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ARTICLE V

Des grossesses par erreur de lieu, communement appelées extra-utérines.

2191. La matrice n’est pas le seul endroit où Dela grosl'enfant puisse se former, se n ourrir et s’accroître; ntérine, et de puisqu'il s’en est trouvé dans les trompes, dans ses espèces. les ovaires, et dans la cavité abdominale : ce qui constitue trois espèces de grossesses extra-ulérines un peu différentes, quoique les symptômes et les suites en soient, à peu de choses prés, les mêmes.

Si le premier siége de l'homme, comme l'a dit le

savant et illustre baron de Haller, et ainsi que

beaucoup d’autres l'ont pensé, est manifestement

dans l'ovaire; si c’est là où 1l est conçu, et si la

trompe n’est que Le canal destiné à le transmettre E e 4

440 L'ART dans la matrice, ces sortes de grossesses ne doivent pas nous surprendre, et celles où l’enfant se développe dans la matrice même sont bien plus propres à exciter notre admirauon. Que d'obstacles en effet l’œuffécondé , ou le premier produit de la concepuon, ne doit-il pas rencontrer avant que d'y arriver, et que de facilité la trompe, si étroite du côté de ce viscère et si large vers le ventre, ne lui offre-t-elle pas à descendre, ou à tomber dans cette cavité !

2102. De ces trois espèces de grossesses par erreur de lieu, celle de la trompe paroît la plus ordinaire : un grand nombre d’Auteurs, tels que Douglas, Santorini, Riolan, Duverney, Solingen, etc.en rapportent des exemples anxquels on pourroit en

ajouter beaucoup d'autres aujourd’hui (1), tandis :

qu'on en rencontre à peine quelques uns de fœtus logés dans les ovaires. Nous y avons trouvé une masse osseuse assezinforme, entourée de neufdents bien solides, et beaucoup de cheveux entremélés d'une grande quanuté de matière comme butyreuse ; et depuis ce temps, deux autres fœtus dont l'un paroissoit du terme de sept mois, et l’autre de celui de reuf : ce dernier pesoit huit livres et

demie (2). Dionis (5), Simon (4), Gall (b), etc.

(1) Nous en avons recueilli cinq exemples dans un trés-court espace de temps, depuis quelques années. Voyez . 2201 et suivans.

(2) Voyez K. 1989 et 2237.

(3) Dissertation sur la génération.

(4) Recherches sur l'opération césarienne. Mémoires de l’Académie de Chirurgie.

(6) Mémoires de l’Institutde Bologne, tom. II, part. LT.

fournissent des observations de grossesse, où le fœtus s'étoit développé dans la cavité du basventre, et dont le placenta adhéroit au mésentére, au bas de la colonne lombaire, à l’une des iompes, ou sur le fond de la matrice (1). Si quelques-uns des enfans qui se sont trouvés dans la cavité abdominale, à l'ouverture du cadavre de la mère, sembloient y avoir été conçus, comme ceux qui sont le sujet des observations de Dionis , Simon et Galli, les autres y étoient tombés à la suite de la rupture de la matrice , ou de l’une des trompes dans lesquelles ils s’étoient formés et plus ou moins développés.

SECTION PREMIÈRE

Signes des différentes espèces de grossesses extrautérines.

2103. Il est presque impossible de bien reconnoître ces grossesses avant l'époque où les mouvemens de l'enfant se font senur, c’est-à-dire , avant

L'observation de Galli est aussi insérée dans le Suppl. de la Chirurgie d’Heïster, part. Il, pag. 67.

(1) Le fait de ce genre qui paroît le plusextraordinaire, est celui qui a été publié à Londres en 1791, par /T’illiam L'umbull, puisque le placenta étoit simince qu’on l’auroit pris pour une membrane, et les vaisseaux si petits qu’on pouvoit à peine en suivre la trace; que leurs ramifications se perdoient au péritoine, à l’estomac, au foie, aux intestins, au mésentere, au mésocolon, etc. (7oyezle n° XII du Bulletin des Sciences, publié par la Société Philomauque, et le Journal de Médecine, rédigé par M. Sédillot, tome VI, page 765.)

Temps où

l'on peut reconnoitre ces sortes de grossesses.

442 ÉAMT le quatriéme et même le cinquième mois, Si, à la | rigueur, nous n'avons, avant Ce LCMPS, que des signes incertains de la grossesse ordinaire. Lorsque l'enfant se forme et se développe dans l’un de ces lieux insolites , la femme , au rapport de quelqnes Auteurs, ne cesse pas d’être réglée, et ne vomit point dans les premiers temps comme dans les autres grossesses ; ce qui fait quelle ne peut se soupçonner enceinte d'aussi bonne heure : les mamelles ne filtrent pas de lait; le ventre ne se tuméfie que du côté de la trompe ou de l'ovaire qu'occupe l'enfant, et les monvemens de celui-ci se font sentir dans un autre lieu ; ces grossesses enfin sont compliquées de mille accidens, pour ainsi dire, dès le moment où elles commencent : mais tous ces indices, souvent démentis par l'expérience, sont on ne peut pas plus illusoires. La femme qui fait le sujet de l'observation commu: niquée par Cyprianus ne fut pas réglée pendant le cours de sa grossesse , et cette évacuation ne reparut qu'après le dixième mois, environ cinq OU six semaines après l’époque des douleurs que cette femme avoit sentes pour accoucher. Aucune de celles que nous avons été à même de voir n’a eu ses règles : toutes ont éprouvé, à quelque chose près, les accidens d'une grossesse ordinaire, à l'exception d’une seule qui s'est parfaitement bien portée jusqu'à l'époque du nenvième mois. Dans l'exemple de grossesse par erreur de lieu , publié par Simon, d'après Sabatier le père , 11 ÿ eut des coliques et un vomissement continuel, depuis le commencement jusqu'à la fin. Combien de femmes d’ailleurs ne sont-elles pas réglées pendant les trois

ou quatre premiers mois d'une bonne grossesse ? Combien d’autres qui ne vomissent dans aucun temps de celle-ci, et qui n’ont pas la moindre apparence de lait dans les mamelles ? Quant à la tuméfaction du véntre, nous n’entrevoyons pas bien clairement pourquoi elle seroit différente de ce qu’on remarque dans une grossesse ordinaire, où le fond de la matrice est incliné vers l’un des côtés : surtout après les premiers mois, et bien plus encore vers le dernier temps, qui est celui où la femme réclame les secours de l’art. Quand la grossesse a son siége dans l’une des trompes ou dans l’un des ovaires, à1l est hors de doute cependant que la tumeur circonscrite qu'elle présente occupe d'abord un des côtés du bassin, et ne peut se porter sur l’autre dans les premiers temps; mais ce n'est pas seulement en palpant le ventre qu'on peut en juger. Nous avons observé, dans un cas de cette espèce, deux jours avant la mort de la femme, que cette tumeur sembloit n'être formée

ue par un amas de vaisseaux, tant les pulsations artérielles étoient fortes et remarquables dans tous les points accessibles au toucher. L'état de développement où nous avons trouvé le système vasculaire du kyste chez plusieurs autres femmes vicümes également dés les premiers mois d’une grossesse extra-utérine, nous fait penser qu'on auroit remarqué les mêmes pulsations dans la tumeur avant la mort de ces femmes (1).

(1) Nous avons été consultés par un tres-grand nombre de femmes, depuis trente ans, pour des engorgemens et des tumeurs qui s’étoient formés dans le voisinage de la

Observation.

2104. Ce n’est que par le toucher qu'on découvre | le siége d’une grossesse que les mouvemens de l’enfant ont déjà mise en évidence. Il n’est peut-être pas impossible alors de déterminer, par ce moyen, si l'enfant occupe la trompe ou la cavité abdominale; si ses enveloppes ont des rapports avec la matrice ou non. La femme étant couchée sur le dos, de manière que les muscles abdominaux soient relâchés, on commence par s'assurer de l’existence de l'enfant, soit par ses mouvemens, soit en iouchant ses membres. Ensuite on introduit un doigt dans le vagin, pour juger de l’état du col de la matrice et de la grosseur de son corps, comparativement à la grosseur de cet enfant. L'un et l'autre doivent être à peu près dans l’état naturel : le corps de la matrice du moins doit être beaucoup plus petit, moins développé, qu'a pareil terme d’une grossesse ordinaire.

2195. L'examen anatomique de plusieurs femmes mortes des suites d’une grossesse extra-utérine, nous à confirmés dans l'opinion où nous étions qu'on pouvoit reconnoître l'existence de ces sortes de grossesses par le toucher, et pour ainsi dire en déterminer le siége. La première nous fut adressée vers le milieu d'octobre 1792, par un Médecin de Joinville qui lui avoit donné des soins durant plusieurs mois. Elle arriva à Paris dans un état de fièvre de pourriture qui ne

matrice, et dans aucun de ces cas, même dans ceux où la tumeur étoit éminemment inflammatoire, nous n’avons trouvé ni cette expansion du système vasculaire de la tumeur , ni ces fortes et nombreuses pulsations artérielles.

Jaissoit aucun espoir de la conserver : et elle mourut le 10 novembre suivant. Elle étoit devenue grosse vers les premiers jours d'octobre 1791, et n’avoit éprouvé jusqu'au 20 décembre que les accidens très-ordinaires à cet état, tels que des dégoûts, des nausées, des vonnissemens, et Ja suppression des règles : mais à cette époque du 20 décembre, elle ressentit de violentes coliques, spécialement dans la région hypogastrique, qui -se soutinrent pendant deux mois, et pour lesquelles elle prit soixante bains. Les mouvemens de l'enfant se firent sentir pour la premiere fois le 19 février 1792, et pour la dermière fois le 30 mai suivant. Vers le 4 juillet, cette femme commença à perdre des eaux roussätres, et en si grande abondance, qu'elle mouilloit chaque jour une grande quantité de linge, et que sa chambre en étoit inondée; elle perdit aussi beaucoup de sang, et cette perte continua, par intervalles, jusque vers la fin de septembre. À l'instant même où elle commeénca à perdre des eaux et du sang, elle éprouva de nouvelles coliques et des maux de reins qui lui firent croire qu'elle alloit accoucher : ces douleurs cessèrent après quelque temps, et furent remplacées par d’autres, tantôt plus

aiguës , et tantôt moindres, mais habituellement

sourdes , et toujours accompagnées de fièvre, de dévoiement et d’insommie. Je vis cette femme presque mourante le surlendemain de son arrivée à Paris, 30 octobre; et je reconnus en palpant le ventre et en touchant du côté du vagin, quil existoit un enfant, mais qu’il étoit hors de la matrice ; que sa tête engagée dans le bassin se pré-

sentoit facilement au doigt introduit dans le vagin; |

que l'épaisseur des parties qui l'enveloppoient permettoit de suivre distinctement une des sutures, et de reconnoître la fontanelle antérieure ; que sa position étoit des plus naturelles, et que sa gros- Seur dénotoit un enfant de sept à huit mois : il étoit mort, comme on peut le présumer. Le col de la matrice étoit déjeté sur le eôté gauche de la symphyse du pubis : sa forme, sa longueur, son épaisseur, sa fermeté, n'offroient rien de remarquable, et l’orifice étoit resserré au point de ne pouvoir admettre le bout du doigt : 1l se présentoit sous ces divers rapports comme chez toutes les femmes qui ne sont pas enceintes. Le corps de la matrice se découvroit presque aussi facilement que son col : 1l s’élevoit derrière le pubis gauche au-dessus duquel il se faisoit sentir avec un peu d'attention comme une petite tumeur aplatie et

allongée , appliquée à la partie antérieure , infé:.

rieure et un peu latérale gauche de la poche qui contenoit l'enfant. Cette poche occupoit bien plus le côté droit du ventre que l'autre côté (r).

2106. L'examen anatomique nous fit voir que je ne m'étois pas trompé dans mes premières recherches ; que l'enfant se présentoit comme je l'avois annoncé; que la matrice n’avoit que ses

(x) Je jetai ces observations sur le papier après ma première visite, et je crayonnai par quelques traits seu: lement la forme et le rapport des deux tumeurs, c’est-à: dire, de la poche qui contenoit l’enfant, et de la matrice, en attendant que l’ouverture du cadavre püt rectifier l’idée que j’avois conçue de l’une et de l’autre : ce qui eut lieu le 11 novembre,

dimensions naturelles, et que ses rapports avec la tumeur formée par cette espéce de grossesse, étoient exactement tels qu'ils sont dé ésignés plus haut (1). L'enfant s'étoit développé dans la porton la plus large de la trompe du côté drou : il étoit de la grosseur des enfans de huit MOIS ; enter et assez “bien conservé, sa peau n'étant ue et détruite qu "en trés-peu d’endroits. C’étoit un garcon. Je lai conservé pendant vingt-sept moIs à dans un vase plein d'eau, et entièrement à découvert, sans autre soin que celui de renouveler l'eau après son évaporation. Je l'ai retiré de la glace aprés plus de six semaines de congélation, et 1l s'est desséché comme les piéces d'anatomie ; la poitrine et le ventre seuls s'étant détruits par la pourriture. Nous supprimons ici beaucoup de détails intéressans sur cetie PSC: extra-uterine , parce qu ls formeroient la matière de huit ou Le pages d'impression (2).

2197. En admettant que le volume de Îa matrice augmente dans la grossesse extra- utérine , comme l'annonce Levret, d'après un seul fait (3) , cette

(1) Nous avons reconnu avec la même exactitude, l’état de la matrice et ses rapports avec le kyste qui contenoit l'enfant dans un autre cas de grossesse extra-utérine. (/’oyez À. 2213 et suivans.)

(2) M. Lacroix, étudiant en Chirurgie et élève de M. Brasdor, que j'avois appelé pour ouvrir le cadavre; a donné l’esquisse de ce fait dans le Journal des Découvertes relatives aux différentes parties de l’art de guérir, par M. Fourcroy, tome IV, page 346.

(3) Observations sur les Accouchemens laborieux ; parte Il, page 427, quatrième édition.

augmentation ne doit être bien apparente qu’autant que le placenta a quelque rapport avec ce viscère. Elle reste fermée jusque dans les derniers momens de ces sortes de grossesses, et son col ne subit aucun changement, si ce n’est qu'il devient un peu plus gros en quelques cas, et quil s’enir'ouvre un peu, comme le dit Galli (1), dans les efforts infructueux que fait la nature pour se délivrer de l'enfant au terme ordinaire.

2198. L'existence d’une grossesse extra-utérine étant bien reconnue, 1l n’est peut-être pas impossible, comme nous l'avons déjà dit, de déterminer le lieu où est renfermé l'enfant; c'est-à-dire, sl est dans l’une des trompes ou dans l’un des ovaires, ou bien dans la cavité abdominale. Dans le premier cas, ses mouvemens doivent être moins vagues et ses membres plus resserrés , à cause de l'enveloppe que lui fournit la trompe ; le corps de la matrice, qu'on découvre par le procédé indiqué depuis le $. 381 jusqu’au 385 inclusivement, est inhérent à la tumeur formée par le sac qui contient l'enfant, et ne peut en être séparé : c'est comme une autre tumeur ajoutée à celle-c1. La même chose a lieu

quand l’enfant s’est formé dans l'ovaire, ou bien:

lorsqu'il se trouve dans le bas-ventre , le placenta étant greflé sur le fond de la matrice. Dans ce dernier cas, ses mouvemens doivent être plus étendus et plus vagues, parce que ses membres ne sont pas resserrés dans un espace aussi borné que dans la grossesse tubaire, ou de l’ovaire. On peut

(1) Mémoires de l’Académie des Sciences de Bologne, tom. Il, part. II.

distinguer

DES ACCOUCHEMENS. 4/9 disinguer plus nettement le corps de la matrice d'avec la tumeur formée par le produit de la conception, pourvu que le placenta n'y soit point attaché ; et on peut l’en écarter plus où moins, en pratiquant le toucher convenablement.

SE -CPP6 LE

Événemens de la grossesse extra-utérine en général, et des indications qu’elle présente.

2109. Il est extrêmement rare qu’une grossesse ‘Evénement extra-utérine parvienne aussi heureusement à % /* &æ M terme qu'une grossesse ordinaire ; surtout celle trompe. où l'enfant est dans la trompe, parce que le tissu | de ce canal étant très-mince, ne peut s'étendre assez pour le contenir, et ne recoit pas d’ailleurs assez de sang pour fournir tout ce qui est né cessaire à son développement et à celui du placenta. La plupart des fœtus trouvés dans les trompes ou les ovaires, n’offroient que le -volume de ceux de trois ou quatre mois de conception , et souvent même ils étoient plus petits :

à peine s’en est-il rencontré quelques-uns qui aient paru parfaitement à terme. L'illustre baron de Haller n'en cite qu’un; encore n’entre-t-il dans aucun détail sur ce fait, et n’en indique-t-1l pas l'Auteur (1). Leroux , Chirurgien de Dijon , parle d’un autre, dont Marchand, son confrére : Jui avoit fait part ; mais 1l n’en fait pas connoître les circonstances (2). Un Élève de l’Hôtel-

(1) Système sur la génération, traduit en francais. (2) Voyez ses Observations sur les hémorragies de .

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