‹ L'art des accouchemens (volume 5)Chapitre 66 sur 88 · Tome IT. Ee · texte numérisé non relu

Tome IT. Ee

Traitement

de la plaie de ? la matrice.

454 L'ART | 2180. Dans tous les temps on a eu recours à la réunion de Suture pour procurer la réunion des parties extéda plaie exté- rieures, et on l'a faite de toutes les manieres conve nues; si elle n’est pas indispensable, on convien— dra, du moins, que c'est le moyen le plus sûr d'obtenir une cicatrice ferme et solide : la nécessité d'entretenir une issue aux lochies qui s'échappent par la plaie de la matricepeut seule en contrebalancer l'utilité, et c’est sous ce point de vue que ceux qui l'ont employée conservolent une espèce d’égout au bas de cette grande plaie, en y passant une bandelette effilée.

9181. La suture n’est cependant pas rigoureusement nécessaire après l'opération césarienne; C’est un fait que l'expérience a confirmé plusieurs fois. I n’y a pas de plaie dont on puisse plus facilement rapprocher les bords, toutes les parues environ nantes y ayant été disposées par la grossesse, et les enveloppes du bas-ventre étant dans les premiers temps beaucoup plus étendues qu'il ne le faut pour embrasser convenablement les visceres. Mais il faut avouer aussi qu'il n’y a pas de circonstance oùil soit plusdifficile de maintenir ces mêmes bords dans un contact parfait, à cause de leur peu d'épaisseur et du peu de soutien qu'ils ont de la part des viscères, surtout lorsqu’on a fait lincision à la ligne blanche. Les plus peuts mouvemens de la femme et la moindre pression que font les pièces d'appareil sur les environs, détruisent ce contact si nécessaire à une nouvelle réunion ; de sorte que très-souvent on a trouvé, au moment des pansemens, une ou plusieurs anses d'intestins dehors, et comme affaissées sous le bandage , surtout lors-

DES ACCOUCHEMENS. 435 que le ventre commence à se météoriser. L’utilité de la suture semble donc naître ici des dispositions mêmes qui porteroient à s’en dispenser.

2192, La suture de son côté n’est pas sans inconvéniens ; outré qu'elle est très-douloureuse, pérsonne r ignore qu'on a été plusieurs fois obligé de la relicher, même de la couper, soit à cause de la tension du venire, soit pour donner issue à des grumeaux de sang qui s’étoient formés dans cette cavité : malgré cela, nous pensons qu’on ne devroit pas la rejeter entièrement. La suture en chevillée, qui n'est ni plus difficile à pratiquer, n1 plus douloureuse pour la femme, que la suture entrecoupée qu'on y a substituée dans les derniers temps, est la plus propre à procurer l’agglutination de toute l'épaisseur des parties divisées : autrement il n'y a que des tégumens qui se réunissent.

2163. La plaie dont il s’agit ne doit pas être considérée comme une plaie simple qui ne demande rolt qu'à être réunie, et personne ne l’a considérée comme telle, puisque chacun ÿ a réservé un passage aux lochies, qui manquent rarement, dans les premiers jours , de sortir par cette voie. Mais qu'est-il nécessaire d'entretenir, pour l'issue de ces fluides, une ouverture de cinq à six pouces, lorsqu'une beaucoup plus petite peut suffire ? L'air est énnemi des viscéres du bas-ventre, et l’on ne sauroit trop les en préserver ; ils veulent être contenus mollement, et souvent 1l arrive qu'ils sont froissés par le bandage, quand on veut épargner

à la femme des douleurs de la sutüre.

2154. Ce seroit un abus de multiplier les points

d'aiguille , comme l'ont fait quelques personnes

Ee 2

Incouvé.

niens dé la suture.

Du premier

appareil.

AN L'ART ignorantes; mais il faut en pratiquer deux ou trois our réunir environ les deux üers supérieurs de la plaie. Il suffit de conserver à la partie inférieure de celle-ci une étendue de deux pouces au plus, la plaie de la matrice n'étant pas beaucoup plus grande quelques jours après l'opération, quand ce viscère s’est contracté sur lui-même, comme ille faitordinairement après l'accouchement. Nous ne décrirons pas la manière de pratiquer cette suture, parce que tous les Auteurs de Chirurgie en ont parle : nous observerons seulement qu'il faut faire des nœuds en rosettes, pour la relâcher et la resserrer au besoin.

2185. On place des compresses longuettes sur les côtés de la plaie, et par-dessus une autre compresse carrée, trempée dans le blanc d'œuf battu avec de l’eau animée d’un peu d’eau-de-vie, d’esprit-de-vin , ou d’eau vulnéraire. Nous sommes d'avis qu'on mette aussi au défaut des hanches, c'est-à-dire sur les flancs, deux petits coussins mollets, pour affermir le bandage et pousser en devant les fluides qui pourroient s’épancher dans le bas-ventre. On soutient le tout au moyen du bandage de corps.

2186. Cette plaie doit être pansée plus souvent que toute autre plaie pénétrante du bas-ventre, afin de prévenir les épanchemens et la forma-

tion des caillots de sang, que cet appareil retient.

entre les lèvres de la plaie de la matrice et des 1égumens : On lèvera donc l'appareil tous les jours, et même le maun et le soir, si on a lieu de soupcorner ces épanchemens, ou bien l'issue des intestins ou de l'épiploon. Mais on aura le plus grand

soin de ne pas exposer la plaie au contact de l'air, sans nécessité : on la couvrira d’un linge fin, sec ou trempé dans une eau mucilagineuse, à mesure qu'on détachera l'appareil d’un côté. S1 paroît nécessaire en quelque cas de panser fréquemment dans les premiers temps, on le fera plus rarement quand les lochies auront pris leur cours par les . voies ordinaires , et lorsque le bas de la plaie extérieure ne présentera d’autre indication que celle de la réumon. Les pansemens doivent être tou- « jours très-simples, et sans onguent.

2187. I seroit quelquefois très-avantageux de. Utilité des faire des injections d’eau tiède, ou d’une légère Re décoction d'orge, pour laver la surface des viscères arrosés par les lochies, et qui se présentent au voisinage de la plaie. I] ne seroit pas moins utle d'en faire dans la matrice même, par cette plaie, pour entretenir la liberté de son orifice , et disposer les lochies à y passer. Quelques-uns, avec Rousset, Verduc et Ruleau , ont recommandé dans ces dernières vues, d'introduire une canule ou une espèce de pessaire creux, dans le col de la matrice : mais indépendamment de ce qu'il seroit difhcile d'y maintenir cet instrument, 11 ne pourroit servir au passage des caillots, parmi lesquels il y en a de très-gros. La conduite du Chirurgien de Crépy(r)nous paroîtroit bien préférable, quoiqu'elle ne soit pas conforme à l'opinion de tout le monde. Une femme qu'il avoit opérée depuis neuf heures, étant dans un état de suffocation considérable, éprouvant des foiblesses fréquentes, et

(1) M. Guenin.

vomissant presque à chaque minute, il découvrit

la plaie et relâcha la suture, pour reurer du ventre

et de la matrice les caillots qui s’y étoient formés.

Il y fit couler ensuite du vin uéde, et le contrai-

gnit de passer dans le vagin, en insinuant son

doigt, par la plaie, à travers le col de la matrice

même, comme pour le déboucher : ce qui réta-

blit, dit-il, le cours des lochies, qui avoit été

suspendu par la présence d'un grumeau de sang.

. Nous pensons qu’on ne s'occupe pas assez de cet

objet, et qu’en débouchant de temps à autre le

col de la matrice (qu'on nous passe cette expres-

sion), on assureroit davantage le succès de l'o-

pération césarienne. Nous avons employé à ce des-

sein une bandelette effilée. On nous en a fait un su-

jet de reproche dans un ouvrage récent; mais c'est

contre toute raison qu’on a condamné ce moyen.

Durégimeet 2108. Nous ne pouvons établir d’autres règles

» 2 Me ae pour le reste du traitement, parce qu'elles ne

conviennent doivent être déduites que des circonstances acces-

Ne ii soires. Si la femme est forte et robuste, on la sai-

gnera une ou plusieurs fois après l’opérauon , se-

lon la nature et l'intensité des accidens qui se ma-

mifesteront. On entretendra la liberté du ventre,

par le secours des lavemens; on prescrira une diète

sévère et des boissons délayantes, comme leau

de veau, aiguisée d’un peu de sel de nitre, l’eau de

poulet, de chiendent, de pariétaire, de graine

de lin, etc. C’est à la sagacité du Chirurgien à

saisir les indications parüculières et à prescrire ,

selon l’exigence des cas, ce qu'il croira le plus convenable. |

2189. Il faut engager la femme à nourrir son

enfant, à moins que les premiers accidens de l’opération, ou ceux qui l'ont précédée, ne lui en ôtent les facultés. Plusieurs Praticiens ont déjà donné ce précepte, et ont fait suppléer à la succion de l'enfant, par celle qu’on exerce au moyen d'une pipe, ou en faisant téter de petits chiens. C’est le moyen d'appeler humeur larteuse vers les mamelles, de la détourner de la matrice, et de tarir plus promptement la source des écoulemens qui se font par la plaie de ce viscere.

2100. Après la consolidation parfaite de la plaie, Précaution la femme ne devroit pas se dispenser de porter un ne bandage en forme de ceinture, pour prévenir les . de Ja hernies consécutives qui arrivent souvent après l'opération césarienne, et dont le volume devient

quelquefois énorme.

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