'analyse des précédens , pourront consulter les savantes et judicieuses réflexions de M. Desgranges (i).
(i) Journal de Médecine de Paris , mai 1788. M. Des-
DES ACCOUCHEMENS. 36g
S loi . La femme qui fait le sujet de l'observation Fait de M. *le M. Després de Menmeur •, présenteroit l'exem- Menmeur.0 pie d'un succès bien plus extraordinaire encore que celui de M. Verdier, et de M. le Roy même chez la femme du Bellay, s'il n'étoit démontré par deux accouchem'ens postérieurs à l'époque où la section du pubis a été pratiquée, que l'opération étoit moins nécessaire encore que chez ces femmes ( J ) ; et par le fait lui-même , qu'elle n'a pas été faite complètement. Comme les deux Praticiens que nous venons de citer, le Chirurgien de S. Pol de Léon ne trouve qu'un bassin de dix-huit à vingt lignes de diamètre supérieurement , et le rend assez vaste pour le passage d'un gros enfant , sans que la mère en éprouve le moindre accident. Ce qu'il y a de plus étonnant encore que dans le fait de M. Verdier , c'est que malgré ce peu d'ouverture, la tête de l'enfant, précédée d'une main, s'étoit avancée au point de paroître à la vulve (2) ; non pas en s'alongeant comme dans ce dernier , mais sans éprouver la moindre altération dans sa
granges n'a pas manifesté moins de savoir dans la discussion d'un grand nombre d'autres faits relatifs à la section du pubis , dans un petit ouvrage intitule' : Réflexions sur la section de la symphyse des os pubis , suivies d'observations sur V emploi de V alkali volatil dans le traitement des maladies vénériennes , imprimé en 1781.
(1) Cette femme , opérée le 21 février 1778 , est accouchée naturellement le 10 juillet t 779 , et plus naturellement encore l'année suivante.
(a) Cette assertion est prise d'une lettre de M. Després de Menmeur à un Chirurgien de ses amis , qui l'a fait communiquer à l'Académie.
ToniK II. i(\
370 l'a.rt
forme et ses dimensions. M. Després s'armoit du forceps pour l'extraire, lorsque le succès de la nouvelle opération , obtenu récemment sur la femme Souchot , se retrace fortement à sa mémoire , et le porte à préférer cette opération à l'instrument. Il l'exécute à l'instant, et presque en un seul coup de bistouri , quoique dans un lieu obscur , dans une soupente ou espèce d'armoire , qui servoit de chambre ou de lit à la femme. 11 l'exécute aussi promptement et aussi sûrement, quoique la mère , attirée par les cris de sa fille , se soit jetée précipitamment sur le bras de ce Chirurgien au moment où i! tranchoit la symphyse. A peine la section estelle faite , que l'enfant , poussé par la douleur , franchit en entier le passage; mais il étoit déjà mort. Sa mère, plus heureuse, se lève dès le premier jour, sort de sa soupente au troisième , et surprise alors au coin de son feu par M. Després qui venoit la panser, elle y remonte promptement et sans aide , quoiqu'elle fût élevée de douze ou treize échelons au-dessus du foyer (1), et elle se remet au lit pour le quitter de nouveau après le départ de ce Chirurgien. Les partisans de la section du pubis moins prévenus aujourd'hui que dans les premiers temps, n'oseroient sans doute avouer un pareil fait, et se feroient un devoir de le retrancher de la liste de ceux qu'ils ont publiés , surtout s'ils a voient connoissance des détails que l'Académie de Chirurgie en a reçus dans la suite (2).
(ï) Voyez ces détails dans les rech. hist. et prat. sur la section du pubis , par M. le Roy.
(2) La femme qui ne s'est soumise à l'opération que
DES ACCOUCHEMENS. 3e]!
ai 02. La femme de Batigny opérée par M. G. Autre fait. et accouchée à l'instant même au moyen du forceps, a fourni également, depuis, la preuve la plus complète de l'inutilité de cette opération, et de l'abus qu'on en a fait à son égard , puisqu'elle est accouchée si promptement l'année suivante , que la Sage-femme n'a pu se rendre assez tôt auprès d'elle pour recevoir son enfant. Il y a lieu de présumer que celle qui fut opérée sous les yeux du Vice-Président du Collège de Chirurgie de Cadix ,
Q tti^ j r^ 11 1 J i Fait de Ca-
en 1 700 , par un Jileve de ce Collège , aura donne jix depuis les mêmes marques de fécondité , et ne se sera pas moins heureusement délivrée ; car les suites de l'opération nous continuent dans l'opinion que son bassin n'étoit pas plus mal conformé que celui des autres femmes.
aip3. D'après les preuves éclatantes de l'inutilité de la section du pubis chez la plupart des femmes dont nous venons de parler, et de l'abus qu'on en a fait dans le cours de très-peu d'années ; d'après celles que nous avons déjà données de son insuffisance et de ses dangers , dans le cas où la défectuosité du bassin rend l'accouchement impossible, sur quelle base ses défenseurs en établiront-ils la prééminence sur l'opération césarienne ? Citeront-ils le fait de la ville d'Arras ,
dans l'espoir d'une récompense pécuniaire , et' qu'elle obtiendroit une pension comme la femme Souchot , a déclaré n'avoir gardé le lit aucun instant ; et bien d'autres circonstances encore qu'on voit dans les Mémoires qui ont élé envoyés par les Médecins et Chirurgiens de la marine de Brest.
37 à l'art
publié par M. Retz (i) ; celui de M. Sieboid dont nous avons parlé plus haut (2) ; celui de M- Nagel (3), de M. Guérard (4), de M. Bonnard (4), de M. Duret(6),deM. du€/iaussoi(j),deM. Biollaj(8), de M. Lavaguigno (9) , de M. P . (icO , etc. etc. ? Personne n'ignore que dans presque tous ces cas la mère ou l'enfant en ont été les tristes victimes , et que ces faits fournissent le complément des preuves que nous cherchons.
•«aia?* "a 2 io4« La femme opérée dans la ville d'Arras ,
ville dAxras, ^ 1 r» 1 • -\ • •
de M. Sie- mourut vers la fin du troisième jour, et plusieurs bold, et de M. jours avant que les papiers publics n'annonçassent a ce nouveau succès : son entant donna si peu de si-
gnes de vie, qu'on n'oseroit assurer qu'il eût été ondoyé vivant. Celle de Wisbourg éprouva les suites
(1) A Arras , le 2^. avril 1778.
(2) AVisbourg , le 24. février 1778.
(3l Chirurgien du Prince-Evêque de Spire , le 5 avril 1778, et annoncé dans la Gazette de Francfort, du 11 du même mois.
(4) A Dusseldorf , le 10 mai 1778.
(5) Chirurgien à Hesdin , le 1 2 février 1 778.
(6) Chirurgien de l'Hôpital de la Marine à Brest , le 12 février 1 779-
(7) Chirurgien en chef du grand Hôtel-Dieu de Lyon , le b décembre 1781.
(8) Chirurgien-Accoucheur à Pimpol en Bretagne , le 1 1 février 1783.
(g) Chirurgien collégic â Gênes , et en fonctions alors à l'Hôpital , le 29 décembre 1782.
(io; M. V.... Chirurgien à.... , qui suivoit mes leçons en 1786 , m'a communiqué le fait dont il s'agit , en me priant de ne pas le faire connoître pour en être l'auteur.
DES ACCOUCHEE EiXS. 373
les plus fâcheuses , quoiqu'on n'eût porté î'ecartetnent des os qu'à quinze ou dix-huit lignes , et ne dut sa conservation qu'à la prudence et à la sagacité de M. Siebold, qui n'osa étendre cet écartement au-delà ; étant assuré, d'après de nombreuses expériences, qu'il deviendrait infailliblement mortel (i). Malgré ces quinze à dix-huit lignes ajoutées à un bassin qui en avoit déjà trente-trois de diamètre y il fallut comprimer fortement la tête de l'enfant , et même l'écraser en quelque sorte pour en obtenir la sortie. Dans le fait de M. Nagel, c'est une exostose de la saillie du sacrum, qui s'avance de quelques pouces dans le bassin, qui détermine à pratiquer la section du pubis. On ne fait pas connoître le degré d'écartement qu'elle produisit ; mais il paroît qu'on, ne l'a porté qu'à un pouce et demi; On retourna l'enfant, et on en fit promptement l'extraction , malgré les difficultés qu'on eut encore à surmonter : il ne donna de signes de vie que pendant uu quart d'heure , et la mère mourut avant la fin du huitième jour. Ce fut le lendemain de la mort de cette femme, et huit jours après celle de l'enfant, que la Gazette de Francfort annonça que l'opération avoit eu le plus heureux succès. On ne retrouva point, à l'ouverture du cadavre, l'exostose qui avoit déterminé à opérer; mais on vit un bassin de trois pouces de diamètre seulement. Les symphyses sacro-iliaques étoient très-mobiles, les parties extérieures de la génération , les lèvres de la plaie, le vagin et la partie postérieure de la matrice gangrenées , et le tissu cellulaire eireonvoisin,
(t) Voyez §. 20.(9,
37 4 l'art
rempli d'un ichor très-fëtide. M. Franck, Médecin Conseiller intime du Prince-Evêque de Spire, qui a publié cette observation , fait remarquer que la femme étoit accouchée depuis peu de son dernier enfant , et qu'elle en avoit eu plusieurs vivans. Fait de Dus- aio5# Celle qui fait le sujet de l'observation de M. Guérard étoit bien plus contrefaite , puisqu'on ne trouva son bassin, à l'ouverture du cadavre, que de deux pouces six lignes. Ne pouvant s'accorder sur la nécessité de l'opération, et l'un des consultans se persuadant qu'on pouvoit extraire l'enfant sans ce secours extraordinaire, on fut chercher un des pieds qui se présentoit dans le voisinage du col de la matrice , mais on ne put l'amener que très-difficilement: dans le vagin; et a»près beaucoup d'efforts inutiles , soit pour le faire descendre au-delà, soit pour aller prendre le second pied , on pratiqua la section du pubis. Quoiqu'elle eût donné un pouce et demi ou environ d'écartement, l'extraction de l'enfant n'en devint pas plus aisée; on mit à contribution toutes les ressources de l'art, et toutes furent infructueuses. On arracha d'abord la jambe gauche, et on repoussa le tronçon de la cuisse dans la matrice, pour se frayer une route vers la seconde extrémité qu'on ne put dégager, quoique M. Guérard et deux consultans y travaillassent tour à tour. La tête paroissant vouloir se rapprocher, on attendit, espérant qu'elle s'engageroit; et trompé dans cette nouvelle attente, on ouvrit le crâne , on en évacua le cerveau , et on appliqua successivement le forceps et le crochet. On ne put en détacher que quelques pièces, au moyen d'une sorte de tenaille , et quoique le reste
parut inébranlable , la nature , cependant, parvint à l'expulser après cinq heures de repos. Cette opéV ration , commencée à une heure après-midi , ne fut terminée que sur les neuf heures du soir , et la femme y survécut onze jours.
2106. La conduite de M. Bonnard paraîtra sans B^narL M' doute plus sage : n'ayant pu couper complètement
la symphyse du pubis qui lui parut ossifiée , et imaginant bien que ce seroit en vain qu'il le ferait, par rapport à l'état des symphyses sacro-iliaques , qui dévoient être , dit-iï , également endurcies , il aima mieux abandonner ce premier projet , et recourir de suite à l'opération césarienne , qu'il assure avoir faite en deux minutes. Il conserva l'enfant qui étoit très-gros ; mais la femme mourut quelques jours après : peut-être faute de de soins, M. Bonnard n'ayant pu la revoir. Si l'on ne peut attribuer sa mort à la section du pubis , qui n'a été que commencée, il n'est pas moins certain que la conservation de l'enfant a été le fruit de l'opération césarienne : le bassin n'ayant été évalué qu'à deux pouces de diamètre, et l'histoire de la section du pubis n'offrant pas encore aucun exemple de succès en pareil cas.
2107. Le fait de Brest, communiqué à l'Aca- ^Fait de M*
j ' • ht n •> • 1 D tiret.
demie par M. Duret, n est pas moins alarmant que celui de Spire, de Dusseldorf, et de plusieurs autres encore dont nous ferons mention ; quoique la femme n'eût pas succombé aux suites excessivement fâcheuses de l'opération. Un travail déjà très-long, une exostose de la grosseur d'une noix, située à la partie latérale droite du sacrum , audessus de son union avec le coccix, et plusieurs
376 l'art
applications infructueuses du forceps (1), quoique la tête alongée fût engagée jusqu'au milieu du bassin, furent les motifs qui déterminèrent à faire cette opération. On en obtint à l'instant même un écartement d'un pouce . et il s'étendit jusqu'à trois travers de doigt lorsque la tête , reprise de nouveau avec le forceps (2) , traversa le détroit supérieur. Dans ce moment la plaie extérieure se prolongea tellement vers la vulve, qu'elle ne s'en trouva séparée que par une espèce de pont de la largeur de deux à trois lignes , et qui se détruisit dès les premiers jours ; de sorte qu'après ce temps, ces deux ouvertures n'en firent qu'une, que la déchirure du périnée rendit plus grande encore. L'enfant ne donna aucun signe de vie : mais la femme subsiste, accablée d'infirmités qui proviennent de l'opération. Conduite à l'Hôpital des pauvres après soixante jours de traitement chez elle , elle y passa un autre mois au lit , et en sortit sans être guérie. Les os pubis , dont l'extrémité s'est exfoliée , ne se sont pas réunis, et se trouvent écartés<le plus d'un demi-pouce encore ; la vessie , dont la gangrène a détruit une grande portion de la partie antérieure, et autant de celle du vagin , forme entre eux une
(1) Une plaie conluse à la partie latérale droite <î« coroual , et une autre à la partie postérieure de la région temporale gauche , démontrent trop clairement que le forceps a été mal appliqué chaque fois , pour qu'il soit nécessaire d'en donner d'autres preuves.
(2) Ce ne fut encore que par des applications réitérées de cet instiument , et au moyen des plus grands efforts , qu'osi parvint alors à extraire la tête.
DJ-S ACCOUCIÎEMKNS. 377
sorte de hernie , de la surface de laquelle les urines distillent continuellement par deux ouvertures qui paroissent celles des uretères. La femme a de plus une descente de matrice et de vagin de la grosseur du poing (1).
2 1 08. Si tous les Praticiens dont nous venons de , F,^,t de M.parler ont eu pour objet de conserver la mère et l'enfant, en pratiquant la section du pubis, M. du Chaussoi semble ne l'avoir préférée à l'opération césarienne, que parce qu'il avoit la plus grande certitude de la mort du fœtus ; la dernière lui paroissant trop dangereuse pour la mère : l'événement lui prouva bientôt que la nouvelle opération ne l'étoitpas moins , quand la mauvaise conformation du bassin est extrême. Elle fut difficile , parce que l'instrument ne rencontra point la symphyse et tomba sur le pubis droit à deux lignes de là, comme M. le Roy le porta sur le pubis gauche. Il n'y eut d'abord qu'un écartement de dix lignes, qu'on augmenta graduellement jusqu'à deux pouces sept lignes. On appliqua le forceps à plusieurs reprises, et inutilement chaque fois , et l'on finit par retourner l'enfant, qui parut mort depuis long-temps, pour l'extraire par les pieds. La mère le suivit au tombeau cinquante-deux heures après l'opération , et l'ouverture de son cadavre fit remarquer les mêmes désordres que chez celles qui avoient succombé avant elle à la section du pubis. Le petit diamètre du
(t) Ces détails ultérieurs à l'observation que M. Duret a envoyée à l'Académie de Chirurgie , ont été communiqués par M. de Rougemont , alors Chiruryieu-Aide-Major, Démonstrateur à l'Hôpital militaire de Bresl.
378 l'art
détroit supérieur netoit que d'un pouce sept lignes. Fait (le M- 2109. La femme qui fut opérée par M. Riollay y survécut beaucoup moins qu'aucune autre peutêtre , et surtout que celle de M. du Chaussai, quoique l'opération et l'extraction de l'enfant eussent été plus faciles ; car elle mourut une heure et demie après, dans un troisième accès de syncope (1). Le Chirurgien n'avoit estimé le petit diamètre du détroit supérieur que de deux pouces huit à neuf lignes,d'après l'application du pelvimètre deM. Coutouly , et il s'est trouvé de trois pouces à l'ouverture du cadavre : tandis que le détroit inférieur, qu'il ne soupçonnoit pas être défectueux , l'étoit au point que la distance de la pointe du coccix au bord inférieur de la symphyse du pubis n'étoit que de deux pouces quatre lignes. L'écartement des os fut porté à deux pouces et demi ; l'enfant , retourné et amené par les pieds , étoit mort , et sans doute depuis quelque temps, se trouvant déjà couvert de phlyctènes : sa tête avoit trois pouces neuf lignes de petit diamètre. Depuis l'instant où s'est fait le plus grand écartement des os , jusqu'à celui de la mort, la femme n'a cessé de se plaindre d'une douleur des plus aiguës vers les reins, et surtout du côté gauche , oîi la symphyse sacro-iliaque s'est trouvée déchirée, et entr'ouverle de quatre à cinq lignes, tandis que celle du côté droit ne l'étoit que de trois à quatre.
(1) M. Riollay m'en envoya l'observation dans le temps , pour être remise à l'Académie de Chirurgie , ainsi que le bassin de la femme , qui fait aujourd'hui partie de ma collection.
1 1 10. La section du pubis pratiquée dans l'Hô- Fait de M. pital de Gênes par M. Lauaguigno (i), n'eut pas un La^S^is^°succès différent ; se persuadant que l'enfant étoit mort, on en fit l'extraction avec le crochet; on l'amena vivant, et il survécut plusieurs heures : la femme, opérée le 29 décembre, ne mourut que le 10 janvier suivant. A l'examen du cadavre, on remarqua que les os pubis étoient encore écartés de deux travers de doigt ; que les parties extérieures de la génération , le vagin et la matrice étoient gangrenés, et que le petit diamètre du détroit supérieur n'avoit que deux pouces cinq lignes.
2 1 1 1 . Une exostose qui s'étoit élevée sur la première fausse vertèbre du sacrum, au point de ne laisser que dix-huit à vingt lignes de petit diamètre au détroit supérieur, détermina M. V... à pratiquer la section du pubis, dans le cours de novembre 1 ^83 , sur une femme qui étoit accouchée naturellement , quelques années auparavant, d'un enfant mort et putréfié. Mais il ne fit cette opération qu'après plusieurs applications du forceps; après avoir été chercher ies pieds de l'enfant, l'avoir retourné et dégagé le tronc, cet enfant étant mort et la mère expirante. N'ayant pu se procurer les instrumens les plus convenables, parce qu'il étoit dans une campagne éloignée de chez lui , il se servit d'abord d'un rasoir , puis , pour couper la symphyse , d'un couteau ordinaire qu'il aiguisa sur une pierre. A peine les os fu-
(1) Voyez Journal de Médecine, tom. LXMI, pag. 2ioy année Ty85.
38o l'art
rent séparés , qu'ils s'écartèrent ; que la tête dur fœtus, la seule partie qu'on n'avoit pu extraire, fut expulsée, et que la femme mourut. L'ouverture du cadavre auroit appris, sans doute, à M. V... que l'exostose qui lui avoit servi de prétexte pour opérer, n'existoit pas plus que dans le fait de M. Nagely rapporté au §. iiol\ ; et en effet comment M. V... a-t-il pu supposer une pareille tumeur dans un bassin qui lui permit encore d'appliquer le forceps à plusieurs reprises , d'introduire ensuite la main, de retourner l'enfant et d'en extraire le tronc sans de grandes difficultés ?
21 12. M. Brodthlag jeune, fournit un autre exemple de l'abus qu'on a fait de cette nouvelle opération , exemple sur leauel nous ne nous permettrons aucune réflexion , ayant déjà surpassé de beaucoup les bornes dans lesquelles nous aurions voulu pouvoir resserrer cet article. La femme avoit eu précédemment deux enfans, et c'est après avoir amputé le bras du troisième , qu'on croyoit mort , qu'on eut recours à la section du pubis. Les os s'écartèrent de deux pouces à l'instant même, l'accouchement se termina une demi-heure après, sans plus de secours , et la guérison fut complète le vingt-deuxième jour. Nous n'avons pu nous procurer de reuseignemens bien positifs sur l'opération qui a été faite à Naples à-peu-près dans le même temps , et pendant laquelle on assure que la femme est morte d'hémorrhagie (i).
à 1 1 3. Tels sont les faits que nous avions recueil-
(i) M, Lauvcrjai, Nouvelle Méthode de faire l'opération césarienne , pag. a52.
DES A.CCOUCHEMENS. 38 £
lis avant la publication de la seconde et de la troisième éditions de cet ouvrage : il en existoil un plus grand nombre sans doute , à cette époque , quelques-uns ayant pu échapper à nos recherches , d'autres n'ayant pas été publiés. On voit qu'ils s'étoient assez multipliés dans un court espace de temps , puisque le premier date du mois d'octobre 1777, et le dernier du commencement de mai 1*785. Près de quinze années se sont écoulées depuis , sans que nous ayons pu en ajouter un seul à ce tableau , soit que les occasions de faire cette nouvelle opération fussent devenues plus rares , soit que le zèle de ses partisans se fût refroidi , ou qu'ils en eussent reconnu les inconvéniens , le danger, l'insuffisance même dans ces cas de grandes défectuosités du bassin pour lesquels on l'avoit d'abord recommandée 7 etqui ne paroissoient laisser de ressources que dans l'opération césarienne. Ce n'est que vers le milieu de 1801 (1) , qn'elle semble avoir été remise en pratique.
a 1 1 [\. La femme Rogeau, âgée de 3o ans, grosse de son premier enfant , haute de quatre pieds trois pouces six lignes , n'ayant aucune difformité apparente, fut opérée par M. Dufay le 12 floréal an îx , ou le 1 mai 1801 , après douze heures de travail ou environ ; parce que son bassin ne parut offrir que deux pouces huit lignes de petit diamètre au détroit supérieur. L'opération fut commencée par ce médecin qui ne put rencontrer la symphyse , et achevée par M. Alph. le Roy qu'il avoit appelé en consultation. On retourna l'enfant
(1)12 floréal an IX.
38 a l'art
aussitôt, et on l'amena par les pieds : il parut mort au moment de sa naissance ; mais au moyen des secours qu'on lui donna , il se ranima tellement j qu'il ne laissoit aucune inquiétude quelques instans après. En faisant part de ce nouveau fait à la Société de l'Ecole de Médecine, et en l'invitant à nommer des commissaires pour examiner la femme , le treizième jour de l'opération , M. le Roy assura que i'écartement des os pubis avoit été de deux pouces trois quarts , que la réunion en étoit faite, et la femme presque guérie ; en effet , quelques jours ensuite , on apprit qu'elle s'étoit fait transporter à l'hospice des enfans abandonnés où le sien avoit été déposé, afin de lui faire partager pendant quelques semaines, au moins, avec un de ceux de cet hospice , le peu de lait qu'elle avoit, et de pouvoir l'en retirer plus aisément. Loin d'être guérie, comme on le disoit , dès le treizième jour de l'opération, cette femme ne l'éloit pas même à la fin de juillet suivant , lorsqu'elle vint me demander des secours, et qu'elle me permit de l'examiner : elle ne l'est pas même complètement encore aujourd'hui , après plus de cinq années révolues. Au moment où je la vis , elle marchoit avec la plus grande difficulté, en boitant et en éprouvant les plus vives douleurs dans les symphyses du bassin ; elle ne pouvait s'asseoir, se coucher , ni se relever seule ; ses urines couloient le plus souvent involontairement ; les os pubis étoit vacîllans , et leur symphyse conséquemment non réunie; toutes les parties molles environnantes étoient infiltrées et très-douloureuses Nous nous sommes assurés que le diamètre du bassin qui n'avoit été évalué
DES ACCOUCHEMÈNS. 383
tju'à deux pouces huit lignes, étoit au-dessus de trois pouces. Cette femme, dont l'état est peu différent en ce moment ;'i), est redevenue grosse deux fois depuis la section du pubis , et est accouchée chaque fois quelques mois avant le terme ordinaire, tant à cause de sa mauvaise santé, que de sa misère, et peut-être de son inconduite.
21 15. Une autre femme aussi peu contrefaite * ParM.Duet moins encore que la précédente, fut également ^a^' soumise à cette opération , lors de son second accouchement, le 10 floréal an x, ou 3o avril 1802^ quoiqu'elle fût accouchée naturellement et sans beaucoup de difficulté de son premier enfant , qui étoit à terme et assez gros (2) ; parce qu'on l'assura, après quelques applications infructueuses du forceps, que son bassin étoit vicié, et qu'on ne pouvoit l'accoucher autrement. Moins heureuse alors qu'elle ne l'avoit été la première fois entre les mains d'une Sage-femme, elle ne put sauver son enfant, malgré tant de peines et tant de soins. S'il étoit mort avant l'opération , comme on s'est efforcé de le lui faire croire , l'empreinte des deux branches du forceps, tant sur la partie antérieure et latérale gauche de la tête , que sur sa partie postérieure et latérale droite , semble prouver au moins qu'il vivoit au moment où l'on a eu recours à cet instrument. Quoiqu'elle n'eût éprouvé que peu d'accidens à la suite de cette opération, on ne lui permit cependant de quitter le lit qu'au vingt-
(1) Décembre i8o5.
(2) Elle eut pour .Sage-femme madame Maïïliard , demeurant rue de Cléry.
384 l'art
deuxième jour , et de sortir de chez elle qu'au bout de neuf semaines. Nous ignorons jusqu'à quel point le bassin étoit resserré, quel est celui de ses détroits qui manquoit de développement, et de combien on a écarté les os pubis; peut-être le saura-t-on un jour : mais d'après la manière dont s'est opéré le premier accouchement , et le peu d'accidens qui ont eu lieu à la suite du second , il est permis de croire que ce bassin n'est pas très-défectueux , et que l'écartement des os n'a pas été très-grand.
2 r i6. Celui de la femme Boulotte , de la commune de Sceaux près Paris, opérée par M. Alphonsele Roy, dans le cours de 1804, sembleroit bien plus difforme , et plus resserré , puisqu'on avoit employé les crochets pour la délivrer de ses deux premiers enfans ; aussi ne Fa-t-on estimé que de deux pouces et demi au plus de diamètre. Aussi , soit que l'opération eût été faite trop tard , soit que l'écartement des os n'eût pas été assez grand pour donner à ce bassin tout le développement nécessaire au libre passage de l'enfant , n'eut-on encore qu'un cadavre à offrir à cette mère infortunée , quoique digne d'un meilleur sort , comme on va le voir. À peine fut-elle rétablie qu'elle redevint grosse ; et , cette fois ,. livrée en quelque*; sorte à elle-même, elle accoucha sans secours et au terme ordinaire , d'un enfant vivant et assez gros , qu'une maladie aphtheuse, ou le muguet, lui enleva au bout de quinze jours, et auquel elle ne survécut elle-même que six semaines , rien n'ayant pu la consoler de cette nouvelle perte. 21 17. Le Journal de Médecine, rédigé par MM. Corvisart , le Roux et Bojer , présente deux
DES ACCODCHEMENS. 385
autres exemples de l'opération dont il s'agit, faite avee aussi peu de succès que dans les cas précédens, et peut-être l'une des femmes a-t-elle donné depuis quelques preuves qu'elle n'étoit pas dans l'impossibilité d'accoucher sans ce secours extraordinaire : l'un de ces faits a été communiqué par M. Mansuy, Chirurgien à Saint- Michel ; l'autre par M. Giraud , Chirurgien en chef adjoint de l'Hôtel - Dieu de Paris. La femme opérée par M. Mansuy étoit âgée de trente-six ans ; elle avoit eu précédemment un enfant qu'on avoit été obligé d'extraire , après être resté plusieurs jours au passage; mais on ne dit pas comment, ni s'il est né vivant. Elle étoit en travail depuis trente heures , lorsque M. Mansuy fut appelé : la tête de l'enfant s'étoit engagée dans la position la plus ordinaire, et tellement enclavée , que les pariétaux , dit-il , sembloient contigus au pubis et au sacrum sans l'intermède d'aucunes parties molles, tant elle étoit serrée entre ces os : le cordon ombilical pendoit au-dehors de la longueur de six pouces ; les tégumens du cx'âne étoient très-tu méfiés , et les parties de la femme plus tuméfiées encore par les suites d'attouchemens peu ménagés d'un chirurgien - vigneron dont les doigts étoient cornés. M. Mansuy essaya d'extraire cette tête au moyen du forceps placé sur les côtés du bassin, et ne pouvant la faire descendre ni la repousser, il se décida, après quelques heures de repos, à pratiquer la section de la symphyse. Ayant ouvert d'abord successivement deux artères assez grosses qui donnoient du sang, comme auroit pu le faire une radiale, il en fit la ligature avant d'achever son opération. Tome II. 2 5
386 l'art
Il n'évalue qu'à deux travers de doigts l'écarment qu'il en obtint, et il suffît , puisque la tête sortit ensuite par l'effet d'une seule douleur , et que le tronc fut expulsé un quart d'heure après ; l'enfant étoit mort ; la femme éprouva beaucoup d'accidens , dont les uns , au moins , paroissoient dépendre essentiellement de l'opération, tels qu'une incontinence d'urine qui subsistoit encore un an après ; l'engourdissement de la cuisse et de la jambe gauches , qui dura plusieurs semaines ; un dépôt sous les muscles fessiers de la cuisse droite, qu'on fut obligé d'ouvrir un mois après, qui rendit audelà d'une pinte d'un pus séreux et très-fétide, et qui paroissoit venir de la symphyse sacro-iliaque droite, etc. Celte observation fait naître une foule de réflexions qui ne déplairoient pas à M. Mansuy , d'après la candeur avec laquelle il expose le fait (i).
1 1 18. La femme qui fut opérée à l'Hôtel-Dieu de Paris, dans le mois de thermidor an xi , fut moins heureuse que celle dont parle M. Mansuy. On ignoroit depuis quel temps elle étoit en travail , lorsqu'elle se rendit dans cet hospice ; on apprit seulement qu'elle venoit de Melun ou de ses environs. Son bassin ne parut avoir que deux pouces de petit diamètre ; un anse de cordon ombilical et un des bras de l'enfant étoient sortis. Elle fut opérée presque de suite ; on retourna l'enfant, on l'amena par les pieds ; il mourut dans l'opération , et sa mère ne lui survécut qu'un instant. L'ouver-
(i) Journal de Médecine , lom. V, page m. Brumaire a:! XI.
ture du cadavre de celle-ci fit voir, entre autres choses , que le diamètre du bassin n'avoit réellement que deuxpouces, que le vagin étoit amplement déchiré, et le corps de, la matrice ecchymose ( i).
i\ iq. Une femme de Pont-Saint-Maxence étant redevenue grosse à la suite de deux accouchemens , dont l'un surtout avoit été excessivement laborieux, vint me consulter vers le troisième mois , craignant que cette grossesse n'ait pas une issue plus heureuse que les précédentes, et espérant quelques conseils utiles. Malgré l'assurance que je lui donnai d'un accouchement ordinaire, cédant aux alarmes que lui inspirèrent d'autres personnes à mesure qu'elle approchoit du terme, elle se rendit à Paris de nouveau vers les premiers jours de mai i§o'3, pour s"y soumettre à la section du pubis, qu'on lui avoit présentée comme une opération très-simple, et dont on lui garantissoit le succès. Les petits accidens qu'on avoit regardés comme les symptômes avant-coureurs du travail de l'enfantement s'étant évanouis , ennuyée d'être loin de ses foyers après plusieurs jours d'attente , et se rappelant les consolations qu'elle avoit reçues chez moi , cette femme vint me consulter une seconde fois, me laissant ignorer les motifs qui l'a voient ramenéedans cette ville; et sur l'assurance bien plus positive encore que je lui donnai, après l'avoir examinée de nouveau , qu'elle accoucheroit naturellement, et au plus tôt sous trois semaines, elle repartit de suite : c'étoit le 7 ou le 8 de mai.
(1) Journal de Médecine , tome VI , pag. 624.- Fructidor an XI,
388 l'art
Elle accoucha le 29 , à cinq heures du matin , à la suite d'un travail si court , qu'on eut à peine le temps de préparer un bain , d'y entrer et d'en sortir. M. Véry, Chirurgien de Pont-Saint-Maxence 7 qui l'assistoit alors , me fit part à l'instant même de cet événement , et m'instruisit de tous ses détails en même temps qu'il me fit connoître les motifs qui l'avoient déterminé à conduire la femme à Paris au commencement du mois. L'enfant est né vivant et bien portant; il étoit du poids de sept livres deux onces ; la grosseur de sa tête se trouvoit telle , que le diamètre occipito- frontal étoit de quatre pouces sept lignes ; le diamètre bi-pariéial de trois pouces cinq : l'une de ses circonférences de treize pouces trois lignes , et l'autre de dix pouces onze lignes r ce qui dénete un enfant un peu au-dessus de la grosseur la plus ordinaire. J'avois évalué le diamètre sacro-pubien du détroit abdominal, chez cette femme, le seul qu'on soupçonnoit en défaut , au moins de trois pouces et demi. G'étoit sans doute un de ces cas où la section du pubis devoit avoir du succès , même pour l'enfant; et ce fait, si l'opération e-ût été pratiquée, n'auroit pas manqué d'être recueilli , publié , et de soutenir le zèle du petit nombre des personnes qui se sont vouées à sa défense, sans l'avoir bien examinée ; et qui la préconisent encore sans trop savoir pourquoi.]
DES ACCOUCIÏEMENS. 889
Section IV.
Conséquences qu'on doit tirer ries expériences et observations qui font le sujet des sections précédentes^
2f20. Le but de la section de la symphyse- du pubis étant le même que celui de l'opération césarienne , à laquelle on a cru pouvoir la substituer sans danger, dans tous les cas de mauvaise conformation du bassin où l'accouchement est évidemment impossible par la voie naturelle , elle n'a dû avoir de succès qu'autant qu'elle a rempli complètement ce but. S'il suffi3oit , pour en attribuer à l'une ou à l'autre, de conserver la mère ou l'enfant, l'opération césarienne, dans un nombre égal, en auroit obtenu bien plus que la section du pubis ; comme il est aisé de s'en convaincre par les observations recueillies sur ces deux opérations.
2121. Avant de lui substituer la dernière, les circonstances étant les mêmes et parfaitement connues, il falloit examiner si elle pouvoit en remplir l'objet. Il ne suffit pas pour la préférer qu'elle paroisse plus simple dans son exécution et entourée de moins d'inconvéniens pour la mère 9 il faut encore qu'elle soit utile à l'enfant , et telle pour lui qu'on soit assuré de le conserver. Fût-elle d'une exécution plus facile encore qu'on ne l'a dit , et environnée de beaucoup moins de dangers pour la femme, si elle n'ouvre pas une voie libre et sûre à ce dernier, elle ne peut suppléer à l'opération césarienne, la remplacer, ni lui être substituée a r<-
3go l'art
bitrairement dans tous les cas où le bassin est vicié dans sa forme et ses dimensions : car ces deux individus ont le même droit à la vie, exigent les mêmes attentions/ les mêmes soins, et réclament les mêmes secours.
2122. En exagérant, comme on l'a fait, les dangers de l'une et les avantages de l'autre , on s'est éloigné du but qu'on se promettoit, celui de servir l'humanité , de perfectionner l'art, et d'augmenter le domaine de nos connoissances. On a détourné des Praticiens timides, ou peu éclairés , d'une opération qui pouvoit être salutaire à la mè^e et à l'enfant, au point que les uns ont mieux aimé ne rien faire que de la tenter , et qUe les autres lui en ont substitué une qui ne devoit et qui ne pouvoit avoir aucun résultat heureux.
2 123. Si la section du pubis a obtenu des succès , en quelques cas où l'opération césarienne n'auroit procuré les mêmes avantages qu'en exposant beaucoup plus la vie de la femme, c'est qu'on a peutêtre abusé de cette dernière , et qu'elle n'étoit pas rigoureusement nécessaire : c'est que le bassin de la femme n'étoit pas très-défectueux. Jusqu'au moment actuel cette nouvelle opération n'en compte encore aucun , dans ces cas de grandes difformités, qui rendent l'accouchement absolument impossible par la voie ordinaire, les seuls pour lesquels l'opération césarienne ait été indiquée, tandis que celle-ci pourrait en offrir beaucoup. Si des hommes se sont rendus coupables en la pratiquant , quoiqu'avec les plus grands avantages, sur des femmes qu'ils auroient pu délivrer autrement et avec le même succès , pour elles et pour leurs enfans, bien
plus se sont exposés aux mêmes reproches en y substituant la section du pubis , en de semblables circonstances, ou bien en lui donnant la préférence dans les cas où elle étoit la seule admissible comme la seule qui fût indiquée.
212/p Pour apprécier les avantages et les inconvéniens respectifs de ces deux opérations , établir la préférence que l'une semble mériter sur l'autre, ou fixer les cas dans lesquels chacune d'elles peut convenir le mieux , ce n'est plus aujourd'hui , comme on l'a fait autrefois, l'opération en ellemême qu'il faut considérer, c'est-à-dire, les difficultés qu'en présente l'exécution, l'étendue de l'incision, la nature et l'importance des parties qu'elle intéresse, la voie par laquelle vient ensuite l'enfant, c'est le but qu'on se propose, et s'il peut-être atteint par cette opération ; il faut comparer les suites heureuses ou malheureuses de l'une et de Fautre sur un nombre égal de femmes opérées dans les mêmes circonstances; il faut consulter les faits.
2 r 25. Si l'on a pu croire d'ailleurs que la section du pubis étoit plus simple dans son exécution et plus sûre dans ses effets que l'opération césarienne, préférable conséquemment dans tous les cas où le bassin étoit mal conformé, avant que l'observation n'eût fait connoître ses difficultés , ses dangers , son insuffisance même , l'on ne peut actuellement en avoir une telle opinion sans être en contradiction avec ces faits , sans se refuser à l'évidence même. Combien de fois , après l'incision des^tégumens, qui n'offre rien de difficile, il est vrai, ne s'est-on pas trouvé dans l'impossibilité de
couper la symphyse du pubis, et n'a-t-on pas porté la scie ou le scalpel sur ces os mêmes , soit que leur symphyse fût réellement ossifiée , comme on l'a dit (i) , soit qu'on n'ait pu la rencontrer, ce qui est plus vraisemblable ; comme cela est arrivé chez l'une des femmes opérées par M. Alphonse le Roy, et chez une autre qui le fut à Lyon par M. du Chaussoi (2)? Combien de fois ne s'est-on pas vu dans l'impossibilité d'écarter les os convenablement après cette section plus ou moins laborieuse, et la voie qu'on se proposoit d'agrandir n'est-elle pas restée trop étroite encore pour la libre sortie de 3'enfant ? Combien de fois ce dernier n'a-t-il pas été victime des efforts qu'il a fallu faire pour l'extraire après cette opération , ou la mère ne l'at-elle pas été du trop grand écartement des os?
2126. Les faits énoncés nous apprennent que sur quarante et une femmes (3), quatorze sont mortes à la suite de cette nouvelle opération , et que vingt-sept seulement ont été conservées ; que si quelques-unes des premières ne paraissent en avoir été victimes que parce qu'elles ont étéopérées très-tard, et après l'emploi de beaucoup de moyens qui avoient pu nuire au succès de l'opération , il s'en trouve un bien plus grand nombre dans les dernières , qui avoient eu précédemment un ou plusieurs enfans , et dont les unes étoient accouchées naturellement , les autres au moyen du
(1) Voyez §. 204.9 — 2I°6.
(2) Voyez §. 2091 — 2108.
(3) On n'y comprend pas celte qui fut opérée par M. Bonnard \ chirurgien d'Hesdin : voyez §. 2100.
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forceps , ou de la main seule; et qu'un plus grand nombre encore, depuis l'opération, ont été délivrées de même : ce qui prouve au moins que leur bassin n'étoit pas bien défectueux.
2127. Ces mêmes faits nous instruisent également que dans le nombre des enfans de ces femmes, treize seulement sont venus vivans, et que vingthuit sont nés morts ; car il faut regarder comme tels ceux qui n'ont donné que quelques signes de vie très-équivoques. Si quelques-uns de ces derniers étoient morts avant l'opération , les autres n'ont perdu la vie qu'en traversant le bassin désymphysé.
2128. Si on excepte le bassin de la femme Vespres , qui n'avoit qu'un pouce dix lignes de petit diamètre (1), celui de la femme opérée à Lyon par M. du Chaussai, qui n'étoit que d'un pouce sept lignes (2), il ne s'en est pas trouvé un seul parmi ceux que l'ouverture du cad-avre a bien fait connoître, qui offrît l'image d'une très-grande difformité : les uns avoient deux pouces cinq lignes, les autres deux pouces six, sept et même dix lignes, et plusieurs ont offert jusqu'à trois pouces. L'écartement des os , sur aucun de ces bassins, n'a été porté au-delà de deux pouces et demi , et dans la plupart il a paru s'être borné à deux pouces , même à deux pouces moins quelques lignes.
2129. L'identité des accidens qui ont suivi l'opération chez toutes ces femmes, et celle des désordres qu'on a observés à l'ouverture de leurs cadavres, ne permettent pas de croire qu'il en soit
(1) Voyez §.. 2065. — (2) §. 2108.
3tj4 l'art
une seuie des vingt-sept autres dont le bassin fût au-dessous de deux pouces et demi de petit diamètre au détroit abdominal , ni chez laquelle l'écartement des os pubis ait été porté au-delà de deux pouces, loin de l'avoir été à deux et demi, même à trois pouces, comme on l'a publié tant de fois ; puisque la plupart de ces femmes ont pu quitter le lit dès !e lendemain de l'opération , se lever et marcher après les premiers jours.
1 1 3o. Nous avons déjà fait observer qu'on a voit mis beaucoup d'exagération dans tout ce qu'on avoit dit de l'état du bassin de toutes ces femmes, en supposant beaucoup moins d'ouverture qu'il n'en existoit réellement, et qu'on ne s'étoit pas moins abusé sur la grosseur de la tête de leurs enfans (i). Un Chirurgien de Saint-Pol-de-Léon annonce en février 1778, qu'il vient d'en opérer une dont le bassin n'a que dix-huit à vingt lignes de petit diamètre ; on publie ce fait ; on y croit ou l'on feint d'y croire, et on ne paroît pas même surpris de voir cette femme accoucher Tannée suivante, et devenir mère successivement de plusieurs enfans avec la plus grande facilité (2). Un Médecin de Paris, vers la fin de juillet 1779, se persuade que le bassin de la femme du Belloj n'a que ce degré d'ouverture, quoiqu'elle eût accouché six fois précédemment par cette voie, qu'aucun de ses enfans n'eût été mutilé, et l'opère de même, lui qui avoit publié quelques
(1) Voyez §§. 2060 , 2067 et suivant ; 2071 3084 , 2o85 , etc.
(2) Voyez §. 2 toi.
DES ACCOUCHEMENS. 3g5
années auparavant, qu'à ce terme de mauvaise conformation i! n'y auroit peut-être que l'opération césarienne qui pût sauver l'enfant. Trois autres accouchemens subséquens à la section du pubis ne peuvent le détromper ; il est Vrai que ces trois derniers enfans sont venus morts comme les six premiers , et que celui qu'on a extrait au moyen de l'opération dont ii s'agit , est né vivant. Ce succès prouveront au plus que cette opération a été utile, non pas qu'elle étoit indispensable? et que le bassin n'avoit réellement que dix-huit à vingt et une lignes. S'il n'avoit eu que ce diamètre , la section du pubis î'auroit-eîle agrandi suffisamment pour mettre la vie de ce septième enfant en sûreté, ou la mère en auroit-eîle éprouvé si peu d'accidens (i) ? On a dit également que le bassin de la femme Huguet n'avoit que deux pouces et un quart , et dix mois après nous l'avons trouvé de trois pouces et un quart à trois pouces et demi (2) ; que celui d'un autre femme opérée chez madame Morlay , Sage-femme , n'étoit encore que de deux pouces et quelques lignes, tandis. qu'il surpassoit trois pouces et un quart (3), etc. etc.
2i3i. Si l'on ne peut conclure, comme on l'a déjà fait, que la section du pubis n'a eu de succès que che»les femmes où elle n'étoit pas rigoureusement nécessaire , il paroît certain au moins qu'elle n'a été exempte de grands accidens que chez celles dont le bassin n'étoit pas très-défectueux, que parce que l'écartement des os n'a pas été porté aussi loin qu'on l'a cru ou qu'on Ta publié, et qu'elle a eu
(1) Voyez §. 2073.— (a) 2o83 (3) 2o83 et suivans.
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des suites constamment fâcheuses pour la mëre et pour l'enfant , toutes les fois que le diamètre du bassin s'est trouvé au-dessous de deux pouces et demi , et que l'écartement des os a été aussi grand.
2 [3*2. Il est également démontré, d'après les mêmes faits, que la section du pubis, si dangereuse pour la mère et pour l'enfant, dans tous ces cas de grande difformité du bassin, a été substituée tantôt au forceps , tantôt aux crochets ou au percecrâne , ou à la version méthodique de l'enfant, même à la patience, qui ne suppose pas moins de connoissance de la part de l'Accoucheur , qu'il n'en faut pour opérer à propos et pour le bien faire.
21 33. Les accidens qu'on avoit remarqués plusieurs fois à !a suite de l'écartement des os des iles et du sacrum , même des os pubis , dans quelques cas d'accouchemens extrêmement pénibles , sembloient annoncer depuis long-temps ceux qu'on devoit craindre d'un plus grand écartement encore, inséparable de la nouvelle opération, et l'expérience n'a pas tardé à faire connoître que cette crainte étoit fondée. Combien d'accidens n'a-t-ou pas eu à combattre , en effet , chez la femme Souchot ( i), avant qu'on ne pût espérer de la conserver ; quoique bien plus heureuse que la femme J^espres, opérée quelque temps après (2), que celles qui font le sujet de la cinquième observation de M. Alphonse le Roy (3) , de la quatrième de M. de Camboa (4) ; que celles qui furent opérées à Dusseldorf (»5) , à
(1) Voyez §. ao56. — (2) 2006. — ^3) 2086. — •%) 209S* (5) 2io5.
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Ârras (i) , à Spire (2) , à Lyon (3) , à Gênes (4) , à Paimpol (5) , à Paris par M. Mathiis (6) , à Brest (7) , à Wisbourg (8), etc. etc. e
1 \ 34- La contusion , le déchirement des parties extérieures , l'inflammation , la suppuration de ces mêmes parties , et de la substance îigamentocartilagineuse même qui constituoit la symphyse des os pubis : la dénudation de l'extrémité de ces os, leur carie , leur défaut de réunion, la lésion du canal de l'urètre , l'ulcération de la vessie , sa destruction partielle , sa hernie à travers les os non réunis , et l'incontinence d'urine ; l'écartement , le déchirement des symphyses sacro-iliaques ; l'inflammation , la gangrène , la rupture même de la matrice ; des dépôts de matières purulentes et ichoreuses dans le lieu même des symphyses déchirées , dans tout le tissu cellulaire du bassin , et le long des muscles psoas , etc. , l'inflammation du péritoine , des intestins , etc. , présentent l'ensemble des accidens qui ont eu lieu à la suite de cette opération , dans les cas où la mauvaise conformation du bassin sembloit rendre l'accouchement impossible par la voie naturelle.
21 35. En exposant constamment la vie de la femme dans ces sortes de cas , l'opération n'a pas toujours été plus salutaire pour l'enfant , comme ou l'a vu également , puisqu'elle n'en a sauvé que quelques-uns. L'opération césarienne , sans être plus fâcheuse pour la mère que ne l'a été la section du pubis , auroit pu les conserver tous , et il* est
(1) Voyez §. 2104. — (2)2104. — (3) 2108. — (4) 21 10. — (S) 2109. — (6) 2og3. — (7) 2107. — (^) 2°i9-
3o,8 l'art
vraisemblable que dans le nombre des femmes qui ont succombé aux suites de celle-ci , elle en auroit soustrait plusieurs à la mort.
21 36. Presque tous les enfans ayant été extraits par les pieds après cette nouvelle opération, les Praticiens instruits des dangers attachés à cette méthode , dans le cas où le bassin est un tant soit peu défectueux , se persuaderont peut-être qu'on auroit pu en conserver davantage, en livrant leur expulsion aux soins de la nature , ou en employant le forceps ; et quelques-uns pourront le proposer , sans faire attention que s'ils affaiblissent le danger qui menace l'enfant , ils augmenteront celui qui n'est déjà que trop certain pour la mère. D'ailleurs , dans ce cas comme en beaucoup d'autres , est-on le maître de choisir entre telles ou telles méthodes d'opérer l'accouchement proprement dit y et n'est-il pas des circonstances où il faut nécessairement retourner l'enfant et l'amener par les pieds ?
1 1 87. Les accidens dont on a présenté le tableau au §. 21 34 ? n'ayant eu d'autres causes que le trop grand écartement des os pubis, et l'altération des symphyses sacro-iliaques, l'on ne peut espérer de les prévenir qu'en bornant cet écartement : mais alors , par cela même que l'opération en deviendrait moins fâcheuse , elle seroit inutile , puisqu'elle laisseroit subsister presque dans son entier, tout l'excédent du diamètre de la tête du fœtus sur celui du bassin de la mère. Quelque grand qu'ait paru cet écartement dans les cas rapportés ci-dessus , on ne peut reprocher à qui que ce soit de l'avoir porté trop loin une seule fois ; la sortie de
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l'enfant ayant été constamment assez difficile encore pour le mettre en danger ; tandis que souvent , il auroit fallu l'étendre bien au-delà de ce qu'on l'a fait, pour atteindre le but qu'on se proposoit à l'égard de cet enfant.
21 38. Quand on pourroit, sans de grands inconvéniens, le porter à deux pouces et demi, comme on assure l'avoir fait, il faudroit encore assigner quelques limites à la section du pubis et reconnoître„ l'indispensable nécessité de l'opération césarienne , dans plusieurs cas où la première en auroit tous les inconveniens , sans offrir aucun de ses avantages. La section du pubis ne pourroit la remplacer qu'autant que le petit diamètre du détroit supérieur seroit au-dessus de deux pouces et demi, puisqu'au-dessous de ce degré de resserrement, elle n'a eu jusques ici aucun succès.
a 139. Si nous avons suspendu notre jugement sur cette opération dans les premières éditions de cet ouvrage; sur l'innocuité ou le danger d'un écartement de trois pouces , même de deux pouces à deux pouces et demi ; si nous exigions avant d'adopter cette nouvelle opération , que des hommes qui n'avoient aucun intérêt personnel à la faire valoir au détriment de l'autre , eussent été témoins d'un pareil écartement , sans rupture des symphyses sacro -iliaques et sans de très graves accidens ; plus instruits en ce moment sur tous ces points , nous ne craignons pas de la rejeter, dans tous les cas où la conformation du bassin est telle que le détroit abdominal n'a pas deux pouces et demi a trois pouces de petit diamètre : encore sommes-nous dans l'opinion qu'elle
4op l'art
seroit excessivement fâcheuse à ce terme, s'il fal-
loit un grand écartement pour le libre passage de
l'enfant.
iil[0. L'opération césarienne n'ayant été proposée que pour des cas de difformités bien plus grandes encore , et telles que l'histoire de ia section du pubis même en offre quelques exemples , elle nous paroît préférable , malgré les écueils innombrables qui l'environnent, puisqu'elle a ob- . tenu des succès entiers , là où cette dernière n'a eu que des victimes.
i ] 4' • La section du pubis auroit sans doute un peu moins d'inconvéniens , si l'obstacle ne provenoit que du peu de longueur du diamètre transversal du bassin , n'importe de quel détroit, mais surtout du détroit périnéal ; parce qu'un moindre écartement pourroit alors faire disparoître ce défaut , et procurer le degré d'ouverture nécessaire à la sortie de l'enfant : mais dans ces sortes de cas même, s'il falloit un grand écartement encore pour établir ce rapport entre le diamètre dont il s'agit et celui de la tête du fœtus , elle auroit tous les dangers dont nous venons de parler. Ces cas sont si rares , que les faits relatifs à cette nouvelle opération n'en présentent pas un seul exemple qui ne puisse être contesté , ou sur lequel on ne puisse faire de solides objections.
iil^i. Les avantages de la section du pubis ue paroîtroient jamais plus grands que dans le cas où la tête du fœtus profondément engagée , seroit enclavée dans le bassin , et dans cette espèce d'enclavement , surtout , dont parle Roederer , où l'on ne peut, dit-il , introduire aucun instrument, en quel-
qu'endroit qu'on tente de le faire; parce qu'un très-petit écartement suffiroit pour le faire cesser. Mais où sont les preuves de la possibilité de cette espèce d'enclavement , et pourroit - on en citer un seul exemple? Sans doute en l'admettant, la section du pubis sera préférable au percecrâne, aux crochets, et à l'opération césarienne, si l'enfant est vivant ; mais comme une telle espèce d'enclavement ne pourroit avoir lieu qu'à la suite d'un travail extrêmement long, que de motifs encore n'auroit-on pas pour rejeter l'opération, tant il est difficile de croire que l'enfant ait pu résister à ce travail.
2i43. Ce n'est plus seulement pour ces cas d'accouchemens difficiles où il existe une grande disproportion entre le volume de la tête du fœtus et le développement du bassin de la mère, qu'on recommande aujourd'hui la section du pubis , mais encore pour celui de rétroversion de maîriceoù ce viscère seroit tellement serré, enclavé entre les deux détroits, que la rédilition en deviendroit impossible , comme on le voit dans l'une des observations de Guillaume Hunter. Lorsque ce médecin y eut recours sur le cadavre,, pour mettre la matrice ainsi enclavée à découvert. , et pour mieux juger de ses rapports avec les parties circonvoisines , il ne pensoit pas sûrement qu'on la proposeroit un jour pour faciliter la réduction de ce viscère , et que quarante ans plus tard, on recommanderoit de la substituer à la ponction dont il avoit entrevu l'utilité , pour obtenir cette réduction. Malgré tout ce que la section du pubis semble promettre dans le cas