Tome Iï
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puisqu'elle avait été pratiquée avant Tannée 1772 « sans succès , il est vrai , par le célèbre Henckel , Professeur de Chirurgie à Berlin (1), et qu'il en est encore fait mention dans une Dissertation latine imprimée à Vienne en 1777 (2).
L opération a 1 6 1 . En quelque lieu qu'on ouvre le bas-ventre ,
césarienne a .. • iT • ? i •
la ligne blan- quelle que soit la direction qu'on donne à 1 incision ehe ,n'a Pas et de quelque manière qu'on y procède , on ne
tous les avan- *- \ * J I 7
tages qu'on diminuera jamais de beaucoup le danger de l'opelui attribue. ratJon césarienne , parce qu'on ne sauroit écarter tout ce qui peut en rendre le succès douteux, ni procurer tout ce qui pourroit l'assurer. Elle doit être faite méthodiquement, c'est un fait incontestable , et le procédé le plus prompt , le plus facile , et le moins douloureux pour la femme, sera préférable à toute autre, si les suites n'en doivent pas être plus fâcheuses. En pratiquant la section sur la ligne blanche , la Chirurgie semblait avoir fait un pas vers le bien; mais ce n'étoit pas le plus difficile. Il faudroit se mettre en garde contre les épanchemens puriformes qui se font dans l'abdomen ; défendre les viscères du contact de ces humeurs , et les préserver de l'atteinte dangereuse qu'ils en reçoivent ; prévenir l'inflam-
ou 1778, sur une femme qu'il opéra eu présence de MM. Duberirand père et fils , Coutouly et Ferrand.
(1) Voyez les nouvelles Observations et Remarques de Médecine et de Chirurgie , par Henckel , publiées en 1772, en allemand.
(2); Caroli -Franc. Ilopfenstock , Bohemo- Pragensis Disseriatio inauguralis Medico Chirurgico - Ghstetricia , di hysterctormâ.
lion et ce météorisme intestinal qui arrivent si promptement cliez la plupart des femmes , qui écartent les lèvres de la plaie , malgré les points, de suture qui tendent à les maintenir rapprochées , qui déchirent ces mêmes points, et jettent au-dehors quelques anses d'intestins et quelques portions d'épiploon , que les enveloppes du ventre, quoique très-vastes, ne peuvent plus contenir : la section à la ligne blanche ne procure pas tous ces avantages. Elle avoit réussi deux ou trois fois, au temps où nous avons fait paroître la première édition de cet ouvrage (i) rmais quatre femmes dès-lors étoient mortes à la suite ; elles avoient éprouvé tous ces accidens dont on vient de parler , et on avoit trouvé chez elles des épanchemens de matières putrides (2). Si elle a eu de nouveaux succès depuis, elle a eu également de nouvelles victimes. Nous Pavons pratiquée trois fois ; nous avons conservé les enfans , mais l'une des femmes y a succombé le quatrième jour, la seconde le cinquième, et la troisième au bout de trente heures ou environ. La première étoit forte , robuste , et en état de supporter l'opération ; nous fûmes obligés, d'y procéder sans délai , le travail de l'accouchement étant dans toute sa vigueur depuis plus de vingt-
Ci) MM. Delewye et Waroquier paroîssoient les seuls qui eussent fait la section césarienne à la ligne blanche avec succès.
(2; La femme opérée par Henckel , une autre en province par un des élèves de M. Solayrès , une psr M. Deîeurye , et la quatrième par M. Moreau , à l' Hôtel-Dieu de Paris.
4^o l'art
quatre heures , lorsque nous fûmes appelés , et les eaux de l'amnios écoulées depuis vingt-une ou environ ; M. Sigault l'ayant déjà vue avec plusieurs de ses confrères, et la circonstance ne lui paroissant pas favorable pour la section du pubis (1). La seconde femme étoit de la plus foible constitution, et atteinte d'une diathèse scorbutique qui ne laissoit aucun espoir de la conserver, même si elle eût été dans le cas d'accoucher naturellement : la troisième n'étoit pas dans de meilleures dispositions pour le succès d'une aussi grande opération , qui fut faite encore dix - huit ou vingt heures après le moment qui eût été le plus favo-
(i) Nous ne voyons pas ce qui a pu engager M. Laueerjat à faire mention de ce fait dans l'ouvrage qu'il a publié sur l'opération césarienne , et à dire qu'il avoit été bercé de l'espoir d'opérer la femme , jusqu'à l'instant où il apprit que je venois de le faire. Je ne vis cette femme pour la première fois qu'à l'instant même de l'opération , et M. Lauverjat le savoit trèsbien, lui dont elle réclamoit vainement les soins depuis vingt-quatre heures , parce qu'il les lui promettoit depuis plus de deux mois; soins que je sollicitai moi-même. Ce ne fut que sur le refus de ce confrère que j'opérai ; je cédai à la nécessité , et plus de vingt personnes peuvent l'attester. Si j'ai été moins rigoriste en opérant cette infortunée chez elle , pour me servir des expressions de M. Lauverjat, on ne me reprochera pas, je pense, d'avoir manqué à ce que l'humanité et la charité exigeoient de moi. Ce n'est pas le seul point contre lequel je pourrois m'élever, mais cette discussion ne serviroit qu'à faire connoître qu'il a été mal informé des détails de l'opération et de ses suites. Elle n'a pas eu de succès , et toute autre méthode ne lui en eût pas assuré davantage.
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rable , en présence d'un grand nombre de personnes ret dans un hospice où chacun put à chaque instant s'approcher du lit de la malade , la voir , la questionner, etc.
a 162. On sent , dit M. Deleurye , tous les avantages d'avoir > pour ainsi dire , sous les yeux la plaie de la matrice, pendant le cours de la cure , et quelle réponde directement à l'incision extérieure ; les sucs que fournit la matrice ont par ce moyen une issue libre. Ces avantages seroient très-précieux sans doute , et assureroient peut-être quelquefois le succès de l'opération césarienne : mais jusqu'ici , on ne les a obtenus que bien rarement , et seulement comme par cas fortuit. Pour les assurer un peu plus, il faudroit ouvrir la matrice au haut de sa partie antérieure , presque jusqu'au centre de son fond , et non pas dans sa partie inférieure , comme on l'a fait le plus souvent , puisque cette région est celle qu'on a constamment trouvée vis-à-vis la plaie extérieure , à l'examen du cadavre des femmes qui étoient mortes des suites de l'opération césarienne, tandis que la plaie de la matrice étoit cachée derrière les tégumens qu'on avoit conservés au-dessus du pubis , et qu'il est presque impossible de ne pas conserver à cause de la vessie , qui favoriseroit également l'épanchement des lochies dans la cavité abdominale , en masquant une partie de la plaie de la matrice , quand même celle des tégumens seroit prolongée jusque sur le pubis.
1 1 63. Si la plaie de la matrice correspond à celle De «s q=n?il: du bas-ventre* dans le moment de l'opération , p^ur^que^h
L\ii l'art
plaie de la eUe ne peut Se trouver vis-à-vis un instant après,,
matrice se . . l . , , . l v
présentât et bien moins encore pendant le traitement, a dans la suite moins que les bords de l'une ne contractent des
à celle des té- ji - i \î • ,
wumens. adhérences avec ceux de 1 autre : ce qui est arrive plusieurs fois , et spécialement dans le cas où M. Deleurye a obtenu son premier succès de l'opération dont il s'agit, ainsi que dans l'un de ceux qui font le sujet des observations particulières de M. Lauverjat. Il faudrait , pour obtenir ce rapport que nous désirerions , prolonger l'incision extérieure jusqu'à la hauteur de l'ombilic , et commencer celle de la matrice vers le milieu de cette incision, l'étendre au-dessus de l'angle supérieur , en coupant sous les enveloppes du basventre j comme nous l'avons fait sur les femmes que nous avons opérées : ces deux plaies deviendraient parallèles dans toute leur longueur , à mesure que la matrice se contracterait sur ellemême après la délivrance , et il ne s'agirait plus r pour conserver ce parallélisme , que de fixer la matrice par un bandage disposé convenablement autour du ventre.
vice de la 2 1 64- H no,us paraît bien plus important de pro-
raeihode or- j | plaie extérieure jusqu'à l'ombilic, et
umaircdc lai- t> r J 1 '
ic l'opéra tion même au-dessus , selon les circonstances, que de dont il s agit. je fa[re en bas jusque sur le pubis, parce qu'on découvre le corps de la matrice, qu'il est à propos d'ouvrir le plus haut possible , au lieu qu'en prolongeant l'incision extérieure en en-bas, Ton ne peut mettre à découvert que la partie inférieure de cet organe , celle qui dans l'état naturel , en constitue le col , et qu'il faudroit conserver
DES ACCOUCHEIYIENS. 4^3
dans l'opération césarienne (i). Une ouverture pratiquée claus cet endroit de la matrice , ne pent d'ailleurs se présenter aux yeux du Chirurgien , dans la suite du traitement quand il auroit divisé les enveloppes du bas-ventre jusque sur le pubis, puisque la vessie en recouvre toujours la majeure partie , même lorsqu'elle ne contient pas d'urine. ( Voyez la fin du §. 1 1 1 1 . )
2i65. En ouvrant la matrice dans sa partie inférieure , on prépare une voie aux lochies pour s'épancher dans le bas-ventre , parce que la cavité du corps de ce viscère, qui sert comme de réservoir à ces fluides , reste presque entière , et se trouve au-dessus de l'incision , qui ne paroît avoir été faite dans le lieu le plus déclive que pour leur égout. Cette incision conservant, d'ailleurs , après l'opération , plus de largeur que l'orifice môme de la matrice , et offrant moins d'obstacles au passage des lochies , favorise encore leur épanchement. En incisant la matrice près de son fond , la partie inférieure de sa cavité
(i) Le col de la matrice n'est pas seulement ce petit bourrelet qu'on nomme museau de tanche , dans l'état ordinaire , et qui fait plus ou moins de saillie daiis le vagin; il forme plus du tiers de la longueur de la matrice. S'il se développe entièrement dans les deux derniers mois de la grossesse, il reprend sa forme après l'accouchement , et revient insensiblement à son premier état. Ce sont les fibres de toute celte partie que nous recommandons de né pas inciser daus l'opération césarienne; mais pour cela , il faudrait borner l'incision au moins à deux pouces au dessus du bourrelet qui constitue le bord de l'or i lice.
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reste entière , et peut servir de premier réceptacle à ces fluides , à mesure qu'ils distillent des vaisseaux intérieurs ; de sorte qu'ils doivent s'échapper plus aisément par le col. En outre , comme la plaie de la matrice se trouvera , dans ce cas, vis-à-vis celle des enveloppes extérieures, Fépanchement s'en fera bien moins facilement dans le ventre. Si l'on se rappelle les succès heureux que des hommes sans connaissances , mais hardis , ont obtenus de l'opération césarienne , en ouvrant le ventre transversalement à la hauteur de l'ombilic, et la matrice , sans doute, dans son fond (i), l'exemple de M. Guenin qui étendit l'incision de cet organe jusqu'à un pouce de cette partie , on sentira tout le prix de cette remarque : c'est celle qui a porté M. Lauverjat à
(i) Un Chirurgien du village d'Attichi , près Compiègne, qui avoit déjà fait l'opération césarienne avec succès , la pratiqua une seconde fois sur une autre femme en 1772 , et tout aussi heureusement pour la mère , en faisant l'incision extérieure transversalement, entre l'ombilic et le dessous des fausses côtes du côté droit. J'ai eu occasion de voir ce Chirurgien quelques mois après , et il ne put me rendre compte des motifs qui l'avoient déterminé à opérer : ce qu'il y a de positif, c'est que la femme est accouchée naturellement depuis cette époque. M. Tallïbon , Chirurgien très-connu par ses talens , à Dourdan, m'a envoyé , à peu près dans le même temps, la note d'une autre opération césarienne faite de la même manière par le nommé Sanson , à la femme d'un vigneron du village de Roinville-sous-Aunau , diocèse de Chartres. L'incision fut faîte transversalement à un demi-pouce au-dessous de l'ombiiic. M. Tallïbon vit la femme le lendemain de l'opération : celle-ci eut tout le succès qu'on pouvoit
DES ACCOUCHEMENS. l\lS
réduire ce procédé en méthode (i). Deux ou trois succès ne nous paraissant pas suffisans pour lui accorder la prééminence sur les autres méthodes , nous ne l'adopterons ni ne la rejetterons , parce que toutes en ont obtenu plusieurs. En attendant , nous préférerons la section à la ligne blanche.
Section III.
De la manière de faire V opération césarienne. 2166. Après avoir déterminé l'endroit du bas- Précaution
' S 1 , . vi • j' • utile au mo-
ventre et de la matrice qu il convient a ouvrir meDt t]'op({ dans l'opération césarienne , il est nécessaire d'in- rer. diquer la manière d'y procéder. Mais, avant tout il paroît important de faire observer qu'on doit commencer par vider la vessie au moyen de la sonde , surtout lorsque la femme n'a point uriné depuis quelque temps. Malgré cette précaution, la vessie s'élève encore quelquefois tellement audevant de la matrice , qu'elle en cache une bonne partie , ainsi que nous l'avons remarqué après l'incision extérieure , sur une femme qu'on opérait en notre présence à l'Hôtel-Dieu de Paris. Le bas-fond de la vessie étoit presque à la hauteur
en attendre. On en trouve un exemple plus surprenant encore dans le Journal de Médecine, année 1770 ; car le Chirurgien ayant fait l'incision trop haut , en fit une autre obliquement au-dessous , et pratiqua trois points de suture à la matrice : cette opération eut tout le succès possible.
(1) Voyez son ouvrage intitulé : Nouvelle Méthode de pratiquer l'opération césarienne , 1788.
mère rer.
de l'ombilic, et la vessie même, quoiqu'on ait en le soin d'en évacuer les urines , se présentait dans toule l'étendue de l'incision des enveloppes du bas-ventre.
De }a ma- 2 167. La femme étant située comme il est dit au d'ope- ^ 21 55 , on incise profondément les tégumens et les graisses, si le sujet a de l'embonpoint, jusqu'à ce qu'on aperçoive les aponévroses qui forment la ligne blanche. On divise celle-ci avec précaution , pour découvrir le péritoine et y faire une petite ouverture; en se conduisant, à cet égard, à-peu-près comme on le fait dans l'opération de la hernie (1). On introduit de suite l'index de la main gauche dans le bas-ventre , pour en soulever un peu les enveloppes , et écarter du trajet de l'instrument auquel ce doigt sert de conducteur, les parties qu'il faut ménager : on étend l'incision vers l'ombilic , ou le pubis , selon qu'on l'a commencée plus haut ou plus bas, eu coupant de dedans en dehors. Si le bistouri convexe sur son tranchant convient dans le premier moment, nous pensons que le bistouri droit boutonné et à lame étroite est préférable dans le dernier : il dispense de la sonde cannelée , qui seroit nécessaire pour diriger sûrement le bistouri ordinaire.
Etendue âne il 68. Cette première incision doit s'étendre ?" dépuis le dessous de l'ombilic jusqu'à un pouce et demi , deux pouces au plus au-dessus de la syni-
(•£) On ouvre le péritoine deux fois dans cette opération; une fois en pénétrant dans le bas-ventre, et une autre -en incisant la matrice. L'opération césarienne ne peut se faire autrement,
DES ACCOLCHEMENS. 427
physe du pubis. Elle aura un peu plus de longueur qu'on ne lui en donne ordinairement , il est vrai ; mais on découvrira davantage le haut de la raatrice, et on pourra l'ouvrir plus près de son fond. Il nous paroît indifférent d'ouvrir le péritoine de haut en bas , ou de bas en haut ; mais on observera de côtoyer un des côtés de la vessie , quand elle s'élève autaut qu'on le remarque à la fin du §.- 2166.
1 169. Pendant qu'on incisera les enveloppes du Précaution à bas-ventre , un aide fixera la matrice au milieu , jant^Fop^raen pressant des deux mains sur les côtés, et un ton. autre fera une pression semblable au-dessus de l'ombilic, afin de circonscrire en quelque sorte ce viscère , d'en écarter les intestins, et de les empêcher de venir se présenter à la plaie.
2 1 no. Zewétfrecommandoit de faire un gros pli Opinion de transversal aux tegumens , dans le milieu de la \uteur p\as partie qu'on vouloit inciser, afin de couper , disoit- moderne. il , plus sûrement : mais indépendamment de la difficulté qu'on éprouveroît en bien des cas à former ce gros pli , nous le croyons inutile. On a prescrit aussi, d'après ce célèbre accoucheur , un procédé particulier, pour éviter l'issue des intestins; peut-être a-t-il échappé à notre attention, mais nous ne le trouvons nulle part dans ses ouvrages. M. Deleurye , d'après lequel nous allons le rapporter, assure en avoir reconnu l'utilité dans la pratique. Levret , dit-il, désiroit , comme Heister, qu'on n'incisât d'abord que la peau et la graisse, qu'on pénétrât dans la capacité de l'abdomen par la partie inférieure de la plaie, et qu'on commençât également par le bas l'incision de la matrice, afin
qu'elle fût continuée de bas en haut et de dedans en dehors, concurremment avec les muscles, à l'aide du doigt introduit dans ce viscère. Par cette précaution , aussi simple qu'ingénieusement aperçue, ajoutoit-il, le fond de la matrice sera toujours soutenu au-dessus de l'angle supérieur de la division des parties contenantes communes et propres, les intestins ne se présenteront pas pendant l'opération, etc. (1). Ce conseil, loin de nous paroître aussi utile qu'on l'annonce, pourroit avoir des inconvéniens qu'on évitera toujours en découvrant la matrice dans toute l'étendue qu'on doit ouvrir, avant d'y plonger l'instrument.
Autre 21 71. Le bas-ventre étant ouvert dans une précaution A étendue convenable, on fera faire une pression un
prendre pour . 7 1 r 1 1 {
bien ouvrir peu plus forte au-dessus du rond de la matrice , la matrice. p0ur \e rapprocher davantage du niveau de l'angle supérieur de la p!aie , et on ouvrira ce viscère au milieu de sa partie antérieure, en se servant du bistouri convexe, jusqu'à ce que l'on aperçoive les membranes. On ne fera à celles-ci qu'une petite ouverture pour le passage du doigt , et avec assez de précautions pour ne pas blesser l'enfant (2); on plongera l'index de la main gau-
(1) Observation sur l'opération césarienne pratiquée à la li£:ne bianche, etc.
(2) On peut conserver ces membranes et ne les ouvrir qu'après avoir donné à l'incision de la matrice toute l'étendue nécessaire, comme nous l'avons fait quelquefois sur le cadavre > et sur la femme même, dans un cas où le placenta se présentoit en plein sous le trajet de l'instrument.
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che dans leur cavité, pour servir de conducteur au bistouri droit , avec lequel on continuera d'ouvrir la matrice en coupant de dedans en dehors , comme on le fait à l'égard des aponévroses et du péritoine ; en prolongeant l'incision au moins jusqu'au niveau de l'angle supérieur de la plaie des tégumens, et en la terminant à un pouce et demi ou environ au-dessus de l'angle inférieur, parce qu'en la continuant davantage vers le pubis, une partie de sa longueur se trouveroit cachée derrière la vessie , quelques heures après l'opération , comme nous l'avons déjà fait observer. L'étendue de cette incision doit être déterminée par le volume de l'enfant , qu'on suppose tel que sa tête a communément dix pouces à dix pouces et demi de petite circonférence. Une ouverture de cinq à six pouces suffît pour l'ordinaire ; mais en général il vaut mieux la faire un peu plus grande que plus petite , pour éviter le déchirement de ses angles , lors du passage de l'enfant. Cette augmentation , dit Levret , est de peu de conséquence, par rapport à la grande diminution qu'éprouve cette plaie après la délivrance ; surtout si on l'a faite avant l'ouverture de la poche des eaux , comme nous le recommandons.
2172. Le même xiuteur conseille aussi de la faire Opinion de un peu plus longue , quand les eaux sont écoulées autr<s prati depuis long-temps; ce qui n'est que trop ordinaire çien a ce sulorsqu'on est obligé d'en venir à l'opération césa-jCt* rienne, parce qu'une trop petite ouverture peut exposer la vie de la mère et de l'enfant , à cause des difficultés qu'elle oppose à la sortie de celui-ci. M. Solayrès peu soit , au contraire, qu'on devoit lui
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donner d'autant moins d'étendue , qu'il y avoit plus de temps que les eaux de Tamnios étoient écoulées, parce qu'une incision de cinq pouces, disoit-il , intéresse alors plus de fibres , et prête davantage qu'une de six pouces quand la matrice est dans son plus grand développement , et contient encore les eaux. Quoique ce raisonnement paroisse assez juste, nous pensons que son Auteur auroit trop épargné les fibres utérines, et que Levret ne les auroit pas assez ménagées , s'ils eussent eu l'occasion l'un et l'autre de pratiquer l'opération césarienne. Il faut faire, clans tous les cas, une ouverture de cinq à six pouces , si le volume de l'enfant l'exige.
Indications ai 78. Il ne faudrait pas inciser le placenta, lu i^kcent aDt surtout s'il offroit sa partie la plus épaisse ou son milieu sous le tranchant du bistouri, parce qu'il pourroit en résulter de grands inconvéniens pour l'enfant, à cause'de la section des vaisseaux ombilicaux qui en garnissent la face interne ; il vaut mieux le détacher d'un côté après l'incision de la matrice, pour ouvrir les membranes mêmes auprès de l'un de ses bords , comme nous l'avons fait dans la première des opérations que nous avons citées, et comme cela se pratique quand il est attaché sur le col de la matrice.
De la nia- 1 1 y4- Ayant ou vert la matrice convenablement, mère a ex- Qu insmue la main pour prendre les pieds de
trairel enfant J r r l
après l'opéra- 1 entant , et les amener au-dehors , en se condui-
tion. sant, à cet égard, de la même manière que si on
vouloit retourner cet enfant et l'extraire par la
voie naturelle. On en dégage les bras de même.
quand les épaules sont assez avancées, et on place
ensuite un doigt clans la bouche pour entraîner la tête. Il ne faut s'écarter de cette règle qu'autant que la tête se présente naturellement à la plaie de la matrice : si elle n'est pas expulsée de suite par les efforts de ce viscère qui tend à se resserrer , on en favorise l'issue en pressant légèrement le ventre des deux côtés et à quelque distance de l'incision 7 ou bien en insinuant l'index de chaque main jusqu'au-dessous des angles de la mâchoire inférieure.
21 75. En continuant de se resserrer de plus en De ia déliplus sur elle-même après la sortie de l'enfant , la îTa°«e apre*
I r "la même ope-
matrice ne tarde pas à porter le placenta vers la ration, plaie et à l'expulser : ce qu'on favorise encore en tirant sur le cordon ombilical , et bien plus sûrement en saisissant le bord de cet arrière-faix du bout des doigts aussitôt qu'il se présente , pour le dégager plus facilement , et lui faire présenter moins de volume à la plaie , que si on l'entraînoit en continuant de tirer sur le cordon. Il faut également prendre soin d'extraire les caillots qui auroient pu se former dans la matrice, et de passer un doigt à travers son coi , pour précipiter dans le vagin ceux qui pourroient s'y trouver engagés. Si la matrice restoit molle et sans action après l'issue du placenta , il faudroit la toucher un peu extérieurement et l'agacer , pour la relever de cet état d'abattement et l'obliger à se contracter sur elle-même.
2 1 76. Il coule peu de sang de la plaie de la matrice quand on l'a faite au milieu de sa partie antérieure, à moins que le placenta n'y soit attaché. Si l'hémorrhagie est plus grande dans ce dernier cas , elle ne subsiste pas long-temps quand la
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matrice se contracte fortement et se resserre bien après la sortie de l'en fan!. Il n'en est pas de même lorsque l'incision a été faite ailleurs et sur l'un des côtés de ce viscère , quand l'instrument a coupé quelques-unes des grosses branches des artères et des veines utérines ; la femme peut perdre plus de sang . en ce que l'hémorrhagie dure plus de temps , quelle que soit la contraction de la matrice. Si elle se soutenoit avec assez d'abondance , dans ce cas surtout , pour donner de l'inquiétude , il faudroit toucher les lèvres de la plaie avec de l'eau froide, même avec un peu d'esprit-de-vin, comme quelques-uns l'ont déjà recommandé (i) : au défaut de celui-ci , que l'on n'a pas toujours sous la main , on se servira d'eau et de vinaigre , ou de vinaigre pur.
2177. L'hémorrhagie peut survenir quelques heures , et même plusieurs jours après l'opération césarienne, comme à la suite de toute autre espèce d'accouchement ; mais , toutes choses égales d'ailleurs, elle est alors moins dangereuse que celle qui provient de la section des gros vaisseaux qui'correspondoient au placenta , ou de ces branches artérielles et veineuses dont nous venons de parler. Il suffit, pour empêcher le sang de couler, de ranimer l'action tonique de la matrice, toujours languissante en pareil cas ; soit en agaçant et en stimulant le viscère extérieurement , soit eu y injectant , par la plaie , de l'eau froide , pure , ou avec un peu de vin , même du vinaigre , selon que l'inertie en sera plus ou moins grande ; comme on
(1) Voyez les Instituts de Chirurgie tfHeister.
le t'ait par l'orifice , dans le cas de perte , après l'accouchement ordinaire.
Section IV.
Du traitement qui convient à la suite de l'opération césarienne.
21 78. Lorsqu'il s'est épanché du sang et des eaux Premier soin dans la cavité abdominale pendant l'opération, il avoir après faut en procurer l'issue avant d'appliquer l'appa- l'opération reil , soit en faisant prendre à la femme une situa- cesariemietion convenable , soit en pressant seulement le ventre des deux côtés. L'on a eu quelquefois recours aux injections d'eau tiède , pour laver ia surface des viscères qui avoient été baignés par ces fluide. De pareils épanchemens seront rarement à craindre dans le moment de l'opération , si on la fait à la ligne blanche.
2 179. La plaie de la matrice exige peu de soin : Traitement
dl , j- ■ j ■?■ / • de la plaie de
le se resserre et diminue de moitié ou environ, la ^^^
en très-peu de minutes, excepté quand ce viscère reste dans l'inertie et ne se contracte pas sur luimême. Cette plaie se consolideroit aisément , si elle ne servoit le plus souvent d'égout aux fluides qui découlent abondamment de la surface interne de la matrice dans les premiers jours des couches. Rousset et Ruleau conseilloient d'en arroser les lèvres avec une infusion de plantes vulnéraires , et le dernier y appliquoit ensuite un mélange de baume cVarceus et d'huile à'hypericum: mais on conçoit clairement l'inutilité de toutes ces choses. Sa réunion est l'ouvrage de la nature. et l'hémorrhagie seule, lorsqu'elle survient, exige une attention particulière. Tome IL 28
4M iArt
JeDeprocurei- 2 1 8o- Dans toU;i les temps on a eu recours à la la réunion de suture pour procurer la réunion des parties extérieure!*3 eXte~ rieures , et on l'a faite de toutes les manières conuues ; si elle n'est pas indispensable, on conviendra, du moins, que c'est le moyen le plus sûr d'obtenir une cicatrice ferme et solide : la nécessité d'entretenir une issue aux lochies qui s'échappent par la plaie de la matrice peut seule en contrebalancer l'utilité , et c'est sous ce point de vue que ceux qui l'ont employée conservoient une espèce d'égout au bas de cette grande plaie, en y passant une bandelette effilée.
1 1 8 r . La suture n'est cependant pas rigoureusement nécessaire après l'opération césarienne; c'est un fait que l'expérience a confirmé plusieurs fois. Il n'y a pas de plaie dont on puisse plus facilement rapprocher les bords ; toutes les parties environnantes y ayant été disposées par la grossesse , et les enveloppes du bas-ventre étant dans les premiers temps beaucoup plus étendues qu'il ne le Faut pour embrasser convenablement les viscères. Mais il faut avouer aussi qu'il n'y a pas de circonstance où il soit plus difficile de maintenir ces mêmes bdrds dans un contact parfait , à cause de leur peu d'épaisseur et du peu de soutien qu'ils ont de la part des viscères, surtout lorsqu'on a fait l'incision à la ligne blanche. Les plus petits mouvemens de la femme et ïa moindre pression que font les pièces d'appareil sur les environs, détruisent ce contact si nécessaire à une parfaite réunion; de sorte que très-souvent on a trouvé , au moment des pansemens,une ou plusieurs anses d'intestins dehors, et comme affaissées sous le bandage : surtout lors-
DES ACGOUCHEMENS. 435
que le ventre commence à semétéoriser. L'utilité de la suture semble donc naître ici des dispositions mêmes qui porteroient à s'en dispenser.
2182. La suture de son côté n'est pas sans in- inconvenicns convéniens ; outre qu'elle est très - douloureuse -, (le la suturepersonne n'ignore qu'on a été plusieurs fois obligé
de la relâcher , même de la couper , soit à cause de la tension du ventre , soit pour donner issue à des grumeaux de sang qui s'étoient formés dans cette cavité : malgré cela , nous pensons qu'on ne devroit pas la rejeter entièrement. La suture enchevillée , qui n'est ni plus difficile à pratiquer , ni plus douloureuse pour la femme , que la suture entrecoupée qu'on y a substituée dans les derniers temps , est la plus propre à procurer l'agglutination de toute l'épaisseur des parties divisées : autrement il n'y a que les tégumens qui se réunissent.
2 1 83. La plaie dont ii s'agit ne doit pas être considérée comme une plaie simple qui ne demanderoit qu'à être réunie, et personne ne l'a considérée comme telle , puisque chacun y a réservé un passage aux lochies . qui manquent rarement , dans les premiers jours , de sortir par cette voie. Mais qu'est-il nécessaire d'entretenir, pour l'issue de ces fluides , une ouverture de cinq à six pouces , lorsqu'une beaucoup plus petite peut suffire ? L'air est ennemi des viscères du bas-ventre , et l'on ne sauroit trop les en préserver ; ils veulent être contenus mollement, et souvent il arrive qu'ils sont froissés par le bandage , quand on veut épargner à ia femme les douleurs de la suture.
21 84- Ce scroitun abus de multiplier les points d'aiguille , comme l'ont fait quelques personnes
436 l'art
ignorantes ; mais il faut en pratiquer deux ou trois pour réunir environ les deux tiers supérieurs de la plaie. Il suffit de conserver à !a partie inférieure de celle-ci , une étendue de deux pouces au plus; la plaie de la matrice n'étant pas beaucoup plus grande quelques jours après l'opération , quand ce viscère s'est contracté sur lui-même , comme il le fait ordinairement après l'accouchement. Nous ne décrirons pas la manière de pratiquer cette suture parce que tous les Auteurs de Chirurgie en ont parlé : nous observerons seulement qu'il faut faire des nœuds en rosettes 7 pour la relâcher et la resserrer au besoin.
Du premier 21 85. On place des compresses longuettes sur appareil. ]es cot^s de ia plaie , et par-dessus , une autre compresse carrée , trempée dans le blanc d'œuf battu avec de l'eau animée d'un peu d'eau-de-vie , d'esprit-de-vin, ou d'eau vulnéraire. Nous sommes d'avis qu'on mette aussi au défaut des hanches , c'est-à-dire sur les flancs , deux petits coussins mollets , pour affermir le bandage et pousser en devant les fluides qui pourroient s'épancher dans le bas-ventre. On soutient le tout au moyen du bandage de corps.
ai 86. Cette plaie doit être pansée plus souvent que toute autre plaie pénétrante du bas-ventre ? afin de prévenir les épanchemens et la formation des caillots de sang , que cet appareil retient entre les lèvres de la plaie de la matrice et des téguniens : on lèvera donc l'appareil tous les jours, et même le matin et le soir , si on a lieu de soupçonner ces épanchemens, ou bien l'issue des intestins ou de l'épiploon. Mais on aura le plus grand
DES ICCOi'JCHEMEWS. 4^7
soin de ne pas exposer la plaie au contact de Pair , sans nécessité: on la couvrira d'un linge fin, sec ou trempé clans une eau mucilagineuse, à mesure qu'on détachera l'appareil d'un côté. S'il paroît nécessaire en quelque cas de panser fréquemment dans les premiers temps, on le fera plus rarement, quand les lochies auront pris leur cours par les voies ordinaires , et lorsque le bas de la plaie extérieure ne présentera d'autre indication que celle de la réunion. Les pansemens doivent être toujours très-simples, et sans onguent.
2187. 'Il seroit quelquefois très-avantageux de ; Utilité des
r ■ j - • . • v ,\ 1 il w % injections en
faire des injections d eau tiède , ou dune iegere pareii cas. décoction d'orge, pour laver la surface des viscères arrosés par les lochies , et qui se présentent au voisinage de la plaie. Il ne seroit pas moins utile d'en faire dans la matrice même , par cette plaie , pour entretenir la liberté de son orifice , et disposer les lochies à y passer. Quelques-uns , avec Rousset, Vercluc et Rideau, ont recommandé dans ces dernières vues, d'introduire une canule ou une espèce de pessaire creux , dans lé col de Ja ma- ' :
trice : mais indépendamment de ce qu'il seroit difficile d'y maintenir cet instrument, il ne pourroit servir au passage des caillots, parmi lesquels il y en a de très-gros. La conduite du Chirurgien de Crépy (i) nous paroîtroit bien préférable, quoiqu'elle ne soit pas conforme à l'opinion de tout le monde. Une femme qu'il avoit opérée depuis neuf heures , étant dans un état de suffocation considérable , éprouvant des foiblesses fréquentes , et
(i) M. Grtenîn,
438 l'art
vomissant presque à chaque minute, il découvrît la plaie et relâcha la suture, pour retirer du ventre et de la matrice , les caillots qui s'y étoient formés. Il y fit couler ensuite du vin tiède , et le contraignit de passer dans le vagin , en insinuant son doigt, par la plaie, à travers le col de la matrice même comme pour le déboucher : ce qui rétablit , dit-il , le cours des lochies , qui avoit été suspendu par la présence d'un grumeau de sang. Nous pensons qu'on ne s'occupe pas assez de cet objet, et qu'en débouchant de temps à autre le col de la matrice ( qu'on nous passe cette expression), pn assureroit davantage le succès de l'opération césarienne. Nous avons employé à ce dessein une bandelette effilée. On nous en a fait un sujet de reproche dans un ouvrage récent; mais c'est contre toute raison qu'on a condamné ce moyen. Du régime et ai 88. Nous ne pouvons établir d'autres règles des remèdes pour je reste du traitement , parce qu'elles ne
généraux qui r a ï , -i •' î ■
conviennent doivent être déduites que des circonstances aecesa.pres 1,0Pera" soires. Si la femme est forte et robuste , on la saignera une ou plusieurs fois après l'opération , selon la nature et l'intensité des accidens qui se manifesteront. On entretiendra la liberté du ventre , par le secours des lavemens ; on prescrira une diète sévère et des boissons délayantes , comme l'eau de veau, aiguisée d'un peu de sel de nitre , l'eau de poulet, de chiendent y de pariétaire, de graine de lin , etc. C'est à la sagacité du Chirurgien à saisir les indications particulières et à prescrire , selon l'exigence des cas , ce qu'il croira le plus convenable.
2j8cj. Il faut engager la femme à nourrir son
«Sa ACCOUOHKMEiNS. 4^9
enfant, à moras que les premiers aocidens de l'opération , ou ceux qui l'ont précédée, ne lui en ôtent les facultés. Plusieurs praticiens ont déjà donné ce précepte , et ont fait suppléer à la succion de l'enfant., par celle qu'on exerce au moyen d'une pipe, ou en faisant teter de petits chiens. C'est le moyen d'appeler l'humeur laiteuse vers les mamelles , de la détourner de la matrice , et de tarir plus promptement la source des écoulemens qui se font par la plaie de ce viscère.
1 190. Après la consolidation parfaite de la plaie, .Précaution
i r j j- i utile après la
la lemme ne devroit pas se dispenser de porter un consoiiaaù0n bandage en forme de ceinture, pour prévenir les de la plaie. hernies consécutives qui arrivent souvent après l'opération césarienne , et dont le volume devient quelquefois énorme»
ARTICLE V
Des grossesses par erreur de lieu, communément appelées extra-utérines.
2191. La matrice n'est pas le seul endroit où De lagr-osl'enfant puisse se former, se nourrir et s'accroître ; ^rine1 et de puisqu'il s'en est trouvé dans les trompes , dans ses espèces. les ovaires , et dans la cavité abdominale : ce qui constitue trois espèces de grossesses extra-utérines un peu différentes, quoique les symptômes et les suites en soient, à peu de choses près , les mêmes. Si le premier siège de l'homme , comme l'a dit le savant, et illustre baron de Haller , et ainsi que beaucoup d'autres l'ont pensé , est manifestement dans l'ovaire, si c'es,t là où il est conçu, et si la. trompe n'est que le canal destiné à le transmettre
44o l'art
dans la matrice , ces sortes de grossesses ne doivent pas nous surprendre , et celles où l'enfant se développe dans la matrice même, sont bien plus propres à exciter notre admiration. Que d'obstacles en effet l'œuf fécondé, ou le premier produit de la conception, ne doit-il pas rencontrer avant que d'y arriver, et que de facilité la trompe, si étroite du côté de ce viscère et si large vers le ventre, ne lui offre-t-elle pas à descendre , ou à tomber dans cette cavité !
2 192. De ces trois espèces de grossesses par erreur de lieu , celle de la trompe paroît la plus ordinaire : un grand nombre d'Auteurs, tels que Douglas', Santorini, Riolan, Duverney, Solingen, etc. en rapportent des exemples auxquels on pourroit en ajouter beaucoup d'autres aujourd'hui (i), tandis qu'on en rencontre à peine quelques-runs de fœtus logés dans les ovaires. Nous y avons trouvé une masse osseuse assez informe, entourée de neuf dents bien solides, et beaucoup de cheveux entremêlés d'une grande quantité de matière comme butyreuse ; et depuis ce temps, deux autres fœtus dont l'un paroissoit du terme de sept mois , et l'autre de celui de neuf .ce dernier pesoit huit livres et demie (1). Dionis , (3) Simon (4), Gallidj), etc.
(î) Nous en avons recueilli cinq exemples dans un très court espace de temps; depuis quelques années. Voyez §. 2201 et suiv.ans.
(2) Voyez § 1989 et 2 23i.
(3) Dissertation sur la génération.
(4) Recherches sur l'opération césarienne , Mémoires de l'Académie de Chirurgie.
(5) Mémoires de l'Institut de Bologne, tom. il, part. IIï.
fournissent des observations de grossesses , où le fœtus s'étoit développé dans la cavité du basventre j et dont le placenta adhéroit au mésentère, au bas de la colonne lombaire, à l'une des trompes, ou sur le fond de ïa matrice (i). Si quelques-uns des enfans qui se sont trouvés dans la cavité abdominale, à l'ouverture du cadavre de la mère, sembloient y avoir été conçus, comme ceux qui font le sujet des observations de Dionis r Simon et. Galli ; les autres y étoient tombés à la suite de la rupture de la matrice, ou de l'une des trompes dans lesquelles ils s'étoient formés et plus ou moins développés.
Section première.
Signes des différentes espèces de grossesses extra* utérines. ;
2193. Il est presque impossible de bien recon- Temps où noîtreces grossesses avant l'époque où les mouve- 1,on l'fl,t re
O a. X COHUOltrC OGS
mens de l'enfant se font sentir., c'est-à-dire , avant sortes de gros-
sesses.
L'observation de Galli est aussi insérée dans le Suppl. de la Chirurgie aHeiiter , part. II , pag, 67.
(1) Le fait de ce genre qui paroît le plus extraordinaire , est celui qui a été publié à Londres , en 1 79 1 , p ar William Tumbutt ; puisque le placenta étoit si mince qu'on l'auroit pris pour une membrane , et les vaisseaux si petits qu'où pouvoit à peine en suivre la trace ; que leurs ramifications se perdoicnt au péritoine , à l'estomac , au foie , aux intestins , au mésentère , au mésocolon , etc. {Voyez !e n° XII du Bulletin des Sciences, publié par la Société Philomamatique , et le Journal de Médecine , rédigé par M. Sêàïlht , tom. VI , pag. 75. )
44 2 l'art
le quatrième et même le cinquième mois, si, à la rigueur, nous n'avons, avant ce temps, que des signes incertains de la grossesse ordinaire. Lorsque l'enfant se forme et se développe dans l'un de ces lieux insolites , la femme, au rapport de quelques Auteurs, ne cesse pas d'être réglée, et ne vomit point dans les premiers temps comme dans les autres grossesses ; ce qui fait qu'elle ne peut se soupçonner enceinte d'aussi bonne heure : les mamelles ne filtrent pas de lait; le ventre ne se tuméfie que du coté de la trompe ou de l'ovaire qu'occupe l'enfant, et les mouvemens.de celui-ci se font sentir dans un autre lieu ; ces grossesses enfin sont compliquées de mille accidens, pour ainsi dire, dès le moment où elles commencent : mais tous ces indices , souvent démentis par l'expérience , sont on ne peut pas plus illusoires. La femme qui fait le sujet de l'observation communiquée par Cyprianus , ne fut pas réglée pendant le cours de sa grossesse , et cette évacuation ne reparut qu'après le dixième mois, environ cinq ou six semaines après l'époque des douleurs que cette femme avoit senties pour accoucher. Aucune de celles que nous avons été à même de voir n'a eu ses règles : toutes ont éprouvé , à quelque chose près, les accidens d'une grossesse ordinaire, à l'exception d'une seule qui s'est parfaitement bien portée jusqu'à l'époque du neuvième mois. Dans l'exemple de grossesse par erreur de lieu, publié par Simon , d'après Salarier le père , il y eut des coliques et un vomissement continuel , depuis le commencement jusqu'à la fin. Combien de femmes d'ailleurs ne sont-elles pas réglées pendant les trois
ou quatre premiers mois d'une bonne grossesse ? Combien d'autres qui ne vomissent dans aucun temps de celle-ci, et qui n'ont pas la moindre apparence de lait dans les mamelles ? Quant à la tuméfaction du ventre, nous n'entrevoyons pas bien clairement pourquoi elle seroit différente de ce qu'on remarque dans une grossesse ordinaire , où le fond de la matrice est incliné vers l'un des côtés ; surtout après les- premiers mois , et bien plus encore vers le dernier temps , qui est celui où la femme réclame les secours de l'art. Quand la grossesse a son siège dans l'une des trompes ou dans l'un des ovaires, il est hors de doute cependant que la tumeur circonscrite qu'elle présente occupe d'abord un des côtés du bassin , et ne peut se porter sur l'autre dans les premiers temps ; mais ce n'est pas seulement en palpant le ventre qu'on peut en juger. Nous avons observé , dans un cas de cette espèce, deux jours avant la mort de la femme, que cette tumeur sembloit n'être formée que par un amas de vaisseaux , tant les pulsations artérielles étoient fortes et remarquables dans tous les points accessibles au toucher. L'état de développement où. nous avons trouvé le système vasculaire du kyste chez plusieurs autres femmes victimes également dès les premiers mois d'une grossesse extra-utérine, nous fait penser qu'on auroit remarqué les mêmes pulsations dans la tumeur avant la mort de ces femmes (i).
(i) Nous avons été consulté par un très-grand nombre de femmes , depuis trente ans , pour des engorgemens et des tumeurs qui s'étoient formés dans le voisinage de la
444 l'art
2 ig4- Ce uest quepar le toucher qu'on découvre le -siège d'une grossesse que les mouvemens de l'enfant ont déjà mise en évidence. Il n'est peut-être pas impossible alors de déterminer, par ce moyen , si l'enfant occupe la trompe ou la cavité abdominale ; si ses enveloppes ont des rapports avec la matrice ou non. La femme étant couchée sur le dos, de manière que les muscles abdominaux soient relâchés , on commence par s'assurer de l'existence de l'enfant, soit par ses mouvemens, soit en touchant ses membres. Ensuite on introduit un doigt dans le vagin , pour juger de l'état du col de la matrice et de la grosseur de son corps, comparativement à la grosseur de cet enfant. L'un et l'autre doivent être à-peu-près dans l'état naturel : le corps de la matrice du moins doit être beaucoup plus petit, moins développé, qu'à pareil terme d'une grossesse ordinaire.- Observation. 2Iq5. L'examen anatomique de plusieurs femmes mortes des suites d'une grossesse extra- utérine, nous a confirmé dans l'opinion où nous étions qu'on pouvoit reconnoître l'existence de ces sortes de grossesses par le toucher, et pour ainsi dire en déterminer le siège. La première nous fut adressée vers le milieu d'octobre 1792, par un Médecin de Joinville qui lui avoit donné des soins durant plusieurs mois. Elle arriva à Paris dans un état de fièvre de pourriture qui ne
matrice , el dans aucun de ces cas , même daus ceux où la tumeur étoit éminemment inflammatoire, nous n'avons trouvé ni celte expansion du système vasculaire de la tumeur , ni ces fortes et nombreuses pulsations artérielles.
laissoit aucun espoir de la conserver : et elle mourut le jo novembre suivant. Elle étoit devenue grosse vers les premiers jours d'octobre 1 791 , et n'a voit éprouvé jusqu'au 20 décembre que les accidens trèsrordinaires à cet état, tels que des dégoûts, des nausées, des vomissemens, et la suppression des règles : mais à cette époque du 20 décembre, elle ressentit de violentes coliques, spécialement dans la région hypogaslrique , qui se soutinrent pendant deux mois , et pour lesquelles elle prit soixante bains. Les mouvemens de l'enfant se firent sentir pour la première fois le 19 février 1792, et pour la dernière fois le 3o mai suivant. Vers le 4 juillet , cette femme commença à perdre des eaux roussâtres , et en si grande abondance , qu'elle mouilloit chaque jour une grande quantité de linge, et que sa chambre en étoit inondée ; elle perdit aussi beaucoup de sang, et celte perte continua , par intervalles , jusque vers la fin de septembre. A l'instant même où elle commença à. perdre des eaux et du sang, elle éprouva de nouvelles coliques et des maux de reins qui lui firent croire qu'elle alloit accoucher : ces douleurs cessèrent après quelque temps , et furent remplacées par d'autres, tantôt plus aiguës , et tantôt moindres , mais habituellement sourdes, et toujours accompagnées de fièvre, de dévoiement et d'insomnie. Je vis cette femme presque mourante le surlendemain de son arrivée à Paris , 3o octobre ; et je reconnus- en palpant le ventre et en touchant du côté du vagin, qu'il existoit un enfant, mais qu'il étoit hors de la matrice : que. sa tète engagée dans le bassin se pré-
446 l'art
sentoit facilement au doigt introduit dans le vagin * que l'épaisseur des parties qui l'enveloppoient permettoit de suivre distinctement une des sutures , et de reconnoître la fontanelle antérieure ; que sa position étoit des- plus naturelles , et que sa grosseur dénotoit un enfant de sept à huit mois : il étoit mort , comme on peut le présumer. Le col de la matrice étoit déjeté sur le côté gauche de la symphyse du pubis : sa forme, sa longueur, son épaisseur, sa fermeté, n'offroient rien de remarquable, et l'orifice etoit resserré au point de ne pouvoir admettre le bout du doigt : il se présentoit sous ces divers rapports comme chez toutes les femmes qui ne sont pas enceintes. Le corps de la matrice se découvroit presque aussi facilement que son col : il s'éievoit derrière le pubis gauche au-dessus duquel il se faisoit sentir avec un peu d'attention comme une petite tumeur aplatie et aîongée , appliquée à la partie antérieure, inférieure et un peu latérale gauche de la poche qui contenait l'enfant. Cette poche occupoit bien plus le côté droit du ventre que l'autre côté (i).
2196. L'examen anatomique nous fît voir que je ne m'étois pas trompé dans mes premières recherches ; que l'enfant se présentoit comme je l'avois annoncé ; que la matrice n'avoit que ses
(1 ) Je jetai ces observations sur le papier après ma première visite, et je crayonnai par quelques traits seulement la forme et le rapport des deux tumeurs , c'est-àdire , de la poche qui contenoit l'enfant , et de la matrice, en attendant que l'ouverture du cadavre pût rectifier l'idée que j'avois conçue de l'une et de l'autre : ce qui eut lieu le il novembre.
dimensions naturelles , et que ses rapports avec la tumeur formée par cette espèce de grossesse , étaient exactement tels qu'ils sont désignés plus haut (i). L'enfant s'étoit développé dans la portion la plus large de la trompe du coté droit : il étoit de la grosseur des enfans de huit mois ; entier et assez bien conservé, sa peau n'étant altérée et détruite qu'en très-peu d'endroits. C'étoit un garçon. Je l'ai conservé pendant vingt-sept mois, dans un vase plein d'eau , et entièrement à découvert, sans autre soin que celui de renouveler l'eau après son évaporation. Je l'ai retiré de la glace après plus de six semaines de congélation , et il s'est desséché comme les pièces d'anatomie ; la poitrine et le ventre seuls s'étant détruits par la pourriture. Nous supprimons ici beaucoup de détails intéressans sur cette grossesse extra-uté rîne y parce qu'ils formeraient la matière de huit ou dix pages d'impression (2).
2 197. En admettant que le volume de la matrice augmente dans la grossesse extra-utérine 7 comme l'annonce Levret , d'après un seul fait (3»), cette
(1) Nous avons reconnu avec la même exactitude , l'état de la matrice et ses rapports avec le kyste qui contenoit l'enfant dans un autre cas de grossesse extra-utérine. {V~oyez §. 221 3 et suivans. )
(2) M. Lacroix , étudiant en Chirurgie et élève de M. Brasdor , que j'avois appelé pour ouvrir le cadavre y a donné l'esquisse de ce fait dans le Journal des Découvertes relatives aux différentes parties de l'art de guérir , par M. Fourcroy , tom. IV , p'à'g. 346.
(3) Observations sur les Accouchemens laborieux , part. Iï , pag. 427 , quatrième édition.
augmentation ne doit être bien apparente qu'autant que le placenta a quelque l'apport avec ce viscère. Elle reste fermée jusque dans les derniers momens de ces sortes de grossesses , et son col ne subit aucun changement, si ce n'est qu'il devient un peu plus gros en quelques cas , et qu'il s'entr 'ouvre un peu comme le dit Galli(i), dans les efforts infructueux que fait la nature pour se délivrer de l'enfant au terme ordinaire.
2 198. L'existence d'une grossesse extra-utérine étant bien reconnue, il n'est peut-être pas impossible, comme nous l'avons déjà dit , de déterminer le lieu où est renfermé l'enfant; c'est-à-dire, s'il est dans l'une des trompes ou dans l'un des ovaires, ou bien dans la cavité abdominale. Dans le premier cas, ces mouvemens doivent être moins vagues et ses membres plus resserrés, à cause de l'enveloppe que lui fournit la trompe; le corps de la matrice , qu'on découvre par le procédé indiqué depuis le §. 38 1 jusqu'au 385 inclusivement, est inhérent à. la tumeur formée par le sac qui contient l'enfant, et ne peut en être séparé : c'est comme une autre tumeur ajoutée à celle-ci. La même chose a lieu quand l'enfant s'est formé dans l'ovaire ; ou bien lorsqu'il se trouve dans le bas-ventre , le placenta étant greffé sur le fond de la matrice. Dans ce dernier cas , ses mouvemens doivent être plus étendus et plus vagues , parce que ses membres ne sont pas resserrés dans un espace aussi borné que dans la grossesse tubaire , ou de l'ovaire. On peut
(ï) Mémoires de l'Académie des Sciences de Bologne toin. 11 , part. lîî.
distinguer plus nettement le corps de la matrice d'avec la tumeur formée par le conduit de la conception, pourvu que le placenta n'y soit point attaché ; et on peut l'en écarter plus où moins , en pratiquant le toucher convenablement.
Section II.
Evénemens delà grossesse extra-utérine en général, et des indications qu'elle présente.
2199. Il est extrêmement rare qu'une grossesse Evénement -extra-utérine parvienne aussi heureusement à de la grossesse terme qu'une grossesse ordinaire ; surtout celle de *a trompe' où l'enfant est dans la trompe , parce que le tissu de ce canal étant très-mince , ne peut s'étendre assez pour le contenir, et ne reçoit pas d'ailleurs assez de sang pour fournir tout ce qui est nécessaire à son développement et à celui du placenta. La plupart des fœtus trouvés dans les trompes ou les ovaires , n'offroient que le volume de ceux de trois ou quatre mois de conception , et souvent même ils étoient plus petits : à peine s'en est -il rencontré quelques-uns qui aient paru parfaitement à terme. L'illustre baron de H aller n'en cite qu'un; encore n'entre -t -il dans aucun détail sur ce fait, et n'en indique-t-il pas l'Auteur (x). Leroux, Chirurgien de Dijon, parle d'un autre, dont Marchand , son confrère , lui avoit fait part ; mais il n'en fait pas connoître les circonstances (2). Un Elève de l'Hôtel-
(1) Système sur la génération , traduit en français.
(2) Voyez sf s Observations sur les hémorrhagiés de