ARTICLE I
Du Levier , appelé vulgairement le Roonhuisen .
16571. Le levier dont on se sert encore quelquefois utilement dans la pratique des accouchemens n'a presque rien conservé de la forme qu'il avoit reçue de Rocnhuisen, son premier Auteur, et en a, pour ainsi dire, emprunté une nouvelle de chaque main qui l’a employé.
Forme dule- 1652. Ce n’étoit, dans le principe, qu'une lame De d'acier, bien trempée , longue de onze pouces où environ , large d’un seul, et de l'épaisseur d’une ligne et demie. Elle étoit droite dans sa partie moyenne, et recourbée légèrement vers ses extrémités dans l'étendue de trois pouces ei demi ou à peu près, ces courbures n'étant estimées qu'à un huiième de pouce de profondeur. Des emplätres épais, soit de diapalme ou autre, garnissoient
S le revers de sa parte moyenne ainsi que le bout
(1) M, Deleurge.
de chaque courbure, et le tout étoit recouvert d’une peau de chien, mince et fort douce, artistement cousue , dans les vues de modérer la pression qu'il devoit exercer dans l'opération , tant sur la tête de l'enfant que sur les parties de la mère qui lui servoient de point d'appui. L’épaisseur du levier ainsi recouvert étoit en quelques endroits de trois huitièmes de pouce. (1)
1653. Le levier que les Français ont substitué Tevier des à celui-ci ressemble assez bien à lune des" branches du forceps de Palfin, si ce n’est quäl est plus étroit et plus allongé, et que sa courbure est bordée intérieurement d’un filet semblable à celui qui régne autour des cuillers du forceps courbe de Levret. Pour le rendre plus uule , il faudroit le courber davantage, et lui donner la moitié de sa largeur de plus, comme quelquesuns l’ont déjà proposé et fait exécuter (2).
(1) Toutes ces proportions sont rapportées d’après la traduction de la Dissertation de 7’rscher et J’an-de- Poll, qui est insérée à la fin des OEuvres de Smellie, et celles que lui assigne Camper paroissent les mêmes. Nous n’avons pu les vérifier sur la dissertation originale que nous avons sous les yeux, parce que nous n’entendons pas la langué hollandaise ; mais nous assurons que la planche qui représente le levier, dans cette derniere, a servi de copie à toutes les autres. M. Herbiniaux assure que le traducteur de cette Dissertation s’est trompé sur ce qui regarde l’épaisseur des extrémités du levier, qui n’est au plus que d’une ligne et demie, au lieu de trois khuiüuèmes de pouce. 7’oyez Herb. nouvelle édition , tome T, page 46, . 37.
(2) Goubelly, M. P., en 1772. Cest sans, doute par erreur que lAccoucheur de Bruxelles, dont nous venon:
1634. Les Hollandais avaient fait un trés-grand usage de cet instrument avant qu'il fût congu parmi nous. C’étoit un secret dans la famille de
Roonhuisen, qu'on n’obtenoit qu’à force d'argent, et ce ne fut qu'apres la mort de Bruyn, l'un de ses copossesseur, que deux Médecins, de Vischer et
Van-de-Poll, qui l'achetèrent environ 5,000 livres de France, le rendirent public et firent connoître la manière dont on s’en servoit, malgré la condiüon expresse à laquelle ils avoient souscrit de ne pas divulguer ce fameux secret.
Méthode del 1655. Roonhuisen et ses parüsans ne l'appli-
KRoonhuisen.
quotient que dans le cas, disoient-1ils, où la tête de l'enfant étoit enclavée; et dans cette espèce d’enclavement surtout où le front étoit si serré contre le sacrum et l’occiput contre le pubis, que la tête ne pouvoit être poussée au dehors par les efforts de la nature, quoiqu'il ne s’en fallût ordinairement que de la longueur d’un pouce : ce qui se présentoit sans doute plus fréquemment en Hollande et dans ce temps que parmi nous et aujourd’hui, puisqu'un seul Accoucheur de la ville d'Amsterdam (de Bruyn, mort en 1753) assuroit qu'il avoit délivré huit cents femmes avec cet instrument dans l’espace de quarante-deux ans (1).
de parler, nous reproche de lui donner deux pouces de largeur, qui est cependant celle de son levier fenêtré : nous le préviendrons qu’en augmentant de la moitié de sa largeur un instrument, qui n’a que onze lignes, on n'en fait pas un de deux pouces , mais de seize à dix-sept lignes seulement.
(1) Ce grand nombre d’accouchemens opérés par de
1656. Si l'on nous a taxé d’avoir altéré la doctrine des prenuers partisans du levier, de celui méme qui passe pour en être l'auteur, on n’en soupçonnera sûrement pas Île Docteur Camper qui devoit être trés-versé dans la langue hollandaise, puisque c'étoit la sienne même. Voici comment il traduit le passage de la Dissertation de Fischer et Van-de-Poll, sur ce qui concerne le cas pour lequel on avoit recours au levier, du temps de Bruyn. «L'enfant, étant naturellement placé dans » la matrice, présente la tête, dit:1l ; mais elle ne » peut être poussée par les forces de la nature, » quoiqu'il ne s'en faille ordinairement pas plus » que la longueur d’un pouce, lorsqu'elle est dans » ces circonstances et qu'elle reste enclavée dans » le bassin, s’arrêtant sur le bord des os pubis, et » que l’on est persuadé que la nature ne peut la » faire avancer davantage : c'est alors que cet in- » strument doit être entployé ». Ailleurs : « La tête » étant descendue dans le bassin, reste avec l’oc— » ciput contre ou sur le bord supérieur des os
Bruyn, ne prouve rien si ce n’est l’abus qu’un seul homme a fait de ce nouvel instrument. Ces occasions fréquentes de l’employer pourroient faire douter du savoir de Bruyn. Un Praticien qui assureroit avoir rencontre autant de têtes enclavées dans le même espace de temps, soit à Paris ou à Londres, villes bien plus grandes qu’Amsterdam , y füt-1l seul ti possession de l’exercice de l'Art des he couchemens , ne mériteroit pas plus de confiance ; ; quoi que Camper estime que le nombre én doit être porté à deux cent cinquante, dans le cours de chaque année commune dans la ville de Paris. (Foyez la Dissertation de ce Médecin sur le levier de Roonhuisen, Mémoire de l’Académie de Chirurgie , tome V.)