‹ L'art des accouchemens (volume 4)Chapitre 26 sur 36 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Des Grossesses composées , des fausses Grossesses, et' de V Avortement.

a3o8. Après avoir parlé de tout ce qui concerne la grossesse simple et le mécanisme des différentes espèces d'accouchemens, tant naturels que contre nature et laborieux , nous terminerons cet ouvrage par ce qui a rapport à la grossesse composée , aux fausses grossesses , et à l'avortement ou l'accouchement prématuré, vulgairement appelé Fausse-couche.

ARTICLE PREMIER

De la grossesse composée, de ses signes, et des indications qu'elle présente relativement à l'accouchement.

â3og. On appelle Grossesse composée ^celle qui DéGnition

est formée de plusieurs enfans ; et l'on donne corn- de la grossesse

, v r . , 7 , composée.

munement a ceux-ci le nom de Jumeaux , sans

avoir égard à leur nombre, quoique cette dénomination , prise rigoureusement, n'en désigne que deux; les autres étant tri-jumeaux, quadri-jumeaux, etc. La grossesse de deux enfans est assez rare; celle de trois l'est encore davantage , et l'on

5l8 LART

ne rencontre presque jamais de quadri-jumeaux(i)„ 9.3io. Quel que soit le nombre de ces en fans , s'ils ne sont groupés et liés ensemble par quelquesunes de leurs parties ? chacun d'eux a ses enveloppes particulières , et la poche qui contient Tun n'a point de communication avec celle de l'autre; ils ne sont pas baignés par les mêmes eaux. Si on les a trouvés quelquefois dans les mêmes enveloppes , ce cas doit erre au moins très-rare , et peut-être ne l'a-t-on jamais bien observé.

a3 r i. Ces poches sont formées des deux membranes, chorion et amnioSj adossées Tune à l'autre , et liées par un tissu cellulaire ou lamineux trèsfin , de sorte qu'il en résulte autant de cloisons composées de quatre feuillets membraneux qu'il y a d'enfans.

i3 1 1. Chaque jumeau a de même son placenta ; mais tantôt celui de l'un est écarté de celui de l'autre , et tantôt il en est rapproché au point que les masses se touchent et semblent même confondues. Dans tous ces cas, les vaisseaux de l'une n'ont aucune communication avec ceux de l'autre : cetfè vérité est hors de doute, au moins à l'égard des arrière-faix qui sont isolés. Quelque soin que nous ayons donné à la recherche de ces communications , nous ne les avons aperçues qu'une seule

(i) La grossesse double , ou de deux enfans , n'a eu lieu que 1^2 fois sur i2,6o5 à l'Hospice de la Maternité ; celle de trois enfans deux fois seulement , et il n'y a pas eu un seul exemple de celle de quatre ; non plus que sur 125,591 femmes accouchées à l'Hôtel-Dieu de Paris , depuis I7i3 jusqu'en 1797 inclusivement.

DES ACCQUCHEMENS. 5ig

fois ; il y avoit alors trois enfans. On injecta d'abord un cordon , et la matière de l'injection ne s'étendit pas au-delà de ses divisions ; et en ia poussant dans un autre, elle remplit non-seulement les vaisseaux qui en provenoient , mais encore une parlie de ceux de la troisième masse.

28 1 3 On voit d'après ces observations que les jumeaux n'ont rien de,commun, au moins dans tous ces cas ; que îa vie de l'un est indépendante de celle de l'autre; que l'un d'eux peut la* perdre pendant la grossesse , séjourner dans ia matrice , s'y conserver entier, se putréfier même, sans nuire au développement du second; qu'un d'eux peut être expulsé au terme ordinaire, ou prématurément, et, en quelques cas seulement, être suivi de son arrièrefaix , sans que cela nuise à l'autre jumeau , détruise les rapports nécessaires à sa vie, et àja sûreté de la mère, s'il ne vient pas aussitôt; que ces enfans isolés ne peuvent se gêner dans leurs mouvemens en entre croisant leurs membres , et en les entremêlant ; que leurs cordons ne peuvent s'enlacer , s'entre-tortiller, se nouer ou former entre eux une sorte de natte, comme on assure l'avoir vu.

i3 i/j- Il n'en est pas de même quand ils sont dans les mêmes enveloppes, contenus dans la même poche , et baignés par les mêmes eaux , s'il s'en est réellement trouvé de tels. Que l'un d'eux vienne à mourir et à se putréfier quelque temps avant son expulsion , la vie de l'autre est en danger; sa perte est même inévitable , si la nature ne le fait naître promptement. Que l'un d'eux naisse prématurément, le second ne peut rester au-delà de quelques heures, de quelques jours au plus : heu-

520 l'art

reux quand cet événement n'a lieu qu'aux ap-» proches de leur maturité ou au temps de celle-ci. L'arrière-faix du premier ne peut le suivre , qu'il ne détruise les adhérences de celui de l'autre et ne l'entraîne ; soit que chacun d'eux ait le sien bien distinct, ou que les masses en soient liées, confondues; puisqu'elles ont alors la même base , et qu'il n'y a qu'un seul chorion ; les membres de ces en« fans se heurtent, se croisent, s'accrochent dans leurs mouvemens, et se gênent; ils se présentent quelquefois et s'engagent pêle-mêle au moment du travail de l'accouchement, où la poche qui les contient vient à s'ouvrir; on a peine à distinguer ceux de l'un d'avec ceux de l'autre, à reconnoître ce qui doit être réduit ou dégagé; ceux de l'enfant qu'il faut extraire ou laisser venir en premier; les cordons peuvent- également s'enlacer, s'entortiller, se nouer, sortir ensemble , ou l'un d'eux s'engager avec une partie quelconque du second enfant.

23 1 5. Nous avons fait observer déjà que ces enveloppes, communes à plusieurs enfans, ne se voyoient guère que lorsqu'ils étoient eux-mêmes groupés, unis, confondus par quelques-unes de leurs parties : peut-être s'est-on trompé quand on a cru les voir eu d'autres cas , ne les a-t-on examinées qu'avec peu de soin, a-t-on négligé de rechercher la cloison qui séparoit les enfans , qui les isoloit.

23 [6. Quoique chaque jumeau ait ses enveloppes , i! arrive quelquefois qu'ils se présentent ensemble à l'orifice de la matrice, qu'on touche à nu la tête de l'un et celle de l'autre , ou des parties différentes; parce que les deux poches qui les con-

DES ACCOUCHEMI'NS. D2l

tenoient se sont ouvertes successivement et avant qu'aucun d'eux ne vînt se présenter et 3'engager dans cet orifice , comme nous lavons vu. L'une de ces poches s'avance et s'ouvre , l'autre vient aussitôt la remplacer, se déchire de même, et après la sortie du premier enfant, le second se présente à nos recherches sans aucune enveloppe : ce qui a pu faire croire aux Accoucheurs qui n'avoient pas bien observé les phénomènes du travail , qu'ils étoient renfermés dans les mêmes membranes.

2317. La situation des jumeaux, soit respectivement à eux-mêmes, soit à l'égard de la matrice , est assez variée. Tantôt ils sont placés l'un à côté de l'autre ; chacun d'eux occupe un des côtés de la matrice ; ils ont la tête en bas, ou bien l'une d'elles est au fond de ce viscère et l'autre sur l'orifice ; tantôt ils se croisent en formant des angles plus ou moins aigus, de sorte que l'un semble couché obliquement ou transversalement sous la paroi antérieure de la matrice, et l'autre sur la paroi postérieure.

23 18. Les Physiciens curieux de connoître les De l'origine

, . 111 • il des îumcaux.

opérations les plus abstraites de la nature , se sont occupés souvent de la cause première des jumeaux; mais ils en ont eu des idées bien différentes. Les uns ont pensé que ces enfans étoient conçus dans le même instant ; les autres à des époques plus ou moins éloignées, et ont regardé le dernier comme l'effet d'une sur-conception , qu'ils ont appelée Superfétation. Quoique cette dernière soit admise dans les animaux dont la matrice est divisée en deux cornes, on ne peut l'admettre aussi généralement dans l'espèce humaine, et nous pensons, avec

bien d'autres, qu'elle ne peut avoir lieu que chez les femmes qui ont la matrice double : ce qui se rencontre bien plus rarement que la grossesse de plusieurs enfans.

s 3 1 9. Rien n'a paru plus favorable aux; partisans de la superfétation dans l'espèce humaine, que la naissance d'un enfant nègre et d'un blanc , chez une femme de la Guadeloupe, qui a déclaré avoir été forcée de céder aux instances de son esclave au moment où elle sortoit des bras de son mari; mais que de pareils exemples sont rares , et que de réflexions il y auroit à faire sur celui-ci! La naissance de deux enfans d inégale longueur et grosseur, et si différens en cela, qu'ils paroissoient avoir été conçus en des temps fort éloignés , a fourni un autre argument en faveur de la superfétation. Les exemples suivans pourront faire suspendre ie jugement des personnes qui ne s'é1tayent que sur le témoignage d'autrui.

i'5io. Une femme (1) ayant fait une chute assez considérable vers le quatrième mois et demi de sa grossesse, éprouva sur-le-champ des douleurs de reins , accompagnées de pesanteur incommode dans le fond du bas-ventre , et d'une perte trèsmédiocre qui dura plusieurs jours. Deux petites saignées du bras, le repos le plus exact, et une boisson tempérante ayant dissipé ces accidens, la femme n'accoucha qu'au terme ordinaire. Elle eut deux enfans , dont l'un étoit à terme et bien portant ; l'autre mort , à peine corrompu , et si petit, qu'il égaloit au plus le volume du plus foi-

(i) En 1772.

DES ACCOUCHEMENS. 5a3

ble des enfans de cinq mois de conception : les deux masses de placenta sembloient n'en former qu'une. Les parens regardoient le dernier de ces enfans comme le fruit d'une sur-conception ; et jepensai au contraire qu'il avoit été conçu en même temps que le premier , et que sa mort n'avoit été déterminée que par la chute que fit la mère à l'époque assignée. Un second fait, absolument de même espèce, et plusieurs autres encore qui ont avec eux le plus grand rapport, me confirmèrent dans cette opinion , qui sera sans doute celle des personnes qui voudront bien les examiner dans toutes leurs circonstances, et sans prévention.

282 1. Il existe très-certainement des exemples observation. de superfétation dans l'espèce humaine ; et quand il ne s'en trouveroit pas un seul dans les Auteurs, le fait suivant , qui a été communiqué à l'Académie de Chirurgie en j 782 , par M. Desgranges . Chirurgien à Lyon , suffiroit pour en faire admettre la possibilité. La'femme étoit accouchée accidentellement au terme de sept mois révolus , d'un enfant mort , le 20 mai 1779, et n'avoit pu redevenir enceinte qu'un mois après cette époque ou vers la fin de juin ; de sorte quelle l'étoit au plus de sept mois au 20 janvier 1780 , lorsqu'elle mit au monde une petite fille vivante, qu'on jugea être de ce terme seulement, et qui fut suivie de son arrière-faix. L'écoulement puerpéral n'eut lieu qu'à l'instant même de la délivrance , le lait ne se porta point aux mamelles, et le ventre resta plus gros qu'après l'accouchement ; ce qui donna un peu d'inquiétude. M. Desgranges , qui vit cette femmeaprès les premiers jours , crut pouvoir assurer

5*4 l'art

qu'elle étoit encore enceinte ; et elle l'étoit en effet, puisque les mouvemens de l'enfant se firent sentir distinctement trois semaines ou un mois après cette époque ; la femme n'ayant reçu de nouveau les embrassemens de son mari que le 9 février, et que le 6 juillet suivant elle acoucha d'une seconde fille bien portante, et qui paroissoit parfaitement à terme ; c'est-à-dire , cent soixante-huit jours après la naissance de la première. L'accouchement eut alors ses suites ordinaires , et la mère put transmettre au second enfant le lait que la nature lui avoit refusé pour le premier. Ces deux enfans vivoient encore en 1782. M. Desgranges n'a rien négligé de tout ce qui pouvoit donner à ce fait la plus grande authenticité, observation. 2 3ii. MM. Laudun et Bret, Médecins à Arles , ont communiqué séparément, à la Société de Médecine de Paris , un fait de la même espèce , et semblable au précédent, dans presque tous ses détails. La femme qui en est le sujet accoucha le j 1 novembre 1 796, d'une fille bien portante qu'on jugea du terme de neuf mois ; les lochies disparurent dès le quatrième jour ; il n'y eut point de lait au sein , quelque chose que fit cette femme pour allaiter son enfant ; un mois et demi après elle ressentit de nouveaux mouvemens qui lui firent croire qu'elle avoit pu redevenir grosse le quatrième jour de ses couches , parce que son mari s'en étoit approché à cette époque ; mais elle accoucha le t 1 avril 1 797, d'une autre fille qui parut parfaitement à terme, cinq mois juste après la naissance de la première : les mamelles bientôt après se remplirent de lait, et cette femme put en nourrir ses

DES ACCOUCHEMENS. 5a5

deux enfans pendant quelque temps , l'aînée n'ayant pas de nourrice. ( Voyez Recueil périodique de la Société de Médecine, rédigé par M. Sédillot, août 1797. )

2323. Si l'on ne peut assurer positivement que les jumeaux dont les enveloppes n'ont rien de commun entre elles , soient le produit d'une même conception, au moins la chose paroît-elle hors de doute à l'égard de ceux qui sont renfermés dans les mêmes membranes , et qui n'ont qu'un même placenta et un même chorion : à moins qu'on ne prétende que la sur-conception s'est faite dans les premières heures, dans le premier jour, etc. ce qui seroit encore très-difficile à expliquer.

Section première.

Des signes de la grossesse composée de plusieurs enfans.

iZil\. Le volume extraordinaire de la matrice, à un terme quelconque de la grossesse, la division du ventre en deux tumeurs plus ou moins apparentes dans les derniers mois, l'infiltration des extrémités inférieures dos le troisième ou le quatrième, et les meuvemens que la femme dit ressentir dans plusieurs endroits en même temps, ne sont que des signes on ne peut plus incertains de la présence de plusieurs enfans. Il n'en est aucun que nous n'ayons observé chez des femmes qui n'étoient grosses que d'un seul enfant , tandis que souvent nous n'avons rien remarqué de semblable sur celles qui l'étoient véritablement de

deux. Nous ne disconviendrons cependant pas que la réunion de ces signes ne donne quelquefois de fortes présomptions de l'existence des jumeaux; mais le toucher seul peut dissiper nos doutes , et encore n'est-ce que dans les derniers mois de la grossesse.

23a5. Quand le développement delà matrice est assez grand pour faire soupçonner la présence de deux enfans, s'il n'en existe qu'un, il est toujours très-mobile, parce qu'il se trouve alors au milieu d'une grande quantité d'eau ; on l'agite facilement au moyen du doigt introduit dans le vagin, et son ballottement n'est jamais plus manifeste que dans cette occasion. Lorsqu'il y en a deux , ce mouvement au contraire esta peine sensible; on distingue aisément que celui de ces enfans qu'on veut agiter par le toucher , n'est environné que d'un peu de fluide , et qu'il est embarrassé par un autre corps solide ; si on applique une main sur le ventre de la femme dans l'un de ces instans où les parois de la matrice sont souples , et comme détendues , on peut reconnoître ces enfans aussi clairement qu'on distingue en d'autres cas les pieds, les genoux , ou le bras de celui qui est seul.

^ 326. La certitude des signes de l'existence de plusieurs enfans semble augmenter en raison du temps auquel cette connoissance devient plus importante. S'ils sont incertains daàs les premiers mois de la grossesse, il est assez indifférent alors de savoir si la femme est grosse de plusieurs enfans ou d'un seul ; mais il n'en est pas tout-à-fait de même au moment de l'accouchement , car de cette connoissance dépend quelquefois le salut de

ces enfans et celui de leur mère , comme on le remarquera ci-après. S'il est permis tîe douter de leur existence avant cette époque, l'on ne peut au moins méconnoître celle du second après la sortie du premier. Le ventre reste alors fort gros , la matrice paroît à peine diminuée, la femme ressent encore des mouvemens , et bientôt elle est en proie à de nouvelles douleurs , qui ne cessent qu'après la sortie de ce second enfant. Si quelques-unes ont été assez heureuses pour s'en délivrer promptement , d'autres ne l'ont fait que le lendemain , le surlendemain , et même beaucoup plus tard ; ou bien on ne les en a délivrées qu'à ces époques , soit qu'elles manquassent de force pour l'expulser, soit que cet enfant se présentât mal. Loin de prodiguer des louanges aux Accoucheurs qui avoient aidé quelques-unes de ces femmes dans leur premier travail, et d'admirer leur prudence, comme l'a fait plus d'une fois le public ignorant, qui a cru ce délai nécessaire à la perfection du second enfant , nous pensons que ces Accoucheurs ne pouvaient donner de plus for|$s preuves d'ignorance ou d'inattention , et que le succès qui a suivi leur conduite ne peut les en excuser aux yeux des gens instruits.

Section II.

Des indications que présentent les jumeaux relativement à l'accouchement.

2327. Quoique la grossesse soit formée de plur sieurs enfans , l'accouchement peut s'opérer aussi naturellement que s'il n'en existoit qu'un seul ;

528 l'art

pourvu qu'ils se présentent successivement et clans une situation convenable à l'orifice de la matrice. On remarque seulement que l'expulsion du premier se fait assez souvent avec un peu plus de difficulté que dans l'accouchement ordinaire : ce qui vient sans doute de ce que la matrice ne l'embrasse pas également de toutes parts , et ne peut agir immédiatement sur lui que d'un seul coté ; car chaque jumeau est en général plus petit que l'enfant qui constitue seul la grossesse (i).

2328. Quand le premier de ces enfans se présente bien, si sa tête s'engage en suivant la direction ordinaire à la position où elle se trouve, il faut en abandonner l'expulsion aux efforts de la nature. On se conduit de même à l'égard du second, s'il vient se placer aussi avantageusement à l'orifice de la matrice, et si la mère conserve assez de force pour s'en délivrer seule , ou à l'aide des soins qu'on a coutume de lui donner dans l'accouchement naturel ; mais lorsqu'il se présente mal, il faut en aller chercher les pieds et les amener au-dehors. S'il convient d'y procéder avant que la matrice ne se soit fortement contractée sur elle-même , il n'est pas moins avantageux d'attendre que ce viscère s'efforce de l'expulser, pour continuer de l'extraire : car il pourroit y avoir du danger à vider la matrice subitement et sans qu'elle y contribuât par

(1) Nous avons cependant vu des jumeaux dont le plus petit surpassoit la grosseur moyenne des enfans à terme j sa tête ayant trois pouces huit lignes de diamètre transversal : et dans un autre cas ils pesoient ensemble près de dix-huit livres.

soa action ; comme nous l'avons fait connoître dans un autre lieu.

2329. Les jumeaux ne se présentent pas toujours Causes de aussi favorablement , et quelquefois l'issue du pre- ^ ^J^JJJ mier ne peut s'opérer sans les secours de l'art , chement , Quoiqu'il se trouve placé comme il convient et <ïuai?dilya

* t. f v- ; . plusieurs en-

que son volume soit médiocre relativement au fans.

bassin de la mère. Cet effet nous semble dépendre de ce que la matrice ne peut presser cet enfant également de toutes parts , et que les forces expultrices se partagent sur l'un et l'autre jumeaux , de sorte que celui dont il s'agit n'est soumis qu'à l'impulsion de la plus petite partie : comme dans le cas, par exemple, où le second est situé en travers. {Voyez §. 2337. )

2330. Parmi les positions que les jumeaux peuvent prendre, tant respectivement à eux-mêmes qu'à l'égard de l'orifice de la matrice, nous n'exposerons ici que les principales , et celles qui sont les plus ordinaires ; parce qu'elles suffiront pour l'intelligence de ce que les autres exigent : la plupart échapperaient d'ailleurs à notre attention , si nous entreprenions de les faire connoître toutes , tant elles peuvent être variées.

2 33i. Chaque jumeau peut présenter la tête à l'entrée du bassin , mais d'une manière différente ; la face de l'un se trouvant en dessus , en dessous, ou de côté, en même temps que celle de l'autre est tournée en sens contraire. Si ces enfans sont placés quelquefois parallèlement à côté l'un de l'autre , d'autres fois ils se croisent obliquement ; de sorte que la tête de celui dont le tronc occupe le coté droit de la matrice , est appuyée sur le bas de la

TOMR II. 34

53o l'art

fosse iliaque gauche , tandis que la fosse iliaque droite soutient la tête de celui dont le corps occupe le côté gauche de la matrice. Dans ce dernier cas, surtout, l'accouchement ne sauroit s'opérer sans les secours de l'art ; parce que la direction selon laquelle la tête de chaque jumeau esl pressée en en-bas, est telle, qu'aucune ne peut s'engager, et que ces deux têtes s'écartent l'une de l'autre , en se renversant sur les épaules , ou en se portant davantage sur les côtés du bassin. Quand ils sont placés parallèlement, celle des deux qui est le plus près du milieu de l'entrée du bassin , peut s'y engager et en écarter l'autre ; mais parvenue dans 1 excavation , elle peut également s'y arrêter et y demeurer long-temps , même n'en pouvoir être expulsée, quoique petite relativement à cette cavité; comme nous l'avons remarqué, et comme l'avoient observé beaucoup d'autres sans doute avant nous, observation. 233a. La tête de l'un des enfans, poussée dès les premières douleurs dans le fond du bassin , chez une femme de la conformation la plus avantageuse , y resta depuis le mercredi au matin jusqu'au vendredi suivant vers les cinq heures de l'aprèsmidi , malgré l'intensité des efforts de la nature : ce qui nous engagea dès que nous fûmes appelé , à l'extraire avec le forceps. Après la sortie de ce premier enfant , nous en trouvâmes un second qui présentoit les pieds. Nous supprimons tout ce qui a rapport à l'état où. les efforts infructueux de la nature, répétés pendant ces trois jours, avoient plongé la femme : nous ferons remarquer seulement qu'elle s'est promptement rétablie, et que ses

enfans furent également conservés. Solayrès avoit été témoin d'un fait semblable : mais les deux enfans étoient morts lorsqu'il en délivra la femme, et l'un d'eux étoit placé transversalement sous l'autre , de sorte qu'ils se croisoient.

2 333. Lorsque les deux enfans présentent la tête De ce qu'il en se croisant de la manière qui vient d'être ex- Sj^*^ posée au §. 233 1, il faut les retourner avec les pré- que jumeau cautions requises, et les extraire par les pieds. On {*êrteesente la doit commencer par celui des enfans dont le corps est en dessous; parce qu'en le faisant descendre, l'autre s'éloignera comme de lui-même de l'entrée du bassin, et ira vers le fond de la matrice, occuper le vide que laissera le premier en se dégageant. Il seroit d'ailleurs difficile, dans ce cas , de tenir une autre conduite.

2334» Quand des circonstances étrangères à celles dont on vient de parler exigent qu'on termine l'accouchement sans délai, dans le cas où les jumeaux sont placés parallèlement l'un à côté de l'autre et offrent la tête sur l'entrée du bassin, il devient égal d'extraire en premier lieu celui qui occupe le côté droit de la matrice, ou de commencer par celui qui est situé vers le côté gauche; la préférence doit dépendre de la main qu'on a introduite dans le sein de la femme. Dans ce cas , comme dans tous ceux qui ont rapport aux jumeaux, on observera soigneusement de saisir les pieds qui appartiennent au même enfant , afin de ne pas s'efforcer de retourner et d'engager, l'un et l'autre, en même temps; et aussitôt que ces extrémités sont dehors , d'écarter du détroit supérieur, non-seulement la tête de ce

532 i/art

premier enfant, mais encore relie du second, pour empêcher qu'elles ne s'accrochent réciproquement dans le voisinage de ce détroit, et qu'une d'elles n'y soit entrainée par l'autre, à peu près de la même manière qu'une corde nouée introduite dans une bouteille accroche et entraîne le bouchon qu'on veut en retirer.

Cas où l'un 2335. On a vu l'un des jumeaux présenter la tête résente a"]a ^ans une situation favorable, et l'autre les pieds» tête et l'autre Si ce rapport semble prescrire de repousser ces les pieds. derniers et de les écarter de l'entrée du bassin, pour que la première puisse s'y engager plus facilement, l'expérience a prouvé que ce procédé ne répondoit pas toujours aux vues qu'on se proposoit, et qu'il seroit peut-être plus à propos de commencer par extraire celui des erifans dont les pieds se présentent , en prenant les précautions nécessaires pour empêcher que sa poitrine ou sa tête n'entraîne pas la tête du second , comme cela est arrivé dans le fait suivant.

a336. M. Enaux , Chirurgien à Dijon, ayant été appelé auprès d'une femme dont le travail de l'accouchement étoit fort avancé , dégagea les pieds de l'enfant, qu'il trouva dans le vagin , et fit descendre le tronc aisément jusqu'à ce qu'il eût abaissé les bras ; mais dans ce moment, des obstacles l'obligeant d'insinuer une main au-dessous du corps de l'enfant , il fut surpris de voir que la tête d'un second avoil été entraînée jusqu'au dessous de la saillie du sacrum. Ne pouvant la repousser, et ayant fait inutilement de nouveaux efforts pour achever d'extraire le premier enfant , il se détermina à la dégager avec le forceps, pendant qu'uk

DES A.CCOUCHEMENS. 533

aide relevoit le corps qui étoit au-dehors , ver« le pubis de la mère ; et par ce procédé , il délivra la femme , en premier lieu , de celui des jumeaux qui paroissoit d'abord devoir naître le dernier. Il fait observer que ces enfans étoient très-petits , et que la femme n'étoit qu'au commencement du neuvième mois de sa grossesse. ( Voyez le Journal de Médecine du mois de novembre 1771.)

a33q. Les deux enfans peuvent présenter les Casoù.cha-

. 1 l/ . , \ V 1» 1 • que jumeau

pieds successivement^ c est-a-direl un des jumeaux, présente les après la sortie de l'autre , ou bien en même temps; Pie<lset ce cas, qui n'est pas très-rare , sembleroit le plus favorable après celui où ils viennent en offrant la tête. Quelquefois aussi l'on ne rencontre à l'orifice de la matrice qu'un seul pied de l'un avec ceux de l'autre. Si on doit prendre garde , dans le premier cas , de ne pas tirer sur le pied de l'un de ces enfans et sur celui de l'autre, croyant qu'ils appartiennent au même , cette précaution n'est pas moins recommandabledansle second cas. On s'assurera d'abord des deux pieds qui appartiennent à l'enfant qu'on se propose d'exiraire , et on les fera descendre en tirant d'une main , pendant que de l'autre on écartera les extrémités du second , en les poussant le plus haut possible vers l'une des fosses iliaques , à moins que toutes ces parties n'appartiennent an même individu , comme on l'a vu quelquefois dans les cas de monstruosités dont il a été parlé dans un autre lieu : car il faudroit alors les prendre toutes et les faire descendre en même temps. Les jumeaux peuvent offrir les fesses successivement, comme nous l'avons observé plusieurs fois : ou bien l'un d'eux vient en présentant la tête, et l'autre les pieds

ou le siège. Leur rapport , chez une autre femme ? se trouvoit tel qu'ils se croisoient; le premier présentant les fesses dans la situation la plus ordinaire7 et le second étant placé en travers sur la partie postérieure de la matrice. La mère et ces enfans furent victimes de l'ignorance d'une Sage-femme (j) qui méconnut l'existence du travail de l'accouchement pendant six jours ; qui ne sut reconnoître ni la situation du premier de ces enfans, ni les obstacles qui en empêchoient la sortie , et ce que pouvoient alors les forces naturelles qui tendoient à l'opérer. Des convulsions effrayantes serépétoient depuis la veille, lorsqu'un Médecin me conduisit chez la femme, où je n'arrivai que pour apprendre qu'elle venoit d'expirer , et l'accoucher après sa mort , de deux enfans qui étoient également privés de la vie, et dont l'un étoit alors sorti presque de moitié , en offrant le siège. Le cordon ombilical , la main de l'un des jumeaux , peuvent précéder la tête , toute autre partie de cet enfant ou du second, et présenter encore de nouvelles indications.

a338. Dans lecas où le cordon de l'un des enfans est dehors , il faut extraire celui qui se présente , ou qui est le plus engagé, à moins qu'il ne paroisse

(i) L'ignorance de la Sage-femme , la sécurité où elle resta jusqu'au moment où les convulsions se manifestèrent , eurent des suites bien plus fâcheuses encore. Le mari de la femme , qui s'étoit pressé de lui procurer les dernières consolations de la religion en la voyant aussi mal , fit une chute dans l'escalier , au moment où il en apprit la mort , et augmen'a le nombre de ces victimes au bout de six à huit jours.

disposé à sortir promptement ; soit que le cordon lui appartienn ou non; afin de retourner l'autre de suite; et de l'extraire de même s'il arrivoitque ce cordon fût le sien. On se servira du forceps si le premier présente la tête et st elle est assez engagée ; mais si elle étoit encore au-dessus du bassin , ou bien si cet enfant y présentait une autre partie , il faudroit aller chercher les pieds , et autant que cela se peut, les pieds de celui dont le cordon est sorti. Lorsque la main de l'un précède ou accompagne la tête de l'autre et nuit à sa sortie , il faut tâcher de la repousser. Si la tête est trop avancée , et la femme dans l'impuissance de se délivrer seule de ce premier enfant , il faut l'extraire avec le forceps , en donnant à l'extrémité qui l'a précédée et qui la retient, les soins qu'elle exige pour qu'elle ne soit pas meurtrie par l'instrument II faudroit commencer par retourner celui dont la main est sortie, si aucunepartie de l'autre ne s' étoit engagée profondément , en se conduisant à cet égard comme s'il étoit seul dans la matrice, jusqu'à ce que les pieds soient dehors ; car dans ce moment il convient de s'occuper du second , et d'empêcher qu'il ne soit entraîné par celui-ci. Nous ne dirons rien de plus sur l'accouchement des jumeaux : les exemples que nous venons de citer laissant peu de chose à désirer sur les règles de conduite qu'il faut suivre dans les autres cas, chaque Accoucheur pourra aisément y suppléer.

536 l'art

ARTICLE IL

Des fausses grossesses , de leurs signes , et de leur curation.

de la fausse 233g. Il est aussi difficile de donner une bonne grossesse. définition de la fausse grossesse , que d'en déterminer la véritable espèce d'après des signes bien positifs , quand on est auprès de la femme. C'est un état dont les symptômes ont assez de rapport avec ceux de la grossesse ordinaire , pour faire croire à l'existence de celle-ci , et induire en erreur les femmes même qui ont eu le plus d'enfans , aussi bien que les personnes de l'art qu'elles consultent. Nous en établirons deux espèces générales ; une qui est la suite de la conception , mais dont le produit a dégénéré et changé de nature dès les premiers temps, et l'autre qui paroît absolument étrangère à cette cause. Celle-ci peut être formée par de l'eau , de l'air , du sang , des matières glaireuses et muqueuses , ou par des excroissauces polypeuses : elle reçoit différentes dénominations , selon la nature du fluide qui la constitue, telles que celles d'hydropisie de matrice, de tympanite, etc., tandis qu'on désigne sous le nom de mole ou de faux germe, les substances qui constituent la première espèce.

2 34o. Dans tous ces cas , ce qui donne une apparence de grossesse est contenu dans la matrice, et en augmente réellement le volume ; de sorte qu'il est bien plus aisé de se laisser induire en erreur quand on est consulté avant les quatre ou cinq

DES ACCOUCHEMENS. S3j

premiers mois ; mais il est d'autres circonstances où 3a femme paroît enceinte , éprouve tous les symptômes, les accidens de cet état, quoique la matrice ne contienne rien, n'ait point changé de forme, o!e volume, de dimensions, et ne présente aucune altération sensible. Il y a suppression des règles, dégoûts, nausées, appétence singulière, souvent bizarre; vomissement de matière aqueuse et glaireuse , comme dans la grossesse ordinaire; tuméfaction des mamelles , changement de couleur de l'aréole; sécrétion du lait , et quelquefois celui-ci est abondant; développement et augmentation du ventre comme dans une bonne grossesse ; et ce qui achève d'affermir les femmes dans l'idée qu'elles sont réellement grosses , ce sont les mouvemens qu'elles commencent à ressentir à peu près au même temps où ceux de l'enfant ont coutume de s'annoncer , sans que leur imagination y soit pour quelque chose, puisque la main de l'observateur, appliquée sur le ventre , peut les sentir également. Nous avons vu au moins dix fois ces sortes de grossesses , qui se sont soutenues tantôt pendant neuf mois entiers, tantôt plus et tantôt moins ; qui se sont évanouies tout à coup chez la plupart des femmes , et lentement chez les autres. L'affaissement du ventre a été chez toutes le signal du retour très-prochain des règles. Le développement du ventre, le volume qu'il avait acquis chaque jour, ne provenoit que du météorisme des intestins (i).

(i) D'autres que nous ont recueilli des exemples de cette espèce de fausse- grossesse , el l'ont observée chez quelques animaux domestiques , comme dans la

De la môle i'$[i\ . La môle et le faux-germe nous paroissent

et du faux i A 1 1 , ° . . l

germe. ^a même chose clans leur principe , et nous ne voyons pas pourquoi les Accoucheurs les out distingués. Les débris du fœtus, qu'on a trouvés quelquefois dans ces sortes de masses parenchymateuses, et qui ont servi à caractériser le fauxgerme , annonçoient au plus que l'enfant étoit mort un peu plus tard alors que dans les autres cas, et que quelques-unes de ses parties avoient été préservées de putréfaction et de dissolution : car le germe de l'embryon n'a pas moins existé dans les autres, quoiqu'on n'en eût retrouvé aucune trace. Toutes ces grossesses avortées étoient primitivement de l'essence de celles qui parviennent heureusement à leur maturité.

2342. La mole ne paroît pas toujours de la même nature, en ce qu'elle est quelquefois toute parenchymateuse, comme le placenta; et d'autres fois, formée d'un amas de petites vessies remplies d'eau et attachées à une substance assez semblable à la première , qui leur sert de base et par laquelle elles tiennent à la matrice. Chaque hydatide ou chaque vésicule a son pédicule plus ou moins alongé, et un grand nombre d'elles tenant à la même tige, forment une espèce de grappe; ce qui a fait croire à certaines personnes dénuées de connoissances et d'expérience, que telle femme étoit accouchée d'une branche de groseiller, telle autre d'une grappe de verjus , etc. , et que ces productions étoient l'effet de quelques désirs des premiers

femme. {Voyez Journal de Médecine , etc. , par MM. Corvisart , Leroux et Bojer , tom. Ier , pag. 471* )

DES ACCOUCHEMENS. 53g

temps de la grossesse, qu'elles n'avoient pu satisfaire. Ces masses acquièrent quelquefois tant de volume , qu'elles rempliraient un grand local. Nous avons secouru des femmes qui les avoient portées jusqu'à l'époque du septième mois de la grossesse, et d'autres jusqu'au troisième seulement.

2343, Nous n'examinerons pas si chaque vésicule dont il s'agit sont autant de vers d'une espèce nouvellement connue , comme on l'assure , ni jusqu'à quel point est fondée l'opinion de ceux qui soutiennent que l'espèce de grossesse dont nous parlons peut exister sans qu'il y ait eu préalablement conception; nous déclarerons seulement que toutes les femmes chez lesquelles nous l'avons rencontrée, s'étoient mises dans le cas de concevoir, et avoient réellement conçu.

2 344- La première espèce de môle ne diffère pas a Espèce de essentiellement de ce qui constitue le placenta "mmune! 'S dans une bonne grossesse. La forme en est seulement un peu différente , et elle paroît moins organisée, parce qu'on n'y découvre pas ce plexus composé de veines et d'artères, qui garnit la surface interne de ce dernier. Ceux qui se rappelleront l'origine de ces vaisseaux et leurs usages, ne seront pas étonnés de ne rien trouver de semblable dans la môle. Cette masse s'accroît plus vite que le placenta ; mais la vie dont elle jouit n'est qu'une sorte de vie végétative. Il ne s'y fait pas de circulation réglée; le sang qu'elle reçoit passe des sinus de la m rice dans les sinus veineux qu'on remarque sur sa surface , parce qu'ils sont contigus, et ceuxci le versent dans l'espèce d'épongé dont elle est formée. Recevant beaucoup plus de ce fluide qu'elle

54 a l'art

n'en rend à la matrice , elle en est toujours tellement gorgée, qu'elle se détache au moindre effort ; ce qui fait que la femme éprouve souvent des pertes irrégulières pendant le temps qu'elle porte ce corps étranger.

a3/j5. Ces sortes de môles ont une cavité tapissée de membranes , qui contient plus ou moins d'eau. Si l'on ne trouve pas toujours ce fluide au moment de leur sortie, c'est qu'il s'en est écoulé avant, soit par une espèce de transsudation ou autrement. Dans le premier cas , tantôt il est coloré par le sang que l'action de la matrice exprime des cellules de la môle qui se sont déchirées, et tantôt il est limpide. Quand ce fluide s'écoule plusieurs semaines , et même plusieurs mois avant l'expulsion de la môle, celle-ci se pelotonne en quelque sorte sur elle-même sans se détacher de la matrice, et continue néanmoins de s'accroître : sa cavité , peu spacieuse à l'instant où les eaux s'évacuent , s'oblitère ou se rétrécit , au point qu'on ne la retrouve presque plus après l'expulsion de ce corps qui paroît alors solide, si on ne l'examine pas attentivement : elle est au contraire très-apparente lorsque les eaux ne se vident pas avant la sortie de la môle, ou le font peu de temps auparavant.

9,346. Les môles se présentent encore sous deux aspects différens au moment où la nature s'en délivre; quelquefois elles sont humides et très-sanguines; d'autres fois , comme desséchées, leur parenchyme paroissant plus sec et plus serré. Dans le premier cas, elles sont beaucoup plus grosses, et leur sortie suit de près l'apparition du sang qui les précède toujours. Dans le second cas, l'hémorrhagie

DES ACCOUCHEMENS. 5/jI

se manifeste long-temps avant; elle est médiocre , et semble plutôt un dégorgement de cette masse, qu'une perte provenant des sinus de la matrice. Nous avons donné des soins à plusieurs femmes qui ont rendu de ces moles quinze jours , un mois, et même six semaines après la cessation de l'écoulement en rouge. Ces masses étoient alors si sèches , qu'il auroit été difficile d'en exprimer quelques gouttes de sang. ^ . , .

D 0 , T ,D , -, P De la durée

20ZJ7« La durée de ces fausses grossesses est des fausses indéterminée , la nature se délivrant plus tôt ou èrossessesplus tard des substances qui les constituent , selon diverses circonstances dont la plupart peuvent être regardées comme accidentelles. Le plus souvent c'est du deuxième au troisième mois ; quelquefois ce n'est qu'au quatrième , au sixième , au septième, et même au neuvième. On assure que des femmes ont porté de pareilles masses pendant des années entières. Chez une de celles qui furent confiées à nos soins > l'expulsion ne s'en fit qu'au onzième mois, et chez une autre au quatorzième , sans que la masse en ait paru plus volumineuse (i).

Section première.

Des signes qui caractérisent les fausses grossesses.

2348. Aucun signe ne peut faire connoître d'une Temps où manière bien certaine, avant l'époque du quatrième co°nnoître Ta au cinquième mois , si la grossesse est vraie ou fausse gros-

Ci) L'on volt qu'il ne s'agit ici que des fausses-grossesses que nous regardons comme ic fruit de la conception.

5 4 2 l'art

fausse , parce qu'elles offrent les mêmes symptômes , les mêmes signes ; que l'enfant qui caractérise lune ne se manifeste clairement qu'à cette époque ; et encore ne se découvre-t-il pas chez Signes com- toutes les femmes. Les règles se suppriment éga-

muns à Ja ]ement dans l'un et l'autre cas, ou si elles paroisvraie et a la , „ . , , 7 v . r fausse gros- sent quelquefois , ce n est qu en très-petite quan-

sesse. ti té ? et elles ne font , pour ainsi dire, que s!annon-

cer. Les nausées , les dégoûts , le ptyalisme, le gonflement du sein , etc. accompagnent la fausse grossesse , comme la grossesse la plus ordinaire ; le ventre s'augmente insensiblement; et selon quelques Auteurs, il le fait bien plus dans les premiers mois de la fausse grossesse que dans la bonne; ce qui n'est pas assez constant pour que nous puissions en tirer la plus foible induction. Les mamelles filtrent quelquefois une sorte d'humeur laiteuse qui vient à l'appui des autres symptômes ; et des mouvemens intérieurs que les femmes , même qui ont le plus d'expérience , prennent pour les mouvemens de l'enfant , achèvent de les confirmer dans l'idée qu'elles sont véritablement grosses. Tous ces symptômes peuvent se manifester également, quoiqu'il n'existe aucune espèce de grossesse réelle ; comme on le voit au §. ^34o. Moyen de 2349» ^e toucner t dans tous ces cas , est le seul distinguer la moven qm* puisse nous faire connoître l'état de la

fausse gros- J 1 Y s . .

sesse. femme; mais il ne doit pas se berner a la simple

application des mains sur le ventre, qui pourroit encore induire en erreur. Nous avons connu des femmes qu'on avoit: jugées grosses , en palpant le ventre , qu'on avoit traitées comme telles , et qui ne l'étoient en aucune manière ; d'autres à qui l'on

DES ACCOUCHEMENS. 5/j3

avoit assuré le contraire , et qui sont accouchées quelque temps après. L'une des premières , confiée aux soins d'un Accoucheur des plus célèbres, qui avoit cru comme elle, jusqu'au dernier moment, à l'existence d'une bonne grossesse, n'a voit qu'une sorte de tympauite intestinale , qui se dissipa dixhuit ou vingt-quatre heures après que j'eus annoncé qu'elle n'étoit pas enceinte, et parut céder alors au torrent de larmes que répandit cette femme. Le ventre s'étoit augmenté graduellement depuis environ neuf mois ; les règles ne faisoient que s'annoncer à chaque époque , etc., et depuis celle du quatrième mois, des mouvemens qu'on avoit pris pour ceux de l'enfant , se faisoient sentir intérieurement , et étoient quelquefois assez apparens à l'extérieur pour ne laisser aucun doute et à la femme et à l'Accoucheur.

235o. Il faut pratiquer le toucher selon les règles prescrites ailleurs, pour s'assurer du volume de la matrice; car c'est l'état de ce viscère qui nous instruit le plus. Quand iî est as&ez volumineux pour faire présumer une grossesse du terme de quatre à cinq mois , on doit l'agiter un peu pour exciter le ballottement de l'enfant. L'absence de celui-ci , surtout au terme où il ne peut être méconnu de personne , et le volume de la matrice , caractérisent la fausse grossesse , quand on est assuré d'ailleurs que ce viscère n'est affecté d'aucune maladie. Mais de quelle nature est cette fausse grossesse? C'est ce qu'il y a de plus difficile à déterminer, et peut-être de moins important à savoir, comme on le verra dans la suite.

544 l'art

signes carac- 235i. Quand la fausse grossesse est formée par

teristiques 1 ., >- . ° . r

de quelques- de 1 eau, la matrice est pesante , et 1 on distingue , unes de ces ^ travers son tissu , une fluctuation plus ou moins

espèces de c , . , \ A * ,.

fausses gros- proronde. bi les mêmes symptômes ont heu , si les sesses. signes sont les mêmes, lorsque la matrice contient

du sang au lieu d'eau , il y a obturation de Porifice ou du vagin. Lorsque ce n'est qu'une tympanite, la matrice est plus légère, quoique également volumineuse (i). Il n'est pas aussi facile de reconnoître l'existence d'une môle, et d'en distinguer l'espèce, c'est-à-dire si elle est en masse ou vésiculaire : l'absence des signes énoncés, et de ceux de la bonne grossesse, dans un temps où les mouvemens de l'enfant ne doivent plus être équivoques , porte seulement à croire que c'en est une.

2 35a. L'on ne peut rien inférer de l'état du col de la matrice en faveur de lune de ces espèces de fausses grossesses plutôt que d'une autre ; car le développement des diverses parties de ce viscère se fait toujours en suivant les mêmes lois , lors-

(i) La tyrapanite de matrice est excessivement rare ? s'il y en a des exemples hors le temps de grossesse. Nous ne l'avons observée que dans ce temps , et pendant le travail de l'accouchement après l'écoulement des eaux ; la tête du fœtus étant profondément engagée , ou fortement serrée sur l'entrée du bassin : un gaz dont nous n'avons pu déterminer la nature , avoit donné à la matrice incomparablement plus de volume que celui qu'elle avoit perdu par l'écoulement des eaux ; il étoit d'une odeur infecte , et s'échappoit avec bruit lorsqu'on insînuoit le doigt ou des insf rumens entre la tête qui le retenoit et le bord de l'orifice.

DES ACCOUCHE MENS. 5/p

qu'il renferme des substances susceptibles de s'accroître ou de s'augmenter.

2353. L'hydropisie des ovaires, et celle du basventre même, en ont souvent imposé aux personnes de l'art, à l'occasion des fausses grossesses. Quoique ces maladies aient leurs symptômes caractéristiques comme toutes les autres, il faut convenir qu'il n'est pas facile de les distinguer dans les premiers temps.

Section II.

Du mécanisme de F expulsion des substances qui constituent les différentes espèces de fausses grossesses ; et des secours dont la femme peut avoir besoin.

2354- La dénomination de Fausse grossesse, si souvent employée par les Auteurs pour désigner celle qui est formée par des substances qu'on ne peut regarder comme le produit de la conception , ou par ce produit lui-même lorsqu'il n'existe pas d'enfant , auroit dû les engager également à désigner sous le nom de Fausse-couché , la sortie, ou l'expulsion de ces mêmes substances , pour la distinguer de l'avortement qui n'est qu'un accouchement plus ou moins prématuré.

a355. Le mécanisme de l'expulsion de toutes ces substances est , à peu de chose près f le même dans tous les cas , et ne diffère souvent de celui de l'accouchement ordinaire, que par l'intensité et la durée des efforts nécessaires pour l'opérer. Quand la matrice ne contient que de l'air, de l'eau Tome II. 35

5 fa LART

ou du sang, si ces fluides ne sont retenus que par la contraction et le resserrement de l'orifice , ils s'échappent dès que cette contraction cesse , ou que les fibres qui constituent le bord de cet orifice ne peuvent plus contie-balancer l'action permanente des fibres distendues et irritées , qui forment le rpste de ce viscère. C'est par la même cause que se déclare le travail de l'accouchement , et que s'opère celui-ci.

Des moyens 2 356. Les bains , les fumigations émollientes qui peuvent et les injections , pourraient peut-être en quelàae des sub- ques cas , en affaiblissant le ressort des fibres du stances dont coi de la matrice, favoriser ou provoquer l'issue de ces fluides , avant le temps fixé par la nature pour leur expulsion ; aussi bien que la dilatation de l'orifice, produite par l'introduction du doigt. Mais ces moyens ne doivent être employés, surtout le dernier, qu'autant qu'on est bien assuré de l'existence des fausses grossesses dont il s'agit, que la santé de la femme en est altérée, que sa vie même en est menacée, puisque la nature se suffit presque toujours. Quand ces collections sont la suite de l'obturation naturelle ou accidentelle du col de la matrice ou du vagin , il faut rétablir ces conduits, au moyen de l'instrument tranchant, comme on l'a pratiqué nombre de fois, à l'occasion de la rétention du sang menstruel chez de jeunes personnes, et même chez des femmes qui avoient eu des enfans.

2357. L'expulsion de la môle, de ces amas d'hydatides, dont nous avons parlé, ne se fait pas toujours par un mécanisme aussi simple et aussi doux pour la femme, que l'expulsion des eaux?

DES ACCOUCHEMEtfS. 547

du sang ou de l'air ; souvent elle est difficile , trèsdouloureuse , précédée , accompagnée ou suivie de perte de sang. Il se déclare alors un travail semblable à celui de l'accouchement, et la violence des douleurs qu'en éprouve la femme , est en raison des résistances qui s'opposent au vœu de la nature. Ce travail est précédé de douleurs des lombes , d'un sentiment de pesanteur et de lassitude dans les membres , etc. ; le corps délia matrice se durcit à chaque douleur , et se relâche ensuite ; le col s'efface à la longue , l'orifice se dilate insensiblement , et les substances dont il s'agit , s'y engagent et le franchissent , comme le fait un enfant.

a358. L'expulsion de la môle doit être confiée entièrement aux soins de la nature , quand la femme ne perd que peu de sang ; mais l'Accoucheur doit l'extraire autant que cela est possible , lorsque la perte est abondante, en se conduisant comme dans le cas de la délivrance après l'avortement ; ou bien il doit employer les mêmes moyens contre l'hémorrhagie. ( Vojez article Délivrance. )

ARTICLE III

De l'avortement ou de l' accouchement prématuré , de ses causes et de ses signes ; des moyens de le prévenir, ou d'aider lafemme dans le moment ou il se Jait.

2359. L'avortement est l'expulsion de l'enfant Définition avant le terme ordinaire de la grossesse , et surtout J1ee]1^vorte' avant celui où il se trouve assez fort et assez dé-

nient.

548 • l'art

veloppé pour vivre après sa naissance. Le mot Fausse-couche est devenu synonyme de celui Avortement, qui s'emploie rarement dans le langage ordinaire, si ce n'est pour désigner l'expulsion du foetus des animaux avant le terme absolu de leur gestation.

Section première.

Des causes de P avortement , et de ses symptômes.

Causes dé- s36o. Un grand nombre de causes peuvent donterminantes ner lieu à l'avortement. Quelquefois il est la suite e" des maladies aiguës ou chroniques qui affectent la femme pendant la grossesse ; de la pléthore sanguine, de la disette des alimens, de la toux et des efforts du vomissement ; de la roideur des fibres de la matrice , qui ne peuvent prêter et se développer suffisamment ; de quelques tumeurs qui affectent ce viscère ; de son extrême sensibilité , ou de sa foiblesse particulière ; d'une passion violente, d'une frayeur subite ; d'une percussion extérieure, telle que d'un coup , d'une chute ; de l'abus de l'acte vénérien, ou seulement du peu de ménagement qu'on y apporte à l'égard de certaines femmes, qui ne peuvent s'y livrer sans douleurs T sans spasmes, ou sans que la matrice, qui est trèsbasse, n'en soit fortement agitée (1). D'autres fois il dépend de l'état de l'enfant même, de ses maladies particulières , de sa mort ; des affections du

(1) Cette cause est peut-être la plus fréquente , et eelle à laquelle on donne le moins d'attention.

placenta, de son insertion sur le col de la. matrice, etc. Nous ne développerons pas ici la manière d'agir de toutes ces causes occasionnelles de l'avortement, parce que l'explication semblèrent appartenir plus spécialement à un Traité des maladies des femmes et des enfans, qu'à celui que nous publions.

236 1. La plupart de ces causes peuvent donner iaTg™o^esse lieu à l'avortement dans tous les temps de la gros- où Pavortesesse indistinctement, et les autres le font assez ^t1?eullta" constamment au même terme, mais plus tôt ou

plus tard ; chez telles et telles femmes , nous en connoissons qui n'ont porté aucun enfant au-delà du troisième mois ; d'autres du quatrième , du cinquième, ou du sixième ; sans que la moindre cause apparente ait donné lieu à leur expulsion prématurée. Tant d'avortemens semblent n'avoir été que la suite de l'extrême sensibilité de ta mar trice , et de la roideur de ses fibres qoi n'ont pu s'étendre au- delà d'un point donné , sans être violemment irritées et sans se contracter. Nous avons remarqué aussi que d'autres femmes , après être accouchées plusieurs fois à Tune des époques assignées , ont porté leurs enfans un peu plus longtemps dans les grossesses suivantes , et sont enfin parvenues à peu près au terme ordinaire , moyennant les précautions nécessaires pour diminuer la sensibilité de la matrice , pour relâcher ses fibres, et les disposer à une extension plus considérable.

2362. L'avortement se déclare quelquefois sans qu'aucune cause apparente y ait donné lieu , et sans

55o l'art

qu'aucun symptôme ait annoncé qu'il étoit a craindre ; d'autres fois la femme éprouve longtemps auparavant des douleurs inquiétantes du côté des lombes et de la matrice , accompagnées d'un sentiment de pesanteur dans le fond du basventre ; et souvent il est précédé d'une perte médiocre , ou plus abondante , selon la cause qui l'a déterminé.

2363. Les suites de l'avortement sont plus ou moins fâcheuses pour la mère et pour l'enfant r selon l'espèce de cause qui le provoque , la force avec laquelle elle agit , le dérangement qu'elle produit dans les fonctions , et le temps de la grossesse où il se fait. L'avortement en lui-même n'est pas dangereux ; il s'opère par un mécanisme semblable à celui de l'accouchement , et ses suites diffèrent peu de celles de ce dernier. Parmi les enfans qui naissent avant l'époque du septième mois , il en est dont la mort a précédé leur sortie de plusieurs semaines, même de plusieurs mois, et la plupart des autres ne tardent pas à mourir ensuite. On assure cependant en avoir conservé du terme de six mois , de cinq , et même de quatre et demi de conception , et que , malgré la foiblesse et l'imperfection naturelles à ces époques , ils sont devenus très-forts , et ont parcouru une très-longue carrière. En supposant que la mère de ces enfans ne se soit pas trompée sur le terme de sa grossesse , qu'elle ait été de bonne foi , que les Accoucheurs qui ont pu être consultés aient bien jugé de l'âge de ces mêmes enfans , de pareils exemples sont trop rares et trop extraordinaires , pour qu'on puisse

DES ACCOUCHEMEJNS. 55 f

les citer, ou se flatter de conserver les enfans qui naîtront à ces époques : quelque soin que nous en ayons pris , aucun de ceux de quatre à cinq mois n'a survécu à sa naissance au-delà de quelques heures : il ne faut cependant pas les abandonner ni leur refuser des secours.

Section II.

Des indications que prescrit Pavortemcnt.

s*36A. On préviendroit souvent l'avortement , si Pes moyens

,, *. . , . , . |, , • de prévenir

Ion en connoissoit bien la cause, et si Ion etoit r-aVortement consulté plus tôt ; puisqu'on l'a empêché quelque- dans certains fois chez des femmes qui n'avaient appelé que dans le temps même où lé travail en est déjà déclaré, comme on le voit par les faits suivans. Une femme très-pléthorique ressentit les douleurs de l'enfantement vers le septième mois de sa grossesse, et le travail en étoit fort avancé lorsque nous fûmes appelé pour la secourir; l'orifice de la matrice étant alors plus large qu'un écu. Deux petites saignées du bras rétablirent le calme , au point que le lendemain l'orifice dont il s'agit étoit refermé , et que la femme n'accoucha qu'au terme ordinaire. Des aliinens de facile digestion et administrés avec prudence, calmèrent un travail aussi avancé chez une autre femme , où on ne le soupçonna qu'à la suite de la privation absolue de toutes espèces de nourriture pendant plusieurs jours de suite : l'accouchement ne se fit également que deux mois et demi après, et parfaitement à terme. Des lavemens

552 l'art

émolliens et un purgatif très-doux, procurèrent le même avantage à une troisième femme , chez laquelle les douleurs de l'accouchement s'étoient annoncées du sixième au septième mois de la grossesse, après plusieurs jours de coliques intestinales , accompagnées de dévoiement et de ter nesme, etc. etc. etc.

3365. Si de pareils moyens ont été employés avec tant de succès, en des cas où l'avortement paroissoit sur le point de se terminer, à plus forte raison doit-on en attendre de bons effets, quand la cause qui tend à le provoquer n'a pas encore porté son action sur le matrice , de manière à ébranler aussi fortement la grossesse. Nous connoissons des femmes qui n'ont eu d'enfans à terme qu'après avoir fait trois ou quatre fausses-couches, à celui de six semaines , de deax , de trois , et quatre mois; et qui n'ont été redevables encore de cet avantage qu'à la saignée du bras, faite peu de jours après le temps où les règles avoient manqué pour la première fois, et répétée dans le cours de la grossesse, aussitôt que le moindre symptôme de pléthore se manifestoit. C'est à cette précaution qu'une femme qui avoit fait dix-huit ou vingt fausses-couches dans les sept premières années de son mariage, dut ensuite la conservation de onze enfans. Si la saignée est aussi avantageuse aux femmes qui sont d'une constitution sanguine, elle ne l'est pas moins chez celles dont la sensibilité de la matrice, ses mouvemens spasmodiques, la roideur de ses fibres , etc. ont donné lieu plusieurs fois à l'avortement. Les boissons délayantes , telles que l'eau de

veau, l'eau de poulet, ainsi que les bains, ne doivent pas être négligées chez ces dernières femmes; mais ils ne peuvent dispenser de la saignée qui doit être répétée souvent avec la précaution d'évacuer peu de sang chaque fois. C'est le plus puissant antispasmodique , celui qui réussit le mieux chez les femmes dont les convulsions ne dépendent que de ces causes ; souvent il est important d'y recourir de très-bonne heure, et d'y revenir plusieurs fois , même dans les quatre à cinq premiers mois. On doit se conduire différemment , quand la foiblesse de la femme est la cause de l'avortement : il faut en épargner le sang et chercher à la fortifier, comme on le voit au §. suivant.

2366. Un exercice modéré , répété chaque jour, et même plusieurs fois le jour , est peut-être préférable au repos qu'on fait observer rigoureusement à ces femmes. Une de celles que nous avons eu à diriger, accoucha d'un enfant mort et putréfié, du cinquième au sixième mois de sa première grossesse ; du sixième au septième à la seconde ; et à peu près au même terme de sa troisième ; après avoir passé plusieurs mois au lit, et sur une chaise longue, même sans marcher dans sa chambre , plutôt d'après les instances de sa famille , que d'après nos conseils. Je l'engageai à ne point donner connoissance de sa quatrième grossesse à ses parens; de rester à la campagne, d'y faire de l'exercice le matin et le soir, en évitant toutefois ce qui pourroit la fatiguer; elle s'y porta très-bien, quoique cette campagne ne fût ni très-agréable ni trèssaine ; sa grossesse n'y fut troublée par aucun acci-

554 l'art

dent , et elle n'accoucha que vingt-cinq jours après la neuvième révolution menstruelle. Elle fit un nouvel abus du repos dans sa cinquième grossesse, et, comme dans les trois premières, elle accoucha très - prématurément d'un enfant mort. Delacondui- 2367. Quand le travail de l'avortement est déte qu'on doit C-K]^ au p0jIlt qlie jes douleurs se font sentir avec

le nir dans Le u •#■> a 1

cas d'avorté- force , que l orihce de la matrice est dilaté, et qu'il ment. ne reste plLls d'espoir de calmer ce travail , il faut

se conduire selon les circonstances qui l'accompagnent. L'expulsion de l'enfant doit être confiée aux soins de la nature , ainsi que celle du placenta , toutes les fois que la femme n'éprouve pas d'accidens; parce qu'elle se délivre de l'un et de l'autre, comme elle le fait au terme ordinaire. Dans les deux ou trois premiers mois de la grossesse , la nature, le plus souvent, expulse la totalité du produit de la conception à la fois, quand, sous le vain prétexte de l'aider, on a le soin de ne pas ouvrir la poche des eaux. Le travail lui en est même plus facile de cette manière , que si les eaux et le fœtus encore très-petit, s'échappoient d'abord. Mais on remarque le contraire après l'époque assignée ; les eaux s'écoulent plus tôt ou plus tard, le fœtus sort ensuite, et le placenta n'est expulsé qu'en dernier. {Voyez §. 990 et suiv. )

2368. On évitera donc de tourmenter et de fatiguer la femme en la touchant trop fréquemment dans le cours du travail de l'avortement, lorsqu'il se fait dans les deux ou trois premiers mois de la grossesse ; d'ouvrir la poche des eaux , à dessein d'accélérer la sortie de tout ce que contient

la matrice : car c'est le moyen d'en retarder l'expulsion et d'en prolonger le travail. La matrice allégée par la sortie des eaux , d'une partie du fardeau qui lui étoit à charge , se contracte avec bien moins d'énergie ; son action s'affoiblit pendant quelque temps, et souvent elle ne se ranime ensuite que fort tard ; au point que nous n'en avons obtenu l'expulsion de l'arrière- faix , chez quelques femmes , que plusieurs jours , même plusieurs semaines après celle du fœtus ; et ce n'est pas toujours sans inconvéniens qu'il reste aussi long-temps dans la matrice, car il en peut résulter de très grands.

236g. Quand l'avortement se fait dans un temps beaucoup plus avancé, outre les circonstances accidentelles qui peuvent en compliquer le travail et présenter des indications particulières, il faut encore avoir égard à la situation de l'enfant, ou à la manière dont il se présente ; car il ne peut toujours venir sans les secours de l'art , surtout après le sixième mois. L'on se conduira donc à cet égard et dans tous les cas où il existera des accidens, comme si la femme étoit parfaitement à terme , ou bien comme on le prescrit à l'article de la Délivrance , qui concerne l'avortement.

2370. Les suites de toutes ces espèces d'avortemens étant, à peu de chose près, les mêmes que celles d'un accouchement à terme, le régime que doit observer la femme ne doit pas être différent dans l'un de ces cas que dans l'autre. Si elles ont été quelquefois plus fâcheuses, ce n'est en général que chez les femmes qui se sont écartées

556 l'aiit

du régime dont il s'agit , qui n'en ont observé aucun, ou qui n'ont cru pouvoir s'en dispenser, que parce que leur grossesse étoit à peine commencée , quand elles ont fait leur fausse-couche.

TABLEAU DES ACGOUCHEMENS

QUI SE SONT FAITS A l'hOSPICE DE LA MATERNITÉ, DEPUIS LE IO DÉCEMBRE I797 JUSQU'AU

3l JUILLET l8o6 INCLUSIVEMENT.

Femmes accouchées

Enfans nës.

Cent quarante- deux de ces femmes ayant eu deux enfans. et deux seulement trois enfans.

Sur ces 12,751 enfans, cent dix-huit sont nés avant l'entrée de leurs mères dans l'Hospice ou avec une telle précipitation, qu'on n'a pas eu le temps de s'assurer de la partie qu'ils présentoient et de leur véritable position.

Beaucoup , dans ce nombre , n'étoient pas au-delà du terme de quatre à cinq mois ; et quelquesuns , de cinq à six.

Ce qui réduit au nombre de 1 2,633 ceux dont on a pu bien reconnoître la région qui se présentent à l'orifice de l'utérus dans le cours du travail de Faccouchement, et la position de cette région.

Régions qui se sont présentées , le nombre défais, et leurs positions.

Le sommet de la tête....

Le siège ou les fesses....

Les pieds

Les genoux

La face

Le ventre

La région occipitale. . .

Le dos

Les lombes

Le côté droit de la tête.

Le côté gauche de la tête

L'épaule droite

L'épaule gauche.. . . . , Le côté droit de la poitrine

Le côté gauche

La hanche droite. . . .

La hanche gauche . . .

Nombre de fois.

ire position.

2e position.

38 position.

\e position.

5e position.

6e position.

Positions

non reconnues.

'. io,oo3,

...4. U.-./fO.

Nous n'admettons que quatre positions pour toutes les autres régions.

Il»,

Page 1