‹ L'art des accouchemens (volume 4)Chapitre 22 sur 36 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

dont il s'agit , nous pensons qu'elle n'auroit pas moins d'inconvéniens que dans la plupart de ceux dont il a été question relativement à l'accouchement.

ARTICLE VI

De l'opération césarienne.

21 44- On appelle césarienne l'opération par laquelle on ouvre à l'enfant contenu dans le sein de sa mère, une autre issue que celle qui lui étoit destinée par la nature. Si l'on n'incise quelquefois que les enveloppes communes et propres du basventre , le plus souvent il faut inciser aussi la matrice, et c'est dans ce dernier cas spécialement que l'opération a reçu le nom de césarienne , pouvant être désignée simplement par celui de gastrotomie dans le premier. Il nous paroît inutile de la distinguer ici en abdominale et en vaginale , comme quelques-uns l'ont fait depuis peu d'années , comprenant sous cette nouvelle dénomination toutes les opérations qui se font au col de la matrice , sans intéresser les parties eirconvoishies : car il faudroit également appeler césarienne l'incision du périnée, la section des brides, des cicatrices qui rétrécissent le vagin ; celle de l'hymen , des tumeurs , etc* , si l'enfant ne pouvoit naître sans ces secours.

Origine de st45. L'origine de l'opération césarienne est cette opéra- trop obscure pour qu'on puisse en assigner l'époque , c'est-à-dire , le temps ou elle a été faite pour la première fois. Quelques-uns l'ont fixée à la

naissance de Jules- César , et d'autres Font fait remonter au-delà. Nous avons déjà dit, qu'avant le XVIIe et même le XVIIIe siècle, la plupart des Chirurgiens n'avoient osé la faire sur la femme vivante, parce qu'ils la croyoient essentiellement mortelle ; traitant de fabuleuses les observations dans lesquelles on assuroit en avoir obtenu du succès , comme quelques-une» le paroissent en effet. Mais depuis ce temps, on a rassemblé les faits les plus connus, épars çà et là dans les auteurs, et les plus propres à la faire adopter, non comme une ressource assurée pour la femme dans tous les cas où la mauvaise conformation du bassin peut s'opposer d'une manière insurmontable à l'accouchement , mais comme la seule qui puisse lui être salutaire , ainsi qu'à son enfant. Le recueil de M. Simon , inséré parmi les Mémoires de l'ilcamie de Chirurgie , contient soixante-dix ou douze de ces observations , dans lesquelles on remarque qu'elle a été faite le plus souvent avec, succès ; et on pourroit y en ajouter un plus grand nombre aujourd'hui , puisqu'elles s'éleveroient au-delà de cent, depuis i^Ôo. La plupart de ces dernières ont été communiquées à 1 Académie de Chirurgie et aux sociétés actuelles de médecine ; les autres sont consignées dans les journaux et ouvrages de médecine tant français qu'étrangers. Sur cent onze, nous observerons que l'opération a été faite quarante-sept ou huit fois avec tous les avantages qu'on pouvoit désirer pour la femme. 2146. Parmi ce grand nombre d'observations il en est quelques-unes , ii faut l'avouer , ou l'on remarque que cette opération a été faite sans né-

cessitc, puisque les femmes éioient accouchées naturellement auparavant , ou se sont délivrées heureusement dans la suite ; mais on y voit aussi que plusieurs de ces femmes y ont été soumises deux fois avec le même succès pour elles et pour leurs enfans : ce qui paroîtra bien moins extraordinaire, sans doute, que les faits rassemblés par M. Simon , qui n'ont rapport qu'à sept ou huit femmes ; les unes ayant été opérées trois ou quatre fois, et les autres cinq, six, et même jusqu'à sept fois. Sans recourir à ces faits trop extraordinaires pour qu'on y ajoute foi, on peut assurer aujourd'hui que cette opération n'est pas essentiellement mortelle , puisqu'il n'est besoin que d'un seul pour eu établir la preuve ; peut - être même ne paroi tra-t-elle pas aussi dangereuse que nous l'annonçons , quand les faits nouveaux dont nous venons de parler seront mieux connus (i).

Section première.

Des causes qui exigent F opération césarienne ; des préparations qui y conviennent ; du temps de la faire , et des choses qui y sont nécessaires.

Des causes ai 47* La mauvaise conformation du bassin roperadon- nest Pas ^a seule eause qui puisse rendre l'accesarienne. couchement impossible par la voie naturelle, et

(1) Nous nous occupons à les recueillir et à les mettre en ordre : ce travail ne sera pas sans intérêt , surtout en le joignant à celtii que nous nous proposons de donner à la suite sur la section du pubis.

DES ACCOUCHIÎMENS. L\O^J

qui doive nous déterminer à recourir à l'opération césarienne ; certaines affections des parties molles , dont nous avons fait mention , telles que ces tumeurs squirrheuses à base très-large, qu'on ne peut enlever sans exposer la femme à un danger plus imminent encore que celui de l'opération césarienne, comme il s'en est trouvé une chez la femme D**** opérée sous nos yeux , en 1797> Par M. Coutoulj(i), ainsi que les grossesses extra - utérines , peuvent exiger le même secours ; mais ce seroit en abuser que de l'employer dans tous les cas pour lesquels on la recommandée.

2 1 48. Cette opération doit se faire sur la femme Précautions vivante, et sur la femme morte. Si elle exige "^^ fait^abeaucoup d'attention à l'égard de la première , près la mon l'on ne devroit pas s'en dispenser entièrement c c pour la seconde : tant il est difficile quelquefois de s'assurer à l'instant même, si elle est véritablement morte ou non (2). Si l'on attendoil ,

(1) Cette observation n'est encore consignée dans aucun recueil.

(2) On connoît plusieurs exemples de ces funestes nie prises. M. Bodin (*) en cite un exemple bien remarquable. La femme de Gauthier , dît-il , du village de la Janvrerie , département de Loir et Cher, tomba dans un tel état pendant le travail de l'accouchement, que Pénard ,' Chirurgien à Cangey , qui étoit auprès d'elle , la crut morte .. et lui ouvrit le ventre et la matrice avec un rasoir , pour sauver l'enfant ; qu'elle ne sortit de cet état qu'au moment où on enfonçoit une aiguille dans l'un des Bords

(*) Chirurgien , et membredu Corps législatif en i'an V. (foyet Essai sisr les Àccouchemen». )

4o6 l'art

pour y recourir dans ce dernier cas , que les signes les plus certains de la mort se manifestassent , elle deviendroit inutile pour l'enfant qui ne peut survivre long-temps à sa mère , s'il reste dans son sein. D'un autre côté, l'on ne doit pas livrer celle-ci à un trépas inévitable , lorsque sa mort n'est peut-être qu'apparente.

21 49- L'on ne sauroit retracer trop souvent à la mémoire de ceux qui sont appelés pour ces sortes d'opérations, l'observation de M. Rigaudeaux (1) , qui est insérée dans le Journal des Savans , du mois de janvier 1749 En faisant connoître combien il est difficile , en quelques circonstances, de distinguer l'état d'asphyxie d'une mort réelle , elle nous apprend qu'il n'est pas tou-

de la plaîe, pour retenir les entrailles par un point de suture , etc. M. Bodin ne fait pas connoître le temps où ce fait a eu lieu , mais il ajoute que la femme vivoit encore en septembre 1792. Un Médecin très-connu nous a communiqué un autre fait de la même espèce, qui ne date que de la fin de l'an VI. Un Chirurgien du voisinage de la ville qu'il habite., ouvrit aussi le ventre de la femme avec des ciseaux ; l'enfant présenta aussitôt un des pieds à la plaie de la matrice, et fut. expulsé par la voie naturelle, avant qu'on eût achevé d'ouvrir entièrement ce viscère. La femme étoit complètement guérie au bout de deux mois. On pourroit rappeler également ici le fait consigné dans l'ouvrage de Peu , où l'on voit que ce Chirurgien fut effrayé du grincement des dents de la femme , du tressaillement qu'elle fit au moment où il commença son incision , et du mouvement de ses lèvres. ( Voyez Pratique des Accouchemens , liv. II., pag. 334..

(1) M. Rigaudeaux , Chirurgien aide-major des hôpitaux de Douai , et Accoucheur,

jours nécessaire d'ouvrir Je sein de la femme qui paroît privée de la vie depuis quelque temps , pour l'assurer à son enfant. Ce Chirurgien n'ayant pu se rendre auprès d'une femme de la campagne aussitôt qu'il fut appelé pour l'accoucher, apprit , en y arrivant , qu'elle étoit morte depuis deux heures , et qu'on n'avoit pu trouver personne pour lui faire l'opération césarienne. Ayant enlevé le drap qui la couvroit , voyant qu'elle conservoit encore de la chaleur et de la souplesse dans les membres, que l'orifice de la matrice étoit dilaté et la poche des eaux assez bien formée , il se décida à l'accoucher par les voies ordinaires , et le fit avec facilité , en amenant l'enfant par les pieds après l'avoir retourné. Quoique cet enfant lui parût mort , il ne laissa pas que de lui donner quelques soins dès qu'il eut délivré la mère, et de recommander l'un et l'autre aux femmes qui étoient présentes. Leurs soins, infructueux en apparence dans les premiers momens, ne le furent pas dans la suite. Elles ranimèrent cet enfant au point que quelques heures après il erioit aussi fort que s'il fût né des plus heureusement ; ce qui engagea M. Rigaudeaux à revoir la femme avant de s'en retourner chez lui. Il enleva le Jinge dont on l'avoit enveloppée de nouveau , et lui trouvant les membres aussi souples que la première fois , quoiqu'elle parût morte alors depuis plus de scrjfc heures, il essaya quelques moyens propres à s'assurer si elle l'étoit réellement, et ne s'en éloigna qm'après avoir fait promettre aux assistons qu'ils ne la remettroient dans son linceul que quand ses membres sero.ient

4o8 l'art

roides. S'il avoit été surpris agréablement en apprenant que l'enfant étoit revenu à la vie , il le fut bien plus , dit-il , lorsqu'on vint lui annoncer sur la fin du jour que la mère étoit ressuscitée deux heures après son départ de chez elle. C'étoit le 8 septembre 1 y4^ ; et au mois d'août 1 7/48 , cette femme et cet enfant vîvoient encore ; mais la preriiière étoit restée sourde , paralytique et presque muette.

Cas où Ton 2 1 5o. Si l'on rencontroit, immédiatement après cloits Sjefa"!j la mort de la femme , des dispositions aussi fa voie cette ope- râbles à l'accouchement que celles qu'on remarration sur, la e ^ l'observation de M. Rigaudeaux , il fau-

iemme aor- n . ■ - . . , , p 1 •

te. droit préférer 1 extraction de i enfant par les voies

ordinaires, à l'opération césarienne, qu'on ne fera qu'autant que les parties ne seront pas aussi bien disposées, et en y procédant d'ailleurs avec autant de soin que si l'on devoit en attendre le plus grand succès pour la mère. Une simple incision dans la direction de la ligne blanche, et de l'étendue d'environ cinq à six pouces , doit être substituée à la section cruciale qu'on a presque toujours faite en pareil cas (î). Ce précepte doit paroi tre bien important d'après les observations énoncées à la fin du §. ai48 , et celle de M. Rigaudeaux. Préparations 2i5i. Avant de soumettre la femme vivante à a^f^r/oetté une opération semblable , il seroit utile de la préope'ration snr parer par les remèdes généraux, tels que la sai-

la femme vivante. ___— -■»■" ■•• ■ ■ ■

(î) Le Sénat de Venise avait ordonné depuis long temps de taire cette opération avec les mêmes précaution.^ que si la femme étoit vivante, et défendu l'incision cruciale.

gnée , si elle est forte et pléthorique, par quelques légers purgatifs, les bains, etc., comme on le fait à l'égard des autres opérations majeures. Mais malheureusement ces précautions , qui en assureroient peut être le succès en quelques cas, ne sauroient toujours la précéder, si ce n'est la saignée ; parce qu'on est appelé trop tard , et sou • vent même lorsque les parties de la femme ont été fatiguées , irritées , contuses ou lacérées par les manœuvres d'une main ignorante et téméraire. 21 52. L'opération césarienne a, comme beaucoup d'autres opérations de chirurgie, un temps Du temps où

Jvlr .. ri . .. , , ? ■ . - r L'on doit faire

d élection et un de nécessite : celui-ci a toujours cétte 0,-,c:ra Heu après l'évacuation des eaux de l'amnios , à tion. moins que des circonstances étrangères à celles qui nous forcent d'opérer, ne présentent des indications plus urgentes. L'instant de la mort de la femme , n'importe à quel terme que ce soit de la grossesse (i), et celui du passage de l'enfant dans le bas-ventre , à l'occasion de la rupture de la ma-

(i) L'on ne devroit se dispenser, sous quelque prétexte , surtout après les six premiers mois de la grossesse, d'ouvrir le sein de la femme immédiatement après sa mort, pour conserver l'enfant, qui peut lui survivre de quelque temps, ou lui assurer au moins la vie spirituelle, quoiqu'il y ait peu d'exemples qu'on en eût sauvé par cette opération ; la plupart de ces eufans n'ayant donné aucun signe de vie , et les autres n'ayant survécu à leur naissance que peu d'inslans. M. Bernardin-Moscatl en cite quelques-uns , dans un Mémoire qu'il a envoyé à l'Académie de Chirurgie : M. le Prince , Chirurgien à Rennes , en a vu un qui a vécu plus de deux heures , quoiqu'on n'eût fait l'opération césarienne que plus d'une heure après la mort de la mère ; MM, Warroquier , Wa-

4 1 o l'art

trice y constituent également le temps de nécessité. Quant au temps d'élection, les uns imaginent qu'on ne devroit opérer qu'après l'écoulement des eaux, et les autres qu'on doit le faire auparavant et dès que le travail de l'enfantement est bien décidé, que les douleurs en sont fortes et rapprochées , que le col de la matrice est effacé, et l'orifice assez ouvert pour l'écoulement des lochies. Opinion de 2i53. Si on opéroit au commencement du traqnelques Au- vaj| et avant que les eaux ne soient évacuées ,

tf*urs s ce su- ...

jet. « on risqueroit , dit un Auteur moderne , de laisser

» la matrice dans l'inertie , en la débarrassant trop )) promplement ; ce qui procureroit infaillible- » ment une perle qui conduirait sans doute la » femme au tombeau ». Mais les raisons qu'il en donne ne sont pas assez concluantes ni assez conformes aux connois-sances actuelles pour empêcher d'opérer dans le premier temps du travail ; et le motif qui a déterminé Levret à recommander de le faire avant l'ouverture de la poche des eaux , paroît bien plus sage : en opérant avant ce moment , dit-il , l'étendue qu'on donne aux incisions , tant des parties contenantes du ventre que du corps de la matrice , se trouvera beaucoup moins grande après la sortie de 1 enfant, que si l'on n'avoit opéré qu'après l'écoulement de ce fluide. Il est certain qu'une incision de six pouces intéresse un bien plus petit

roux , Levret , Robin , Delaize , ont cité de semblaLles faits. Celui qui fut extrait par 'M. Robin vécut huit heures; celui de M. Delaizé, cinq , et M. Maret en cita un qui vivoit encore.

DES. ACCOUCHEMENS. 41 r

nombre de fibres et de vaisseaux, lorsque la matrice est encore distendue par les eaux, que quand elle est fortement contractée sur le corps de l'enfant, et réduite d'un douzième et quelquefois d'un dixième sur elle-même. Dans ce dernier cas, une ouverture de six pouces est beaucoup plus grande respectivement au volume de ce viscère, que dans le moment où il se trouve dans sa plus grande dilatation.

il 54- Il paroît avantageux d'avoir deux bis- Des choses touris pour bien exécuter cette opération : savoir, necessa,ires

i "T , i • • r • m i Pour faire

un droit et un courbe •; celui-ci doit être tranchant cette opérasur sa convexité, et celui-là doit avoir une lame UoIK très-étroite et boutonnée à son extrémité. Il faut aussi des aiguilles courbes et du fil ciré pour la gastroraphie , au cas qu'on la juge convenable; des linges fins, des compresses, un bandage de corps, et quelques liqueurs spiritueuses, comme l'eau vulnéraire , l'eau-de-vie , ou l'esprit-de-vin , qu'on affoiblit selon les circonstances avec de l'eau.

1 1 55. La femme doit être placée sur un lit assez De la situaétroit et assez élevé pour que l'opérateur et les ^rj^feinaides puissent agir librement , et avec le moins de me. • gêne possible. Il faudroit que ce fût sur celui où elle doit passer les premiers temps de ses couches , afin qu'on ne soit pas obligé de la transporter et de la déranger aussitôt après l'opération. Dans ce cas, on le garnit de manière que Ses matelas ne soient pas mouillés par le sang et les eaux, et qu'en retirant les alèzes, la femme s'y trouve à sec. Elle doit y être couchée sur le dos , ayant les jambes et les cuisses alongées, pendant le temps de l'incision; et à demi-hechies, lorsqu'on fera

4l2 L'ART

l'extraction de l'enfant. On place d'ailleurs un traversin sous ses lombes pour les appuyer, et faire bomber le ventre un peu plus. Il faut aussi , avant de l'opérer, lui passer une chemise de couches, ou demi-chemise, qui soit ouverte par devant, telle qu'elle est indiquée au §. 102a.

Section IL

Du lieu ou l'on doit faire l'incision extérieure.

1 1 56. Il n'y a presque aucun endroit du basventre où l'on n'ait pratiqué l'incision extérieure dans l'opération césarienne. Les uns l'ont faite sur les côtés, d'autres transversalement, soit au-dessus ou au-dessous de l'ombilic, et plusieurs sur la ligne blanche. Parmi les premiers, quelques- uns ont conseillé de la faire obliquement en descendant de l'extrémité du cartilage de la troisième des fausses côtes vers le pubis ; les autres lui ont donné la forme d'un croissant, et Levret vouloit qu'on la fasse parallèlement au bord externe du muscle droit du bas-ventre, de manière qu'elle soit également distante de ce muscle, et d'une autre ligne conduite de l'extrémité de la troisième des fausses côtes à l'épine supérieure de l'os des iles. Les uns et les autres ont prescrit d'inciser sur le côté droit, ou sur le côté gauche, selon l'état des viscères intérieurs, afin d'éviter de porter l'instrument sur le trajet d'une tumeur squirrheuse, d'une hernie, etc. Outre ces raisons de préférence , Levret conseilloit encore d'avoir égard à l'attache du placenta , pour se décider à opérer plutôt d'un

DES ACCOÛCHEMENS. l\\?>

coté que de l'autre, et ne pas ouvrir la matrice flans le lieu où ce corps se trouve eu quelque sorte greffé. Nous avons déjà démontré l'incertitude des signes d'après lesquels ce célèbre Accoucheur assuroit que le placenta étoit attaché à tel ou tel endroit , et conséquemment le peu d'attention qu'on doit à ce dernier précepte. S'il faîloit inciser sur le côté du ventre, ce seroit sur celui où est incliné le fond de la matrice qu'il faudroit le faire, pour que ce viscère se présentât mieux à cette ouverture, et que les intestins et l'épiploon eussent moins de facilité à s'échapper dans le premier moment.

2157. L'incision sur le côté du ventre paroît inconvéplus féconde en accidens , et plus difficile à exé- °eciion'[!atécuter , que celle sur la ligne blanche. Il y a sur le raie du vencôté, comme partout ailleurs, les tégumens et le tissu cellulaire, et on y rencontre de plus trois plans de muscles dont les fibres se croisent de telle manière qu'on ne peut se dispenser de couper la plupart en travers ou obliquement : ce qui donne lieu à leur rétraction , et empêche dans la suite la coaptation de toute l'épaisseur des bords de la plaie , nécessaire à leur exacte réunion. En faisant l'incision obliquement dans cet endroit, on coupe en quelques cas certaines, branches des vaisseaux épigastriques , qui serpentent au-delà du bord du muscle droit sur lequel l'incision s'étend assez souvent , parce que ce muscle acquiert beaucoup de largeur dans les derniers temps de la grossesse , et s'écarte également de la ligne médiane du corps ; ce qui donne lieu à une hémorrhagie quelquefois assez considérable pour inquiéter, et*en-

4,i 4 l'art

gager à lier ces vaisseaux , ou à toucher leur extrémité coupée , avec des médicamens styptiques , comme l'a fait M. Piestch (i). Quand on incise sur le coté, si la matrice n'est pas très inclinée vers ce point, à peine lepéritoine est-il ouvert, que les intestins pressés dans le bas-ventre, s'échappent en se dilatant, et viennent ajouter aux difficultés naturelles de l'opération. Si l'on n'est pas entièrement à couvert de cet inconvénient en pratiquant l'incision à la ligne blanche , du moins arrive-t-il bien plus rarement , et s'échappe-t-il toujours bien moins d'iutestins. L'axe longitudinal de la matrice n'étant jamais exactement parallèle à l'incision oblique du bas-ventre, l'on ne peut ouvrir ce viscère sans que la plupart de ses fibres ne soient coupées en travers ou obliquement; ce qui donne lieu à une plus grande rétraction de leur part, rend la plaie plus béante , favorise dans la suite l'issue des lochies par cette voie , et expose la femme à quelques accidens de plus (2) : l'incision qu'on fait à ce viscère , s'approchant alors d'un de ses côtés, intéresse davantage de ces vaisseaux qui sont comme la source de tous ceux qui l'arrosent, et dont la lésion est plus à craindre que celle des

(1) M. Piestch fut obligé de toucher avec un bouton styptique , une branche de l'artère épîgastrique qu'il avoit coupée dans l'opération césarienne. ( Ployez Journal de Médecine , Suppl. 1770, pag- 173.)

(2) On a trouvé à l'ouverture du cadavre d'une femme , peu de jours après l'opération césarienne , une portion d'intestin engagée et pincée dans la pîaie , qui s'étendoit au-dessus de l'insertion de la trompe gauche en se prolongeant vers la partie postérieure de la matrice.

DES A.CCOUCHEMENS. 4X5

sinus mêmes ou de ces réservoirs qui aboutissent au placenta. Après la section à la ligne blanche , l'on ne fait pour ainsi dire que séparer les faisceaux des fibres longitudinales de la matrice , de sorte que sa plaie se rétrécit bien davantage après l'opération.

o. i 58. Les inconvéniens attachés à l'incision la- Avantages de iérale et oblique du ventre , disoit Solayres dans iigI]e hUnses leçons sur l'Art des Accouchement, eitteage- chj^tdel'o-

" -, -r- . . \ î r • il- rieine de cet-

ront un jour les Praticiens a la taire sur la ligne te section. blanche. En attendant 1 je vous conseille d'opérer en cet endroit , ajoutoit-i! ; l'incision est plus facile et moins douloureuse , parce qu'il y a moins départies à couper; la matrice s'y présente à découvert , on l'incise dans sa partie moyenne, et parallèlement à ses fibres principales . Solayres auroit eu le mérite de l'avoir recommandée le premier, si l'on netrouvoit aucunes traces de cette méthode dans les Au- /

teurs qui ont paru avant l'année 1769 ; mais il indiquoit les sources où il en avoit puisé l'idée : c'étoit, disoit-il , dans les Instituts de Chirurgie de Platner , et les observations de Guenin , Chirurgien de Crépy en Valois (1 ). S'il n'a point pratiqué ce qu'il enseignoit, c'est qu'il n'a pas eu occasion de faire l'opération césarienne ; mais un de ses Elèves, dans ce temps même, a fait en province, sans succès à la vérité , . ce qu'il auroit exécuté lui-même. Le texte de Platner et celui de Guenin n'ont pas été également expliqués par tous les Accoucheurs.M. Deleurye refase au premier la gloire

(1) Platner, Instil. de Chirurgie, §. 1^4.0. Guenin, Chirurgien , Observation sur deux opérations césariennes faites avec succès.

4i6 l'art

d'avoir proposé la section à la ligne blanche, et a Guenin celle de l'avoir faite ; l'un parle , dit-il , de la section des muscles , et l'autre dit en avoir coupé : or , comme il n'y a point de muscles à la ligne blanche, réplique-t-il , celui-ci n'a point incisé sur cette ligne , et celui-là n'a point conseillé de le faire. Laissons au lecteur à en juger ? d'après les notes ci-dessous (1).

Réflexions il 5g. Si M. Deleurye n'appelle ligne blanche ,

à ce sujet.

(O Incidaniur juxta lineam albam , dit Platner , plagâ majori , quœ ab umbïlico ad ossa pubis ferè descendit , tiim abdominis musculi , tùm peritonœum- , ub't lamen vitandum ne vloleiur arteria epigastrica.

« J'incisai les tégumens de la longueur de six pouces « environ , dit Guenin , en ligne droite , commençant à » un pouce au-dessous de l'ombilic , et. continuant jusqu'à » un pouce au-dessus du pubis; ayant ensuite fait situer » la malade droite sur le dos , au lieu de penchée qu'elle » étoit , je continuai d'inciser la graisse , les muscles et le » péritoine pour découvrir la matrice... Je fis l'ouverture » de la matrice dans son corps à un pouce et demi envi- » ron de son fond.... La méthode que j'ai suivie dans » mon opération , diffère en plusieurs points de celle que » les Auteurs presciivent. J'ai supprimé l'appareil ef- » frayant des ligatures, etc. J'ai ouvert la matrice anté- » rieurement dans son corps plutôt que dans son fond... » L'ouverture finit à deux pouces de son col .»...

Le certificat que les Chirurgiens de Crépy ont donné à M. Guenin , fournit la preuve la plus complète de l'incision à la ligne blanche. « Nous avons trouvé le sixième » jour de l'opération , disent ces Chirurgiens, une plaie » au ventre, longue de quatre à cinq pouces , dont le bas » étoit éloigné d'un pouce de l'aine , montant en droiie » ligne , partie presque médiante , jusqu'à l ombilic , » éloigné de deux à trois lignes de la ligne blanche. » Us ajoutent qu'ils ont trouvé l'incision même un peu tournante autour de l'ombilic.

DES ACCOtîCHEMENS. 41 7

que cette ligne étendue en longueur et sans largeur , qui descendroit du centre de l'ombilic au milieu de la symphyse du pubis , il a raison d'avancer que Platner n'a pas conseillé expressément de couper dessus , et que le Chirurgien de Crépy ne l'a point fait , puisque l'un dit auprès , et que l'autre a fait son incision à deux lignes de là. Mais les Anatomistes comprennent , sous le nom de ligne blanche, cet espace aponévrotique qui sépare les muscles droits au-dessous de l'ombilic. Elle a toujours une largeur plus ou moins grande , qui augmente encore , et quelquefois même de beaucoup , dans les derniers temps de ia grossesse , parce que les muscles droits s écartent alors. C'est sur cet espace aponévrotique, que nous avons trouvé de quatre pouces de largeur à la hauteur de l'ombilic, que Guenin a incisé; c'est là que nous conseillons d'inciser , et non pas précisément au milieu ou sur cette ligne mathématique que M Deleurye semble appeler ligne blanche ; parce que c'est là précisément où s'entre-croisent les fibres aponévrotiques , et où la section , par cette raison, en seroit peut-être un peu plus difficile.

1 160. Quand Platner ci Guenin n'auroient pas Bet '!"el~

Page 1