‹ L'art des accouchemens (volume 5)Chapitre 35 sur 88 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des Accouchemens qui ne peuvent s’opérer qu'à l’aide d’une main armée de quelque instrument tranchant applicable sur le corps de l'enfant.

1899. LA mère et l'enfant ne sauroient toujours partager également les effets salutaires de l’art des accouchemens, parce qu'il est des circonstances où l’on ne peut assurer le salut de lun qu'en exposant plus ou moins la vie de l’autre. Quoique ces circonstances soient beaucoup plus rares aujourd’hui que dans le dix-septième siècle, même que dans les cinquante premières années du dix-huitième, où l'on employoit fréquemment les crochets et autres instramens destinés à ouvrir le crâne, on en rencontre encore quelques-unes dans lesquelles on est obligé de porter cesinstrumens sur l’enfant,comme il s’en présente aussi où l’on est dans la nécessité de faire des opérations douloureuses, et souvent même dangereuses, sur les parties de la mére, pour la soustraire ainsi que son enfant, à la mort qui deviendroit inévitable*

1000, Les crocheisetles-perce-crânes ne sont pas M: les seuls instrumens tranchans dont on doive faire sirumens ide usage sur l'enfant renfermé dans le sein de sa sont nécesmère ; le bistouri, le trocart ou les ciseaux, Sont quelquefois mieux indiqués. L'enfant est presque De leurs ef.

fets eu géné- toujours vivant lorsque ces derniers méritent la

ee préférence; et s’il périt à la suite de leur applicauon, c'est moins l'effet de la division qu'ils ont faite, que de la maladie qui les exigeait. Il n’en est pas de même de l'emploi des crochets et autres instrumens de ce genre, si différens dans leur manière d'agir : la mort de l'enfant doit seule en déterminer Pusage, quels que soient les obstacles qui s'opposent à l’accouchement, parce qu'ils manqueroient rarement d’être meurtriers, s’il vivoit encore. S1 l’on a extrait des enfans vivans par leur secours , on à eu la douleur de voir expirer la plupart, peu de minutes après, des suites de leurs blessures.

Des causes 1901. Les causes qui exigent l'emploi de ces in- D Pape strumens sont, en général, la mauvaise conformacation. tion du bassin de la mére, et celle de l'enfant même,

soit de sa tête ou du tronc, l'hydropisie du crâne, celle de la poitrine ou du bas-ventre, ete. Toutes ces causes seront développées dans la suite à mesuré que nous traiterons des opérations qu’elles requiérent. Avant tout , il nous paroît important d'exposer les signes d’après lesquels on est fondé à croire que l'enfant renfermé dans le sein de Ja femme, est vivant ou mort, parce qu'il y auroit autant d'ignorance et d'inhamanité à mutiler celui qui est vivant, pour épargner à la mère les donleurs et le danger d’une grande opération, qu'à pratiquer cette opération pour donnerissue à celui qui est privé de la vie et qu’on peut extraire par les voies ordinaires , après l'avoir mutilé. Nous ne négligerons rien pour mettre les Jeunes Accoucheurs dans le cas d'éviter ces écueils ficheux : si

nous ne pouvons les en affranchir entièrement, par rapport à l’incertitude que laissent quelquefois les signes que nous allons exposer, nous les renrois au moins plus circonspects dans l'emplor, trop familier encore , des moyens énoncés.

ARTICLE PREMIER

Des Signes d'après lesquels on prononce communément que l'enfant est vivant ou mort.

1902. L’accroissement successif du ventre de la femme, la bonne santé dont elle; jouit, les mouvemens qu elle ressent en elle après le quatrième mois de la grossesse, ou que l’Accoucheur distingue en plaçant une main sur le/lieu où ils se passent, sont, avant l'époque du travail de laccouchement, les signes d'aprés lesquels on juge ordinairement que l'enfant est vivant. Mais combien de fois ne s’est-on pas trompé à ce sujet ?

1903. Ces signes ne paroïtront pas décisifs, si l'on fait attenuon que le volume du ventre de la mère s'accroît quélquefois après la mort de l’enfant, que bien des femmes ressentent intérieuredei des mouvemens semblables à ceux d’un enfant, quoiqu'elles ne soient pas grosses ; que d’ ter qui le sont véritablement, n’en distinguent que de tres-obscurs, malgré qu'il se porte bien ; enfin que plusieurs sont accouchées d’un enfant mort et putréfié, un Jour, même un instant après qu’elles ont cru le senur remuer: (x)

(1) Nous n’avançons rien à ce sujet qui ne soit le résultat de l'observation.

Signes quiannoncent pendant la grossesse quel’enfant est vivant.

222. L'ART Autres si- 1904. Quand l'enfant est vivant, d’autres signes

EE clenr Je font connoître dans le cours du travail de l’ac- FE ue couchement. Bien des Accoucheurs pensent que chement. Les douleursse soutiennent mieux, et que les eaux de l’amnios sont claires et limpides : mais l’on ne EF: sauroit encore établir de Jugement sur de pareils symptômes, et les suivans paroïssent bien plus sûrs. La peau du crâne est serrée, elle} jouit de lélasucité propre aux tégumens, etil s y forme un empâtement ou un engorgement plus où moins considérable, toutes les fois que la tête s'engage diflicilement. On disungue le battement du cœur et celui des artères du cordon, lorsque le doigt peut toucher l’un, et parvenir à ki région de F tes on reconnoît de même les mouvemens de la langue et de la mâchoire, quand onintroduit cedoigtdans la bouche:mais malheureusement le cordon nese présente pas toujours à la portée du doigt, et l’on ne peut introduire celui-ci assez loin pour distinguer lesautres sym ptômes, dans la circonstance fâcheuse où l’art n'offre d’autres ressources que l'opération césarienne, par exemple, ou la secuon de l'enfant dans le sein de sa mére. I] faut donc s’ en rapporter alors aux signes commémoraufs, et à ceux qui se déduisent de la partie que l'enfant présente à l’orifice de la matrice. Le moins équivoque de tous, est la tuméfactuion qui se forme sur la tête pendant les efforts du travail, de même que celle qui survient à la partie qui s "engage Où qui est pressée contre

l'entrée du bassin.

Remarques 1905. Nous avons fait observer au. 459, que la surquelques ntanelle ordinaire ne jouissoit d'aucun mou-

aus de ces si- & à gnes. vement pulsatif avant la naissance , et nous ferons

: DES ACCOUCHEMENS. 223 remarquer 1C1, 1°. qu'on attribue souvent aux artères de la partie de l'enfant soumise au toucher, des pulsations des artères du doigt dont on se sert pour faire ces recherches; 2°. que Pirrégularité des douleurs de l'accouchement et leur lenteur sont le plus souvent indépendantes de la vie où de la mort de l’enfant, ainsi que la couleur et l'odeur des eaux de l'amnios. Nous avons trouvé fréquemment ces dernières trés-claires et sans odeur extraordinaire , quoique l'enfant fût mort ; tandis qu’elles étoient troubles, verdätres ou grisâtres, et d’une féudité insupportable, en d’autres cas où 1l étoit vivant et bien portant.

1006. L'absence des signes apparens de la vie signes deta de lenfant contenu dans le sein de sa mère ne mort de lencaractérise pas toujours sa mort d'une manière . assez évidente, pour qu'on ne puisse commettre d'erreur à ce sujet; et rien n'est plus capable de nous convaincre de cette vérité que la difficulté, et même l'impossibilité où nous sommes quelquefois de juger s1 celui qui est entièrement soumis à nos sens, c’est-à-dire, que nous pouvons voir et toucher, est véritablement mort ou en vie. Nous en avons recu de vivans qu'on avoit jugés morts dans le premier moment, même qu'on avoit abandonnés comme tels après leur avoir donnédessoins en apparence inutiles, pendant assez long-temps. S'il est alors si difficile de prononcer sur l'état de l'enfant, avec quelle prudence ne devons-nous pas nous comporter quand on ne peut toucher, pour ainsi dire, qu'un point de sa surface ? comme il arrive toujours lorsque le bassin est assez mal conformé pour exiger l'opération césarienne, ou

224 LA RT la section de cet enfant même dans le sein de sa mére.

1907. La mort de l'enfant n’est pas l'effet d’une seule et unique cause ; quelquefois elle est la suite des maladies dont i peut être atteint avant sa naissance ; d’autres fois, de celles qui affectent la femme vendant la grossesse ; où bien d’une cause extérieur e, comme d’un coup, d’une chute. Parmi les premières, nous n’en connoissons pas de plus redoutables pour l’enfant que les convulsions et la pléthore sanguine.

1908. Les signes commémoratifs ne pouvant servir, au plus, que dans le cas où l'enfant périt quelque temps avant Ve époque ordinaire de sa naissance, l'on ne sauroit en Urer aucun parti, quand sa mort n’a lieu que dans le cours du travail de l'accouchement.

Signes qui 1000. Lorsque l'enfant meurt pendant la grosprint çesse, s1 la mère leconserveencore quelque temps, ment, un LES en incommode dans le ventre et un

sentiment de pesanteur sur le côté où elle se couche succédent bientôt aux mouvemens qu’elle avoit coutume de ressentir. Du troisième au quatriéme jour, pour F ordinaire , le sein se gonfle et devient douloureux, pour s D ensuite. Peu de tempsaprés, le visage pâlit, les yeux s'enfoncent et les paupieres se bbkdént d'un cercle noirâtre, livide ou comme plombé, la bouche devient mau- - vaise , la femme éprouve des bäillemens fréquens, des maux de tête, des tintemens d'oreilles, des nausées et des vomissemens, des syncopes et des lassitudes spontanées; son ventre s'afflaisse, et souvent une fièvre lente la consume sans relâche. 1O10.

DES ACCOUCHEMENS. 225 to10.S1 ceseffets manquent rarement de se Observation. manifestér quand la mère conserve quelque temps en elle le cadavre de son enfant, nous, les avons observés également et:dans: le même ordre, à la suile d'unecchute que fit une femme au sixième mois de: sx grossesse , quoique l'enfant ne ft pas mort..Gette femme resta quinze Jours: en cet état sans disumguerle moindre mouvement qu'on. put attribuer à! l’action des organes de l'enfant; mais elle en:-éprauva ensuite de légers qui se..fortifierent, insensiblement ; et elle n’accoucha que $ deux mois après, d’un enfant, à la vérité, lan guissant.et foible, qui se développa néanmoins el vécut. comme ceux qui paroissent Îés.:mieux constitués, Une. autre fenime, presque au: terme de sa secondegrossesse ,.éveillée dans l’agnation d'un révesffrayant, dont elle crut encore voir le sujet;::s"élance hors, du ‘ht pour, se défeudre. et appeler ‘à ;san secours, Plis éverllée alors et plus calme ,-ellecne, se plaignit que des mouvemens extraordinaires de. son. enfant, qui ne donna.des le lendemain d'aûtres Signes de sa présence que —le’ballottement incommode dont il est. parlé au $: 19004 Les symptômesénoncés au même parayraphe.se-développérent ensuite, et, Ja. femme, accablée: deces accidens antint que ‘dela perspectve alarmante de voir naître un enfant mort, accoucha-au dixième jour, non comme elle le craignoit, mais d'un enfant robuste, du-poids de neuf livres au moins, et dés mieux portans.

rt. Quand la mort du fœtus précède de quél- Simes qui ques jours l'époque de sa sorte, les eaux de Pam- fetes n10$ sont, le plus souvent, troubles et bourbeuses, dans l'accon-

il LE l'ome IT. PF SA

comme chargées de mécomum plus ou moins délayé, et exhalent une odeur fétide et cadavéreuse. Les os du crâne sont vacillans, la peau qui les recouvre est très-lîche, et forme quelquefois à l'endroit du sommet une espèce de poche qu'on trouve remplie d’eau glaireuse et roussâtre.

1912. Si l'ensemble de tous ces signes ne laisse aucun doute sur la mort de l'enfant, comme ils ne sont que l'effet de sa putréfaction, ils n'ont pas | toujours lieu à l’époque de l'accouchement, soit

parce que l'enfant n’estmort qu à cette époque,soit parce qu'il peut se conserver au milieu deseaux de l'amnios sans se putréfier (r). On exposeroil donc quelquefois la vie de la mère, si on attendoit la réunion de ces signes pour prendre un part quelconque. La mortde l'enfant n'apportant jamais de changemens assez sensibles dans l'ordre naturel des choses qui l'ont précédée, pour qu'on puisse la reconnoître dèsle premier instant, la prudence doit nous guider dans le choix des opérations qui pour-

roient influer sur sa vie, ou sur celle de la mere. Remarques 10913. On sait déjà qu'il se forme une tumeur Bu à la portion des tégumens du crâne, qui répond à de ces sigues. l’orifice de la matrice, quand la tête est fortement pressée contre la marge du bassin, ou serrée dans le détroit supérieur (2), et que cette tumeur ne peut avoir lieu lorsque ‘la mort de l'enfant a précédée

(1) Nous avons reçu de ces enfans qui n’ont éie expulsés que plusieurs mois apres leur mort. La peau en étoit blanche , et ridée comme dans un commencement de desséchement. Ces enfans étoient morts loug-temps avant le terme naturel de la grossesse. |

(2) Voyez. f. 1721.

d'un seul instant l'époque du travail de l’accouchement, même l'ouverture de la poche des eaux. On sait par eillement qu ‘elle s'amollit et devient flasque, si l'enfant, vivant au commencement du travail ,-périt dans le cours de celui-ci. Mais l’absence dé cette tumeur he caractérise pas toujours d'une maniere certaine Pétat de mort, comme quelques-uns l'ont cru et publié ; non plus que la flaccidité qui succède à l’élasticité dont elle à joui d'abord, quand elle a lieu, quoique la tête reste caler « Quand la tête menace de s'enclaver, » dit le célèbre Levret, il se forme sur ja partie » qui se présente la première une tumeur qui va » toujours en augmentant de volume et de soli- » dité, jusqu'à son :désenclavement, où à Ja » mort de l'enfant : dans ce MORE cas, non- » seulement la tumeur n'augmente plus, mais » elle s'amolht ». Il ajoute plus loin : « Dans le » cas de vie, lorsqu'il y à tumeur , si elle cesse » d'augmenter avant le désenclavement , c'est'un » signe certain de la mort de l’enfant ».

19741 Si l’on se décidoit, d'aprés cela sn: j'a mutler l'enfant, ou bien à Vs ouvrir le crâne, on anroit quelquefois à se reprocher d'en avoir sacrif16 devivans. La tumeurdont 1l s’agit peuts ’amollir à l’occasion d’une ‘cause fort étrangére à Ja mort de l'enfant, et.sans qu’il cesse de vivre: La flaceis dité qui surmèdbe à lélasticité dont elle Jouissot d'abord est quelquefois l'effet de l'épanchement des fluides quin’étoient que simplementen gorges À ces tumeurs élastiques sucéède encore assez souvent une autre espèce de tumeur sanguine par épanchement, qui est lasuite'de la rupturede quel:

ques vaisseaux veineux. Dans les accouchemens que la mauvaise conformation du bassin rend difficiles et longs, le toucher pratiqué inconsidérément peut favoriser ces diverses espèces de tumeurs et surtout amollir celles de la première, sans qu'il se forme de collection considérable, mais seulement extravasation dans le ussu eellulaire sous-cutané des régions voisines:

1915. Nous avons observé dix à douze fois de ces tumeurs sanguines ; tantôt le sangétoit épanché sous le péricrâne , et tantôt entre cette enveloppe et l'aponevrase pénicränienne. Le plus souvent c’étoit à la suite d’un premier accouchement. Les téguméens du crâne s'étoient d’abord. engorgés , tuméfiés , et la tumeur avoit offert cette élasticité dont on a parlé, puis elle s’étoit amollie tout-àcoup, eLavoit acquis une grosseur qui égaloit celle de la moitié d’un œuf de poule chez quelquesuns des enfans, et un peu moins chez les autres. Tous ces enfans sont nés vivans, et sans ces épanchemens de sang à l'extérieur ducräne, ils eussent peut-être été victimes ; comme bien d’autres, de l’engorgement ou de la rupture des vaisseaux du: cerveau. Plusieurs fois aussi de semblables tumeurs ont eu lieu, quoique la tête n’eûtété ni pressée ni froissée dans le bassin: là femme ayant fait à peiñe quelques efforts pour s’en délivrer. Nous publierons nos réflexions à ce sujet dans un autre temps. 1916. Ea sortiedu méconium, l'irrégularité des douleurs et leur cessation ne sont pas des signes plus assurés de la mort de l'enfant, que la féudité des humeurs qui découlent du vagin ; et la séparation même de l’épiderme de dessus la partie qui.

se présente au toucher ; et malgré les observations multipliées qui en attestent l'incerutude, en nous offrant presque autant d'exemples de victimes de l'usage des crochets, on ne laisse pas que de se servir souvent de ces instrumens, d'après ces mêmes symptômes. Le fait suivant Anspirera peutêtre plus de méfiance, parce qu al n’en est pas un seul où ces symplômes se soient réunis en plus grand nombre, et où l’on ait paru nueux fondé à recourir aux code:

1017. Muni du forceps que je venois d'employer Observation. avec succès pour délivrer Madame D***, le 1 5 août 1782, sur le milieu de la nuit, on im plora le même secours pour une pauvre | ne du VOIsiNage; Mais d' après le mauvais état où je la vis, et la cerutude que je crus trouver de la mort de son enfant ; Je me déterminai à préférer les crochets, dont je remis cependant l'application : à quelques heures plus tard ; tant parce que Je ne les avois pas sous la main, que parce que la circonstance me parut offrir des’ indications plus pressantes que celle de terminer l'accouchement. Cette femme étoit en travail depuis d'ux jours entiers, et les douleurs se faisoient à peine sentir encore, le ventre étoit singulièrement élevé et aussi douloureux que tendu ; 1l se dégageoit de la matrice à chaque imstant et avec bruit, un gaz d’une puanteurinsnpportable; et les fluides qui en découloient également n'étoient pas moins féudes. La tête de l’enfant appuyée sur le détroit supérieur , n'y paroïssoit nuilemeñt engagée , et ce détroit n’offroit que trois pouces où environ de peut diamètre. La peau du crâne étoit che, pendante, comme en putrilage; lépiderme

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